‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 37 sur 437 · PIE II. LES ANTÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

PIE II. LES ANTÉCÉDENTS

le panégyrique de saint Ambroise. Mansi, t. xxx, col. 1207-1216.

Doux partis restaient en présence : celui du pape. qui proposait Florence ou une autre ville italienne, et celui du cardinal d'Arles. Louis Aleinan, qui optait pour Avignon. Devant leur violente opposition, .Eneas demeurait hésitant. « OÙ est la vérité, Dieu seul le sait . écrivait-il à son ami Pierre de Noceto, le 21 mai 1437, éd. Wolkan, t. i a. p. 74. Les œuvres de Dante exerçaient sur lui une profonde influence; comme l'auteur de la Monarchia à l'époque d'Henri VII, il ne voyait de salut, pour l'Italie et la chrétienté, que dans l'intervention de l'empereur. Lettre à Sigismond, 15 juin. éd. Wolkan, p. 76. Mais celui-ci mourut le 9 décembre. Barthélémy Visconti, envoyé par le duc de .Milan pour presser Albert II d'accepter la couronne impériale, décida son ancien familier à l'accompagner à Vienne, et ce fut pour -Eneas l'occasion d'écrire un éloquent mémoire dont les arguments se révélèrent efficaces. 27 avril 1438, dans Pez, Thésaurus anecd. nov., t. vi, 3e part., p. 232.

Sur ces entrefaites, Eugène IV avait transféré à I-'errare le concile qu'il avait convoqué à Elorence et Cesarini l'avait rejoint, avec d'autres membres influents de la minorité bàloise. Plein d'admiration pour le cardinal d'Arles, devenu le chef de l'assemblée, -Eneas suivit avec intérêt l'action de Louis Aleman qui devait aboutir bientôt au vote de la déposition du pape. La peste noire, après avoir frappé plusieurs ■de ses amis, l'atteignit à son tour. Ce fut pour lui, qui menait une vie dissolue, l'occasion d'une conversion sincère, bien qu'assez éphémère. Le bruit de sa mort lui fit perdre son bénéfice milanais, mais le concile lui octroya, en compensation, un canonicat de Trente et le nomma lui-même collateurde bénéfices. Haller, Concil. Basil. . t. vi a, p. 373 et 613. De cette époque date le beau discours sur la réforme du clergé et le choix des évêques, où il s'écrie avec indignation : « Nous laissons distribuer la sainte eucharistie par des prêtres dont nous ne souffririons pas la présence à notre table. » Haller, Eine Rede des Enea Siluio Piccolomini, Rome, 1900, p. 90. Conscient, sans doute, de sa propre indignité, il refusa l'offre que lui faisait le concile de l'admettre en un jour aux ordres mineurs, au sous-diaconat et au diaconat pour qu'il put prendre part à l'élection du nouveau pape. Comrnentarii, p. 813. Il se contenta d'assister à titre de « cérémoniaire » au conclave d'où Amédée de Savoie sortit pape sous le nom de Félix V (5 nov. 1439).

-Eneas devint alors le secrétaire de l'antipape. Non content de rédiger les bulles pontificales, il écrivit, pour défendre l'assemblée de Bâle, un Libellus dialogorum de concilii aucloritate (1440) et composa un mémoire pour la diète qui se tint à Francfort en 1442. C'est ici que, dans des circonstances demeurées obscures, il reçut des mains de l'empereur la couronne des poètes. On l'a accusé de n'avoir pas hésité, pour obtenir ce titre envié, à seconder les vues ambitieuses de Gaspard Scblick en rédigeant pour lui de fausses lettres de noblesse. Thea Buyken, Enea Siluio Piccolomini, p. 111"). Mais il ne nous paraît pas nécessaire de faire intervenir ce personnage, qui venait précisément d'être remplacé à la chancellerie impériale par l'évêque de Trêves, Jacques de Sierck, dont la sympathie pour /Eneas est bien connue. La bienveillance de l'évêque Sylvestre de Chiemsce et l'influence du nouveau chancelier suffisent, à plus forte raison, à expliquer que Frédéric III ait manifesté le désir de faire du prince des poètes un secrétaire de sa chancellerie.

4° A la ruur impériale. — L'idée de se fixer en paj s germanique ne souriait guère à l'humaniste. /Eneas tint du moins à obtenir l'assentiment de Félix V et ne quitta la curie pontificale qu'après s'être ménagé

une possibilité de retour. Bulle du 29 octobre I 112. Cf. Pérouse, Le cardinal Louis Aleman, p. 425, n. l. Il allait trouver à Vienne le chemin de la fortune. Ce ne fut pas, toutefois, sans avoir d'abord beaucoup souffert dans un milieu et des fonctions dont il nous a tracé dans son De curialium miseriis un tableau peu flatteur. On a exagéré son influence politique à la cour impériale. Son rôle se bornait, en somme, à revêtir de la splendeur de son style les idées et les plans de Gaspard Schlick qui n'avait pas tardé à retrouver ses fonctions. Cf. Hufnagel, Kaspàr Schlick als Kanzler Eriedrichs III., Inspruck, 1901. Cependant, le Pentalogus qu'il rédigea au commencement de 1443 montre qu'il continuait de souhaiter une intervention de l'empereur en Italie.

Le voici au tournant de sa vie. Une grave maladie venait de l'amener à pleurer ses égarements, dans une émouvante Hymne sur la passion; et il avait fait ses adieux à la vie mondaine, dans une nouvelle intitulée Lucrèce et Euryale, quand s'ouvrit à Nuremberg la diète du 21 mai 1444. A côté des délégués d'E)ugène IV et de Félix V, /Eneas y assista comme représentant du roi des Romains. Il proposa, pour mettre fin au schisme, la convocation d'un IIIe concile à Constance, et fit décider que des ambassades seraient envoyées pour le préparer, à Rome et à Bàle. Luimême conduisit la première. Arrivé à Rome, il se fit absoudre de l'excommunication par deux cardinaux, et il présenta à Eugène IV, en même temps que la proposition de Frédéric III, ses propres excuses pour ses erreurs passées. Comrnentarii, p. 10. A ce propos, Voigt, Haller, Kraus, Hofmann, Brockhaus, etc., ont prononcé le mot de trahison; Weiss, Pastor, etc., ont parlé de conversion. La réalité est plus simple : il avait simplement compris, après Capranica, Cesarini, Nicolas de Cuse, et beaucoup d'autres, que l'unité de l'Église ne pouvait se réaliser qu'autour du pape.

Eugène rejeta le projet d'un IIIe concile, mais voulut continuer les pourparlers avec Frédéric. Les efforts conjugués de son légat, Jean Carvajal, et d'/Eneas Sylvius achevèrent, de gagner l'empereur à la cause du pape (février 1446). C'est alors qu'/Eneas reçut, à Vienne, les ordres sacrés et devint secrétaire apostolique. Survint la déposition par Eugène des archevêques de Cologne et de Trêves (9 févr. 1446). -Eneas sut habilement conjurer l'orage provoqué par cette mesure en prodiguant au pape ses avis éclairés, en gagnant l'archevêque de Mayence et quelques autres personnages, puis en rédigeant, à la diète de Francfort, les Avisamenla des princes électeurs, de manière à les rendre acceptables pour Frédéric et à enlever à Félix V son dernier espoir de voir la neutralité allemande prendre fin en sa faveur. Quand les messagers porteurs des conditions de paix furent reçus en audience par le pape (7 janv. 1447), il prononça un discours qui recueillit l'approbation unanime, Mansi, t. xxxi, col. 25-34, et il joua ensuite un rôle décisif dans les négociations qui aboutirent à l'accord appelé le concordat des princes (5-7 févr. 1447). Eugène IV eut le temps, avant de mourir, de le récompenser en lui attribuant l'évêché de Trente, puis, l'annonce de la vacance ayant été prématurée, de le nommer sousdiacre du pape.

5° Évêque de Trieste, puis de Sienne. — .Eneas remplit les fonctions (le diacre au couronnement de Nicolas Y, 19 mars, et fut définitivement nommé par lui au siège de Trieste, le 19 avril 14 17. Il se rendit ensuite au congrès d'Aschaflenbourg (12 juillet), à Cologne, où il adressa au recteur de l'université une Epistola retractalionis (13 août), et a Milan sur laquelle Frédéric ;i\ :ri t des prétentions. Il fut sacré à Vienne par le cardinal de Saint-Ange cl alla prendre possession de son siège. Ses fréquentes absent es de la cour impé-

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rialc, jointes à la disgrâce du chancelier Schlick, font douter qu'il soit intervenu sérieusement dans les pourparlers préparatoires au concordat de Vienne qui marqua la fin de la neutralité allemande (17 févr. 1148).

Transféré à l'évêché de Sienne, le 24 octobre 1449, il fut chargé de négocier à Naples le mariage de Frédéric III avec l'infante Éléonore de Portugal et de solliciter pour l'empen ur la faveur d'être couronné à Rome. Mansi, Oraliones, t. i. p. 129 et 140. Son double succès lui valut d'être élevé au rang de prince et de conseiller d'empire. Après une mission en Bohême (juillet-août 1451), il reçut Frédéric à Sienne, où sa fiancée vint le rejoindre, et le conduisit à Rome pour les cérémonies du mariage et du couronnement (16 et 19 mars 1452). Ce résultat atteint, il prononça, en consistoire public, un discours resté célèbre, pour préconiser la croisade contre les Turcs. Mansi, Orationes, t. i, p. 173.

L'année suivante, Constantinople tombait et Nicolas V appelait la chrétienté à se croiser. /Eneas, devenu nonce apostolique pour la Bohême, la Moravie et la Silésie (bulle du 18 avril 1452, dans Raynaldi, ad an., n. 6) et occupé, depuis son retour à Vienne, au rétablissement de la paix en Allemagne, mit son éloquence au service de la cause. Mais les discours qu'il prononça aux diètes de Ratisbonne (avril 145'4, dans Mansi, OraL, t. 1, p. 251), de Francfort (octobre, ibid., p. 263), et de Neustadt (février et avril 1455, ibid., p. 288, 316, 330), restèrent sans résultat pratique.

Nicolas V venait de mourir. iÉneas, chargé avec Jean Hinderbach d'aller prêter le serment d'obédience à Calixte III, au nom de l'empereur, s'attarda à Venise pour y parler de la croisade et n'arriva à Rome que le 10 août. Il resta dès lors en Italie.

6° Cardinal de Sainte-Sabine. — Une heureuse légation auprès du roi de Naples, pour mettre fin aux exactions des bandes de Piccinino qui terrorisaient le pays de Sienne, et les promesses qu'il obtint d'Alphonse au sujet de la future croisade, lui valurent la dignité que, depuis longtemps, il convoitait : par bulle du 18 décembre 1456, il fut créé cardinal-prêtre du titre de Sainte-Sabine et autorisé à garder en même temps l'évêché de Sienne. Raynaldi, ad an., n. 73. Demeuré à Rome comme spécialiste des affaires allemandes, /Eneas n'échappa point personnellement aux critiques des adversaires de la papauté conduits par l'électeur de Mayence; et Martin Mair, le chancelier de Thierry d'Erbach, lui reprocha amèrement la réserve générale jusqu'à concurrence de 20 000 ducats qu'il avait obtenue sur les bénéfices des provinces de Cologne, de Trêves et de Mayence. Lettre du 31 août 1457. Cf. Archiv fur œsterreichische Geschichte, t. xvi, p. 416. Le cardinal de Sienne rédigea lui-même la réponse du pape aux nouveaux grauamina de la nation allemande, bref du 31 août, dans Opéra, p. 340, repoussa avec dédain les manœuvres de chantage de ses adversaires, lettre du 20 sept., ibid., p. 822, et donna au nonce Laurent Rovarella des instructions détaillées sur les moyens de combattre le parti antiromain. Lettre du 1er décembre, ibid., p. 821.

II. Le pontificat de Pie II. — 1° Son élection. — Après la mort de Calixte III et le décès inopiné du cardinal Capranica qui allait être désigné pour lui succéder, le duc de Milan, le roi de Naples, le cardinal Barbo usèrent de leur influence en faveur d'/Eneas Sylvius, qui obtint, le 19 août 1458, neuf voix contre six données au cardinal d'Estouteville. Rodrigue Borgia, le futur Alexandre VI, donna le signal des « accessions » et Prosper Colonna acheva de faire pencher la balance du côté du candidat italien. Le nouveau pape, qui n'avait revêtu la pourpre que depuis vingt mois, prit le nom de Pie II. Agé seulement de cinquantetrois ans, il était physiquement « usé » par les souffrances que lui causaient la toux, la pierre et la goutte;

mais son caractère était resté aimable, et son énergie morale allait le maintenir jusqu'au bout à la hauteur de sa tâche. Psychologiquement, il était prêt; au milieu même de ses égarements, il était resté croyant et pieux; ses passions étaient apaisées ou enfin domptées; il connaissait les hommes avec leurs faiblesses et leurs ressources; ses fonctions antérieures l'avaient mis au courant des besoins de l'Église, aussi bien que des courants de la politique européenne; il avait acquis surtout une très haute idée de la dignité pontificale et du rôle que la papauté a mission de jouer dans le monde. L'orateur du conclave, Domenicho de' Domenichi, avait tracé au futur pape son programme : « Rendre à l'Église son prestige, affermir son autorité, réformer les mœurs, réorganiser la curie, propager la foi, racheter les captifs, recouvrer les villes perdues, armer les fidèles pour la guerre sainte. » Pastor, Hist. des papes, t. n, p. 8. Pie II allait être le sage et énergique pontife capable de le réaliser.

2° La politique pontificale. — 1. Le congrès de Mantoue et la promulgation de la croisade. — On peut dire sans trop d'exagération que toutes les initiatives de Pie II furent orientées vers ce but suprême : la croisade contre les Turcs, dont les progrès, arrêtés un instant seulement par les exploits de Jean Hunyade devant Belgrade, mettaient en péril la chrétienté tout entière. Il n'avait pas eu besoin des avertissements de l'évêque de Torcello au conclave pour prendre conscience de la gravité de la menace; il n'eut pas besoin non plus des encouragements du Sacré Collège pour entreprendre d'y parer dans toute la mesure de ses forces. Dès le 13 octobre 14.38, il convoquait, par la bulle Vocavil nos Pius, tous les princes chrétiens à étudier ensemble les moyens de conjurer le danger commun. Mais, malgré ses instances particulières auprès de chacun d'eux, il se trouva seul à Mantoue le 1er juin 1459, jour fixé pour l'ouverture du congrès. Les princes avaient d'autres soucis : l'empereur, qui venait de se faire proclamer roi de Hongrie, guerroyait contre Mathias Corvin; le roi de France, désireux de voir aboutir les prétentions de René d'Anjou au royaume de Naples, ne pardonnait pas à Pie II le couronnement de Ferdinand; les républiques italiennes, dont le commerce faisait la prospérité, tremblaient pour leurs intérêts matériels. Les premières délégations qui se présentèrent : celles de Thomas Paléologue et du roi de Bosnie, ne venaient pas offrir, mais demander du secours. C'est le 26 septembre seulement, après l'arrivée de plusieurs ambassades, dont la plus brillante était celle du duc de Bourgogne, que le congrès put tenir séance. Le personnage le plus important qui fût présent était François Sforza, duc de Milan. Les ambassadeurs de Charles VII et de Frédéric III n'arrivèrent qu'en novembre.

Pie II, patiemment, se prodiguait, recevant successivement les uns et les autres ; mais, visiblement, la croisade ne passionnait que lui seul. La grande assemblée rêvée s'était muée en une série de rencontres où chacun venait poursuivre ses fins personnelles. Les Hongrois se plaignaient de l'empereur, les Français du pape; les Polonais se retranchaient derrière 'de vagues promesses; les Italiens refusaient, les uns de fournir des hommes, les autres d'approuver les dîmes; Venise osait réclamer, pour prêter quelques navires, non seulement le commandement en chef des opérations navales, mais les hommes, l'argent, et tout le butin; Sigismond, duc de Tyrol, entendait faire régler à son profit un interminable conflit avec l'évêque de Brixen, Nicolas de Cuse. Le pape en était réduit à gémir, à supplier, à blâmer, à supporter jusqu'aux grossières insolences d'un Grégoire Heimburg. Les Allemands finirent bien par offrir, pour le printemps, une armée de 32 000 fantassins et 10 000 cavaliers, mais l'empereur entendait se faire assurer au préalable, par le légat

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Bessarion, la couronne do Hongrie; et le futur chef des croisés germaniques, Albert de Brandebourg, ne cultivait la faveur du pape que pour affermir plus facilement sa propre situation en Franconie, au détriment des evèques de Bamberg et de Wurzbourg.

Malgré de si maigres succès. Pie II n'en promulgua pas moins la croisade pour une durée de trois années. Il décréta ensuite la levée de taxes sur les revenus : un dixième pour les ecclésiastiques, un trentième pour les laïques, un vingtième pour les juifs; puis il clôtura le congrès par un discours assez optimiste et partit se reposer à Sienne. Bulle Ecclesiam Christi, 16 janvier 1460, et autres, dans Raynaldi, n. 1 sq.; discours dans Mansi. Orat., t. n, p. 78-86. Mais une tâche préalable s'imposait pour rendre possible la réalisation de son grand dessein : celle de rétablir la paix dans la chrétienté.

2. Politique italienne. — A son avènement, Pie II trouvait l'Italie fort troublée et les États de l'Église particulièrement menacés. Piccinino, qui s'était emparé de divers territoires pontificaux, était toujours là, prêt à mettre ses bandes à la disposition du plus offrant ou à les jeter sur ses voisins pour vivre de pillage et de rançons; Pedro Luis Borgia, gouverneur de Rome, avait pris possession, pour lui-même, de places fortes comme Civita Vecchia et Spolète; Rimini était entre les mains de l'ambitieux et cruel Sigismond Malatesta; le prétendant à la couronne de Naples, Ferdinand d'Aragon, occupait les villes de Bénévent et de Terracine, et demeurait hostile au Saint-Siège depuis ses démêlés avec Calixte III; à Rome même, les Savelli, les Colonna, les Anguillara, toute une noblesse turbulente brûlait du désir de susciter des troubles ou d'en tirer profit.

La politique du pape fut de s'appuyer sur Milan et sur Xaples pour assurer la pacification ou la libération de ses États. Les Sforza étaient tout acquis à ses vues. Il gagna Ferdinand en signant avec lui un traité où il s'engageait à lui donner l'investiture, 17 octobre 1458, dans Raynaldi, n. 20-26, et en le faisant couronner roi par le cardinal Orsini le 3 décembre. Pedro Borgia se laissa acheter; Piccinino, menacé, jugea prudent de reculer; la conjuration républicaine de Tiburce et Valérien di Maso fut étouffée; Jacques Savelli dut capituler dans Palombara; Sigismond Malatesta, excommunié et déclaré déchu, fut battu par Frédéric d'L'rbin et dut capituler dans Rimini le 25 septembre 1463. Dans l'intervalle, Jean d'Anjou, duc de Calabre, avait fait opérer une descente à l'embouchure du Volturne à l'aide des trirèmes rassemblées à Marseille pour la croisade, et remporté les deux victoires de Sarno et de San Fabriano. Le roi de France soutenait les prétentions de René d'Anjou sur le royaume de Naples. Pie II, sur le point de céder, fut soutenu par le duc de Milan. Ses troupes se joignirent à celles de Ferdinand d'Aragon et d'Alexandre Sforza pour écraser à Troja les armées de Jean de Calabre et de Piccinino, 18 août 1462. Le fils du roi René, peu à peu abandonné de tous, finit par se rembarquer sans espoir de retour.

3. A brogation de la Pragmatique sanction de Bourges. — Au point de vue ecclésiastique, la France vivait depuis vingt ans sous le régime de la Pragmatique sanction de Bourges. Tous les efforts des papes pour y mettre fin avaient échoué. Plus que tout autre, Pie II déplorait la « lourde servitude » qui en était résultée pour l'Église, vis-à-vis du Parlement et du bon plaisir royal. Commentarii, p. 166. Dès le congrès de Mantoue, il demanda aux ambassadeurs français d'attirer l'attention de Charles VII sur les conséquences « monstrueuses » de la Pragmatique. Il pensait à elle aussi, quoique pas aussi directement que l'a cru Pastor, p. 124, quand, dans la bulle Execrabilis, il interdit, sous peine d'excommunication, tout appel du pape au

DICT. DE THÉOL. CATIIOL

concile. Mais ni l'Université, ni le Parlement n'étaient prêts à faire bon marché des « libertés de l'Église gallicane »; et la position déjà prise par Pie II dans l'affaire de la succession de Naples, n'avait pu qu'indisposer le roi contre lui. Rien d'étonnant à ce que Charles VII soit resté sourd à ses invital ions. Noël Valois, Histoire de la Pragmatique sanction de Bourges sous Charles VII, 1906.

Le pape fut plus heureux avec son successeur. Louis XI, très personnel, ne s'embarrassait guère des idées de son père. Pie II s'était adressé à lui alors qu'il était encore dauphin et en avait obtenu, grâce aux intrigues de Jean Jouffroy, évêque d'Arras, une promesse d'abrogation. La promesse fut tenue et, le 24 novembre 1461, le nouveau roi pouvait lui annoncer la suppression de la Pragmatique, « instrument forgé... contre le Saint-Siège » et propre seulement à détruire « tout droit et toute loi ». Lettre dans Opéra, éd. de Bâle, p. 863. Ce fut grande liesse à Rome, à l'annonce de cette nouvelle; mais il semble bien qu'en prenant une mesure de cette gravité, contre le sentiment du Parlement, de l'Université et d'une notable partie du clergé de France, le roi ait compté sur un changement dans la politique pontificale à l'égard de la maison d'Anjou, et qu'il ait été trompé en cela par son négociateur. Le fait est qu'à l'audience du 16 mars 1462, où fut solennellement proclamée l'abrogation, sa demande relative à Naples fut écartée, et que son acte inouï ne fut récompensé que par l'octroi du chapeau à Jean Jouffroy. Ch. Fierville, Le cardinal Jean Jouffroy et son temps, 1874.

Son irritation fut extrême et son hostilité agissante. On craignit un rétablissement de la Pragmatique ; Louis se contenta de la faire revivre partiellement, au nom des droits de la couronne et de « l'autorité de sa court de Parlement », par de multiples ordonnances « pour la restauration des libertés gallicanes et leur défense contre les empiétements de Rome », 1463 et 1464. J. Combet, Louis XI et le Saint-Siège, 1903.

4. Légation de Bessarion en Allemagne. — Les difficultés rencontrées par Pie II en France ne sont rien auprès de celles qu'il trouva en Allemagne. Il entendait s'appuyer sur l'empereur, qu'il connaissait de longue date; mais, tandis qu'en France l'unité politique était à peu près réalisée, la division régnait dans le Saint- Empire et l'autorité de Frédéric III était presque partout battue en brèche ou tenue en échec par des princes pour lesquels l'intérêt personnel était la grande loi. Sous des prétextes divers, l'autorité du pape n'était ni moins contestée, ni moins combattue. Déjà, à Mantoue, en entendant les amères récriminations de Grégoire de Meimbourg, Pie II avait eu un écho des dispositions alors dominantes en pays germanique; il allait bientôt pouvoir en mesurer les conséquences. La première fut l'échec complet de la mission de son légat Bessarion.

A vrai dire, le cardinal de Nicée, ce savant, ce lettré, cet idéaliste, profondément touché des malheurs de sa patrie et pénétré de la nécessité d'une croisade, mais ignorant tout de l'état d'esprit qui régnait en Allemagne et des intrigues qui s'y enchevêtraient, étail mal préparé pour aller présider les diètes dont la tenue avait été décidée à Mantoue. Une bulle du 15 janvier 1160 le chargeait de proclamer la guerre contre les Turcs, de rassembler une armée et de lui choisir un chef, de publier les lettres pontificales décidant la croisade et la levée des dîmes, enfin de traiter toutes questions d'un intérêt général pour la chrétienté. 1 iaynaldi, ad an., n. 18. A la diète de Nuremberg, le 2 mars, son discours invitant les princes à rétablir la paix dai pays et à se croiser ne pouvait que demeurer écho, car toute l'attention était absorbée par l'extrême tension des rapports entre les Wittelsbach et les

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Hohenzollern. Quand il arriva à celle de Wonns, le'29, la guerre venait d'être déclarée, d'abord par l'archevêque de Mayence, Diether d'Isenbourg, à l'électeur palatin Frédéric, puis par le Palatin et Louis de Bavière-Landshut au margrave de Brandebourg, Albert-Achille. Quoique, dans l'intervalle, le pape lui eût adjoint le juriste François de Tolède, Bessarion ne lut pas plus heureux à Vienne.

' L'empereur lui fit le meilleur accueil, mais la diète, fixée au 30 mars, puis remise au 1er septembre, en raison du peu d'empressement des princes, ne put s'ouvrir que le 17. Il y avait là treize princes, dix évêques et archevêques, les délégués de trente-quatre villes; mais tout ce inonde n'était rien moins que favorablement disposé. Le discours d'ouverture du légat, imprudent peut-être dans la forme, souleva des murmures qui se transformèrent vite en protestations explicites : Bessarion aurait parlé comme exécuteur du pape, comme si l'avis de la diète ne comptait pas; il aurait réclamé du clergé la dîme, avec menace d'excommunication, d'emprisonnement et de privation de bénéfices; il aurait fait appel au concours des laïcs pour appuyer ses exigences. Le légat se défend, au contraire, d'avoir outrepassé les instructions pontificales et dénonce, comme cause de tout ce tapage, ses bonnes relations avec l'empereur. Rapport du 29 mars 1461, dans Pastor, Gesch. der Pàpste, 4e éd., t. n, append. n. 44, p. 728-732. Renonçant aux grandes réunions, il reçut les délégations chez lui; mais excitées en sousmain par Henri Leubing, elles se dérobèrent l'une après l'autre sous des prétextes divers, si bien qu'impatienté, il se laissa aller à les invectiver, même par écrit, et finit par leur refuser audience. Les délégués partirent sans prendre congé (octobre 1460).

Sur les instances du pape, Bessarion passa l'hiver à Vienne, essayant en vain de décider l'électeur Palatin à prendre la tête de la croisade et de réconcilier l'empereur avec la Hongrie, ou caressant des chimères, comme le projet de recruter lui-même une armée de 10 000 hommes pour aller délivrer le Péloponèse. Enfin, malade et découragé, il rentra à Rome le 20 novembre 1461. Ludwig Mohler, Kardinal Bessarion als Theologe, Humanist und Slaalsmann, Paderborn, 1923, p. 294-302.

5. Le conflit tyrolien. — Pendant ce temps, la situation au Tyrol, tendue depuis longtemps, était devenue tragique. L'évêque de Brixen, Nicolas de Cuse, n'avait jamais été parfaitement accepté par ses ouailles. Il était venu dans son diocèse animé des meilleures intentions; mais son œuvre réformatrice, menée parfois avec plus de zèle que d'habileté, avait indisposé contre lui bien des gens, puis son indépendance affichée à l'égard du duc et les prétentions de plus en plus larges qu'il émettait en matière temporelle avaient excité l'hostilité de Sigismond d'Autriche. De part et d'autre, on avait eu recours à la force, puis on en avait appelé au pape et à l'empereur.

Pie II, qui connaissait de longue date le duc et le cardinal-évêque, espérait les réconcilier sans peine. Malheureusement, Sigismond venait de prendre à son' service un avocat brillant et retors, qui avait joué un grand rôle à l'époque de la neutralité allemande et restait un adversaire irréductible de Rome : Grégoire de Heimbourg. Les pourparlers engagés à Mantoue pendant la diète, puis à Trente, étant restés sans résultat, Nicolas de Cuse menaça de remettre à l'empereur tous les fiefs de l'évêché. Ce fut le signal de la guerre. Assiégé dans la citadelle de Bruneck, l'évêque dut se rendre et souscrire à toutes les revendications territoriales du duc; mais, à peine rendu à la liberté, il passa en Italie en proclamant la nullité des actes qui lui avaient été dictés par la violence. Sommé de comparaître à Sienne, Sigismond répondit par un appel au

pape mieux informé. Pie II prit en mains l'administration du diocèse de Brixen, et, après une nouvelle sommation, fulmina contre le duc l'excommunication majeure. Bulle du 18 août 1160, dans Dùx, Derdeutsclie Kardinal Nicolas von Cites und die Kirche seiner Zeil, t. ii, Ratisbonne, 1817, p. 470. Sur quoi, Sigismond adressa un manifeste à tous les princes chrétiens et en appela au futur pape ou au futur concile.

L'interdit ayant été proclamé, un blocus économique s'établit autour du Tyrol et les confédérés suisses envahirent la Thurgovie, tandis que le duc faisait occuper militairement l'évêché. Heimb mrg, cité, inonda l'Allemagne et même l'Italie de pamphlets où il se moquait de l'excommunication, proclamait la supériorité de l'assemblée des apôtres sur Pierre et dénonçait dans le pape une source de désunion pour l'Église. Textes dans Freher-Struvius, Rerum germanicarum scriptores, t. n, p. 221 et 228. Il fut déclaré hérétique, le 1er avril 1461. Reg. vatic. 1K0, fol. 112. Malgré de nombreuses tentatives de conciliation, la lutte se poursuivit pendant trois ans, et l'affaire ne fut réglée définitivement, par l'intervention de l'empereur, qu'en 1464, quelques jours après la mort de Pie II et du cardinal de Cuse.

6. Le conflit rhénan. — Dans la vallée du Rhin, l'agitation n'était pas moindre. Diether d'Isenbourg, qui s'était fait élire archevêque de Mayence le 18 juin 1459, ayant refusé de comparaître personnellement devant le pape et de payer les annates avant la ratification de son élection, fut excommunié par sentence judiciaire, mais passa outre et prit à son service celuilà même qui venait d'envenimer la querelle tyrolienne au point de lui faire avoir des répercussions dans l'Europe entière. L'ambitieux prélat se mit aussitôt à la tête du mouvement antipapal en Allemagne. Il réunit les princes électeurs à Nuremberg, mars 1461, et publia coup sur coup deux appels au futur concile. Le plus grave était que l'opposition allemande prenait contact avec la française et menaçait de reproduire, en pays germanique, la Pragmatique sanction de Bourges. Déjà les princes sommaient l'empereur de comparaître à la diète de Francfort, fixée au 13 mai, exigeaient la convocation d'un concile, et s'engageaient à l'unanimité à n'entreprendre séparément aucune négociation avec la curie. Heureusement, comme l'écrit Pastor, dans leur bouche «les grands mots d'honneur et de liberté de l'Allemagne » n'étaient « qu'un masque sous lequel ils dissimulaient leurs visées égoïstes ». Gesch. der Papste, t. n, p. 185. Leur bloc n'allait pas tarder à s'effriter.

Les nonces du pape, François de Tolède et l'habile doyen du chapitre de Worms, Rudolphe de Rudesheim, n'eurent pas de peine, à force d'explications, de promesses ou d'excuses, à détacher de Diether, d'abord l'électeur de Brandebourg, puis celui du Palatinat et l'archevêque de Trêves. L'empereur, de son côté, tenta d'affirmer son autorité et, sur son ordre, Francfort refusa de recevoir l'assemblée projetée. Celle-ci s'ouvrit à Mayence. Heimbourg en fut exclu et les nonces affirmèrent solennellement que Pie II n'avait pas l'intention d'imposer en Allemagne les dîmes décrétées à Mantoue, ce qui acheva la débandade des conjurés. Diether fut déposé par bulle du 21 août et remplacé par Adolphe de Nassau. Mais, bientôt, soutenu par l'électeur palatin auquel il venait d'abandonner la Ber^strasse, il tenta de recouvrer son siège par la force, et la guerre sévit, en dépit de l'interdit et de l'excommunication, pour ne prendre fin que deux ans plus tard, par la soumission de Diether et de Frédéric.

7. L'abrogation des « Compactata ». — ■ En Bohême, les choses tournèrent plus mal. Les Coihpaelata d'Iglau conclus entre le concile de Bàle et les utraquistes le 5 juillet 1436, n'avaient été que tolérés par les papes et leur interprétation avait donné lieu à bien des abus

PIE II. LE PONTIFICAT

de la part des hérétiques. Tous les efforts de Pie II

tendirent à les faire abroger. Il semblait qu'il dût y

ùr facilement, car Georges Podiébrad, élu roi le

2 mais 1 158, avait fait serment, avant d'être couronné, d'abjurer solennellement l'erreur avec tout son peuple. Raynaldi, an. 1 158, n. 24. Mais Georges jouait double jeu : il jura aussi d'observer les privilèges du royaume. puis, durant des années, il dépensa des prodiges d'habileté pour faire croire au pape, d'une part, aux utraquistes, de l'autre, qu'il leur était tout dévoué. En février 1459, il fit prêter secrètement en son nom, par son chancelier, le serment d'obédience au Saint-Siège; mais, en mai 1461, il proposa aux États de Bohême le maintien des Compactata et de la communion sous les deux espèces. Le pape exigeait, avant de le reconnaître officiellement comme roi, un serment public de fidélité engageant non seulement la personne du souverain, mais le royaume; et quand l'ambassade de Georges finit par se présenter devant lui, ce fut pour lui demander, après avoir prêté serment, la confirmation des Compactata. Pie II rejeta la demande et justifia son refus par un discours prononcé en consistoire public, le 31 mars 1462. Texte dans Mansi,Ora/.,t.n,p.93-100. Puis, pour contraindre le roi à tenir les concessions du concile de Bàlc pour annulées, il envoya en Bohême Fantin de Valle, jusque-là procureur de Podiébrad à Rome, en le chargeant de divulguer le serment fait jadis en secret par son maître. Son attente fut trompée. Loin de se rallier aux rites catholiques, le roi proclama à la diète de Prague, le 12 août, sa foi à la nécessité de la communion sous les deux espèces, et sa volonté d'y rester fidèle et de la défendre jusqu'à la mort; puis il fit jeter en prison l'envoyé du pape.

Une intervention de l'empereur obtint bientôt la suspension des censures ecclésiastiques portées contre Podiébrad, pour lequel d'ailleurs le pape ne manquait pas de sympathie personnelle; mais le roi eut l'insolence d'affirmer de nouveau, à la diète de Brunn, le 8 juillet 1463, ne pas vouloir abandonner les rites concédés par le concile de Bâle. D'autre part, l'hérésie ainsi soutenue faisait des progrès inquiétants. Pie II finit par céder aux instances des provinces catholiques du royaume, et surtout de la ville de Breslau; il constitua un tribunal où devaient siéger Nicolas de Cuse et le cardinal de Sainte-Sabine; puis, le 16 juin 1464, en consistoire public, il somma Georges Podiébrad de comparaître à Rome, pour répondre à l'accusation de parjure et d'hérésie. Bulle dans Cugnoni, p. 145-153. Seule la mort du pape arrêta la procédure.

8. Préparation de la croisade. — Depuis le congrès de Mantoue, Pie II n'avait cessé de penser à la guerre sainte. Quand il l'aurait oubliée, tout aurait contribué à lui en rappeler l'urgence. Ce fut d'abord l'ambassade du Syrien .Moïse Giblet, se présentant au nom des trois patriarches grecs et de plusieurs souverains orientaux, pour lui demander du secours, Commentarii, p. 103, puis une autre, plus brillante, conduite par le francistain Ludovic de Bologne, qui lui laissait entrevoir la possibilité d'une action concertée avec les armées de l'erse, de Géorgie, de Trébizonde, etc., contre l'ennemi commun. Commentarii, p. 127 sq. Ensuite, ce fut l'arrivée successive des souverains déchus, fuyant devant les troupes de Mahomet II : Thomas Paléologue, despote de Morée, et la reine de Chypre, Charlotte de Lusignan.

Les princes chrétiens demeurant insensibles à ses ■ appels, le pape songea un instant à l'emploi des moyens pacifiques. Le cardinal de Cuse lui ayant dédié, au cours de l'hiver 1460-1461, sa Cribratio Alchoran, voir Nicolas de Cusa, col. 601, il rêva d'une conversion de Mahomet II qui amènerait son peuple au christianisme, comme Clovis y avait amené ses Francs, et il adressa au sultan une lettre pressante

où se retrouve cette apostrophe empruntée à la Cribratio : Incipe tu accedere, et scquentiir te omîtes sectte illius principes. Texte dans Raynaldi, an. 1461, n. 44- 112. La lettre n'atteignit pas son destinataire ou demeura sans écho. L'année I 162 fut marquée par la chute de Lesbos; la suivante par la perte de la Bosnie. Pie II, encouragé par la découverte, providentielle à ses yeux, des mines d'alun de Tolfa qui lui procuraient d'abondantes ressources, prit alors en secret l'héroïque résolution de se mettre lui-même à la tète de la croisade et d'inviter le duc de Bourgogne à le rejoindre, espérant que cet exemple serait contagieux. Commentarii, p. 189-191.

L'activité de ses légats obtint d'abord d'heureux résultats. Par l'entremise de Carvajal, le traité de Wiener-Neustadt, 24 juillet 1463, amena la réconciliation de Frédéric III et de Mathias Corvin. Voigt, Enea Siloio, t. m, p. 681 sq. Bessarion réussit à décider la république de Venise à déclarer la guerre aux Turcs. Lettres des 26 et 29 juillet et du 28 août, dans Pastor, Gesch. der Papsle, t. n, append. n. 57 a, 57 b, 58 a; L. Mohler, Kardinal Bessarion, t. i, p. 310 sq. Assagi par une grave maladie, le duc de Bourgogne se déclara prêt à tenir son serment et à se croiser au printemps de 146 1. Discours de son ambassadeur Guillaume Filastre, évêque de Tournai, le 8 octobre 1463, publié par Sauerland dans Romische Quartalschrift, t. v, 1891, p. 352-363. Déjà Pie II, dans un discours émouvant, avait fait connaître son projet aux cardinaux réunis en consistoire secret le 23 septembre. Texte dans Mansi, Orationes, t. n, p. 168-179. Il conclut, ainsi que le duc de Bourgogne, une alliance avec Venise, aux termes de laquelle ils s'engageaient à combattre ensemble et à ne pas conclure de paix séparée, 19 octobre. Extraits dans Vast, Le cardinal Bessarion, Paris, 1878, p. 70. La république avait signé, en septembre, un traité analogue avec la Hongrie, en spécifiant que la ligue restait ouverte à tous les souverains. Texte dans Raynaldi, an. 1463, n. 50-51.

La bulle de croisade fut publiée en consistoire public, le 22 octobre. Texte dans Raynaldi, an. 1463, n. 29-40. Des nonces, des prédicateurs, des collecteurs furent envoyés par toute l'Europe. Niccolo Piccolomini fut chargé de gérer les fonds de guerre et le cardinal Forteguerri de commander la flotte. Malheureusement, les susceptibilités, l'intérêt privé, les suspicions entre princes, villes ou nations devaient avoir raison de ce bel élan et entraver une fois encore la grande entreprise. Ni le duc François Sforza, ni le roi Ferdinand de Naples, ni le doge Cristoforo Moro n'acceptèrent de prendre part à l'expédition. Le duc de Bourgogne lui-même se déroba en se faisant donner, par Louis XI, l'ordre d'ajourner son départ à un an. Seules, se mirent en route, des divers pays, des bandes de croisés, souvent dépourvues d'armes et d'argent, sur la puissance offensive desquelles on ne pouvait guère compter.

9. Mort de Pie II. — Fatigué, miné par la maladie, soutenu seulement par Carvajal et quelques autres cardinaux, Pie II n'en persista pas moins dans son dessein : il se croisa à Saint-Pierre, le 18 juin 1 164, et partit après avoir prononcé un dernier discours. Texte dans Anecdota litteraria ex manuscriptis codicibus eruta, Rome, 1772 sq., t. ni, p. 287-296. Il arriva à Aucune, exténué, le 19 juillet. Venise, son dernier espoir, faisait défaut; manifestement, la république ne s'armait que pour conquérir à son profit le Péloponèsc. Elle finit par envoyer deux vaisseaux; mais, quand ils parurent, le 11 août, il ne restait presque plus rien des bandes que la peste avait décimées ou que la démoralisation avait dis-persées. Quatre jours plus tard, le 15 août, le pape expirait.

Une plaque de marbre recouvre à Ancône, dans le

pu: il le pontificat

chœur de la cathédrale Saint-Cyriaque, le cœur* de Pie IL Son corps fut, transporté à Home, selon son désir, pour être enseveli dans la basilique vatieane, dans la chapelle qu'il avait fait construire, à gauche de l'entrée principale, pour recevoir le chef de l'apôtre saint André, apporté de Patras par Thomas Paléologue. Plus tard, quand on reconstruisit Saint-Pierre, son tombeau fut transféré à l'église Saint-André délia Valle; et, en 1023, l'inscription qu'a publiée Rossi, Inscripliones christianae urbis Romse, t. n, Rome, 1889, p. 421, fut remplacée par une autre, dont on trouve le texte dans Ciaconius, Vitœ et res gestœ puntificum, t. ii, Rome, 1677, p. 1027.

3° L'administration. — 1. Le Sacré Collège. — Pie II rencontra dans le Sacré Collège des défiances et des oppositions qui ne désarmèrent pas. Il eut beaucoup de difficultés à faire accepter de nouveaux cardinaux. Les choix qu'il fit furent généralement heureux, encore que les considérations de nationalité ou de famille n'y aient pas toujours été étrangères. La promotion du 5 mars 1460 comprenait cinq cardinaux, tous Italiens. Les plus remarquables étaient Ange Capranica, frère de Dominique, Alexandre Oliva, général des augustins, et Rernard Eroli, évêque de Spolète. Les deux autres étaient ses parents : Nicolas- Forteguerri, son cousin, homme d'épée plutôt que d'Église; et François de' Todeschini-Piccolomini, son propre neveu. Il nomma en même temps in petto l'archevêque de Salzbourg, Burchard de Weissbriach, qui fut promu seulement le 31 mai 1462. La promotion du 18 décembre 1461 comprenait encore trois Italiens.: Jacques Ammanati, évêque de Pavie, futur continuateur des Commentaires de Pie II ; Barthélémy Rovarella, archevêque de Ravenne, et un jeune étudiant de vingt ans, Louis de Gonzague. A eux s'ajoutaient les Français Jean Jouffroy, évêque d'Arras, et le prince Louis d'Albret, ainsi que l'évêque d'Urgel, Jayme de Cardona.

2. Questions doctrinales. — Au point de vue doctrinal, trois actes importants marquent le pontificat de Pie II : la condamnation des erreurs de Zanini de Solcia, l'interdiction d'en appeler du pape au futur concile, et la défense de discuter la question de l'union hypostatique du sang versé par le Christ.

a) La lettre Cum sicul, du 14 novembre 1459, condamnant les erreurs de Zanini, se trouve dans Baronius, Annales ecclcsiastici, édit. Theiner, Bar-le-Duc, 1864, ann. 1459, n. 31, et dans Du Plessis d'Argentré, Collectio judiciorum de novis erroribus, t. n, Paris, 1755, p. 254 a. Il y en a des extraits dans les dernières éditions de Denzinger, Enchiridion, n. 3031, et dans le Thésaurus doctrines catholicœ, de F. Cavallera, n. 1468, 622, 793, 796, 799 a, 1125 b, 868, 796.

Les idées du chanoine de Bergame étaient aussi variées que fantaisistes. Le monde, disait-il. doit finir naturellement par l'embrasement de ses éléments, quand la chaleur solaire aura absorbé toute l'humidité de la terre et de l'air (prop. 1), et tous les chrétiens seront sauvés (prop. 2). Avant notre monde, Dieu en a créé un autre qui fut lui aussi peuplé d'hommes et de femmes, en sorte qu'Adam n'a pas été le premier homme (prop. 3). Si Jésus-Christ a souffert et est mort, ce n'est pas pour notre rédemption et par amour pour le genre humain, mais sous l'influence nécessitante des astres (prop. 4). Jésus, Moïse et Mahomet ont dirigé le monde selon leur bon plaisir (prop. 5). L'hostie consacrée ne contient pas l'humanité, mais seulement la divinité de Jésus (prop. G), lin dehors du mariage, la luxure n'est un péché que parce que les lois positives l'ont défendue, et elles ont eu tort : seule la prohibition ecclésiastique m'empêche d'admettre comme vraie l'opinion d'Épicure (prop. 7). S'emparer du bien d'autrui, même contre la volonté du propriétaire, n'est pas un péché mortel (prop. 8). Enfin, la loi

chrétienne prendra fin en faisant place à une autre, comme la loi de Moïse a pris fin par celle du Christ (prop. 9).

'foutes ces propositions, dit le pape, ont été soutenues avec une audace sacrilège, contrairement aux dogmes des saints Pères; mais leur auteur a renoncé ensuite spontanément à ces pernicieuses erreurs. L'abjuration avait été obtenue par Jacques de Brescia, O. P., et l'auditeur pontifical Bernard de Bosco. Zanini n'en fut pas moins condamné par Pie II à finir ses jours enfermé dans un monastère.

b) La bulle Execrabilis, du 17 janvier 1460, condamnant l'appel au futur concile, est aux Reg. vatie. 475, fol. 198, et 502, fol. 280. Elle a été publiée souvent. On la trouve dans les Commentarii de Pie II, p. 91-92; dans le Bullarium diplomatum... de Tomasetti, t. v, p. 149-150; dans le Magnum bullarium romanum, de Cherubini, 1. 1, p. 369 sq. ; dans Raynaldi, ad ann. 1 160, n. 35, etc. Denzinger en a donné un extrait, n. 717 (608), ainsi que Cavallera, n. 370, mais tous deux la rapportent à tort à l'année 1459. Sur la date, voir Pastor, Hist. des papes, trad. Furcv-Ravnaud, t. m, p. 94, n. 1.

Pie II dénonce, dans cette bulle, 1' « exécrable abus », autrefois inconnu, qui porte certains de ses contemporains à en appeler, du vicaire de Jésus-Christ — à qui il a été dit en la personne de saint Pierre « Pais mes brebis », et « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans le ciel » — au futur concile. Voulant éliminer de l'Église « ce poison » qui tend à détruire son organisation, et veiller au salut du troupeau en écartant de la bergerie tout objet de scandale, il condamne ces provocations, les réprouve comme erronées et détestables, et décrète contre quiconque aura provoqué ou souscrit un appel de ce genre, l'excommunication majeure.

c) La bulle Inefjabilis summi providenlia Palris. du 1er août 1464, défend à tous les dominicains et franciscains, jusqu'à décision du Saint-Siège, de discuter, prêcher ou parler sur la question de savoir si c'est une hérésie ou un péché d'admettre que le sang du Christ a été séparé de la divinité pendant les trois jours de la passion, ou de ne pas l'admettre. C'était la conclusion d'une querelle ouverte depuis plus de deux ans, à l'occasion d'un sermon du célèbre prédicateur franciscain. Jacques de La Marche, qui devait être canonisé par Benoît XIII.

Nous n'avons pas à raconter cette affaire : on la trouvera résumée à l'art. Jacques de Brescia. t. vm, col. 291. Ajoutons seulement aux références données là que la bulle Inefjabilis se trouve aussi dans le Bullarium diplomatum, de Turin, t. v, p. 180-182, et dans le Magnum bullarium romanum, t. i, p. 380, et que le passage principal a été reproduit non seulement dans Denzinger, n. 718 (609), mais dans Cavallera, Thésaurus, n. 787.

3. La réforme de. l'Église. — Réclamée depuis longtemps, toujours différée, la réforme de l'Église in capile et in membris, restait à l'ordre du jour. Avec tant d'autres, ^Eneas Sylvius et son ami,' Nicolas de Cuse, l'avaient désirée à Bâle. Maintenant qu'ils étaient devenus, l'un pape, l'autre cardinal, le moment était venu de la réaliser. Ils y songèrent sérieusement et faillirent aboutir. Cuse, qui avait déployé dans sa légation en Allemagne sous Nicolas V, puis comme évêque de Brixen, de louables efforts pour la réforme, rédigea un projet audacieux, vaste et précis, applicable à la curie d'abord, puis à l'Église entière. Texte publié par Dùx, op. cit., t. n, p. 451-466, et mieux par Stephan Ehses, Der Reformentwurf des Kdrd. Nie. v. Cues, dans Historisches Jahrbuch. t. xxxn, Munich, 1911. Un autre projet fut élaboré par Domenicho de' Domenichi. Publié à Brescia en 1495 (Hain, Repertorium,

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