‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 85 sur 437 · PIERRE (SAINT). ["ÉPÎTRE, DOCTRINE · texte numérisé non relu

PIERRE (SAINT). ["ÉPÎTRE, DOCTRINE

1 >' épître de Jean et de la Ire épître de Pierre ». Jlist. . I. III, c. xxxix, n. 17; cf. ibid., 1. II, c. xv, n. 2-3. La lettre des Kglises de Lyon et de Vienne, composée en 177. et les Actes des martyrs scillitains, qui datent de 180, renferment des réminiscences ou des échos directs de la /' Pétri. Saint Irénée dit explicitement — il est le premier à le taire — que la I» Pétri a été composée par saint Pierre et il en cite plusieurs passages dans son Contra hsereses. Tertullien. Clément d'Alexandrie et Origène donnent la lettre comme étant de saint Pierre. Elle ligure dans la Peschito, version officielle des anciennes Églises de Syrie. Poulies textes, voir Th. Zahn, Geschichle des neutestamentlichen Kanons, t. i, p. 302 sq.; C. Bigg, op. cit., p. 7 sq.

Il ressort de ces divers témoignages que la /-l Pétri était connue à la fin du Ier siècle, que, dès le début du ne, elle était lue en de nombreuses Églises d'Orient et que, vers 150-160, elle était répandue dans les Églises d'Occident. Sans doute, saint Irénée est le premier des Pères qui la présente comme étant de saint Pierre, mais on doit remarquer que cet écrivain était admirablement informé des traditions des Églises d'Asie Mineure. En outre, le crédit accordé dès le début du IIe siècle à cette épître, que l'on peut qualifier de minime, est une garantie sérieuse de son origine apos- 1 tolique. Ainsi, le témoignage de la tradition ecclésiastique la plus ancienne est en accord parfait avec les indications relevées dans l'épître relativement à son auteur.

En somme, Eusèbe n'a fait qu'enregistrer le sentiment traditionnel et unanime des anciennes Églises d'Orient et d'Occident quand il a compté « la Ire épître de Pierre ■ parmi les écrits « incontestés » que tous, de son temps, vénéraient et lisaient comme Écriture. Cette constatation ne saurait être infirmée par le fait que la I* Pétri ne figure pas dans la liste romaine connue sous le nom de Canon de Muratori, car l'omission peut être accidentelle ou s'expliquer par la mutilation du document dont nous ne possédons qu'une copie défectueuse; cf. Th. Zahn, op. cit., t. n, p. 110.

V. La doctrine de la I» Pétri ». — Remarques préliminaires. -— a) On a vu plus haut que cette lettre a été écrite dans un but pratique : l'auteur, suivant ses propres paroles, a voulu donner un encouragement et une garantie, -xpàxÀr^tç et èrau.apTup£a, v, 12, à des fidèles qui souffraient et pouvaient se laisser gagner par l'inquiétude; il s'agissait de les exhorter à tenir ferme pendant les heures mauvaises et de leur prouver que l'espérance chrétienne était fondée en fait comme en droit. — by Dans ces pages, d'un caractère aussi nettement pratique, l'auteur n'avait pas à faire passer tout le credo apostolique, d'autant moins qu'il De s'adressait pas à des catéchumènes, mais à des chrétiens déjà instruits; son intention n'était pas tant d'enseigner que de consoler et de fortifier. — c) Dans ces conditions, ce serait une erreur que de chercher dans la /a Pétri un corps de doctrine complet, un exposé systématique du dogme chrétien; et c'en serait une autre que de s'autoriser du silence de l'auteur sur tel ou tel point pour en conclure qu'il ignorait ou rejetait ce dont il n'a pas parlé.

1° Les souries premières. — L'enseignement doctrinal de la I* Pétri se rattache, d'une part, à l'Ancien Testament et, de l'autre, à la prédication de Jésus, reproduite par la catéchèse apostolique avant d'être nxée sous la forme des évangiles synoptiques. — 1. La pensée de saint Pierre était pénétrée et nourrie de la doctrine de l'Ancien Testament. Les allusions à l'Écriture sont constantes dans l'épître et les emprunts nombreux, à tel point que l'on pourrait presque parler de saturation. Plusieurs fois, les citations sont introduites explicitement : i, 16 (ysypaTTrai), 24 (Siôti); h, g

(nzpit/si. èv T7j vpaçyj); ni, H» (yip); v. 5 (ort). 11 semble que l'auteur avait une prédilection marquée pour le livre d'isaïe, car il y a puisé plus que dans tout autre; cf. I Pet., I, 11 6, et Is., i.m, 7-8; I Pet., i, 18, et Is., lui. 3 b; I Pet., i. 24 sq., et Is., XL, 6 sq. ; I Pet., n, G, et Is., vin, 14; xxviii, 10; I Pet., H, 9 sq., et Is., xi.iii, 20 sq. ; I Pet., n, 22 sq., et Is., lui, 5, 9, 12; I Pet., n, 256, et Is., xl, 11; I Pet., m, 15, et Is., vin, 13; xxix, 3: I Pet., iv, 14, et Is., xi, 2; I Pet., iv, 17, et Is., xxv, 29. Il faut également noter les emprunts faits au livre des Psaumes: I Pet., n, 3. 7, 11 ; m, 10- 12; v, 7, et à celui des Proverbes : I Pet., n, 17; ni, 6; iv, 8, 18; v, 5. On ne saurait être surpris de constater la grande influence exercée sur saint Pierre par le prophète qui avait été le héraut de l'espérance messianique et par le recueil des hymnes qui traduisaient les sentiments religieux de l'âme juive; quant aux maximes des sages, elles étaient transmises de bouche en bouche depuis des siècles en Israël et elles avaient toujours servi de base à l'enseignement des moralistes. De plus, il n'est pas impossible que la plupart des textes exploités dans la /a Pétri aient figuré dans des recueils script uraires, du genre des catena- ou des jlorilegia du Moyen Age, établis pour les besoins de l'enseignement, de l'apologétique et de la piété. — 2. Pour ce qui regarde les attaches de cette épître avec la doctrine évangélique, elles sont telles que bien des phrases de la /;l Pétri peuvent être regardées comme des réminiscences de la catéchèse apostolique; cf. C. Bigg, op. cit., p. 23. Les allusions à la passion sont particulièrement nombreuses. Certains critiques ont marqué leur étonnement de ce qu'on ne trouve dans cette lettre aucun souvenir personnel de saint Pierre relatif à Jésus; mais c'était oublier que les premiers chrétiens portaient peu d'intérêt aux détails biographiques, eussentMls trait à la personne de leur Maître; en outre, c'était négliger ce fait capital que d'un bout à l'autre la 7a Pétri reproduit l'enseignement le plus authentique du Christ sur les vertus morales qui doivent être pratiquées par les candidats au royaume des cieux; voir notamment I Pèt., i, 6-11, 13, 17, 23; n, 7, 12; m, 9-11, 14-15; iv, 13 sq., 16.

2° L'enseignement doctrinal et moral. — 1. Les personnes divines. — Dès les premières lignes de l'épître, i, 2, on trouve la mention des trois personnes de la Trinité et du rôle spécial joué par chacune d'elles dans l'œuvre rédemptrice : le Père a eu la prescience de l'élection des croyants, c'est-à-dire de leur appel à la foi chrétienne: l'Esprit a opéré la sanctification de ceux qui sont élus; Jésus-Christ a versé pour eux son sang dont ils ont été aspergés. Nous avons là une véritable formule trinitaire, aussi riche par son contenu et aussi explicite que celle employée par saint Paul dans la finale de la IIe épître aux Corinthiens, xni, 13. On notera que l'égalité des trois personnes divines y est implicitement affirmée du fait que l'auteur ne les nomme pas dans l'ordre de leur manifestation historique.

a) Le Père. — Il est appelé « Dieu et Père de Noire- Seigneur Jésus-Christ ». i, 3. Les hommes seront jugés par lui « sans acception de personnes, selon l'œuvre de chacun ». i, 17; n, 12. Il est «le saint » par excellence et exige de ses fidèles qu'ils vivent dans la sainteté, i, 15-16. Les croyants sont « ses serviteurs », II, 16; ils doivent le craindre, il, 17, et lui obéir. I, 14. Dieu le Père est l'auteur du salut pour ceux qui croient , car c'est lui qui « par sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts», i, 3. Cette miséricorde est -infinie el constamment agissante pour le profit spirituel de ceux qui vivent dans la pratique de la justice : la volonté salvifique de Dieu ne saurait être mise en doute, car avant même la création du

IMKKUK 'SAINT) Ire ÉPITRE, DOCTRINE

monde- il avait conçu le plan rédempteur, i, 20. Toute faveur vient de lui. rv, 10; v, 10. C'est en lui, le tuotoç /.-i.n-rfi, que l'espérance du chrétien a son fondement inébranlable. i\, 19. il est invoqué comme le l'ère » par ceux (ini le servent, i. 17.

on voil par là que sainl Pierre, comme les anciens prophètes, met surtout en relief, parmi les attributs divins, la sainteté, la science cl la miséricorde. Il est également fidèle a la tradition religieuse de sa race quand il emploie la doxologie courante a L'adresse de Dieu le Père : A lui la gloire et la puissance pour les siècles des siècles! Amen. » iv, 1 1 ; v. 1 1 .

b) Le Fils. - Jésus est le .Messie promis jadis à Israël, décrit par les prophètes et envoyé par Dieu pour sauver' non seulement la nation juive, niais l'humanité tout entière, i, 111-12, 20: n, l-(i. Xçia-^ç, est employé tantôt comme un qualificatif, au sens étymologique du mol, en apposition au nom de Jésus, i, 2, 3, 7, 13: n, .">: ni, 21; iv, 11, tantôt comme un nom propre, i, 11, 10; ii, 21 : m, 15, IX: iv, 1, 13; v, 1 . 10, 1 1. Jésus est désigné comme le Fils de Dieu, i, 3. Sa préexistence, non seulement idéale, mais réelle, est indiquée en deux passages de l'épître : antérieurement à sa manifestation terrestre, le Christ agissait par son esprit (Tiveùfia Xpicrrou) dans les prophètes qui annonçaient ses souffrances et sa gloire future, i. 1 1 ; « prédestiné avant la création du monde, il a été manifesté à la fin des temps ». i, 20 (ici l'apparition historique marquée par cpavepwOévToç fait contraste avec la prédestination éternelle, Trpûeyvcoajiivou Tipô y.aTaêoXyjç xocjjlo'j, et la prédestination suppose la même existence individuelle et réelle que la manifestation terrestre). A trois reprises, l'auteur donne à Jésus le titre de xûptoç que la théologie juive employait exclusivement pour désigner Dieu, i, 3; n, 13; m. If). Ce Christ s'est incarné et « en chair » il a soull'ert et est mort, n, 21 ; ni, 18; iv, 1. 13: bien qu'il fût exempt de toute faute, n, 22, et pur comme « l'agneau irréprochable et immaculé », i, 19, « il a lui-même porté nos péchés en son corps sur le poteau ». n, 24. Dieu le Père « l'a ressuscité d'entre les morts et lui a donné la gloire ». i, 21. Ce Christ vit maintenant au ciel, siégeant à la droite de Dieu, au-dessus de tous les esprits célestes, m, 22.

c) Le Saint-Esprit. — L'Esprit-Saint joue un rôle prépondérant dans la sanctification des fidèles, i, 2. Il agit dans les prédicateurs de l'Évangile, i, 12. 11 repose en ceux qui, par leurs souffrances, sont les témoins du Christ, iv, 1-1.

2. La sotériologie. — De toute éternité. Dieu a voulu le salut de l'humanité; d'une part, le plan rédempteur comprenait l'envoi sur terre du Christ préexistant à la création, i, 20, afin d'assurer aux hommes le bénéfice de l'héritage céleste, i, 4; d'autre part, les effets de la miséricorde divine devaient s'étendre à toutes les nations, puisque les élus, pour l'immense majorité, n'appartiennent pas à la race juive, i, 1,2; n, 4, 9-10. L'œuvre rédemptrice a été réalisée par les souffrances et par la mort du Christ « avec le sang précieux de l'agneau », i, 18-19: m, 18. afin que les fidèles - morts au péché, vivent à la justice ». n, 24. Pour saint Pierre comme pour saint Paul, le sacrifice du Calvaire est le point central de l'histoire de l'humanité : les pécheurs sont sauvés par l'aspersion du sang du Christ, i, 2; Jésus est le médiateur par qui des sacrifices agréables sont offerts à Dieu, n, 5, par qui Dieu est honoré, iv, 11, 16, comme il est le modèle que les croyants doivent imiter jusque dans la souffrance pour participer aux bénéfices spirituels de la rédemption, n, 21 ; iv, 1, et arriver à la gloire, i, 7; iv, 13-14. Bien que l'auteur envisage la mort et les souffrances du Christ surtout du point de vue exemplaire — ce qui s'explique par la situation de ceux auxquels il s'adressait -

l'idée du rachat de l'homme pécheur par le sang de la victime innocente n'en reste pas moins l'un des points fondamentaux de sa doctrine sur le salut: sous ce rapport, les textes cités plus haut, n. 21, et m, 18. sont explicites à souhait. Enfin, le sacrifice rédempteur a été accompli pour le profit de tous les hommes ; les Juifs qui ont rejeté i la pierre vivante », la pierre d'angle », devenue pour eux « une pierre d'achoppement et une roche de scandale », n, 3, 7-8, sont châtiés pour leur aveuglement coupable et leur désobéissance obstinée : les gentils leur ont été substitués dans la possession de l'héritage (xXr)p&vopia de i, 11, correspond au royaume de Dieu ■■ des évangiles synoptiques) et ceux que les fils d'Abraham selon la chair méprisaient sont devenus la gent choisie, la nation sainte, le peuple de Dieu ... n, 9-10.

La façon dont saint Pierre envisage les souffrances du Christ et l'octroi du salut à quiconque reçoit le message évangélique témoigne de l'évolution accomplie dans l'esprit de l'Apôtre sous l'influence de la lumière venue d'en haut et aussi des expériences faites par lui durant son apostolat. D'une pari, il a compris que l'abaissement et la mort du Christ étaient les moyens choisis par Dieu pour réaliser le plan rédempteur. Tout au début, il s'était révolté devant la perspective de la croix, Matth., xvi, 22; ensuite, il s'était incliné devant la volonté divine dont il trouvait 1 expression dans les oracles relatifs à la passion et, dans ses premiers discours, il avait parlé de ces événements douloureux comme d'une nécessité voulue par Dieu, cf. Act., n, 23: m, 18; x, 37-40; finalement, la lumière s'était faite dans son esprit : via crucis, via vitae et gluria'. D'autre part, saint Pierre, l'apôtre officiel de la circoncision, Gai., n, 9, parle de l'apostasie et du rejet d'Israël comme le ferait saint Paul lui-même: il voit en effet, dans les croyants, les vrais fils d'Abraham, et cela sans tenir aucun compte de leur origine première, n, 7, 9-10; bien plus, il ne paraît même pas soupçonner le caractère angoissant du problème traité dans l'épître aux Romains, ix-xi, comme si l'infidélité de l'ancienne nation théocratique n'avait pour lui rien que de naturel.

Le fait de la résurrection de Jésus, mentionné à diverses reprises dans l'épître, i, 3, 21 : ni, 18, 21, est présenté comme un gage du bonheur futur ou de la glorification des croyants : le Christ ressuscité, au jour de sa manifestation triomphale, garantira aux fidèles la pleine réalisation de leurs espérances, i. 13: iv. 13; v, 4. On ne relève dans la 7a Pétri aucun écho de la doctrine de saint Paul sur l'union mystique du fidèle avec le Christ dans la mort et la résurrection du Sauveur, sauf peut-être dans le passage relatif au baptême, ni, 21 (voir ci-dessous col. 1772).

D'une façon générale, saint Pierre marque la dépendance du Christ par rapport à Dieu le Père plus que l'égalité du Fils et du Père. Aussi est-il arrivé que certaines formules de cette épître ont été interprétées dans un sens adoptianiste. Mais on doit se souvenir qu'un pareil langage était commun à tous les chrétiens de la première génération qui avaient grandi dans le judaïsme. Par ailleurs, l'emploi du qualificatif v.'jpioç pour désigner Jésus ne laisse place à aucune hésitation . sur la façon dont il faut entendre la nature de la dépendance du Christ par rapport à Dieu le Père.

3. Le « descensus ad inféras » et le message aux morts. — Deux passages de la /a Pétri font allusion à un point de l'œuvre rédemptrice opérée par le Christ, point de détail sur la nature duquel exégètes et théologiens ont présenté des interprétations et des opinions fort différentes. Les textes en question sont les suivants : Xpia-bç cLnxï, Ttepl au.apTi.oov à-éOavev, Stxaioç ûicèp àSbccoV, '(.'va r(u.âç Trpoaayàyy) tw Qsôij, 6avaTOj6siç (asv aocpy.L ÇtoOTCoi-rçOelç Se nvz'yj.'xzi' èv cb

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