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PHOTIUS. LA REVANCHE DE ROME

tien, une galère rapide qui devait empêcher ceux-cid'accomplir leur mission. Au bout de six semaines, il était évident que Basile ne s'entendrait pas avec Photius. Celui-ci finit du moins en beauté. Les témoignages du continuateur de Oeorges Hamartolos et de Léon le Grammairien ne paraissent guère pouvoir être révoqués en doute. Le prétexte trouvé pour écarter Photius fut le refus qu'il fit publiquement de donner la communion à l'empereur assassin. Le patriarche, à la mi-novembre, fut relégué au couvent de Sképé, sur la côte européenne de l'embouchure nord du Bosphore. Tout indiquait de rendre à Ignace le trône patriarcal. On choisit pour la cérémonie de la réinstallation le 23 novembre, anniversaire du jour où Ignace avait été renversé. D'urgence, un courrier fut envoyé à Rome pour signifier au pape Nicolas, dont on ignorait la mort, ces événements inattendus. Ce serait le pape Adrien II, consacré le 11 décembre 867, qui donnerait à l'affaire photienne une solution que l'on put croire définitive, et cela dans un important concile romain tenu en juin 869, puis au VIIIe concile œcuménique qui siégera à Constantinople dans l'hiver de 869-870.

1° Les décisions prises à Rome. — Le concile romain de 869 ne prit ses décisions qu'à la suite de négociations assez longues entre la curie romaine et le Sacré Palais; la lenteur des communications fut cause que les pourparlers durèrent près de deux ans.

1. Les propositions faites par Constantinople à Rome. — Deux courriers partirent successivement de la « cité gardée de Dieu » à l'hiver de 867. Nous n'avons pas les pièces qu'emportait le premier, dont nous venons de signaler le départ; mais, à en juger par la réponse que fait le pape Adrien, le 1" août 868, Jafîé, n. 2908 et 2909, seul l'empereur prévenait le pape des événements survenus, Ignace n'ayant pas cru indispensable de notifier à Rome la manière dont il était remonté sur son siège. Adrien en exprime sa surprise dans la seconde des deux lettres signalées.

Par contre, nous possédons une longue lettre du patriarche restauré et qui accompagne une autre lettre impériale, datée elle-même du 11 décembre, ci-dessus, col. 15j7. L'année n'est malheureusement pas donnée, mais, comme les deux pièces sont adressées au pape Nicolas, il faut bien qu'elles soient de la fin de 867; il serait bien invraisemblable, quoi qu'en pense Aristarchos, que treize mois après la mort de Nicolas on n'ait pas encore eu à Constantinople connaissance de la chose. C'est le 11 décembre 867 que marque Dôlger, n. 474. Voici donc comme il nous paraît qu'il faut restituer la suite des événements.

Un premier courrier part sitôt le rétablissement d'Ignace, porteur seulement d'un message impérial; puis, deux ou trois semaines plus tard, l'empereur et le patriarche se décident à écrire longuement à Rome. Ces deux lettres du basileus et du patriarche sont toutes deux intéressantes. Dans la première percent déjà les vues conciliatrices de Basile Ier. Dès le début, il s'est rendu compte que la paix religieuse ne saurait être rétablie que par des concessions mutuelles; restaurer Ignace sans faire un sort aux anciens partisans de Photius, entrer à l'égard de tous ceux-ci dans la voie des exécutions et des représailles, c'est perpétuer les troubles. Le mieux serait qu'à Rome on prît conscience de cette situation ; les deux partis en présence, photien et ignacien, vont donc s'y transporter et plaider contradictoirement leur cause; mais il faudrait aussi que, sur place, des apocrisiaires romains vinssent se rendre compte de la complexité du problème. Les mêmes préoccupations inspirent la lettre parallèle du patriarche restauré. Après de très vives protestations de son respect, de sa dévotion à l'endroit de l'Église romaine, Ignace se préoccupe surtout de donner au

pape un aperçu de la situation ecclésiastique de la ville et du patriarcat, distinguant les différentes catégories d'évêques et de prêtres, les uns ordonnés par Photius, les autres par les patriarches antérieurs, les uns ayant résisté à l'intrus, les autres ayant eu avec lui des rapports ecclésiastiques. Il est remarquable d'ailleurs qu'Ignace ne suggère aucune solution; sans doute estimait-il que le basileus avait suffisamment exposé ce qu'en l'occurrence il convenait de faire.

Au début de sa lettre, le basileus exprimait l'appréhension que sa première missive n'ait eu, en route, quelque mésaventure. En réalité, celle-ci atteignit assez promptement la curie romaine, puisque le pape Adrien y fit réponse le 1er août 868. Au contraire, la lettre du 11 décembre aurait mis fort longtemps pour parvenir à Rome. Adrien ne l'avait pas encore le 1er août, et il paraît bien que, par suite de mésaventures arrivées au courrier (voir Lib. pont., t. n, p. 178), elle n'arriva à Rome qu'au printemps de 869. Voir la fin de la lettre d'Adrien. Jaffé, n. 2914.

[A la vérité, si l'on admet que dans l'adresse des deux lettres de Basile et d'Ignace, le mot Kicolao provient d'une erreur de transcription, on peut proposer une autre restitution des événements :

a) Novembre 867, expédition de la seule missive impériale non conservée. — b) Août 868, réponse d'Adrien à cette missive; le pape s'étonne qu'Ignace ne lui ait pas signifié directement sa restitution. — c) Décembre 868, les deux lettres de Basile Ier et d'Ignace, analysées ci-dessus (l'empereur et le patriarche ont eu le temps de se rendre compte de la situation à Constantinople). -- d) Printemps 869, arrivée à Rome de ce courrier. La réponse est donnée par le concile romain de juin 869.]

2. Le concile romain de juin 869. (Sur les actes, voir ci-dessus, col. 1550; il existe un récit populaire du concile dans le Liber pontificalis, Vila Hadriani, t. ii, p. 178-179). — Quoi qu'il en soit de ces questions de date, voici quelle est, à Rome, la situation en juin 869. Les représentants du basileus et d'Ignace, ceux aussi des partisans de Photius sont arrivés. Quel est le point de vue de tous ces Byzantins? Il faut, pensent-ils," discuter contradictoirement la question qui se pose, depuis onze ans, entre Ignace et Photius; s'en tenir en somme à la lettre du pape Nicolas Ier de 865 (ci-dessus, col. 1569), sans se préoccuper soit des documents romains de 866, soit du concile photien de 867. A cette dernière assemblée, trop de gens se sont compromis; au cours des années précédentes déjà, la grande masse de l'épiscopat a pris fait et cause pour Photius. Le plus simple est de passer l'éponge. Il n'est peut-être pas impossible d'arriver à une entente entre Ignace et Photius. L'histoire byzantine avait déjà connu tant de situations dont on ne s'était tiré qu'en appliquant le principe de 1' « économie ».

Tout autre était le point de vue romain. Depuis 865, estimait-on, il y avait eu deux « faits nouveaux ». Le premier était la condamnation formelle de Photius en 866 : n'ayant pas répondu à la sommation pontificale dé 865, le patriarche intrus avait été, somme 'toute, condamné par contumace. Le second fait nouveau était le concile photien de juillet 867, où Photius avait poussé l'audace jusqu'à condamner le Siège apostolique qui ne peut être jugé par personne, prima sedes a nemine judicatur. De cette forfaiture, les actes du concile photien étaient les irrécusables témoins. A cette forfaiture s'étaient associés tous ceux qui en avaient signé les procès-verbaux. Moyennant les satisfactions convenables, on pouvait pardonnera ces derniers. Mais l'outrage énorme fait à l'Église romaine ne saurait plus être passé sous silence. La question photienne n'était plus une question intérieure de l'Église de Constantinople; elle était devenue une question

PHOTIUS. LE V I ï !«■* CONCILE

générale cuti n'intéressait rien de moins que la constitution «le l'Église universelle.

C'est avec cotte idée présente à la pensée qu'il faut lire les actes de ce concile romain. Tout y roule autour de l'injure faite par PhotiUS au Siège apostolique, et l'essentiel est la condamnation du concile photien de 8'67. Cette condamnation se matérialise, si l'on peut dire, dans l'autodafé du codex envoyé de Constantitiople et qui contenait les actes de l'assemblée maudite. Les deux synodes contre Ignace de 859 et de 8(il sont également condamnés. Photius enfin est solennellement anathématisé; au cas néanmoins où il viendrait à résipiscence, il pourrait être admis à la communion laïque. Amnistie, moyennant pénitence, serait accordée aux personnes ayant souscrit au concile de 867. Quant aux ordinations conférées par Photius, ceux qui les avaient reçues seraient éloignés des fonctions ecclésiastiques.

Restait a répondre aux propositions du basileus. Celui-ci, nous l'avons dit, avait demandé l'envoi à Constantinople de légats du Saint-Siège, sous la présidence desquels se tiendrait un concile qui remettrait toutes choses en état dans le patriarcat depuis si longtemps troublé. Adrien II se ralliait à cette idée et organisait la légation qui le représenterait; en feraient partie Donat, évêque d'Ostie, avec le diacre Marin, déjà désignés tous deux en 866 pour instrumenter à Constantinople; on leur adjoignait Etienne, évêque de Xépi. Ils emportaient deux lettres du pape, Jafïé, n. 2913, 2914, datées du 10 juin 8C9. La première, adressée à Ignace, lui spécifiait les décisions du concile romain qui devraient guider le concile de Constantinople. On remarquera la manière dont il y est parlé des ordinations faites tant par Grégoire Asbestas que par Photius. Grégoire, qui, du fait de sa déposition antérieure à 858, avait perdu le droit d'ordonner, ne pouvait rien transmettre au patriarche intrus, nihil habuit, nihil dédit; phrase malheureuse, bien faite pour jeter la suspicion non seulement sur la licéité, comme nous dirions aujourd'hui, mais sur la validité même de la consécration reçue par Photius, sur la validité dès lors de toutes celles qu'il avait pu conférer. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, tous ceux qui avaient été ordonnés par Photius à un titre quelconque seraient écartés ab episcoporum numéro vel dignitale quam usurpatiue ac ficte dédit (Photius). Quant aux prélats ordonnés antérieurement à la crise de 858 et qui s'étaient joints au patriarche intrus, tout spécialement en assistant au concile de 867, on leur conserverait leurs sièges, s'ils acceptaient de signer un libellus salis/actionis. La lettre au basileus, Jafïé, n. 2914, insistait plus particulièrement sur 'ce que devraient être les débats conciliaires; il ne s'agissait pas de reprendre la cause ab integro, mais seulement d'accepter les décisions prises à Rome.

2° Le concile de Constantinople de 86U-870. — Voir pour tout le détail ce qui est dit à l'art. Constantinople (IVe concile de). L'on ne marquera ici que l'esprit général des délibérations et des décisions: l'on attirera également l'attention sur quelques points dont la connaissance éclaire l'histoire ultérieure.

Il convient d'abord de marquer l'opposition absolue qui se révéla très vite entre le point de vue des légats romains, rivés aux instructions qu'ils avaient reçues en quittant Rome, et celui de l'empereur dont les représentants au concile, et tout particulièrement le patrice Baanès, se firent les âpres défenseurs. Les légats ne connaissent que leur consigne: faire entériner les arrêts du synode romain. L'empereur entend bien, au contraire, que le concile ne sera pas une simple chambre d'enregistrement. Il fallait, pensait-il, ventiler toutes les affaires pendantes; le débat essentiel d'abord sur les droits respectifs de Photius et d'Ignace,

les nombreuses questions de détail aussi que soulevait la participation d'une bonne partie de l'épiscopat aux

actes de'Photius. Imposer, comme la curie romaine le voulait une sorte de rétractation préalable à tous ceux qui s'étaient compromis avec le patriarche déchu, c'était, estimait le Sacré Palais, préjuger de la question. Celte exigence des signatures à apposer au libellus salis/actionis par les prélats grecs qui voulaient prendre part à l'assemblée faillit, à plusieurs reprises, faire échouer purement et simplement le concile; elle explique, en tout état de cause, le tout petit nombre des évêques qui s'y trouvèrent. Les huit premières séances ne comptèrent que deux ou trois douzaines de membres et l'admission de quelques-uns de ceux-ci donna lieu à d'interminables débats (voir, par exemple, celui qui occupe toute la quatrième séance). A tout instant, les fonctionnaires impériaux sont en discussion avec les légats et leur point de vue est exprimé au mieux par Baanès, quand il s'écrie à la ive session : « On ne peut cependant pas exiger du pouvoir civil qu'il enregistre purement et simplement les actes ecclésiastiques, si les choses ne se passent pas correctement. »

En définitive, les quatre premières séances furent exclusivement employées à constituer le concile. C'est à partir de la ve session que commence le procès de Photius et des évêques consacrés par lui. Procès est même un terme impropre, puisque les légats s'opposent à toute discussion sur le fond, et qu'en somme il ne s'agit que de signifier aux coupables les sentences du concile romain de 869, tout au plus d'atténuer la peine s'ils sont de bonne composition. Les actes en furent lus tout au long à la vne session et c'est ainsi qu'ils nous ont été conservés. Dans ces conditions, la sentence, si tant est qu'il pût y avoir sentence, ne pouvait faire de doute. Photius fut solennellement anathématisé; huit jours après, à la vm« session, un autodafé consumait tous les papiers de l'ancien patriarche relatifs au concile de 867, peut-être aussi bien d'autres qui ne se rapportaient qu'indirectement à l'affaire. Voir Aristarchos, introd., p. c.6'-oy'. Puis, brusquement, les séances, qui s'étaient succédées à une cadence assez régulière, entre le 5 octobre et le 8 novembre, s'interrompent sans que l'on puisse préciser la raison de cet arrêt. S'agissait-il seulement d'attendre l'arrivée d'autres évêques qui viendraient renforcer l'effectif décidément trop mesquin (à la vme session il n'y avait eu que 38 prélats)? Escomptait-on la venue d'un fondé de pouvoirs de l'Église d'Alexandrie, à la présence duquel on attachait quelque importance? C'est fort possible. Mais ne conviendrait il pas aussi de tenir compte de certains incidents, sur lesquels nous allons revenir et qui auraient amené une très vive tension entre les légats et le Sacré Palais? Toujours est-il que la ixe session ne fut tenue que trois mois plus tard, le 12 février. Le nombre des évêques présents s'était accru; il y en avait 65, et le fonde de pouvoirs d'Alexandrie, arrivé peu avant, déclara s'associer aux mesures antérieurement prises. On fit leur affaire aux témoins qui avaient faussement dépose au procès d'Ignace de 861; on condamna les compa gnons des débauches sacrilèges du feu empereur Michel. La v séance, tenue le 28 février, fut particulii renient solennelle et fréquentée. Outre le basileus. y figurèrent les représentants de l'empereur Louis II, au milieu desquels se trouvait Anastase le Bibliothécaire. La séance lut consacrée à la publication des 'l'i canons (sur leur nombre et leur sens, voir l'article cité. eol. 1283-1304) e! (le l'ôpoç ou définition conciliaire, puis a la Cérémonie de la signature. Les trois légats qui. 'par politesse, avaient offerl a l'empereur'de signer le premier, apposèrent d'abord puis Ignace cl les trois représentants d'Alexandrie,

IMIOTIUS. LA RESTAURATION

d'Antioche et de Jérusalem; vinrent ensuite Basile et-

ses deux fils aînés, enfin les 37 archevêques ou métropolites el les 65 évêques qui avaient figuré à la dernière séance. Un accord parfait semblait à nouveau réalisé entre l'Ancienne et la Nouvelle Home. Qui pouvait, douter de sa solidité, alors qu'on lisait au canon 2e que. le concile tenait le pape Nicolas pour l'organe du Saint-Esprit, aussi bien que son successeur, le pape Adrien : tov [xocxapicoTOCTOV rabrav Nix6Xaov à>ç ôpyzvov toû àyîou IIvéu[AaTOÇ s/ovtsç xal tov èxetvou StàSoxov -rôv àyiwraTOv Ttàncuv 'ASpicwôv.

Pour qui néanmoins eût été au courant de divers incidents qui se passèrent autour du concile, il n'eût pas été difficile de voir quels germes de mésintelligence avaient été déposés. D'une part, la tension avait grandi entre les1 représentants de Rome et le basileus; d'autre part, la question bulgare venait de surgir à nouveau, qui allait contribuer à détacher lentement de Rome le patriarche Ignace.

Renvoyant à un peu plus tard l'étude de l'incident bulgare, nous allons poser ici la question des démêlés qui éclatèrent entre les légats et l'empereur. Ils nous sont connus exclusivement par les deux sources romaines : le Liber pontificalis, Vita Hadriani, t. n, p. 181-182, et par une note qu'Anastase a insérée, vers la fin du procès-verbal de la ire session. Hardouin, t. v, col. 775; Mansi, t. xvi, col. 29; P. L., t. cxxix, col. 38- 39. Il faut d'abord distinguer cet incident d'un autre que le Liber pontificalis rapporte en premier lieu. Avant la signature, les légats romains, profitant de la présence d'Anastase et de sa connaissance du grec, font reviser par lui les procès-verbaux, auxquels devaient être apposées les signatures ; y ayant constaté des omissions relatives surtout au titre impérial de Louis II, ils s'en plaignent très vivement et déclarent qu'ils ne signeront que ad référendum. C'est après cela, his expletis, que se place une affaire beaucoup plus grave : Les libelli satisfactionis qu'avaient dû signer les prélats grecs pour avoir le droit de siéger au concile et que les légats conservaient par devers eux pour les rapporter à Rome leur furent volés, pendant leur absence, par les gens du basileus chargés de leur garde. Le coup avait été fait à la demande des intéressés, fort mécontents de laisser entre les mains de la curie la preuve de leur soumission. L'affaire, on s'en doute, fit beaucoup de bruit; les légats protestèrent avec vigueur contre ces procédés et, dit le Liber, encoururent de ce chef la colère du basileus, imperaloris iram vehementer incu.rru.nt. Anastase s'interposa et essaya d'arranger les choses. Les papiers volés furent rendus; mais de tels incidents en disent long sur l'état d'esprit tant du basileus que de l'épiscopat grec. En somme, on se pliait pour l'instant aux exigences de Rome, mais c'était de très mauvaise grâce. Malgré l'apparent succès que constituait la dernière séance du concile, de part et d'autre, l'on était aigri.

M. Vogt, Basile I", p. 225, essaie de mettre le dernier incident dans la longue interruption qui sépare la vme de la ixe session. Il faut, pour cela, solliciter énergiqUement le texte du Liber pontificalis et même le texte d'Anastase qui place l'affaire des libelli après que tous eurent signé leurs déclarations : postquam omnes chirographa sua scripserunt, ce qui suppose une date assez tardive. Néanmoins, comme nous l'avons insinué ci-dessus, col. 1580, il n'est pas impossible que des incidents analogues aient eu lieu pendant les trois mois d'interruption, de novembre à février. Le 29 octobre, à la seconde comparution de Photius, le basileus, qui était présent à la séance, a demandé sur l'affaire un débat contradictoire; celui-ci a été refusé par les légats, Photius a été anathématisé. Mais, sans doute, les conversations auront continué dans les couloirs sur le différend qui sépare les légats et le basileus.

Finalement, on tient encore la séance du 5 novembre; mais, après cela, la tension est si violente que le concile est ajourné sine die. Ne faudrait-il pas rapporter à cette période un incident qui ne nous est connu, et fort mal d'ailleurs, que par une de ces pièces qui figurent dans la IIP partie des actes grecs du VIIIe concile? Ci-dessus, col. 1552. Il s'agit d'une lettre du pape Etienne V (885-891), écrite sans doute en 885 et où celui-ci se plaint vivement de l'attitude de Basile Ier à l'endroit du pape Marin Ier, que l'empereur avait refusé de reconnaître. D'où vient cette animosité du basileus contre Marin? « C'est pour avoir pensé comme le pape Nicolas, pour avoir voulu exécuter les prescriptions de celui-ci que le pieux Marin est tombé chez vous dans une telle mésestime et, comme on l'a dit (remarquer cette incise, Etienne V n'est pas très sûr de ce qu'il avance), pour s'être joint aux opposants, pour avoir détruit et annulé ce qui avait été fait en synode par lui en présence de votre majesté, Stà to.... zà 7T0cp' aÙTOÛ èvw7Uov ttjç (îaaiÀeîaç û|xcôv Trpa/fJcvra xaTaXûcrai. xal àxupwaat. (Le 7tap' auToû fait difficulté; à qui se rapporte aù-rôç, pas à Nicolas certainement; à Photius dont il est question beaucoup plus haut? à Marin, en comprenant roxp'aÛToû?) Et donc Marin, à cause de cela même, fut gardé aux arrêts pendant trente jours, ce qui est plutôt un honneur pour lui. » Le texte n'est pas limpide. On l'entend d'ordinaire d'une seconde mission de Marin à Constantinople, sur laquelle, d'ailleurs, nous n'avons pas d'autres renseignements. Voir ci-dessous, col. 1592 sq. Serait-il interdit de le rapporter à cette période de 869-870, pour laquelle nous savons avec certitude que Marin était dans la capitale, et précisément à cette époque de tension entre le Sacré Palais et les légats romains? Jusqu'à quel point, d'ailleurs, les faits sont-ils déformés et grossis à quinze ans d'intervalle, c'est ce que l'on peut se demander et l'on aura remarqué qu'Etienne V ne prend pas la responsabilité de l'affirmation. C'était un « on dit » qui courait à la curie, en 885, et qui était destiné à expliquer l'attitude de Basile Ier à l'endroit de Marin. Restons-en sur un non liquel.

Mais retenons que le VIIIe concile ne fut pas pour l'Église" de Rome une joie sans mélange. Bien des indices montraient que, si Basile Ier avait écarté Photius, celui-ci n'avait pas dit son dernier mot.

III. La restauration de Photius. Sa réconciliation avec Rome. — 1° Causes qui amènent la tension entre Ignace et Rome. 2° La réintégration de Photius. 3° Sa reconnaissance par Jean VIII. 4° Le concile de 879-880.

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