‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 10 sur 741 · C. XXV · texte numérisé non relu

C. XXV

4» Défauts de ces corrections. — Bacon explique l'insuccès de ces premiers efforts par les raisons suivantes : 1. Les correcteurs n'ont pas de chef. Op. min., p. 333. L'ne entreprise quelconque, si elle est importante surtout, requiert une direction qui coordonne et unifie. Dans la circonstance chacun corrigeait à sa guise. On peut dés 1 r= iini^in- r la multitude des variantes et,

par cou- I ; iiiltide qui en résultait pour la

vérilé Jij I II 1 urganisation, le travail était

iiinsi vici. i hIm ih hp ni. —2. Ils ne suivent pas les antiques bibles. Ihiil. f'.ir «antiques bibles « Bacon entend celles qui remontent à Charlemagne, à .saint Isidore, à saint Grégoire. « Elles sont, dit-il, exemptes d'altérations; elles concordent en tout, sauf là où il y a faute de copiste, chose inévitable dans n'importe quelle œuvre littéraire, et elles sont en nombre incalculable dans les divers pays. » On ne peut pas mieux raisonner. Si les bibles les plus anciennes et les plus nombreuses sont d'accord en tout point, elles contiennent donc la vraie version donnée par .saint .lérùme et la seule reçue par l'Église entière : c'est donc là qu'il faut la chercher. — 3. Ils ignorent le grec et l'hébreu, auxquels on doit nécessairement recourir. Ibid. Maintes fois Racon foiiunie ce reproche. Coinine la Vulgate

fier co iM.iiP - iiii.i-, - il , ,,,,il (Ic.ui. n\. >.iiisles comparer .ivei- 11' Il .\ii uiij^iu.il, ((( vulealiir irrilas in radiée. Siiiis i'iii'breu, sans le grec, on ne peut souvent que se Iroiiiper. — 4. Ils ignorent la grammaire latine, celle en p.iiliiiilier de Donat et de Priscicn, li^s niaili-es de vMiil ,l,,.,ni. //.„/., p. 331, 333, :!:!', \,, ,,lll^,„ .,j;e le ' ''"' ''•<' " I il.'l, en pleine déc.uli i^ . I,. m. illenrs

■ '"''■'>'' .1, i'|ii. s étaient abandoun. - . (..u ..on

'■f\nl 1 11 „i.iiule estime des lexicoyi.iplu-» n,lll^ valeur, l'apias, Uugution.G. le Breton. Aussi les fautes grammaticales allaient se multipliant sans cesse. On ne savait plus les rè(;les de l'écriluie ni de la prouoncialion celles d.- r„T,.„hi.,l„,n ,1,. r,,„i, „ I,. I .,„,

à étudier, les classiques en main, ces questions de philologie et à démontrer comment leur ignorance était la source de maintes corruptions de la Bible. Cf. Op. maj. iPAvt. III, c. v-x;0;j. terl.,c. l.k-lxiii, p. 234-264. — 5. Ils ignorent quelle est la version de la Bible en usage dans l'Église. Ibid., p. 334. Non seulement le vulgus llieologorum, mais encore certains maîtres éminenis, Hugues de Saint-Victor, Pierre Comestor, voire même Hugues de Saint-Cher suivant H. Hody, op. cit., p. 430, en étaient là. D'aucuns pensaient que la Vulgate était une version nouvellement faite à Jéricho, Op. min., p. 336, par des hommes inconnus et sans autorité. Les correcteurs étaient plus libres pour retrancher, modifier et ajouter dans une version récente. Pour les réfuter, Bacon reprend toute l'histoire des versions grecques et latines, et démontre magistralement que la seule version accréditée dans l'Église et la seule contenue dans les bibles est celle de saint Jérôme. Op. min., p. 334-347. — 6. Ils agissent avec trop peu de critique. Ibid., p. 347, 348. Les correcteurs du xiiis siècle croyaient faire bien en pillant les anciens Pères, saint Jérôme en particulier, l'historien Josèphe et la liturgie. Un esprit avisé eût au préalable soumis à un contrôle rigoureux ces éléments variés. Il eût vu que les Pères citent la Bible suivant les Septante et non suivant la Vulgate de saint Jérôme; que Josèphe paraphrase pour mieux dire, le texte sacré; que l'Église, dans la liturgie, le modifie plus ou moins en vue de la piété ou de la clarté; et que, par conséquent, il ne fallait pas se fier à ces critériums. Il eût aussi distingué avec soin la version de saint Jérôme, telle qu'elle est dans les bibles, des citations scripturaires qu'on trouve dans ses commentaires. Quel chaos résultant de cet amoncellement de textes pris de divers côtés ! Bacon pouvait s'écrier : Tôt

sunt correctores si Eornm correctio lexlii-s Dei ! Op. Ii

.Apohujrli.

hier, Une .\miens, I

.5" Pmi

u magis cnrruptores ! ou bien encore : est pessima corruptio et destnictio ■rt., c. XXV.

qui dans sa jeunesse avait réfuté lin disciple de Bacon sur la Vulgate,

Hebreeos, adopta les vues du docteur il connut son Opus inimts, dans son >in,ininiianse versionis. Voir L. SalemnrJiir de l'Iiistoire de la Vulgate,

,iiiiir ,:.,!ni-llr mn-ection. — C'est ainsi i|ih'. r.ini.' .Il' ~ri, ■!.,.■. .!.■ iiiilliiule et de critique, les lliiolii;^iiii~ lin Mil ~i.rli'. !■,,: islimali ralde magni cl uni. Il, ,11. ;iii^ iilirriit iiiri .ii«ciemment les altérations el s'arrogérenl vis-à-vis de la Bible une liberté qu'on ne s'est jamais permise pour aucun livre humain et dont le .saint-siège seul peut prendre la responsabilité. J. 11. Bridges, op. cit., t. i, p. 221; Op. min., p. 342, 348. Pour remédier au mal, Bacon, sous l'impulsion de son génie pratique et de son sens catholique, s'adresse au gardien infaillible du dépôt des saintes Écritures; il supplie le pape d'user de sa souveraine autorité ; « Je crie vers Dieu et vers vous contre cette dépravation du texte sacré, car vous seul pouvez y remédier avec l'aide de Dieu. ■ >>p. trrt.. c. xxv. Il ne lui di.ssimule pas les imnnn-i ililli> nll.- du projet. Op. min., p. 333; il ne lui . i, li | i n n plus qu'on peut les vaincre : le chef île ll^li-r iii:iii(|uerait-il de trouver des hommes capables'.' il s'oIVre à les lui indiquer, s'il le désire.

Entre autres savants dignes de collaborer à cette correction nouvelle. Bacon signale maintes fois, sans le nommer, un vieillard très versé dans l'étude de la Bible et qui depuis le temps des saints n'avait pas eu son ét;al. « !1 y a trente ans, bientôt quarante ans, dit-il, .|ii il II iviiille cette partie; il sait à fond les moyens el I , III ili (le pour donner en toute certitude une vraie I M . ii'ii; tous sont des ignorants à côté de lui en n u. iii.itière. » Op. tert., lac. cit.; Knglish hist. rev.,

BACON

loc. cit., p. 5-16. Lui-même, bien qu'il soit plein de son sujet, se juge inférieur à ce personnage fameux. Cependant, quand il plaira au pape de l'ordonner, il est prêt à l'aider à faire le relevé détaillé de tous les passages altérés de la Bible et à prouver quelle doit être l'exacte leçon. Op. maj., part. III, c. v; Op. min., p. 333.

Il est regrettable que l'ordre ne soit pas venu. Dans ses trois opéra, où il examine quantité de textes. Bacon justifie amplement chacune de ses critiques. Il ne corrige aucun passage sans faire appel à la grammaire, aux anciens manuscrits latins, au texte original grec ou hébreu, et à tout autre élément qui lui permette un jugement sûr. Cf. Op. maj., part. 111, c. v-x; part. IV, p.'aZl, 222; Op. min., p. 331, 332, 3.51, 352; Op. tert., p. 235, 244, 245, 250, 251-254; Comp. studii, p. 440, 477-482, 518. Sa science est vaste, sa méthode rigoureuse, sa critique irréfutable. Il était l'homme tout désigné. On peut présumer que, s'il eût exécuté l'œuvre proposée, il eût reconstitué la Vulgate dans un meilleur état. Malheureusement Clément IV ne tarda pas à mourir, et le projet fut abandonné pour de longs siècles.

Quoiqu'il en soit. Bacon reste incontestalileirient l'un des plus grands maîtres de Is critique biblique, tant pour l'interprétation du texte que pour sa fixation. Et si un jour l'Église croit le moment venu d'achever l'a'uvre de correction commencée par Sixte V et Clément VIII, les principes, les observations et les vues de l'illustre docteur seront des guides assurés et des auxiliaires précieux pour les ouvriers de cette grande entreprise. D'ailleurs, ces mêmes ouvriers auront leur travail préparé admirablement par deux franciscains du xiii' et du xivs siècle, Guillaume de Mara et Gérard de Huy. Tous deux, rompant avec les méthodes de leurs devanciers, firent l'application rigoureuse des règles tracées par Bacon. Avec une intelligence rare, une érudition incroyable et un grand jugement, ils composèrent des correcloria que les érudits s'accordent à regarder comme les meilleurs. Cf. Denille, Archiv f. Litteratur u. Kirchengesch., t. iv, p. 277 sq. ; S. Berger, Quam nntitiam linguœ hebraicse hahucrunt chnsliani meâii œvi, Paris, 1893, p. 26.

V. riAroN- I T I \ -' r.i NïTi JII-. — Tel qu'il fut envoyé à Clémiiii 1X1''/ ■ i.rininant par un épilogue

dans 11 i|iii I III "II! iiii ' - ilcfectuosités de ï'enseignenu-nl tlii iil^ I ' 1-''^ Hacon signalait au saint et docte ponlili .1 i n m .. i i - abus relatifs aux programmes d'élin! 1 I l'ides, tani in stibstantia

xtudii quam m ' " - 'i. English hist. rev., loc.

cil., p. 509. Fauli/ lUiliLioii complète de l'ouvrage, cet épilogue, qui serait très utile pour l'histoire de la scolastique, est resté inédit. Les pages correspondantes, peut-être encore plus fortes, de yOpit-i tertkmi, ont eu un sort identique. Cf. Op. tert., p. 87, 88, 265, 304, 309. Quoiqu'ils ne soient qu'un simple résumé de l'Opus majiis, les fragments publiés de VOpiis minus permettent heureusement de suppléer un peu à ces lacunes regrettables. Nous en ferons l'analyse succincte, mais fidèle. On verra de la sorte si les écrits de Bacon sont une mine riche pour qui veut juger sainement le xiil» siècle.

1» Les péchés de la théologie ait xui' siècle. — « Sept péchés capitaux, dit Bacon, vicient les études de théologie. Le premier consiste dans la prédominance de la

phi maj'< y cou ; desqii'

quel cours -i eussions sur les similitudi sances, Vxmn sprits, discus

i bien que la majeure partie,

ms que traitent les théologiens,

ts et les solutions, ne sont que

[iliilusophiques. Dans n'importe

il y a une foule de dis-

I re, l'être, les espèces et

-i-nèse de nos connais-

, , - Iilu et le mouvement des

place toute trouvée en

philosophie. De plus les questions essentiellement théologiques, telles les questions sur la trinité, l'incarnation,

les sacrements, ne sont pas traitées autrement que les questions de pure philosophie : autorités, arguments, terminologie, tout ou presque tout est philosophie. Il n'appartient pas au théologien de se livrer ainsi e.r prol^esso à des dissertations philosophiques ; son devoir est de les résumer brièvement, breviler recitare, et de s'en servir comme point de départ. C'est un contresens et un désordre de donner le principal rôle, ex principali intentione, principal} inquisitione, principaliter, à la philosophie. » Bacon "ne contredit pas, on le voit, ses idées sur l'alliance de la philosophie et de la théologie; il veut seulement qu'en théologie on parle théologie et non philosophie. En vérité, il vise au cœur la méthode scolastique.

« Le second péché consiste dans l'ignorance des sciences les plus nobles et les plus utiles au théologien. Au lieu de la linguistique, des mathématiques, de la chimie, de la physique, de l'expérimentation et de la morale, d'où découlent tous les biens du corps, de l'àrae et de la fortune, les théologiens cultivent quatre sciences de minime importance, scienliœ viles : la grammaire latine, la logique, un peu de philosophie naturelle, et une partie de la métaphysique. Quelle folie de perdre son temps en des matières si peu utiles, immergi scienliis vanissimis, et de négliger celles qui offrent tant d'avantages! » Ce péché explique le précédent. La théologie bien comprise demande le concours d'une foule d'autres connaissances scienlifii|H' -. T. ' ' , ii \iir siècle ne les possédant p.i-. III - l'utilité, les traitant même ;i\ - - ' latitude pour donner libre jeu m.. i ! piit, qui n'est jamais à court pour raisouuer. Voilà comment ils sont en général plus philosophes que théologiens. Si nous disons qu'ils méprisaient les sciences, nous ne faisons que reproduire la pensée de Bacon. « Tous les modernes, écrit-il, sauf un petit nombre, n'ont que du dédain pour les sciences en question ; volontiers ils en disent du mal ; les théologiens de la nouvelle école surtout ne cessent de parler contre. » Comp. studii. pliil., c. vi, p. 433. On voit si la déconsidération de la scolastique devant la science date de haut.

« Le troisième péché consiste dans l'impossibilité où sont les théologiens de. bien savoir les quatre sciences en honneur parmi eux. Ne comprenant pas dans son texte original le livre qu'ils étudient ou commentent, ils acceptent forcément une quantité de choses fausses ou futiles, ils prennent le douteux pour le certain, l'obscur pour le clair, le superflu pour le nécessaire. Ainsi ils finissent par encombrer la théologie d'idées philosophiques erronées ou défectueuses. » Et pour ajouter au piquant de cette argumentation. Bacon entre dans des détails intéressants qui nous font saisir au vif ce qu'était le xiiF siècle. U s'empare de deux personnages célèbres entre tous, fait l'histoire de leur passé, pèse leurs mérites au poids d'une critique impitoyable, et n'arrête sa plume qu'après avoir bien indiqué la mesure de science qu'il faut leur reconnaître. On a vu rarement portraits aussi vigoureusement burinés. Nous y reviendrons tout à l'heure.

(< Le quatrième péché consiste dans la préférence accordée au livre des Sentences sur le texte de la Bible. Les théologiens y mettent toute leur gloire. A peine l'ont-ils lu, qu'ils se croient déjà maîtres en théologie, bien qu'ils ne comprennent pas encore la trentième partie du texte sacré. A Paris, le bachelier qui lit la Bible doit céder le pas au lecteur des Sentences. Partout et en tout celui-ci a les honneurs et les faveurs. Il choisit son heure de leçons, il a son socius, sa chambre. Quant au lecteur de la Bible, il ne jouit d'aucun privilège; à la merci du lecteur des .'^entences, il mendie son heui-e de classe. Il est donc évident que la Bible, texte de la faculté de théologie, a cédé au livre des Sentences la place que lui accordaient les statuts, la

simple raison et les anciens usages. Si l'on veut à tout prix le traité d'un maître pour texte, pourquoi ne prendrait-on pas le livre des histoirss déjà fait ou à refaire, fa^;tus vel de novo /'tendus, lequel s'adapte bien mieux au texte sacré? » Encore peu lues sous Alexandre de Halés, les Sentences de Pierre Lombard prirent si bien la première place qu'elles centralisèrent vite l'enseignement théologique. Ce malheur « amena fatalement, continue Bacon, l'abandon des études bibliques. Car les questions qui ressortent de la Bible sont rejetées maintenant dans le livre des Sentences, d'où personne n'ose plus, à moins qu'il ne soit grand clerc, les en séparer ». Ainsi peu à peu la science de la Bible baissait à mesure que le prestige des Sentences augmentait. Au xv« siècle Gerson, dans sa lettre sur la réforme de la théologie, déplorera que la Bible soit complètement ignorée. Bacon protestait avec quelque raison contre la situation faite au texte sacré et contre l'autorité accordée d'autre part à un livre humain. Il y avait lieu de demander au pape qu'il mit un terme à cette anomalie.

. Le cinquième péché concerne la corruption du texte biblique. 11 ne s'agit plus de l'enseignement du texte sacré ou du plus ou moins de faveur dont on l'environne; il s'agit lin ' !' Ini-iih'iiLe et de l'état dans lequel il se trouve. I. ' i ' -l'ave que nous avons examiné

plus b.iiii V i' Ii'inent que cette corruption de

la Vulg:iir I I il il, correction critiqués par Bacon

mettent en pleine évidence quelques lacunes et quelques défauts de la scolastique.

Le sixième péché, qui est beaucoup plus grave, congerne l'exégèse sacrée. « Dans la recherche du sens littéral, dit Bacon, on commet des erreurs incalculables, qui proviennent non seulement de la corruption du texte, mais encore de l'ignorance du grec et de l'hébreu. Dix grands cahiers ne suffiraient pas à relater les fautes qui en sont le résultat, decem septemi magni non continerent exetiipla e>~rorum in sensu litterali. » Nous l'avons déjà dit, il faisait servir toutes les sciences à la découverte du sens littéral. Ce n'est qu'après l'avoir trouvé qu'il permet de rechercher le sens spirituel. On trouvera des exemples de sens spirituel épars çà et là dans VOpus niajus, pari. IV, p. 214, 219; part. III» V"', disl. III, c. m. Cf. Op. min., p. 389.

Le septième péché concerne la prédication de la parole divine. Bacon dit des orateurs de son temps : « Le commun des théologiens, ignorant les règles de l'éloquence, recourt aux divisions de Porphyre, emploie des consonances de termes ineptes; ainsi leurs discours, dénués de toute fleur de rhétorique et de toute force de persuasion, ne sont qu'un pur verbiage, sola vanitas vei-bosa. <> Op.lerL, e. Lxxv.p. Ml.a Comme les prélats sont trop souvent peu inslniil'; en lli('r,ln;,'io et mal préparés à prendre la paroli', il , mir mK ni aux jeunes clercs leurs manuscrits pic m 1 h i ^ et de subdivisions; de la sorte la p:irwli île hieu i.jiiibe dans un souverain mépris, est vili/icalin scrmonum Dei. nlbid., p. :îf)9; Op. min., p. 323. On peut conclure de là que l'éloquence était négligée au moyen âge.

2» Les pefsoiinalités de la scùlastiqnr. Si l'enseignement ecclésiastique méritait laiil .h i , |,i,,rli, s, que faul-il penser des maîtres, des iiiainn l~ .1 iji- /levés? Bacon ne les l'pargne pas à l'occasidii, i|iicii.|tril sache aussi vanter le mérite là où il existe. Ku règle générale, il traite rudement le vulgiis pliilosophorum et theologorum, qu'il nous présente sous de mauvaises couleurs. Ilugution, l'apias, Guillaume |,- H,-. t,,ii, les trois lexicographes en vogue, ne font |i 1,11 li nie non plus:

on aurait tort de s'en plaiiid I ir ,i i- Hacon, après

avoir lu les nombreux es. mpl. diieuis dans lesquelles ils sont tombés. Cf. S. Berger, La Bible au .Wl" siècle, Paris, 1879, p. 10-22. Le maître des histoires, Pierre Comcslor, cf. C. Trochon, Essai sur l'histoire lie la Ilible dans la France chrétienne au moyen âge,

Paris, 1878, p. 54-65, et les traducteurs d'Aristote sont souvent malmenés, mais toujours avec preuves à l'appui. Cf. Renan, Averroès el l'averroïsme, Paris, 1852, p. 16t>-170. Il y a deux docteurs contre lesquels Bacon s'élève plus particulièrement, Alexandre de Halés et Albert le Grand ; Alexandre était mort depuis vingt-deux ans; Albert était encore en vie. Bacon écrit contre eux un réquisitoire violent, qu'on ne cesse de lui reprocher. Op. min., p. 325-328; Op. lert., c. ix, p. 30, 31, 33, 37, 38, -42. Cf. V. Cousin, op. cit., p. 186; P. Mandonnet, Siger de Brabant, p. lviii-lx.

Bacon, d'ailleurs, s'en explique avec franchise et sans détours: « Dieu m'est témoin que j'ai tant insisté sur l'ignorance de ces deux hommes uniquement pour éclairer les esprits. Le public croit qu'ils ont tout connu. Il les suit comme des oracles. Quand je dis qu'ils n'ont pas connu les sciences, je ne leur fais aucun tort, puisque je ne dis que la vérité. Ils ont du mérite, mais pas autant qu'on le croit. Le dernier principalement, malgré les erreurs dont ses écrits sont pleins, ejus scripta pUna sunt falsitalibus, a une autorité dont jamais homme sur terre n'a joui. C'est bien à contrecœur que j'en parle; mais ce n'est pas sans motif gravée nul parmi les latins n'a eu une influence aussi néfaste, studium philosophiee per ipsuni est coti-uptum p/us quam per omnes qui fueriint imquam inter latinos ; c'est une raison de l'attaquer plus fortement. Si j'excède parfois dans la louange ou dans le blâme, si j'emploie des termes étonnants, si verba excessivx laudis vel vituperii..., verba aliquando grandia inseram, c'est que la vérité le demande. Ce n'est point par présomption ou irrévérence que je parle ainsi, non ex prœsjiniptione nec insolent'ia sic loijuor, mais uniquement pour acquit de conscience. Désireux de plaire à Dieu et à son vicaiiv j'y apporte un soin scrupuleux, ex certa conscientia et scienter hic invigilo. Et puisque Votre Sainteté m'a commandé de lui envoyer des écrits doctrinaux, je n'ai pas voulu lui taire le véritable état des cho.ses. Je serais un sot et le pire des sots, stulliis quidem essem immo sliiltissimus, si je lui proposais l'erreur en quoi que ce soit. Dieu et ma conscience sont témoins que je n'écris que ce que je crois être l'absolue vérité. » Eiiglishhist. rev., loc. cit., p. 503,504; Op. min.;Op.terl., Inc. rit.

r jii 1 i nt s'vére trouve confirmation sur un point |i.n ■ .1 I i liuit de la Somme théologique du docii'iii Ml II I ': . liacon écrit, Op. min., p. 326, qu'elle Il I -I [•.'- il lui -ml, mais bien d'une collectivité : ascripsenixl ri DKtijnaiu Stimniam illani... quam ipse non fecil, sed alii; et tamen propter reverentiam oulscr'ipta fuit; et vocatur Summa fralris Alexandri ; et si ipse fccisset vel magnani partem, etc. Ce renseignement est-il faulif'.' Cf. Prosper de Martigné, op. cit., p. 48. Voir t. I, col. 778. Les recherches de la critique sont de plus en plus favorables à Bacon. Si l'on hésite à affirmer que la question xi:ii de la II« partie de la Somme est prise dans saint Bonaventure, II Sent., disp. XXIII, a. 2, q. i-iii, il est prouvé que les questions XXX, XXXI, de la IV" partie sont empruntées mol à mot au docteur séraphique. Quœst. disput. de perfectione evangelica, q. Il, a. 1, 2. Le P. Ehrle a trouvé des manuscrits du xiii» siècle qui permettent de rapporter à .lean de la Rochelle, à Guillaume de Mélilon el à Eudes Rigaul certaines autres questions. Cf. Opéra omnia S. lionaventurœ, prolegomena, c. I, § 3, t. i, p. i.vii-Lxiii; t. H, p. 864; prolegomena, § 3, t. m, p. iv-v; prolegomena, c. ii, §4, l. v, p. xii-xiv.

En résumé, les sciences glorifiées par Bacon ont triomphé. Plusieurs réformes proposées par lui ont été .iccomplies. La scolastique est morte des abus mêmes qui la viciaient déjà à son apogée. Le temps a justifié l'ensemble de l'œuvre de celui que Humboldt a appelé le plus grand génie du moyen âge.

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