‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 392 sur 437 · PRÉDESTINATION. PREMIÈRES CONTROVERSES · texte numérisé non relu

PRÉDESTINATION. PREMIÈRES CONTROVERSES

nuvil ad vilam per gratuilum solius gratiœ suse bentftcium, quemadmodum VeteriseINoui Teslamenti paginœ manifeslissimum prœbcnt solerter ac sobrie considerantibus judicium, sic ornnino et rcprobos quosque per juslissimum videlicet incommutabilis juslitisc judicium.

b) Sur la volonté salvifique : Omnes, inquil, quos vult Deus salvos fieri sine dubitalione salvantur : nec possunl salvari, nisi quos Deus vull salvos fieri : nec est quisquam qitem Deus salvari velil. et non salvetur, quia Deus nosler omnia quvecumquc voluil jecit... Il avait écrit également : Omnes et omnes debere intelligi, id est omnes qui salvantur, de quibus dicit Apostolus : « qui vult omnes homines salvos fieri », et omnes qui non salvanlur, quos non vult Deus salvos fieri.

c) Sur la mprt du Christ et l'efficacité de la passion : Illos omnes impios et peccatores, quos proprio fuso sanguine Filius Dei redimere venit, hos omntpotens Dei bonitas ad vilam prœdestinatos irrelractabiliter salvari lanlummodo velil... Illos omnes impios et peccatores pro quibus idem Filius Dei nec corpus assumpsil nec orationem, nec dico sanguinem judil, neque pro eis ullo modo crucifixus fuit ; quippe quos pessimos juluros esse prœscivit, quosque justissime in eelerna prxcipilandos lormenta prsefinivit, ipsos omnino perpetius salvari penilus nolit. Le passage suivant concerne à là fois la volonté salvifique et les intentions du Rédempteur : Proinde quod fidelissime credo, fidentissime loquor et cerlissime pariter ac fructuosissime confiteor, atque veracissime profileor quod Deus nosler omnipolens, omnium creaturarum conditor et jaclor, eleclorum tanlummodo cunclorum gratuitus esse reparalor dignalus est et refector; nullius aulem reproborum perpetualiter esse voluil Salvalor, nullius redemptor et nullius coronator.

d) Sur la liberté, le texte n'a qu'une portée indirecte. Gotescalc dit à Rhaban qu'il aurait préféré le voir s'appuyer, pour parler du libre arbitre, sur les Pères, saint Augustin et notamment VHypomnesticon, que sur Gennade, trop inféodé à Cassien.

Ces divers textes se trouvent dans le De prœdestinatione d'Hincmar, P. L., t. cxxv, col. 89, 182, 211, 275, 288 et sont rassemblés dans P. L., t. cxxi, col. 365-368.

Le concile de Mayence condamna donc Gotescalc et ses partisans. Les Annales Xanlenses parlent du châtiment corporel qui leur fut publiquement infligé : Qui convicti coram omni populo conlumeliis verberum afjecli. Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 229. De plus, Gotescalc fut expulsé du royaume de Louis le Germanique et renvoyé à Hincmar de Reims. Rhaban nous l'apprend dans une lettre adressée à celui-ci. « Nous vous faisons connaître qu'un moine vagabond (gyrovagus) nommé Gotescalc, venu d'Italie à Mayence, a répandu une doctrine néfaste sur la prédestination. Il dit que la prédestination est identique pour le bien et pour le mal (sicut in bono sit, ita in malo) , et qu'en raison de la prédestination divine, qui les conduit de force à la mort, certains ne peuvent se corriger de l'erreur et du péché, comme si, dès l'origine, Dieu les avait faits incorrigibles et destinés à la peine et à la ruine. C'est Gotescalc lui-même qui nous a exposé ses sentiments, tout dernièrement, dans un concile à Mayence. L'ayant trouvé rebelle à tout changement, nous avons, avec l'assentiment et sur l'ordre du roi Louis, décrété de vous le renvoyer, après avoir condamné sa doctrine impie et lui-même; vous aurez donc à le retenir dans votre province, qu'il a quittée malgré la règle, et vous l'empêcherez d'enseigner ses erreurs et de tromper le peuple chrétien. Nous apprenons en effet qu'il a déjà séduit beaucoup de fidèles, qui s'occupent moins de leur salut et disent : à quoi bon me donner tant de peine au service de Dieu? Prédestiné à la mort, je n'y échapperai pas; prédestiné à la vie, j'arriverai, même pécheur, à l'éternel repos... » Tra-

duction (retouchée) de Hefele-Leclercq, p. 118; cf. Concil. colleclio regia, t. xxi, p. 596.

Que vaut ce signalement? Le cardinal Noris y voit une caricature. Historix Gotescalcanœ synopsis, dans Opéra omnia, t. iv, Vérone, 1732, col. 677-718. Nous avons déjà insinué que Gotescalc n'exprimait pas ainsi ses doctrines prédestinât iennes et n'admettait pas la conclusion qu'en auraient tirée, d'après Rhaban Maur, ceux à qui il les prêchait.

2. Le concile de Quierzy (843). — Hincmar envoya d'abord Gotescalc à Orbais, son ancien monastère. Pour quelles raisons Gotescalc fut-il amené par son évêque, Rothade de Soissons, au concile de Quierzy, il est assez difficile de le dire. Quelque fait nouveau s'était-il produit? Ou, simplement, Hincmar, qui se défiait de la fermeté de Rothade, tenait-il à se faire remettre directement la garde de « l'hérétique »? D'après Hincmar, qui nous parle de ce concile en trois documents (De prœdeslinalione, P. L., t. cxxv, col. 85; lettre à Amolon, citée par l'auteur du Liber de tribus cpistolis, t. cxxi, col. 1027; Epistola ad Nicolaum papam, t. cxxvi, col. 43), Gotescalc se montra rebelle à toute correction de sa doctrine, parla comme un insensé et insulta tout le monde. Il fut condamné à nouveau.

Les Annales de Saint-Berlin, rédigées par Prudence de Troyes, disent qu'on le fustigea publiquement, qu'on l'obligea à brûler le livre contenant ses opinions. C'est ce que dit aussi le texte de la sentence, conservé par les collections conciliaires, et dont l'authenticité, quoi qu'en ait dit Hefele, ne saurait être contestée depuis la publication du texte par Gundlach, dans Zeilschrift fur Kirchengeschichte, t. x, p. 308. D'après cette sentence, Gotescalc est déposé de la prêtrise qu'il avait usurpée, condamné au fouet et à l'emprisonnement. Un silence perpétuel sur les questions théologiques lui est imposé. Le miserabilis monachus fut traité très durement; l'auteur du De tribus epislolis rapporte la cruauté avec laquelle on l'avait flagellé, en déplorant qu'on ait brûlé le livre où il avait réuni les passages de l'Écriture et des Pères, qui pouvaient autoriser sa doctrine. Liber de tribus epistolis, P. L.,-t. cxxi, col. 1028-1030, voir plus loin col. 2918.

//. LES PREMIÈRES CONTRO VERSES A UTO US DE L'AF- FAIRE gotescalc. — Gotescalc fut enfermé dans une cellule du monastère de Hautvillers ( Allivillaris) , au diocèse de Reims. Sur l'avis de Prudence de Troyes, il semble qu'Hincmar lui ait fait donner la communion à Pâques de 850. Il lui écrivit une lettre, aujourd'hui perdue, où il expliquait les passages de saint Prosper dans le sens de Rhaban Maur et montrait que, si la prescience de Dieu s'étend au bien et au mal, Dieu prévoit le mal mais ne le prédestine pas, tandis qu'il prévoit et prédestine le bien; qu'il y a prescience sans prédestination, mais non prédestination sans prescience. Les bons sont prsescili et prœdestinati de Dieu; les mauvais, au contraire, sont simplement prsescili, mais non prœdestinati; enfin la prescience n'oblige personne à se perdre. Hincmar, se mettant à la remorque de VHypomnesticon et d'un écrit supposé de saint Jérôme, atténuait autant que possible le texte scripturaire : Dieu endurcit le cœur du pharaon. Ex., ix, 12.

1° Gotescalc et Hincmar. — Gotescalc, d'après Flodoard, refusa d'accepter cette explication. Il écrivit deux professions de foi qui nous ont été conservées. La première qui fut peut-êtie présentée au synode de Quierzy, s'exprime ainsi : Credo et profileor Deum omnipotentem et incommuta bilem prœscisse et prœdestina.sse angelos sanctos et homines elecloS ad vilam gratis seternam, et ipsum diabolum, caput omnium dœmoniorum, cum omnibus suis aposlaticis et cum ipsis quoque hominibus reprobis, membris videlicet suis, propter prœscita cerlissime ipsorum propria /ulura

PREDESTINATION. LES AMIS DE GOTESCALC

mala mérita prédestinasse paritei per juslissimum judicium slittm m mortem merilo sempiternam. Suivent des textes de l'Écriture, d'Augustin, de Fulgence et d'Isidore. P. L., t. CXXI, col. 347-350.

La seconde profession, dite confessio prolixior, ibid.,

col. 349-300. en forme de prière, est beaucoup plus

détaillée, mais porte également et exclusivement sur

la prédestination. Elle est plus explicitement dirigée

contre Rhaban et Hincmar, quoique sans les nommer.

Ayant supplié Dieu de lui donner la grâce de confesser

la vraie fei, le moine prisonnier déclare que Dieu

avant tous les siècles a prévu tout le futur, le bien et le

mal. Il n'a prédestiné que le bien. Mais le bien est de

deux sortes : le bien de la grâce, qui sauve gratuitement,

le bien de la justice, qui punit les démérites prévus.

Dieu prédestine donc la peine aux coupables dont il

prévoit les fautes, et il prédestine ceux-ci à leur peine.

Il y a prédestination à peu près de la même façon dans

un cas et dans l'autre : Credo siquidem alque confileor

pr&scisse anle sœcula, quœcumque crant futura, sive

bonu sive mala; prédestinasse vero tantummodo bona.

Bona auiem a te prsedeslinala bifariam sunl luis a [ide-

libus indagata, imo, le révélante. Mis evidenter constat

esse inlimata, id est in gratis bénéficia et justitiif simul

judicia... Prtedestinasse itaque in omnibus eleclis luis

vitam gratis eelernam, et eos nihilorhinus ad gloriam

sempiternam : quia certe frustra Mis prédestinasses

vitam, nisi et illos prédestinasses ad ipsam; sic elium

propemodum diabolo et angelis ejus et omnibus quoque

reprobis hominibus, perennem merilo prœdestinasti

poenam, et eosdem simililer pradestinasti ad eam. Xon

enim irenl nisi destinati, neque projeclo deslinarentur

nisi essent prœdestinati. Col. 350.

Ces lignes atténuent évidemment la rigueur des passages conservés par Hincmar, et rendent un autre son que les exposés des deux archevêques de Mayence et de Reims. Le propemodum substitué au pariter omnino est significatif et confirme ce que nous avons dit plus haut des possibilités d'interprétation orthodoxe de ces formules. D'ailleurs, en développant les preuves tirées de la Bible, Gotescalc déclare expressément que la prédestination des réprouvés (la réprobation positive, disons-nous aujourd'hui) suppose la prévision des démérites : Quos prœscisti per ipsorum propriam miseriam in damnabilibus perseveraturos esse peccalis, illos projeclo tamquam justissimus judex prœdestinasti, verum eliam prœdestinando jam u tique destinas ti. Col. 353.

Il semble à Gotescalc que ses adversaires introduisent un principe de mutabilité en Dieu, en distinguant comme ils le font la prédestination de la prescience, et en niant celle-là quand il s'agit des réprouvés. En quoi il montre qu'il n'a pas fait, pour les comprendre, plus d'efforts qu'eux pour saisir sa véritable pensée. C'est ce qui explique, sans les justifier, la véhémence de son ton, ses invectives à l'égard de ses adversaires, et l'exaltation avec laquelle il s'offre à subir, dans des conditions particulièrement redoutables, l'épreuve du jugement de Dieu. Revue thomiste, art. cité.

Gotescalc écrivit également une lettre à Amolon de Lyon, et un petit ouvrage adressé à Gislemar, moine de Corbie, sous le titre de Pilacium, dont Hincmar (Epislula ad reclusos et simplices, p. 261; De priedestinatione, c. xxxv, P. L., t. cxxv, col. 269,370,371,372) cite plusieurs fragments, et dont Mauguin conteste sans preuves l'authenticité.

Vers le milieu de 849, inquiet de voir plusieurs moines prendre parti pour Gotescalc, Hincmar avait écrit un opuscule Ad reclusos et simplices in Remensi parochia, pour les mettre en garde contre la doctrine de Gotescalc et pour leur expliquer les passages scripturaires et patristiques invoqués par le moine. Ce traité,

auquel fait allusion Rhaban IUaur, Epist., iv AdHincinarani, P. L., t. exu, col. 1519, a été découvert dans un manuscrit de la bibliothèque universitaire de Leyde cl publié par Wilhelm von Gundlach dans Zeitsehrift fur Kirchengeschichte, t. x, 1889, p. 258-309.

Ratramne de Corbie, qui en eut connaissance, se mit en devoir de le réfuter et sans attendre d'avoir terminé la composition d'un grand livre, De prsedestinatione, il envoie une lettre à son ami Gotescalc, où il déclare que le De induralione cordis pharaonis, sur lequel s'appuie l'archevêque pour atténuer la portée des textes, n'est pas de saint Jérôme. Allusion à ceci dans une lettre de Rhaban Maur, P. L., t. cxn, col. 1522 BC.

2° Extension de la querelle. Les premières passes d'armes. - — Le débat s'agrandit : Pardulus, évêque de Laon, fit cause commune avec son archevêque et sollicita l'avis d'autres évêques et savants. Six, d'après lui, se prononcèrent (P. L., t. cxxi, col. 1052), entre autres, Loup Servat, abbé de Ferrières près de Sens, et Prudence, évêque de Troyes.

Malgré son amitié pour Hincmar et Pardulus, Loup admet la double prédestination, en prenant soin d'exclure la nécessité du péché pour les réprouvés. Voici le passage essentiel :

Qualis Adam a Dso creatus est non naseimur, sed originaliter peccatores damnatique pœna peccati. Quorum alterum fecit spontanea cnlpanostri primi parentis. alterum culpam puniens tremenda severitas justissimi judicis. Cum ergo communiter omnes damnati simus, cujus nostrum vult Deus miseretur, et quem vult indurat, hoc est, in propria duritia derelinquit. Miseretur magna bonitate, indurat nulla iniquitate, sic itaque hos quos indurat prédestinât , non ad supplicium impellendo, sed a peccato quod meretur supplicium non retrahendo; quemadmodum induravit cor pharaonis, non ad culpam urgendo, sed gratia emollitum a culpa non revocando. Sic recte possumus dicere induci a Deo in tentationem qui non exaudiuntur, orantes : Et ne nos inducas in tentationem. non quod ipse inducat in malorum tentationem, quod utique, ut alibi docetur, intentator malorum est (.Tac, i), sed quodam locutionis génère inducere dicitur cum judicio desertos patitur in tentationem induci, quos a tentatione gratia non educit. N'emo tamen opinetur aut justis aut injustis reprobis pr.vdestinationis veritate fatalem necessitatem induci, cum in utrisque suspicionem necessitatis libertas excludat voluntatis. Siquidem electi accipientes a Deo et velle et perficere libenter agunt unde sempiternum praemium consequantur : perversi auteni deserti ab eodem Deo, non inviti, sed ipsi libenter agunt unde in peternum merito puniantur... Epist., cxxix, P. L., t. exix, col. 606-607.

Ainsi s'exprimait Loup, demandant à Hincmar de ne pas craindre de lui dire s'il pensait autrement. 11 écrivit dans le même sens à Pardulus.

Prudence de Troyes embrassa l'opinion de Loup, mais n'envoya que plus tard sa lettre, une vraie dissertation, à Hincmar et Pardulus. P. L., t. cxv, col. 971- 1008. Il eût voulu traiter la question de vive voix, mais il n'a pas pu. Il ne faut pas, dit-il, s'attaquer à la doctrine de saint Augustin approuvée par tant de papes et défendue par Fulgence, Prosper, etc. (c. i et xv). Il examine ensuite les trois questions : prédestination des réprouvés, finalité de la mort du Christ, volonté salvifiquede Dieu. Il part de la théorie, classique depuis Augustin, de la massa perdiiionis :

Damnataque ob culpam inobedientise in primis propagatoribus totius humani generis massa, et praescivit et pra-destinavit, id est praeordinavit ejus omnipotentia quos per gratiam et sanguinem proprii Filii soi cl I>. N. J. C. nli eadem perditionis massa misericorditer secretos ad vitam, gloriam, regnumque reduceret sempiternum; et praescivit et prsedestinavit id est preordinavit ut quoscumque gratia et sanguis ejusdem proprij Filii... ex memoratamiserabili massa nonsecerneret, justissime pœnis affleeret sempiter» nis. Prsedestinavit, inquam, i<l est praeordinavit, non ut peccarent, sed ui propter peccatum pœnis perpetuis inte-

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