‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 368 sur 437 · PRÉADAMITES · texte numérisé non relu

PRÉADAMITES

interprétation. La lex en question est le précepte formel imposé par Dieu à Adam. lit voici les préadamites qui entrent dans le texte de l'épître aux Romains : « Jusqu'à ce précepte donné à Adam, le péché était dans le monde (il y avait donc des hommes pécheurs), mais ce péché ne leur était pas juridiquement imputé, puisqu'il n'y avait pas de loi positive de Dieu interdisant telle ou telle transgression. Le péché existait comme infraction soit à la loi naturelle, soit aux lois civiles, mais non comme désobéissance à un ordre positif de Dieu. La mort existait aussi, suite naturelle de la condition humaine, mais non point châtiment juridique de ces infractions. » Telle est la situation qui existait avant la faute d'Adam et qui est décrite par Paul, Rom., v, 13. Avec le f. 14 est indiquée une nouvelle période de l'histoire de l'humanité. Cette période va, non point comme on pourrait le croire d'Adam à Moïse, mais du péché d'Adam au moment où la loi de Moïse est abrogée en son principe, c'est-à-dire jusqu'au Christ. Durant cette période regnavit mors eliam in eos qui non peccaueranl (noter ce plus-que-parfait) in similitudinem prseoaricalionis Adse. De qui s'agit-il? non point des enfants incapables de pécher, comme le dit l'exégèse courante, mais de toute cette humanité pécheresse antérieure à Adam et qui continue son développement pendant que se propage la descendance adamique. Par application d'un décret divin, la culpabilité d'Adam s'étend non seulement à sa descendance charnelle, mais à tous les hommes; non seulement à l'humanité qui se développe côte à côte avec les adamites, mais par effet rétroactif à tous les hommes antérieurs à Adam. Et, prenant aux théologiens catholiques, qu'il paraît avoir fréquentés, l'idée de pacte, La Peyrère d'imaginer un pacte fort explicite entre Dieu et Adam, qui fait de ce dernier le représentant légal, le syndic, dit-il à plusieurs reprises, non seulement de ceux qui descendaient physiquement de lui, mais de tous les hommes qui lui sont étrangers. Le pacte gardé aurait assuré à toute l'humanité une part au bonheur; violé, comme il le fut en effet, il attire sur elle une juste condamnation. Mais n'allons pas crier à l'injustice divine. Au vrai, cette fiction légale n'avait d'autre fin que de permettre une autre fiction légale d'infiniment plus de prix, celle qui fait de Jésus-Christ le représentant de l'humanité. « La fin de cette imputation du péché d'Adam à tous les hommes, c'était que, à l'humanité réputée coupable du péché d'Adam, fût imputée la justice qui lui vient delà mort du Christ : impulalio peccali Adamici, qux nos duxit ad finem illam, salutem hominum non perditionem fecil. » L. V, c. vi. En d'autres termes, si j'entends bien notre auteur, qui est parfois un peu fumeux, le fait capital dans l'histoire de l'humanité, c'est beaucoup plus l'apparition du Christ que le péché d'origine. C'est autour du Christ, non autour d'Adam, qu'il faut faire graviter tout l'intérêt. L'essentiel est que l'influx rédempteur — La Peyrère n'en décrit guère la nature, ni même les conséquences — puisse se répandre, quoi qu'il en soit de leurs liens de famille, à tous ceux que Dieu a choisis dans l'ensemble de l'humanité. (En calviniste orthodoxe, La Peyrère réserve cet influx aux prédestinés, Syst. Iheol., 1. I, c. ix; mais son bel optimisme paraît faire très large la mesure de ceux-ci; il n'est pas, à coup sûr, pour le « petit nombre des élus ».) Sur tout l'ensemble de la théorie, voir Syst. Iheol., 1. V tout entier.

2° L'accueil fait à l'hypothèse. — II est très clair que le Système théologique des préadamites heurtait trop violemment et les idées reçues, et la théologie, et mime le dogme pour être assuré d'un accueil favorable. La réaction très vive, mais passagère chez les catholiques, se prolongera avec une constante àpreté chez les protestants.

1. Chez les catholiques. — On a dit, à l'article L\ PeyhÊRE, les ennuis personnels que la publication de ses deux petits [ivres attira sur l'auteur. Arrêté, lors d'un séjour en Belgique, par les ordres de l'archevêque île Malines, La Peyrère fit connaissance avec les prisons de l'Inquisition, d'où ne put le tirer l'intervention même de son maître, le prince rie Coudé. Il n'eut d'autre ressource que d'abjurer à la fois et le calvinisme et sa théorie des préadamites, ce qu'il fit à Rome, devant le pape Alexandre VII. Il semble d'ailleurs, quoi qu'on ait prétendu, que cette rétractation ait été sincère. Richard Simon qui fit la connaissance de La Peyrère, alors que celui-ci était retiré au séminaire de Notre- Dame des Vertus, près Paris, s'en porte garant. Lettres choisies, t. n, lettre iv, éd. d'Amsterdam, 1730, p. 29. L'illustre critique ne se privait pas d'ailleurs de se divertir sur le compte de celui qu'il appelait un rêveur. Plusieurs lettres se sont conservées qu'il lui adressa ponr démolir les arguments en faveur de l'antiquité de l'homme qui avaient tant ému l'auteur des Préadamites. Voir ibid., lettres i, n, ni. Richard Simon, lui, ne voyait aucune raison de se départir de la chronologie traditionnelle. Il n'était d'ailleurs pas le premier à critiquer La Peyrère. L'année même qui suivit la publication du Systems, Ph. Le Prieur, sous le pseudonyme d'Eusèbe Romain et, trois ans plus tard, le P. Cl. Dormay, faisaient paraître contre le livre des Animadversiones. Voir art. Prieur.

Jean Launoy, qui n'est pas suspect d'étroitesse d'esprit, jugea, avec n >:i mains de sévérité, l'ouvrage de La Peyrère. Dans une lettre du 1er janvier 1655, il parle de l'énorme succès que le livre eut à Paris, surtout après un arrêt du Parlement le condamnant au feu; mais ce succès il le rencontrait surtout dans les milieux libertins. Liber iste iis pêne lanlum probalur, qui nullam in Christum ftdem habent aul, si quam habuerunl, miseri el suis obruti sceleribus ejurarunt. Lettre imprimée par le protestant J.-H. Ursin de Spire à la fin de son Novus Prometheus prœadamitarum plastes, Francfort, 1656, p. 175.

Un peu plus tard, Noël Alexandre, dans son Histoire ecclésiastique, t. i, p. 57 sq., se fait l'écho des mêmes critiques.

2. Chez les protestants. — A part un succès très relatif en Hollande, où La Peyrère aurait recruté quelques partisans (mais ce serait une grosse exagération de parler, comme on l'a fait, d'une secte de préadamites), l'hypothèse en question souleva dans les milieux surtout luthériens d'Allemagne une véritable tempête. Le fait que l'auteur du Systema theologicum avait abjuré le protestantisme n'a pas été, pensons-nous, étranger à cette virulente indignation. Autant Richard Simon et Launoy se montrent souriants dans les critiques qu'ils lui adressent, autant les réfutations protestantes que nous avons pu voir sont hargneuses et méchantes. A les lire, il semblerait que La Peyrère soit un abominable libertin, un athée, le pire des scélérats. Au fait, l'atteinte qu'il portait à l'autorité de la Bible était de grave conséquence en des Églises où l'on pensait appuyer sur l'Écriture seule l'ensemble du dogme. C'est de ce biais surtout que La Peyrère a été critiqué. On semble s'être moins attaché aux graves incohérences que présentait son explication du péché originel, qu'à ses vues si originales sur le caractère même de l'histoire biblique.

Nous ne ferons pas ici l'histoire de ces polémiques. On en trouvera un abrégé singulièrement indigeste dans une petite thèse de Herm. -Christophe Pmgelcken, soutenue à Rostock en 1698 et réimprimée en 1707, Dissertalio théologien pra>adamilismi recens incruslali examen compleclens. Voir en particulier, p. 1 0, la longue énumération des auteurs, aujourd'hui bien oubliés, qui sont descendus dans la lice. On y trouvera éga-

PKI- ADAM ITKS — PRKCIITL ( M A X 1 M I LI E N)

lement des indications sur ceux qui, d'une manière plus ou moins déguisée, ont soutenu des principes qui auraient conduit au préadamitisme. Lac. cit., p. 24 sq.

Signalons, d'autre part, l'apparition à Londres, en 1732, d'un livre intitulé : Conadamitse, où l'auteur veut prouver que d'autres hommes furent créés en même temps qu'Adam.

11. Le préadamitisme scientifique. — Qu'on nous permette de désigner sous ce nom une façon toute différente de poser le problème de l'antiquité de l'homme sur la terre.

Tout élastique que soit la chronologie biblique, il est incontestable qu'elle donne l'impression que l'homme a paru sur notre planète à une époque relativement récente, se chiffrant en définitive par un petit nombre de millénaires. A la grande rigueur et en distendant au maximum les cadres de cette chronologie, on peut arriver à y faire tenir, et beaucoup plus aisément que ne le pensait La Peyrère, les données historiques et protohistoriques qui se sont accumulées depuis le xviie siècle et qui ont pris, sur divers points un caractère de certitude, que ne possédaient pas, à coup sûr, les documents auxquels, un peu naïvement, se fiait cet auteur.

La très grande difficulté commence quand, au lieu d envisager l'histoire, on envisage la préhistoire. Cette discipline qui n'a pas un siècle d'existence, après avoir d mné prise aux discussions et même aux railleries des non-spécialistes, a fini par se constituer en un corps de doctrines, dont les méthodes sont bien assises, les principes très soiides, et dont les conclusions demandent à être prises en sérieuse considération. Cuvier avait déclaré qu'il n'y avait pas d'homme fossile; l'homme fossile s'est trouvé. On a tenu longtemps pour un dogme scientifique qu'il n'y avait pas, qu'il ne pouvait y avoir « d'homme tertiaire ». Voici que l'honnie (ou le préhomme) tertiaire semble bien sortir de la région des mythes et des probabilités pour entrer dans celle des réalités. Voici que des races humaines (ou préhumaines) se reconstituent, dont on commence à pauvoir décrire les caractères, les habitats, les centres de dilïusion. Voir l'art. Polyrénisme. Tout ceci ne peut plus tenir, distendrait-on les cadres chronologiques jusqu'à les faire craquer, dans le récit génésiaque. Le concordisme a fait faillite quand il s'est agi de faire cadrer avec les données générales de l'histoire du monde et de la planète les simples énoncés du chapitre Ier de la Genèse. Il apparaît à beaucoup de savaits catholiques que le concordisme réussit aussi mal quand il s'applique au cas particulier de l'homme.

On a signalé, à l'article Polygévisme, les diverses solutions que l'étude objective du problème pouvait suggérer. Il doit être permis aux savants catholiques de les proposer avec la réserve et la modestie qui convient. L'une de ces hypothèses se rattacherait, jusqu'à un certain point, au préadamitisme. Elle consisterait à voir dans les humanités successives qui nous ont laissé, dans les couches géologiques, et les traces de leur industrie et parfois des restes de leurs squelettes, des sortes d'essais, d'ébauches par quoi la Providence préludait, comme en se jouant, ludens in orbe terrarum, à la création de l'humanité définitive, de cet homo sapiens dont parle la Genèse. Ces ébauches avaient-elles complètement disparu, quand Vhomo sapiens notre ancêtre fit son entrée dans le monde? Qui pourrait le dire? Des descendants authentiques de ces humanités primitives se sont-ils perpétués? Grave question sur laquelle il s'en faut que le dernier mot puisse être dit de longtemps, mais que l'on peut discuter pourvu que l'on donne du péché originel une interprétation conforme à la tradit;on. El donc, s'il revenait au monde, Isaac de La Peyrère aurait bien des motifs de retoucher son Systema theologirum, mais il aurait la satisfaction aussi

de constater qu'il avait bien quelque raison, quoi qu'il en soit de la solution imagir.ee par lui, de poser le problème et d'y chercher une réponse. N'adoptons pas à l'endroit des chercheurs d'aujourd'hui l'attitude hargneuse, rogne et tranchante que pril à l'égard des préadamites l'intransigeante orthodoxie luthérienne du xvne siècle.

É. Amans.

PRECHTL Maximilien, bénédictin allemand, érudit et controvèrsiste (1757-1 cS32). — Né à Ilahnbach (Haut-Palatinat), d'une famille aisée, le 20 août 1 7 "> 7 . il fit ses études au lycée d'Amberg, encore tenu par les jésuites, entra le 1er octobre 1775 à l'abbaye de Michaelfeld, où il fit profession l'année suivante. Ordonné prêtre en 1781 , il passa trois ans à Salzbourg, pour y étudier l'un et l'autre droit. Rentré dans son couvent, il fut chargé d'enseigner aux jeunes religieux le droit canonique d'abord, puis la théologie; à partir de 1794, il donne ce dernier enseignement au lycée d'Amberg, dont il devient recteur en 1799. Mais, au même moment, il est élu abbé par ses confrères de Michaelfeld (14 janvier 1800). Son abbatiat ne devait durer que deux ans, l'abbaye ayant été supprimée parle gouvernement bavarois en 1802. Maximilien Prechtl se retira alors à Vilseck, puis dix ans plus tard à Amberg, où il retrouva un certain nombre de ses confrères et d'autres savants catholiques. C'est là qu'il passera les vingt dernières années de sa vie, partageant son temps entre la prière et le travail intellectuel. Il y mourut le 12 juin 1832.

Orienté d'abord vers l'histoire. Prechtl avait composé, à la demande de M. Gerbert, abbé de Saint- Biaise, la chronique de son couvent de Michaelfeld, qui fut insérée dans E. Ussermann, Episeopalus Bambergensis illuslratus, Saint-Biaise, 1802, p. 317-346. Les menaces de sécularisation qui pesaient, dès 1800, sur les monastères de Bavière lui inspirèrent de même une étude sur la restauration monastique qui avait eu lieu dans ce pays en 16(59 : Wie sind die oberp/àlzischen Ableyen im Jahrel669. abermal an die geistlichen Ordensstànde gekomme'.i? Als Beylrag zur Kirchengeschichte der Obernp/alz erôterl von einem Freundc der Wahrheil und Gsrechtigkeit, s. n., s. 1., 1802.

Sorti de son abbaye, Maximilien Prechtl va se consacrer tout entier à la controverse avec les protestants, controverse tout irénique d'abord, qui vise surtout à rapprocher de l'Église les frères séparés, mais qui, après la célébration du troisième centenaire de la Réforme en 1817, tourne à la polémique assez vive. Citons seulement les ouvrages principaux : 1° Ueber den Geist und die Folgen der Reformation besonders in Hinsicltl der Enlwickelung des Europâischen Slaalen-Syslems, als ein Seilenslûck zu der von dem National- Institut zu Paris vor einigen Jahren gekrônlen Preisschrifl des Herrn von Villers, s. n., s. 1., 1810. L'auteur y montre comment la Béforme devait amener fatalement l'état d'esprit qui régnait un peu partout à la fin du xvme siècle : « Au siècle de la Réformation a fait suite immédiatement celui de Descartes, de Bayle et de Spinoza; à ce dernier, l'époque de Voltaire, de La Mettrie et des Encyclopédistes; après quoi viennent les beaux temps de la Révolution française, à quoi fait suite l'ère présente de découragement, d'apathie et d'entière dépression. » P. 365. Le livre se terminait néanmoins sur des paroles d'espoir; l'union des vrais chrétiens catholiques et protestants, pourrait amener rie meilleurs jours. C'est l'espoir qu'allait exprimer plus longuement l'ouvrage qui est le livre capital de Prechtl. — 2° Friedensivorte an die katholische und proteslantische K irrite jùr ihreWiedervefeinigurig, s. n., Soulzbach, 1810, 2e éd., 1820. C'est une réponse a un livre de G.-I. Plank, Worle tirs Friedens un die katholische Kirrlte, gegen ihre Vereinigung mil der proleslantischen,

PRECHTL (MAXIMILIEN) - PRECIPIANO DE SOYE

Gœttingue, 1809. A l'encontre des vues exprimées par l'auteur protestant, Prechtl, toujours sous le voile de l'anonymat, prétend établir que l'union entre les deux Églises est souhaitable, qu'on est en droit de l'espérer, qu'il faut prendre les moyens pour la réaliser. Il y a, dans cette dernière partie surtout, des vues extrêmement intéressantes et qui n'ont rien perdu de leur actualité. Pour arriver à l'union, il s'agit avant tout de créer un état d'esprit, en développant d'abord de part et d'autre le sentiment religieux, la pratique des vertus chrétiennes et spécialement de la charité fraternelle. Il faut ensuite que les intellectuels des deux confessions apprennent à se connaître, se renseignent aussi exactement que possible, et plus encore par des conversations que par des lectures, sur la doctrine exacte de leurs antagonistes. Il s'agit de n'exagérer ni les différences, ni non plus les points de contact. Entrant dans le domaine de la réalisation, Prechtl ne craignait pas d'esquisser tout un plan de conférences entre professeurs catholiques et protestants, le tout réglé par une commission à laquelle le pouvoir civil devrait s'intéresser. C'est seulement quand les conversations seraient plus avancées que l'on ferait intervenir l'autorité pontificale. — 3° A la même inspiration se rattache l'histoire des tentatives d'union au xvne siècle : Friedensbenehme zwischen Bossuet, Leibnitz und Molanus fur die Wiedervereinigung der Protestanten und Kalholiken, geschichtlich und kritisch beurtheilt von dem Verfasser der Friedensworle, s. n., Soulzbach, 1815. — 4° La même année, parut un tout petit opuscule, orienté dans le même sens : Gutachten der Helmsladler Universilât beij der einer prolestantischen Prinzessin angesonnenen Annahme der kalholischen Religion, beleuchlet von dem Verfasser der Friedensworle, Salzbourg, 1815; il s'agissait d'une assez vieille histoire et qui n'avait même pas la saveur de l'inédit : En 1707, lorsqu'il fut question du mariage entre le futur empereur Charles VI et Elisabeth-Christine de Brunswick- Wolfenbiittel, qui était protestante, l'université protestante de Helmstedt fut sollicitée de donner son avis sur le changement de religion auquel devait se prêter la princesse. Considérant qu'en définitive on pouvait faire son salut dans l'Église romaine, laquelle avait conservé l'essentiel de la foi chrétienne et des sacrements, l'université déclarait que la princesse pouvait en sûreté de conscience abandonner l'Église évangélique. On voit le parti que Prechtl devait tirer de cette décision officielle et des considérants fort curieux qui l'appuyaient.

5° Mais la foi de l'ancien abbé de Michaelfeld en une réunion des deux confessions rivales allait être mise à une rude épreuve par la manière dont fut célébré, dans toute l'Allemagne protestante, en 1817, le troisième centenaire de la Réforme. Dès l'année précédente, on avait publié et réédité un certain nombre d'ouvrages de Luther, principalement les ouvrages allemands rendus accessibles au grand public. Deux de ces éditions attirèrent spécialement l'attention de Prechtl : celle de F. W. Lomler, DT Martin Lulhers deulsche Schriflen, Iheils vollslândig, Iheils in Auszugen. Ein Denkmahl der Dankbarkeil des deulschen Volkes im Jahr 1817 zur i<û~digen Feier des 3. Jubelfesles der prolestantischen Kirchen, 3 vol., Gotha, 1816-1817; celle aussi de F. I. Niethammer, Die Weisheit DT Martin Lulher's, dont la première partie avait paru, sans nom d'auteur, à Nurenberg, 1817, et qui s'annonçait comme devant comprendre quatre parties. C'est le titre de ce dernier ouvrage qui excita la bile de Prechtl. « Se taire devant ces provocations, écrit-il, serait un véritable reniement. » Il rédigea donc, un peu trop vite, semble-t-il, et sans donner à sa composition tout le fini désirable : Seilenslûck zur Weisheit D. Martin Lulhers aufgestcllt von einem Kalholiken zum Ju bel jahr

der Reformalion Lulhers, s. n., s. 1., 1817. Le ton se faisait dur, persifleur même, parfois violent; nous sommes très loin des dispositions iréniques dont témoignaient les ouvrages antérieurs. Ce ton, Prechtl allait le conserver dans les publications suivantes, qui sont toutes des réponses plus ou moins directes à des productions protestantes. — 6° En 1817 et 1818, paraissaient successivement deux lettres, soi-disant adressées par Luther lui-même à l'un de ses récents éditeurs : Sendschreiben an den neuesten Herausgeber seiner Streilschrift « Dus Papstthum zu Rom vom Teufel gestiftet «; à ces deux productions, Prechtl oppose successivement deux réponses : Antworl auf dus Sendschreiben, 1817; Abgedrungene Antworl auf das 2. Sendschreiben, 1818. — 7° Chr. Berbert, diacre de Kônigsberg, publie un peu plus tard une attaque directe contre l'écrit de Prechtl : Krilische Beleuchlung der anonymen Schrift eines Kalholiken unter dem Tilel Seilenslûck..., Hildburgh, 1817; à quoi notre auteur oppose un Kritischer Rùckblick auf Chr. Berbert's krilische Beleuchlung, 1818. — 8° Plus considérable fut une attaque dirigée contre le catholicisme par le professeur H. G. Tzschirner, surintendant de Leipzig, dans son livre : Prolestanlismus und Kalholicismus aus dem Standpuncte der Politik betrachtel, Leipzig, 1822, qui eut, après quelques mois, une seconde édition. Cette fois, M. Prechtl crut devoir sortir de l'anonymat; il publie : Beleuchlung der DT Tzschinerischen Schrift « Proteslanlismus und Kalholicismus », von Max. Prechtl, Able des aufgelôsten Benediktiner-Kloslers Michaelfeld, Soulzbach, 1822. L'auteur visé lui opposa un Sendschreiben an Herrn Abt Maximilian Prechtl, qui amena une nouvelle réplique de Prechtl : Rechlfertigender Rùckblick derDT Tzschirnerischen Schrift..., als Antworl auf das Sendschreiben, Soulzbach, 1824. Il ne nous semble pas que toutes ces publications, d'un tour plus ou moins agressif, aient fait beaucoup avancer la cause de l'union des Églises. Jamais plus l'ancien abbé de Michaelberg n'a retrouvé le filon qu'il avait si bien exploité dans ses premiers écrits.

J.-B. Weigl, Abt Prechtl, eine biographisclie Skizzer Soulzbach, 1833; Lindner, Die Schrijtsteller des Benedictiner Ordens im Kônigreich Bayern, t. i, Ratisbonne, 1880, p. 26 sq.; Stillbauer, Maximilian Prechtl, Abt des ehemaligert Benedictiner Kloslers Michaelfeld, dans Der Katholik, 1889, t. i, p. 424-445; t. il, p. 64-79; Hurter, Xomenclator. 3' éd., t. v a, col. 880.

É. Amann.

PRÉCIPIANO DE SOYE (Humbert-Guillaume de) (1627-1711), né à Besançon, en 1627, étudia la philosophie chez les jésuites de sa ville natale et la théologie à Louvain; il fut chanoine et grand archidiacre de Besançon en 1661, conseiller à la cour de Dôle en 1667; membre du conseil suprême des Pays-Bas à Madrid en 1672. Nommé évêque de Bruges, en 1682, après la mort de François de Baillencourt, le 3 novembre 1681, et sacré à Bruxelles, le 21 mars 1683, il fut transféré, en 1690, à Malines, où il lutta très énergiquement contre les jansénistes, spécialement. dans les assemblées épiscopales convoquées en janvier 1691, en mars-avril 1692 et avril-mai 1693. Il fit emprisonner Quesnel et Gerberon; le premier réussit à s'évader et publia contre l'archevêque l'écrit intitulé : Decrelum archiepiscopi Mechliniensis notis illusiratum; le second fut condamné à signer le Formulaire, le 24 novembre 1704. Précipiano voulut justifier sa conduite dans cette affaire : Processus ofjlcii fiscalis curiw ecclesiasticge Mechliniensis contra dominum Gerberon... qui a Galiia profugus, sub veste laica et-nomine ficto Augusli Kergra, in Belgis, per plures annos latitaverat, in-4°, Bruxelles, 1704. L'archevêque mourut le 9 janvier 1711.

La plupart des écrits de Précipiano sont dirigés

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