PRÉDESTINATION. LES ERREURS JANSÉNISTES
Cunitz et Heuss, t. iv, col. 467 (éd. de 1559) Le texte latin correspondant ne diffère de celui-ci que par l'addition du gratuita au mot miséricorde : Hoc consiliam quoad elecios in gra.tu.iia cjus misericordia fundalum. lbid., t. ii, col. t>80.
Cette doctrine admet bien une certaine nécessité des bonnes œuvres, pour le salut des adultes; mais elle ne leur reconnaît pas un caractère méritoire. Cf. C. Friethoiï, O. P., Die Pràdeslinationslehre bei Thomas von A'quin und Calvin, Fribourg, Suisse, 1920
Parmi les disciples de Calvin, les antelapsarii dirent que, même avant la prévision du péché d'Adam, Dieu n'a pas voulu sauver tous les hommes; les infralapsarii dirent au contraire : c'est après la prévision de ce péché que Dieu ne veut pas sauver tous les hommes.
Calvin, reprenant les thèses de Wiclef, ajouta que les hommes qui tombent sous la réprobation ne sont purifiés qu'extérieurement par le baptême; ils ne reçoivent pas la grâce. Les prédestinés reçoivent dans la cène non pas le corps du Christ, mais seulement une vertu divine, qui émane du corps du Christ présent dans le ciel. Op. cit., 1. IV, c. xvn, n. 12. L'Église est invisible et constituée par les prédestinés.
Cette doctrine calviniste de la prédestination ne fut pes acceptée par les modérés. Parmi leurs chefs, se distingua depuis 1588 Jacques Harmensz, dit Arminius, qui fut nommé en 1601 professeur à l'université de Leyde, où le sévère Gomar occupait déjà la même charge. Arminius attaquait le système de Calvin et de Bèze et attirait l'attention sur certains points de la doctrine de plusieurs théologiens catholiques. Cette liberté d'Arminius provoqua des colères; il eut à soutenir une lutte très vive contre Gomar, qui défendait cette thèse : Causa impulsiva antecedens reprobationis a yratia et gloria ad justam damnationem est solum liberum Dei placilum. Gomar, Op. theol., t. in, p. 34, 346. On ne voyait plus dans cette doctrine de différence entre la réprobation négative, qui permet le péché, et la réprobation positive, qui le punit. Le synode de Dordrecht l'imposa pourtant. C'était soutenir avec les in/ralapsarii qu'au moins après le péché originel Dieu ne veut plus le salut de tous les hommes et que le Christ n'est mort que pour les élus. Cette doctrine, libre d'abord parmi les calvinistes des Pays-Bas, fut désormais obligatoire.
4° Condamnation des thèses protestantes. — Le concile de Trente, par opposition, avait plus explicitement formulé sur ces questions la doctrine révélée telle que l'a toujours enseignée l'Église. Les principales définitions relatives au point qui nous occupe sont les suivantes, sess. vi :
Can. 4 : Si quis dixerit, liberum hominis arbitrium a Deo motum et excitatum nihil cooperari assentiendo Deo excitant i atque vocanti, quo ad obtinendam justiftcationis gratiam se disponat ac pra'paret, neque posse dissentire, si velit, sed velut inanime quoddam nihil omnino agere mereque passive se habere, A. S. Denzinger, n. 814, cf. n. 797.
Can. 5 : Si quis liberum hominis arbitrium post Ada> peccatum amissum et extinctum esse dixerit, aut rem esse de solo titulo, immo titulum sine re, figmentum denique a satana invectum in Ecclesiam, A. S. Denz., n. 815.
Can. 4 : Si quelqu'un dit que le libre arbitre de l'homme mù et excité par Dieu ne coopère en rien à l'excitation et a l'appel divin, pour se disposer et se préparer à obtenir lagrâcede la justification, ou qu'il ne peut refuser son consentement s'il le veut, mais que.
semblable à un objet inanimé, il ne fait absolument rien et qu'il se comporte de manière purement passive, qu'il soit anathème.
Can. 5 : Si quelqu'un prétend qu'après le péché d'Adam le libre arbitre de l'homme a été perdu ou détruit, que ce n'est plus guère qu'un mot, ou même un mot sans réalité par derrière, ou encore une invention introduite par Satan
Can. <> : Si (plis dixerit.
non esse in potestate hominis vias suas malas facere, sed mala Opéra ila ut bona Deum operari. non permissive solum, sed etiam proprie et per se, adeo ut sit proprium ejus opus non minus proditio .Judas quam vocatio Pauli, A. S. Denz., n. 816.
Can. 17 : Si quis justificationis gratiam nonnisi pra-destinatis ad vitam contingere dixerit, reliquos vero omnes, qui vocantur, vocari quidem, sed gratiam non accipere, utpote divina potestate prsedestinatos ad malum, A. S. Denz., n. 827, cf. n. 200.
Can. 18 : Si quis dixerit, Dei prœcepta homini etiam justificato et sub gratia constituto esse ad observandum impossibiiia, A. S. Denz., n. 828.
dans l'Église, qu'il soit anathéme,
Can. ti : Si quelqu'un dit qu'il n'est pas au pouvoir de
l'homme de rendre lui-même ses voies mauvaises, que c'est Dieu qui opère en fui les mauvaises actions, tout comme les bonnes, non seulement en les permettant, mais au sens propre et absolu du mot, en sorte que la trahison de Judas est tout autant son œuvre que la vocation de Paul, qu'il soit anathème.
Can. 17 : Si quelqu'un dit que la grâce de la justification n'aboutit à la vie que chez les prédestinés, que tous les autres qui sont appelés sont bien appelés, mais ne reçoivent pas la grâce, comme étant prédestinés au mal parla puissance divine, qu'il soit anathème.
Can. 18 : Si quelqu'un dit que des commandements de Dieu sont impossibles à observer, même à l'homme justifié et placé sous l'influx de la grâce, qu'il soit anathème. Dans le c. xi, qui correspond à ce dernier canon, le concile rappelle contre les protestants deux propositions de saint Augustin dont ils invoquaient à tort la doctrine : Deus impossibiiia non jubet, sed jubendo monel et facere quod possis et petere quod non possis (De nalura et gratia, c. xliii, n. 50), et Deus sua gratia semel justificatos non deseril, nisi ab eis prius deseratur. Op. cil., c. xxvi, n. 29. En disant que Dieu ne commande jamais l'impossible, Augustin avait affirmé équivalemment qu'il veut, d'une certaine façon, le salut de tous les hommes, en ce sens qu'il veut rendre réellement possible à tous l'accomplissement de ses préceptes et que nul ne se perd que par sa faute. Sur cette possibilité, voir ce que dit Pie IX dans l'encyclique Quanto conficiamur mœrore, Denz.-Bannw., n. 1677.
II. Baianisme et jansénisme. — Trois ans avant la fin du concile de Trente, en 1560, la Sorbonne condamnait 18 propositions de Baïus qui n'étaient pas sans affinité avec les principes du protestantisme relatifs à la grâce et au péché originel. Et, en 1567, une bulle de saint Pie V condamnait 79 propositions de Baïus, parmi lesquelles il faut signaler les suivantes qui touchent plus ou moins directement notre sujet : Liberum arbitrium, sine graliœ Dei adjutorio, nonnisi ad peccandum valet (27). — Omnia opéra infidelium sunt peccata et philosophorum virtutessunt vilia(25). — Sola violenlia répugnât liberlali hominis naturali (66). — Homo peccat, etiam damnabiliter, in eo quod necessario facit (67). — Pelagianus est error dicere, quod liberum arbitrium valet dd ullum peccatum vilandum (28). — Integritas prima: creationis non fuit indebila humanœ naturœ exaltatio, sed naturalis ejus condilio (26). — Humana; natures sublimatio et exaltatio in consortium divina; naturœ débita fuit integrilali prima1 conditionis et proinde naturalis dicenda est et non supernaturalis('2l). — Sur ces propositions et leur sens exact, voir art. Baius.L ii, col. 64 sq.
On voit la suite des idées depuis la première erreur de Luther et comment s'est constitué ce pse.udo-supernaturalisme qui confond l'ordre de la nature et celui de la grâce; par là, il se rapproche du naturalisme pélagien, bien qu'il en diffère profondément par l'idée qu'il se fait du péché originel et de ses suites.