PIE VI
ouvrages de I). L. Srrrano et de L.-P. Gachard, mentionnés ci-dessus; présentation toute nouvelle des faits dans Pastor, op. cit. — (i. I.e catéchisme romain : SI. L. Corvln von Skil>niewski, Gesch. des rôm. Kalechismus, Rome-Ratisbonne, 1903. — 7. Pie V et l'Islam : P. Deslandres, Saint Pie V et la défaite de l'islamisme, Paris, 1911; Jurien de La (Bavière, La guerre de Chypre et la bataille de Lépante, 2 vol., Paris, 18.88.
B. Hedde et É. Amann.
PIE VI, pape du 15 février 1775 au 28 août 1799. I. Les antécédents et le conclave. II. Pie VI et l'ancien régime. III. Pie VI el la révolution française.
1. Les antécédents et le conclave. - Sorti d'une vieille famille de Cé&ène, peut-être d'origine suédoise, celui qui devait être le pape Pie VI naquit de Marc-Aurèle-Thomas Braschi et d'Anne-Thérèse Bandi. Il eut trois, frères, dont deux morts en bas âge et quatre sœurs, dont la seconde seule, Julie- Françoise, devait avoir une postérité. Ange Onuphre- Melchior-Noël- Jean-Antoine, l'aîné de tous, le futur pape, vint au monde le 25 décembre 1717. Pieusement élevé par sa mère, il fut confié aux jésuites à l'âge de dix ans, et montra des qualités remarquables pour les études classiques. Docteur in ulroque jure, dès le 20 avril 1735, avocat et agrégé au Collège des Vingt- Juristes, à l'université de Césène, il ne songeait pas à la cléricature et partit même à Ferrare étudier à la célèbre université de cette ville. Il devait y rencontrer l'aide matérielle et morale d'un oncle maternel, Jean- Charles Bandi, auditeur du cardinal napolitain Buffo, légat du Saint-Siège pour la province de Ferrare. Cette protection lui valut de devenir le secrétaire du cardinal Bulïo, et de s'initier aux affaires administratives de l'État romain. En 1740, lors de la mort du pape Clément XII. il partit à Borne comme conclaviste de Buffo, et pendant les six mois que dura le conclave, il put compléter son éducation politique. Après l'élection de Benoît XIV (17 août 1740), Bufïo devint doyen du Sacré Collège et évèque suburbicaire d'Ostie et de Velletri, et Jean-Ange (le futur pape), auditeur de BulTo : à ce titre, il eut à administrer les deux diocèses d'Ostie et de Velletri, et fut ainsi amené à sauvegarder cette seconde ville au moment des hostilités ouvertes entre l'Autriche et les Deux-Siciles, lors de la mainmise de l'infant don Carlos sur ce royaume.
Diverses difficultés ayant surgi du côté de la cour de Naples, en matière de droit canon (à l'occasion des poursuites contre un ecclésiastique accusé de magie et de sorcellerie), c'est à Braschi que Benoît XIV confia le soin de les résoudre en 1740. Il réussit si bien qu'on le récompensa en lui donnant le titre de camérier secret. Bufïo put bien mourir en 1753, Braschi n'en devint pas moins secrétaire particulier du pape. puis chanoine de Saint-Pierre ; ce n'est d'ailleurs qu'en 175K qu'il reçut les ordres majeurs et le sacerdoce. Benoit XIV fit encore de lui, avant de mourir (3 mai 1758), un référendaire de la Signature. Le successeur de Benoît XIV, le cardinal Rezzonico, élu le 6 juillet 1758, sous le nom de Clément XIII, devait continuer à Braschi les faveurs de Benoît XIV. Auditeur du cardinal Bezzonico, neveu du nouveau pape, Braschi assista, sans y prendre personnellement une part active, aux efforts de celui-ci pour résoudre les grandes difficultés auxquelles l'Église fut alors en butte, en particulier l'affaire si épineuse des jésuites. L'attitude exportante de Braschi fut alors jugée sévèrement par les exaltés. Elle ne l'empêcha pas de succéder, en 176(5, à Mgr Canoli comme trésorier de la Chambre apostolique, véritable ministre des Finances de l'État romain.
Les difficultés graves qui avaient marqué le pontificat de Clément XIII devaient, après la mort de celuici (2 février 1769), rendre tumultueux le conclave qui aboutit le 18 mai à l'élection du cardinal Ganganelli,
sous le nom de Clément XIV. C'est à celui-ci que Braschi dut, le 20 avril 1771. le chapeau de cardinal avec le titre de Saint-Onuphre et, bientôt après, les commendes de l'abbaye de Subiaco et du couvent des camaldules de Saint-Grégoire-au-mont-Cœlius. Son éloignement de Borne l'empêcha de prendre part aux manœuvres politiques qui aboutirent à la réconciliation de la papauté et des États bourboniens. Mais. après la mort de Clément XIV (le 22 septembre 1774), la situation grave où se trouvait alors l'Église voulut qu'on songeât à Braschi pour la tiare. Dès le 21 octobre, il obtenait 4 voix au conclave, ce conclave si durement satirisé dans les pasquinades du temps. Soutenu par le cardinal français de Bernis, la candidature de Braschi, bien que frappée d'exclusive par le Portugal, gagne des sympathies et, le 15 février 1775, Braschi était élu au bout d'un conclave de 4 mois et 0 jours: il fut sacré évêque quelques jours après (le 21 février).
II. Pie VI et l'ancien régime. — Pape relativement jeune, d'excellente santé, instruit, versé dans les questions administratives, peu marqué par les conflits qui avaient secoué l'Église sous ses prédécesseurs, Pie VI vit son règne s'ouvrir sous d'heureux auspices et, cependant, dans sa première encyclique Inscrutabili divins sapientiœ du 25 décembre 1775, il faisait allusion aux progrès de l'athéisme, aux accusations portées pour le malheur de la société contre l'accord entre le pouvoir et l'Église, semblant ainsi prévoir le grand drame de la Révolution. Toutefois, c'est à des tâches gouvernementales et essentiellement romaines qu'il s'adonna en premier lieu.
1° L'État pontifical. — Celui-ci était, par suite de circonstances historiques et géographiques diverses, dans une situation pitoyable : encouragements à l'agriculture, dessèchement des marais de l'agro romano, réorganisation des finances épuisées par les emprunts, modification dans la législation, principalement en ce qui concerne la procédure criminelle, au moyen de l'appel au tribunal de la Rote, poursuites contre les fonctionnaires prévaricateurs, comme ce Nicolas Bischi, favori de Clément XIV et agent principal de l'annone, reprise des travaux à la basilique de Saint-Pierre, création du musée du Vatican et développement du musée du Capitole, telles sont les principales directions où s'exerça d'abord l'activité de Pie VI.
Mais il n'y borna point ses efforts. Dès le début de son pontificat, il opère quelques mutations dans le personnel diplomatique. Ses relations avec les puissances européennes paraissent heureuses, particulièrement du côté de l'Autriche. Il n'a d'ennuis qu'avec la république de Venise, au sujet des abbayes et bénéfices de patronage laïque qu'elle sécularise. En 1778, il envoie son neveu Bomuald Onesti-Braschi porter la barette aux nouveaux cardinaux français, La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, et Guémenée Rohan. coadjuteur de Strasbourg.
Les questions de discipline et de dogmatique ne le laissèrent pas non plus insensible. Dès le début de son pontificat, il avait dû intervenir dans les affaires de l'ordre de Malte, à Malte même et en France, où il avait autorisé la fusion des antonins avec les hospitaliers. Plus grave apparaissait le problème doctrinal.
2° La Hollande. — L'Église schismatique d'itrecht s'agitait; son chef, l'archevêque Van Nieuwen, prétendait que Rome consentirait à s'accorder avec elle. Le nouvel évêque de Harlem, Brockmann, alla même jusqu'à notifier à Pie VI son élection; le pape répliqua par des brefs d'excommunication, et il fit comprendre au cardinal de Bernis que son intervention en faveur des réfractaires était inadmissible, leur soumission étant, avant toute autre chose, exigée. Voir l'ait. UrRECur (Église d' ) .
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3° L'Allemagne. Le schisme hollandais trouvait des sympathies on Allemagne, où le sufîragant de Trêves. Hontheim, venait de susciter des curiosités,
des critiques et des adhésions par la publication de son livre De statu pressenti Ecclesise (1763), sous le pseudonyme de Fébronius. Pour le détail, voir l'art. Fébro- HIUS, t v. col. 21 1.").
L'archevêque-électeur de Trêves avait essayé de faire condamner le livre à Paris, par l'Église gallicane (décembre 177.")): du moins obtint-il. en 1778, la soumission de l'auteur qu'on était parvenu à découvrir, cl Hontheim envoya même à Pic Y 1,1e 1er novembre 1778, sa rétractation pleine et entière. Celle-ci, publiée au consistoire du 25 décembre 1778, souleva naturellement l'indignation des partisans d'une réforme de l'organisation ecclésiastique, et particulièrement de la Gazette d'Utrecht, et l'on répandit le bruit que Hontheim n'avait cédé qu'aux menaces et aux violences. De fait, le versatile Hontheim, d'ailleurs fort âgé, affirme ce point de vue dans une lettre qui circula dans nombre de milieux, ce qui ne l'empêcha pas de renouveler sa rétractation par une déclaration adressée a son archevêque le 2 avril 1780. Seulement, dans un ouvrage imprimé en cachette à Francfort, sous le titre de Commentaire sur ma rétractation, Hontheim reprenait un grand nombre de ses erreurs, dont trentehuit furent données à examiner par Pie VI au cardinal Gerdil. barnabitc. qui les trouva d gnes de censure. Néanmoins, le pape se contenta d'inviter l'électeur de Trêves à admonester Hontheim. Mais l'électeur fit comprendre à Pie VI qu'il était impossible d'obtenir davantage de Hontheim. lequel, en effet, vécut jusqu'à sa mort (1790) sans être l'objet de nouvelles tentatives de réconciliation.
Les idées fébroniennes, parmi leurs multiples effets, eurent, en particulier, celui de préparer l'ambiance, où se développa une tendance non moins inquiétante pour la papauté, à savoir le joséphisme. Voir art. JosÉ- PHISME, t. vin, col. 1543. L'Autriche, où Marie-Thérèse n'avait cessé d'affirmer ses sentiments de profond respect à l'égard de Rome, devait, à la mort de cette princesse (29 novembre 1780). changer d'orientation avec son nouveau maître, Joseph II. Déjà comme associé au gouvernement de sa mère, Joseph II avait, par quelques actes, marqué son goût pour les réformes d'ordre ecclésiastique à réaliser par le pouvoir laïque. Désormais, seul maître des États héréditaires, il va mettre en pratique ses principes, qui sont peut-être davantage ceux de ses ministres Kaunitz et Cobenzl, l'un et l'autre imbus d'esprit philosophique, aidé à Rome même par son ambassadeur, le cardinal Herzan. Dès le début de son règne, Joseph II veut enlever au pape la collation exclusive des bénéfices autrichiens, et toute une correspondance délicate s'engage à cet égard. Le 4 septembre 1781, il publie une nouvelle loi relative aux dispenses matrimoniales, qu'on ne doit >"tnais plus demander à Rome, mais aux Ordinaires autrichiens. C'est l'occasion d'une nouvelle correspondance entre Home et Vienne par l'intermédiaire du nonce Garampi. Si quelques prélats autrichiens, et en particulier l'archevêque de Vienne, restent fidèles aux traditions romaines, une grande partie de la haute Église allemande, et particulièrement les électeurs de Mayence. Trêves et Cologne, désireux d'indépendance et pour autant hostiles à la primauté du Saint-Siège, soutiennent la politique de Joseph 11. Celle-ci s'accentue pourtant ; il ne s'agit bientôt plus du droit d'accorder des dispenses; d s couvents sont supprimés, leurs membres sécularisés, la mainmorte traquée. Pic Y I s'inquiète et. malgré la confiance qu'il a dans le caractèreet l'habileté de son nonce à Vienne, décide d'aller conféreren personne avec Joseph II. Malgré l'opposition de Kaunit», malgré les déclaration, décou-
rageantes de l'empereur, malgré les avis hostiles des cours d'Europe, il part pour l'Autriche le 26 février 1782,
Peu de semaines auparavant avait paru à Vienne, anonyme, un livre contre la primauté pontificale, sous le titre Quid est papa'.' C'était l'ouvrage d'un professeur de droit canonique, autorisé par la censure imj criale, Eybel, et son apparition coïncidait singulièrement avec la démarche du pape. Joseph II, cependant, cachait son jeu, partait au devant de Pie VI, qu'il rencontrait le 22 mars à peu de distance de Neustadl. Surtout Kaunitz s'efforçait de maintenir, dans les mémoires qu'il adressait à son maître, les points de vue affirmés dès l'abord par l'empereur touchant les serments des évêques au pape, les dispenses des vœux religieux, les dispenses en matière matrimoniale, le placet royal imposé aux actes du Saint- Père, la suppression de certains ordres contemplatifs, l'indépendance des ordres religieux à l'égard de leur général résidant hors d'Autriche. Cobenzl, de son côté, assurait à Joseph II, le 28 mars 1782 : « En tout, il paraît que le pape en veut personnellement à V. M. » L'un et l'autre faisaient bonne garde auprès de Joseph II qui obtint du pape une discussion par écrit des questions controversées. Le 22 avril, Pie VI quittait Vienne, se rendant d'abord, sur l'invitation de l'électeur de Trêves, à Munich, et reprenant ensuite la route d'Italie. Il était à Rome le 13 juin, ayant évité la rupture avec Joseph II, affirmant même, dans le consistoire secret du 23 septembre, qu'il avait « obtenu de sa justice certaines choses importantes », tandis que, de son côté, Joseph II prétendait qu'il n'avait rien accordé, ou presque rien, au pape. De fait, en dehors d'une petite concession en matière de placet royal, Joseph II demeurait intraitable, continuait à proscrire de nombreux ordres religieux de ses États, à prendre en matière liturgique des initiatives de toute espèce.
A la fin de 1783, Joseph II vint à Rome rendre sa visite au pape, sous le nom de comte de Falkenstein. Il ne devait rien sortir d'utile pour le Saint-Siège de ce voyage, que l'empereur poursuivit, se rendant à Naples, dans le dessein de détacher le roi, son beau-frère, de l'alliance française. Mais, de retour en janvier 1784, il écrivit au prince Kaunitz qu'il avait passé avec le Saint- Père une convention heureuse touchant les évêchés et une partie des cures de Lombardie. 11 laissait son ambassadeur, le cardinal Herzan, liquider les négociations en suspens et, à son retour à' Vienne, il imposa la barette au nonce Garampi, créé cardinal dans le consistoire de 1785, et remplacé à la nonciature par Mgr Caprara.
Ce n'est pas au joséphisme ni au fébronianisme proprement dits que se rattache l'affaire des nonciatures et, cependant, il se révèle dans celle-ci, de la part des grands prélats allemands, un souci d'indépendance fort inquiétant pour le Saint-Siège : les électeurs de Trêves, de Mayence et de Cologne, l'archevêque de Salzbourg, contestèrent en effet à Pie Vf le droit de créer à Munich la nonciature qui lui avait été demandée par l'électeur palatin Charles-Théodore (1785). S'appuyant sur l'autorité de Joseph II, « protecteur suprême de la constitution de l'Église germanique ». ils demandèrent la cassation de l'acte en question, essayant d'entraîner dans leur cause, le cardinal de Hohan, évêque de Strasbourg, et le prince-évêque de Liège. L'attitude ferme de Pie Y I amena les révoltés à se réunir auprès de Coblentz, à Ems, le 25 août 178ii. el les vingt-trois articles delà Punctatio d'Ems définirent la doctrine des prélats allemands. L'affaire devait Irai lier jusqu'à la veille de la Révolution, nourrie surtout des ressentiments de l'électeur de Cologne, frère d< Joseph II. Le pape précisa les vues de l'Église dan un bref du 1 I novembre 1789, dans un exposé général sur la question des nonciatures el dans une lettri envoyée à l'archevêque de Cologne. Les électeurs de
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Trêves et de Maycnce abandonnèrent tant bien que mal la résistance, encore que le second se soit encore plaint devant la diète de Ratisbonne, en 1791, de l'attitude de Rome. L'alïaire de la Punctatio d'Ems s'évanouissait alors devant le problème que suscitait la Révolution française.
4° Les cours du Nord. — A ces difficultés s'en joignaient d'autres un peu partout, à la suite de l'exécution par Pie VI du bref de Clément XIV sur la suppression de la Compagnie de Jésus, dans les États d'où les jésuites n'avaient pas encore été chassés. En Pologne, le nonce doit s'occuper des démarches d'un ancien P. Torczinski, qui se prévalait de la protection passée de la femme de Louis XV, Marie Leczinska. En Prusse, Frédéric II, qui n'est peut-être pas étranger à la diffusion des deux brefs apocryphes autorisant exceptionnellement la non-application du bref de suppression, interdit aux évêques et prélats de séculariser les jésuites, et il faut que le nonce, consulté par eux, leur communique les vues du Saint-Siège, qui, forcé de respecter celles des cours bourboniennes, ne pouvait faire machine arrière et précisait sa doctrine : les évêques pouvaient utiliser les jésuites non pas comme tels, mais comme prêtres séculiers. Finalement, Frédéric II se rallia à cette politique, au moins d'abord pour le diocèse de Breslau (1776), et c'est par une extension progressive que le bref finit par être publié partout (1780). Dans les électorats de Mayence et de Cologne, surgirent, de même, de nombreuses difficultés. Encore est-il que, nulle part, semble-t-il, personne n'a songé à utiliser les déclarations du général de la Compagnie de Jésus, Laurent Ricci, emprisonné au château Saint-Ange, avec ses assistants, et qui, avant de mourir (24 novembre 1775), affirma que la Compagnie de Jésus n'avait donné aucun motif à sa suppression, ni lui-même à sa propre incarcération.
La question des jésuites compliqua semblablement le conflit qui venait de mettre aux prises Rome et la tzarine Catherine II. Celle-ci avait voulu, dès 1772, à la suite du partage de la Pologne, créer pour la Russie- Blanche l'évêché de Mohilev, qu'elle songeait à confier à Stanislas Siestrzencewicz, évêque in partibus de Mallo, lequel serait chargé, en outre, de la juridiction sur tous les catholiques latins en Russie. Cet acte abusif d'autorité avait suscité, sous Clément XIV, des réserves à Rome, d'où partirent des observations à destination de Catherine, mais confiées, pour qu'elles parvinssent exactement à leur adresse, à l'impératrice Marie- Thérèse. Dès le 25 mai 1775, Pie VI reprit la question, demandant à la tzarine d'interdire aux catholiques, du rit latin ou du rit russe, de passer à la religion grecque orientale, insistant pour obtenir deux évêques en Russie-Blanche, un par rit. Il sollicitait, en outre, la restitution de leurs biens aux Églises spoliées en Pologne, lors du récent partage, et en Ukraine, par suite des évictions opérées par l'évêque schismatique de Periaslaw. Le bailli de Malte, Sagramoso, fut chargé de porter à la tzarine le mémoire où étaient exposés ces différents points, et il devait encore demander à Catherine II d'instituer à Rome un chargé d'affaires. Cette mission fit long feu (juilletnovembre 1775). Catherine II noya toutes les réclamations dans un flot de promesses vagues. Plus nette était sa politique à l'égard des jésuites, auxquels elle refusait catégoriquement d'appliquer le bref de Clément XIV; Siestrzencewicz alla même, par sa pastorale du 30 juin 1779, jusqu'à leur permettre d'ouvrir un noviciat. Cette pastorale fit grand bruit, d'autant que le prélat semblait s'abriter derrière des autorisations romaines. Il en résulta, chez les puissances catholiques, de nouvelles inquiétudes, que la netteté des réponses du Saint-Siège parvint à dissiper; il en résulta surtout une tension très forte entre la curie et la tzarine. Celle-
ci, d'ailleurs, estimant qu'aucune autorité ne pouvait limiter son absolutisme, continuait à affirmer la prétention de nommer et de nommer seule aux évêchés de l'empire, et de ne considérer l'institution canonique que comme une formalité secondaire. Ainsi s'explique les incidents survenus à l'occasion du siège archiépiscopal uniate de Polotsk, et qui déterminaient le pape à écrire à Catherine II une lettre très modérée et cependant ferme, où il demandait à la tzarine d'éviter le scandale d'une nomination portant sur un pasteur d'une religion différente, en l'espèce sur un Grec nonuni (16 septembre 1780). En même temps. Siestrzencewicz continuait de jouer, dans l'alïaire de la sécularisation des jésuites, un rôle fortement oblique. De fait, incapable de résister aux volontés de Catherine II, ambitieux et peu véridique, il louvoyait devant les exigences de Rome, pourtant adoucies par l'intermédiaire même, du nonce en Pologne, Archetti. En octobre 1782, une congrégation groupait à Polotsk trente-deux jésuites, qui élisaient un vicaire général en la personne du provincial Czerniewiez; le prince Potemkin, visitant celui-ci, l'avait d'ailleurs assuré publiquement de la protection de l'impératrice. D'autre part, le gouvernement russe insistait pour la concession du pallium à l'évêque de Mallo et la désignation d'un coadjuteur de celui-ci dans la personne de l'ex-jésuite Benislawski. Pie VI ne devait pas résister à la pression de la tzarine, qui tenait, malgré tout, dans ses mains, le sort de deux millions de catholiques. Il s'engagea dans la voie qui lui était pourtant si brutalement indiquée : sa lettre à la tzarine du 11 janvier 1783 annonçait le départ d'un ablégat chargé de procéder aux désignations demandées. L'humilité peut-être excessive de ce texte suscita fatalement les représentations énergiques de la France et de l'Espagne; elle fut, par contre, bien accueillie à Saint-Pétersbourg, où l'on demanda, par surcroît, que le nonce Archetti fût chargé de l'ablégation. Dans l'intervalle, Benislawski vint à Rome, d'où il rapporta, selon ses déclarations ultérieures, des paroles de Pie VI rassurantes pour les jésuites, cependant que le cardinal Pallavicini, secrétaire d'État, continuait à traiter ceux-ci de « réfractaires » et à faire grief à l'évêque de Mallo de sa pastorale du 30 juin 1779. Le voyage d'Archetti scella la réconciliation entre Rome et la tzarine (mai 1783-juillet 1784) : promesse d'un archevêque grec-uni à Polotsk; érection d'un siège archiépiscopal à Mohilev; consécration d'une église catholique à Saint-Pétersbourg; imposition du pallium à Siestrzencewicz; désignation de Lissowski comme archevêque de Polotsk; sacre de Benislawski comme coadjuteur de Siestrzencewicz, telles en sont les étapes. Des jésuites, il ne fut pas question. Il n'est pas étonnant qu'au terme de sa randonnée en Russie, Archetti ait obtenu le chapeau de cardinal demandé pour lui par Catherine II (consistoire du 20 septembre 1784). L'entremise d'Archetti, en ces circonstances, peut être rapprochée du rôle que le fils et la bru de Catherine II avaient pu jouer à Rome, sous les noms de duc et de duchesse du Nord, au moment où, quelque temps avant de partir pour Vienne, Pie VI les avait vus. On peut, au surplus, trouver entre les résultats obtenus par le Saint-Siège à Vienne et à Saint-Pétersbourg des analogies assez grandes; de part et d'autre, on constate l'embarras du pape, contraint de céder devant les brutalités, masquées ou non, de Joseph II et de Catherine II, obligé de tenir compte par ailleurs des exigences des cours de Madrid et de Versailles touchant les jésuites.. Tout de même, l'histoire mouvementée des négociations de Pie VI avec Catherine II n'est pas sans intérêt dans la série des relations du Saint-Siège avec les puissances schismatiques et dans l'analyse du « despotisme éclairé ».
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Après les deuxième et troisième partages de la Pologne, des difficultés analogues à celles-ci devaient surgir entre la Russie et le Saint Siège. Elles sont à leur maximum au moment de la mort de Catherine (1796), mais s'apaisent au inoins partiellement sous Paul 1er, en partie grâce à l'heureuse politique du nonce Litta (voir son article), envoyé extraordinaire du pape au sacre de l'empereur.
Parmi les États non catholiques on doit noter cependant que la Suède garde une attitude décente. Dès
1779. la diète avait rendu au catholicisme un peu de liberté. Entre Gustave III et Pie VI des lettres furent échangées et, à la lin de 1783. le roi de Suède arrive à Rome, le cardinal de Remis, chez qui il était descendu, servant d'intermédiaire entre Gustave III et le pape.
5° L'Italie. - — En Italie même, où les Bourbons avaient plus d'une fois causé des ennuis à Pie VI et où le despotisme éclairé avait des adeptes, le grand-duc Léopold de Toscane, frère de Joseph II, suivit une conduite analogue à celle de l'empereur. Il voulut tout d'abord mettre les couvents de ses États sous la dépendance des Ordinaires (1774). Mgr Ippoliti, évêque de Pistoia-Prato, s'empressa d'user des pouvoirs qui lui étaient ainsi donnés à l'égard des couvents de Sainte- Lucie et de Sainte-Catherine, et imposa à ceux-ci des confesseurs séculiers: une partie du public toscan les accusait, en erï'et, d'avoir toléré de leurs anciens confesseurs dominicains un enseignement erroné et des habitudes immorales. A coup sûr, certains abus avaient pu être constatés dans des couvents masculins, dont les habitants ne craignaient pas de sortir la nuit. Mais c'est à des moyens canoniques que Léopold aurait dû recourir pour extirper ces abus. Seulement, la tradition canonique commençait déjà à disparaître de Toscane à mesure que se développaient l'autorité et le rôle de Scipio de' Ricci.
Né à Florence en 1741, ordonné en 1766, Ricci, élevédans des tendances assez jansénistes par les bénédictins du Mont-Cassin, devenait, en 1770, vicaire général de l'archevêque de Florence. Mais, dès 1775, il avait, au cours d'un voyage dans les Deux-Siciles, noué des relations avec Serrao, le futur évêque de Potenza, qui devait participer aux mêmes tendances. Rien d'étonnant, dès lors, que Ricci ait suivi, et même activé la politique de Léopold qui le fit agréer par Pie VI, en
1780, pour le siège de Pistoia-Prato. Tout en poursuivant les suppressions de couvent dans le grand-duché, Ricci publiait des opuscules de liturgie populaire, des calendriers remplis de rubriques nouvelles; il essayait d'acclimater le culte en langue vulgaire, condamnait la pluralité des autels dans la même église, critiquait la pratique des indulgences, affirmait une doctrine contestable sur le sacrifice de la messe. II crut bon de faire approuver toutes ces nouveautés dans un synode, dont le principe lut approuvé par le grandduc jusqu'au moment où celui-ci s'aperçut du danger que la politique riccienne lui faisait courir (1786). Le synode annoncé s'ouvrit pourtant le 18 septembre et dura dix jours: il avait adopté des déclarations parfaitement inadmissibles touchant le pouvoir du pape, faillible et inférieur au concile, les dispenses matrimoniales, les cas réservés, les ordres religieux. Voir l'art. Pistoie. Après la clôture, les évêques de Chiusi et de Colle adhérèrent aux principes qui y avaient été soutenus, dans des pastorales qui firent du bruit. Mais les réformes ricciennes choquaient axant tout le petit peuple de Toscane, et des sortes d'émeutes religieuses éclatèrent en mai 1787 à Prato; on alla jusqu'à prétendre que ces émeutes auraient eu le pape pour instigateur. Mais une partie du clergé grand-ducal ne participait pas aux erreurs de Scipion de' Ricci; une assemblée ouverte à Florence, le 1er juin 1787, prit en
plusieurs points le contre-pied du synode de Pistoie. De Rome même, partirent des brefs condamnant les initiatives de Ricci, qui y répondit au moyen de brochures sarcastiques imprimées par les presses épiscopales. Kn février 1787 parurent, par ses soins, les actes du synode de Pistoie, munis de l' imprimatur grand-ducal. Cette publication le desservit extrêmement auprès du clergé et des fidèles de son diocèse. et davantage auprès du grand-duc Léopold. Kn juin 1790, une circulaire de celui-ci à tous les évêques toscans rapportait en partie les innovations ricciennes adoptées.
lTne nouvelle émeute chassa Ricci de son siège. Il est vrai que Léopold, devenu empereur par la mort de son frère Joseph II, profita du voyage qu'il fit en Toscane en avril 1791, lors de l'installation de son fils Ferdinand comme grand-duc, pour rétablir Ricci à Pistoie. Mais Ricci démissionna peu de temps après (3 juin 1791) et Pie VI, qui avait cru inutile d'entrer à son sujet en conflit avec Léopold, condamna les erreurs du concile de Pistoie par la bulle Auctorem fldei du 28 août 1794. Les propositions de cette bulle permettent d'apprécier l'extension en Italie de ce jansénisme révolutionnaire, qui rentre parmi les causes des bouleversements dont la péninsule allait être le théâtre, dès que les événements français y auraient leur répercussion. Quant à Ricci, en 1801, il assura l'épiscopat constitutionnel français, lors du concile de Paris, auquel il s'excusa de ne pouvoir se rendre, de toute sa sympathie. Mais il s'était, en fait, réconcilié avec le Saint-Siège avant la révolution romaine: il renouvela sa réconciliation en 1805 et mourut le 27 juillet 1810, non loin de Florence.
A Rome même, pour terminer cette revue des pays de l'Italie, les jeunes artistes français, soutenus par quelques seigneurs d'un libéralisme aventureux, avaient fondé une loge maçonnique qui semblait narguer les foudres du Saint-Office.
Fébronianisme, joséphisme, ricciisme, jansénisme, maçonnerie, tous ces mouvements de pensée, où se marquent à la fois l'ambition de certaines personnalités et le désir de réformes souvent contestables, ont une importance capitale pour l'interprétation des doctrines et des faits que la révolution française allait faire surgir. Ces doctrines et ces faits n'apparaissent pas, en effet, dès lors, isolés dans le monde catholique; ils se rattachent à tout cet ensemble de critiques et d'attaques dont le Saint-Siège a été l'objet pendant la première partie du pontificat de Pie VI. La faiblesse des ripostes de ce pape est, d'autre part, la conséquence de l'évolution régressive de la papauté au xviii0 siècle. Et, dans cette évolution, peut-être doit-on faire rentrer la dispersion de la Compagnie de Jésus, condamnée par Rome même, au point que certains penseurs issus de la Compagnie tendront à trouver la cause à la fois de la condamnation des jésuites et des malheurs de Rome dans un immense complot révolutionnaire, perpétré au sein de la francmaçonnerie et du philosophisme (Rarruel).
6° Les Pays-Bas. — Tout au voisinage de la France, les Pays-Ras autrichiens au Nord, l'Espagne et le Portugal au Sud, avaient, avant 1789, été le théâtre de certains événements qui, dans le sens à l'instant indiqué, n'avaient pas manqué d'inquiéter Rome.
Joseph II, en effet, en dépit du serment qu'il avait prêté devant le primat des Pays-Bas, lors de sa prise de possession (1781), avait décrété la suppression de la bulle Unigenitus, puis supprimé des couvents, interdit aux évêques de publier des lettres pastorales ou mandements sans son autorisation, substitué aux sénù naires épiscopaujx des séminaires généraux, où l'enseignement devait être donné par des professeurs d'une doctrine au moins douteuse. En décembre 17M>. des troubles éclatèrent à Louvain, à la suite d'une sorte de
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PIE VI. L'ANCIEN RÉC-IME
révolte des séminaristes. Les promesses faites par .Joseph II de revenir sur ses premiers ordres n'étant pas tenues. Bruxelles se soulève, en septembre 1787, mais l'empereur ne veut rien céder et, au début de 1788, les troubles reprennent dans toute la Belgique, particulièrement à Malines, à Ypres, à Anvers. A la lin du mois d'octobre, le général en chef des troupes impériales, lance une proclamation, où il menace de réduire en flammes les villes rebelles. Les Brabançons ripostent en déclarant Joseph II déchu de ses droits sur les duchés de Loi hier, de Brabant et de Limbourg, et essaient d'entraîner les Flamands dans le mouvement. Le cardinal de Malines. réfugié à Maëstrieht, est dénoncé par le gouverneur Trauttmansdorfî comme l'initiateur dé la révolte. Mais Trauttmansdorlï essaie d'apaiser celle-ci en publiant deux proclamations impériales par lesquelles sont révoquées les innovations fâcheuses de 1781-1781. Cobenzl est chargé, trop tard, par Joseph II de rétablir l'ordre, et l'empereur se tourne vers Pie VI, qu'il tente d'atteindre par l'intermédiaire de Kaunitz et du cardinal Herzan. Le bref du 13 janvier 1790 est un appel charitable à la concorde.
Ce bref arrivait malheureusement trop tard. Les Pays-Bas avaient, le 11 janvier 1790, institué le congrès souverain des États confédérés de Belgique et, bientôt, découragé et désespéré, Joseph II mourait (20 février 1790); quelques jours avant, le 12 janvier, les Belges avaient déclaré abolie la législation ecclésiastique qu'il avait inaugurée, et mis le feu au séminaire général. Le successeur de Joseph II fut son frère, le grand-duc de Toscane, Léopold, élu au mois de mai 1790. Malgré ses promesses, le mouvement révolutionnaire belge ne s'arrêta point, les catholiques brabançons se rappelant les initiatives de Léopold à Florence. Toutefois, par crainte des ambitions françaises, les patriotes belges consentirent à proclamer Léopold duc de Brabant, le 30 mai 1791. Il est vrai qu'il mourait peu de temps après, et l'avènement de son fils, François II, fut en quelque sorte le signal des guerres qui allaient marquer l'ère révolutionnaire.
7° La paîinsule ibcrique. — Eu Portugal, la mort de Joseph Ier et l'avènement de sa fdle Marie Ire avaient mis un terme aux violences anticléricales de Pombal. La nouvelle souveraine fut, en particulier, une zélatrice de la dévotion au Sacré-Creur, et elle s'efforça de venir en aide aux jésuites portugais réfugiés dans les domaines du Saint-Siège. Pombal fut condamné à la prison, mais gracié en raison de son grand âge (il avait 80 ans), et mourut dans une de ses propriétés, le 5 mai 1782. Mais du régime instauré par Pombal étaient issues, en matière de sécularisation et de discipline monastique, de nombreuses difficultés que le nonce essaya activement de résoudre jusqu'à sa mort, survenue en 1781.
En Espagne, on constate, à la même époque, d'indéniables efforts pour annuler les effets de la politique anticléricale du milieu du xvnr3 siècle. Là encore, la situation des couvents était pitoyable, marquée par l'incurie administrative et les désordres spirituels. Le nonce, Mgr Vincenti, soutient le principal ministre, le comte de Florida Blanca, dans sa politique restauratrice. Aussi, lorsque Charles III mourut. Pie VI, dans son panégyrique du 3 mars 1789, crut possible d'être aussi modéré à son endroit qu'il devait l'être à l'égard de Joseph II. Cette attitude était dictée à la fois par une paternelle charité et par le désir de voir liquider définitivement un douloureux passé.
8" Xaples. — Les Bourbons de Xaples n'avaient pas causé à Rome moins d'ennuis que ceux de Madrid, non qu'ils fussent intervenus dans le conflit qui mit aux prises Pie VI et le fondateur de la congrégation des rédemptoristes. saint Alphonse de Liguori, évêque de
Sainte-Agathe-des-Goths, à qui le Saint-Père ne rendit sa confiance qu'en 1783. C'est à l'occasion de la nomination d'un archevêque à Xaples, en 1776, par Pie VI et le roi Ferdinand, que les mésintelligences se décelèrent, le premier refusant d'accorder le cardinalat à l'archevêque promu, Filingeri. Ferdinand avait soutenu l'ambition de ce dernier qui, de tendance janséniste, s'était montré très favorable à l'autorité royale. Il en fut de même à l'occasion d'André Ferrao proposé pour l'évêché de Potenza, en 1783, et la correspondance qui fut échangée, à cette occasion, fut particulièrement dépourvue d'aménité.
Il en devait être encore plus ainsi à l'occasion de l'affaire de la « haquenée ». On entend par là le tribut dû au pape par le roi des Deux-Siciles, d'un cheval blanc caparaçonné et de 7 000 ducats d'or à lui ofTrir la veille de la Saint-Pierre en signe de dépendance féodale. Dès 1776, à l'instigation de son ministre Tanucci, Ferdinand IV essaya d'éluder cette obligation, et sans doute Tanucci paya les frais de cette première escarmouche, car, sur l'intervention du roi d'Espagne, père du roi de Xaples, il fut remplacé par Délia Sambucca. Mais celui-ci, sans contester d'abord le tribut en question, ergota sur ses modalités, au point que, en 1788, dans une cérémonie solennelle, tenue le 27 juin à Saint- Pierre, le pape protesta contre la violation, par le roi, de ses anciens serments. Le lendemain, au lieu précis où avait traditionnellement lieu la présentation de la haquenée, le fiscal lut un mémoire sur les preuves historiques propres à justifier ce tribut. Le même jour, des dépèches de protestation furent adressées par la secrétairerie d'État à l'F)spagne, à la France, au royaume des Deux-Siciles lui-même, et tous les actes relatifs à la haquenée furent imprimés et envoyés aux nonces. Ferdinand IV ne changea pas de détermination; les événements révolutionnaires survenus dans la péninsule devaient balayer les résidus de ce conflit, minime en soi, mais où la mauvaise volonté d'un roi catholique avait pu se vérifier.
9" La France. — Ce royaume devait apporter à Pie VI d'autres sujets d'ennuis. Non seulement les progrès des audaces philosophiques avaient décuplé dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, sans que la défensive spontanée ou organisée de l'Église de France parût mieux s'organiser, mais un grave scandale avait surgi, dont les adversaires de la catholicité pouvaient tirer de grands avantages. L'évêque de Strasbourg. Louis de Rohan, devenu cardinal en 1778, à la suite de sa fâcheuse ambassade à Vienne, menait une vie extrêmement dissipée, qui lui valut du pape, à l'occasion de l'incendie de son beau château de Saverne, en septembre 1779, une très discrète admonestation. Malgré ces conseils, le lamentable prélat fut l'un des principaux acteurs de la fameuse « affaire du collier >< de la reine, où fut mêlé l'extraordinaire aventurier Cagliostio. Le 15 août 1785, Rohan était arrêté sur les ordres exprès de Louis XVI et incarcéré à la Bastille. Il aurait dû comparaître devant une commission ecclésiastique, il accepta d'être jugé par le Parlement, et c'est l'assemblée du clergé qui crut devoir protester contre ce qui semblait une violation de l'immunité ecclésiastique. Le scandale et la procédure qui en découlait bouleversèrent Pie VI, au point qu'il tomba malade. Toutefois, une congrégation réunie par lui le 5 février 1786 retira à Rohan tous les droits du cardinalat, jusqu'à ce qu'il se fût justifié. Renvoyé des fins de la cause par le Parlement (31 mai), Rohan, démissionnaire de sa charge de grand aumônier, s'était retiré, sur les ordres du roi, dans son abbaye de la Chaise-Dieu, où il n'eut connaissance que le 22 juin du décret romain de février. L'effet de ce décret devait être prorogé de six mois de la volonté propre du pape, qui. le 20 septembre, alla jusqu'à lui écrire pour lui