‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 87 sur 437 · TERRE (SAINT). I™ ÉPITRE, DOCTRINE · texte numérisé non relu

TERRE (SAINT). I™ ÉPITRE, DOCTRINE

jugement est mis en relation avec le retour glorieux du Christ, i, 13, ou de l'archipasteur, v, 4, si bien que l'on pourrait hésiter entre le Père et le Christ. Quoi qu'il en soit de ce point, le sens de l'expression « vivants et morts » n'est pas douteux : il s'agit de l'humanité entière envisagée dans ses deux catégories d'êtres vivants cl d'êtres morts, et cela sous le rapport de la vie physique et de la mort physique; cf. Act., x, 42; Rom., xiv, 9; II Tirn., iv, 1; l'idée de vie spirituelle ou de mort spirituelle est exclue par la nature comme par l'usage de la formule en question.

iv, 0. La mention des morts qui seront soumis au jugement divin tout comme les vivants amène une parenthèse sur les premiers : la bonne nouvelle (ou l'Évangile) a été annoncé même aux morts. Le mot vexpoî doit avoir ici le même sens que dans la phrase qui précède immédiatement : il s'agit de ceux qui ne possèdent plus la vie physique. Par ailleurs, tout porte à croire que l'auteur se réfère implicitement à ce qu'il vient de dire touchant l'annonce du salut faite par le Christ aux esprits retenus en prison, ni, 19-20, d'autant plus qu'il use dans les deux cas de la même particule xœî : xxî. toïç èv cpuXax?) Trvei>[i.ocfri,v, et v.o.1 vexpoïç. — ■ Ici, le messager n'est pas nommé, l'expression revêtant un tour impersonnel : vexpoïç eùyjYYeXîaÔir) ; mais, sans aucun doute, saint Pierre pensait au Christ, car autrement il eût dit qui avait été le héraut de la bonne nouvelle. — Vient ensuite la raison de cette prédication aux morts : zlç toûto... '(.'va. La différence de temps pour vcpiflwat. et ÇôSat prouve que le premier de ces verbes exprime une action antérieure à celle du second; en outre, la finalité marquée par tva ne s'applique qu'au second verbe à raison de l'opposition établie par la présence des particules (jlév et Se. — Le jugement a eu lieu pour les morts xocrà àvOpcjtcouç aapxî, c'est-à-dire selon le mode applicable à des hommes vivant sur terre ou en chair; l'annonce du salut a été faite même aux morts pour qu'ils vivent xarà 0£ov 7rveûu,cm, c'est-à-dire de la vie spirituelle ou de la vie de l'âme selon le mode divin. — Le sens du verset 6 paraît être le suivant : la bonne nouvelle a été annoncée même aux morts afin que ceux qui avaient été jugés alors qu'ils étaient vivants puissent vivre de la vie surnaturelle en union avec Dieu.

Si l'exégèse des deux passages en jeu est correcte, on est autorisé à conclure que de part et d'autre saint Pierre parle de la descente du Christ aux enfers et d'un message de délivrance porté par lui aux morts du schéol. On trouve des allusions à cette croyance en plusieurs endroits du Nouveau Testament sous des formes diverses et plus ou moins explicites : d'abord dans un des discours de saint Pierre à Jérusalem, Act., il, 24-31 ; ensuite dans deux épîtres de saint Paul, Rom., x, 6-7; Col., i, 18; enfin dans l'Apocalypse, i, 18. Tous ces textes sont convergents, ce qui prouve que le fait de la descente de l'âme du Christ aux enfers après sa mort était un point de l'enseignement apostolique et faisait partie de la catéchèse primitive. D'ailleurs, saint Pierre et saint Paul n'en parlent qu'incidemment, par simple allusion à une chose connue des fidèles et sur laquelle ils n'ont pas à insister. La même croyance se retrouve chez de nombreux Pères du IIe siècle et du début du ni«; cf. saint Ignace, Magn., ix, 3; saint Justin, Dial., lxxii, 4; Pasteur d'Hermas, Simil., IX, xvi, 5; saint Irénée, Conl. hier., III, xx, 4; IV. xxn, 1-2; IV, xxxni, 1, 12; V, xxxi, 1-2; Prœd. apost.,78; Clément d'Alexandrie, Strom., II, ix, 43-44; VI, vi, 45-46; Adumbr. in I Pet., m, 19; iv, 6; In Joan., il, 2; Tertullien, De anima, 55; Origène, Contra Celsum, 1. II, n. 43; Nom. in Gen., xv, 5; xvn, (i; in Erod., vi, 6; in Num., xvni, 4 ; in Rom., xi, 13 ; saint Cyprien, Testim., n, 24. Dans l'écrit apocryphe connu sous le nom d'Évangile de Pierre, qui date de 120-130, une voix

qui vient des cieux demande au Christ ressuscité : ■ As-tu prêché à ceux qui dorment V et la croix ellemême donne une réponse affirmative; cf. L. Vaganay, L'évangtle de Pierre, p. 3(11-303. C'est un point de dogme dans l'Église que la descente du Christ aux enfers, le descendit ad injeros constituant la [™ partie du cinquième article du Symbole selon l'exposé du Catéchisme du concile de Trente.

Quant au temps où eut lieu cette mission du Christ aux enfers, il est indiqué d'une façon très précise dans le premier des passages de la /a Pétri analysés cidessus et dans son contexte immédiat. La succession des faits s'établit ainsi : mort du Christ (àitéOave, 8av«- TtoOstç aapxî), ni, 18; survie de l'âme dégagée des liens matériels (Çwo-oi^fteiç ttvs'Ju.octi), ibid.; descente aux enfers (—opE'jOeîç), m, 19; annonce aux morts (èx-^py^ev), ibid.; résurrection (6V àvaa-rxaewç T/jo-oû XpiaxoG), m, 21; ascension (nopsuSelç tlç oùpavov), iv, 22.

On remarquera que saint Pierre parle de la prédication aux morts comme d'un message de salut destine à tous les morts sans distinction ni restriction, ce qui a fait difficulté dès les premiers siècles pour les interprètes, les uns voulant que le Christ ait fait entendre à tous les morts, aux juifs comme aux païens, un appel à la conversion (ainsi Clément d'Alexandrie, Origène et, d'une manière générale, les représentants de l'école d'Alexandrie), les autres soutenant qu'il avait annoncé aux seules âmes des justes leur délivrance prochaine comme un effet rétroactif du sacrifice rédempteur (ainsi saint Irénée, saint Hippolyte). Si saint Augustin a donné des textes relatifs à la descente du Christ aux enfers une explication manifestement contraire au sens obvie — explication admise et reprise par les théologiens du Moyen Age, y compris saint Thomas — c'est parce qu'il se refusait à admettre la possibilité d'une conversion et du salut pour ceux d'entre les morts qui n'avaient pas vécu dans la pratique de la justice, chose qui n'embarrassait aucunement un Cyrille d'Alexandrie. On doit reconnaître que le langage de saint Pierre manque de précision; mais on admettra sans peine que les destinataires de la lettre avaient reçu déjà, sur le sujet, un enseignement oral suffisamment explicite et que cet enseignement ne pouvait être en contradiction avec les déclarations si nettes du Christ sur le sort réservé aux impies lor.s du jugement dernier. Il semble que saint Pierre a mentionné les hommes de la génération du déluge, ni, 18- 20, parce qu'on pouvait estimer que le Christ n'était pas allé vers eux; il semble aussi qu'en parlant de la prédication aux morts, iv, 5-6, il n'a eu en vue que les âmes des justes. Cette interprétation est généralement admise par les théologiens catholiques depuis le temps de Rellarmin.

Sur le descensus ad inferos voir l'article Descente de Jésus aux exfers, t. iv, col. 565-619; G.-R.' Stevens, The theology oj the New Testament, 2e édit., p. 304-310; J. Chaine, article Descente du Christ aux enfers dans le Dictionnaire de la Bible de Vigouroux, Supplément, t. i, col. 395-431. On trouvera une bibliographie abondante sur le sujet dans L. Vaganay, op. cit., p. xvii-xviii.

4. L'estchalologie. — D'un bout à l'autre de l'épître, saint Pierre parle comme s'il entrevoyait pour un avenir assez rapproché la consommation du monde présent, au milieu duquel les chrétiens doivent vivre comme des «étrangers » et des «voyageurs ». i, 17; ii, 11. « La fin de toutes choses est proche », dit-il à ses correspondants pour les exhorter à mettre fidèlement en pratique ses recommandations, iv, 7.

Cette fin sera marquée par la manifestation (à7roxx- Xu<Jiiç) glorieuse de Jésus-Christ, iv, 13; ce sera comme l'épanouissement et le couronnement de la révélation

1MKKHK SAINT). Ire É1MTKK, DOCTRINE

dont la grâce est déjà offerte aux croyants, i. 13: pour

ceux-ci il y aura alors ■ louange, gloire et honneur », 1. 7: quand apparaîtra » l'archlpasteur », ils recevront la couronne qui ne si- flétrit pas. v, 4, car ce sera l'heure de la rétribution ou du jugement par Dieu,

On peut dire de cette perspective de la tin prochaine du monde qu'elle est connue l'horizon de l'épitre : Le salut est tout prêt (êTot|iïjv) pour être révélé à l'heure dernière . i. ."> ; pour un peu encore » (ôXîyov Kpfl) les fidèles auront à être affligés par des épreuves diverses, i, 6; Dieu se tient prêt ( tco èrotji.coç E/ovTt) à juger vivants et morts, iv. 5: on est près de la fin (7Ô ts\oç v/v'.y.ïvl, iv. 7: la gloire du Christ va être manifestée ». v, 1. Quant aux recommandations que fait l'auteur, elles sont inspirées directement par les paroles du Christ sur la nécessité de se tenir prêt, de veiller et de prier : « Soyez donc prudents, écrit saint Pierre, et soyez tempérants afin de vaquer à la prière », IV, 7: cf. Marc, xiii, 33; Luc. xxi, 36.

On remarquera que tous ces textes s'appuient mutuellement et témoignent d'une même pensée. Il serait puéril de chercher à en atténuer la signification en les détournant de leur sens obvie. Comme tous les apôtres et les fidèles de la première génération, saint l'ierre a vécu dans l'espoir que le Christ reviendrait et manifesterait sa puissance dans un avenir assez proche, bien qu'indéterminé. Proximité du retour ne veut pas dire imminence du retour, et il faut noter que l'auteur parle d'épreuves à endurer et de vertus à pratiquer, laissant entendre par là qu'un temps assez long pourra s'écouler avant la manifestation triomphale du Christ qui coïncidera avec la fin du monde présent. L'espoir d'une délivrance prochaine était permis, mais tous les fidèles connaissaient la parole de Jésus répétée par les prédicateurs évangéliques : « Quant au jour et à l'heure, nul ne les sait, pas même les anges du ciel, mais le Père seul. » Matth.. xxiv. 36. En outre, chacun savait que la proximité du grand événement serait annoncée par des signes avant-coureurs, cf. Matth., xxiv, 3 sq., et II Thess.. n. 1 sq., et saint Pierre, précisément, ne dit pas un mot de l'apparition de l'un ou l'autre de ces signes.

5. La justice et lu vie surnaturelle. — La conception de la justice reste ici dans la ligne de l'Ancien Testament : le juste est l'homme dont la conscience est droite et dont les actes sont en conformité avec la loi de Dieu: c'est le saddiq décrit en maints passages des Psaumes et des livres sapientiaux; cf. m, 12, avec citation de Ps., xxxin, 16: iv, 18, avec citation de Prov., xi, 31. Dans l'expression « souffrir pour la justice , ni. 14, le mot justice est pris dans son acception traditionnelle de volonté divine concrétisée dans la loi morale. Quant à la formule < vivre à la justice », n, 24, elle doit s'entendre d'une vie où le péché n'a pas place, niais seulement les bonnes actions, l'homme libéré de l'esclavage du mal par la rédemption vivant exclusivement pour Dieu; cf. Rom., vi, 19-20.

La vie chrétienne est conçue comme une vie nouvelle, radicalement différente de la vie de ceux qui n'ont pas reçu la sanctification de l'Esprit et qui n'ont pas eu part à l'aspersion du sang de Jésus-Christ, i, 2. I >ieu lui-même est le principe de cette vie nouvelle, car il intervient pour régénérer ( àvaysvvïjaaç) ceux qu'il a élus, i, 3. Cette iv%yhm\aiç, se fait « non au moyen d'une semence périssable, mais au moyen d'une semence impérissable, au moyen de la parole de Dieu qui vit et qui demeure ». i. 23. La vie nouvelle ainsi produite aura son terme dernier et sa forme épanouie dans le salut de l'âme qui croit, i, 9, et tous les elTorts du fidèle doivent tendre à assurer le plein développement des énergies spirituelles déposées en lui eu résistant « aux désirs de la chair qui combattent contre l'âme ». ii, 1-2, 11 : iv, 2-.'i. Le concept paulinien de la

vie du chrétien uni au Christ dans le même corps mystique n'apparaît pas dans l'épitre.

6. Le baptême. — Le baptême procure le salut : acô^et î3â7ma(jL3<. m, 21. Cette formule, précise à souhait, répond à celle qui se lit dans la finale de l'évangile de saint Marc, xvi, 16 : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » De ce que le baptême sauve l'homme, on peut conclure légitimement que le baptême est la condition même du salut.

Dans le contexte immédiat, l'auteur indique la nature vraie du baptême et le passage entier mérite examen à raison de son importance. Saint Pierre vient de parler des huit personnes qui, aux jours de Noé, furent sauvées au travers de l'eau (StsocôOyjaoïv &Y uSaToç) en prenant place dans l'arche, m, 20. Par association d'idées entre l'eau du déluge et l'eau du baptême, il ajoute immédiatement : "0 xal û[iôéç àvTÎTU7iov vùv aw^st 3dc7TTtc7;i.a, où aocpxôç aTrôôsatç P'Jttou, à>.Xà auvEi8y]asa>ç àyaOrjç £T:£pojTri[j.a eîç 0sôv. oV àvacrrâaEOjç Ttqctoù Xpicrroù. « Ce qui (ô) vous sauve, vous aussi, maintenant, c'est l'antitype, le baptême — (qui est) non un nettoyage de souillure corporelle, mais une interrogation de conscience droite (tournée) vers Dieu — par la résurrection de Jésus- Christ. » m, 21. La construction de la phrase est quelque peu embarrassée et, de plus, il y a difficulté pour déterminer le sens de plusieurs mots. Les remarques suivantes faciliteront l'intelligence du texte : a) L'antécédent o paraît se rapporter non pas à uScop du verset précédent, mais à tô âiaawGîjvai Si' ûSxtoç.

— b) L'auteur appelle le baptême le pendant (àv-dtu7tov) du déluge, alors que, pour se conformer au langage courant, il aurait dû parler du déluge comme de l'antitype du baptême, le baptême étant proprement la réalité spirituelle ou le type (tùttoç) et le déluge seulement l'image ou l'antitype de cette réalité. On peut voir dans l'épître aux Hébreux, ix, 24, comment le temple de Jérusalem est appelé l'antitype du temple céleste. — c) Les mots où arxpxôç... sîç 0s6v constituent une parenthèse et la finale du verset (8V àvocaTaascoç 'Itjooô XpiOToij) se rattache à awÇsi : le baptême opère le salut par la résurrection de Jésus-Christ.

— d) Malgré le parallélisme extérieur des deux formules Si' \j8%-oç et Si àvacrrào-Ecoç Ty)oùû Xpia-roù, Sii semble employé dans un sens différent de part et d'autre : dans le premier cas au sens de « au travers de » et, dans le second, au sens instrumental de « au moyen de » ou n par la vertu de ». — e) La parenthèse se présente comme une explication touchant la nature du baptême : ce n'est pas un bain dans le genre des ablutions qui enlèvent les souillures matérielles; la vertu du rite baptismal réside dans l'interrogation du catéchumène sur l'orientation de sa conscience vers Dieu, interrogation qui portait sur le repentir et la foi et qui, naturellement, était suivie d'une réponse. Telle du moins parait être la signification des mots auvsiSr;ascoç àyacGTjç È7îEpcÔT7jp.a sic, 0sôv.

En résumé, saint Pierre déclare dans ce passage que le baptême procure le salut à celui qui passe au travers de l'eau; que le baptême tient son efficacité de la résurrection du Christ; que l'immersion physique dans le bain baptismal a seulement une valeur symbolique et ne produit aucun effet par elle-même: que la vertu du rite est conditionnée par les sentiments de celui «lui s'y soumet, sentiments manifestés dans la réponse à l'interrogation. Il est intéressant de noter que le rapport élroit marqué entre la résurrection du Christ et le salut du croyant par le baptême rappelle au moins partiellement la doctrine paulinienne sur l'union du baptisé avec le Christ mourant et ressuscitant,

7. L'Église. — Le mot èxxXiqota ne se rencontre pas dans la /" Pétri, mais l'idée d'une société organisée et autonome, groupant tous ceux qui oui accepté le

PIERRE (SAINT, [re ÉPITRE, DOCTRINE

message évangélique, y apparaît en maints passages.

Quand l'auteur parie «le la communauté spirituelle

dont les croyants sonL les membres, il emploie des

images el «les titres honorifiques' hautemenl suggestifs,

empruntés à l 'Ancien Test a ment. Ainsi il applique aux fidèles les paroles du prophète Osée aux Juifs repentants : « VOUS qui jadis n'étiez pas son peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu: vous qui n'aviez pas été pris en pitié, vous avez maintenant été pris en pitié, » n, 10; cf. Os., i. 6, il; n, 2."). Il voit en eux l'Israël véritable, héritier des promesses et des laveurs divines dont l'Israël selon la chair a perdu le bénéfice : « Vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis en propriété », h, 9; cf. Exod., xix, 6; Is., xt.iii, 20. •

La société des chrétiens est appelée un « édifice spirituel », oïxoç 7tveyij.aTix.oc, n, 5, dont Jésus-Christ est « la pierre d'angle », n, 6-7, et dont chaque fidèle est une « pierre vivante ». n, 4. Ces métaphores sont employées à dessein pour bien marquer comment l'union des croyants au Christ et entre eux est la première condition de la vie chrétienne et du progrès spirituel. Saint Pierre, ajoute que les membres de cette société ont à exercer les fonctions d'un « sacerdoce saint pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu ». n, 5. L'épithète Trveu^aTixôç; distingue ces sacrifices de ceux de la loi mosaïque et indique qu'il s'agit ici des bonnes œuvres personnelles que chaque fidèle est tenu d'offrir à Dieu.

Dans la société ainsi définie il existe une hiérarchie, certains d'entre ses membres ayant la charge de guider et de gouverner les autres. Le chef suprême est le Christ, pasteur et surveillant (nwx-qv xai STtïaxoTCoç) des âmes, n, 25, berger-chef (àpyLTCoî[i.vjv) des brebis, v, 4, groupées dans le troupeau chrétien (7toî(i.vi.ov). v, 2, 3. Mais comme le Christ n'est plus présent de manière visible au milieu des siens, il exerce son autorité par le ministère de représentants humains qui sont les anciens ou les presbytres (TtpsaêÛTepoi) et auxquels les simples fidèles doivent obéissance, v, 5. A ces presbytres, dépositaires officiels de l'autorité du Christ, saint Pierre rappelle leurs devoirs et donne des conseils pour le gouvernement des communautés dont ils sont les chefs : « J'exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi qui suis ancien comme eux... : Paissez le troupeau de Dieu confié à vos soins, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré; non par cupidité, mais par dévouement; non en dominant votre lot, mais en devenant les modèles du troupeau. » v, 1-3. Les mots 7coi[i.dcvaT£ tô T;oL(i.viov toû 0£où rappellent la parole que le Christ avait dite à l'Apôtre lui-même : IToî|j.ai,v£ rà Ttp66aT-Jc p.ou. Joa., xxi, 16. Il n'est question dans l'épître ni d'évêques ni de diacres. Le terme èirtaxoTtoç est employé en parlant du Christ et dans son sens étymologique de surveillant ou gardien, n, 25; de même, le verbe èiriCTXOTrstv à propos des presbytres. v, 2.

On ne saurait dire si les fidèles des Églises d'Asie Mineure étaient favorisés de ces charismes extraordinaires dont parle saint Paul dans sa correspondance avec les Corinthiens; cf. surtout I Cor., xn. Saint Pierre mentionne bien l'octroi de dons surnaturels, répartis à chacun pour le bien de tous, iv, 10; il donne même des exemples pour montrer ce que doivent faire « de bons administrateurs de la grâce multiforme de Dieu : Si quelqu'un parle, que ce soit comme paroles de Dieu; si quelqu'un sert, que ce soit par la force que Dieu procure », iv, f 1 ; mais il est peu probabie que les mots XaXeïv et Siaxoveîv visent l'exercice de charismes dans le genre de ceux que prisaient tant les ■Corinthiens.

8. Les vertus du chrétien. -- La foi, l'espérance, D'amour fraternel et le support patient des épreuves

sont les vertus qui paraissent caractériser la vie chrétienne d'après la f» Pétri.

Saint Pierre ne donne aucune définition de la foi. mais il emploie le mol rriarnç dans le même sens que l'auteur de l'épître aux Hébreux. «La foi, écrit ce dernier, esl la conviction des choses qu'on espère, la certitude des choses qu'on ne voit pas... Il faut, pour s'approcher de Dieu, croire qu'il existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent. » Hebr., xi, 1, 6. C'est une pensée identique qui a inspiré à l'auteur de la /J Pelri les lignes suivantes : « Vous aimez le Christ sans l'avoir jamais vu; nous croyez en lui. bien que maintenant encore vous ne le voyiez pas; vous tressaillez d'une joie ineffable et pleine de gloire, assurés que vous êtes de remporter le prix de votre foi. i I Pet., i, 8-9. Une telle foi n'est pas seulement le sens de la présence du Christ dans l'âme, mais la conviction que le salut vient du Christ et par le Christ. Cette conviction permet d'endurer les [lires épreuves; elle gagne même à être éprouvée, tout comme l'or à être soumis à l'action du feu qui le purifie ,i, 6. Ceux qui ont la foi sont gardés par elle, comme l'est une cité par une garnison (le sens de opo'jpeïv a ce sens précis), jusqu'à l'heure du salut, i, 5. L'objet direct de la foi est la personne et l'œuvre rédemptrice du Christ (eîç ôv ... rtaTsiJovTsç) ; sa récompense est le salut de l'âme (to téXoç ... dur r(pîa 'ji'r/wv), i, 8-9.

L'espérance accompagne la foi qui en est comme le fondement ou la racine; les deux vertus sont inséparables et il arrive même que les deux mots, foi et espérance, semblent traduire une seule et même réalité : « C'est par le Christ que vous avez la foi en Dieu... en sorte que votre foi est en même temps votre espérance en Dieu. » i, 21. L'espérance chrétienne est dite « vivante », i, 3, non seulement parce qu'elle se manifeste par l'activité au service de Dieu ou parce qu'elle a la vie éternelle pour objet, mais parce qu'elle est fondée sur la résurrection du Christ et la vie du Christ ressuscité; cf. i, 3, 21. Elle est orientée « vers cette grâce qui sera apportée le jour où Jésus-Christ apparaîtra », i, 13, c'est-à-dire vers la délivrance et la glorification. Elle est aux yeux des païens comme le sigre distinctif des croyants, ni, 15.

Tous les membres de la société chrétienne doivent être unis entre eux par le lien actif de la fraternité spirituelle. Aussi l'auteur, en parlant d'eux, les appellet-il des « frères », n, 17; v, 9, et leur prescrit-il à plusieurs reprises la pratique de « l'amour fraternel ». r, 22; m, 8; iv, 8.

Enfin le fidèle doit savoir souffrir courageusement et patiemment, imitant en cela l'exemple donné par le Christ; c'est un point sur lequel l'auteur revient avec une insistance marquée, n, 21 sq. ; m, 17-18; iv, 13, ce qui s'explique par la situation des communautés auxquelles la lettre était destinée. Il ne suffit pas de contempler l'image du Christ souffrant, il faut accepter la souffrance comme il l'a fait lui-même, car c'est un modèle qu'il a laissé aux siens afin qu'ils marchent sur ses traces, n, 21, et saint Pierre invite lechrétien à se réjouir dans la mesure même où il a part aux souffrances de son chef, iv, 13.

3° Le paulinisme de la « I* Pelri ». — 11 s'agit de marquer avec quelque précision dans quel rapport se trouve le contenu doctrinal de la 7a Pétri vis-à-vis du paulinisme, c'est-à-dire des doctrines, des tendances religieuses et des courants d'idées, dont l'ensemble constitue ce que l'on désigne habituellement par ce nom.

F. Baur et les théologiens de Tubingue ont soutenu jadis que la 71 Pelri était un écrit de conciliation, composé vers le temps de Trajan, pour fondre en une synthèse harmonieuse ce que l'on appelait alors le paulinisme et le pétrinisme; cf. Hilgenfeld, Hislorisch-

PIERRE (SAINT). ['Ie EPITRE, CONTENU

kritische Einleitung in das .Y. T., p. 62 I sq. : un auteur

anoUyme se serait couvert du nom et de l'autorité de saint Pierre pour exploiter les idées pauliniennes au profil du parti judéo-chrétien. Trop de critiques ont démontré le caractère artificiel du système tubingien pour qu'il soit utile de réfuter une Fois de plus le principe générai et les applications de détail d'une théorie rangée définitivement dans le musée des antiquités. Comme l'a noté Harnack, Chronologie, t. 1, p. 156, la théorie de liaur et de ses disciples est particulièrement fausse en ce qui regarde la /•' l'clri.

Parmi les exégètes et critiques contemporains, il en est un certain nombre qui croient pouvoir relever dans la / ' Pétri des traces manifestes de l'influence de saint Paul. D'après Harnack. op. ri!., t. i, p. 451 sq., l'auteur était dominé par l'esprit du christianisme paulinien, auquel il a emprunté le fond de son enseignement. Jûlicher, II. -J. lloltzmann et von Soden sont du même avis. Ce n'est plus la thèse de la conciliation mais celle de la dépendance doctrinale, et la question qui se pose est la suivante : que trouvons-nous dans cette épitre qui puisse être légitimement tenu comme spécifiquement paulinien?

11 a été dit plus haut ce qu'il faut penser et conclure des ressemblances littéraires qui existent entre la /■* Pétri et diverses épîtres de saint Paul, cf. eol. 1759. L'examen et la comparaison ne portent maintenant que sur le fond, c'est-à-dire sur les idées maîtresses en fonction desquelles est exposée l'économie nouvelle du salut par le Christ.

Tout d'abord, on peut affirmer que les thèmes majeurs de la théologie paulinienne ne se retrouvent pas dans la /a Pétri, même sous la forme la plus sommaire. Rien n'y rappelle l'enseignement de saint Paul sur le péché originel et l'empire du mal, sur le rôle et l'abrogation de la loi mosaïque, sur la libération du croyant vis-à-vis de la puissance du péché et vis-à-vis de la Loi, sur l'association du catéchumène à la mort du Christ dans le baptême, sur l'incorporation du fidèle à la personne vivante du Christ, sur l'activité du jrveûjia divin dans l'homme régénéré par la grâce, sur le salut déjà virtuellement réalisé, pour ceux qui croient, par la présence du Christ en eux, sur la justification par la foi et non par les œuvres, sur l'Église corps mystique du Christ, etc. Sans doute on pourra dire, pour expliquer ce silence, que l'auteur de la /J Pétri n'avait pas à traiter ces différents sujets dans une lettre d'encouragement à des fidèles persécutés; mais on répondra à cette remarque que, pour un écrivain même simplement familiarisé avec la doctrine de saint Paul, il était bien difficile, sinon impossible, d'échapper à ce point a L'influence de la pensée paulinienne.

Quant aux rencontres et aux coïncidences que l'on peut relever dans les exposés doctrinaux et moraux, elles ne sont pas l'indice d'une dépendance de l'auteur de la / ' Pétri vis-à-vis du paulinisme, mais tiennent à ce que, pour l'essentiel, l'évangile de Paul n'était pas différent de l'évangile de Pierre; cf. Gai., n, 1-9. Chacun sait que le conflit d'Antioche était né non d'une opposition de principes, mais de divergences dans la conduite pratique. Que dans le christianisme naissant ce qu'on appelle le paulinisme ait af>i à la manière d'un ferment puissant, tous les historiens des origines chrétiennes en conviennent, mais il reste que la /* Pétri n'est pas l'œuvre d'un pauliniste, car cet écrit représente la doctrine commune ou populaire des prédicateurs de l'âge apostolique, telle que nous la saisissons dans les évangiles synoptiques et dans le livre des Actes.

Deuxième épître de saint Pierre. — I. Le contenu et la forme de l'épître. 11. Occasion, but et destinataires (col. 1777;. 111. Contacts littéraires

(col. 177<|). IV. Unité et intégrité de l'épître (col. 17cSl). Y. Canonicité de l'épître el témoignage de la tradition (col. 1782). VI. Origine, auteur et date de l'épître ( col. 1 7,S 1 ), VII. Enseignemenl doctrinal (eol. !7cSS).

I. Le contenu et la forme de l'épItre. - 1" Le contenu. Dans la susciiption, i, 1-2, l'auteur se présente comme étant « Syméon Pierre, serviteur et apôtre de .Jésus-Christ »; il déclare s'adresser à ci ux qui ont la même foi » et il formule à leur endroit le souhait traditionnel : « Grâce et paix vous remplissent en la connaissance de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus ! »

La première partie de la lettre, i, 3-21. est une exhortation à persévérer dans la foi. Les croyants, qui sont appelés à devenir « participants de la nature divine », doivent présenter < dans la foi la vertu, dans la vertu la gnose, dans la gnose la maîtrise de soi. dans la maîtrise de soi la patience, dans la patience la piété, dans la piété l'amour fraternel, dans l'amour fraternel la charité ». La pratique de ces vertus assure la connaissance de Jésus-Christ et prépare l'entrée dans son royaume éternel, i, 3-11. L'auteur tient à rappeler ces vérités bien qu'elles soient connues des fidèles, et il les répétera aussi longtemps qu'il sera • en cette tente », c'està-dire en sou corps. Il sait que sa lin est proche, car Jésus-Christ le lui a révélé (allusion à la tradition qui se lit dans le IVe évangile, xxr. 18-19). i. 13-15. En annonçant les miracles et l'avènement de Jésus-Christ, il n'a point raconté de fables, mais dit ce que lui-même avait vu et entendu sur la montagne sainte, quand la voix céleste avait proféré ces paroles : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé, en qui je me complais « (rappel de la scène de la transfiguration), i, 16-18. Que les chrétiens soient bien attentifs à la parole prophétique, car la prophétie qui procède de l'inspiration divine ne doit pas être expliquée arbitrairement, dès lors que « c'est mus par l'Esprit-Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu ». i, 111-21.

La seconde partie consiste en un développement contre les faux docteurs, n, 1-m, l(i. De faux docteurs paraîtront (en langage clair : sont déjà parus) qui « renieront le Maître qui les a rachetés .. et ils'trouveront des sectateurs nombreux. Le châtiment ne se fera pas attendre, car si Dieu, qui a puni les anges rebelles, les contemporains de Xoé et les habitants de Sodome et Gomorrhe, sauve les hommes pieux, il condamne les criminels, ceux-là surtout qui souillent leur chair et injurient « les gloires ». Ces faux docteurs, semblables à des animaux sans raison, outragent ce qu'ils ignorent et ils promettent la liberté à leurs adeptes, alors qu'ils sont eux-mêmes les esclaves de la perdition. Il eût mieux valu pour eux qu'ils n'eussent jamais connu la voie de la justice, car leur lin lamentable rappelle le proverbe : •< Truie lavée qui se roule dans la fange. » n, 1-22. L'auteur fait remarquer que cette lettre est la seconde écrite par lui pour remémorer les paroles dites par « les saints prophètes » et l'instruction du Seigneur transmise par « les apôtres » touchant l'apparition, dans les derniers jours, d'imposteurs qui diront : « Où donc est la promesse de la venue du Christ? Nos pères sont morts et tout reste pareil depuis le début de la création! » Ces moqueurs, qui ridiculisent ainsi l'attente de la parousie ou de l'avènement d\\ Seigneur, ignorent que les hommes d'autrefois ont péri dans l'eau et que le monde actuel doit être détruit par le [eu. Quant au retard apparent de la parousie, les croyants se souviendront qu'un jour el mille ans sonl une même chose devant le Seigneur el que le retard est en réalité un répit accordé pour la conversion. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur : cieux et terre seront alors consumés. Donc que chacun se tienne prêt, tout en mettant à profit la patience divine ainsi (pie notre cher frère Paul, selon la sagesse qui lui a élé donnée.

PIERRE 'SAINT). fle ÉPITRE, OCCASION

vous l'a écrit, parlant de ces choses dans toutes ses lettres ». m, 1-16.

L'épître se termine sur cette recommandation : « Tenez-vous en garde et ne vous laissez pas entraîner à l'égarement des gens sans loi. » m, 17-18.

2° La forme. — L'allure et le ton du document font penser à une homélie pastorale plutôt qu'à une lettre. La manière de l'auteur a quelque chose de solennel et d'apprêté, comme s'il avait dû faire efTort pour user d'un style dépassant ses moyens littéraires. Par ailleurs, dans ces pages colorées, l'énergie atteint parfois la véhémence et le mouvement touche souvent à l'emphase. On y relève un goût marqué pour les mots peu courants, une tendance à la rhétorique, un tour subtil de lu pensée, toutes choses qui excluent la simplicité.

Le vocabulaire est apparenté à celui des versions grecques de l'Ancien Testament, version des Septante, versions de Symmaque et de Théodotion. De même, l'influence du livre de la .Sagesse apparaît dans l'emploi de plusieurs termes.

Les aTta^ \syô[±z\)0t. sont relativement très nombreux dans cette épitre. On en compte en effet cinquante-cinq, nombre considérable pour un document aussi court. Les particules de liaison sont rares et peu variées. Chose surprenante, p.év ne se rencontre pas une seule fois sous la plume de l'auteur.

Quelques particularités du vocabulaire sont à signaler : des expressions comme ôeîa 8'Jvocfjuç, i, 3, et Oeia oûatç, i, 4, se retrouvent dans la langue des philosophes stoïciens; ètcotcttjç, i, 16, était dans les religions à mystères le nom technique de l'initié; le verbe composé ÈTri.yop7)Y£Îv, i, 5, employé à propos des vertus, traduit l'idée d'un complément d'équipement comme chez les philosophes moralistes de la période hellénistique; svtoXyj, m, 2, désigne l'ensemble de la doctrine chrétienne enseignée par les apôtres; des formules comme odcovioç paaiXeia, i, 11, et zlkiy.pwr^ Siàvoia, m, 1 appartenaient à la langue philosophique du début de l'ère chrétienne.

II. Occasion, but et destinataires. - - Les recommandations et enseignements contenus dans l'épître indiquent qu'elle a été écrite à un moment où de fausses doctrines étaient mises en circulation et où certains fidèles, déçus de ne pas voir se produire le retour glorieux du Christ, se laissaient gagner par le doute et disaient même qu'il ne fallait plus attendre la parousie. Comme l'auteur ne parle pas d'épreuves endurées par les croyants, il est probable que ses correspondants n'avaient pas ou n'avaient plus à souffrir de mauvais traitements de la part des autorités.

Les faux docteurs visés dans la lettre sont des gens en chair et en os qui, par leur conduite et par leur enseignement, ruinent l'œuvre des prédicateurs évangéliques. Ils se livrent à la débauche, se déshonorent par les pires excès, vivent comme des païens, profitent des agapes pour faire bombance, exploitent la naïveté et la crédulité des simples pour leur extorquer de l'argent, renient le. Maître qui les a rachetés, dénaturent la liberté procurée aux siens par le Christ, se dressent contre les dépositaires de l'autorité religieuse, les « gloires », et ne craignent pas de les injurier; cf. le réquisitoire du c. n. La culpabilité de ces hommes pervertis et dévoyés est comparée à celle des anges pécheurs, coupables de s'être unis aux filles des hommes, et à celle des habitants de Sodome et de Gomorrhe, adonnés à des pratiques honteuses, il, 4-7; cf. Gen., vi, 1-4; xix, 1 sq.

Parmi les erreurs propagées par ces novateurs débauchés, il en était une qui ruinait un espoir bienfaisant pour les fidèles, l'espoir de la venue prochaine du Christ comme juge des vivants et des morts. A ceux qui attendaient la parousie, les faux docteurs

objectaient que le monde n'avait pas l'air pressé de finir, ridiculisant par leurs railleries un sentiment qui soutenait le courage de beaucoup et affaiblissant ainsi la foi de ceux qui ne concevaient le triomphe de la justice divine que sous la forme d'un jugement solennel de tous les êtres humains.

De ce que l'auteur reproche à ces maîtres pernicieux de dénaturer pour leur propre perte » certains enseignements de saint Paul, m, 16, on peut conclure que ces personnages interprétaient laussement certaines paroles ou déclarations de l'Apôtre sur la liberté chrétienne et la parousie. Ils professaient sans doute que le croyant, libéré totalement de la servitude de la loi mosaïque, l'était du même coup de toute loi morale et pouvait se livrer impunément aux excès de la chair, n, 18-19. Quant à la parousie, ils devaient s'autoriser, pour en nier la réalisation, des avis donnés par saint Paul dans la IIe des épîtres aux Thessaloniciens dans le dessein de mettre en garde contre une illusion dangereuse ceux qui croyaient à l'imminence du retour du Seigneur; cf. II Thess., n, 1 sq.

Mais qui étaient ces faux docteurs? Les fautes qui leur sont reprochées et les qualificatifs qui leur sont donnés ne sauraient être pris comme caractéristiques d'une secte plutôt que d'une autre. Faut-il voir en eux des convertis du paganisme ou des recrues venues du judaïsme? La première supposition est plus vraisemblable car, en général, les Juifs, grâce à leur formation religieuse et à l'empire qu'exerçait sur eux la loi mosaïque, ne se laissaient pas entraîner aux turpitudes morales courantes dans les milieux païens. De nombreux critiques modernes veulent que les gens auxquels s'en prend l'auteur aient été des gnostiques et ils proposent de les identifier avec les carpocratiens, ou les nicolaïtes, ou les archontiques, ou les sévériens, ou tels autres hérétiques de la/fin du Ier siècle ou du début du il1'. Sans doute, l'auteur parle à plusieurs reprises de la science ou de la vraie connaissance (yvcôaiç et £7rîyvcoatç) du Christ comme de la qualité maîtresse du chrétien, i, 2, 3, 8; il, 20; m, 18; mais saint Paul avait tenu un langage identique bien avant l'apparition des gnostiques proprement dits. Du seul fait que le christianisme avait pris, dès ses origines, la forme d'une doctrine nettement définie quant à son dogme et quant à sa morale, des déviations devaient se produire et, en fait, elles se sont manifestées tout de suite dans la plupart des communautés. On voit dans les lettres de saint Paul qu'au lendemain de la fondation de l'Eglise de Corinthe certains des nouveaux converti? protitaient des agapes pour faire ripaille, que d'autres refusaient de croire en la résurrection, que d'autres étaient indulgents à l'excès pour les péchés de la chair, que d'autres s'insurgeaient contre l'autorité du fondateur de la communauté, que d'autres enfin s'enflaient d'orgueil et prétendaient jouer le rôle de chefs ecclésiastiques. Ce sont des déviations doctrinales et morales de même nature qui sont visées dans la II3- Pétri. On peut parler à ce propos de gnosticisme, mais il s'agit d'un gnosticisme tout différent de celui qui avait pour principe ou pour base le dualisme.

Dans ces conditions, il est bien difficile de dire qui étaient les destinataires de l'épître et les termes géné: raux de l'adresse sont une invite à y voir une sorte de pastorale circulaire ou de lettre encyclique : « A ceux qui ont la même foi que nous dans la justice de notre Dieu et du Sauveur Jésus-Christ. » i, 1.

Quelques critiques, notamment Spitta. Zahn et Wolhenberg, ont soutenu que la //a Pétri avait été écrite pour des Juifs convertis par l'auteur, probablement pour des communautés de Palestine ou de Syrie; cf. Zahn, Einleitung in das N. T., 3e édit., t. n, p. 43 sq. Mais les arguments produits à l'appui de cette opinion ne sauraient être convaincants, car, d'une part, il n'y a

PIERRE (SAINT). Il'* ÉPITRE, CONTACTS LITTÉRAIRES

dans la lettre aucune allusion au problème des observances mosaïques et, d'autre part, rien ne prouve que l'auteur ait eu antérieurement des relations personnelles avec les destinataires de l'épîtrc, aucune déduction certaine ne pouvant être tirée de i. 12, 16; m. 2. Quant à identifier les destinataires de la II'-1 l'rlri avec ceux de la Ia Pétri parce que l'auteur dit à ses correspondants que cette lettre est la seconde qu'il leur envoie, ni, 1, c'est présupposer que la lettre visée est notre I™ épitre canonique de Pierre. Or. rien ne prouve que l'allusion doive être ainsi entendue; il y a même des raisons positives d'écarter cette identification; d'une part, il n'est pas parlé dans la 11* Pétri de la persécution qui est dans la /a Pétri la préoccupation principale de l'auteur: d'autre part, on ne trouve pas, dans la I1 Pétri, les avertissements que l'auteur de la //" Pétri dit avoir donnés précédemment a ses correspondants, tu, 2-7. En somme, nous ne savons rien de précis sur les destinataires de l'épître. III. Contacts littéraires. — 1° Avec l'épître de saint Jude. — Une comparaison même superliciclle de la 7/a Pétri avec l'épître de Jude révèle une parenté étroite entre ces deux écrits, aussi bien pour le fond (pie pour la forme. Les ressemblances sont particulièrement frappantes entre Jud., 4-18, et II Petr., ii. 1 -m, 3; de part et d'autre, les erreurs des faux docteurs sont décrites de même façon, l'ordre et l'enchaînement des pensées sont identiques, les exemples bibliques allégués sont les mêmes avec de légères variantes de détail; en outre, plusieurs des mots communs aux deux textes sont employés des deux côtés avec un sens particulier, ainsi pour aâp^ et à.yâr.1], ou ne se rencontrent pas dans les autres écrits du Nouveau Testament, ainsi pour â<jz6éo>, èpvraxbtTnç, Ç6<poç (une fois dans l'épître aux Hébreux), aoveutoxéop-ai, ôrcfpoyxoç; enfin les deux passages olïrent un emploi identique du pléonasme, de l'ellipse, de la périphrase et de l'anacoluthe.

Les ressemblances sont de telle nature que la dépendance littéraire est manifeste : l'un des deux auteurs a utilisé l'écrit de l'autre, à moins que tous les deux ne dépendent d'une source commune. Comme rien n'invite ni autorise à supposer l'utilisation, par les deux écrivains, d'un document préexistant, il faut décider de quel côté est la priorité : est-ce la //a Pétri qui dépend de l'épître de Jude, ou est-ce l'inverse? Les interprètes modernes et contemporains sont partagés en deux camps, la majorité se prononçant pour la dépendance de la 11* Pétri. Kaulen, Belser, Cornely, Schâfer-Meinertz, Camerlynck, parmi les catholiques, sont de cet avis, ainsi que B. Weiss, H. Holtzmann, von Soden, Jùlicher. Harnack, Knopf, Bousset, Windisch, parmi les critiques indépendants. Au contraire, Plummer, Spitta, Zahn, Wolhenberg, Bigg soutiennent la priorité de la 113- Pétri.

En faveur de la priorité de l'épître de Jude on fait valoir les arguments suivants : 1. Dans l'épître de Jude la phrase est d'une manière générale plus simple et plus claire, le tour moins périphrastique, le développement mieux ordonné et plus concis. 2. On comprendrait diflicilement que l'auteur de l'épître de Jude n'ait retenu, pour s'en inspirer, que la partie centrale de la II* Pétri s'il avait cette lettre sous les yeux. 3. Ce qui est dit des anges dans II Petr., n, 11, ne devient pleinement intelligible que si l'on se reporte au passage correspondant de l'épître de Jude. f. 9, où il est t'ait allusion à la lutte de l'archange .Michel avec le diable pour la possession du corps de Moïse : ceci paraît bien avoir inspiré cela. I. En ce qui regarde la critique littéraire, c'est un axiome confirmé par des obser vations multiples qu'un auteur a tendance à ampli fier et à compliquer le texte dont il s'inspire; or, la peinture des faux docteurs est à la fois plus sobre et

DICT. DE rHÉOL. «AI II.

plus précise dans l'épître de Jude que dans la //■' Pétri.

Les partisans de la thèse adverse opposent les remarques suivantes : l. Dans la//» Pétri, n, 1-3, il est parlé des faux docteurs qui propageront une doctrine erronée, tandis que dans l'épître de Jude. il est dit de ces mêmes personnages qu'ils se sont introduits parmi les fidèles; donc d'un côté le futur, et, de l'autre, le passé ou tout au moins le présent. 2. Si l'auteur de l'épître de Jude déclare écrire parce qu'il a eu connaissance des agissements auxquels se livrent les faux docteurs, 3-1, c'est que la nouvelle lui est venue par la II* Pétri, et l'utilisation de cette dernière lettre pour la partie traitant des adversaires en question s'explique ainsi tout naturellement. 3- Comment expliquer la parfaite homogénéité du texte de la II* Pétri au point de vue de la langue et surtout du style, si l'auteur, pour une partie de sa lettre, a imité servilement l'épître de Jude? 4. Pour ce qui regarde le fond, le chapitre second de la II* Pétri, qui est précisément en jeu, se rattache parfaitement au chapitre précédent et se relie bien au suivant.

Comme les arguments produits par les défenseurs des deux thèses sont plutôt d'ordre subjectif, il est difficile de conclure. Sans doute, on ne peut pas douter que l'un des deux auteurs ne soit dépendant de l'autre ; mais quel est celui qui a emprunté? Au dire d'un helléniste qualifié, M. Aimé Puech, « le juge le plus subtil restera indécis. La présence des deux citations apocryphes dans l'épître de Jude, leur absence dans celle de Pierre peuvent faire croire à une suppression volontaire du fait de l'auteur de cette dernière. Par contre, quand on vient de lire le f. 3 du c. m, dans l'épître de Pierre, sur les imposteurs qui viendront aux derniers jours, et qu'on lit ensuite le t. 18 de celle de Jude, on est porté à croire que Jude utilise Pierre ». Histoire de la littérature grecque chrétienne, t. i, p. 338. En somme, le problème demeure entier.

Voir, sur cette question, J.-B. Mayor, The epistle of St. Jude and the II epistle of St. Peter, introduction, p. 1 sq. ; C. Bigg, Epistles of St. Peter and St. Jude, p. 216 sq. ; M. Schwienhorst, Das Vcrhùllnis des Judasbriefes zum zweiten Petrusbrief untersucht; et l'article Jude ( Épitre de), t. vin, col. 10(58 sq.

2° Avec V Apocalypse de Pierre. — L'Apocalypse de Pierre, ou Revelatio Pétri, figure au nombre des Écritures saintes dans le Canon de Muratori et dans le catalogue du Codex Claromontanus. Cet écrit, d'origine palestinienne ou égyptienne, est du 11e siècle, peut-être du temps d'Hadrien. Les rapports de la II* Pétri avec l'Apocalypse de Pierre ont été étudiés notamment par Harnack, Spitta, Weinel et Chase. Les coïncidences verbales entre les deux écrits ne peuvent être fortuites; pour le détail, voir Chase, Diclionary of the Bible de Hastings, t. m, p. 814-816. Le point délicat est de déterminer de quel côté est la dépendance. D'après Harnack, l'auteur de la 11* Pétri a utilisé l'Apocalypse de Pierre, notamment dans m, 3-13; cf. Die Chronologie, t. 1, p. 470-472 ; Die Pelrusapokalypse in der ulten abendlândischen Kirche, dans Texte und Unlersuchunr/en, t. xni. fasc. 1, p. 71 sq. Zahn est d'un avis contraire et formule ainsi sa conclusion : « L'hypothèse que l'auteur de la lettre dépend de l'Apocalypse devrait, en dehors de beaucoup d'autres considérations, tomber du fait que l'auteur de la lettre ne dit pas le plus petit mot d'une révéla tion particulière qu'il aurait reçue pour la communauté, ou d'un livre qu'il aurait composé pour l'aire connaître celte révélation. » Geschichte des neutésta mentlichen Kanons, t. n. p. <X2o.

Il est une autre hypothèse, celle d'une source commune exploitée par l'auteur de la II' Pétri et celui de la Revelatio Pétri. Mais on ne peut l'étayer sur aucune preuve solide.

PIERRE 'SAINT). IIe EPITRE, CANONICITÉ

En tout cas, rien n'oblige, dans l'étal actuel de'nos connaissances, à adopter la thèse de ilarnack, cl lis arguments de Zahn en faveur de l'indépendance littéraire de la II* Pétri par rapport a l'Apocalypse de Pierre gardent toute leur valeur.

3° Avec les « Antiquités juives « de Josèphe. - On a relevé quelques ressemblances de vocabulaire et de style entre la II* Pétri et les Antiquités juives de l'historien Josèphe; cf. E.-A. Abbott, The Expositor, IIe sér., t. m, p. 1!) sq.; J. Moiïatt, Introduction to the literature of the New Testament, p. 28-29. Mais il s'agit de coïncidences purement verbales'et vraiment fortuites; elles ne sont pas telles qu'il faille conclure à la dépendance littéraire de l'un des deux écrits par rapport à l'autre; elles s'expliquent par ce fait que, .dans les dernières décades du Ier siècle, les chrétiens et les Juifs hellénistes usaient d'un même langage. On constate des ressemblances de même nature entre la préface du IIIe évangile et un passage du Contre Apion de Josèphe, i, 10; or, ces deux textes sont absolument indépendants au point de vue de la rédaction. Cf. Salmon, Introduction to the New Testament, lre édit., p. 638 sq. ; Chase, toc. cit., p. 814.

IV. Unité et intégrité de l'épitre. — Au xvne siècle déjà, Grotius avait émis des doutes sur l'unité littéraire de la II* Pétri; d'après lui, notre document canonique serait fait de deux lettres, distinctes quant à leur origine, dont la seconde commencerait avec le c. m. Parmi les critiques modernes qui se sont prononcés contre l'unité de l'épitre, il faut citer en premier lieu E. Kûhl. D'après lui, n, 1-m, 1, est une interpolation; originairement, la lettre ne comprenait que i, 1-21, et m, 2-18; l'allusion à la prophétie, i, 20- 21, introduisait directement l'exhortation à la méditation « des choses annoncées d'avance par les saints prophètes », m, 2 sq.; la partie centrale a été ajoutée après coup par un rédacteur qui s'est inspiré de l'épitre de Jude et qui, pour faire la suture, a retouché les versets 1 et 2 du c. ni ; cf. E. Kiihl, Die Briefe Pétri und Judée, dans le Commentaire de Meyer, 6e édit., p. 346 sq.

Cette hypothèse de Kiihl ne saurait être acceptée du point de vue critique pour diverses raisons : 1. Les contacts entre la 11* Pétri et l'épitre de Jude ne sont pas limités aux seules péricopes regardées comme primitives. 2. Sous le rapport du style il n'y a aucune différence entre n, 1-m, 1, et le reste de la lettre comme le prouve l'emploi de part et d'autre des mots àcrr/)ptxTOt,. àrooXsia, TYjpsïv, èvtoA7), s7Ûyvuaiç, YjaÉpx xptoswç, etc. 3. La transition est excellente entre i, 20-21, et n, 1. 4. Il est bien difficile de séparer le c. m du c. i, car ce sont manifestement les objections présentées au c. i qui se retrouvent au c. ni. 5. Les railleurs dont il est parlé dans ni, 3 sq., sont identiques aux faux docteurs dépeints dans n, 1 sq. Ces observations, d'une objectivité indiscutable, suffisent à montrer combien est inconsistante l'opinion de Kiihl. Elles ont la même valeur contre toutes les hypothèses qui atteignent l'unité ou l'intégrité de l'épitre.

C'est pour mieux réfuter l'opinion de Kiihl que Mgr Ladeuze a émis la supposition de dislocations du texte original avec déplacement de péricopes. D'après Ladeuze, m, 1-16, se lisait primitivement à la suite de n, 3 a, et les sections différentes de la II2- Pétri sont à replacer dans l'ordre suivant : i, L-n, 3 a: m, 1-16; n, 3 6-22; m, 17-18. Voir Transposition accidentelle dans la II* Pétri, dans Revue biblique. 1905, p. 543 sq. Cette reconstitution a sans doute l'avantage de disposer dans un ordre plus logique les développements successifs et de donner à l'épitre une cohérence interne plus grande ; mais on doit reconnaître qu'elle est fondée sur une série d'hypothèses aussi gratuites qu'incontrôlables. En effet, la transposition aurait été faite au IIe siècle; tous les témoins du texte dépendraient du

manuscrit qui aurait souffert de l'accident; la lettre aurait été rédigée suivant les règles de la logique, etc. Comme, d'une part, tout cela ne saurait être démontré et (pic. d'autre part, le raccord de n,3 b, avec m, 10, et de in, 17, avec il, 20-22, dans la reconstitution proposée par Ladeuze. est loin de paraître naturel et satisfaisant, il convient de donner la préférence à l'ordre actuel du texte, tel qu'il se présente dans les manuscrits grecs et dans les anciennes versions.

V. Canonicité de l'épitre et témoignage de la tradition. — On ne trouve pas de trace certaine de la 11* Pelri dans l'ancienne littérature chrétienne antérieurement à la fin du n" siècle. Les contacts verbaux relevés entre cette épître et Clément Romain, vu, 6; ix, 4; xi, 1; Ilermas, Vis., III, vu, 1; Simil., Y, vu, 2; IX, \iv. I: Barnabe, xv, 4; saint Justin, DiaL, li, lxxxi; saint Polycarpe, Phil., m; saint Irénée, Cont. hser., Y, xxm, 2; Théophile d'Antioche, Ad Autol., II, ix, 13; la lettre des Églises de Lyon et de Vienne, dans Eusèbe, Hist. eccl., 1. V, c. i, n. 45, sont trop vagues pour qu'on puisse conclure à une dépendance littéraire directe et penser que les auteurs de ces documents connaissaient la II* Pétri.

Il est très probable, mais non prouvé, que Clément d'Alexandrie ait eu en mains la seconde épître de Pierre. En effet, au dire d'Eusèbe, Hist. ceci., 1. VI, e. xiv, n. 1, Clément avait fait dans ses Hypotyposes « des exposés, sous forme de résumés, de toute l'Écriture testamentaire, sans omettre les livres controversés, à savoir l'épître de Jude et les autres épîtres catholiques, celle de Barnabe et l'Apocalypse dite de Pierre ». La même indication se retrouve dans Photius, Biblioth., cod. 109. Or, Eusèbe rangeait la II* Pelri dans la catégorie des «livres controversés >; cf. ci-dessous. On peut donc tenir pour très probable que Clément connaissait la II* Pétri, bien que Cassiodore paraisse dire le contraire dans un endro.t passablement embrouillé de son commentaire sur les Écritures. De insiit. divin, lilter., vin, 2. Cette conclusion est d'autant plus légitime qu'elle est appuyée par les deux constatations suivantes : d'une part, Clément d'Alexandrie parait s'être inspiré de la II* Pétri en trois ou quatre passages de ceux de ses ouvrages qui nous sont parvenus (pour le détail, voir C. Bigg, op. cit., p. 202); d'autre part, son disciple Origène parle explicitement de la IIe épître de Pierre, ce qui prouve que cette lettre était connue de l'Église d'Alexandrie au début du me siècle.

Des anciens auteurs ecclésiastiques, Origène est le premier qui cite explicitement la II* Pétri. Dans son Commentaire exégélique sur l'évangile de Jean on lisait ces lignes, reproduites par Eusèbe : « Pierre, sur qui est bâtie l'Église du Christ, contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront pas, a laissé une épître incontestée et peut-être une seconde, car la chose est controversée. » Hist. eccl.. 1. VI, c. xxv. n. 8. Par ailleurs, il est hors de doute que, personnellement, Origène regardait cette lettre comme étant de saint Pierre lui-même; cf. In Lev., iv, 4; In epist. ad Rom., iv, 9; vin, 7.

Saint Firmilien, évèque de Césarée en Cappadoce, contemporain et ami d'Origène, partageait la même opinion, car il a fait allusion à la II* Pétri en parlant « des bienheureux apôtres Pierre et Paul qui, dans leurs lettres, ont maudit les hérériques et nous ont avertis de les éviter ». Inter epist. Cypr., lxxv, 6.

Des attestations du même genre se rencontrent chez saint Méthode, évêque d'Olympe en Lycie, De resurrectione, édition Bonwelsch. p. 423. texte emprunté à Pitra, et chez Didyme d'Alexandrie, .De Trinilale. i. 15, --.'8. 29.

Quant à Eusèbe, bien informé de tout ce qui intéressait l'histoire des livres canoniques, au moins poulies Églises orientales, il parlait de la II* Pétri en ces

PIKRRK i SAINT). [le ÉPITRE, ORIGINE

tonnes: «Une seule épître de Pierre, celle qu'on appelle la ln, est universellement reçue; les anciens en ont usé dans leurs écrits connue d'une œuvre authentique. Pour celle qui est dite la II1', on nous a enseigné qu'elle n'appartient pas au recueil sacré; niais, parce qu'elle a paru utile à beaucoup, on l'a traitée avec le même respect que les autres Écritures... Des lettres qui portent le nom de Pierre, dont je ne connais qu'une seule authentique et reçue par les anciens, c'est tout ce que j'ai à dire. » Ilisl. eccl., 1. III, c. m, n. 1-1. Le même jugement se retrouve en deux autres passages, ibid., 1. III, c. xxv. n. 3 (cf. 1. VI, c. xxv, n. 8), où la //* Petri est rangée par Eusèbe dans la catégorie des livres « contestés , avec l'épître de Jacques, celle de Jude, la II0 et la IIIe de Jean. Il ressort de ces deux textes qu'au début du ive siècle des doutes sérieux et motivés subsistaient touchant la canonicité de la IIe épitre de Pierre, bien qu'en fait ce document fût traité comme Écriture -dans la plupart des Églises. Cet état de choses devait se perpétuer jusqu'au ve siècle. L'Église d'Antioche, notamment, se distingua par son opposition à l'admission de la II3- Petri dans son recueil canonique : on ne relève aucune mention de cette lettre dans les œuvres de saint Jean Chrysostome, de Théodore de Mopsueste et de Théodoret; la chose est d'autant plus significative que tous ces écrivains ont multiplié les citations scripturairesdans leurs ouvrages. En Occident, il ne semble pas que la II3- Pétri ait été connue avant le me siècle. En elTet, elle ne figure pas dans le catalogue romain des Écritures appelé Canon de Muratori; Tertullien ne l'a pas citée, saint Cyprien non plus, alors que ces deux auteurs ont fait des emprunts à la /■' Pctri.

Les citations les plus anciennes, en ce qui regarde l'usage ecclésiastique de la II* Pétri, sont fournies, pour l'Afrique, par le Canon dit de Mommsen ou de Cheltenham (vers 360) ; pour l' Italie, par VAmbrosiasler, Filastre de Brescia et saint Ambroise; pour l'Espagne, par Priscillien. On remarquera que le Canon africain de Mommsen, tout en mentionnant deux épitres de Pierre, n'en donne qu'une seule — et il ne peut s'agir que de la Ire — comme canonique : Epislulse Pétri II. vers. CGC. una sola; pour le texte, voir A. Souter, The text and canon of the New Testament, p. 212-213.

Quant à saint Jérôme, admirablement renseigné sur les usages et les traditions des Églises d'Orient et d'Occident, il compte la II3- Pétri parmi les sept épitres catholiques et la range ainsi dans la catégorie des écrits canoniques : Jacobus, Petrus, Joanncs, Judas aposloli septem cpistolas ediderunt. Epist., liu, ad Paulinum, P. /... t. xxn, col. 548. II note cependant que des doutes subsistent toujours en ce qui regarde l'origine de la IIe épitre de Pierre : Scripsit [Petrus] duas epislolas, quœ catholicœ nominantur; quarum secunda a plerisque ejus esse negatur, propter stili curn priore dissonantiam. De vir. illustr., 1.

La grande autorité de saint Jérôme et l'insertion de la //■» Pétri dans la Yulgate latine firent disparaître les hésitations qui se manifestaient encore de-ci dc-là touchant la canonicité de cette épître. A partir du vc siècle, la lettre en question figure dans toutes les listes officielles des livres regardés comme inspirés par tes I v!lises orientales et occidentales. Vers 550, l'Africain Junilius faisait cependant encore état des doutes et controverses du temps passé et rangeait la 77» Pétri parmi les livrer « d'autorité moyenne », tout en notant que l'immense majorité (quam plurimi) ne tenait m compte des c introverses anciennes. Le concile di Trente n'avait qu'à confirmer l'usage ecclésiastique ancien eu inscrivant la II" Pétri dans le catalogue officiel des livres du Nouveau Testament.

Sur cette question, voir Th. Zahn, Geschichte des neuleslamentlichen Kanons, t. i, p. 310 sq., 959 sq.;

(îrundriss der Geschichte des neutestamentlichen Kanons, 2e édit., p. 82 sq. ; A. Loisy, Histoire du canon du Nou veau Testament: H. Jacquier, Le Nouveau Testament dans V Éylise chrétienne, t. IjC.Bigg, op. cit., p. 199-210.

VI. Origine, auteur et date de l'épître. — Chacun sait qu'authenticité et canonicité d'un écrit inspiré sont deux choses distinctes, qui ne sauraient être confondues ni en droit ni en fait. Il faut donc aborder maintenant le problème de l'origine de la //a petri, problème qui relève de la critique historique et de la critique littéraire.

Disons tout de suite que, d'une façon générale, la thèse de l'authenticité pétrinienne compte peu de partisans en dehors des exégètes catholiques et que les objections faites contre l'attribution traditionnelle de cette épître à saint Pierre sont assez impressionnantes : origo apostolica hujus epistolse di/ficilius probatur, déclare dom Hildebrand Htipfl, membre de la commission pontificale De re biblica, en abordant ce sujet. Introduclionis in sacros utriusque Testamenti libres compendium, t. m, p. 394.

Parmi les modernes, Henkel, Camerlynck, Bigg. Zahn, Spitta, Kùhl, Maier, Grosch, Wrede, Cornely, Belser se sont prononcés pour l'authenticité pétrinienne. Au contraire, Harnack, H. Holtzmann, Cheyne, von Soden, Jùlicher, Knopfl, Loisy, Windisch, Molïatt, Wendland et la masse des critiques se refusent à voir dans ce document un écrit de saint Pierre. Pour beaucoup de ces derniers, la question ne mérite même pas la peine d'être discutée : « Étant donné que l'épître de Jude a été composée entre 100 et 130, déclare Harnack, le jugement se trouve déjà porté sur la II* Petri. et ce jugement s'appuie sur tant d'autres considérations aboutissant toutes à la même conclusion, que je puis me dispenser de prouver l'inauthenticité de cette lettre. » Die Chronologie, t. i, p. 4G8. L'opinion de A. Loisy n'est pas moins nette : « Écrite en connaissance et en regard de la Ire, la IIe épître de Pierre est un faux beaucoup plus hardi. » Les livres du Nouveau Testament, p. 237.

Pour plus de clarté, nous étudierons successivement les témoignages externes et les critères internes; suivra l'examen des principales objections contre l'authenticité pétrinienne; viendra entin la conclusion.

1° Les témoignages externes. — Ils ont été produits plus haut à propos de la canonicité de l'épître. Le premier écrivain qui fasse mention certaine de la II* Petri est Origène; personnellement, il paraît la tenir pour authentique, tout en reconnaissant que d'autres s'y refusent. Ainsi, jusqu'au début du me siècle, le silence est complet; en mettant les choses au mieux, on remonterait d'un quart de siècle en tenant compte de Clément d'Alexandrie. Puis, durant près de deux cents ans, on discute sur l'autorité, c'est-à-dire sur l'origine de l'épître, les uns la regardant comme un document apostolique, les autres lui déniant ce caractère; les premiers l'acceptant dans le canon, les seconds ne l'utilisant qu'avec des réserves ou la rejetant purement et simplement. A partir du ve siècle, le problème se trouve tranché au bénéfice de l'authenticité pétrinienne, et beaucoup plus, semble-t-il, sous l'influence de l'usage ecclésiastique que pour des raisons de critique historique ou littéraire. Dans ces conditions, on ne saurait dire que l'origine pétrinienne s'impose comme un fait garanti par la tradition.

Par ailleurs, conclure de là à l'inauthenticité de la lettre ne serait pas légitime, car, d'une part, l'argument tiré du silence de la primitive Église n'a qu'une valeur relative, ('tant donné qu'il s'agit d'un document très court et sans grande originalité doctrinale, et, d'autre part, on constate (prune note favorable a l'authenticité pétrinienne accompagne l'attestation la plus ancienne, celle fournie par Origène.

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