‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 380 sur 437 · PREDESTINATION. S. AUGUSTIN. LA GRACE EFFICACE · texte numérisé non relu

PREDESTINATION. S. AUGUSTIN. LA GRACE EFFICACE

comme s'affranchir du péché, être l'esclave de la justice, être vraiment bonne, est aussi tout un pour elle : A peccato libéra est quando servit justitiœ et lune est bonu. Ibid.

Aussi est-il facile de comprendre comment l'évêque d'Hippone entend la liberté de l'homme dans l'économie présente du salut : c'est une liberté rendue à elle-même, affranchie d'un esclavage dont elle était victime : Liberox dicimus... eos quibus dicit Apostolus : « nunc autem liberati a peccato, servi aulem facli Deo, liabetis fructum veslrum in sanctificationem, finem vero vitam seternam » (Rom., vi, 22). Op. imp. contra Jul., I, lxxxvi, t. xlv, col. If 05. Sur le plan surnaturel et mise à part la liberté psychologique qui subsiste dans l'acte du péché, les hommes ne sont libres que dans la mesure ou, libérés du péché, ils servent Dieu dans un esclavage fécond, dont le terme est la vie éternelle. Cf. De corr. et gral., i, 2, t. xliv, col. 9f7.

Tel est l'enseignement que saint Augustin opposait à celui des semi-pélagiens, touchant la même question. 11 avait du reste beau jeu à réfuter une doctrine, dont les conséquences étaient absurdes et que Julien d'Éclane semblait ignorer parfaitement : Sic définis liberam voluntatem ut nisi utrumque, id est et bene et maie agere possil, libéra esse non possit. Ac per hoc, necesse libi esl auferre libertalem Deo qui iantummodo bonam potest, malam vero non polesl habere voluntatem. Op. imp. contra Jul., Ilf, cxxn, t. xlv, col. 1299. Dieu qui ne peut vouloir le mal ne serait-il donc pas libre? Tant s'en faut que le mal puisse être l'objet de la liberté ! Ou faut-il dire que les saints cesseront d'être libres au ciel, alors qu'ils ne pourront plus pécher? Ibid., Vf, x, col. 1518. Le Christ dont l'impeccabilité était hors rie doute n'était-il pas libre, d'une liberté d'autant plus grande qu'il lui était plus impossible d'être l'esclave du péché : Numquid metuendum fuit ne accedenle lelale, hemo Me libero peccaret arbilrio; aut ideo in Mo non libéra voluntas erat, ac non tanto magis erat quanlo mugis peccato servire non poteral? De preed. sanct., xv, 30, t. xnv, col. 982. Répétons-le : c'est un principe pour Augustin que la liberté est d'autant plus parfaite qu'elle est plus étrangère au mal.

Mais la liberté de l'homme n'est pas restée étrangère au mal, voilà pourquoi le saint docteur la considère en tenant compte de la chute originelle. Le péché l'a considérablement affaiblie. Nous avons vu, en effet, que tel devait être fatalement le résultat du relâchement de sa tendance au bien. Julien d'Éclane ne pouvait que l'avouer. Op. imp. contra Jul., VI, xiv, t. xlv, col. 1529. Depuis la chute donc, la volonté humaine est, dans l'ordre surnaturel et vis-à-vis du bien, comme frappée d'impuissance. Ibid., Vf, i, col. 1518, d'une impuissance qui est son châtiment, comme un jour son impuissance vis-à-vis du mal sera sa récompense. Elle partage le sort du prince des ténèbres dont la liberté est toute maléfique, en expiation de son péché. Epist., c.c.xvii, 10, t. xxxiii, col. 982.

Aussi doit-on dire que, tandis qu'avant la faute originelle l'homme se trouvait libre d'une liberté intacte et puissante, n'excluant certes pas le secours divin, mais capable de se soustraire au mal (comme le fit celle des bons anges, De dono pers., vu, 13, t. xlv, col. 1001), il ne fait plus figure que d'affranchi. De corr. et grat., xn, 35, t. xliv, col. 937. Il est vrai que cet affranchissement lui redonne une nouvelle et heureuse liberté : celle de servir Dieu. Et c'est ainsi que le Christ délivre ceux qu'il a prédestinés. Il arrache au démon leur liberté, afin que librement ils puissent croire en lui : Medialor intral in domum jorlis et eripit vasa ejus qusecumque prsedeslinavil eripere, arbitrium eorum ab ejus poteslate liberans, ni Mo non impediente, credant in islum libéra volunlate. Epist., ccxvn, 11, t. xxxm, col. 982; Enchir., xxxi, t. xl, col. 247.

Telle est donc la doctrine d'Augustin sur la liberté de l'homme dans l'œuvre du salut. Farce que l'objet de cette liberté est essentiellement le bien, le péché originel, dans lequel l'homme est tombé, a changé cette liberté en un véritable esclavage. De cet esclavage l'homme est affranchi par la grâce qui rend sa liberté à elle-même en lui redonnant Dieu pour objet. Cette doctrine éclaire celle que professe Augustin touchant l'action divine et sa pensée achèvera de nous être manifeste par l'étude des rapports de cette action divine avec l'action humaine, autrement dit des rapports de la grâce avec la liberté.

4° Les rapports de l'action divine et de l'action humaine dans la réalisation de la prédestination. La grâce et la liberté. L'efficacité de la grâce. — Saint Augustin, nous l'avons vu plus haut, ne fait pas consister le mystère de la prédestination dans la difficulté de concilier l'action divine et l'action humaine autour du même objet. Le mystère, pour lui, est dans la liberté de l'élection divine, mais quant à l'action de l'homme ou de sa liberté, elle est subordonnée à l'action divine et la question n'est plus que d'étudier les modalités et l'étendue de cette subordination.

Le saint docteur affirme d'abord la coexistence de la grâce et de la liberté dans la réalisation de l'oeuvre salutaire : In errorem fpelagianum) cadit qui pulal secundum aliqua mérita humana dari graliam Dei, quse sola hominem libéral per Lomimm nostrum Jesum Christum. Sed rursum, qui pulal, quando ad judicium Dominus venerit, non judicari I.ominem secundum opéra sua qui jam per eetalem uti potuit libero volunlatis arbilrio, nihilominus in erroreesl. Epist., ccxv, 1, t. xxxm, col. 971. C'est par la grâce seule que l'homme est délivré du péché. Néanmoins il sera jugé sur les œuvres que, dans son âge adulte, il aura accomplies librement. Rons et mauvais, lors du jugement, seront rétribués d'après les mérites de leur propre volonté, mais les bons auront à se souvenir que la grâce fut toujours au principe rie leur bonne volonté. La foi, dit Augustin, ne nie aucunement l'action de la liberté, mais, sans la grâce,, la liberté ne peut rien, à quelque moment que ce soit de l'économie salutaire. Ibid., 4. Comme nous avons vu que le fait d'imposer à l'homme des préceptes était une reconnaissance par Dieu lui-même de cette liberté, ainsi l'accomplissement de ces mêmes préceptes est une preuve que la grâce coexiste à cette liberté : neque enim fmulla) preeciperentur, nisi homo haberet propriam voluntatem qua divinis prœceptis obediret. Et tamen Dei donum est, sine quo servari... prsecepta non possunl. De grat. et lib. arb., iv, 8, t. xliv, col. 885.

C'est merveille, d'ailleurs, de voircomment l'action de Dieu respecte l'action de l'homme et comment celle-là atteint ses fins sans que celle-ci s'en trouve lésée : Nec ideo auferalis a pharaone tiberum arbitrium, quiamullis locis dicit Deus : « Ego induravi pharaonem, vel induravi aut indurabo cor pharaonis. » Non enim proplerea ipse pharao non induravil cor suufh. Nom et de Mo legilur. « El ingravavit pharao cor suum et in isto lempore, et noluil dimiltere populum. » Ac per hoc et Deus induravi! per justum judicium, et ipse pharao per tiberum arbitrium. Ibid., xxiii, 45, col. 911. Très librement, le pharaon endurcit son cœur : et néanmoins, cet endurcissement n'est qu'un juste châtiment de Dieu.

Il en va de même dans l'accomplissement des œuvres méritoires : ce sont bien les hommes qui les font, mais sous l'action de la grâce : Etsi faciunl homines bona quœ pertinent cd colendum- Deum, ipse facit ut Mi faciant quse prœcepil, De prœd. sanct., x, 19, t. xliv, col. 975, action indispensable, même lorsqu'il s'agit de notre opération la plus habituelle : Cogitantes credimus, cogitantes loquimur, cogitantes agimus quid-

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