‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 179 sur 437 · PIERRE-RODOLPHE DE TOSSI · texte numérisé non relu

PIERRE-RODOLPHE DE TOSSI

GNANO, frère mineur conventuel (xvr3 siècle). Né à Tossignano, en Emilie, il fut régent des Sludia generalia des conventuels à Bologne et à Venise. En 1578. il fut agrégé au collège des théologiens de la faculté théologique de l'université de Bologne. Il exerça les charges les plus hautes dans l'ordre et fut successivement provincial de la .Marche d'Ancône, secrétaire général et procureur général, ainsi que consulteur de la Suprême Inquisition, établie à Borne. Le 18 février 1587, il fut promu au siège épiscopal de Venosa dans la Basilicate, et, le 18 février 1591, il fut transféré à celui de Senigallia où il mourut en 1001.

Il s'est distingué par la publication des ouvrages de quelques Pères de l'Église. Ainsi, il édita, en 1588- 1593, à Borne, sur l'ordre de Sixte V, les Opéra omnia S. Gregorii papa', en six tomes. Cette édition servit de base aux éditions ultérieures de saint Grégoire le Grand, faites à Paris en 1005, 1019 et 1040; à Borne, en 1013; à Anvers, en 1015. 11 édita aussi les Sermones Pétri Chrysologi, à Venise, en 1594, qu'il dédia au sénat d'Imola, ainsi que les Opéra S. Bernardini Senensis emendata et aucliora, en quatre tomes, à Venise, en 1591. En 1579, quand il tint à Bologne des leçons sur les cas de conscience, il découvrit un Dictionarium pauperum ordine ulphabctieo ronlinens exercitamenla de virtutibus et vitiis, composé par un anonyme, probablement après 1520. Pierre-Bodolphe l'édita à llologne, à Constance et à Lyon, en 1599; il fut réédité ensuite à Cologne, en 1002, et à Lyon, en 1009. Il aurait publié également les décrets portés aux synodes de Venosa et de Senigallia, à Borne, en 1592.

Pierre-Bodolphe publia encore Historiarum seraphicareligionis libri très, seriem temporum continentes, quibus breoi explicantur fundamenlu universique urdinis amplipealio, gradus et instiluta, neenon viri seientia, virtutibus et jama prœclari. Venise, 1580. L. Wadding affirme à tort que cet ouvrage aurait été réédité à Venise, en 1595. On lui doit aussi Prediche jatte in t'ari luoghi et intorno a' vari soggelti, en deux parties, Venise, 1584. Un autre sermon Discorso intorno aile setle parole di Cristo in croce, fait à Munich, le vendredi saint et édité à Venise, en 1584, est souvent joint à l'ouvrage précédent. Il publia encore la Vita délia beala Michelina du Pesaro, Bimini, 1585, et aurait composé la Vita délia beata Margarila Colonna romana dell' ordine di S. Chiara; un Chronicon Senogalliœ urbis ejusque diœcesis, cité plusieurs fois par Vincent-Marie Cimarella, O. P., dans Historia ducatus Urbini, 1042, 1. II, c. v; une Collectio omnium privilegiorum et monumentorum civitatis Senogalliw. Il publia enfin Chrisliani oratoris pars prior. Opus sane hoc lempore verbi divini concionatoribus pernecessarium, in quu primum communia quœdam prœccptu explicantur: deinde evangeliorum partitiones, themalum ampli ficaliones, morum inslitutiones, exemplaque udhibenldr; ubique sacrœ Scriplurœ et auctorum probatorum citationibus opportune suis locis adjectis, Borne, 1591. On ne sait s'il a publié la IIe partie de cet ouvrage.

L. Wadding, Annales minorum, t. xiv, QHiaracchi, 1933, an. 1491, n. i.xx, p. 604; du même, Scriptores ordinis minorum, Rome, 1906, p. 193; J.-H. Sbaralea, Supplemenium ad teriptores ordinis minorum, t. n, Rome, 1921, p. 363-365;

C. Eubel, Il iirarrhia catholica niedii cl recenlioris .ici, 'i' éd., t. m, Munster-en-W., 1923, p. 298 cl 330.

Am. Teetaert.

PIÉTISME. — I. Nature et origines. II. Le piétisme de Spener (col. 2085). III. Les écoles de Wurtemberg et de Halle (col. 2089). IV. Zinzendorf (col. 2092). V. Influence du piétisme (col. 2092).

I. Nature et origine. — Le piétisme n'est pas une doctrine, pas même une opinion. C'est un esprit, une tendance. Au sens large, il désigne, comme le mot l'indique, une certaine affectation de piété, accompagnée d'un grand rigorisme moral. On le trouve, de la sorte, aussi bien chez Schwenkfeld (1489-1501) et ses disciples (en Wurtemberg surtout), que chez les pui itains, les arminiens, au sein de l'Église réformée (calviniste), et même chez les jansénistes et les quiétistes, au sein de l'Église catholique romaine. On le retrouve, au xvnie siècle, chez les disciples de Wesley, ou met lu distes. Au sens strict — le seul que nous considérions ici — on appelle « piétisme » le mouvement religieux et moral préparé par Jean Arndt, créé par Philippe- Jacques Spener, développé par Auguste-Hermann Francke à Halle, Johann-Wolfgang Jàger et d'autres à Tubingùe, Zinzendorf et les frères Moraves, avant de reparaître en divers centres, au xixe siècle.

De l'aveu même de Spener, créateur du piétisme proprement dit, le principal précurseur du mouvement fut Jean Arndt. Lui-même avait été influencé par Martin Môller, un Silésien, Philippe Nicolaï et Philippe Kegel, deux Allemands du Nord, chez lesquels, au sein du luthéranisme, se perpétuait la tradition mystique médiévale.

Arndt était né à Edderitz,, non loin de Côthen. Son père était pasteur du village, où il vint au monde, le 27 décembre 1555. Il fit ses études à Ballenstàdt. Ascherleben, Halberstadt, Magdebourg, Wittemberg; fut ordonné diacre en octobre 1583, se maria avec Anna Wagner et devint, en octobre 1584, curé de Badeborn, non loin de Ballenstàdt. Il sut se faire aimer de ses paroissiens. Mais, pris bientôt dans les querelles religieuses, du pays, il dut démissionner, pour passer à Quedlinbourg(1590). Il est alors un zélé luthérien, du genre de Flacius Illyricus, et se montre très opposé au calvinisme. C'est à Quedlinbourg qu'Arndt entre en contact étroit avec la mystique catholique médiévale. L'année 1597 marque, dans sa vie, un tournant décisif. Il publie, avec une préface retentissante, la Théologie allemande, que Luther avait fait connaître jadis mais qui avait été bien oubliée depuis. Dès lors, Arndt prêche le retour à la véritable piété chrétienne, à la suite des mystiques du Moyen Age, saint Bernard, Tauler, l'Imitation de Jésus-Christ. Pour lui, la théologie spéculative doit céder le pas à la oie. L'essentiel du christianisme, c'est 1' « union au Christ ». Au printemps de 1599, Arndt passe à Brunswick, où il restera neuf ans et publiera, en 1000, le premier livre de son ouvrage capital « Du vrai christianisme », Vom wahren Christentum, qui sera complet en quatre livres. Disons tout de suite que les idées d'Arndt soulevèrent dans les milieux luthériens de violentes oppositions, surtout dans les trois dernières années de son séjour à Brunswick, ainsi qu'en 1020. Il avait été heureux d'accepter un poste à Eisleben, la patrie de Luther, en 1008. Il devint « surintendant », c'est-à-dire évêque luthérien de Celle, au duché de Brunswick-Lunebourg, en 1611, et c'est là qu'il mourut, le 11 mai 1621.

Pour avoir une idée de la doctrine d'Arndt, il suffit de parcourir la préface de son Vrai christianisme. On y trouve déjà tout l'esprit du piétisme. Arndt contemple son siècle. Il ne voit partout que désordre des mœurs et vie' impénitente. C'est pour cela qu'il veut enseigner aux simples ce que c'est que le « vrai christianisme ». "Si nous portons le nom du Christ, écrit-il, ce

l'I ETISM E. ACTION DE SPENER

n'est pas seulement pour croire au Christ, mais pour vivre dans le Christ et le Christ en nous, en sorti' que la véritable pénitence jaillisse du tond même de notre cœur, que notre cœur, notre sens, notre esprit soient changés, que nous devenions conformes au Christ et au saint Evangile, car. par la parole de Dieu, nous devons chaque jour être transformés en de nouvelles créatures. »

•lit encore : » Beaucoup s'imaginent que la théologie est une simple science et un art verbal, alors qu'elle est une expérience vivante et une action da sic doch eine lebendige Erfahrung und Uebung ist. » » Chacun s'applique maintenant à devenir grand et célèbre dans le monde, mais personne ne veut apprendre à être pieux. Chacun cherche à approcher les savants dorjt il pourra apprendre l'art, les langues et la sagesse, mais personne ne veut apprendre de notre unique docteur, Jésus-Christ, la douceur et l'humilité intérieure, alors que son saint et vivant exemple °st en vérité la règle et la norme de notre vie. Chacun accepte volontiers d'être disciple du Christ, mais personne ne veut être imitateur du Christ. Il dit pourtant (Joa., xn, 26) : « Que celui qui veut être mon disciple nie suive. « Un véritable disciple et amant de Jésus doit donc être aussi un imitateur de Jésus. Celui quiaime Jésus doit aimer aussi l'exemple de sa vie sainte, de son humilité, de sa patience, de sa croix, de ses opprobres et de son abjection, même si la chair en souffre. »

Le catholique trouvera sans peine ici l'accent de l'Imitation de Jésus-Chrisl. Mais il ne devra pas oublier que cette mystique luthérienne, tout en parlant le langage de la mystique catholique, demeure entièrement fidèle au dogme de la « Confession d'Augsbourg » et garde tous les traits essentiels du luthéranisme : l'horreur de la papauté, l'appel à la Bible seule, la justification par la foi-confiance.

II. Le piétisme de Spener. — Si l'esprit du piétisme se trouve déjà chez Jean Arndt, le véritable fondateur du mouvement piéliste, en tant que tel. reste Philippe-Jacques Spener.

Ce personnage était Alsacien. Il naquit, le 13(25)janviers Hi35, à Ribeauvillé, dans une maison située à côté du presbytère protestant et aujourd'hui transformée en hospice. Son père avait été précepteur des enfants du comte de Ribeaupierre et restait archiviste du château. Il eut pour marraine la comtesse Agathe de Ribeaupierre, qui exerça sur sa première enfance une profonde influence. Il raconte lui-même qu'il dut les premières étincelles du « vrai christianisme » au chapelain du château, Joachim Stoll. Une de ses premières ïectures fut celle de l'ouvrage d'Arndt, qui était en passe de devenir, pour les luthériens pieux, ce qu'est pour nous l'Imitation. Il y a donc une filiation très certaine et très étroite entre Spener et Arndt. Mais il est curieux de remarquer d'autre part que les lectures préférées du jeune Spener étaient, avec Arndt. les ouvrages, traduits de l'anglais, des auteurs puritains Sonthom, Bayly et, plus tard, Dyke et Baxter. Ce dernier nom est particulièrement significatif et montre fort bien la parenté intime du piétisme et du puritanisme. Richard Baxter (1615-1091) avait adouci le prédestinianisme de Calvin et avait écrit de nombreux ouvrages dont se nourrit encore la piété anglicane. La jeunesse de Spener fut admirablement pieuse et pure. II devait signaler plus tard comme le plus grand péché de son enfance le fait de s'être laissé entraîner, vers l'âge de 12 ans, à une sauterie improvisée. Après ses premières études au château de Ribeaupierre et au gymnase de Colmar, Spener entra à l'université de Strasbourg. Il y reçut les leçons de Sébastien Schmidt, remarquable professeur d'exégèse, et surtout de Dannhaucr, qui le mit en contact avec les écrits de Luther niais en lui enseignant l'horreur du

formalisme religieux et le goût de la vie intérieure, C'est à Strasbourg également qu'il commença à réfléchir aux droits religieux du i tiers état », conformément à la doctrine luthérienne du « sacerdoce universel », qui allait jouer un rôle si important dans ses conceptions religieuses. A Strasbourg, du reste, le luthéranisme présentait quelques particularités remarquables : la confession privée n'y était pas obligatoire, l'honoraire d'absolution l lieichtgeld) était inconnu, l'enseignement eatéchistique était fort développé, et un conseil laïque d'anciens avait la mission de veiller sur la discipline morale de la paroisse et des pasteurs eux-mêmes. A la suite de sa thèse, en 1659, Spener alla donner des cours à Bâle, puis à Genève, où il resta une année entière et suivit avec intérêt les prédications du réformateur calviniste Jean de Labadie. Vers la lin de 1661, il revint à Strasbourg, par Lyon, Besançon et Montbéliard. ['i\ séjour de quatre mois qu'il fit, en 1662, à Tubingue, le mit en relation avec nombre de professeurs de l'université de cette ville et explique la difïusion ultérieure du piétisme en Wurtemberg. Prédicateur libre à Strasbourg, jusqu'à 1668, il devient, à 31 ans, doyen des pasteurs de Francfort. Son séjour dans cette ville fut décisif. Il y trouvait une bourgeoisie riche et adonnée au luxe, sous toutes ses formes, y compris les conséquences ordinaires : le pharisaïsme j religieux, la débauche secrète, la sensualité, l'indifférence religieuse au fond. Il se mit aussitôt à l'œuvre pour combattre l'immoralité générale dans la ville. Mais son zèle se trouvait bridé par le Sénat, qui avait la haute main sur toutes les affaires religieuse^. Heureusement, on lui laissait une certaine latitude pour l'éducation de l'enfance. Il s'attacha à développer l'instruction eatéchistique, à répandre l'usage de la confirmation, qu'il trouva subsistant à la campagne, à prêcher la nécessité d'une « nouvelle naissance ».

Au moment où Jean de Labadie instituait à Genève des réunions de piété, Spener, sans être au courant de cette nouveauté, prenait l'initiative, dans son sermon du xvne dimanche après la Trinité de 1669, d'inviter ses paroissiens les plus fervents à substituer aux jeux de cartes ou de dés et aux beuveries du dimanche de pieuses lectures faites en commun. Ce fut l'origine des Collegia pietatis, organisés pour la première fois en 1670, et qui devaient jouer un si grand rôle au sein du piétisme. On se réunissait deux fois par semaine, dans la demeure de Spener et, là, on faisait un retour sur la prédication du dimanche précédent. On rappelait le sermon, on commentait en commun la page évangélique, on lisait des ouvrages de piété, on chantait des cantiques. A partir de 1675, la lecture de la Bible devint l'objet principal de ces réunions édifiantes. Mais le presbytère étant devenu trop étroit, celles-ci avaient lieu dans la salle des catéchismes. De bonne heure. Spener vit apparaître, au sein de ces conventicules, des tendances séparatistes qu'il dut combattre énergiquement. Ce ne sera pas à tort que ses adversaires lui reprocheront de nourrir l'orgueil spirituel et l'étroitesse d'esprit. Le piétisme engendra, presque tout de suite la « bigoterie >'. Les habitués des Collegia pietatis se mirent peu à peu à faire de l'assiduité à leurs réunions le critère obligatoire du vrai christianisme et à afficher des scrupules pour recevoir la cène, en compagnie de la foule « inconvertie ». On pense bien (pie cette mentalité des initiés ne fut pas sans soulever les railleries et les critiques. C'est à cette opposition de la multitude aux prétentions orgueilleuses du petit nombre que fut dû le sobriquet de piélistes, déjà connu en Haute-Allemagne, mais qui n'est appliqué aux disciples de Spener qu'autour de 1677 et qui leur resta.

De 1675 date l'un des principaux ouvrages de Spener, celui où l'on doit chercher le fond de sa pensée religieuse. Il a pour titre : Pia desideria oder herzliches

IÉTISME. ACTION DE Sl'KA I'. I!

Vertangen nach gottge/àlliger Besserung der wahren evangelischen Kirchen, sami einigen dahin abzweckenden christlichen Vorschlàgen (Pieux désirs ou aspiration cordiale vers une amélioration conforme au bon plaisir de Dieu des véritables Églises évangéliques, avec quelques projets chrétiens tendant à ce but). lei encore. Spener affirmait sa dépendance par rapport à Arndt. Son ouvrage ne se donnait que connue un avant-propos à une réédition des Sermons du célèbre prédicateur de Celle.

lue brève analyse des Pia desideria nous portera au cœur même du piétisme spénérien. L'auteur fait d'abord un saisissant tableau de la décadence religieuse de son temps. A ce point de vue. son livre est un témoignage historique de premier ordre. Il passe en revue les trois états. La noblesse ne songe qu'à ses plaisirs et le petit nombre de ceux qui se soucient de religion le font par pure politique et pratiquent un césaropapisme qui étouffe toute liberté religieuse. Le clergé est totalement corrompu aussi. Il manque d'abnégation. Il vit bourgeoisement sans aucun souci d'imiter les vertus de Jésus-Christ. La théologie n'est plus que la science de la discussion et de la controverse. Enfin, dans le tiers état, régnent en maîtres l'amour de l'argent, l'esprit de chicane, l'ivrogneri-e, le manque de respect pour le bien d'autrui, la grossièreté morale et religieuse, notamment la prétention de recevoir l'absolution, sans l'aire pénitence. Heureusement, dit Spener, avant que Rome ne retombe encore plus bas qu'elle n'était au temps de la Réforme, Dieu a ménagé à son peuple une nouvelle conversion. Quels sont donc les moyens par lesquels cette conversion sera produite? Spener les expose :

1° La parole de Dieu pourra être introduite plus richement parmi nous, si le père de famille lit chaque jour la Bible à la maison, si on restaure ces réunions qui se tenaient au temps des apôtres, où chacun exposait, en lisant l'Écriture, ce que l'Esprit lui disait au cœur.

2° Le second moyen sera l'érection et l'exercice du sacerdoce universel. Tous les chrétiens ont été faits prêtres parleur Sauveur. Ce fut une tromperie affreuse du diable qui restreignit tous les pouvoirs, sous la papauté, aux seuls clercs. Tous les chrétiens ont le droit et le devoir d'enseigner, d'exhorter, de convertir, d'édifier, en un mot de travailler au salut du prochain. Par la création, au sein des communautés religieuses, de petits cercles où ces pouvoirs sont exercés, les communautés entières seront finalement converties.

3° Il est nécessaire de faire comprendre à tous que le christianisme n'est pas seulement une foi, une connaissance, mais qu'il consiste avant tout dans une » pratique .

I" A l'égard des dissidents ou de ceux qui ne pensent pas comme nous, Spener recommande la prière, le bon exemple, une discussion grave et douce des erreurs, sans contention ni recherche personnelle. Il a horreur de la controverse pure. Il donne comme idéal au chrétien le retour à l'unité parfaite de l'Église, mais sans recours ni à la violence, ni aux querelles dogmatiques.

■")" Il préconise une réforme radicale de l'éducation des futurs prédicants dans les universités. Il faut que cesse la vie désordonnée des étudiants, qu'on veille sur leur conduite morale autant et plus que sur leur savoir, que les académies cessent d'être des instruments d'orgueil, de débauche, de duels, de disputes, etc. Il conviendrait de restreindre les études de controverse et d'exercer les étudiants à la lecture de bons livres tels que la Théologie allemande, les œuvres de Tailler et de Thomas a Kempis. Enfin, il faudrait que dans les universités, comme dans les paroisses, des réunions de piété apprennent aux étudiants à s'édifier

mutuellement par la lecture commentée de la Bible, la prédicat ion. le soin des malades et des ignorants.

6° Enfin, Spener demande une réforme radicale de la prédication, qui ne sert, dit-il, qu'à briller et non a convertir. Et il cite en modèle les sermons d'Arndt.

L'ouvrage de Spener. qui exprimait avec chaleur les aspirations intimes de milliers d'âmes pieuses, fut accueilli, dans toide l'Allemagne, avec enthousiasme par les uns et méfiance par les autres. Le inouvemenl était lancé. H ne devait plus s'arrêter. Ce qui permet d'en mesurer l'importance, c'est, d'une part, la diffusion de l'ouvrage de Spener, qu'il fallut publier sépa rément : d'autre part, l'éclosion d'une formidable littérature autour de ses idées : approbations, réfutations, pamphlets anonymes, etc. On compte, dans la collection de Gœttingue, qui n'a pas la prétention, malgré tout, d'être complète, plus de 501) titres de brochures diverses autour du piétisme, pour les seules années de 1690 à 1699. L'une des premières oppositions qui se dessina lui celle du consistoire de Dariustadl, sous l'influence du prédicateur de la cour, 15. Mentzer. Le 26 janvier 1678, une circulaire de ce consistoire interdit les Collegia pietatis, qui commençaient à se répandre un peu partout. Le pasteur de Nordhausen, C. Dilfeld, écrivit également contre Spener et essaya de le convaincre d'hétérodoxie. Ce que l'on reprochait à Spener c'était de sympathiser avec les dévotions catholiques, et. comme on était en guerre avec la France, d'être hostile à la cause de l'empereur. On accusait les habitués des conventicules d'atfecter des airs de rigorisme moral, de faire prêcher des servantes, d'établir entre eux la communauté des biens, etc.

lue phase décisive dans l'activité de Spener, ce fut sa nomination, le 11 juillet 1686, comme prédicateur de la cour à Dresde. C'était la plus haute fonction religieuse de la Saxe. Justement, la même année, exactement le 17 juillet 1686, il se fonda à l'université de Leipzig un Collegium pliilobiblicum, dont les promoteurs étaient, sous l'inspiration du professeur J.-B. Carpzov, les professeurs Augustc-Hermann Francke et Paul Anton.

Bien que ce Collège, où les étudiants s'exerçaient à l'étude de la Bible, restât encore dans le domaine strictement scientifique, il était trop conforme aux intentions de Spener, pour que celui-ci s'abstînt de l'approuver chaleureusement, au cours d'une inspection qu'il fit à l'université en 16S7. Tout alla bien au début. Mais, lorsque, après ■ une courte absence, Francke revint à Leipzig, « converti », le collège prit une telle allure que des protestations éclatèrent. D'un cercle scientifique, on entendait faire une simple réunion édifiante. Les laïques de la ville fondèrent à leur tour des collèges du même genre. Les étudiants inanités t aient bruyamment leur aversion pour la scolastique officielle. On jetait au feu les livres et les cours des professeurs. Ces excès déterminèrent Carpzov, le premier promoteur du collège, à se prononcer avec vivacité contre le piétisme. La situation devint si tendue que Francke dut démissionner et quitter la ville. Une ordonnance électorale, en date du 10 mars 1690, vint interdire aux citadins les conventicules de piété. Dès 1689, Spener avait perdu tout crédit auprès d< l'électeur Jean-George III. qu'il avait mécontenté par une lettre personnelle où il lui faisait de pastorales remontrances. Soutenu par la laveur de l'éleclrice, il put se maintenir jusqu'en 1691, mais fut tout heureux alors d'accepter le poste de premier pasteur de Saint Nicolas à Berlin. Il resta en fonctions dans celle importante paroisse jusqu'à sa mort, le 5 février 1705. Ses dernières années fuient une lutte continuelle. Ses adversaires s'acharnaient contre lui. L'université de Wittemberg ne découvrit pas moins de 283 erreurs dans ses ouvrages! L'un des plus rudes pamphlets

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