‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 19 sur 437 · PHOTIUS. ROME PREND POSITION · texte numérisé non relu

PHOTIUS. ROME PREND POSITION

plice lui fait prononcer, à l'endroit de celui-ci, des

paroles extrêmement vives, Le jugement rigoureux n'est pas encore venu; il ne saurait plus tarder.

j Condamnation de Photius. — Retardé par diverses circonstances, l'archimandrite Théognoste, messager

d'Ignace, ne dut arriver à Rome que fort tard dans l'année 862. On ne comprendrait guère, s'il était arrivé plus tôt, que Nicolas, le 23 novembre 862, ait encore donné une mission de confiance à Radoald qu'il expédiait à Metz pour y ventiler l'affaire de Lothaire fi et de Teutberge. Voir l'art. Nicolas Ier, col. 511.

De toutes manières, le pape eut enfin en main le AîosXXoç. rédigé au nom d'Ignace, de dix métropolites, de quinze évêques, de nombreux cénobiarques et prêtres et adressé « au saint patriarche de tous les troues, successeur de saint Pierre et pape œcuménique . C'est la 3e pièce de la lTe partie des actes grecs du VIIIe concile, ci-dessus, col. 15ô2. Hardouin, t. v, col. 1013-1019: Mansi. t. xvi, col. 206-301. Le texte en est fort médiocre et l'on voudrait être plus assuré que ce que nous lisons ici est bien ce qui a été écrit par Ignace. Celui-ci y raconte, sur un ton qui sent un peu le radotage, les souffrances endurées par lui, les raisons de l'inimitié que lui a témoignée Bardas. Faisant le récit du concile présidé par les légats du pape et qui l'a déposé, il cite bien la phrase que nous avons déjà entendue, col. 1564 : « Je ne vous regarde pas comme mes juges : mais il a soin d'ajouter : « Que l'on me conduise au pape, je reçois d'avance son jugement. » Contrairement à ce qui se lit aux actes, où il déclarait : Non appellavi Komam, nec appello, il affirme qu'il a envoyé à Rome plusieurs lettres antérieures, mais qui ne sont pas parvenues à leur adresse. Ne cherchons pas à discuter contradictoirement les deux textes. Une chose demeure surprenante, c'est que quatre années se soient écoulées entre la déposition d'Ignace et le moment où Rome est saisie de son appel.

Ayant vu clair dans toute cette histoire. Nicolas se décida à agir avec la dernière énergie. Le concile romain, réuni en avril 8*53 et qui dura certainement plusieurs jours, mit en accusation Radoald et Zacharie pour l'attitude qu'ils avaient eue à Constantinople; Zacharie reconnut sa faute: Radoald, pour lors en mission à Metz, ne perdra rien pour attendre. Mais c'était Photius surtout qui était visé : Incipit narrationis ordo, dit le fragment conservé des actes, de Phutii repulsione et Ignalii patriarchœ reslitutione, neennn de Zachariœ ac Rhodoaldi dudum episcoporum depositione ac exeommunicatione. Texte de Mon. Germ. hist., Epist., t. vi, p. 550. Cinq capitula se lisent à la suite d'un bref résumé historique de l'affaire. Le 1er est dirigé contre Photius, néophyte, ordonné par un évèque déposé, Grégoire de Syracuse, bourreau d'Ignace, corrupteur des légats romains : il sera, en conséquence, omni sacerdotali honore et nomine alienus, omni clericalus offlcio exutus; que s'il viole cet interdit et ne restitue pas à Ignace son siège, il sera excommunié jusqu'à l'article de la mort. Grégoire de Syracuse, visé par l'article 2, est déclaré suspens de tout ministère sacerdotal: s'il viole cet interdit, il sera anathème. Tous ceux, dit l'article 3, qui ont été promus par Photius, à quelque ordre que et' suit, sont privés de leur office, omni clericali offlcio privamus. La déposition d'Ignace est, par l'article 4, déclarée de nul effet, tous ses droits lui sont rendus. Qui lui ferait opposition serait, s'il est clerc, privé de son ollice, s'il est laïque, frappé d'anathème. Quant aux évêques et clercs partisans d'Ignace qui ont été exilés et privés de leurs offices, ils seront, dit l'article 5, réintégrés. Si quelque accusation était portée contre eux, on ne saurait y donner suite avant qu'ils n'aient d'abord été rendus à leurs sièges; leur cause sérail réservée au Siège romain, qui les jugerait suivant les canons (celte dis-

position, remarquons-le, est un des thèmes favoris des Fausses Décrétâtes; cf. art. Nicolas I>'r, col. 520). Revenant sur la question iconoclaste, le dernier article

condamne la mémoire du patriarche Jean le Grammai rien (c'était un moyen de supprimer un des précédents invoqués par Photius, cf. col. 1505 et 1560).

On n'accusera pas le synode romain de 803 d'avoir sous-estimé le pouvoir du Siège romain. Peut-être même donnait-il aux droits traditionnels reconnus a la première Église une extension un peu imprévue. Surtout l'usage qu'il en faisait était de nature, à froisser l'Église de Constantinople. En touchant non seulement à Photius, mais à tous ceux qui avaient été ordonnés par lui, quelles que fussent les circonstances de leur promotion, il allait grouper tout ce monde autour du patriarche condamné. Un tel déploiement de force était-il nécessaire, alors que, nous allons bientôt le voir, la question du conflit entre Ignace et Photius n'était pas encore définitivement ventilée?

Quand et comment fut donnée, à Constantinople, connaissance de ces décisions, c'est ce que nous ne saurions dire. La lettre Jafïé, n. 2730 (elle n'est pas dans P. L.), est adressée non pas à Michel, comme on l'a conjecturé, mais à un prince arménien. Le mettant au courant de ce qui vient de se passer à Rome, Nicolas, arguant des promesses du Christ à Pierre, y revendique ses droits souverains dans l'Église : Nos- Irum est errantes convertere.

L'atîaire de Radoald qui s'attardait en diverses missions, Jafïé, n. 2754, fut enfin réglée le 1er novembre 804, voir ibid., post n. 2771. Déclaré contumace, l'ancien légat fut déposé et excommunié. C'était la condamnation finale du synode constantinopolitain du printemps de 861. Entre avril 863 et novembre 864, nous ne pouvons signaler d'autres pièces en provenance de la curie romaine et relatives à l'affaire photienne'. D'ailleurs, entre ces deux dates s'étaient déroulées les péripéties du duel entre le pape et Lothaire II. Voir art. Nicolas Ier, col. 511-513. Pour un temps, l'attention de la curie se détournait de l'Orient pour se concentrer sur les graves événements occidentaux.

3° La réaction de Constantinople et la riposte de Nicolas. — On imagine sans trop de peine l'effet que produisirent à Constantinople, quand elles y furent connues, les décisions du concile romain de 863. Pour qu'elles aient pu recevoir un commencement d'exécution, il eût fallu que l'empereur les acceptât. II s'agissait bien de cela! Tout se préparait, sur les rives du Bosphore, pour une résistance acharnée aux injonctions de Rome.

Laissant au basileus le soin de le défendre, Photius se cantonne dans un silence complet, rien n'étant plus facile d'ailleurs que de tenir pour non avenues les décisions du pape. C'est le basileus qui prend l'offensive et qui riposte par une lettre adressée au pape, mais dont le texte ne s'est pas conservé. Nous la connaissons par la réponse que Nicolas lui fit, où il la qualifie une « épître pleine de blasphèmes ». Le ten devait être d'une violence que soulignait peut-être la menace d'une expédition militaire. Voir un essai de reconstitution de la lettre, dans Dolger. n. 464.

La curie n'était pas à court d'arguments à opposer au basileus. Ces démonstrations s'accumulent dans la réponse de Nicolas, laquelle est datée du 28 septembre 805 (Jafïé, n. 2700; le texte rétabli dans les Mon. Germ. hist., l-'.jiisl.. t. VI, p. 15 1-487. donne la date iv kal. oct.ind. XI \). Cette pièce, capitale pour préciser les concepts que se faisaient du pouvoir pontifical les canonistes de la curie, pour étudier les preuves sur lesquelles ils pensaient l'appuyer, ne nous apprend en somme rien de plus que les précédentes, au point di vue de la question lgnace-Photius, telle qu'elle se

PIIOTIUS. L'AFFAIRE BULGARE

posait en droit. Écrite do la même encre que la lettre impériale à laquelle elle répondait, elle semble devoir aboutir à accroil re encore la tension. Or, brusquement, elle tourne à une concession (voir P. L., t. cxix, col. 954 C; Mon. Germ. hist., p. 480). Le pape se déclare prêt à rouvrir le procès d'Ignace et de Photius, bien qu'il parût définitivement terminé par la sentence de 8(13 : Uterque Romain ad renovandum examen vcniat. Il n'est pas nécessaire que les parties se présentent personnellement à Home, elles peuvent y déléguer des procureurs, et le canoniste Anastase, qui tient la plume, ne se prive pas du plaisir de dresser la liste des représentants d'Ignace qu'acceptera la curie romaine. Le basileus se doit de faire les frais de la représentation ignacienne, car Ignace est pour l'instant dépourvu de ressources. Une assez longue considération sur la théorie des rapports entre les deux pouvoirs termine cette curieuse pièce. Elle fut remise, avec une lettre d'accompagnement, au protospathaire Michel qui avait sans doute apporté à Rome la lettre du basileus. JafYé, n. 2797 (pas dans P. L., on la trouvera dans Mon. Germ. hist., loc. cit., p. 487-488). Cette dernière résume bien le sens de la longue épitre précédente: SententiamnostramTEsiPEB.wiMVsetpacem et communionem reddendam Ecclesise et illi promisimus.

En définitive donc, et malgré les apparences, la lettre de 805 constituait un recul, ou, si l'on veut, une proposition d'accommodement. Entre Rome et Constantinople, la guerre qui paraissait inévitable en 803 pouvait encore faire place à la paix. Comment expliquer dès lors que les choses, juste à une année d'intervalle, aient pris, en 866, une allure différente et que, en l'absence de tout fait nouveau dans l'affaire Ignace- Photius, la rupture se soit accomplie entre les deux Églises? C'est ce que l'on ne saurait comprendre si l'on ne s'arrête à une considération relative aux affaires de Bulgarie, qui vont désormais interférer avec la question déjà si complexe que nous avons exposée.

iv. l'affaire bulgare. — Sur la conversion des Bulgares, voir ici t. n, col. 1177-1182, et aussi l'art. Jean VIII, t. vin, col. 004 sq., où l'on voudra bien corriger la faute d'impression qui a fait écrire la date de 863 au lieu de 869, et l'erreur qui fait de Michel le successeur de Boris. Boris et Michel sont le nom d'un seul et même personnage.

Installés depuis le vne siècle dans la région du Bas- Danube, les Bulgares avaient longtemps constitué pour Byzance un mortel danger. Jusqu'au milieu du ixe siècle, ils sont demeurés païens et s'opposent à l'entrée du christianisme sur leur territoire. Mais, coincée entre la Grande Moravie qui, dans les années 860 et suivantes, s'orientait vers la religion chrétienne, et l'empire byzantin représentant-né de la foi orthodoxe, touchant presque aux confins du monde germanique, la Bulgarie ne pouvait guère faire autrement que de devenir chrétienne. S'ouvrirait-elle au christianisme oriental, son plus proche voisin, ou aux influences occidentales, telle était la question. L'on peut dire, sans exagérer, que de savoir à qui les Bulgares devraient l'Évangile allait être la pomme de discorde entre les deux Églises de Rome et de Constantinople.

Le différend commence du jour où le roi Boris (852- 888) comprend que la Bulgarie ne peut demeurer dans son isolement païen. Une expédition de Michel III l'a mis, une fois de plus, en contact avec les Byzantins; il fait la paix avec Michel, à de bonnes conditions pour lui, mais aussi il se fait baptiser; l'empereur fut le parrain, en mémoire de quoi Boris prit le nom de Michel. Photius dut être mêlé à toute cette affaire. La date de ce grand événement n'est pas facile à préciser; les critiques proposent diverses années entre 859 et

864-805. C'est de cette dernière date qu'il faut se rapprocher. Sur tout ceci, voir Bury, op. cit., p. 382 sq., et surtout, pour la date, p. 385, n. 4. C'est sensiblement à la même date, été de 861, que, à la demande de Rotislav, prince de la Grande Moravie, Photius envoie, pour évangéliser cetle région, les deux frères Constantin (Cyrille) et Méthode. Voir ibid., p. 393 sq.; Dvornik, op. cit, p. 226-235. Sur l'évangélisation des Russes, qui aurait suivi l'expédition de ceux-ci contre Constantinople en 800, voir le même auteur, p. 1 76 - 180, et la bibliographie sommaire qui est donnée, p. 180.

On notera, dès maintenant, qu' Anastase le Bibliothécaire donne de la conversion de Boris une version tout à fait différente. Les Bulgares et leur roi, dit-il, ont reçu la foi per hominem romanum, id est quemdam presbyterum Paulum nomine. Le roi est ainsi amené à demander à Rome non seulement la règle de la foi, mais encore les règles disciplinaires, et ce non seulement par suite des suggestions de ce prêtre, mais par l'effet d'une révélation divine. Cette révélation divine ne faisait, en somme, que remettre sous la domination ecclésiastique de Rome une région qui lui avait jadis appartenu et dont elle avait été dépossédée par les circonstances et aussi par les machinations des empereurs byzantins. Voir P. L., t. cxxix, col. 18-19 (remarquer les développements de la col. 19; toutes les difficultés de l'affaire bulgare y sont en germe). La présentation des événements faite par Anastase est certainement tendancieuse; mais il est très vraisemblable que Boris, dès le début, eut l'idée de jouer sur les deux tableaux. Suivons les efforts faits par Constantinople d'une part, par Rome de l'autre, pour conserver sur la Bulgarie l'hégémonie ecclésiastique.

1° Photius et les Bulgares. — Dès le lendemain de son baptême, Boris avait demandé au patriarche de Constantinople d'organiser en Bulgarie une hiérarchie ecclésiastique, avec archevêque et évêques, dont il espérait sans doute qu'elle ne tarderait pas à devenir autonome. C'était aller un peu vite en besogne. Photius. tout en envoyant des missionnaires qui continuaient à relever directement de Constantinople, se contenta d'exposer à Boris, son fils spirituel, dans un long document, les principes généraux de la foi et de la morale chrétiennes. Episl., i, 8, P. G., t. en, col. 626- 696; Valettas, n. 6.

La foi chrétienne est exposée en suivant l'ordre des définitions des sept conciles œcuméniques, dont l'histoire est assez amplement racontée; on remarquera que, pour chacune de ces assemblées, Photius note avec soin la part qu'y a prise le Siège apostolique. Le tout se termine par une petite apologie démontrant la supériorité de la foi chrétienne sur le paganisme. Le résumé de la morale, qui fait suite, est extrêmement remarquable. Photius y indique, avec beaucoup de netteté, les grandes lignes de la vie chrétienne. Passant de là aux devoirs particuliers du souverain, il étudie quelles doivent être ses amitiés, ses défiances, comment il doit savoir commander, légiférer, punir, quels défauts il doit principalement éviter. Tout y 'est réglé avec beaucoup d'à-propos, y compris les questions des femmes, du luxe, de la table. Tout ceci paraît bien un peu raffiné pour ce barbare, aux yeux de qui le christianisme devait se présenter surtout comme un système de cérémonies et de rites qui remplaçaient les rites et les cérémonies de la vieille religion.

L'activité des missionnaires byzantins fut-elle considérable? on ne saurait le dire. Photius parlera plus tard, non sans quelque emphase, des résultats obtenus. Ces résultats étaient peu de chose aux yeux de Boris; ce qu'il voulait avant tout c'était avoir sa hiérarchie bien à lui, son archevêque, voire son patriarche, qui pourrait un jour lui poser sur la tête la couronne impé-

PH0T1US. LA lUM'TURE AVEC ROME

riale. Constantinople n'était pas pressée d'organiser

cette autonomie ecclésiastique. Il ne restait plus au kniaz des Bulgares qu'à se tourner vers l'autre pôle de la chrétienté. En août 866, une ambassade de Boris arrivait à Kdme. Voir Lib. pont., t. 11, p. 164, I. 18; rapprocher une donnée des Annales de Fulda, dans Mon. Germ. Iiist., Script., t. i, p. 379; cf. Annales d'Hincmar, ibid.. p. 474.

2° Sicolas I" et les Bulgares. — Rien ne pouvait agréer davantage à la curie romaine que cette démarche de Boris. N'ous avons entendu Xicolas, dans sa lettre de 800, réclamer le retour au patriarcat romain de l'ilh ricum oriental, qui, morceau par morceau était passé sous la mouvance de Constantinople. A la vérité, le jeune royaume bulgare s'étendait principalement sur des régions qui avaient toujours ressorti à Byzance et qui étaient comprises sous la dénomination générale de Thrace. Mais il débordait aussi sur la Dacie ancienne. De là à le regarder tout entier comme une dépendance de l'antique patriarcat romain, il n'y avait qu'un pas. Ce pas fut vite fait, et d'autant plus aisément que, depuis l'ouverture du conflit avec Constantinople, on ne se privait pas à la curie de traiter les Byzantins en schismatiques, presque en hérétiques. Voir la préface d'Anastase aux endroits signalés ci-dessus, col. 1.570. A tout point de vue, n'y avait-il pas intérêt à arracher à des influences malsaines un peuple jeune, d'où les missionnaires romains n'avaient été chassés que par les intrigues des Grecs. Puisque, divinement instruit, ce peuple se tournait vers Rome, il fallait, toutes atïaires cessantes, répondre à ses ouvertures. A l'automne de 866, en réponse à la demande présentée par Boris, il fut décidé que l'on enverrait en Bulgarie une mission à la tête de laquelle se trouveraient les deux évêques Paul de Populonie et Formose de Porto. Entre autres documents dont elle était chargée, elle emportait la célèbre réponse de Nicolas Ier, ad consulta Bulgarorum. Jafïé, n. 2812; texte dans P. L., t. cxix, col. 978 sq., et mieux dans Mon. Germ. hist., loc. cit., p. 568 sq.

Ce document ne ressemble que d'assez loin à la catéchèse expédiée par Photius à Boris. Aussi bien celui-ci, dans la requête adressée à Rome, avait-il mis particulièrement l'accent sur la question des pratiques extérieures. Il avait noté les points sur quoi il y avait divergence entre les missionnaires grecs et ceux qui de l'Occident pouvaient avoir pénétré en Bulgarie. L'Église romaine répondait en disant quels étaient ses usages et en signalant sur quels points ils différaient des coutumes grecques. Nous n'avons pas l'intention de détailler ici les 106 réponses résolvant, du point de vue romain, les dubia de Boris. On en tirerait à coup sûr un exposé disciplinaire et même moral du plus haut intérêt, quelques directives aussi de l'activité missionnaire qui mériteraient d'être signalées à cette époque. Nous relèverons seulement, parce qu'ils vont à notre sujet, les points principaux sur lesquels se marque la différence entre l'usage latin et l'usage grec : n. 2, les cérémonies extérieures du mariage n'ont pas l'importance que disent les Grecs, car seul le consentement fait le mariage; les secondes noces sont permises sans restriction; n. 6, critique de la coutume grecque qui interdit les bains les jours de pénitence. mercredi et vendredi ; n. 9, la communion n'est pas interdite en carême; n. 10, l'abstention des œuvres serviles ne s'impose pas le samedi; n. 43, cf. 90 et 57, il. n'y a pas de viandes spécialement interdites et les prescriptions de l'Ancien Testament, même celles relatives à l'usage du sang, ne s'imposent pas aux chrétiens; n. 54, 55, il n'y a pas d'importance à attacher aux prescriptions des Grecs relatives à telles postures, à prendre à l'église, ou pour la communion. Plus importantes sont diverses remarques qui critiquent

assez vivement certains usages grecs : n. .70, sur les prêtres mariés (c'était la règle chez les Grecs), le document romain fait observer qu'ils sont répréhensibles, bien qu'il conseille d'ailleurs de ne pas les renvoyer pour autant; n. 92. critique de la conception patriarcale des Orientaux; les sièges patriarcaux sont exclusivement les sièges apostoliques, Rome, Alexandrie. Antioche; bien qu'ils se dénomment patriarcaux; les sièges de Constantinople et de Jérusalem sont loin d'avoir l'autorité des précédents; c'est Alexandrie qui, en autorité, vient immédiatement après Rome.

Toujours préoccupé d'assurer l'autonomie de son Église, Boris avait nettement posé la question de l'établissement d'un patriarcat bulgare. Pas plus qu'à Photius, cette idée ne souriait à Nicolas; du moins, il n'écartait pas brutalement la demande du kniaz, voir n. 72 et 73; il promettait tout au moins, dès que faire se pourrait, un archevêque ayant juridiction (se rappeler que le mot archevêque n'est pas alors synonyme de métropolitain), cet archevêque recevrait les pouvoirs nécessaires pour organiser la hiérarchie; il pourrait être consacré dans le pays sans être obligé de venir à Rome, seul l'octroi du paljium témoignerait que sa juridiction avait sa source dans le Siège apostolique.

Le document se terminait par une apologie de l'Église romaine, seule dépositaire du vrai christianisme, et que jamais l'erreur n'avait effleurée. Sans doute on ne rejetait pas les autres ouvriers évangéliques ; c'est à leur doctrine qu'il faudrait les juger : non curamus, dirait un peu dédaigneusement le texte, qui prœdicent, sed quem prœdicent. Mais l'Église bulgare, quand elle serait constituée, aurait grand soin de regarder toujours vers le siège de Rome, sedes totius Ecclesise apostoliese.

Les dés étaient jetés. En répondant aux avances de Boris, en envoyant ses missionnaires en Bulgarie, où déjà fonctionnait une hiérarchie dépendant de Constantinople, la curie manifestait clairement son intention de ne plus tenir compte du titulaire de la Nouvelle-Rome. Aussi bien ni lui, ni le basileus n'avaient réagi à la lettre dé septembre 865, qui proposait une sorte d'accommodement. Puisque Byzance s'obstinait dans son isolement et tenait pour non avenues les propositions romaines, il n'y avait plus qu'à lui signifier la rupture.

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