PIE II. ŒUVRES
se retrouve tout entier dans son œuvre; c'est dire que, au point de vue de l'objectivité, il est loin d'être un modèle. Même quand il s'essaie à faire de l'histoire, il n'a presque rien d'un historien : le goût de l'histoire ne supplée pas le sens historique. Mais quand on prend son œuvre pour ce qu'elle est, on la trouve profondément attachante, parce qu'on y prend contact avec un homme très cultivé, très ouvert, doué d'un esprit subtil, d'une imagination vive et d'une âme vibrante.
Nous n'avons pas d'édition complète et moderne de Pie II. Les Opéra quœ exstant omnia, publiés à Bâle, datent de 1551 et de 1571. Des œuvres importantes y font défaut. Les lettres, au nombre de 414, occupent près de la moitié du volume.
Les lettres ont été imprimées fréquemment à part. Elles ont paru à Strasbourg en 1475-1476, à Cologne en 1478, à Milan en 1481 (Hain, n. 169) et 1486 (Hain, n. 170), en 1496, en 1506, etc. Fea y a ajouté une lettre de rétractation au recteur de l'université de Cologne, 13 août 1447, dans Pius II a calumniis vindicatus, Rome, 1823, p. 148-164. Anton Weiss en a publié 149 inédites tirées du ms. 338!) de. la bibliothèque impériale de Vienne, dans son Mneas Sylvius' Piccolomini als Papst Pius II, Graz, 1897. Pastor en a donné ou analysé d'autres, inédites aussi, en appendice à sa Geschichte der Pâpste, t. n, Fribourg, 1904, n. 4-26, 29, 30, 34, 36-40, 45, 46, 48, 50, 54, 60, 61, 63. Toutes ces publications doivent céder le pas à celle, plus complète et très soignée, de Rudolf Wolkan, Der BriefLvechsel des Eneas Silvius Piccolomini, dans Fontes rerum Austriacarum, Vienne, 1912, t. lxi, lxii, lxvii.
Les discours ont été réunis par Mansi : PU II Orationes politicœ et ecclesiasticœ, 3 vol., Lucques, 1755- 1759. Il faut y ajouter J. Haller, Eine Rede des Enea Silvio Piccolomini vor dem Baseler Konzilium, dans Quellen u. Forschungen aus italienischen Archiven, t. m, Rome, 1900.
Étant secrétaire de Félix V, /Eneas a raconté ce qui s'est passé au concile de Bâle, entre le mois d'octobre 1438 et le mois de juillet 1440. C'est l'ouvrage auquel on a donné le nom d'Historiée concilii Basiliensis libri III, et que l'on a intitulé aussi De gestis Basiliensis concilii. En réalité, le 1. II, où il devait être question d'Eugène IV, a été perdu. Dans certaines éditions, par exemple celle de Leipzig, 1791, il a été remplacé par une lettre du 13 août 1440, dans laquelle /Eneas décrit à Jean de Ségovie le couronnement de Félix V. Le De gestis, qui trahit fortement les sentiments de l'auteur à l'époque où il a été composé, présente en même temps l'intérêt d'un témoignage direct. Il a été publié à Bàle en 1515, à Cologne en 1535, dans le Fasciculus rerum expetendarum, de nouveau à Bàle, dans les Opéra omnia, à Cattopoli en 1667, à Francfort et Leipzig en 1791, etc. Voir, sur sa valeur, l'étude de Birck, Enea Silvio de' Piccolomini als Geschichtsschreiber des Baseler Konzils, dans Theologische Quartalschrijt, t.. lxxvi, fasc. 4, Tubingue, 1894.
Plus tard, pendant qu'il était évêque de Trieste, /Eneas a écrit une œuvre qui est une sorte de rétracta-' tion de la précédente, où il juge les faits, cette fois, du point de vue pontifical. C'est le Commentarius de rébus Basileœ gestis. Ce commentaire, publié pour la première fois par Catalani, à Fermo, en 1803, a été reproduit dans Fea, Pius II a calumniis vindicatus, Rome,
Il faut en rapprocher un écrit de plus large envergure composé par Pie II durant son pontificat : les Commenlarii rerum mirabilium quœ temporibus suis, prsesertim in Italia, contigerunt (1405-1463). C'est d'abord, dans le 1. I, un résumé de la vie de l'auteur avant son pontificat, puis c'est une sorte de journal auquel Pie II travaillait sans relâche, notant presque au jour le jour les faits importants et ses propres ini-
tiatives, en les entourant de commentaires qui reflètent ses desseins, ses jugements et ses impressions personnelles. L'ouvrage a été retouché, par ordre de Pie II, par son fidèle Jean-Antoine Campano, évêque de Teramo, divisé par celui-ci en douze livres, et augmenté d'une préface. L'Allemand Jean Gobellin en prit copie et le texte fut publié à Rome, en 1584, par François Bandini, archevêque de Sienne, sous le nom du copiste. Cette édition fut reproduite à Rome, en 1589, et à Francfort, en 1614. Campano ne connaissait que douze livres; Platina parle d'un treizième. Celui-ci a été publié par Voigt, Enea Silvio de' Piccolomini als Papst Pius der Zweile, t. n, p. 359-377. Giuseppe Lesca a donné plus récemment une nouvelle édition du Ier livre, / Commenlarii rerum mirabilium quse temporibus suis contigerunt d'Enea Silvio de' Piccolomini, Pise, 1893.
Étant à Bâle, vers 1440, .Eneas écrivit, pour défendre les idées conciliaires, des dialogues dont la scène se passe aux environs de la ville, sur les bords du Bhin. Les personnages sont, outre l'auteur, le poète français Martin Lefranc, Etienne de Caccia de Novare et Nicolas de Cuse. Le but est de gagner ce dernier à la cause d'Amédée de Savoie. Ce Libellus dialogorum de generalis concilii auctoritate et gestis Basiliensium, dédié à l'université de Cologne, a été publié dans Kollarius, Analecta monumentorum omnis sévi V indobonensia, t. n, Vienne, 1762, p. 685-790. Pie II a rétracté les idées qu'il y soutenait par sa bulle du 26 avril 1463, In minoribus agentes, dans Bullar. de Turin, t. v, p. 173-180.
Son long séjour à la curie impériale et les missions dont il fut chargé à cette époque furent pour lui l'occasion d'écrire une Historia Friderici III imperatoris, qui fut publiée d'abord en 1685, mais mieux dans Kollarius, op. cit., p. 1-475. Voir sur elle, V. Bayer, Die Historia Friderici III imperatoris des Enea Silvio de' Piccolomini. Eine kritische Studie zur Geschichte Kaiser Friedrichs III., Prague, 1872. Il fit aussi, à cette époque, un long récit de la diète de Ratisbonne où il joua un rôle si important. Historia de Ratisbonensi dicta 1454, dans Mansi, PU // orationes politicœ et eccfesiasticœ, t. m, Lucques, 1759, p. 1-85. Enfin, il commença sans doute dès lors à rassembler des matériaux pour l'histoire de la Bohême qu'il poussa jusqu'à l'année 1458. Historia Bohemica, seu de Bohemorum origine ac gestis historia ab an. 894-1458, publiée à Rome en 1475, à Strasbourg en 1490, à Venise en 1503, à Prague en 1766, etc. Une traduction en tchèque a paru à Prague dès 1510.
Citons encore, comme œuvre se rapportant à l'histoire, un De viris illustribus seu de viris œtate sua claris, que l'on trouve dans Mansi, Orat., t. ni, append., p. 144-213, ou plus complet dans l'édition qui en a été donnée à Stuttgart en 1842; et comme écrits importants, le Pentalogus de rébus Ecclesiee et imperii, que nous avons plusieurs fois cité, et qui a trouvé place dans le Thésaurus anecdotorum novissimus, de Bernard Pez, t. iv, 3e part., Augsbourg, 1723, p. 639-744; puis le Dialogus de potestate Sedis apostolicœ, où il disserte contre Laurent Valla sur la donation de Constantin. Publié à Rome en 1475, ce dialogue a été imprimé aussi dans Mansi, op. cit., p. 85.
Pie II, poète, ami de la nature et observateur perspicace des mœurs, avait beaucoup joui des voyages au cours desquels il avait parcouru presque toute l'Europe. Il rêva, étant cardinal, d'écrire une Cosmographie ou description du monde connu de son temps, où il ferait d'ailleurs sa place à l'histoire. Malheureusement, il commença par l'Asie, vers laquelle sa curiosité était attirée davantage et sur laquelle il lui était facile de recueillir de nombreux témoignages. La partie concernant l'Europe est restée inachevée; il y est surtout question de l'Allemagne. Telle quelle, cette Cosmogra-
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phia seu rerum u bique geslarum historia locorumque descriptio a été publiée dans ses Opéra geographica et historien, à Helmstadt, en 1609-1700, ainsi qu'à Francfort et Leipzig, en 1707. Elle y voisine avec l'Historia Bohemiea, VHistoria Friderici III imperatoris, et un commentaire In libros Antoni Panormitœ, poetse, de dietis et jadis Alphonsi régis memorabilibus.
Signalons enfin la publication, par Joseph Cugnoni. (l'une série d'oeuvres inédites, antérieures au pontificat de Pie II, dont la plus intéressante est sans doute le Traetatus de eapiione urbis Conslantinopolitanw an. 14ô:',. La collection est intitulée : JEnete. Sylvii Piccolomini Senensis qui poslea fuit Pius II Pont. Max. opéra inedila descripsit ex codicibus Chisianis, vulgavit notisque illustrauit J. C, Rome, 1883.
I. Sources. — 1" les Actes de Pie II, conservés à la bibliothèque Vaticane n'ont pas été inventoriés dans leur ensemble. H. Dubrullc a publié le BiUlaire de la province de Reims sous le pontificat de Pie II, Lille, 1905. l'n assez grand nombre de pièces ont été reproduites dans le Buïlarium dit de Turin, de A. Tomasetti, t. v, Turin, 1860, p. 143-182; dans Raynaldi, Annales ecclesiastici, an. 1458-1464; dans Mansi, Concil., t. xxxn, col. 191-274, et t. xxxv, col. 105- 134; dans les bullaires des divers ordres religieux, dans les collections d'oeuvres de Pie II, dans l'appendice à la Gcschichtc der Pàpste de Pastor, t. il, 3e et 4l éd., Fribourgen-Br., 1904, n. 4-20, 29, 30, 3 1, 30-111, 45, 18, 50, 51, 60, 01, 63. On trouvera aussi des documents dans les Fontes rerum austriacarum, 2. Abteil., t. xx (F. Palacky), t. xlii, xliv, xi. \ i (A.Bachmannl, dans les Scriptores rerum silesiacarum t. vu et vm, Breslau, 1873, 1874; dans Martène et Durand, Yelerum scriptorum amplissima colleclio.
2" Sur Pie II, les principales sources demeurent ses Commentaires et sa Correspondance. Il faut citer aussi Ant. Campanus, Vita PU II papas, en tète de l'édit. de Bâle, et dans Muratori, Scriptores rerum ituticarum, t. m b, p. 969-992, Milan, 1734; L. Cribellus, Libri duo de expeditione Pu papœ II in Turcas, ibid., t. xxm, p. 26-80; St. Infessura, Diario délia cilla di Roma, ibid., t. m 6, p. 1111-1252; A. Ciaconius, Vilœ et res gestes pontificum romanorum et S. R. E. cardinalium..., t. n, Rome, 1677, col. 998-1070; P. Cortesius, De cardinalulu libri très, 1510; B. Platina, De vitis ac gestis SS. ponlif. en tète de l'édition de Bâle, ou encore Venise 1479 et éd. hollandaise 1615; Vespasiano da Bisticci, Vita di uomini illustri del secolo XV, dans Mai, Spicilegium, t. i, Borne, 1839, réédité par L. Frati dans Collezione di opère inédite o rare, Bologne, 1892.
II. Travaux. — 1" Le principal ouvrage d'ensemble sur Pie II demeure celui de (V. Voigt, Enea Silvio de' Piccolomini alsPapst Pius der zweite und sein Zeitaltcr, 3 vol., Berlin, 1856-1863. — Il faut en rapprocher, pour le compléter et en corriger les appréciations, assez souvent partiales, la monographie de L. Pastor, dans sa Geschichte der Pdpste, t. n, 3' et 4* éd., Fribourg-en-Br., 1904, p. 1-289; trad. fr. par Furcy Raynaud, Histoire des papes, t. ni, Paris, 1909. On trouvera dans Pastor une abondante bibliographie qui permettra de ne signaler ici que l'essentiel ou ce qui a paru depuis loin. \oir aussi A. Weiss, Aeneas Sglvius Piccolomini als Papst Pius II., Graz, 1S97 ; F. Rocquain, Lu cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther, t. ni, Paris, 1897, p. 346-378; Hefele-I.eclercq, Histoire des conciles, t. vu, Paris, 1910, ,,. 12X7-1361. — 2» Sur la jeunesse d'.Fneas. mit l'humaniste et l'historien : Thea Buyken, Enea Silvio Piccolomini, sein I.cben und Werden bis zum Episkopat, Bonn et Cologne, 1931; G. Voigt, Die Wiederbelebung des A7hvm.sc/i,;, Allertums, 3« éd., Berlin, 1893; J. Guiraud, L'Eglise et les origines de la Renaissance, Paris, 1902; A. Meusel, Enea Silvio ois Publizist, Breslau, 1905; Birck, Enea Silvio de' Piccolomini als Geschichtsschreiber des Boseler Konzils, Tubingue, 1894; V. Bayer, Die Historia Friderici III imperatoris des Em-a silvio de' Piccolomini. Fine krilische Siudie :ar Geschichte Kaiser Friedrichs 111., Prague, 1872. — 3» Sur les rapports avec l'empire ; A. Bachmann. Die deutschen Kônige und die Kwfùrstliche Neutralilat 1 1438-1447 j, Vienne, 1889; du même, Deutsche Iteichsgeschichte un /.citaiter Friedrichs 111. und Maximilians F, Leipzig, 18M; W. Puckert, Die kurfiirstliche Neutralitàl Wàhrenddes Baseler Konzils, Leipzig, 1858. — 4° Sur les rapports avec le duc de Tyrol et le pays rhénan : P. Joachimsohn, Gregor Heimburg, Bamberg 1891, «pu dispense de
recourir à la vieille monographie de CI. Brockhaus; A. Jâger,
Der Strcit des Kardinals Xicolaus von Cusa mil dem llerzoge Sigmund von Ocslcrreicli, 2 vol., Inspruck, 1801; K. Vansteenberghe, Le cardinal Nicolas de ('.use, Paris, 1920; L. M oh 1er, Kardinol Bessarion, 1. 1, l'aderborn, 1923 ;K. Menzel, Kurfurst Friedrich der Siegreiche von der Pfalz, Munich, 1861 ; du même, Diether von Isenburg, Erzbischof von Mainz, Krlangen, 1868. — 5° Sur les rapports avec la Bohême : A. Bachmann, Bôhmen und seine Nachbarlander unter Georg von Podiebrad, 1458-1481, Prague, 1878; Fr. Palacky, Geschichte von Bôhmen, t. rv b, Prague, 1800. — 6° Sur les rapports avec la France : Du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles Y II, Paris, 1881-1891 ; Noël Valois, Histoire de la Pragmatique sanction de Bourges sous Charles VII, Paris, 1906; N. Legeay, Histoire de Fouis XI, Paris, 1874; IL Chassériaud, La Pragmatique Sanction sous le règne de Louis XI. Positions de thèses de l'École des Chartes, 1897; H. Rey, Fouis XI et les états pontificaux de France au X¥° siècle, Grenoble, 1899; Ch. Fierville, Le cardinal Jean Jouffroy et son temps, Coutanccs, 1874; J. Combet, Louis XI et le Saint-Siège, Paris, 1903.
E. Vansteenberghe.
PIE III, pape du 22 septembre au 18 octobre 1503. — François Tedeschini, né à Sienne en 1439, était, par sa mère, Laudomia de' Piccolomini, le neveu du pape Pie II. C'est à celui-ci qu'il dut sa fortune et il retint finalement le nom de Piccolomini. Élevé à Pérouse où il prit le grade de docteur en droit, il fut nommé, en 1460, archevêque de Sienne et, quelques semaines plus tard, cardinal-diacre de Saint-Eustache (dans les récits du temps il est appelé le cardinal de Sienne); de 1483 à 1494 il eut encore l'administration du diocèse de Fermo et, de 1495 à 1498, celle de Pienza; il resta d'ailleurs diacre jusqu'à son élévation au trône pontifical. Tant que vécut son oncle, il fut investi de toute la confiance pontificale. Pie II mort (14 août 1464),lecardinal de Sienne n'en continua pas moins à jouer un rôle considérable à la curie, dont il est, sous Alexandre VI (1492-1 503), un des membres influents. C'est lui, par exemple, que l'on députe, en novembre 1494, au devant du roi Charles VIII, qui envahit l'Italie et marche sur Naples et qui refuse d'ailleurs de le recevoir. Le cardinal sait garder, d'ailleurs, son indépendance en face d'Alexandre Vl, et quand celui-ci, en juin 1197, propose de constituer un apanage à son fils- Jean, duc de Gandie, au détriment des États de l'Église, le cardinal de Sienne est le seul des membres du Sacré Collège à faire opposition à ce dessein qui allait bientôt être sans objet. Alexandre VI meurt le 18 août 1503. Tout faisait craindre une élection difficile, où la France qui patronnait la candidature du cardinal d'Amboise, aurait contre elle l'Espagne, l'empereur, les Italiens; pourtant le conclave, ouvert le 16 septembre, se termina le 22 au matin par l'élection du cardinal de Sienne, à qui le cardinal d'Amboise, désespérant du succès, avait donné ses voix. En souvenir de son oncle. François Tedeschini de' Piccolomini prit le nom de Pie III. Ce choix était bon, car on pouvait beaucoup espérer du nouvel élu, dont la vie était d'une régularité bien rare à cette époque. L'on put un instant espérer que la réforme, rendue de plus en plus nécessaire par le pontificat d'Alexandre VI, pourrait être amorcée. Mais, dès la solennité du couronnement (8 octobre), Pie III, sujet à de fréquentes attaques de goutte, tomba gravement malade. Il mourait le 18 octobre. La promptitude de cette mort fit circuler le bruit que le pape avait été empoisonné. Rien ne garantit l'exactitude de cette rumeur.
Platina, Historia de vitis pont, rom., édit. de (). Panvinio, Venise, 1562, p. 272 sq.; Ciacconius, Vilœ et ns gestes pont. rom., édit. Oldoini, t. m, Rome, 1077, p. 210 sq.; Litta, Famiglie celebri italiane, au mot Piccolomini, Milan- Turin, 1819-1899 ; Cardella, Memorie storiche de' cardinali délia s. H. Çhiesa, Rome, 1792, p. 146; E. Piccolomini, // pontificalo di Pio III, dans Arch. stor. ilal., V sér., t. XXXII, 1903, p. 102 sq.; L. Pastor, Geséh. der l'afiste, t. II,
PIE III — Pli: IV. LE PONTIFE
ci m, i>;iss. (trad. Furcy ftaynaud, t.iv, v, \ i pass.); Eubel, Hierarchia calholica Medii Moi, 2" éd., t. n, Munster, 1911,
i>. i;, i, 2iii, 2:i.">.
É. Amann.
PIE IV, pape du 25 décembre 1559 au 9 dé- Cembre 1565. — I. L'homme, le pontife. — II. L'achèvement du concile de Trente. — III. Le complément de l'œuvre conciliaire. — IV. La réforme de l'Église. — V. Les concessions disciplinaires à l'Allemagne.
I. L'homme, le pontife. — En haine des Caralïa et par réaction contre l'austère et sévère Paul IV, le conclave tenu du 0 septembre au 25 décembre 1559 élut Gian-Angelo de Medici. L'Kspagne s'était opiniâtrement opposée au cardinal de Mantoue, Ercole Gonzaga, qui réunissait les aptitudes à la tiare, mais était l'ami de la France. Voir P. Herre, Papstthum und Papstwahl im Zeitalter Philipps IL, Leipzig, 1907, p. 33-05. Paul Manuce écrit du nouveau pape, amicus noster, qu'il est vir oplimus, egregie litteris excultus, bonorum artium patronus, ingénia miti. Epistolœ, édit. Kirchmann et Thomasi, 1098, p. 14 sq.
Gian-Angelo n'était pas le fils « d'un modeste fermier de l'État » (F. Mourret, Histoire de l'Église, t. v, p. 108), mais le cadet de quatorze enfants d'une famille milanaise appartenant à la noblesse moyenne, qui, jusqu'ici, s'était partagée entre l'art médical et la jurisprudence. Lui-même, jusqu'en 1520, hésita entre la médecine et le droit. Son père, partisan des Sforza, après la bataille de Marignan qui livra Milan aux Français (14 septembre 1515), fut ruiné, incarcéré et délivré de prison grâce à son ami Girolamo Morone. Le même Girolamo procura au jeune Angelo de Medici, sans ressource, une place libre au collège de Pavie. De là l'union étroite entre les deux familles et l'amitié de Gian-Angelo pour le futur cardinal Morone, de dix ans plus jeune que lui.
L'aîné de la famille, Gian-Giacomo de Medici, vrai type du condottiere de la Renaissance, à la vie aventureuse, mourut à temps pour permettre à son frère l'accès au souverain pontificat; son mariage avec la belle-sœur de Pier-Luigi Farnèse, en le faisant entrer dans la famille de Paul III, avait assuré la fortune de Gian-Angelo, qui, depuis son arrivée à Rome en 1520, végétait dans les emplois inférieurs de la curie pontificale. Lent encore fut son avancement, car Paul III connaissait ses erreurs de jeunesse (il avait trois enfants naturels, deux filles et un garçon né vers 15 1 1 ; cf. Albèri, Le relazoni degli ambasciatori Veneti al Senato, t. x, Florence, 1857, p. 52, 95; les racontars malveillants sur sa vie privée continuèrent durant son pontificat; cf. Pastor, Geschichte der Papste, t. vu, p. 04, n. 5); mais les charges qu'il remplit alors dans les États pontificaux ou en qualité de commissaire apostolique aux armées de Hongrie (1542-1543) et d'Allemagne (1540) développèrent son sens pratique, le mirent en relation avec le futur empereur Ferdinand, et lui firent connaître pays et gens. Le 14 décembre 1545, il fut enfin nommé archevêque de Raguse et, le 8 avril 1549, cardinal (Morone. l'était depuis 1542).
Jules III le fit son légat dans la guerre de Parme, puis préfet de la Signature de justice et de grâce. Les calmes années de la fin du règne convenaient à sa nature; adhérent du parti impérial, il entretint de bons rapports avec les partisans de la France. La politique aventureuse de Paul IV contre l'Espagne, il la blâma; et il ne dissimula point son attachement à l'empereur Ferdinand Ier; de là le mécontentement du pape qui tint le cardinal éloigné de Rome durant la plus grande partie de son pontificat. C'est de Foligno, où il était évêque depuis 1550, qu'il . se rendit au conclave qui devait l'élire. Cosme Ier, qu'il avait fréquenté à Florence et aux bains de Lucques, ne
négligea rien pour assurer son choix, et il l'invita à prendre pour blason pontifical les armes de sa propre maison. Sa Béatitude, remarque l'ambassadeur Luigi Mocenigo, est très flattée qu'on le croie de la famille des Medici de Florence. ■ Albèri, Relazoni degli ambasciatori Veneti, t. x, p. 51.
A peine fut-il élu que proches et neveux se souvinrent de leur parenté; et lui, fidèle à la tradition des papes de la Renaissance, lit de son mieux pour pousser sa famille. En ceci, toutefois, il garda une modération dont ses prédécesseurs n'avaient pas toujours donné l'exemple; tout en s'employant à l'avancement des siens, il ne leur concéda rien qui fût dommageable aux intérêts de l'Église. Des Serbelloni, l'aîné Gian-Antonio devint cardinal dès la première promotion (31 janvier 1500); Fabrizio, après diverses missions en Espagne, eut le commandement des troupes dans le comtat d'Avignon, et Gian-Battista celui du château Saint-Ange. Les trois Hohenembs (en italien, Altaemps ou Altemps), fils d'un riche seigneur du Vorarlberg et d'une sœur de Pie IV, Clara, qui avaient suivi la carrière des armes, reçurent diverses charges militaires dans les États pontificaux, à l'exception du cadet, Marx Sittich, lequel devint cardinal à 27 ans (20 février 1501), évêque de Cassano, prince-évêque de Constance (octobre 1501) et cinquième légat au concile de Trente (10 novembre 1501), jusqu'à ce que l'arrivée à Trente du cardinal de Lorraine eût conseillé au pape la prudence. « Sa Sainteté, écrit Borromée au président du concile, le 3 janvier 1503, ne l'a pas envoyé à Trente comme théologien ou savant, mais seulement comme son neveu et parce que son origine germanique pouvait être de quelque utilité pour la cause publique. Maintenant, Elle craint, s'il reste à Trente, que Lorraine, ou quelque autre comme lui, ne le couvre de confusion en le traitant d'ignorant. » Navagero le remplaça le 7 mars 1503. Déjà gouverneur de Fermo (janvier 1502), Altemps devint légat d'Avignon, de la Marche d'Ancône, archiprêtre de Saint- Jean du Latran. Voir l'art. Altemps du Dictionnaire d'hist. et de géogr. ecclésiastiques.
Mais le plus clair des faveurs du pape, comme de sa sympathie, allait aux fils de sa sœur Margherita et du comte Giberto Borromeo. Le mariage de Camilla avec Cesare Gonzaga fit entrer les Borromée dans la maison princière de Mantoue, et plus tard, celui d'Anna dans la famille des Colonna. Pour l'aîné, Federigo « capitaine des troupes de l'Église romaine », Pie IV rêvait quelque principauté dans le Milanais ou le royaume de Naples, aux dépens des Farnèse, qui intriguèrent avec succès auprès de Philippe II afin de parer le coup. Sans retard, il le marie avec la fille du duc d'Urbin, Virginia délia Rovere, et le pourvoit du fief pontifical de Camerino. Quand une mort prématurée eut ruiné ses espoirs (19 novembre 1502), il songe à le remplacer par son frère, Carlo, qui abandonnerait l'état ecclésiastique pour se marier, comme, plus tard, Ferdinand de Medici devait échanger la pourpre pour le trône de Florence. Mais celui qui devint saint Charles Borromée, après mure réflexion et sur l'avis du jésuite Ribera, se fit donner les ordres majeurs et la prêtrise à Sainte- Marie-Majeure, puis célébra sa première messe le . 15 août 1503. Comme son oncle était aussi peu satisfait de cette détermination que le reste de sa famille : « Très Saint-Père, déclara-t-il, ne me faites point de reproche; j'ai pris l'épouse que depuis longtemps je désirais. » G.-P. Giussano, Vita di S. Carlo Borromeo, Rome, 1010, p. 21. Cardinal de la première promotion de Pie IV (31 janvier 1500), entouré" d'une famille cardinalice imposante et d'une nombreuse domesticité (vingt palefreniers), pourvu de trois légations, archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure et grand pénitencier, protecteur de pays, de villes et d'ordres, archevêque