PLATONISME DES ALEXANDRINS
J.'illS
telligence (car il est ■ au-dessus de l'intelligence el de l'être >•). ni le Pure, ni même Dieu, Démiurge ou Seigneur. Clément, Strom., Y, xn; Origène, Conl. Cels., VII, xxxviii.
De ces idées platoniciennes les alexandrins s'efforcent de montrer l'accord avec le christianisme. Saint Paul ne parlait-il pas aux Athéniens du Dieu inconnu? Strom., Y. xn. Au sujet de la contemplation, Platon dit à bon droit que celui qui contemple les Idées vivra comme un dieu parmi les hommes: car celui dont l'âme a dépassé le devenir et vit en elle-même dans lé commerce des Idées... reste toujours avec le Christ, en contemplation, et toujours considère la volonté de Dieu. » Strom., 1Y, xxv, P. G., t. vm, col. 1364 BC; Stàhlin, t. il, p. 317, 1. 10. Équivalence hardie : vivre avec les Idées, c'est être avec le Christ. De même, l'impassibilité, un trait stoïcien que Clément jugeait indispensable dans la description du vrai sage et qui, après lui, restera chez plusieurs un élément de la sainteté, est fondue de curieuse manière avec la charité chrétienne : le vrai gnostique est impassible et il aime. Comment cela est-il possible? c'est qu'il aime selon la gnose et la gnose le délivre du trouble des passions: elle le fixe dans l'unité : y^cùcttixcoç àya7rwv èv rîj [liât è'ïsl [itvei tt; àu.sTa66Ac). Strom., VI, ix, P. G., t. ix, col. 290 A; Stàhlin, t. n, p. 408, 1. 23. « Il aime d'une manière gnostique. » J. Meifort, op. cit., p. 74, n. 1, remarque justement en cette formule un essai de fusion de la formation grecque et de l'esprit chrétien, de la perfection qui est science et de la sainteté qui est amour.
Mais la fusion reste incomplète et l'exposé des alexandrins retient des éléments non assimilés et inassimilables.
c) Les exagérations et les dangers de ce platonisme. — a. -- L'excessive transcendance de Dieu y est un danger d'agnosticisme : qui pourra connaître l'Inconnaissable? Xsforerai 8f, 6eta '/âpiTi xal u.6va> tw 7iap'aù-r<o Aôyco tÔ avvcoaTOv voeïv; cela est réservé au Logos et à la grâce divine. Strom., V, XII, P. G., t. ix. col. 121 H: Stàhlin, t. il, p. 381, 1. 7. Voir plus bas, La théologie négative, col. 2372 sq.
b. — La transcendance ainsi comprise conduisait à la théorie des puissances intermédiaires. Autrefois, dans le temple, on accédait par des degrés au saint des ■.aints; maintenant, c'est dans le Fils unique que se trouvent tous les degrés, c'est par lui qu'on monte « à la puissance, à la nature qui surpasse l'essence », Si' aÙTO'j ovtoç xoct àyyé/.OM y.y.i tcôv àoî~ cov 8uvà[i.£cov. In Joa.. xix, 1, P. G., t. xiv, col. 536 C; Preuschen, In Joa., xix, 6, t. iv, p. 305. L'expression, qui place toutes les puissances (6\>vâ|XEiç ) dans le Fils est déjà inquiétante. 11 y a plus. Entre la simplicité absolue de la Monade ou de l'Un qui est un, è'v, et non nroXXâ (comme disent Origène, In Joa., i, 20, et Clément après les platoniciens) et la multiplicité des créatures, le Fils est intermédiaire, impliquant déjà une certaine pluralité, car il est la Sagesse, coçtx... •/) TZ'j'Aurcoiy.i'koç, en qui se trouvent les raisons selon lesquelles Dieu a fait toutes choses. Origène, In Joa., xix, 5, P. G., t. xrv, col. 568 C. La parfaite égalité des personnes divines est-elle sauvegardée?
c — Si Dieu est au-dessus de l'être et de la pensée, comment le Fils est-il encore son Verbe? Dans les explications qu'il tente de la génération éternelle, Origène fait un usage malheureux de la théorie néoplatonicienne du monde intelligible. Le Verbe d'Origène. dit le P. Prat, op. cit., p. 43, 44, ne peut être comparé avec le x6eru,oç votjt6ç de Pbilon et de Platon, car c'est un être personnel, une hypostase, sapientia subslantialiter subsislens, comme dit le De principiis, I. il, 2. C'est vrai, mais le x6o(xoç voï)t6ç, tel que le conçoit Plotin, est lui aussi une hypostase », le
second dieu. Intelligence et sagesse, un voûç ; et c'est avec cette conception, déjà préformée chez Albinus, que s'apparente le Logos d'Origène. Cf. Plus loin, La Trinité, col. 2333.
d. — Origène, s'il s'oppose à l'hypothèse de la matière incréée et soutient avec force que Dieu a fait tous les êtres de rien (dans Eusèbe, Prœp. evang., 1. VII, c. xx), n'arrive pourtant pas à se libérer complètement de l'hellénisme : il parle de la production du monde comme d'un épanehement nécessaire qui porte le bien à se répandre. De princ., III, v, 3.
e. — Il faudrait ajouter encore, pour Origène, « les tables grecques » de la préexistence des âmes et de leur défaillance, saint Épiphane, Hwres., xliv, 4, P. G., t. xi. i, col. 1077 A, qui dérivent, directement ou par l'intermédiaire des gnostiques, du Phèdre de Platon; et, surtout pour Clément, le rôle exagéré attribué à la gnose dans les relations de l'homme avec Dieu : par elle se fait la purification; grâce à elle, on arrive plus facilement à la vertu, Strom., I, vi, P. G., t. vm, col. 729 B; Stàhlin, t. n, p. 22, 23; elle est même le but de la vie, car ce n'est pas pour être sauvé que le gnostique la recherche, il la cultive pour elle-même : la foi, la charité elle-même ne sont que des moyens, a Si donc quelqu'un lui offrait le choix entre la connaissance de Dieu et le salut éternel, en admettant que les deux choses fussent distinctes, alors qu'elle sont identiques, le gnostique choisirait la connaissance de Dieu, parce qu'il jugerait qu'il faut choisir pour luimême l'état de celui qui, parti de la foi, s'est élevé par la charité jusqu'à la gnose. » Strom., IV, xxn, col. 1345 D; Stàhlin, t. n, p. 308, 1. 28; cf. Puech, Histoire de la littérature grecque chrétienne, t. n, p. 349; Lebreton, Le désaccord de la foi populaire et de la théologie savante dans l'Église chrétienne du IIIe siècle, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. xix, 1923, p. 497 sq..
dj Conclusion. — Ce qui caractérise cette période, c'est l'audace d'une pensée jeune qui, confiante dans la raison, même quand elle la dénigre, lui demande d'éclairer le mystère divin. Les dogmes de l'Église sont une « gnose » supérieure, mais encore une « gnose ». Ainsi s'expliquent, du moins en partie, les écarts de Clément et d'Origène. Reconnaître ces" écarts, ce n'est pas suspecter leur loyauté, moins encore en faire des hérétiques, car ils étaient attachés de cœur à l'enseignement traditionnel et n'ont jamais admis l'erreur consciemment, c'est seulement constater qu'ils dépendirent de leur milieu philosophique-, un peu plus qu'ils ne le croyaient.
3. Au IVe siècle. - Les Pères d'Alexandrie et de la Cappadoce, tiennent sur la philosophie les mêmes propos qu'au siècle précédent, dans l'ensemble ceux d'Origène plutôt que de Clément. Ils n'hésitent pas à en dire du mal et la mettent à profit. Attention! écrit saint Basile aux siens, attention à ces « philistins » qui, au lieu d'enseigner aux âmes simples les saintes Ecritures, frelatent la vérité en la mêlant à la sagesse du dehors. Epist, vm, 2, P. G., t. xxxix, col. 248 B. Et Grégoire de Nazianze conseille aux disciples d'Eunomius, s'ils ne peuvent se retenir de parler (c'étaient, paraît-il, de grands bavards), de s'en prendre aux philosophes, par exemple, d'attaquer « les Idées de Platon et les migrations des âmes de corps en corps, et les réminiscences, et les amours indignes... » Orat., xxvn, 10, P. C, t. xxxvi, col. 24 B. Grégoire de Nysse luimême déclare qu'une « circoncision » s'impose pour retrancher de la philosophie ses erreurs. De vita Moysis. t. xliv, col. 337 B.
Les hérésies cpii ont pullulé avec Arius, Eunomius, Apollinaire, ont montré le danger d'ouvrir trop large ment les portés à la pensée profane : il y a au ciel plus de choses que la raison n'en peut comprendre. De pluS, les controverses uni fourni l'occasion de préciser