PORTIONCULE. HISTOIRE
les cinquante années qui suivent la mort de saint François, ne font qu'augmenter les soupçons au sujet des origines de la célèbre indulgence. Et, bon gré, mal pré, on est enelin à considérer les attestations au sujet du silence imposé par saint François comme des tentatives imaginées pour expliquer l'absence de toute notice chez les premiers chroniqueurs de l'ordre et chez les premiers biographes du saint.
Comme conclusion, nous pouvons admettre que, aussi longtemps que de nouveaux documents ne seront pas découverts qui permettront aux historiens de relier la concession de l'indulgence obtenue par saint François et les attestations notariées de 1277, il sera impossible de donner une solution définitive aux origines du pardon d'Assise. Si les adversaires ne sont point parvenus à démontrer d'une façon décisive que saint François est étranger à la concession de l'indulgence de la Portioncule, les défenseurs n'ont pas réussi non plus à établir comme un fait historique, dûment établi, qu'il faut la rattacher au saint patriarche, ni à écarter les nombreuses et grosses difficultés, qui s'opposent à l'historicité de leur thèse.
2° Les données certaines. — Quoi qu'il en soit des origines de cette indulgence, encore enveloppées d'épaisses ténèbres, n'est-il pas possible de déterminer l'époque à laquelle le pardon d'Assise a pris sa place dans l'histoire?
1. L'indulgence plénière. — N. Paulus, en négligeant, comme insuffisamment établi, le témoignage de François de Fabriano, qui aurait gagné lui-même l'indulgence en 1267, démontre, par le témoignage d'Olivi et les ordonnances du général Bonagratia (1279-1283) au sujet de l'indulgence de la Portioncule, que le pardon devait exister plusieurs années avant 1280. Il était cependant encore inconnu en 1261. Cela résulte d'un sermon que Frédéric Visconti, archevêque de Pise, a tenu en cette année, le jour de la fête de saint François, dans l'église des frères mineurs de Pise. Parmi les œuvres de pénitence qu'il y recommande, on trouve cités les pèlerinages à Jérusalem, Santiago, Rome et à l'église Saint-François à Assise, à laquelle Innocent IV avait concédé une indulgence d'une année et 40 jours à gagner le jour de la fête du saint patriarche. Pas un mot sur le pardon de la Portioncule. D'où N. Paulus conclut que cette indulgence était encore inconnue en 1261.
Si les adversaires soutiennent qu'il n'est point historiquement établi que saint François a obtenu une indulgence plénière à gagner à la chapelle de la Portioncule, le 2 août de chaque année, ils ne rejettent cependant pas toute connexion entre cette indulgence et le saint fondateur. D'après N. Paulus, le jour de la consécration de la chapelle, saint François aurait obtenu et promulgué une indulgence partielle, concédée par Honorius III. Les foules nombreuses qui, chaque année, à l'anniversaire de la dédicace, visitaient le lieu de prédilection du saint patriarche, auraient transformé, avec le concours des frères mineurs, l'indulgence partielle en une indulgence plénière, comme il est arrivé dans de nombreux autres cas semblables. Alors auraient surgi les nombreuses attestations notariées pour justifier l'indulgence plénière et de nombreuses légendes se seraient formées autour d'elle, qui furent mises plus tard par écrit. Quelque attrayante que soit cette explication de N. Paulus, elle n'a cependant que la valeur d'une hypothèse et ne peut s'appuyer sur aucun document ni sur aucun témoignage.
2. L'indulgence applicable aux défunts. — II faut noter toutefois que, dans cette controverse, il ne s'agit toujours que d'une seule indulgence plénière qui aurait été concédée par Honorius III à saint François pour tous ceux, qui, contrits et confessés, visiteraient, le 2 août, la chapelle de la Portioncule. Il n'est pas
encore question d'une indulgence loties guoties, ni d'une indulgence applicable aux défunts, celles-ci ont une origine postérieure; encore moins, s'agit-il d'une indulgence loties quolies qui pourrait se gagner tous les jours de l'année.
Le pardon d'Assise fut gagné cependant de bonne heure pour les défunts, comme d'ailleurs l'indulgence concédée aux croisés fut appliquée aux morts par les fidèles, sans aucune intervention du Saint-Siège, même avant que l'indulgence de la Portioncule fût devenue publique. N. Paulus cite de nombreux faits, d'après lesquels il serait établi que le pardon d'Assise était appliqué par les fidèles aux défunts dès la fin du xmc et le début du xive siècle.
3. L'indulgence « loties quolies » du 2 août. — Quant à l'indulgence loties quolies, elle n'est attestée historiquement que pendant la deuxième moitié du xive siècle. Le frère François Bartholi, dans son Tractatus de indulgentia S. Mariée de Portiuncula, ne parle, en effet, que d'une seule indulgence plénière et ne fait jamais allusion à une indulgence loties quolies. Il en résulte que cette dernière n'existait pas encore de ce temps, car Bartholi n'aurait certainement pas manqué de la citer. L'existence d'une indulgence toties quolies est attestée par le jurisconsulte italien Boniface de Amanatis qui, selon son propre témoignage, était venu à la Portioncule le 2 août 1368 et se serait efforcé, par des visites répétées à ce sanctuaire, de délivrer de nombreuses âmes du purgatoire. Il cite encore l'indulgence loties quoties dans sa Lectura super constitutionibus démentis V, professée à l'université d'Avignon en 1388 et imprimée à Bourges, en 1522. On peut trouver ce témoignage dans N. Paulus, Geschichte des Ablasses im Mittelalter, t. n, Paderborn, 1923, p. 321-322.
4. L'indulgence « loties quoties » quotidienne. — En ce qui concerne l'indulgence toties quoties quotidienne, une polémique acerbe a été récemment menée à son sujet, en des termes regrettables par le P. N. Cavanna, O. F. M., contre Mgr M. Faloci Pulignani, le célèbre franciscanisant de Foligno. Le premier prétend que cette indulgence quotidienne est ébauchée dans les paroles et les actes de saint François concernant le pardon d'Assise; qu'elle est insinuée dans les premières attestations; qu'elle s'est affermie dans la suite et que, à la fin du xve siècle, elle fut prêchée publiquement au peuple; qu'au début du xvie siècle elle est présupposée et même déterminée dans les documents pontificaux; qu'enfin Paul III l'a reconnue le 9 septembre 1544 et l'a concédée à nouveau.
M. Faloci Pulignani et J. Abate, O. M. Conv., soutiennent au contraire que le premier document, qui relate une indulgence toties quoties quotidienne, concédée par Paul III, ne date que de la fin du xvie siècle (1588). Il contient le témoignage de Massée Bardi, O. F. M., évêque de Chiusi, selon lequel Paul III, interrogé par un certain frère Massée, en 1544, au couvent de Monteripido à Pérouse, au sujet de l'existence et de la certitude de cette indulgence, aurait affirmé croire à ce pardon toties quoties quotidien et, s'il était nécessaire, le concéder et le confirmer. A partir de cette époque, on trouve cette indulgence fréquemment relatée dans les documents, les écrits et les décrets pontificaux. Avec M. Faloci Pulignani et J. Abate, nous croyons que, dans l'état actuel des recherches et en ne tenant compte que des documents jetés jusqu'ici dans le débat, il est impossible de trouver des traces de l'indulgence quotidienne avant 1588. Ces auteurs refusent avec raison de rattacher ce pardon à saint François et tout historien qui ne se laisse guider que par la saine critique devra reconnaître qu'aucune allusion à cette indulgence ne peut se trouver, ni dans les paroles ou les actes de saint François, ni dans les premiers témoignages au sujet