‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 69 sur 437 · PIE IX. » APPORTS AVEC LES ÉTATS · texte numérisé non relu

PIE IX. » APPORTS AVEC LES ÉTATS

lin à la désastreuse campagne du « Ku turkarapf », ce ne fut que grâce à l'énergie déployée par son prédécesseur. La persécution religieuse eut un avantage imprévu : elle lia davantage le clergé prussien avec la papauté et l'habitua à chercher près d'elle des direct ives.

Ou trouvera une bibliographie copieuse sur le

Kulturkampf » dans l'excellent ouvrage de G. Goyau,

Bismarck et l'Église. Le u Kulturkampf* (1870-1878),

Paris, 1911-1922, 2 vol.; le texte des lois persécutrices

se trouve au t. rv du même ouvrage, p. 225-286.

5° Relations avec la Hollande. — En 1841, le Saint- Siège avait vainement tenté de rétablir la hiérarchie ecclésiastique d'un commun accord avec le gouvernement. Le 4 mars 1853, Fie IX se crut assez fort pour se passer de son concours. Des évèchés furent érigés à Harlem, Utrecht, Bois-le-Duc, Bréda et Ruremonde, et Utrecht devint le siège d'un archevêché. Le 29 août suivant, le pape excommunia l'évèque janséniste Herman Heykamp et invita ses partisans à se réconcilier avec l'Église romaine. Ces initiatives soulevèrent les passions des anticléricaux et des protestants, mais elles triomphèrent finalement de l'opposition qui toléra le fait accompli.

6° Relations avec l'Angleterre. — Les catholiques anglais, dont le nombre devenait imposant, désiraient depuis longtemps que le régime du vicariat apostolique cessât. Pie IX leur donna satisfaction en créant douze évèchés et un archevêché, par un bref du 24 septembre 1850. Certains sectaires anglicans, rendus furieux par cette mesure, essayèrent d'ameuter l'opinion en brûlant en effigie le Saint-Père et Wiseman, archevêque de Westminster, revêtu de la pourpre cardinalice. Mais le nouveau cardinal réussit à calmer la susceptibilité britannique par un habile Appel au peuple anglais. L'attentat commis contre le pape eut pour effet de hâter l'abjuration de Manning (6 avril 1854) qui sera une des gloires de l'Angleterre catholique. Voir Thureau-Dangin, La renaissance catholique en Angleterre au XIXe siècle, t. n, Paris, 1903; 11. Hemmer, Vie du cardinal Manning, Paris, 1898.

7° Relations avec la France. — L'action de Pie IX en France fut profonde. Elle se manifesta surtout dans deux occasions, de façon heureuse. Quand le comte de Failoux exposa devant la Chambre des députés le projet de loi sur la liberté de l'enseignement, il s'entendit interpeller par des membres de l'extrème-droite. On lui reprochait de n'avoir, au préalable, consulté ni le pape, ni I'épiscopat et d'avoir fait figurer, dans les conseils supérieurs de l'Instruction publique, les rabbins ainsi que les pasteurs protestants aux côtés des représentants de l'Église. Le projet Failoux ayant été sanctionné par les votes de la Chambre le 15 mars 0, des catholiques hésitèrent à accepter la loi malgré les avantages qu'elle présentait. Ils craignaient de céder à des tendances libérales. Mais Pie IX, plus cl'iirvoyant qu'eux, signifia aux évêques de France, par l'intermédiaire du nonce, que l'intérêt de l'Église primait tout et que l'acceptation de la loi s'imposait (15 mai 18511).

I ;i question de l'enseignement dans les collèges libres, qui se créèrent, la loi votée, avec une rapidité surprenante, suscita de graves dissentiments. En 1851 parut un écrit signé de Joseph Gaume, vicaire général de Xevers, et intitulé : Le ver rongeur des sociétés modernes. Sous couleur de réclamer une instruction Strictement catholique et de fulminer contre l'emploi trop exclusif des auteurs païens dans les élublissements d'études secondaires, l'auteur visait les méthodes mises en honneur par les jésuites. Ceux-ci protestèrent et se sentirent appuyés par .Mgr Dupanloup qui professait les mêmes sentiments qu'eux silice point. C'en fut assez pour que le P. d'Alzon, fon-

dateur des augustins de l'Assomption, et Louis Yeuillot soutinssent la thèse contraire. Une encyclique, publiée le 21 mars I ,S.">3, trancha le débat. Elle recommanda l'emploi simultané des ouvrages des Pères de l'Église et des écrits païens, mais expurgés.

L'intervention de Pie IX dans les affaires de France marque une ère nouvelle. Les ultramontains assurèrent la victoire du pouvoir pontifical sur le gallica nisme auquel le gouvernement impérial prêta vainement son appui. La liturgie romaine supplanta, sauf à Lyon, celle qui avait été jusqu'ici en usage en France.

L'ne abondante bibliographie a été fournie par .J. Maurain, La politique ecclésiastique du second Empire, de 1852 à l8fi!J, Paris, 1930. Voir, du même. Le Saint-Siège cl la France de décembre 18 ôl à avril 1S53. Documents inédits, Paris, 1930; P. de La Gorce, Histoire de la IF République française, Paris, 1901. 2 vol.; E. Lecanuet, Montatembert, Paris, 1889. 1. n et m et L'Église de France sous la IIIe République, t. i. Paris, 1910; Comte de Failoux, Mémoires d'un royaliste. Paris, 1888, 2 vol.; H. de Lacombe, Les débals de lu commission de 18 4!), Paris, 1899; A. Debidour. Histoire des rapports de l'Église et de l'État en France de 1789 à 1870, Paris, 1898 (ouvrage périmé en partie par celui de J. Maurain).

8° Relations avec la Suisse. — Les relations avec la Suisse furent orageuses. La nomination faite par le pape, le 25 septembre 1804, de Mgr Mermillod comme auxiliaire de Mgr Marilley en ce qui concernait le canton de Genève, ne provoqua pas, au début, d'incidents. Mais le zèle apostolique déployé par le prélat inquiéta les éléments protestants qui poussèrent le gouvernement à l'empêcher d'exercer ses fonctions sacrées. Cette mesure engagea Pie IX à soumettre les Genevois au régime des missions et à donner le titre de vicaire apostolique (16 janvier 1873) à Mgr Mermillod qui n'en put jouir en paix, car un décret du conseil d'État le condamna à l'exil. Cf. Burnichon, Un jubilé oublié, dans les Études, 20 février 1898, p. 443-459.

9° Relations avec l'Espagne et le Portugal. — Le concordat signé le 16 mars 1851 avec la reine Isabelle II n'eut qu'une durée éphémère; celui qui lui fut substitué, le 25 août 1859, eut plus de portée. Raccoltà di concordati, p. 770-799, 920-929. Cependant, il se trouva menacé sérieusement à la suite de la révolution ! de 1868 et les cris de mort poussés à Madrid contre le ! pape laissèrent présager son abrogation. La constitution du 6 juin 1869 ne remédia pas à la situation précaire faite au clergé, quoiqu'elle contînt un article relatif à son traitement et qu'elle eût établi la liberté des cultes. Il est vrai que les encouragements donnés par Pie IX au prétendant don Carlos ne pouvaient qu'exacerber la haine des libéraux espagnols contre les prêtres, coupables à leurs yeux d'avoir les mêmes préférences que le pape. L'accession au trône d'Alphonse XII et l'abandon par don Carlos de ses prétentions amenèrent une détente et le respect de la constitution de 1876 qui avait proclamé le catholicisme religion d'F.tat.

Avec le Portugal, Pie IX passa un concordai relativement au droit de patronat exercé dans les Indes, le 21 février 1857. Raccoltà di concordati, p. Ml 852.

IV. Relations avec l'Amérique. — L'action du Saint-Siège dans l'Amérique <\u Nord se limita à favoriser le développement au Canada et aux États-Unis de la hiérarchie ecclésiastique, a permettre l'érection de l'université Laval à Québec (187ii). à encourager la réunion d'un concile à Baltimore (7 octobre 1866).

Dans l'Amérique centrale el l'Amérique du sud. Pie IX exerça une influence liés profonde. Il noua des relations diplomatiques suivies avec les diverses repu bliques qui tinrent pour la plupart a possède] représentants à Borne. Des concordats avanta

1MK IX. MISSIONS

furent signés, de 1852 à 18(12, avec Costarica, le Guatemala, Haïti, le Honduras, le Nicaragua, San Salvador, le Venezuela, l'Equateur; ils mirent lin aux querelles religieuses qui avaient trop longtemps désolé certains de ces pays. Raccoltà di concordati, \>. 800-821, 929-999. En Argentine, la constitution de 1855 reconnut la religion catholique comme officielle cl concéda la personnalité civile à l'Église et aux congrégations religieuses. Si un concordat ne se conclul pas en 1858, du moins Pie IX érigea en évêché le vicariat apostolique de Parana (23 octobre 1859). L'ouverture, à Home, du collège Pio-Latino Amerieano, lut une œuvre des plus salutaires pour la formation morale et intellectuelle du jeune clergé de l'Amérique latine. Vicente G. Quesada, Derecho de Patronato; influenria politica y social de la Iglesia caltolica in America, Buenos-Aires, 1911), et l'article Amérique du présent dictionnaire; P. Berthe, Garcia Moreno, président de l' Equateur, vengeur et victime du droit chrétien, Paris,

V. Missions. — Durant le pontificat de Pie IX, les missions prirent une extension considérable dans le monde entier grâce à la politique coloniale adoptée par l'Europe. Leurs succès ont été notés ici-même aux articles Afrique, Amérique et Missions.

Le 3 juin 1877 avait été célébré le jubilé épiscopal de Pie IX et cette cérémonie avait donné lieu, de la part des catholiques, aux plus vives manifestations de loyalisme et d'amour. Mais, dès ce moment, la santé du pape, plus qu'octogénaire, inspirait des inquiétudes. Victor-Emmanuel II, pourtant, le précéda d'un mois dans la tombe. Pie IX mourut le jeudi 7 février 1878, ayant gouverné l'Église 31 ans, 7 mois et 22 jours, dépassant ainsi de beaucoup les « vingt-cinq années » traditionnelles de Pierre, qu'aucun pape jusqu'à lui n'avait vues.

I. L'ensemble du pontificat. — /. SOURCES. — Les documents olliciels émanés de Pie IX ou relatifs à son pontificat sont épars dans divers recueils tels que la Colleclio Lacensis. Acla et décréta sacrorum conciliorum recentiorum, Fribourg-en-Brisgau, 1876-1890, t. ii-vii; Jus pontifteium Sacrœ Congregalionis de Propaganda fide, Home, Ï894-1909, t. vi, vu, et parte II; Acta sanctœ Sedis (utile recueil des actes du Saint-Siège publié à Rome, à partir de 1865); Acla PU IX papiv, Rome, s. d., 7 vol.; deux collections partielles des actes de Pie IX ont été publiées à Paris : Recueil des actes de N. S.-Père le pupe Pie IX, t. i, Paris, 1848, et Recueil des allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques des souverain-: pontifes Clément XII, Benoit XIV, Pie VI, Pie VII, Léon XII, Grégoire XVI et Pie IX citées dans l'encyclique et le « Syllabus • du 8 décembre 1864 suivi du concordat de 1801 et de divers autres documents, Paris, 1865; A. de Roskovany, Romanus poniijex tamquam primas Ecclesiie et pr.inceps civilis e monumcnlis omnium siaculorum demonslratus, nclditu amplissima lileralura, Nitrhe, 1867-1876, t. iv-xi; Mansi, Martin et Petit, Sacrorum conciliorum nova et amplissima colleclio, Leipzig, 1909-1927, t. xl-liii; A. Chantrel, Annales ecclésiastiques, Paris, 1887 (recueil pratique de documents et énoncé des faits dans l'ordre chronologique); P. de Fran: ciscis, Discorsi dcl sommo pontefice Pio IX, Rome, 1872- 1878, -1 vol. (556 discours prononcés après le 20 septembre 1870 lors des réceptions); Mgr Cani, Procès romain pour la cause de béatification et de canonisation du serviteur de Dieu, le />ape Pie IX, Paris, Bonne Presse, s. d.; Dom Chaînant, Annales ecclésiastiques (1869-1873), Paris, 1893 (continuation de l'ouvrage de Chantrel); Pio IX e l'italia, ossia storia delta sua vita. Milan, 18-18 (livre anonyme précieux à cause des documents qui y sont rassemblés).

//. TRA VA l'A'. — F. Hayward, Le dernier siècle de la Rome pontificale (1814-1870), t. Il, Paris, 1928, p. 210-310 (oeuvre littéraire de seconde main). Il n'existe pas encore une biographie critique et complète de Pie IX. Le récent livre de E. Vercesi, Pio IX, Milan, 1930, est intéressant et inarque un léger progrès; J.-B. Bury, History of the papacy in the XIX th cenlury (1864-1878 ), Londres, 1930 (étude concernant le mouvement doctrinal); Y. de la Rriére, Chro-

nique du mouvement religieux. I.e cinquantenaire de Pie /.Y, dans lis Éludes, I. excv, 1928, p. 95-107; B. Castaldi, Pio IX e i suoi lempi, Rome, 18X2.

II. La question romaine. /. SOURCES. — M. Hulici'l Bastgen a réuni un choix de document très utiles sous le titre de Die romisehe Frage. DoUumenle und Stimmen, Fribourg-en-Brisgau, 1917-1919, 3 vol.; les sources publiées sont très nombreuses. Nous ne signalerons ici que les principales :

1" .S'oonc.s diplomatiques. — ■ N. Bianchi, Storia documen tata délia diplomazia europea in Italia duir anno 1814 ail' anno 1861, Naples-Rome, 1869-1872, t. vi-viii; (;. Bianchi, Storia diplomalica délia gueslione romana, dans Xuova anlologia, t. XV, 1870, p. 363, 612, et t. \vi, 1871, p. 3-11; F. de Lesseps, Ma mission a Rome, ruai 1849, Mémoire présenté au Conseil d'Etat, Paris, 1819; E. Ouinet, La question romaine devant l'histoire, 1848-1867 .■ Actes officiels, documents diplomatiques, etc., Paris, 1868; A. Isaia, Negozialo Ira il conte Cavour ed il cardinale Anlonelli conchiuso per la cessione del potere temporale dcl papa, Turin, 1862; E. Bourgeois et E. Clermont, Rome et Napoléon III ( 1849-1870 /, Paris, 1907; A. Pingaud, Napoléon III et ses projets de confédération italienne, dans Revue historique, t. clv, 1927, p. 333-336; L. Thouvenel, Le secret de l'empereur. Correspondance officielle et inédite échangée entre M. Thouvenel, le duc de Gramont et le général comte de Flahault (Isiju- 1864), Paris, 1889, 2 vol., et Pages de l'histoire du second Empire d'après les papiers de M. Thouvenel (1854-1858), Paris, 1903; M. Minghetti, La convenzione <li settembre, Bologne, 1899; M. Lyons, Dispalches frorn Lyons respecling the condition and administration of the papal states, Londres, 1860; G. -IL Malmesbury, Officiai correspondence on the italian question, Londres, 1859; B. d'IIarcourt, Les quatre ministères de M. Drouyn de Lhuys, Paris, 1882; le Moniteur universel donne le compte rendu des séances du Parlement où fut agitée la question romaine, des pièces diplomatiques et le texte des discours impériaux; ,1. Favre, Rome et la République française, Paris, 1871. — Les origines diplomatiques de la guerre de 1870-1871, dans Recueil de documents publié par le ministère des Affaires étrangères, Paris, 1910-1932, 32 volumes (documents échelonnés entre le 25 décembre 1864 et 1870); Prince Napoléon, Les préliminaires de la paix, 11 juillet 1859. Journal de ma mission à Vérone auprès de l'empereur d'Autriche, dans Revue des Deux Mondes, 1" août 1909, p. 481-503.

G. Bothan, Souvenirs diplomatiques. L'Allemagne .-( l'Italie, 1870-1871, t. n, Paris, 1885, contient la correspondance diplomatique de Rothan qui fut ministre plénipotentiaire du gouvernement de la Défense nationale à Florence, du 1er janvier au 15 avril 1871; en appendice, se trouve (p. 405-429) le récit d'un Voyage fait à la suite du roi Victor-Emmanuel « travers l'Italie, novembre 1863, qui contient le compte rendu d'une audience pontificale; l'auteur était alors secrétaire d'ambassade près la cour de Turin; Cadorna, La liberazione di Ronia nell' anno 1870, Turin, 1889; cet ouvrage reproduit les Documenli diplomatici rclativi alla quesiione di Roma que publia le gouvernement italien après le 20 septembre 1870; A. Boz/.ola e Buttini, Stato e Chiesa nel regno di Sardegna negli anni 1849-1850 c la missione Pinelli a Roma, dans // risorgimenlo italiano, nouv. série, t. xm, 1920, p. 217-260; t. xiv, 1921, p. 294- 375 (documents extraits des archives Pinelli à Turin); La quesiione romana, negli anni 1860-1861; Carteggio del conte di Cavour con D. Pantaleoni, C. Passaglia, O. Vimercali, a cura délia commissione reale éditrice, Bologne, 1929,

2 vol.; /( carteggio Cavour-Nigra dal 18-58 al 1861, a cura délia commissione reale éditrice, Bologne', 1926-1928, 4 vol.; Correspondence respecling the affairs of Italy (1S1H- 1849), Londres, 1849, 4 vol.; Correspondence res/iecting the affairs of Rome, 1849, Londres, 1851; Correspondence rapecting the affairs of Rome, {870-187 1, Londres, 1871 ; Archives diplomatiques, recueil de diplomatie et d'histoire, années 1X61 à 1878, surtout l'année 1874, t. Il, qui contient des Documents relatifs à l'occupation de Rome et des états pontificaux par l'Italie, 1870-1871, p. 1-236.

2° Documents de nature diverse. — B. .Mussolini, Italia, Roma e papato nelle discussioni parlantentari dal 1860 al 1871, Roma, 1929; F. Gregorovius, Rôniische l'ugebucher Stuttgart, 1X92; 1. Ghiron, Annall d' Italia in continuazioni- al Muratori e al Coppi (1861-1880 ), Milan, 1888-1899,

3 vol.; Fr. Scaduto, Guarentigie ponlificie e relazioni fra Stato et Chiesa, Turin, 1XS9, 2' éd.; P. Artom et A. Blanc, Œuvre parlementaire du comte de Cavour traduite et annotée,

PIE IX — PIK X

Paris, 1862; Si. Mandai, Discorsî parlamentari sulla questions romana, 1861-1870, sulV indipendenza spiriluale del ponteficee sulla libertàdellaChiesa, Rome, 1871 ; L.-C.Farini,

La Statu romano dcll' aimo 1S48 ni 1850, Florence, 1851- 1853, 4 vol.; L. <le Gaillard, L'expédition de Rome en 1849, Paris, 1861; Oudinot, Précis historique et militaire de l'expédition française en Italie en 1849, Paris, 18 19; Vaillant, Siège de Rome c:i 1849 i>,ir l'armée française, Paris, 1851; Vertray, Album de l'expédition romaine, Paris, 1853; G. Guerzoni, Sludi militari suit' tillima campagna per Rama, dans Nuoua antologia, avril 1868.

3° Journaux. — Les journaux ont joué un grand rôle dans la prépara lion du mouvement révolutionnaire de 1S4S. Les principaux sont : // Contemporaneo, I.a Palla.de, Il Costituzionale, La Speranza, Il Labaro, L'Epoca, Don Ptrleone, Casandrino, La Bilancia. — 1-e Diario di Roma, feuille officielle, cessa de paraître le 16 janvier 1848 et prit, le jour suivant, le nom de Gazzetta di Roma. A celle-ci fut substituée, le 30 janvier 1849. // monitore romano, lequel ne dura que jusqu'au 3 juillet 1849. Après la restauration du pouvoir pontifical, les journaux politiques disparurent. Le Giornale di Roma ( 1849-1870) relata tout ce qui concernait la vie économique et politique de l'État, publia les documents officiels et les communiqués de la secrétairerie d'État, les polémiques avec les feuilles piémontaises. — A partir de 1830, parut la Civiltà cattolica, organe des jésuites. La Correspondance de Rome représenta l'opinion des légitimistes français. L'Opinione, la Nuooa antologia, la Revue des Deux Mondes et le Correspondant doivent être consultés, parce qu'ils se mêlèrent aux événements. Fn France, le Moniteur universel jusqu'en 1869, puis le Journal officiel, contiennent les débats parlementaires, et de nombreux documents diplomatiques, le Constitutionnel, la Patrie et le Pags furent des organes officieux.

4° Lettres. — Cavour, Leltere édile cd inédite, éd. L. Chiala, Turin, 18S3-1887, 6 vol. et Suave lettere inédite, éd. Edm. Mayor, Turin, 1895; Kurd von Schlôzer, Rômische Brieje, 1S64-1S60, Berlin, 1912; A. Monti, Pio IX nel risorgimento ilaliano, Bari, 192S (publication d'une cinquantaine de lettres inédites de Pie 1X1; L.-C. Farini, Epistolario, t. Il-m, éd. L. Rava, Bologne, 1911.

5° Mémoires. — M. Minghetti, / miei Ricordi, Turin, 1888-1889, 3 vol.; P. Ballerini, Les premières pages du pontifical du pape Pie IX, Rome, 1909; Mémoires du duc de Broglie, dans Revue des Deu.r Mondes, t. xxv, p. 622- 629, et t. .x.xvi, 1925, p. 122-139, 398-423; F. de Lesseps, Souvenirs de quarante ans, Paris, 1887; D. Pantaleoni, L'idea italiana nella soppressione del potere temporale dei papi, Turin, 1864; G. Pasolini, Memorie raccolte da suo l'iglio, Turin, 1915, 4e éd. ; Comm. Weil, La question romaine, !*'ii>-1860, par le marquis Joachim-Sapoléon Pepoli, dans Revue d'histoire diplomatique, 1913, p. 554-610; 1914, p. 114-153, 221-274; (Vénérai comte Emile-Félix Fleury, Souvenirs, Paris, 1897-1898 (sur sa mission à Florence en 1866); Comte de Pimodan, Simples souvenirs, 1859-1907, Paris, 1908; Prince de Ligne, Le pape Pie IX à Gaète. Souvenirs inédits publiés avec, un avant-propos par F. Leuridant, dans le Correspondant, 25 avril 1929, p. 172-195; Aug. Gérard, La vie d'un diplomate sous la IIP République. mémoires publiés par P. Arnould, Paris, 1928; G. Manfroni, Sulla soglia del Vaticano (1870-1901). Dalle memuric di Giuseppe Manfroni a cura del figlio Camillo, vol. i, Bologne, 1 920.

//. TRAVAUX. — La copieuse bibliographie réunie dans le recueil cité de Bastgen (t. n, p. 841-864) est incomplète. Il faut citer les ouvrages ou articles suivants : Ch. Benoist, La formule de Cavour : L'Église libre d<ins l'Étal libre, dans Revue des Deux Mondes, Ve sér., t. XXVIII, 1905, p. 343-372; B. King, Histoire de l'unité italienne, Paris, 1901 (partiale); Ch. Loiseau, La nouvelle question romaine, dans le Correspondant, 25 octobre 1923, p. 193-222; P. Matter, Cavour et l'unité italienne, Paris, 1927, 3 vol.; F. Ollivier, L'empire libéral, t. x, Paris, 1905, et L'Église et l'État au concile du Vatican, t. n, Paris, 1879, p. 452-485 (apologie de la politique napoléonienne); H. di Cesare, Roma e lo Stato del papa dal rilorno di Pio IX ni 20 seltembre. Borne, 1907, -' vol.; H. Welschinger, La France, l'Autriche et l'Italie en 1870, dans le Correspondant. 25 juillet 1907, p. 209-239; A. Chianale, / bilanci dello Slalo ponlificio délia vigilia délia rivoluzione romana, Turin, 1926; A. Maurici, L'opéra délia SUilia per la cessazione del potere temporale <■ la liberazione di Roma e di \'enezia ail' inizio del régna d'Ilalia f/Sfil- 1862), Palerme, 1912; E.-G. Millier, Die Allokution Pius IX. Lin Beilrug zum Wesen <ler rômischen Frage, Fribourg-en-

DICT. DE THÉOL. CATHOL

Brisgau, 1928; G. délia Porta, I.a poliliea ecclesiastica di Vitlorio Emanuele II, Casale, 191 l; ('.. Prati, Papes cl cardinaux dans la France moderne, Paris, 1923; A. Vigevano, /.« fine dcll' esercito ponlificio. Home, 1920; Weil, Un précédent de l'affaire Morluru, dans Revue historique, I. cxx.xv n, 1921, p. 49-66; ('.. de Pimodan, \'ie du général de Pimodan (1822-1866), Paris, 192S; (,. Carrère, Le pape, Paris, 1924; Lecanuet, L'Église de France sous la IIP- République, t. i, Paris, 1910, p. 130-178; Ch. van Duerm, Vicissitudes politiques du pouvoir temporel des papes, de 1790 à nos jours, Lille, 1890; G. Rothan, Napoléon III et l'Italie, dans Revue des Deux Mondes, 1" et 15 février 1899, p. 529-561, 75S- 790; M. de Saint-Albin, Histoire de Pie IX et de son pontificat, Paris, 1870 (une des moins mauvaises biographies du pape); A. -F. Day, The Morlara case, dans The monlh, t. ci. m, 1929, p. 500-509; A. -Y. Delacouture, Le droit canon et le droit naturel dans l'affaire Morlara, Paris, 1858; Il piccolo neo/ilo Edgardo Morlara, dans la Civiltà cattolica, IIIe série, t. xn, 1858, p. 385-416 et Cio ehc sa é eio che non sa la Revue des Deux Mondes intorno ad Edgardo Morlara, ifcid., p. 529-541 (réponse à un entrefilet paru dans le numéro du 1" novembre 1858, p. 219-220, sous la signature d'E. Forcadc); F. Vercesi, Pio IX, .Milan, 1930; (',. Spada, Sloria délia rivoluzione di Roma e delta reslaurazione del governo ponlificio, dal 1 guigna 1816 al 12 luglio 1849, Florence, 1869-1870, 3 vol.; L. Besson, Frédêric- François-Xavicr de Mérode, Paris, 1886 (il existe plusieurs éditions de cet ouvrage); R. Bittard des Portes, Histoire des zouaves pontificaux, Paris, 1898; F. Keller, Le général de La Moricière, Paris, 1873, 2 vol.; Souvenirs du régiment des zouaves pontificaux, Rome 1860-1870. Soies et récits réunis i>ar le baron de Charelte, Paris, 1877, 2 vol.; Général Kanzler, La campagna romana dell' esercito ponlificio nel 1868, Bologne, 1868; E. Durand-Morimbeau, La question romaine, 1869-1870, Paris, 1901; De Beaufïort, Histoire de l'invasion des États pontificaux et du siège de Rome en septembre 1870, Paris, 1880 (avec documents). On trouvera une bibliograpie copieuse dans ma Question romaine de Pie VI à Pie XI, Paris, 1932.

G. Mollat.

PIE X, pape du 4 août 1903 au 20 août 1914. I. Les antécédents et le conclave. II. La politique extérieure (col. 1717). III. La lutte contre le modernisme, (col. 1725). IV. L'action sociale (col. 1730). V. La réforme intérieure de l'Église (col. 1736).

I. Les antécédents et le conclave. — Joseph Melchior Sarto, qui devait être le pape Pie X, naquit au village de Riese (Vénétie), le 2 juin 1835, d'une famille extrêmement modeste. Sa vocation ecclésiastique se précisant de bonne heure, il commença ses premières études au collège municipal de Castelfranco, entra en novembre 1850 au séminaire de Padoue où il fit ses humanités, sa philosophie et sa théologie. Il en sortait en septembre 1858, ayant été ordonné prêtre à Castelfranco, et était envoyé comme vicaire au gros bourg de Tombolo. En juin 1807, il obtenait au concours la cure de la petite ville de Salzano où il demeura jusqu'en novembre 1875. A cette date, nommé chanoine titulaire de Trévise, il joignit à cette fonction celle de chancelier de l'évêché et de directeur spirituel du séminaire épiscopal. Neuf ans plus tard, en septembre 1884, il devenait évèque de Mantoue dont il administra le diocèse avec beaucoup de sagesse. C'est à Mantoue que Léon XIII alla le chercher pour le faire patriarche de Venise et cardinal, en juin 1893. Son entrée à Venise fut retardée par l'opposition du gouvernement italien, lequel ne lui accorda l'exequatur que le 5 septembre 1894. Adoré de son peuple auquel il se donnait sans compter, il semblait devoir terminer dans la ville de Saint-Marc cette carrière tout unie, toute remplit par le ministère pastoral. Nul, à coup sur, au centre de la catholicité, ne pensait qu'il pût arriver au suprême degré dé la hiérarchie ecclésiastique. La Providence pourtant l'avait désigné pour recueillir une des plus lourdes successions qui se soient rencontrées dans l'histoire de l'Église.

Léon XIII étail mort le 20 juillet 1903; le conclave s'ouvrit le 31 juillet, il comptait 62 cardinaux. Qui

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obtiendrait les 12 voix nécessaires pour être élu pape? Les ebances «lu cardinal Rampolla, l'ancien secrétaire d'État de Léon XIII, étaient considérables, encore qu'il ne lu' pas absolument assuré qu'il pût obtenir la majorité requise. In coup de théâtre vint d'ailleurs interrompre l'ascension régulière du nombre de ses voix. Le dimanche 2 août, après le scrutin du matin, le cardinal l'uzvna, archevêque de C.racovie, signifia l'exclusive de l'Autriche à l'endroit du cardinal Rampolla. Contre celle résurrection d'un vieil abus qui semblait périmé, des protestations furent élevées; elles ne furent pas de nature cependant à rallier au cardinal exclu par François-Joseph la douzaine de voix qu'il lui fallait encore. Soit timidité devant les difficultés que l'Autriche pouvait susciter, soit désir de briser avec la politique de Léon XIII, le conclave se rallia assez vite à la candidature du cardinal Sarto. Celui-ci avait obtenu 5 voix au premier scrutin, 10 au second, 21 à celui du dimanche matin après lequel fut signifiée l'exclusive de Rampolla; il en eut24 au scrutin du soir et, le lundi matin, il arrivait en tête avec 27, le cardinal Rampolla n'en ayant plus que 24. Le cardinal Sarto obtenait 35 voix le lundi soir; l'accession des électeurs qui avaient tenu jusque-là pour Rampolla lui assura la quasi-unanimité. Il était élu le mardi 4 août par 59 voix. « Confiant dans les suffrages des saints pontifes qui avaient honoré le nom de Pie et qui avaient défendu l'Église avec fermeté et avec douceur », il voulut être appelé Pie X.

II. La politique extérieure de Pie X. - Le choix du nom, les considérations qui le motivaient indiquaient déjà la direction dans laquelle allait s'orienter le pontificat. On entendit beaucoup parler, dès le début, d'un pape religieux, qui romprait avec les errements où la politique avait entraîné son prédécesseur. D'une tendre piété, animé des intentions les plus droites, les plus surnaturelles. Pie X, dans son encyclique d'intronisation, E supremo (4 oct. 1903), annonçait la pensée qui guiderait son action pontilicale : instaurare omnia in Christo. Pourtant les affaires politiques ont absorbé, par la force même des choses, une grande part de l'activité de ce pape et du secrétaire d'État qu'il se choisit en la personne du jeune Merry del Val, élevé au cardinalat le 11 novembre 1903. Nous étudierons d'abord cet aspect du pontificat, avant d'étudier l'action de Pie X à l'intérieur de l'Église.

Le pontificat de Pie X a vu se réaliser, en France et au Portugal, la séparation de l'Église et de l'État, par suppression unilatérale des vieux accords qui, dans ces deux pays, réglaient les rapports des deux pouvoirs. C'est le geste de la France qui a eu le plus de retentissement; ce geste a, d'autre part, amené l'autorité pontificale à préciser, à accentuer, sur les rapports entre les pouvoirs civil et ecclésiastique, la doctrine traditionnelle de l'Eglise.

1° Pie X et la France. — Depuis vingt ans déjà, la République française s'efforçait de faire prédominer, de plus en plus, le concept de laïcité. Proclamant que les questions religieuses sont essentiellement du domaine privé, les théoriciens en étaient venus, de bonne heure, à préconiser l'idée que l'État ne doit mettre ni son influence, ni le pouvoir dont if dispose au service d'une conception surnaturelle, quelle qu'elle soit. C'est l'idée que les politiciens réalisèrent tout spécialement par la série des lois relatives à renseignement public. Comme, d'autre part, les congrégations religieuses, nombreuses, florissantes, constituaient un des obstacles les plus considérables à la laïcisation de la société, tant par leur action sur l'enseignement que par leur influence en nombre de domaines, elles avaient été violemment attaquées. Les imprudences commises par plusieurs dans le domaine politique

axaient été exploitées contre toutes : au moment où Pie X arrivait au trône pontifical, la ruine des congrégations non autorisées était, malgré les protestations de Léon XIII, à peu près consommée. L'application de la loi du l'r juillet sur les associations avait abouti, en mars 1903, à la suppression de la plupart des congrégations d'hommes non autorisées antérieurement; celles de femmes allaient en juin partager le même sort, en attendant qu'en mars 1904 le droit d'enseigner fût retiré aux membres mêmes des congrégations autorisées. Contre cette dernière forme de l'action antireligieuse, Pie X invoque, dès le 2 décembre 1903, l'intervention du président de la République, M. Loubet, qui ne peut que se retrancher derrière son irresponsabilité constitutionnelle. Le 18 mars 1904, répondant aux souhaits de fête du Sacré Collège, le pape, en termes émus, se plaint de l'attitude de plus en plus persécutrice adoptée par le gouvernement de la République. Mais, dès ce moment, ce n'était plus seulement contre les congrégations que le ministère radical d'E. Combes allait diriger ses coups : l'existence même du Concordat était mise en question.

1. La rupture diplomatique. — Au fait, la séparation de l'Église et de l'État était inscrite depuis longtemps au programme politique des radicaux, n'y ayant rien de plus contraire à l'idée de laïcité, telle que nous l'avons définie, que l'union plus ou moins intime réalisée par le Concordat entre la puissance civile et le pouvoir religieux. Des considérations d'opportunité, néanmoins, avaient fait longtemps hésiter tous les hommes politiques devant une mesure pleine d'aléas de toute sorte. É. Combes, lui-même, en 1903, demandera encore le maintien du budget des cultes et de l'ambassade auprès du Vatican. Dès ce moment, toutefois, il laisse entrevoir que la dénonciation du Concordat s'imposera à bref délai, quand l'on aura établi manifestement et avec preuves multiples que c'est le clergé catholique lui-même qui la veut. (Discours au Sénat, 21 mars 1903.) Aussi bien, la manière dont il entend appliquer le traité est-elle le plus sûr moyen d'en amener la rupture. Depuis no\'embre 1902. et donc depuis la dernière année de Léon XIII, une querelle était ouverte entre le gouvernement français et la secrétairerie d'Etat, tant sur la question de la formule employée depuis quelque temps à Rome dans la rédaction des bulles de nominations épiscopales (question dite du Nobis nominavit), que sur « l'entente préalable » à réaliser entre la nonciature et le gouvernement avant la publication officielle par celuici des noms des nouveaux élus. Rien n'était terminé à l'avènement de Pie X. Ce dernier, pourtant, fit montre de condescendance en trouvant, en janvier 1904, une formule de transaction. La querelle ne laissa pas de s'éterniser dans les mois qui suivirent. Aucun évêque ne serait nommé, déclarait Combes, le 19 mars, tant que l'institution canonique n'aurait pas été conférée par Rome à trois candidats qu'il avait désignés. Ce mauvais vouloir, qui paralysait le recrutement de l'épiscopat français, se manifesterait bien davantage encore à propos de mesures canoniques que Rome entendait prendre contre les deux évêques de Laval et de Dijon, dont la conduite avait donné lieu à diverses critiques. Mis au courant des sommations adressées à ces deux prélats. Combes fait faire à la secrétairerie d'État de très vives représentations : « La destitution ou la démission d'un évêque, dit-il, est soumise aux mêmes règles que la nomination; elle ne peut donc avoir lieu que par le concours des deux pouvoirs. » Des notes d'un tour extrêmement vif furent ainsi échangées au cours des mois de juin et de juillet 1904. Elles se ressentaient d'ailleurs de l'état d'esprit qu'avait créé, de part et d'autre, un troisième incident diplomatique qui avait éclaté quelques semaines plus tôt.

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En octobre 1003, le roi d'Italie. Victor-Emmanuel 111. était venu faire visite, à Paris, au président Loubet. Ce voyage supposait comme contre-partie une \i--ite de Loubet au roi d'Italie. Dès juin 1003, avant donc la mort de Léon XIII. la secrétairerie d'État. alors gérée par Rampolla, avait eu vent de ces projets de visiU'-- réciproques et axait attiré l'attention de la France mit les très graves inconvénients que pourrait avoir la venue à Home du chef d'un état catholique. Demeuré jusqu'au bout intransigeant sur la question du i pouvoir temporel », Léon XIII avait à plusieurs reprises formellement déclaré qu'il considérait comme impossibles de semblables visites. De hautes raisons politiques militaient cependant en faveur de la double démarche des deux chefs d'État, Était-il impossible de trouver une transaction? Rampolla l'eùt-il découverte? Toutes questions oiseuses. Ce fut au cardinal Merry del Val que revint le pénible devoir de protester contre la visite faite à Rome (24-20 avril 1004) par le président Loubet au roi d'Italie. Dès le 28 avril, il adressait à l'ambassadeur français, Nisard, une note où il insistait sur la gravité « de l'offense faite au souverain pontife par le chef d'une nation catholique en venant prêter hommage à Rome, c'est-à-dire au lieu même du siège pontifical et dans le palais apostolique même, à celui qui, contre tout droit, détenait sa souveraineté civile et en entravait la liberté nécessaire et l'indépendance ». Cette note, très haute de ton, était communiquée à tous les gouvernements en relations diplomatiques avec le Vatican; elle faisait remarquer d'ailleurs que. « si le nonce pontifical était malgré tout resté à Paris, cela était dû uniquement à de très graves motifs d'ordre et de nature en tout point spéciaux ». Le gouvernement français avait d'abord décidé que la note serait considérée comme non avenue. La publication de la note par le journal L'Humanité l'engagea à demander par son ambassadeur des explications plus précises au secrétaire d'État; que si le cardinal se dérobait, l'ambassadeur n'avait plus qu'à quitter Home. Ainsi fit-il le 21 mai. laissant d'ailleurs dans la capitale tout le personnel de l'ambassade. Le nonce pontifical. Mgr Lorenzelli, n'abandonnait pas néanmoins son poste de Paris. Ce n'était pas encore la rupture diplomatique.

Se greffant sur cet incident, les affaires de Laval et de Dijon allaient précipiter les choses. Le 23 juillet, le gouvernement français faisait remettre à la secrétairerie d'État une note indiquant que, «si les lettres du 0 et du 10 juillet (sommations péremptoires adresaux deux évèques en question) n'étaient pas retirées, il devrait comprendre que le Saint-Siège n'avait plus souci de ses relations avec le pouvoir qui, remplissant les obligations du Concordat, avait le devoir de défendre les prérogatives à lui conférées par cet acte . Le 20 juillet, réponse du cardinal, déclarant «pie le Saint-Siège, en toute cette affaire, n'avait fait qu'user de ses droits et que remplir ses devoirs; il n'avait donc rien à retirer, et déclinait toute responsabilité devant Dieu et devant les hommes, au cas où son attitude amènerait le gouvernement français à des actes d'hostilité. C'était la rupture ; le chargé d'affaires français vint la signifier au secrétaire d'État le 3(i juillet; le lendemain, tout le personnel de l'ambassade quittait Rome. Le même jour le nonce, Mgr Lorenzelli. était rappelé de Paris, ne laissant, pour garder l'ambassade, qu'un secrétaire. Mgr Monlagnini. 2. Lu loi de séparation. — Cette rupture diplomatique n'était pas encore la dénonciation officielle du Concordat; mais elle rendait impossible l'application du traité en une de ses parties essentielles : la nomination des évèques. Home évita soigneusement tout acte qui aurait pu donner a croire que le Concordat n'existait plus à ses yeux et la protestation élevée par

fie X, dans l'allocution consisloriale du 1 1 novembre 1001, se borna à des plaintes contre « les injustices (injuria') faites à l'Église par le gouvernement de la République >. Après quelques mois d'attente, le gouvernement français dut se préoccuper de régler, par voie législative, la situation nouvelle faite à l'Église de France. La séparation de l'État et des Églises (les cultes protestant et israélite furent entraînés dans la même aventure) se réaliserait donc, tant par l'abrogation des textes législatifs anciens réglant le statut des Églises que par la rédaction d'une loi nouvelle, permettant la continuation du culte. Cette loi devait établir les principes généraux qui régiraient désormais l'exercice du culte, mais elle devait aussi faire la liquidation de tous les avoirs possédés par les établissements publics, menses, fabriques, séminaires qui, jusque-là, en assuraient, de par la loi, le fonctionnement extérieur. C'est précisément cette liquidation, plus encore que les questions de principe engagées dans la loi, qui allait donner naissance aux plus graves difficultés. Dès l'abord avaient été écartées les solutions de violence, telle qu'aurait été la confiscation de ces biens. Ceci devint plus clair encore après la substitution au ministère Combes du cabinet Rouvier, beaucoup plus modéré (janvier 1005), et après l'adoption par celui-ci du projet de loi inspiré tout spécialement par Aristide Rriand. Rapporteur de la commission de la Chambre, ce dernier s'était proposé de faire aboutir une loi qui fût acceptable pour les catholiques. A quoi s'opposait pourtant le fait que, rédigée d'une manière unilatérale, cette loi apparaîtrait toujours comme une disposition imposée du dehors. Ceci dit, il convient de reconnaître que l'économie générale de la loi n'était pas aussi défavorable à l'Église — l'avenir devait le montrer — qu'on aurait pu le craindre. La pièce maîtresse était la formation d'associations cultuelles, qui, recueillant le patrimoine des établissements publics supprimés, pourvoiraient aux frais d'entretien des ministres et aux dépenses du culte. Sur la composition, le mode de recrutement de ces associations, la loi se montrait peu explicite, entendant sans doute ne pas engager l'avenir. Du moins, au "cours des débats, une précision fut apportée que l'on pensait de nature à concilier les droits de l'État et les légitimes exigences des catholiques. L'article 4 stipula que les biens des anciens établissements publics seraient « transférés par les représentants légaux de ces établissements aux associations qui, en se conformant aux règles d'organisation générale du culte dont elles se proposent d'assurer l'exercice, se seraient légalement formées pour l'exercice de ce culte ». L'adoption de cette formule, assez élastique pour abriter toutes les exigences du droit canonique, fut considérée, sur le moment, comme un triomphe des revendications catholiques (avril 1905). A la vérité, cette joie fut tempérée quand, un peu plus tard, fut voté l'article 8, lequel prescrivait que les contestations relatives aux attributions de biens seraient soumises, non aux tribunaux, mais au « Conseil d'États, tatuant au contentieux, lequel prononcerait en tenant compte de toutes les circonstances de /ait ». Vainement, le rapporteur insista- -t-il sur ceci que, parmi les circonstances en question, l'union avec l'autorité ecclésiastique légitime aurait une place prépondérante; il ne put effacer l'impression que l'article 8 cherchait à reprendre une partie des concessions faites au principe hiérarchique par l'article 4. Les suspicions qui, dès lors, se firent jour dans le grand public furent à peine atténuées par les dispositions relativement bienveillantes concernant les pensions et allocations temporaires des ministres du culte et la jouissance des églises. La loi fut votée à la Chambre le 3 juillet 1005; l'on doit reconnaître que son texte définitif résultait des concessions réciproques

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des partis. Le Sénat l'accepta sans aucune modification à la session d'automne. Elle fut promulguée le 9 décembre 1905.

3. Pie X et la loi de séparation. - Dans le temps même que la loi était débattue devant le Parlement, les discussions avaient commencé entre catholiques sur l'attitude que devrait observer l'Église vis-à-vis de cette loi : fallait-il la subir, organiser les associations cultuelles, ou bien l'ignorer, la tenir comme non avenue et exposer ainsi le patrimoine de l'Église à la confiscation prévue par la loi, au cas où ne seraient point formées de cultuelles? Ces discussions furent très vives, mais chacun de ceux qui y prirent part déclarait se soumettre par avance au jugement que le pape porterait dans la plénitude de son autorité. L'attente générale ne fut pas. entièrement satisfaite par l'encyclique Vehementer Nos, du 11 février 1906. Éloquente manifestation de principes, le document pontifical, après avoir rappelé la progression continue de l'anticléricalisme français, faisait le procès de la thèse qui préconise la séparation de l'Église et de l'État; il protestait contre la façon dont le pacte bilatéral qu'était le Concordat avait été rompu par l'une des parties contractantes sans aucune dénonciation préalable à l'autre; il examinait ensuite la loi nouvelle et déclarait que les dispositions en étaient contraires à la constitution même de l'Église, les associations cultuelles devant être, vis-à-vis de l'autorité civile, dans une dépendance telle que l'autorité ecclésiastique n'aurait plus sur elles aucun pouvoir. Le pape réprouvait donc et condamnait cette loi comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, comme violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité publique due aux traités, comme contraire à la constitution divine de l'Église, à ses droits essentiels et à sa liberté. Tout ceci demeurait néanmoins dans le domaine de la théorie, puisque, très explicitement, le pape déclarait qu'en temps opportun il enverrait des instructions pratiques, qui seraient aux catholiques de France une règle de conduite sûre au milieu des grandes difficultés de l'heure présente. Faisant d'ailleurs état de la dénonciation du Concordat, il reprenait sa liberté au point de vue de la désignation des évêques et, le 24 février, sacrait lui-même à Rome les quatorze nouveaux évêques français qu'il venait de nommer.

L'encyclique Vehementer parut au moment précis où commençaient les inventaires des biens d'Église, prescrits par la loi pour assurer la transmission de ceux-ci aux associations cultuelles prévues. Ces mesures essentiellement conservatoires furent envisagées par beaucoup, la presse religieuse aidant, comme le prélude de la spoliation. L'initiative de l'opposition à ces mesures fut prise en dehors de la hiérarchie; la résistance aboutit, en beaucoup d'endroits, à des scènes tumultueuses et, sur quelques points, à de sanglantes rencontres; elle fit sentir qu'un très grand nombre de catholiques tendait à se prononcer contre la mise en exécution de la loi. Tel n'était pas l'avis d'un certain nombre de personnages influents, qui, dans un document rendu public le 26 mars, demandaient que l'on lit au moins « l'essai loyal » du texte législatif. C'est à la même conclusion qu'après les élections de mai aboutissait la majorité de l'épiscopat français convoqué à Paris en assemblée générale (30 mai-ler juin). Sans doute, à la suite du pape, les évêques condamnaient le principe des cultuelles, mais ils concevaient la possibilité d'associations qui seraient à la fois légales et canoniques, et seraient aptes à recueillir le patrimoine ecclésiastique et à jouir des avantages que la loi reconnaissait. A Home même, les avis étaient partagés et de vives discussions se produisirent au sein de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires. Tout faisait voir néanmoins que les intransi-

geants, olfieiels ou officieux, l'emportaient dans les conseils du pape. Sur ces divers points, voir E. Renard, Le ctinliniil Mathieu, p. 451 sq. Le 10 août, l'encyclique Gravissimo donnait enfin les instructions pratiques annoncées le 11 février. Faisant allusion aux délibérations de l'épiscopat français, le pape écartait même les associations à la fois légales et canoniques : « Nous déclarons, disait-il, qu'il n'est point permis d'essayer cet autre genre d'associations, tant qu'il ne sera pas constant, d'une façon certaine et légale (ici la traduction « officielle < majore le texte latin : usque dam légitime certoque non constiteril), que la divine constitution de l'Église, les droits immuables du pontife romain et des évêques. comme leur autorité sur les biens nécessaires à l'Église, particulièrement sur les édifices sacrés, seront irrévocablement, dans lesdites associations, en pleine sécurité. » A cette grave décision de principe faisait suite une discussion moins sereine des objections que l'on pourrait faire valoir contre l'interdiction pontificale : acceptation par l'Église de dispositions légales analogues en d'autres pays, bonne volonté dont se disaient animés les « fabricateurs de cette loi injuste ». « On s'ingéniera, dit le pape, à rejeter sur nous la faute de ce conflit et des maux qui en seront la conséquence. Mais quiconque examinera loyalement les faits saura reconnaître si nous méritons le moindre reproche, ou si plutôt la faute appartient tout entière à ceux qui, en haine du nom catholique, sont allés jusqu'à de telles extrémités. »

Il ne restait à l'épiscopat français qu'à s'incliner devant le verdict pontifical; il le fit dans une assemblée qui eut lieu au début de septembre. L'encyclique lui demandait en outre « de se mettre à l'œuvre et de prendre tous les moyens que le droit reconnaît à tous les citoyens pour disposer et organiser le culte religieux ». Il ne semble pas que l'épiscopat ait cherché pour l'instant et d'une manière pratique quelle utilisation pouvait être faite du « droit commun » dans les présentes conjonctures. Il paraît bien que, dès lors, on se soit résigné, à peu près partout, à attendre les événements de manière purement passive.

Or les événements allaient se précipiter. Clemenceau venait de former, le 23 octobre, un nouveau cabinet, où la présence de Briand ne pourrait pas empêcher la manière forte de prévaloir. Ce dernier, sans doute, dans tout le cours de novembre, multipliait les avances et les bonnes paroles pour engager l'Église à faire à la loi un acte quelconque de soumission. En particulier, il déclarait qu'une seule association par diocèse pourrait sulfire, que même elle pourrait être exclusivement composée de prêtres choisis par l'évêque (c'est la formule suivant laquelle Rome a autorisé plus tard nos actuelles associations diocésaines), Briand indiquait même qu'à défaut de la loi de 1905, la loi de 1881 sur les réunions publiques permettait d'assurer la continuation du culte : qu'on se décidât à faire pour les réunions cultuelles les déclarations demandées par la loi de 1881, et peut-être trouverait-il le moyen de régler, d'une manière équitable, le sort des b'iens ecclésiastiques qui allaient demeurer sans maître. A ces diverses propositions, le pape Pie X opposa le même refus : pas de cultuelles, même sous la forme de diocésaines; pas de déclarations pour les réunions publiques du culte. Des instructions rédigées par la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires et qui parurent dans le Bulletin religieux de Rouen le 8 décembre 1906 précisaient quelle attitude les ecclésiastiques de divers ordres devraient adopter dans les conjonctures qui étaient à prévoir.

Cette force d'inertie opposée à la loi affola le gouvernement de Clemenceau. La loi promulguée le 11 décembre 1905 était en partie applicable à l'expiration d'une année. Le 1 1 décembre f 900, Clemenceau faisait

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arrêter et conduire à la frontière le secrétaire de l'ambassade pontificale à Paris, Mgr Montagniui (les papiers trouvés chez lui furent publiés au comptegouttes dans les mois qui suivirent et alimentèrent la curiosité et la malignité publiques): il mettait sous séquestre les biens des fabriques, des évêchés, des séminaires, déclarait dissous les grands et les petits séminaires qui n'avaient plus, désormais, de statut légal, notifiait à tous ceux qui occupaient des immeubles de l'État (évêchés, séminaires) de les évacuer dans les quarante-huit heures; enfin, dans les jours qui suivaient, il faisait rappeler sous les drapeaux, d'une manière qui fut jugée plus tard illégale par le Conseil d'État, cinq ou six mille ecclésiastiques qui avaient déjà satisfait à la loi de recrutement. Ordre était donné de dresser procès-verbal aux prêtres qui diraient la messe dans les édifices publics du culte sans avoir fait la déclaration. Cette fin de décembre 1906 fut un vrai cauchemar pour l'Église de France. Loin pourtant de taire grief au pape de tant de sacrifices qu'il lui imposait, elle ne s'en serra que plus étroitement autour de lui.

Cette attitude d'intransigeance aurait d'ailleurs un résultat partiel qui n'était pas sans importance. Voulant à tout prix éviter une interruption brutale du culte — interruption que souhaitaient peut-être certains catholiques partisans de la politique du pire — Priand retouchait à deux reprises, 2 janvier 1907, 28 mars 1907, tant la loi de 1905 que celle de 1881, ces retouches ayant pour effet de rendre légale la situation de fait où se trouvaient, depuis le 11 décembre

1906, les membres du clergé occupant les églises. Au lendemain de la première de ces retouches, dans une httre adressée au clergé et au peuple français, le 0 janvier 19117, Une fois encore. Pie X se défendait d'être la cause des maux qui accablaient l'Église de France et repoussait une fois de plus les avances qui étaient faites à celle-ci. Il avait pressé l'assemblée des évêques d'étudier, en janvier 1907, un projet de locations des églises, qui ne put aboutir. Du moins la loi du 28 mars

1907, en supprimant pour les réunions publiques, quel qu'en fût l'objet, la formalité de la déclaration préalable permettait-elle de considérer que les catholiques, en s'assemblant dans les églises, n'étaient point en contravention. L'exercice du culte public continuait légalement.

Restait la très grave question des biens ecclésiastiques, mis sous séquestre le 11 décembre 1906, et pour lesquels le délai d'attribution avait été prolongé. Ce délai venait à expiration en 1908. En l'absence d'associations cultuelles idoines à les réclamer, ces biens furent attribués, par la loi du 13 avril 1908, aux établissements soit départementaux, soit communaux de bienfaisance ou d'assistance. Exception était faite pour les édifices du culte dont la nue propriété passait aux communes, et aussi pour les biens des caisses de t* Iraite et des maisons de secours pour ecclésiastiques, qui seraient attribués à des sociétés de secours mutuels pour Us ecclésiastiques, constituées dans chaque département et qui jouiraient de l'existence légale. Le législateur voulait ainsi éviter l'odieux de spolier la vieillesse des prêtres. En même temps, et par un scrupule qu'il faut reconnaître, il décidait que ces mutualités ecclésiastiques approuvées seraient aptes à acquitter les fondations de messe dont restaient grevés biens dont la dévolution était faite aux établissements de bienfaisance. Ceux-ci devraient, par l'intermédiaire de ces mutualités, acquitter lesdiles fondations. C'était une manière de ne pas frustrer les morts des prières qu'ils avaient voulu s'assurer; une manière aussi de sauver une partie du patrimoine ecclésiastique. Quelle que fût d'ailleurs la sincérité de ce dessein, la loi du 13 avril soufîrait du même vi .e interne

que la loi du 9 décembre 1905, dont elle était une conséquence. Portée d'une manière unilatérale, elle ne respectait pas davantage les principes de la hiérarchie ecclésiastique. Pic X, dans une lettre aux cardinaux français en date du 12 mai 1908, déclara donc qu'il ne lui était pas possible d'autoriser la formation des mutualités approuvées; il préférait renoncer à ces fondations de messes prévues par la loi, puisque l'Église ne pouvait assurer elle-même, par le contrôle de ta hiérarchie, « la célébration légitime, en toute circonstance, du saint sacrifice >•. Il demandait au clergé français de suppléer autant que possible aux fondations spoliées; en novembre de la même année, une lettre de la secrétairerie d'État au cardinal Leiol approuvait l'idée d'un service annuel à célébrer, un des dimanches de novembre, dans toutes les églises paroissiales, pour les défunts privés du bienfait des fondations. Cette coutume fut régularisée par une lettre du 6 juillet 1910. (On sait que, depuis la constitution des associations diocésaines, reconnues par l'Église et par l'État, une partie considérable de ces fondations a pu être régulièrement attribuée à ces établissements.)

La lettre du 12 mai 1908 est le dernier acte important de Pie X dans cette douloureuse afïaire de la séparation en France. Cet acte s'appuie sur les mêmes principes qui ont déterminé les grandes encycliques précédentes, Vehementer A'os, Gravissimo, et la lettre Une fois encore. On ne saurait déiîier, à coup sûr, au pape, le mérite de la continuité. Ce qui l'a empêché de permettre l'application de lois avec qui ses deux successeurs trouveront des accommodements, c'est d'abord le fait que ces lois ont été portées par l'État seul, sans aucune entente avec l'Église, sans aucun égard non plus pour les règles essentielles de la conslitution ecclésiastique. Pénétré de l'importance du rôle joué par le pape dans l'Église, Pie X a considéré, à juste titre, comme le comble de l'outrage le fait pour lui d'avoir été mis totalement en dehors de cette action législative. Les députés catholiques sont intervenus dans les débats, les évêques français ont pu être consultés à titre officieux, lui-même n'a jamais été mis en présence que de faits accomplis. Eût-il été possible de négocier avec Pie X un concordat de la séparation? La question est difficile à résoudre, et l'on doit tenir compte des principes professés dans l'encyclique Vehementer sur l'accord nécessaire des deux pouvoirs. L'état des choses, d'ailleurs, ne permettait guère des négociations. La rupture s'était faite en des conditions telles qu'il était impossible d'y songer de quelque temps. Pie X, d'autre part, n'eut pas en main tous les éléments d'information qui lui eussent permis de porter son jugement «en tenant compte, lui-même, de toutes les circonstances de fait ». Insuffisamment secondé par ses agents diplomatiques, renseigné à Home sur les affaires de France par quelques informateurs officieux dont la modération n'était point la qualité dominante, il n'a pu apprécier à leur exacte valeur les transformations qui se sont opérées dans la politique religieuse du gouvernement français après la chute de Combes. Il n'a vu, dans la loi de séparation de 1905, que la continuation d'une politique bassement anticléricale, alors qu'à coup sûr les intentions de Iiriand, le grand responsable de la loi, dilléi aient notablement de celles de son prédécesseur. Il n'a donc pu tenir un compte suffisant de ce qu'il y a\ail d'esprit nouveau dans l'article 1 et même dans l'article -8 de ladite loi. Jamais non plus il n'a réalisé de manière exacte les vieilles exigences de l'espril étrangères a ses façons de penser. Il a défendu héroïquement des principes, mais sans faire suffisamment peut-être la part des réalités.

2° Pie X et les autres pai/s. — A côté de cette inter-

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