PIERRE (SAINT). AVANT LA PENTECOTE
Jésus se lit dans le IVe évangile, Joa., i. 35-12. Deux des disciples de Jean-Baptiste, ayanl entendu leur maître dire de Jésus : » Voici L'agneau de Dieu », suivirent celui qui avait été ainsi désigné à leur attention. L'un de ces disciples était André, le frère de Simon; l'autre ne pouvait être que le narrateur de la scène, c'est-à-dire Jean, le fils de Zébédée. Tous les deux eurent avec Jésus un long entretien, au cours duquel ils comprirent que Jésus était le Messie. André se mit alors à la recherche de son frère, lui dit qu'il avait trouvé le Messie et le conduisit vers Jésus. Celui-ci arrêta son regard sur Simon et changea son nom en celui de Céphas ou de Pierre. L'explication de ce changement ne devait être donnée à l'intéressé que beaucoup plus tard; cf. Matth., xvi, IX. La scène se passait au temps où Jean baptisait avec intensité à Béthanie, au delà du Jourdain. Quelques semaines plus tard, Simon était témoin du premier miracle accompli par Jésus à Cana, cf. Joa., n, 2. 11. Puis il s'en retourna à sa barque et à ses filets.
2. Après la première des pàques de la vie publique de Jésus, comme le Sauveur longeait la rive du lac, à proximité de Capharnaùm, il aperçut Simon et André qui étaient occupés à nettoyer leurs Jilets. Ayant pris place dans la barque de Simon, il lui commanda d'avancer vers le large et de lâcher les filets. La pêche fut si abondante qu'il fallut demander du secours à des camarades; avec l'aide de Jacques et de Jean, les fils de Zébédée, les filets furent remontés. Tout tremblant d'émotion et de frayeur à cause du prodige, Simon s'était jeté aux pieds de Jésus : Xe crains pas, lui fut-il dit, un jour, ce sont des hommes que tu prendras. » A dater de ce moment, les quatre pêcheurs s'attachèrent à la personne du Sauveur en qualité de disciples. Cf. Matth., iv, 18-22; Marc, i, 16-20; Luc, v, 1-1 1. La guérison de la belle-mère de Simon, atteinte d'une crise de fièvre, eut lieu le sabbat suivant, cf. Matth., vin, 14-15; Marc, i, 29-31 : Luc, iv, 38-39 (à moins que ce fait ne soit à placer au sabbat précédent, cf. Luc, iv, 38). A partir de ce moment, la barque et la maison de Simon devinrent la barque et la maison de Jésus durant tous les séjours que le Sauveur fit à Capharnaiim.
3. Quand le Sauveur estime l'heure venue d'associer définitivement à son œuvre d'évangélisation des collaborateurs qui seraient par la suite les continuateurs de sa mission, il réunit ses disciples et parmi eux en choisit douze qu'il nomme « apôtres »; Simon était du nombre des élus. Trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc, nous ont conservé la liste complète des Douze; en outre, Luc l'a insérée une seconde fois dans le livre des Actes : partout le nom de Simon-Pierre vient en tète, ce qui n'est pas une simple formalité de protocole, mais l'indice de la situation exceptionnelle ou de la place prépondérante de Pierre dans le collège apostolique. Cf. Matth., x, 1-4; Marc, m, 13-19; Luc, vi, 12-16; Act., i. 13.
4° La vie d'apostolat. — Pendant près de deux ans Pierre vécut continuellement avec Jésus, se pénétrant de son enseignement, modelant ses pensées sur les siennes, recevant ses confidences et partageant ses joies comme ses tristesses. Les évangélistes ont relaté quelques épisodes où le rôle de Pierre est de premier plan. En voici les principaux :
1. Pierre est un des trois témoins privilégiés qui assistent à la résurrection de la fille de Jaïre. Matth., ix, 18-26; Marc, v, 21-43; Luc, vin, 40-56. — 2. Après la première multiplication des pains, il marche sur les eaux du lac pour rejoindre son Maître et, quand le vent est subitement calmé, il se prosterne aux pieds de Jésus en s'écriant : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu. » Matth., xiv, 22-33. — 3. Quand Jésus, attristé par l'attitude méliante de nombreux
Galiléens qui se retirent après le discours sur le pain de vie, interroge ses apôtres : « Kst-ce que vous voulez, vous aussi, vous en aller? » c'est Pierre qui répond au nom des Douze : « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle, et nous croyons et nous savons que tu es le saint de Dieu. » Joa., vi. 66-69. C'était la première confession de saint Pierre; une autre devait suivre bientôt, encore plus explicite et plus solennelle. — 4. La scène, rapportée par les trois Synoptiques, se passe en terre païenne, au pied du mont Hermon, près de Césarée de Philippe. Matth., xvi. 13-20; Marc, vin, 27-30; Luc. ix. 18-21. Depuis plus d'un an les apôtres ont vécu dans l'intimité du Maître; ils ne doutent pas de sa sainteté, ils connaissent sa puissance, ils attendent qu'il se déclare investi de la qualité messianique. Jésus les interroge sur l'opinion de la foule à son endroit; tandis que les réponses s'entre-croisent, il leur pose à eux-mêmes la question capitale ; « Et d'après vous, qui suis-je? Bien que tous soient consultés, c'est Pierre qui prend la parole pour attester publiquement, au nom de ses compagnons, ce que lui dictent sa foi et son amour : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». L'objet premier de cette confession est la qualité messianique de Jésus : Pierre croit de toute son âme que Jésus est le Messie, promis par Dieu et annoncé par les prophètes. Mais, de plus, Pierre salue en Jésus le fils du Dieu vivant », montrant par là qu'il a saisi la signification des déclarations du Sauveur relatives à la nature de ses relations avec Dieu. Jésus répond par un éloge magnifique de la foi de l'Apôtre et par une promesse qui engage l'avenir : « Bienheureux es-tu, Simon Bar- Jona, car ce n'est point la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père du ciel. Et moi, je te déclare que tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Église. et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » Tous les critiques reconnaissent que peu de paroles de Jésus ont gardé dans la relation grecque un caractère aussi nettement sémitique ou araméen, ce qui est une garantie de leur parfaite authenticité. La confession de Pierre était récompensée par la plus belle des promesses : il sera la pierre de base sur laquelle Jésus bâtira son Fglise; comme chef du royaume terrestre du Christ, il aura en mains les clefs que le maître de maison confie au majordome sûr et fidèle; en tant que représentant mandaté du fondateur de la société chrétienne, il disposera du double pouvoir législatif et judiciaire, symbolisé par la formule « lier et délier . — 5. Quand Jésus annonce pour la première fois à ses apôtres qu'il lui faudra passer par la terrible épreuve de la passion et par la mort, Pierre ne peut accepter une pareille perspective et il s'écrie : « A Dieu ne plaise, Seigneur! Cela ne t'arrivera point. » La réponse du Sauveur dut paraître dure aux oreilles et surtout au cœur de l'Apôtre : « Va-t'en! Arrière de moi, Satan! Tu m'es un scandale, parce que tu ne penses pas selon les vues de Dieu, mais bien selon celles des hommes. » Matth., xvi, 21-23; Marc, vin, 31-33. — 6. Avec les deux fils de Zébédée, Pierre est témoin de la transfiguration de Jésus. Saisi par l'émotion et désireux d'être utile, il offre ingénument de dresser trois tentes de feuillage, une pour son Maître, une pour Moïse et une pour Elie. Matth., xvn, 1-8; Marc, ix, 2-8; Luc, ix, 28-36. — 7. C'est à Pierre que s'adressent les collecteurs du didrachme, c'est-à-dire de l'impôt perçu sur tout Israélite au profit du Temple : « Est-ce que votre maître, lui disent-ils, ne paie pas les didrachmes? » Sans hésitation ni réflexion Pierre répond affirmativement et va trouver Jésus pour savoir où prendre l'argent. Le Sauveur commence par lui demander si un
PIERRE (SAINT). APRÈ9 LA PENTECOTE
roi exige l'impôt rie ses propres fils, ce qui serait manifestement une inconvenance, et, pour éviter de scandaliser les autres, il lui donne le moyen de se procurer la somme en question. Pierre ira jusqu'au bord du lac, jettera l'hameçon el trouvera un statère dans la gueule du premier poisson pris; avec le statère il aura de quoi payer pour son maître et pour lui-même. On remarquera que, dans la circonstance, Jésus, qui a associé l'Apôtre au gouvernement de la société fondée par lui. acquitte l'impôt pour les deux. Matth.. XVII, 21-27. - 8. Les évangiles rapportent encore trois questions posées par Pierre à Jésus sur des sujets divers, tous d'ordre pratique. Après avoir entendu la parabole du serviteur vigilant, il demande : - Seigneur, est-ce pour nous seulement que tu dis cette parabole ou pour tout le monde? » Luc, xn, 41. A propos du pardon des injures recommandé instamment par Jésus, il questionne sur le nombre de fois qu'il faudra pardonner. Matth., xvm, 21. Dans une autre circonstance, il s'inquiète de savoir ce que les apôtres, qui ont tout quitté pour suivre le Sauveur, recevront en retour de leur sacrifice. Matth., xix, 27; Marc, \, 2.S; Luc, xvm, 28.
5" Du jeudi saint à la Pentecôte. — 1. Pierre reçoit mandat de tout préparer avec Jean pour le repas pascal. Luc. xxn, 8. Quand Jésus quitte la table et dit son intention de laver les pieds de ses apôtres, Pierre proteste : • Seigneur, tu veux me laver les pieds'?... Mon, jamais tu ne me laveras les pieds. » Joa., xiii, 4-9. L'annonce faite par le Maître de l'abandon prochain dont il sera victime de la part des siens provoque chez Pierre une réaction violente :
Même si tous trébuchent à cause de toi, moi, je ne trébucherai pas. « Cette déclaration présomptueuse est aussitôt punie par la prédiction du triple reniement de Pierre. Matth., xxvi, 31-35; Marc, xiv, 27-31; cf. Luc. xxn, 31-34 ; Joa.. xm. 36-38. — 2. Au jardin de Gethsémani Pierre est choisi avec Jacques et Jean pour être témoin de la douloureuse agonie de Jésus. Matth.. xxvi, 37; Marc, xiv, 33. Quand les policiers du Temple s'avancent vers Jésus pour l'arrêter, Pierre se précipite et, d'un coup d'épée, détache l'oreille droite d'un serviteur du grand prêtre. Matth., xxvi, "il : Marc, xiv, 47; Luc, xxn, 50; Joa., xvm, 10-11.
— 3. Pendant le procès de Jésus, Pierre réussit à s'introduire dans la cour du palais du grand prêtre, m mêle aux gens de service et s'approche du feu allumé à cause du froid: c'est alors que pour donner le change à une servante et à un serviteur de la maison de Caïphe, il renie son maître par trois fois. Matth,. wvi. i')9-75 ; Marc, xiv, 60-72; Luc, xxn, 54-62; Joa., xvm, 15-1 S. 25-27. — 4. Au matin du jour de la résurrection, Pierre se rend en hâte au sépulcre, accompagné de Jean. Luc, xxiv, 12; Joa., xx, 2-10. Au cours de la même journée, il est favorisé d'une apparition du Christ ressuscité. Luc, xxiv, 34 ; I Cor.. xv. ."). Le soir, il est avec les apôtres quand Jésus se montre à eux. Luc, xxiv, 36-41; Joa.. xx, 19-22.
— 5. Pierre part pour la Galilée et reprend son ancien métier de pêcheur. La primauté lui est officiellement conférée par Jésus, qui lui apparaît encore une fois sur la rive du lac La scène, racontée dans le IVe évangile, se p;isse en présence de six autres disciples, parmi lesquels étaient Thomas et les (ils de Xébédée. Jésus veut que Pierre réparc par une triple protestation d'amour son triple reniement; puis, a trois reprises, il lui conlie la mission de gouverner et d'enseigner les brebis du troupeau confié à sa sollicitude; enfin, il lui annonce en termes voilés le sort qui lui est réservé comme couronnement de sa carrière apostolique. Joa., xxi, 1-22. — 6. Au lendemain de l'ascension, Pierre prend l'initiative de la délibération préalable à la désignation du successeur de Judas. Act., i, 15-22,
II. Après i.a Pentecôte. - 1° Saint Pierre el l'Église naissante. - Dans la ln partie du livre des Actes, c i-xu, souvent désignée sous le nom d'Actes de Pierre, saint Luc donne un aperçu sommaire de la part qui revient à Pierre dans la fondation et l'organisation de l'Eglise mère, c'est à-dire de la communauté chrétienne de Jérusalem. Pierre apparaît dans ces liages comme le chef du collège apostolique, officiellement mandaté et investi d'une primauté réelle. 1. Au jour de la Pentecôte, il prend la parole devaul un auditoire composé de Juifs de Jérusalem et de nombreux pèlerins de la diaspora. Act., ii, 14-41. — 2. 11 est le premier des apôtres à accomplir un miracle » au nom de Jésus-Messie ». Act., m. 1-11. — 3. Quand Pierre et Jean sont arrêtés et traduits en jugement devant le Sanhédrin comme chefs de la secte des Nazaréens, c'est encore Pierre qui répond à l'interrogatoire. Act., iv, 1-21. — 4. Pierre prononce la condamnation d'Ananie et de Saphire. Act., v, 1, 11. — 5. Au milieu des apôtres qui se distinguent tous par des prodiges, Pierre apparaît le thaumaturge par excellence. Act., v, 15. — 6. Pierre et Jean se rendent en Samarie afin de contrôler sur place le recrutement des nouveaux convertis. Act., vm, 14-25. — 7. Pierre ouvre les portes de l'Eglise aux gentils en admettant le centurion Corneille dans la communauté chrétienne. Act., x, 1-xi, 18. — 8. Il est incarcéré sur l'ordre d'Hérode Agrippa qui voulait frapper à la tête l'Église naissante. Act., xn, 1-5. — ■ 9. En 49 ou 50, quand la question des païens convertis est traitée à Jérusalem devant une assemblée réunie à cet effet, non seulement Pierre est parmi ceux qui dirigent les débats, mais, de plus, son autorité s'affirme comme prépondérante. Act., xv, 1-11.
2° Lt'apostolat de saint Pierre en dehors de la Palestine. — Les renseignements sont trop fragmentaires pour qu'il soit possible de reconstituer dans le détail l'œuvre missionnaire de Pierre. Du moins quelques points se présentent comme suffisamment fermes el bien garantis au regard de l'histoire.
1. Saint Pierre à Antioche. — D'après une tradition ancienne, attestée notamment par Origène, Éusèbe cl saint Jérôme, Pierre a été le fondateur de l'Église d'Antioche de Syrie. La chose ne fait pas difficulté dès lors que le mot « fondateur » est entendu au sens large, car il est hors de doute que Pierre soit allé à Antioche, y ait prêché et ait eu, à cette occasion, une part prépondérante dans le gouvernement de la communauté locale. Un séjour de Pierre à Antioche est mentionné explicitement par saint Paul dans l'épître aux Galates, il, 11. Par contre, il est impossible de marquer avec précision la date de la venue de Pierre en celte ville et de dire combien de temps il y est resté. Voir l'article Antioche, t. i, col. 1 loo.
2. Saint Pierre à Corinthe. — L'existence d'un « parti de Céphas » au sein de la communauté chrétienne de Corinthe, I Cor., i, 12, autorise à tenir pour très probable un séjour de Pierre dans la capitale de l'Achaïe. Pierre se serait arrêté dans cette ville et y aurait prêché en se rendant en Italie.
3. Saint Pierre à Home. — Le fait de la venue de Pierre à Rome doit être tenu pour certain, bien que nous ne possédions aucun détail sur son activité apostolique en ce milieu. Sur ce point, les témoignages de saint Clément rie Home, de saint Ignace d'Antioche, de saint Denys rie Corinthe, «le saint Irénée, de. Clément d'Alexandrie, d'Origène et rie Tertullicn constituent une preuve massive, dont la valeur est aujourd'hui unanimement reconnue. Les fouilles pratiquées en ces dernières années, dans la catacombe de saint Sébastien, à Home, ont eu pour résultat de confirmer la tradition d'une façon admirable, puisqu'il est établi maintenant que le corps de saint Pierre a reposé un
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certain temps en cet endroit et y a été vénéré par de nombreux pèlerins. En revanche, on ne saurait fixer avec certitude la date de la venue de Pierre à Home, ni dire s'il y est venu à deux reprises, ni marquer la durée de son ministère dans la capitale de l'empire romain. Nous ignorerons toujours par quelles mains la semence évangélique fut jetée en la ville des Césars pour la première fois. On constate seulement que, vers 56-58, la communauté chrétienne de Home était déjà connue et même célèbre dans le monde grec. Cf. l'épître de saint Paul aux Romains. Mais est-il possible que Pierre ait été lui-même l'ouvrier de la première heure sous le règnede l'empereur Claude, soit avant, soit après l'assemblée de Jérusalem? En tout cas, Pierre se trouvait à Rome vers le temps où saint Paul recouvra sa liberté, probablement en 63. Il fut, selon toutes les vraisemblances, une des victimes de la persécution de Néron dans les mois qui suivirent le grand incendie de juillet 64; il mourut martyr, conformément à la prédiction de Jésus conservée dans le IVe évangile. Joa., xxi, 18-19. Eusèbe et, après lui, saint Jérôme datent sa mort de l'an 67, mais comme le premier parle en même temps de la persécution de Néron, il est permis de suspecter une méprise quant à l'année. Au témoignage du prêtre romain Caïus, qui écrivait vers l'an 200, Pierre avait été mis à mort sur la colline vaticane, tout près du cirque de Néron, et il avait été inhumé au même endroit.
On trouvera tous les éléments d'une biographie de saint Pierre dans le volume de C. Fouard, Saint Pierre et les premières années du christianisme (nombreuses éditions) et, plus succinctement, dans l'article de L. Fillion sur Saint Pierre dans le Dictionnaire de la Bible. Parmi les ouvrages récents d'historiens non catholiques, celui de F.-J. Foakes- Jackson, Peter, prince of the apostles, 1927, fournit une documentation très riche.
Sur l'enseignement doctrinal des discours de saint Pierre conservés dans le livre des Actes, voir l'article Actes des apôtres, t. i, col. 349-352, et E. Jacquier, Les Actes des apôtres, 1926, p. cevi sq.
II. ÉPITRES DE SAINT PIERRE. — Parmi les sept lettres qui constituent, dans le recueil du Nouveau Testament, le groupe des épitres catholiques, il en est deux'qui sont dites « de Pierre ». Le qualificatif de » catholique », déjà en usage dans l'école d'Alexandrie avec Denys et Origène, s'appliquait à des lettres que l'on regardait comme encycliques. L'emploi de la formule « épitres catholiques » est devenu courant sous l'influence d'Eusèbe et de saint Jérôme, l'épithète marquant que ces divers écrits étaient adressés non à des groupes restreints de fidèles ou à des églises particulières, mais à la catholicité entière.
Dans les grands manuscrits grecs N, B, A, les épitres de Pierre occupent les deuxième et troisième rangs, après celle de Jacques et avant celles de Jean et de Jude. On retrouve le même ordre dans les canons dits du concile de Laodicée, chez presque tous les Pères grecs, chez saint Jérôme et dans la Vulgate clémentine. Au contraire, les épitres de Pierre figurent en tête de la liste des épitres catholiques chez Origène et Rufin, dans les canons des conciles de Rome (380), d'Hippone (393) et de Carthage (397), dans le décret de Gélase, chez saint Augustin, Cassiodore, etc.
1. Première épître de saint Pierre. — I. Contenu de l'épître. IL Occasion, but et destinataires (col. 1755). III. Rapports littéraires de cette épître avec divers écrits du Nouveau Testament (col. 1759). IV. Auteur, date et lieu de composition (col. 1760). V. Doctrine (col. 1763). — Il va de soi que dans un Dictionnaire de théologie une place aussi grande doit être faite à l'exposé de l'enseignement doctrinal qu'à la discussion des problèmes critiques.
I. Contenu de l'épître. — 1° Le fond. — Pour le fond, c'est essentiellement une exhortation ou un appel à l'espérance en même temps qu'une instruction pastorale sur quelques-uns des devoirs du croyant. Les idées se succèdent sans lien logique apparent, comme si l'auteur avait rédigé sa lettre sans s'astreindre à ordonner ses développements dans le cadre d'un plan déterminé à l'avance.
Après l'adresse, i, 1-2, l'instruction débute par une action de grâces à Dieu qui a régénéré les croyants en vue de leur salut, pour qu'ils entrent en possession de l'héritage céleste; de cette réalité et de cette espérance, les épreuves présentes leur sont une garantie, i, 3-12. Cette perspective doit aider les fidèles à se maintenir dans la bonne voie : qu'ils évitent de retomber dans les égarements où ils vivaient au temps de leur ignorance; qu'ils soient saints comme Dieu, ayant été affranchis des observances ancestrales par le sang du Christ, «l'agneau sans défaut et sans tache »; qu'ils pratiquent l'amour fraternel; qu'ils soient les pierres vivantes de cet édifice spirituel dont le Christ luimême est la pierre de base, choisie par Dieu et rejetée par les hommes, i, 13-n, 10. Au milieu des païens qui les calomnient, les chrétiens doivent donner l'exemple d'une vie irréprochable : il faut se soumettre loyalement aux autorités constituées: il faut user de la liberté, mais sans licence; il faut que les esclaves obéissent à leurs maîtres et qu'au besoin ils supportent même des traitements injustes, suivant en cela l'exemple du Christ; il faut que les femmes soient soumises à leurs maris et que, de leur côté, les maris se comportent avec douceur vis-à-vis de leurs épouses, tenant compte de la faiblesse féminine; il faut que la concorde règne entre tous par le support mutuel et la charité fraternelle, n, 11-m, 12. Que si les croyants ont à souffrir pour la justice, heureux sont-ils! S'ils ont à confesser leur foi, qu'ils le fassent avec douceur. Surtout qu'ils ne pèchent plus, car le Christ est mort pour ramener à Dieu les hommes pécheurs, le Christ qui ensuite est ressuscité, est allé prêcher aux esprits « tenus en prison », est monté au ciel et se tient maintenant assis à la droite de Dieu, m, 12-22. Celui qui. comme le Christ, a souiïert dans sa chair a rompu avec le péché; c'est assez d'avoir autrefois vécu dans l'idolâtrie et les mauvaises mœurs, comme le font les païens qui auront à rendre compte de leurs débordements devant le juge des vivants et des morts. Si l'Évangile a été annoncé aux morts, c'est pour qu'ils vivent selon Dieu en esprit, iv, 1-6. D'ailleurs, la fin de toutes choses est proche et il importe que chacun s'adonne à la pratique des vertus, particulièrement de la charité, iv, 7-11. La persécution présente ne doit pas être un sujet d'étonnement pour les fidèles. Bienheureux ceux qui sont outragés pour le nom du Christ, car l'esprit de Dieu repose en eux. Il serait déshonorant d'être châtié pour un crime, tandis qu'il est beau de souffrir comme chrétien. Le jugement va commencer par ceux de la maison de Dieu : mais combien terrible sera le sort des autres qui n'obéissent pas à l'Évangile, iv, 12-19. Enfin l'auteur s'adresse aux anciens, étant comme eux un ancien et aussi « un témoin des souffrances du Christ », et il leur rappelle qu'ils doivent . être des pasteurs désintéressés; aux jeunes, il prêche la soumission aux anciens; à tous, il recommande l'humilité, la vigilance dans la lutte contre le diable et la fermeté dans la foi. v, 1-11. La lettre se termine par la mention de Silvain, scribe et probablement aussi messager, et par des salutations envoyées aux destinataires, v, 12-14.
2° La forme. — Le ton général est celui d'une allocution pastorale, inspirée par' une chaude affection paternelle, donnée sans apprêt et sans emphase, destinée à soutenir le courage de ceux qui souffrent. Dans
PIERRE (SAINT). Ire ÉP1TRE, OCCASION
leur simplicité, ces pages sont touchantes de sincérité. On dirait un vieillard qui parle d'expérience, montrant a ses enfants comment l'esse. itiel est de tenir bon jusqu'au bout, l.o style est discrètement coloré par des images ou des comparaisons facilement intelligibles.
Le vocabulaire de l'auteur renferme un nombre proportionnellement élevé de mots et d'expressions qui ne se rencontrent pas dans les autres écrits du Nouveau Testament. ('.. Bigg, .\ critical and exegetical corrunentary on the epistles of St. Peler and St. Ju.de, p. 2-3, en compte soixante-deux, tout en faisant remarquer que trente-quatre de ces termes appartiennent à la langue des Septante et que cinq figurent en d'autres versions grecques de l'Ancien Testament. On peut noter d'un bout à l'autre de la lettre une forte influence de la langue des Septante. Saint Jérôme a émis la supposition, Epist., cxx. ad Hedib., P. L., t. xxn, col. 1002, d'une rédaction originale en araméen; mais les prétendus sémitismes se sont évanouis pour la plupart au fur et à mesure des découvertes qui ont enrichi la documentation de la Koinè. L'épître a été rédigée en grec, i dans un grec médiocre, traînant, qui n'est pas plus mauvais cependant que ne l'est en moyenne celui du Nouveau Testament », au jugement de Puech, Histoire de In littérature grecque chrétienne, t. i, p. 334.
Comme le vocabulaire, la syntaxe et le style se révèlent les mêmes du commencement à la fin de la lettre, la question de l'unité littéraire ne se pose pas. Certains critiques, il est vrai, ont cru découvrir des interpolations ou additions; d'autres veulent que le rédacteur ait mis en œuvre des documents préexistants; mais ces diverses hypothèses, émises notamment par Cramer, Meyer, Schmidt, Soit au, Vôlter, Perdelwitz, ne sauraient prévaloir contre la parfaite homogénéité d'un texte dont, au point de vue littéraire, la trame est tissée des mêmes fils. Sur ces hypothèses, voir James Moft'att, An introduction to the littérature of the New Testament, 3e édit., p. 342-344 ; R. Knopf, Die Hrieje Pétri and Judâ, dans le Commentaire de Meyer, 7e édit., p. 20, note 1.
II. Occasion, but et destinataires. — 1° Occasion et but. — Une simple lecture de l'épître donne l'impression très nette que l'auteur a écrit pour des chrétiens qui se trouvaient en butte à une opposition violente de la part de gens hostiles à leur foi et à leur morale; cf. i. 6-7: n, 12. 10-20; m, 9, 11-17; iv, 4, 12-10. 10: v, lo. Il fait allusion aux calomnies et aux accusations diverses dont les fidèles ont été les victimes innocentes; il parle des épreuves qu'ils ont endurées et de l'incendie », qui, tout récemment, s'est allumé au milieu d'eux, iv. 12. Il leur envoie sa lettre pour les consoler et les encourager dans les circonstances pénibles où ils vivent : un héritage impérissable leur est réservé au ciel, r, 1; une foi éprouvée leur vaudra louange, gloire et honneur » au jour de la manifestation du Christ, i, 7; c'est acquérir des mérites devant Dieu que de supporter des afflictions par sentiment de religion, n, 19-20; mieux vaut souffrir en faisant le bien qu'en faisant le mal, m, 17; celui qui est maltraité ou injurié pour le nom du Christ doit te réjouir, iv, 13-1 1: d'ailleurs, le Christ lui-même a donné l'exemple aux siens pour qu'ils marchent sur ses traces, n, 21-2 1: m, 18; iv, 1. C'est pour soutenir la foi de ceux qui souffrent que l'auteur les invite à regarder vers l'avenir tout proche où le Christ sera envoyé par Dieu pour procéder au jugement de tous les hommes, des bons et des méchants, i, 5, 7, 13, 20; il, 12; iv, 5, 13, 17: v, 1, 4, 0, lu.
Le point délicat ou difficultueux est de déterminer avec quelque précision la nature des épreuves auxquelles il est fait allusion dans la lettre : persécution officielle et généralisée, menée par les autorités, ou simplement hostilité pouvant aller jusqu'à la violence
de la part des adversaires de la religion chrétienne? Pour être en mesure de répondre à cette question, il importe de bien interpréter les indications fournies par l'épître elle-même.
Tout d'abord, rien n'indique une persécution officielle, systématiquement organisée par l'autorité impériale, comme ce fut le cas sous le règne de Domitien cl au début de celui de Trajan. L'auteur ne parle ni de prison, ni de tribunaux, ni de juges, ni de spoliations. Les calomnies et les injures auxquelles sont en butte les fidèles, n, 12; in. 9, 16, sont le fait de gens hostiles à la foi du Christ et surtout à la morale chrétienne, iv, 4. Sans doute, il est question de mauvais traitements endurés pour le nom du Christ, iv, 14, m. Os nulle part il n'est insinué que les représentants du pouvoir central aient pris l'initiative de mesures sanglantes contre les chrétiens. Quand l'auteur recommande à ses correspondants de respecter les autorités constituées et de leur obéir, n, 13-14, rien, dans ses paroles, ne trahit l'angoisse d'un pasteur dont le troupeau serait officiellement traqué et persécuté : le pouvoir civil, dit-il, châtie ceux qui font le mal et récompense ceux qui agissent bien, n, 13-14.
En second lieu, on ne peut voir une allusion à une persécution systématique et officielle dans le mot rcùpcomç dont use l'auteur dans une phrase où il exhorte les fidèles à l'espoir et à la confiance : « Très chers, ne vous étonnez pas de l'incendie (nùpinaiç) qui s'est allumé chez vous pour vous éprouver, comme s'il vous arrivait quelque chose d'extraordinaire; mais... ». iv, 12-13. Sans doute le terme employé peut avoir été choisi pour marquer le caractère soudain et violent de l'épreuve en question, mais il n'en reste pas moins probable qu'il a été fourni par Prov., xxvn, 21, el l'idée dominante est celle de la purification par le feu de la souffrance.
Enfin, si l'on rapproche la présente épître de certains passages de l'épître aux Hébreux ou de l'Apocalypse, il apparaît nettement que les situations qui se reflètent de part et d'autre sont toutes différentes : dans l'épître aux Hébreux, il est fait allusion à une persécution méthodiquement organisée, x, 32-34, et, dans l'Apocalypse, il est question de ceux qui ont versé leur sang pour la foi chrétienne, n, 13; vi, 9-1 1 : vu, 14 ; xiii, 7; xvi. G; xvn, 0; xx, 4, tandis que, dans la Za Pétri, il n'est pas parlé du martyre.
Dès lors, l'épître ne peut avoir été écrite ni dans les jours ni au lendemain d'une persécution sanglante déclenchée sur l'ordre de l'autorité impériale. L'auteur s'adresse à des fidèles qui ont eu à souffrir et qui restent exposés à des dangers de tous les jours; mais ces dangers viennent du milieu dans lequel vivent les chrétiens, des populations juliennes avec lesquelles ils sont en contact permanent, de la masse grossière cl débauchée dont ils se sont séparés, qui leur reproche de ne plus prendre part aux cultes ancestraux et nationaux et qui condamne la nouvelle morale comme trop rigide et trop austère. Les dénonciations et les attaques partent de ce milieu profondément attaché aux pratiques du paganisme. En peu partout, jusque dans les provinces les plus éloignées du centre de l'empire, de vagues rumeurs circulent contre les chu tiens; on en retrouve l'écho dans les récits de Tacite, Ann., xv, 44, et de Suétone, Nero, 10; ces mêmes historiens parlent aussi des mesures de police prises contre les prétendus fauteurs de troubles. Dès le début du règne de Néron (54), le seul nom de chrétien, en bien des régions, éveillait dans les imaginai ions popu laires l'idée de crimes, de maléfices et de turpitudes atroces. D'où l'-accusation de xaxOTCOiéç, I Pet., n, 12, lancée si facilement par la masse ignorante et hostile contre quiconque se réclamait (lu Christ.
L'auteur connaît celle situation critique cl da
PIERRE SAINT). Pe ÉPITRE, OCCASION
relise; aussi recominande-l-il à ses correspondants d'éviter soigneusement tout ce qui pourrait prêtei le liane à la eril [que ou donner un semblant de fondement à une accusation : Que nul d'entre vous n'ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou magicien » (vXt.'j-çi'izr.iaxoT.'jc, entendu au sens de magicien, mate ficus), iv. 15. Par ailleurs, il pouvait arriver q,ue certains parmi les fidèles, exaspérés par les injustes attaques dont ils étaient les victimes, s'insurgeassent contre les autorités constituées, d'où les avis et les conseils sur l'obéissance due par tous au pouvoir civil, il, J3-17. Toutefois, celle obéissance a ses limiles, car, en matière de dogme et de morale, le chrétien ne peut connaître ni faiblesse ni compromission : il doit « toujours être prêt à se défendre devant quiconque lui demande compte de l'espérance qui est eu lui ». ni, 15.
2" Destinataires.. - L'épître est adressée « aux étrangers élus de la dispersion dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie ». i, 1.
Une question préalable se pose, celle de l'authenticité de la suscription. Divers critiques en effet, parmi lesquels il faut citer Harnack, estiment que l'adresse a élé ajoutée après coup. D'après Harnack, les premières et les dernières lignes de la lettre n'appartiendraient pas au texte original du document; primitivement, celui-ci n'aurait été qu'une homélie anonyme; l'introduction, i, 1-2, et la conclusion, v, 12-14, seraient des additions du milieu du ne siècle (150- 175 environ). Cf. Harnack, Die Chronologie der altchristlichen Literatur, t. i, p. 451 sq. ; voir aussi A. C, McGilïert, A history of christianity in the aposlolic âge, 2e éd., p. 596 sq.
Les arguments produits en faveur de cette hypothèse ont paru trop faibles à la plupart des critiques pour devoir entraîner leur adhésion aux vues de Harnack. A rencontre, on peut faire valoir les observations ou remarques suivantes : 1. Du commencement à la fin, la 7a Pétri a l'allure d'une épître beaucoup plus que d'une homélie. 2. Comment expliquer que cet écrit ait bénéficié d'une large diffusion et d'une grande autorité dès le début du ne siècle, comme on le verra plus loin, s'il était anonyme? 3. La formule « Béni soit le Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ», i,3, se retrouve dans II Cor., i,3, et Eph., i,3, où elle est également précédée d'une adresse. 4. Tous les mots de valeur qui se lisent dans la suscription sont dans un rapport étroit avec des idées développées dans le corps de l'épître; ainsi pour SiaaTropâ : il, 10, 12; pour TcapeTctSyjijLoç : i, 1, 17; n, 9, 11; v, 10; pour ày-ocau-ôç : i, 13, 17 ; il, 5 ; ni, 15 ; iv, 14 ; pour Û7raxor) : i, 14, 22 ; il, 16 ; iv, 19 ; pour pxvTta^oç : i, 19 ; n, 9, 21 ; ni, 18; pour 7Tp6yvwor.i; : i, 3-12, 15; n, 9, 10, 21; v, 10. 5. Il semble bien que saint Clément de Rome se soit inspiré de l'adresse de la 7a Pétri pour la formule qui figure en tète de sa lettre aux Corinthiens, écrite vers 96. Cf. J. Moffatt, op. cit., p. 342-343; C. Bigg, op. cit., p. 78-80; R. Knopf, op. cit., p. 19-20. Dans ces conditions, la suscription de la 7a Pétri doit être regardée comme authentique.
L'épître avait pour destinataires les chrétiens qui habitaient dans les régions de l'Asie Mineure dont les noms se lisent au verset premier. Au début de l'ère chrétienne, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie Mineure (Asia proconsularis ) et la Bithynie étaient des provinces de l'empire romain; quant au Pont, il faisait partie depuis Auguste de la province de Bithynie. II est surprenant que l'auteur ait ainsi dissocié le Pont de la Bithynie; peut-être s'est-il simplement conformé en cela au langage courant qui demeurait fidèle aux anciennes dénominations; peut-être aussi a-t-il voulu marquer les étapes successives du porteur de la lettre. Bengel justifiait ainsi l'ordre dans lequel sont énumérées les provinces : Quinque provincias nominal
\<iu<lor\ eo ordinr quo ocaurebani seribentl ex Oriente;
la remarque est ingénieuse, mais il suffit d'un simple coup d'ail sur une cartl d'Asie Mineure pour constater que la Cappadoce esl moins éloignée de l'Euphrate que le l'uni. 1. 'explication donnée par Ewald et par Hort parait meilleure : Silvain. à qui la lettre était confiée, devait d'abord gagner le Pont par voie de mer, puis traverser la Galatie pour se rendre en Cappadoce, ensuite [(rendre la grande voie royale i qui conduisait à Éphèse dans la province d'Asie (la Proconsulaire) et, finalement, visiter la Bithynie; le circuit embrassait ainsi toute l'Asie Mineure, à l'exception des districts du Sud, c'est-à-dire la Cilicie, la Pamphylie et la Lycie. Voir Encyclopsedia bibliea, t. m, col. 3800- 3807. Notons en passant que plusieurs anciens écrivains ecclésiastiques, par exemple Tertullien et saint Cyprien, ont appelé la !■< Pétri epistola ad Ponticos » parce que, dans la suscription. le nom du Pont figure en tête de la liste.
On sait par le livre des Actes et les épîtres pauliniennes que moins de trente ans après la mort de Jésus les communautés chrétiennes étaient déjà nombreuses en Asie Mineure, non seulement dans les ports de la côte méditerranéenne, mais jusque dans les parties de la péninsule les moins pénétrées par la civilisation romaine. Sur la diffusion du christianisme dans les différentes provinces d'Asie Mineure au ier siècle de notre ère, voir Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Chrislenlums in den ersten drei Jahrhunderten, 4e édit., t. n, p. 732 sq., et Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, 3e édit., t. i, p. 262 sq. Saint Paul avait été le principal ouvrier de cet apostolat de grande envergure; parmi ses compagnons ou ses disciples Barnabe, Timothée, Épaphras, Aquila, Silvain sont les seuls que nous connaissions comme ayant travaillé dans ces mêmes contrées. L'Apôtre ayant eu Silvain pour associé pendant le second de ses voyages missionnaires, cf. Act., xv, 40, xvni, 5, celui-ci avait noué des relations personnelles avec quelques-unes des chrétientés auxquelles était destinée la lettre qu'il avait mission de porter en Asie Mineure; ainsi s'explique parfaitement l'éloge qui est fait du messager dans la finale de l'épître : « Un frère sûr pour vous », dit l'auteur à ses correspondants en parlant de Silvain, I Pet., v, 12 (la position de ûu,îv invite à rattacher ce pronom à toû tucttoG àSeÀcpoû plutôt qu'à sypa^a).
Les communautés que Silvain devait visiter se composaient de fidèles qui, pour la très grande majorité, étaient des convertis du paganisme et non du judaïsme. Il ne peut guère y avoir d'hésitation sur ce point, car l'épître renferme plusieurs allusions très claires aux errements et à l'ignorance des destinataires, dans l'ordre moral et religieux, antérieurement à leur appel à la foi. i, 14; n, 9-10, 25; iv, 3-4. Cependant, certains auteurs, tant anciens (Origène, Didyme l'Aveugle, Eusèbe) que modernes (Érasme, Calvin, Grotius, Bengel) ou contemporains (B. Weiss, Kùhl), ont soutenu que la 7a Pétri avait été rédigée pour des lecteurs convertis du judaïsme. Ils donnaient à leunopinion un double point d'appui : d'une part, l'abondance des citations scripturaires dans le corps de la lettre; d'autre part, l'emploi à la première ligne du mot. Siaa7Topâ à propos des destinataires de la lettre. Mais le premier argument ne saurait être probant, car tous les écrivains de l'âge apostolique ont fait un large usage des Écritures anciennes, notamment saint Paul et cela dans des épîtres adressées à des chrétiens venus de la gentilité, ainsi dans ses deux lettres aux Corinthiens et dans celle aux Galates. Quant au second argument, il doit être écarté radicalement, car le mot SixaTTopdt, bien qu'employé couramment pour désigner les Juifs dispersés dans le monde gréco-romain, revêt ici une signification toute différente par l'adjonction