‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 54 sur 437 · I. Les antécédents et le conclave. — Xé à · texte numérisé non relu

I. Les antécédents et le conclave. — Xé à

Césène, légation de Forli, le 14 août 1742, du comte Scipione Chiaramonti et de la comtesse Giovanna Ghini, celui qui devait succéder à Pie VI étudia à Parme et se destina bientôt à la vie monastique. Le 20 août 1758, il prit l'habit bénédictin, sous le nom de Grégoire. En 1775, lors de l'avènement de Pie VI, qui lui était apparenté, il était à Rome comme professeur de théologie, au couvent de Saint-Calixte et il reçut du nouveau pape, par bref pontifical, la qualité d'abbé; ce titre et les prérogatives qui s'y trouvaient attachées lui valurent quelques difficultés dans l'ordre, et il fallut que le pape y mît fin en intervenant personnellement en faveur de dom Chiaramonti, chargé alors delà bibliothèque de Saint-Paul-hors-les-Murs, puis en nommant son parent évêque de Tivoli (16 déc. 1782). A la mort du cardinal Randi, oncle de Pie VI, l'évêque de Tivoli, qui s'était distingué dans l'administration de son diocèse, fut transféré à celui d'Imola (14 février 1785), puis créé cardinal.

Il n'est guère possible, dans l'état actuel de l'information historique, de déterminer quel fut le rôle du nouvel évêque d'Imola au sein du consistoire où fut déterminée la politique du Saint-Siège à l'égard de la Révolution bientôt commençante. Sa douceur de caractère a dû, semble-t-il, le conduire à préconiser les solutions les plus conciliatrices. Mais l'invasion de l'Italie par les armées françaises, l'armistice de Rologne (23 juin 1796) ne pouvaient manquer de surexciter les esprits, particulièrement aux alentours du pays natal de l'évêque d'Imola : à Césène, à Lugo, à Imola même. Toutefois, le cardinal Chiaramonti était décidé, en dépit des menaces que lui faisaient la populace et les agents autrichiens, à reconnaître et à exécuter l'armistice signé. D'ailleurs, après la chute de Mantoue (2 février 1797), fmola, ainsi que Faenza et Forli, étaient occupées par les troupes de Bonaparte, qui était à Ancône le 10 février. Le 19 février, par le traité de Tolentino, Pie VI renonçait, en faveur de la France, aux Légations, « ce qu'il y a de meilleur dans l'État ecclésiastique », écrivait Ronapartc au Directoire. On sait les événements qui, à la fin de l'année 1797, devaient se dérouler à Rome, l'émeute du 28 décembre, l'occupation de la Ville éternelle par les troupes du général Rerthier, l'institution de Ja république romaine. Voir art. Pie VI, ci-dessus, col. 1668. Le cardinal Chiaramonti semble avoir prévu ces événements, et, par son homélie du 25 décembre, d'ailleurs antidatée de dix jours, il essaya d'apaiser les esprits à Imola. Cette publication devait lui être plus tard cruellement reprochée, mais certains critiques estiment que, seule, la partie dogmatique est de lui; le reste -r- c'est-à-dire les conseils politiques, qui, si enveloppés qu'ils fussent, tendaient à faire accepter telles quelles les nouvelles réalités — avait pu être pensé et composé par quelque membre de son entourage. On y disait en particulier : <> la forme du gouvernement démocratique adopté parmi nous, nos très chers frères, ne répugne pas à l'Évangile, elle exige au contraire toutes les vertus sublimes qui ne s'apprennent qu'à l'école de Jésus- Christ »; des paroles de saint Paul s'y trouvaient en contact avec un passage de Rousseau.

Pie VI étant mort à Valence, le 29 août 1799, la question de sa succession se posait, au moment où la seconde coalition européenne développait ses efforts contre le Directoire. Le conclave ne put se réunir qu'après une infinité de difficultés, à Venise, le 1" décembre 1799 : on y comptait 35 cardinaux, dont le cardinal Braschi, neveu du pape défunt, et, à ce titre, sympathique à plusieurs des électeurs, soutenu en par-

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Uculier par les deux plus anciens membres du Sacré Collège, les cardinaux Albani et d'York, lui faveur de la candidature Braschi se groupaient 22 noms, dont celui du cardinal d'Imola, mais il fallait 24 voix pour assurer l'élection. Or, le cardinal Antonelli. quoique le premier des cardinaux créés par Pie VI, voulut jouer un rôle et déclara former un parti contraire au cardinal Braschi; les 13 voix de ce parti se groupèrent en faveur du cardinal Mattei, le négociateur du traité de Tolentino, tandis que le reste du conclave, dont le cardinal Chiaramonti, bloquait ses voix sur le cardinal Bellisoni, de Césène. Devant cette gênante exclusive, on envisagea l'élection de (lerdil. d'Albani, d'Antouelli lui-même, mais on finit par s'accorder par 24 voix en faveur de Bellisoni, et il ne restait plus qu'à attendre le sentiment de l'empereur d'Allemagne à qui, sur la proposition du cardinal Herzan, on avait communiqué la nomination du nouveau pontife, né à Pavie, c'est-à-dire dans les États italiens des Habsbourgs. Le délai fut mis à profit par le secrétaire même du conclave, Mgr Consalvi. qui comprit qu'aucun des candidats jusqu'alors présentés ne serait en état de réparer les ruines de l'Église, et que la situation de l'Europe impliquait qu'on cherchât plutôt à Paris qu'ailleurs: il insinua aux cardinaux l'idée de désigner pour la tiare le cardinal Chiaramonti. Il fallut, pour aboutir, persuader d'abord celui-ci, et ensuite la petite faction de six cardinaux dont Maury était le chef, et c'est ainsi que, le 14 mars 1800, l'évêque d'Imola fut élu à l'unanimité, moins une voix — la sienne — après 104 jours de conclave.

Le nouveau pape décida de prendre, en souvenir de son prédécesseur, le nom de Pie VII; il donna les fonctions de secrétaire d'État par intérim à l'habile Consalvi. Couronné à Saint-Georges par le cardinal Doria — l'Autriche s'étant opposée à ce qu'il le fût à Saint- Marc — il publiait, dès le 15 mai 1800, une encyclique, où, en félicitant les prêtres qui avaient refusé le serment, il exprimait sa tristesse de la situation des fidèles de France. Ainsi, tout de suite, il posait devant sa conscience, et devant celle de la chrétienté tout entière, le pioblène des rapports du Saint-Siège avec la jeune république consulaire.

II. Pie VII et Napoléon I". — L'Autriche aurait pu souhaiter que Pie VII restât à Venise ou se rendît à Vienne: le pape regagna sa capitale par Pesaro et Aucune. Il y était le 3 juillet, et les troupes napolitaines, qui gardaient la ville depuis la chute de la lépublique romaine, durent immédiatement se retirer des États pontificaux; Bénévent et Ponte-Corvo, enclavés dans les États de N'aples, restèrent d'ailleurs occupés. Il convenait immédiatement de remettre un peu d'ordre dans l'administration, ce que fit le pape par la bulle Post diuturnas et en retirant de la circulation la monnaie de bas aloi (monda erosa) qui avait été émise les années précédentes. Quant à la position de la papauté dans l'Europe bouleversée parla Révolution, il fallait attendre le développement des circonstances nouvelles qui s'affirmaient après le conclave de Venise pour la déterminer et éventuellement la consolider.

\" Le Concordat (pour le détail voir l'art. Concordat, t. m. col. 744-760). — De fait, c'était la seconde campagne d'Italie, la victoire de Marengo, le 14 juin, mais aussi, le 10 juin, les déclarations de Bonaparte i a l'évêque de Yerceil.en faveur de la paix avec le Saint- j Siège et du rétablissement de la religion en France, déterminant le bref de Pie VII à cet évêque, en date | du li) juillet, où le Saint-Père prenait bonne note des heureuses dispositions du Premier Consul. C'est en vue des négociations éventuelles avec la France que, le 10 août, Consalvi reçut le chapeau; l'archevêque de Corinthe, Spina. était désigné pour suivre ces négocia-

tions, annoncées à l'épiscopat par le bref du 13 septembre 1800. Au mois de mars 1801, Cacault était envoyé à Rome pour cet objet et, dès lors, va se développer à Paris, avec des incidents multiples, la négociation du Concordat. A Rome, Consalvi étant en France, les personnes qui entouraient alors le pape se bornaient au cardinal (iiuseppe Doria, pro-secrétaire d'État, à Mgr Bertazzoli, administrateur du diocèse d'Imola, au cardinal Pacca et, à intervalles espacés, au cardinal Maury; les gouvernements anglais et napolitain essayaient d'orienter Pie VII vers l'intransigeance, vers la défiance à l'égard de Consalvi; c'est cependant ce dernier qui apporta le texte à Rome pour que le pape y apposât sa ratification, ce qui fut fait le 15 août 1801. En conformité avec l'article 3 du concordat. Pie VII écrivit la lettre très ferme, datée du même jour, par laquelle il demandait aux évêques français leur démission, afin que les deux pouvoirs eussent désormais le champ libre pour les nouvelles désignations. Puis, le 24 août, il nommait le cardinal Caprara légat a latere pour surveiller l'établissement du culte en France. Le 10 octobre 1801, peu de jours après l'arrivée de Caprara à Paris et la désignation de Portalis, comme directeur des cultes, le ministre des relations extérieures, Talleyrand, faisait parvenir au pape une lettre personnelle du Premier Consul, où, après lui avoir exposé la réussite de la plupart de ses tractations diplomatiques, il traitait de quelques questions délicates, comme celles de l'occupation de Bénévent et de Ponte-Corvo par les Napolitains, ou des biens nationaux vendus par la république romaine. La réponse de Pie VII, en date du 24 octobre, pleine de mansuétude conciliatrice- voire même d'une sorte d'imploration trop humblement temporelle, soulignait la pauvreté du Saint-Siège et demandait la restitution des Légations, ainsi qu'une compensation pour la perte d'Avignon et du Comtat Venaissin. Par le même courrier, Consalvi écrivit à Caprara pour lui ordonner de demander instamment la restitution du corps de Pie VI : on sait que cette triste négociation particulière devait heureusement aboutir. Ci-dessus, col. 1009.

La ratification du Concordat par Bonaparte était arrivée à Rome le 23 septembre. C'est dans cette ambiance de bonne volonté réciproque que devait se poursuivre l'exécution du Concordat, laquelle, d'ailleurs, suscitait des difficultés multiples, tant pour la délimitation des diocèses français que pour le choix des évêques. Une longue note de Consalvi, en date du 30 novembre 1801, précisait dans quel esprit le Saint- Siège envisageait ces difficultés : il y était joint la bulle de la nouvelle circonscription des diocèses, le bref d'autorisation au cardinal-légat de conférer aux évêques des nouveaux diocèses l'institution canonique, et un bref d'autorisation au même d'ériger de nouveaux diocèses dans les colonies françaises d'Amérique.

Si délicates que fussent les négociations du Saint- Siège avec la France, ce n'étaient pas les seules qui occupassent l'esprit de Pie VIL Le gouvernement espagnol; en effet, insistait à Rome pour l'instauration, en Espagne, d'une véritable autonomie religieuse, particulièrement en matière de dispenses matrimoniales.

La nomination de plusieurs constitutionnels à des sièges épiscopaux concordataires, la publication d'Articles organiques, non concertés avec le cardinal Caprara, en même temps que le Concordat (18 germinal an X, 8 avril 1802) devaient choquer le pape, au moment où la question de Malte se posait devant l'opinion européenne. Dr, Bonaparte était d'avis que le grand maître des hospitaliers, M. de Hompesch, que plusieurs prieurés ne voulaient plus reconnaître, fût remplacé, mais qu'il ne le fût ni par le Prince- de la Paix, ni par un Allemand, comme on le demai

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en certains milieux et il (allait que Pie VII acceptât

cette solution. Pour l'y amener, le Premier Consul intervint énergiquement à Naples, en vue de la restitution au Saint-Père des principautés de Bénévent et de Ponte-Corvo. Il est vrai que, en même temps, il exigeait, avec une indéniable brutalité, et sans se préoccuper des elïets que cette demande pourrait avoir sur les cours européennes, cinq chapeaux de cardinaux pour des prélats français, tandis que son ministre Talleyrand négociait pour lui-même l'obtention d'un bref de sécularisation. Ces tractations si variées et si contradictoires, où se heurtaient nécessairement l'autoritarisme du Premier Consul et le magistère du Saint-Père, étaient suivies, non sans mal, .à Home même, par Consalvi pour le Saint-Siège, et Cacault pour la France.

Le heurt prévisible", mais qui n'avait pas encore eu lieu, devait être démontré possible, le jour où le gouvernement français demanda pour la république italienne un concordat analogue au concordat français (juillet 1802). Sans doute, le 22 septembre, quelquesunes des amertumes du pape pouvaient être adoucies par la remise entre ses mains de la ville de Pesaro, non intégrée par Bonaparte à l'État italien. Quelque temps plus tard, le Premier Consul faisait encore don au pape de deux bricks, le Saint-Pierre et le Saint- Paul et, de son côté, le Saint-Siège paraissait répondre presque entièrement aux vœux de Bonaparte par la préconisation faite, le 17 janvier 1803, de quatre cardinaux français : l'archevêque de Lyon, Fesch, oncle du Premier Consul; l'archevêque de Tours, de Boisgelin; l'archevêque de Rouen, Cambacérès, et l'ancien auditeur de Rote, Mgr de Bayane; il rendait d'autre part à la France la protection des fondations françaises de Rome. Mais la guerre qui commençait à devenir menaçante dès la fin de l'hiver de 1803, par suite de la résistance de l'Angleterre à évacuer Malte, allait multiplier les occasions de conflit entre la papauté et le gouvernement français. Il est curieux de constater que cette ère débute par le rappel effectué, le 8 avril 1803, de Cacault, et son remplacement par un ecclésiastique qui n'était rien moins que le cardinal Fesch, bientôt rejoint par Chateaubriand, nommé secrétaire de légation à la place d'Artaud.

La nouvelle de ce rappel arriva presque en même temps que le texte des Expostulations canoniques rédigées par les 38 évêques français hostiles aux stipulations concordataires. Voir l'art. Anticoncordataires, t. i, col. 1374. En même temps, Pie VII s'inquiétait de la répercussion possible des sécularisations opérées en Allemagne au regard de la religion catholique; de fait, l'électeur de Bavière réclamait toute une réorganisation du culte catholique dans le sens du contrôle gouvernemental. Le 18 août, Caprara adressait à Talleyrand une note contre les Articles organiques, où les formes habituelles aux documents d'origine romaine paraissaient totalement oubliées. Ces formes enveloppées, par contre, se vérifièrent au cours de la négociation pénible qui s'ouvrit à l'occasion du séjour à Rome de M. de Vernégue, émigré français naturalisé russe, qui accompagnait le duc d'Avaray, mais était revêtu d'un caractère diplomatique comme attaché aux légations de Russie en Italie. Si, en cette occasion, le Saint- Siège dut céder à la France, c'est que Consalvi appréciait à sa juste valeur le mouvement général dans lequel l'ambition de Bonaparte entraînait et la France et l'Europe : l'exécution du duc d'Enghien (20 mars 1804) avait fait à Rome la plus pénible impression, mais elle était le signe avant-coureur d'une modification importante dans la direction politique du Consulat.

2° Le voyage en France et le sacre. — Le 18 mai 1804, date de la proclamation de Bonaparte comme empe-

reur, Caprara avait été prié d'engager le pape à venir à Paris couronner et sacrer le nouveau maître du monde et, de son côté, Fesch fut chargé de mener une négociation secrète pour le même objet. Vingt des cardinaux les plus influents furent consultés par Consalvi à deux reprises, sous le sceau du secret, la première fois en leur soumettant la question pure et simple, la seconde, en leur exposant les scrupules du pape au sujet du serment prescrit à l'empereur, relativement aux cultes : 5 votes seulement furent négatifs sur la première question, 15 étant aflirmatifs avec des conditions touchant surtout le lieu du sacre. Une lettre de Fesch à l'empereur, datée du 10 juin, précisa toutes ces conditions, qui furent également notifiées à Talleyrand par Caprara, et où se concrétisaient à la fois les justes réserves du pape, ses inquiétudes et son désir chrétien de pieuse réconciliation.

Celle-ci n'était guère facilitée par les membres de l'ancien épiscopat dont 13, l'ex-archevêque de Narbonne en tête, présentaient au pape, à la date du 15 août, une suite aux Expostululions, corroborées par une déclaration sur les droits de Louis XVIII et animées d'un vif esprit de réaction monarchique. Le pape ne paraît pas avoir tenu compte de ces documents. Tandis que l'évêque d'Orléans, Bernier, exani nait les conditions mises par Rome au sacre de l'empereur, Talleyrand et Caprara à Paris. Fesch et Consalvi à Rome, essayaient de mettre au point le projet de voyage en France du pape, qui, le 2 août, signait un bref pour féliciter Napoléon de son avènement. Il y disait entre autres : « Vous Nous avez déjà fait concevoir une grande espérance, Nous attendons avec confiance que vous la remplirez comme empereur des Français. » La veille, Napoléon avait adressé une lettre à Pie VII pour lui promettre toute satisfaction relativement au Concordat italien. Le 15 septembre, il reprenait la plume pour envoyer au pape une lettre formelle d'invitation qui fut portée à Rome par le général Cafîarelli. Connue par le pape le 29 septembre, communiquée aux cardinaux le 2 octobre 1804, l'invitation fut définitivement acceptée en présence du consistoire du 29 octobre.

C'est Consalvi qui reçut les pouvoirs pour gouverner Rome en l'absence du pape et, le 2 novembre. Pie VII se mit en route avec une vingtaine de personnes par Florence et Turin. A Turin, il retrouvait le cardinal Cambacérès, envoyé à sa rencontre par Napoléon, avec le sénateur d'Aboville et le maître des cérémonies Salmatoris. Le 25 novembre, on arrivait à Fontainebleau, et, le lendemain, l'empereur se rendait au-devant du pape, à la Croix-de-Saint-Hérem. L'entrevue fut parfaite, et la condescendance charitable de Pie VII l'incita à aller voir le premier l'impératrice Joséphine.

Le 28 novembre, Pie VII était à Paris; le 30, il avait à subir les harangues des représentants du Sénat, du Corps législatif, du Tribunat. Le 2 décembre, à Notre- Dame de Paris, eut lieu la cérémonie du sacre, à laquelle présida Pie VII, assisté des cardinaux'Braschi, de Bayane, Antonelli et Caselli; Napoléon s'y couronna lui-même et couronna Joséphine. Tant qu'il résida aux Tuileries (pavillon de Flore), Pie VII ne cessa de témoigner de ses sentiments d'affabilité chrétienne à l'égard des fidèles qui demandaient à lui être présentés, de l'empereur et de la famille impériale. Il s'inquiétait cependant d'être loin de Borne, surtout au moment où il s'y produisit une grave inondation, et il arrêta la date de son départ pour le 15 mars 1805. Avant de partir, et sur l'invitation même de Napoléon. Pie VII fit rédiger un mémoire sur les demandes qui pouvaient intéresser le Saint-Siège. Les articles qui furent mis par écrit concernaient le divorce, la surveillance épiscopale des mœurs du clergé, la célébration des

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dimanches et fêtes, le sort des anciens prêtres ou religieux mariés et des prêtres constitutionnels, les missions étrangères, et l'église Saint-Jean de Latran à Home. enfin les territoires enlevés au Saint-Siège. Les réponses rédigées par Portails le furent avec beaucoup de tact, et le pape y put lire que l'empereur « mettait sa gloire et son bonheur à être un des plus f.-nnes soutiens du Saint-Siège, et un des plus sincères défenseurs de la prospérité des nations chrétiennes », de sorte que les refus enveloppés dans ces réponses habiles ne suscitèrent aucune plainte du pape ou de son entourage. Mais Pie VII semble avoir opposé une dénégation nette à la proposition qui lui fut faite de demeurer en France; au cas où la liberté lui serait enlevée, son abdication, demeurée aux mains du cardinal Pignatelli, archevêque de Païenne, jouerait immédiatement. Le départ ne fut donc pas différé, et Pie VII rentra à Rome le 16 mai 1805.

3° La rupture avec Xapoléon 1". A Rome, Pie VII devait, du côté de la France, trouver de nouvelles difficultés : légation auprès de la diète allemande, pour laquelle Cambacérès recommandait Bernier, le pape tenant pour Mgr délia Genga; séparation du prince Jérôme Bonaparte d'avec l'Américaine miss Patterson, que le pape ne consentait pas à autoriser par la procédure de nullité de mariage: organisation par décrets de l'Église du royaume d'Italie; assassinat de deux commerçants de la place Navone par des criminels arborant la cocarde tricolore et à propos desquels furent évoqués, de part et d'autre, les noms de Basseville et de Cadoudal; présence de Lucien Bonaparte dans les États pontificaux et amitié étroite surgie entre Lucien et le frère du cardinal Consalvi; déclarations orales ou écrites du cardinal Fesch, ajoutant encore à toutes ces petites amertumes.

Une amertume plus grande l'attendait dans le dernier tiers de l'année 1805, lorsque Napoléon, luttant contre la quatr.ème coalition, décidait de faire occuper Ancône : Pie VII protesta au nom de la neutralité dans une pressante lettre du 13 novembre, où il annonçait qu'il suspendait ses rapports officiels avec Fesch. L'empereur reçut cette lettre dix jours après, et n'y répondit, de Munich, que le 7 janvier 1806 : il y justifiait brutalement, par l'intérêt militaire, et aussi par le souci, affirmait-il, de protéger le Saint-Siège, sa mainmise sur Ancône. La réponse du pape, en date du 29 janvier, était aussi nette que mesurée; il y réclamait l'évacuation d' Ancône et le remboursement des avances faites à l'armée française; il y défendait Consalvi et protestait contre l'éventualité du rappel de Fesch. C'est le 13 février 1806 que Napoléon répondit, dans un texte où s'affirmait avec précision la portée de son orgueil et de son ambition : « Votre Sainteté est souveraine de Rome, y disait-il, mais j'en suis l'empereur. Tous mes ennemis doivent être les siens »; il menaçait ceux « qui retardaient l'expédition des bulles de ses évèques et qui livraient ses diocèses à l'anarchie ». Cette lettre est l'amorce certaine du conflit imminent entre le sacerdoce et l'empire.

Le 21 mars, Pie VII exposait avec netteté ses vues : il n'a pas à entrer « dans le dédale de la politique » et doit seulement observer la paix, même à l'égard des États en lutte avec la France, et où vivent des fidèles : l'existence de l'État romain s'oppose d'autre part à l'idée de la domination intégrale de Napoléon sur l'Italie, et la comparaison du temporel et du spirituel que conçoit l'empereur est inadmissible. Quant au Concordat italien et au mariage de Jérôme, le Saint- Père maintenait son point de vue antérieur. Cette réponse ferme et sans violence était élaborée au temps même où, avant l'installation «le Joseph Bonaparte a Naples, le bruit se répandait déjà en Italie que le Saint-Siège serait transféré a Avignon ou à Paris, les

Ftats pontificaux partagés entre les royaumes de Naples et d'Italie. Alquier, cependant, remplaçait le cardinal Fesch comme ambassadeur à Home; Napoléon, d'autre part, pour éviter qu'elles passassent au roi de Naples, décidait de donner les principautés de Bénévent et de Ponte-Corvo à Talleyrand et à Bernadotte. A mesure que les violences impériales se multipliaient. Pie VII se renforçait dans son dessein de résistance légale et chrétienne. « Si l'on veut occuper Rome, disait-il à Alquier, nous ne ferons aucune résistance, mais vos soldats devront briser les portes du château Saint-Ange à coups de canon. » Toutefois, le 17 juin 1806, Consalvi donnait sa démission et était remplacé par le vieux cardinal Casoni; on était à la veille d'un nouveau pas en avant de l'impérialisme napoléonien sous les coups duquel l'Europe tout entière tremblait.

De fait, Alquier fut chargé de demander au pape qu'il déclarât que les ports pontificaux seraient fermés chaque fois que l'Angleterre serait en guerre avec la France, et que les forteresses pontificales seraient occupées par des troupes françaises toutes les fois qu'une armée ennemie aurait débarqué ou menacé de débarquer sur un point de l'Italie. Pie VII refusa de faire pareille déclaration. Peu de temps après, cependant. Napoléon, vainqueur à îéna, entrait à Berlin, où il publiait, le 21 novembre 1806 le décret de blocus contre la Grande-Bretagne. Le cardinal Casoni protesta contre ce décret. Entre Champagny, successeur de Talleyrand, le cardinal de Bayane. accouru à Paris pour suppléer Caprara, Alquier et, de surcroît, le viceroi d'Italie, engagé par Napoléon lui-même à intervenir à sa place à Rome, les négociations se prolongent, accrochées par la difficulté nouvelle du mariage de Jérôme avec la princesse de Wurtemberg et les difficultés renouvelées des anciennes négociations. En fait, toute l'année 1807 se précipite vers le dénouement fatal, impliqué par la stratégie militaire ou économique et par la théorie impériale de la suppression du pouvoir temporel.

L'occupation de' Rome fut décidée par Napoléon au début de 1808. Les troupes du général Miollis y entrèrent le 2 février, le commandant du fort Saint-Ange, Ange Colli, remit à Miollis une protestation et, le lendemain, Pie VII déclarait à Miollis et à Alquier que, tant que l'armée française serait à Rome, il se considérerait comme prisonnier et qu'aucune négociation ne serait possible. De fait, il s'enferma au palais de Montecavallo. Le cardinal Casoni, malade, avait été remplacé par le cardinal Joseph Doria. Celui-ci, en tant que Génois, dut quitter Rome et être remplacé par le cardinal Gabrielli qui fut arrêté après sa protestation du 19 mai et remplacé par le cardinal Pacca. D'autre part, à Rome, Alquier, puis le chargé d'affaires Lefebvre, avaient demandé leurs passeports, ce que faisait de même, à Paris, Caprara. Le gouverneur de Rome, Mgr Cavalchini, était enlevé sur l'ordre de Miollis et les troupes pontificales incorporées dans l'armée française. Les provinces d'I'rbin, Ancône, Macerata, Camerino étaient irrévocablement réunies au royaume d'Italie.

Le 11 juillet, avec les cardinaux demeurés à Rome, le pape tenait un consistoire, pour faire en quelque sorte le point. Il y résumait les injures qu'il avait subies et conjurait l'empereur d'écarter les conseils des perfides et, en songeant à l'humaine grandeur, d'éviter l'éternelle perdition. Mais il était impossible que Napoléon s'arrêtât dans la voie où il était entré.

Le 6 septembre, le cardinal Pacca, à son tour, recevait un ordre d'expulsion, qui, au dire de celui-ci, suscita un violent accès de colère chez le pape. Au reste, la tin de l'année 1808 et le début de la suivante enregistrèrent de terribles violences et de nouvelles

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insultes. Enfin, le 17 mai 180<), un décret daté de Vienne réunissait les États du pape à l'empire français: la ville de Rome était déclarée ville impériale et libre; des dotations étaient prévues, on assurait au pape un revenu net de 2 millions; une consulte serait instituée pour organiser le régime constitutionnel à partir du Ier janvier 1810. C'est le 10 juin que le décret futpublié à Rome, le pavillon pontifical fut descendu du château Saint-Ange et remplacé par le drapeau français. Dans la nuit du 10 au 11 fut affichée la bulle Quum memoranda, qui excommuniait, sans nommer précisément Napoléon, les auteurs de la spoliation. La sanction ne pouvait se faire attendre : le 4 juillet, Miollis chargeait le général Radet de procéder à l'arrestation du pape dans la nuit suivante, en utilisant les troupes napolitaines. L'enlèvement se fit de façon odieuse. Le cardinal Pacca put accompagner le pape expulsé jusqu'à Florence, et ensuite, sous un soleil de feu, au milieu d'un concours de population plus étonnée qu'indignée, Pie VII fut transféré par Alexandrie et Grenoble, puis par Valence et Nice, à Savone.

4° La captivité du pape. — Surveillé avec aménité parle préfet du département du Montenotte, le comte de Chabrol, Pie VII, attendait avec patience les événements qu'impliquait la situation de Napoléon, vainqueur à Wagram, mais arrêté en Espagne et sans action sur l'Angleterre. Le 7 février 1810, un sénatusconsulte avait prononcé la réunion des États pontificaux à l'empire. Le 1er avril, après le divorce et la cassation canonique du mariage de Napoléon et de Joséphine, l'archiduchesse d'Autriche, Marie-Louise, épousait l'empereur à Saint-Cloud, en présence de vingt-six cardinaux dont la moitié s'abstinrent d'assister le lendemain à la cérémonie religieuse; cette attitude fut aussitôt punie par leur exil et, dès lors, les faits caractéristiques se multiplient. Dix-neuf évêques réclament au pape la confirmation de leur nomination aux sièges épiscopaux. Le pape répond, le 5 novembre, au cardinal Maury, archevêque de Paris, en déclarant que toute institution faite par des évêques est nulle; le 1er janvier 1811, Mgr d'Astros, grand vicaire de Paris, est conduit au donjon de Vincennes; le 7 janvier, tandis que Pie VII se promenait dans le petit jardin de l'évêque de Savone, chez lequel il logeait, on procède à la visite de ses papiers et l'on s'empare de quelques-uns de ses livres de piété. Son serviteur, Moiraghi, est enlevé et conduit à Fénestrelle; défense est faite, le 14 juillet, au Saint-Père, de communiquer avec aucune Église, ou aucun fidèle de l'empire, et on le menace, puisque « rien ne peut le rendre sage », de le déposer.

Napoléon, cependant, essaie de gouverner directement l'Église. Sur les divers moyens imaginés voir l'art. Concordat, col. 771-776. A la fin de mars 1811, il a réuni le conseil ecclésiastique devant lequel il prononce une sorte de réquisitoire contre le pape. Les prélats réunis subissent sans réaction la colère impériale et, seul, l'abbé Émery défend avec bonheur et simplicité l'autorité du pape. Puis se tient le concile de Paris, dont une des premières décisions fut de députer plusieurs prélats à Savone. Ici commence, dans l'histoire morale du pape, un nouveau chapitre bien vite clos, très humain, puisque s'y vérifie la faiblesse même de l'humanité. De fait, le pape, âgé, isolé, opprimé, consent à quelques-unes des demandes françaises. Le concile décide alors un mode d'institution canonique, en cas de refus du pape, qui ressemblait singulièrement à ce qui avait été imaginé lors de la constitution civile. Et cinq cardinaux sont délégués avec plusieurs évêques auprès de Pie VII pour obtenir son adhésion. La « caravane sacrée ». selon l'expression du cardinal Pacca, arriva au début de septembre 181 1 et, surtout grâce à l'intervention du cardinal Roverella, réussit

dans sa mission; le pape, joué, alla jusqu'à approuver, par un bref et en s'en félicitant, les mesures décidées. Napoléon, d'ailleurs, n'accepta pas le bref, pour des raisons multiples, dont la plus réelle était sans doute que son acceptation impliquait la mise en liberté du pape.

Celui-ci demeura assez tranquille tout le temps qu'on prépara l'expédition de Russie. Napoléon ne pouvait encore renoncer à son système. Le 9 juin 1812, Pie VII fut prévenu qu'il allait être transféré en France et, de fait, le lendemain, il partit, très faible, au point de tomber malade, à l'hospice de Stupinigi; il reçut, le 11 juin, l'extrême-onction. Le 20 juin, il arrivait pourtant à Fontainebleau, après un voyage exclusivement passé dans une voiture fermée à clef, où on lui portait quand il était besoin, de la nourriture,

Après plusieurs semaines de lit, Pie VII fut en état de recevoir, et il fut bien obligé d'accueillir ceux qu'on appelait les cardinaux •< rouges > , c'est-à-dire enclins à subir les volontés impériales. Surtout, il dut accepter l'idée de recevoir Napoléon, qui, après l'expédition désastreuse de Russie, croyait nécessaire de se rendre favorables les éléments catholiques de l'empire par plus de mansuétude à l'égard du pape. Au début de l'année 1813, l'empereur envoya son chambellan à Fontainebleau pour complimenter le pape. Le pape répondit en envoyant à Paris le cardinal Joseph Doria. C'était rendre possible la réouverture des négociations dont Napoléon chargea pour son compte Mgr Duvoisin, évêque de Nantes. Les exigences de Napoléon étaient énormes. Le pape et ses successeurs promettraient de ne rien ordonner ou exécuter de contraire aux quatre propositions gallicanes de 1682; il ne pourrait nommer qu'un tiers des cardinaux, la nomination des deux autres tiers appartenant aux princes catholiques; le pape condamnerait, par un bref public, les cardinaux qui n'avaient pas assisté au mariage de l'empereur et de Marie-Louise, à l'exception des cardinaux di Pietro et Pacca, qui ne pourraient jamais approcher de Pie VII. Ce fut cependant la base des conversations tenues par les cardinaux Doria, Dugnàni, Rulïo, et de Bayane, avec le pape et par l'intermédiaire de Mgr Bertazzoli, et qui furent couronnées par les visites de Napoléon à Pie VII. Si l'empereur, dans la première, qui eut lieu le 19 janvier 1813, manifesta une sorte de cordialité exubérante, il agit ensuite sur le pontife affaibli avec autorité, et n'eut, finalement, guère de peine à lui arracher, le 25 janvier, sa signature au concordat de Fontainebleau. Du moins, Pie VII obtint-il, si l'on peut dire, en retour, la libération de Pacca. Les prélats et prêtres qui avaient participé à la pseudo-négociation furent tous récompensés.

Mais le concordat de Fontainebleau pouvait bien avoir été signé par le pape; celui-ci ne l'avait accepté que contraint et forcé, et, lorsque les cardinaux « noirs » commencèrent à être en rapport avec lui. Pie VII se rendit compte du sens des textes qu'il avait acceptés. Désespéré, il s'abstint plusieurs jours de célébrer la messe, puis il mit en délibération avec les cardinaux la valeur des articles, d'ailleurs rendus publics par Napoléon, et communiqués par l'archichancelier Cambacérès au Sénat. Entraîné par Consalvi, Pacca et quelques autres, il se décida à rétracter son adhésion. Le texte, précisé en minute, de cette rétractation, fut copié par lui en plusieurs jours, achevé et daté le 21 mars 1813. Pie VII y avouait ses remords et son repentir pour la faiblesse qu'il avait eue, le 25 janvier, de souscrire aux articles imposés par Napoléon. « Noire conscience, disait-il, reconnaissant mauvais notre écrit, nous le confessons mauvais et avec l'aidj du Seigneur, nous désirons qu'il soit cassé tout à lait, afin qu'il n'en résulte aucun dommage

PIK VII ET NAPOLÉON

pour l'Église) ni aucun préjudice jour notre àme. » Rapprochant la hiérarchie ecclésiastique de la hiérarchie militaire, il refusait désormais de substituer la puissance du métropolitain à la sienne. Par ailleurs, il semblait annuler l'excommunication antérieurement portée contre l'empereur.

La rétractation du pape fut communiquée par lui le ! même jour aux cardinaux. Quant à Napoléon, dès qu'il la sut. après un mouvement de colère, il lit comme si le document pontifical ne lui était pas parvenu, mais lit expulser le cardinal di Rétro, avertir les autres cardinaux de rester désormais dans une stricte inaction: enfin il publia, sous la date du 13 février 1813, deux décrets l'un déclarant le Concordat loi d'empire, le second affirmant son caractère obligatoire pour tout le clergé de l'empire et du royaume d'Italie. Le résultat, vis-à-vis de la cour romaine, de cette nouvelle violence fut que, à une nouvelle allocution consistoriale du pape du 9 mai 1813, les cardinaux souscrivirent individuellement par une copie de leur propre main, tandis que Pie VII adressait à l'empereur une humble prière de faire un traité admissible pour le Saint-Siège, et préparait personnellement la tenue d'un conclave si lui-même mourait en captivité.

Mais, tandis que, connue dans ses appartements de Fontainebleau, le pape, d'ailleurs violemment critiqué par la police impériale pour son économie, qui allait jusqu'à lui faire laver personnellement sa soutane, ou pour sa patience réfléchie, qui l'écartait de lire les livres, d'ailleurs non ecclésiastiques, de la bibliothèque du château, attendait l'issue du drame où se jouait une si sévère partie. Napoléon essayait de briser la coalition européenne sur les champs de bataille allemands.

La victoire de Lutzen (2 mai) fut notifiée par Marie- Louise au pape, qui remercia l'impératrice de cette notification d'une façon assez froide, pour ne choquer aucun des adversaires de la France, et joignit à ses remerciements un réquisitoire plutôt vif contre les procédés infligés par l'empereur à la cour de Fontainebleau. C'est que le pape savait par son entourage, lui-même tenu au courant par bien des intermédiaires, la situation délicate où se trouvait Napoléon. Aussi, lorsqu'il fut question d'un congrès à Prague, en vue de la paix générale. Pie VII fit savoir à l'empereur d'Autriche la nature et l'étendue des droits qu'il avait l'intention de revendiquer. La publication du concordat du 25 janvier 1813 ne pouvait dès lors prévaloir contre le pouvoir du Saint-Père sur Rome et l'État pontifical.

5° Le retour à Rome. Premiers essais de réorganisation. — Le cardinal Consalvi dirigeait de fait toute cette diplomatie pontificale, qui s'affirmait aussi à l'égard de négociateurs plus ou moins qualifiés, adressés par l'empereur au pape, Mm- Brignole, de Sienne. Mgr Fallot de Haumont, archevêque de Bourges, le colonel Lagorsse : la restitution de l'État pontifical, le retour à Rome, c'étaient les deux exigences immédia. es de Pie VII, et la crise où l'empire était précipité allait les exaucer. C'est le 23 janvier 1814 que Pie VII quitta Fontainebleau d'après les ordres donnés au colonel Lagorsse: les cardinaux s'éloignèrent les jours suivants. Le 2 avril, le gouvernement provisoire, créé à Paris après l'entrée des Alliés, prenait un arrêté pour assurer dans les meilleures conditions possibles de rapidité et d'honneur la sortie du pape du territoire français. Joachim Murât, roi de Naples, essaya bien, à Césène, d'empêcher l'entrée du pape dans ses F.l al s, que les troupes napolitaines occupaient, sous prétexte qu'une pétition avait été envoyée aux puissances, au sujet de l'institution d'un pouvoir séculier à Rome. C'est de Césène que Pie VII écrivit, le 30 avril, à Louis NYIII pour protester contre ce qui, dans la constitution française

nouvelle, était contraire à la religion ou à l'Église, et pour réclamer le renvoi à Home des archives vat icanes. Le 20 mai, il accréditait Consalvi auprès du roi de France et, par un bref spécial, réclamait le même jouicontre le traité de Tolentino. Le 21 mai. enfin, il faisait son entrée solennelle à Home.

A certains égards, il semblait que la tradition, brisée en 18(15, lorsque Consalvi et Talleyrand avaient dû quitter les affaires, ou en 1809, lorsque le pape avait été arraché à sa capitale, était reprise. Mais l'Europe, bouleversée par les guerres napoléoniennes et les vues de la Sainte-Alliance. était bien transformée. Pour les États pontificaux, une partie restait encore occupée par les Napolitains; les Légations, abandonnées par le prince Eugène, demeuraient aux mains des Autrichiens. Et, cependant, l'effort des hommes qui avaient traversé l'époque de la Révolution et de l'Empire, et qui se trouvaient de nouveau à la tête des affaires, tendait à restaurer celles-ci selon les plans qu'ils imaginaient avoir gouverné le monde avant qu'éclatât la crise.

Ainsi Pie VII avait-il choisi Consalvi pour le représenter à Paris et à Londres, puis à Vienne, et Pacca pour tenir le rôle de prosecrétaire d'État. Le gouvernement français, de son côté, non seulement rejetait le concordat de Fontainebleau, mais songeait à écarter le concordat de 1801. Voir l'art. Concordat, col. 77(i. Le 26 septembre, fut tenu un consistoire où le Saintl'ère rappela comment il avait repris le gouvernail de l'Église : si l'on devait effacer le souvenir des maux subis, on n'oublierait pas, ajoutait-il, la rage avec laquelle « le Prince des ténèbres avait frappé la société chrétienne ». Mais Pie VIT avançait avec prudence dans la restauration et, s'il accusait réception du mémoire français en faveur de l'augmentation des sièges archiépiscopaux et épiscopaux en priant Louis XYIII d'abolir aussitôt que possible « tant de dispositions contraires à l'autorité et à la liberté de l'Église », s'il continuait à réclamer à l'empereur François Ier la restitution des Légations, s'il observait avec une certaine inquiétude les événements de l'île d'Elbe et de Naples, c'est avant tout à la réorganisation des institutions chrétiennes et à la restauration des États pontificaux qu'il travaillait : installation de couvents de sœurs hospitalières en Italie, dotation d'établissements pieux aux États-Unis, embellissements à Rome, dégrèvement des provinces les plus pauvres. De plus considérable importance devait être la restauration de la Compagnie de Jésus. Peu après son avènement, Pie VII avait régularisé l'existence en Russie des débris de la société (bref du 7 mars 1801 ); des concessions analogues avaient été faites, en 1804, dans le royaume de Naples, d'ailleurs rendues caduques par les bouleversements politiques ultérieurs. Rentré à Rome en 1814, le pape, par la constitution Sollicitudo omnium Ecclesiarum, datée du 31 juillet el solennellement promulguée le 7 août, annulait le bref Dominus ac Redemptor de Clément XIV, et rétablissait la société dans son état antérieur.

Mais le coup de foudre du retour de l'île d'Elbe bouleversa une nouvelle fois l'Europe. En même temps que la nouvelle en arriva à Rome, Joachim demanda le passage pour 12 000 hommes dans les Htats pontificaux. Pie VII refusa, mais quitta, le 24 mais 1815, sa capitale pour Livournc, la Spezia, et, finalement. Gênes. Le I avril, Napoléon écrivait au pape el ministre des Affaires étrangères, Caulaincourt, au car dinal Pacca, poui justifier le coup d'État antiboui bonien, annoncer la paix générale et proclamer la sollicitude du gouvernement impérial envers le Saint-, Siège. Celui-ci ne devait point recevoir ces docum< en tout cas. il n'y répondit pas. Le cardinal Fesch, accrédité par son neveu auprès du pape, ne pouvai

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