‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 4)Chapitre 89 sur 437 · PIERRE SAINT) ■ PIERRE (BARTHÉLÉMY · texte numérisé non relu

PIERRE SAINT) ■ PIERRE (BARTHÉLÉMY

veaux cieux et une terre nouvelle, où la justice aura sa demeure ». m, 13. Cette idée d'un renouvellement universel appartenait depuis dis siècles à la tradition prophétique: cf. Is., i.xv, 17: i.xvi, 22; elle était courante dans les milieux juifs au début de l'ère chrétienne, car on la retrouve dans le Livre d'Hmoch, xi.v. 4-5: lxxii, 1 ; xci, 16, dans le Livre des Jubiles, i. 29, dans l'Assomption de Moïse, x, 6, dans le /Ve livre d'Esdras, vu, 31 : vin, 52-54, etc. Jésus lui-même avait annoncé une » palingénésie » générale, cf. Matth., xix. 28, et l'Apocalypse de Jean note l'apparition « d'un ciel nouveau et dune terre nouvelle » après le grand jugement, xxi, 1.

5° L'inspiration prophétique. — Voulant montrer comment la foi chrétienne repose sur un double témoignage divin, l'auteur rappelle d'abord le témoignage solennel rendu en faveur du Fils par le Père lors de la transfiguration, i. 16-18; puis il parle du témoignage de la « parole prophétique », auquel les croyants doivent prêter grande attention pour être éclairés par lui. i, 19. Suit une explication sur ce second témoignage : « Aucune prophétie de l'Écriture ne comporte d'interprétation arbitraire. » i, 20. Il s'agit manifestement des oracles prophétiques de. l'Ancien Testament. Pour en saisir le vrai sens et toute la portée, les fidèles doivent les interpréter, non d'après leurs goûts personnels ou leurs idées particulières, mais en conformité avec les indications du magistère spirituel et en tenant compte de la nature et de l'origine de ces oracles. En effet « ce n'est pas par une volonté d'homme qu'une prophétie a jamais été produite, mais c'est sous l'impulsion de l'Esprit-Saint (ûtto Tl-Jv'yj.y.-oz àyîou çspcpisvoi.) que des hommes ont parlé de la part de Dieu ». i, 21. Telle est la raison profonde de l'insuffisance ou de l'impuissance de l'interprétation individuelle appliquée aux oracles prophétiques. La prophétie ne provient pas de l'homme et n'est pas un témoignage humain. Sans doute, quelquefois, des hommes ont prétendu parler au nom de Dieu, alors qu'ils parlaient de leur propre inspiration; mais ceux-là étaient de faux prophètes; cf. Jer., xxni, 26 sq. Les vrais prophètes, eux, n'ont parlé que parce que l'Esprit-Saint les poussait à le faire en leur inspirant les paroles qu'ils devaient prononcer. Ce qui est dit ici des oracles prophétiques « parlés » s'applique évidemment, dans la pensée de l'auteur, aux oracles « écrits », c'est-à-dire au recueil des Écritures prophétiques.

Il est hors de doute que les Juifs croyaient à l'inspiration de leurs Livres saints. Sur ce point, nous avons le témoignage formel' et suffisamment explicite de Philon et de Josèphe. Sans doute, Philon a parfois confondu inspiration et extase, mais en un passage du Quis rerum divinarum hères est, 52-53. il s'exprime avec clarté et précision, qualifiant le prophète de ftzo'j'.zr-'.c. Quant à Josèphe, il emploie à propos des prophètes juifs le mot technique d'inspiration (sthttmv.:'J : Il n'existe, écrit-il, aucune divergence dans nos écrits, puisque, seuls, les prophètes ont raconté les faits lointains et anciens pour les avoir appris par une inspiration divine... . Contre Apion. i. 8. Ainsi l'auteur de la //a Pétri se trouve dans la ligne droite de la tradition juive, quand, pour bien marquer la valeur du témoignage prophétique, il déclare que l'Esprit-Saint lui-même a été l'inspirateur des prophètes de la Loi ancienne. Il emploie le passif <pepop:evoi comme pour mieux souligner l'activité toute-puissante de l'Esprit sur les facultés des hommes inspirés.

Certains critiques ont soutenu que « la parole prophétique », i, 10, doit s'entendre d'une révélation touchant la parousie. la lin du monde présent et le sort des bons et des mauvais, ou simplement l'Apocalypse de Pierre: cf. A. Loisv. Les livres du Nouveau Testa-

ment, p. 239-2-10; mais cette interprétation ne s'accorde pas avec le contexte immédiat, où l'Écriture est mentionnée explicitement, i,20, ce qui indique que l'auteur avait en vue les oracles des anciens prophètes. Sur cette question, voir l'article Inspiration de l'Écriture, t. vu, col. 2070.

On trouvera une bibliographie copieuse dans L.-Cl. billion, à la lin de l'article Pierre ( I" et II" ('/.tire de saint) dans le Dictionnaire de la Bible de Vigouroux; de même, dans ,1. Moffatt, An introduction la ihe literature o/ Ihe New Testament, 3* édit., p. 318-319, 358-359, Edimbourg, 1920.

Commentaires sur la ia et la 71a Pétri. — 1° Catholiques.

— L.-Cl. Fillion, La sainte Bible commentée, t. vin, p. 658- 715, Paris, 1904; J. Felten, Die zwei Bricfe des heiligen Pelrus und der Judasbrief, Ratisbonne, 1929; M. Meinertz et \V. Yrede, Die heilige Schrift des neuen Testamentes, t. ix, 4e édit., Bonn, 1932, p. 79-142. — 2° Non-catholiques.

— F.-H. Chase, article Peter ( firsi epistle, second epistle), dans le Diciionarij of the Bible de Hastings ; C. Bigg, Episiles of St. Peter and St. Jude, Edimbourg, 1910; J.-B. Mayor, Epislle o/ St. Jude and the II epistle o/ St. Peter, Londres, 1907; G. AV. Blenkin, The I epistle gênerai of Peler, Cambridge, 1914; M.-Rh. James, The II epistle gênerai o} Peler and the gênerai epistle of Jude, Cambridge, 1912; J. Moffatt, The gênerai episiles, p. 85-213, London, 1928; R. Knopf, Die Bricfe Pétri und Judm, Gœttingue, 1912, dans le Kommcnlar iiber das neue Testament de Meyer; G. Wohlenberg, /. und IL Petrusbrief und Judasbrief, 3° édit., Leipzig, 1923, dans le Kommcntar zum neuen Testament de Zahn; H. Windisch, Die kalholisehen Briefe, 2e édit., Tubingue, 1930, dans le Handbuch zum neuen Testament de Lietzmann; von Soden, Bricfe des Petrus, 3e édit., Fribourg-en-B., 1899, dans le Iland-Commenlar de Holtzmann; H. Gunkel, Der erste Brief des Petrus, dans Die Sehriften des neuen l'esiamenls de J. Weiss, t. m,, 3e édit., Gœttingue, 1917, p. 248-292; G. Hollmann et W. Bousset, Der Brief des Judas und der zweite Brief des Pelrus, dans le même ouvrage, t. m, p. 303-318.

A. Tricot.

2. PIERRE Barthélémy est le nom francisé du théologien flamand Peeters qui est souvent appelé aussi Barthélemi Pétri (1545-1630). Né à Op-Linter (Brabant) en 1545 ou 1546, il fit à Louvain ses études de lettres et de théologie, enseigna d'abord la philosophie à la pédagogie du Porc, où il eut po-ur élève le célèbre Lessius et passa à Douai en même temps qu'Estius, en 1580; il y prit le bonnet de docteur en 1584, sans que l'on puisse préciser quelle chaire il occupa d'abord. A la mort d'Estius, 1613, il remplaça celui-ci dans la première chaire de théologie et mourut le 24 février 1630, n'ayant pas cessé, malgré son âge, de remplir d'importantes fonctions.

Exécuteur testamentaire d'Estius, B. Peeters a publié le commentaire du célèbre exégète sur les épîtres paulines et les épîtres catholiques; il est partiellement responsable de la rédaction définitive à partir de I Joa., v, 7; le tout parut en deux vol. in-fol., 1614 et 1616. De même, il revisa pour une 2e édit. (1629) les Annotationes in prieeipua ac difficiliora sacrœ Scripturœ loca du même auteur, publiées d'abord en 1621. Comme œuvres personnelles, B. Peeters a donné : 1. Un commentaire latin sur les Actes des apôtres. in-4°, Douai, 1622. — 2. Prœceptiones logicse, in-12. Douai, 1625, 1635. — 3. Vincentii Lirinensis Galli, adversus prophanas hœreseon novaliones libellus vere aureus, distinctus in capita et notis uberioribus opéra viri docli illustralus, Douai, 1611, édition annotée du célèbre Commonitorium. . — 4. Apostolicœ Sedis definitiones veteres de gredia Dei, Douai, 1616, 2e éd.. très augmentée, 1627, recueil, avec quelques notes historiques, des décisions rendues par les papes de l'antiquité, Célestin, Léon Ier, Gélase, Hormisdas, Félix IV, en faveur de de l'augustinisme, soit au début de la querelle semi-pélagienne, soit à propos du concile d'Orange. C'est une sorte de manifeste à rencontre du « molinisme » avant la lettre; B. Peeters

PIERRE (B \ RTH ELEM Y

P IE HRK D'ALCANTARA

avait été mêlé aux attaques menées par la faculté de 1 Jouai contre Lessius. — 5. Avec d'autres théologiens de Douai, François Silvius, Georges Calvenerius, Jacques Pollet, notre auteur travailla à une édition de la Somme théologique de saint Thomas, Douai. I(il4. revue et complétée en 1623.

Foppens, Bibliolheca belgica, l. i, l/.'ii), p. 120; Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas, l. vin, Louvain, 1766, p. 76-84; II. -H. Duthillœul, Bibliographie douaisienne, Paris, 1835; A.-C. De Schrevel, art. Peeters (Barthélemi), d ins Biographie nalionale.de Belgique, t. xvi, Bruxelles, 1901, col. 839-847; Hurter, Nomenclator, 3« édit., t. m, col. 792-793.

É. Amann.

3. PIERRE D'ALCANTARA (Saint), frère mineur espagnol et réformateur (xvie siècle).

I. Vie. — Né en. 1499 dans la petite ville d'Alcantara, le jeune Pierre Garavito fit ses premières études dans sa ville natale, dont son père, Alphonse, était gouverneur. Ayant perdu celui-ci vers l'âge de 14 ans, sa mère, la noble Marie de Sanabria y Maldonado, convola en secondes noces, tandis que Pierre alla perfeclionner ses études à l'université de Salamanque. De retour à Alcantara, il résolut de devenir frère mineur et en prit l'habit en 1515, à l'âge de 16 ans, au couvent de Los Majaretes, enfoncé dans les montagnes qui séparent la Castille du Portugal. Là, dans un complet isolement des choses et des affections de la terre, il s'abandonna sans réserves aux pratiques de la pénitence, à la prière, à la pauvreté la plus absolue, à l'abnégation de lui-même, au renoncement le plus complet. Il déclara une guerre à mort à sa chair ou plutôt, selon ses propres expressions, il fit un pacte avec son corps : il lui promit de le laisser se reposer dans l'éternité, mais il exigea qu'il se laissât maltraiter ici-bas jusqu'à la mort. Après sa profession, il fut envoyé dans le couvent de Belviso, en un lieu éloigné de toute habitation. La haute sainteté de la vie austère et mortifiée qu'il menait attira sur lui les regards des supérieurs. Déjà en 1519, âgé à peine de vingt ans et avant d'avoir été promu au sacerdoce, Pierre fut choisi pour diriger un petit couvent dans la ville de Badajoz, métropole d'Estramadure. Le temps de son gardiennat expiré, son provincial lui commanda de se préparer à recevoir les ordres. Il reçut la prêtrise en 1524. Le P. Lorenzo Pérez, O. F. M., dans La provincial de San José fundada por San. Pedro de Alcantara, dans Archivo ibero-americano, t. xvn, 1922, p. 150- 151, fait remarquer toutefois, à rencontre de tous les auteurs, que saint Pierre d' Alcantara fut nommé, en 1519, gardien du couvent de Notre-Dame-des- Anges de Robledillo, dans la province de Câceres.

A la suite de son ordination, Pierre exerça le ministère de la parole pendant une année et ce fut pendant ce court espace de temps qu'il se forma à cette éloquence mâle, sévère, vraiment apostolique, qui fit de lui, dans la suite, un puissant instrument de conversions. Devenu, en 1525, gardien du couvent de Notre- Dame-des- Anges de Robledillo, il employa ses loisirs à l'étude de l'Écriture sainte et de la tradition. Puis il reparut dans la chaire. Pendant plusieurs années, il prêcha la pénitence au peuple et répandit autour de lui le feu de l'amour divin qui le brûlait.

Au chapitre provincial, qui se tint le 12 décembre 1528 à La Lapa, et dans lequel le P. Michel Roco, parent de Pierre d'Alcantara, fut élu provincial, le saint fut nommé gardien du couvent de Plasencia. Au chapitre suivant, qui eut lieu à Badajoz le 14 février 1531, le provincial nouvellement élu, Diego de Chaves, cédant aux sollicitations générales de la population, qui le suppliait de laisser le saint en résidence dans leur ville de Badajoz, afin qu'il se vouât au salut de leurs âmes, força, en vertu de l'obéissance,

le saint religieux a s'y fixer. Le saint vint donc habiter le couvent de Badajoz, et, avec son zèle accoutumé, se mit à travailler sans relâche au bien des âmes. A l'occasion d'un chapitre provincial, tenu en décembre 1532, saint Pierre d'Alcantara sollicita et obtint la permission de se retirer dans une résidence solitaire. Le provincial lui assigna alors le couvent désert de Saint-Onuphre de La Lapa, à la condition qu'il le gouvernerait en qualité de gardien. Le saint y resta jusqu'au chapitre suivant, qui se tint à Badajoz au mois d'octobre 1535, et où il y fut élu définiteur. C'est à cette époque (1535-1538) qu'il faut placer les voyages du saint à la cour du Portugal où sa réputation de sainteté l'avait déjà précédé. Le roi, Jean III, pria le provincial de lui envoyer le saint à Lisbonne pour le consulter sur quelques difficultés relatives à sa conscience. Pierre obéit et ce n'est qu'avec peine que Jean le vit s'éloigner après une première entrevue. Il ne tarda d'ailleurs pas à le rappeler près de lui. Pendant ce double voyage, le saint convertit beaucoup de seigneurs de la cour et engagea l'infante Marie, sœur du roi, à renoncer au monde. Au chapitre d'Albuquerque, en octobre 1538, saint Pierre d'Alcantara fut élu provincial par acclamation. Aussitôt, il songea à établir une discipline sévère, qui rencontra au début des oppositions nombreuses. Le saint rédigea de nouveaux règlements qu'il réussit à faire approuver à l'unanimité au chapitre de Plasencia, en 1540, après une faible résistance de quelques observants. Le temps de son provincialat étant expiré, en 1541, il se retira en 1542 avec le P. Jean del Aguila; tous deux rejoignirent le P. Martin de Sainte-Marie qui, à cette date, jetait, près de Lisbonne, les fondements d'une réforme austère et élevait un ermitage à l'embouchure du Tage, dans les montagnes désertes de l'Arabida. Le duc d'Aveiro ayant fourni le terrain et les matériaux nécessaires pour bâtir les cellules, on vit bientôt s'élever un couvent, dans lequel tout respirait la mortification, la pauvreté, le mépris du bien-être et des petites commodités de la vie. Les cellules étaient petites et basses; un peu de sarment étendu par terre formait la couchette; le reste du mobilier était tel que des pauvres mêmes l'eussent méprisé. De plus, les ermites d'Arabida marchaient nu-pieds et sans sandales et s'interdisaient absolument l'usage de la viande et du vin. Le général Jean Calvo se trouvant à cette époque en Espagne, rendit une visite à l'ermitage et il fut si édifié des exemples qu'il avait sous les yeux, qu'il approuva la réforme, accorda la permission d'ériger un noviciat et de former une custodie avec les deux autres couvents de Palhaës et de Santarem. Le custode fut le P. Martin et saint Pierre d'Alcantara fut chargé de l'éducation des novices au couvent de Palhaës.

Rappelé dans sa province en 1544, le saint fut de nouveau élu définiteur et chargé de reprendre le cours de ses prédications. A la suite du chapitre d'Alconchel, en 1548, où la réélection de Pierre d'Alcantara au provincialat, qui semblait à tous.s'imposer, se vit, avec une mise en scène aussi profondément édifiante qu'émouvante, contrariée par un vouloir manifestement providentiel, le saint se retira avant l'été de la même année, en compagnie de son saint ami, frère Jean del Aguila, dans le couvent de Saint- Onuphre de La Lapa. Et là, dévorés de ferveur et également appliqués à la pénitence, ils conféraient ensemble sur la propagation et le développement de la réforme entreprise au Portugal, une dizaine d'années auparavant. Il s'y retira pour préparer une deuxième campagne au Portugal, où, déjà avant la fin de 1548, il était venu avec Jean del Aguila pour y raffermir et perfectionner la réforme d'Arabida, dont le custode le P. Martin, était mort entre temps.

PIERRE D'ALCANTA RA

Il fonda un nouveau couvent près de Lisbonne en

1550, et Dieu bénit tellement son œuvre qu'environ dix ans plus tard la petite custodie prit le titre de province et n'était pas celle de l'ordre qui comptait h' moins de maisons. Réélu détiniteur de la province de Saint-Gabriel au chapitre de Plasencia, en 1551, et désigné, en 1552. comme custode pour le chapitre général de Salamanque en 1553, il assista à ce chapitre à titre de représentant de la province de Saint- Gabriel.

Ayant terminé, en 1551. sa charge de détiniteur, il songea à exécuter le plan de la grande réforme qu'il avait conçue et par laquelle il voulait ramener ceux qui le suivraient à la pratique austère cl véritable de la règle de saint François. Avec l'assentiment du pape. Jules III. il se retira avec un compagnon, à la fin de

1551. ou au début de 1555, dans le diocèse de Coira, où. avec la permission de l'évèque, qui lui avait concédé près de la ville la petite église de Sainte-Croix de Cebollas, il s'essaya, avec un autre religieux, au genre de vie qu'il voulait faire pratiquer. Peu de temps après, il partit pour Rome et obtint de Jules III un nouveau bref, qui l'autorisait à fonder, sous la juridiction des mineurs conventuels, un couvent conforme à l'idée qu'il s'était faite d'une véritable maison de l'ordre de Saint-François. Ils se plaça sous l'obédience des conventuels pour échapper aux vives résistances que lui opposèrent les observants. Revenu en Espagne, il s'adonna entièrement à la stricte observance de la règle franciscaine, probablement d'abord à l'ermitage de Sainte-Croix de Cebollas et ensuite dans le pâturage nommé Berrocal, à la fontaine de Palancar, près de Pedroso, dans le diocèse de Palencia. où, sur un terrain que lui avait donné le chevalier Rodrigue de Chaves,le 22 mai 1557.il construisit un couvent d'après l'idéal franciscain. (Cf. Lor. Pérez, art. cit.. p. 151.) D'autres historiens affirment qu'il fonda cette pauvre retraite dès 1556.

A la mort du P. Jean Pascual qui, avec l'assentiment du ministre général des conventuels et du pape, avait fondé trois couvents de mineurs réformés en Galicie, à Redondela, Bayona et Vigo, le commissaire général des conventuels, le P. Antoine-Paulin de Santo-Quirico nomma, en 1556, Pierre d'Alcantara commissaire général des mineurs réformés d'Espagne et érigea les couvents mentionnés, avec ceux de Pedroso et de Saint- Isidore, en custodie, sous le vocable de saint Joseph. La nomination du saint comme commissaire général et l'érection de la nouvelle custodie furent confirmées par le ministre général des conventuels, le P. Jules Magnano, dans une lettre du 3 février 1 557, renouvelées dans une patente du ministre général du 18 avril 1559 et approuvées par Paul IV dans le bref Cum a nobis du 8 mai 1559, qui lui concède pleins pouvoirs pour l'érection de nouveaux couvents non seulement en Espagne, mais dans le monde entier, lui donne le droit de confirmer les custodes et d'ériger des custodies en provinces, au cas où il y aurait un nombre suffisant de couvents. Le 8 octobre 1559, le saint convoqua un chapitre à Loriana, dans lequel il promulgua la lettre du ministre général et le bref du pape. On passa ensuite à l'élection de définiteurs, à la nomination de gardiens et on reçut dans la custodie les couvents du Saint-Rosaire à Oropesa, de Deleitosa et de Viciosa. Le 9 janvier 1561, Pierre accepta le couvent de Sainte- Madeleine de Palo, dans le diocèse de Zamora et, vers la même époque, il fonda les couvents de Elche et d' \spe.

Ayant atteint de la sorte le nombre de couvents requis dans le bref pontifical, le saint convoqua le chapitre au couvent de Pedroso le 2 février 1561. Il y érigea la custodie en province de Saint-Joseph et procéda aux élections des supérieurs. Christophe

Bravo fut élu provincial et Barthélémy de Sainte-Anne custos custodum avec la charge d'assister au chapitre général; l'on organisa aussi la province et l'on prit les mesures nécessaires au fonctionnement de la réforme. Le relevé officiel de ce chapitre ainsi que le texte des constitutions ont été publiés par Lor. Pérez, art. cit., p. 153-159. Peu après, le nouveau provincial partit pour Rome afin d'y rendre compte au ministre général des décisions prises au chapitre. Il fut reçu à bras ouverts par le général des conventuels, moins bien cependant par les 1ères de l'Observance, qui ne purent pardonner aux membres de la province de Saint-Joseph de s'être détachés d'eux et de s'être mis sous la juridiction des conventuels. Aussi, dès ce moment, les observants s'efforcèrent par tous les moyens de faire rentrer la province de Saint-Joseph sous leur juridiction. Ils travaillèrent dans ce sens auprès des cardinaux et du pape.

Ne voulant prendre à lui seul la responsabilité de décisions importantes, le saint convoqua, le 12 avril 1561, les membres de la province de Saint- Joseph à Saint-Jean de Bobadilla d'Oropesa et leur transmit les desiderata contenus dans les diverses instances qui lui avaient été adressées. Les Acta sanctorum. oct. t. vin, p. 637, placent ce chapitre en 1562. Après mûres réflexions et délibérations on décida, à l'unanimité, de faire d'abord tout le possible pour rester sous l'obédience des conventuels. Si cela ne réussissait pas, on demanderait d'être soumis immédiatement au Saint-Siège. Si aucune de ces alternatives ne pouvait aboutir, on se résignerait, dans ce cas, à passer à l'obédience des observants. On ajoutait toutefois qu'on laissait tout au jugement du pape (c'était Pie IV). On délégua à Rome le P. Barthélémy de Sainte-Anne avec pleins pouvoirs pour traiter les affaires de la province à Rome. Celui-ci se mit immédiatement en route. A son arrivée à Gênes, il apprit que le général des observants était à Venise. Il alla l'y trouver et discuta avec lui la question de l'obédience. C'est là que Barthélémy décida de faire passer la province de Saint-Joseph à l'obédience des observants. Il se dirigea ensuite sur Rome que le provincial Christophe Bravo avait quittée entre temps pour retourner dans sa province. Le P. Barthélémy exposa à Rome les décisions du chapitre et, voyant que les deux premières propositions ne pouvaient aboutir, il décida de passer à nouveau à l'obédience des observants. Pie IV approuva, confirma et ratifia cette décision par la bulle In suprema du 25 janvier 1562, qui ne fut cependant exécutée, pour des raisons ignorées, que le 16 mars 1563. Les Acta sanctorum, oct. t. vm, p. 638, soutiennent que Pie IV porta cette bulle, le 25 janvier 1563. Quoi qu'il en soit, il est certain que Pierre d'Alcantara était déjà mort quand la bulle fut exécutée. Pendant qu'il faisait la visite des maisons réformées, il tomba malade au couvent de Viciosa. Comprenant que le moment était venu d'aller recevoir la récompense de ses travaux, il se fit porter au couvent d'Arenas, dans le diocèse d'Avila, qu'il habitait depuis le mois d'avril 1562 et où il épuisa ses dernières forces à aller voir sainte Thérèse à plusieurs reprises. Dès qu'il y fut arrive, on lui administra les derniers sacrements et il rendit doucement à Dieu sa belle âme, le 19 octobre 1562. Grégoire XV le béatifia le 18 avril 1627; Clément IX célébra sa canonisation le 28 avril 1669. L'histoire du merveilleux développement que prit la réforme après la mort de saint Pierre et des nombreuses fondations qu'il le effectua se lit dans l'article cité de Lor. Pérez (p. 16 l 175) et dans Acta sanctorum, oct. t. vm, p. 639-642.

Un des traits caractéristiques de saint Pierre d'Alcantara était l'esprit de pénitence, poussé jusqu'à la pratique des austérités les plus effrayantes. Il y joi-

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