‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 141 sur 741 · BAPTÊME DE SANG. Voir Mariviu · texte numérisé non relu

BAPTÊME DE SANG. Voir Mariviu

5. BAPTÊME PAR LE "FEU. Cette dénomination a SI r\i à (l.->i^n( r de? choses bien différentes. Certains hérétiques ont admis et pratiqué un baptême réel par le feu. Des Pères de l'Église ont donné à cette expression la signification d'une expiation par le feu dans l'autre vie.— I. Pour certains hérétiques. II. Pour les Pérès de l'Église.

I. Pour certains hérétiques. — L'auteur du De rebaptisnmte, 16, 17, P. L., t. m, col. 1201-1202, parle des disciples de Simon le Mage qui tenaient le simple baptême d'eau comme un baptême niiitilatum et decurtatiini et prétendaient qu'eux seuls avaient le baptême de Jésus-Christ i)ilc(irum alque perfectum. Ce baptême consistait ut ijiinni nmx in aquam desceiidenint, statini suprr «./»«/, i ir/nis appareat. Us appuyaient leur prétention di' posséder seuls le baptême parfait sur la parole de saint Jean-Baptiste -.Ipsc (Chnstus) vos bajHi- ■abit in Spiritu sancto et igni. Matth., m, 11 ; Luc, m, 16. L'auteur de ce traité ajoute que, pour soutenir l'erreur aduUerini hujus, immo internecini baptisniatis, quelques-uns de ces hérétiques avaient composé le livre intitulé Pauli prœdicatio. Ils disaient, entre autres absurdités, que, tandis que Jésus était baptisé par Jean-Baptiste, igneni stiper ai/iiani esse visum. E. von Dobschûtz, Vas Kei'ijgma PeCri, dans Texte und Vnlersuchungeu, Leipzig, 1893, t. XI, fasc. 1", p. 127-128, suspecte ces données, fournies par un polémiste, car on ne peut pas dire avec précision quelle secte hérétique faisait apparaître uneflammeàchacun des baptêmesqu'elle conférait. Saint Irénée, Conl. Iiœr^l, xxi, 2, P. 0., t. vu, col. 657, 660, ne mentionne pas le baptême de feu parmi les baptêmes des hérétiques. L'auteur du De rebaptismale ne sait pas quel moyen était employé pour procurer celte apparition. Était-ce un jeu, pareil à ceux qu'on attribue à .\naxilaus? Voir S. Irénée, Cimt. hœr., I, XIII, 1, P. G., t. VII, col. 580. Si c'est un feu naturel, comment l'obtenir? N'est-ce pas une simple apparence, ou l'œuvre du malin par la magie? M. von Dobschiilz propose d'identifier cette secte avec les anthropiens, menlionnés par saint Cyprien. Epist. ad Jtibaian., P. t., t. m, col. 1112. .Mattcr, Histoire critique dugnosticisme, Paris, 1828, t. i, p. 220, reconnaissait en elle les sectateurs de .Ménandrc, confondus par les anciens avec les sectes simoniennes. M. l'abbé Giraud, dans sa thèse inaugurale, Ophita:, Lille, iSS't, p. 256-260, la rattache aux ophites qui dispensaient le baptême d'eau aux psychiques et le baptême de feu aux pneumatiques. Cf. -Maiter, Hist. du gnosticisme, 1. il, p. 230, 233. Sur l'apparition d'une llamme au baptême de Jésus, voir la double manière dont elle est présentée dans les écrits non canoniques. E. von Dobschiilz, op. cit., p. 129-131. On cite souvent les séleucicns et les hermiens au nombre des partisan.s du baplémedc feu. Mais saint Philaslre, Hœr., lv, P. L.,\. xii,col. 1170, et saint Augustin,

User., I.IX, P. L., t. XLii, col. 42, disent seulement qu'ils rejetaient le baptême d'eau. C'est par pufe conjecture qu'on a prétendu qu'ils baptisaient par le feu.

D'autres gnostiques appliquaient un fer rouge sur les oreilles des baptisés. Clément d'Alexandrie, Edogse ex Script, prophet., 25, P. G., t. ix, col. 709, affirme que Jésus n'a baptisé personne par le feu et rapporte une parole d'HéracIéon, suivant laquelle certains agissaient de la sorte pour réaliser la parole de Jean-Baptiste : Jésus baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu. Matth., m, 11. L'auteur des Philosophoumena, 1. VII, 32, P. G., t. XVI c, col. 3339, nous apprend que certains disciples de Carpocrate marquaient au fer rouge l'oreille droite de leurs partisans.

Deux écrits gi^ostiques, conservés en langue copte, parlent encore d'un baptême de feu. Le second livre de Jeu, qui remonte à la seconde moitié du ii« siècle, distingue trois baptêmes, ceux de l'eau, du feu et du Saint- Esprit. Jésus prie son Père de baptiser ses disciples par le feu, de leur pardonner leurs péchés et de les purifier de leurs iniquités. Si le Père exauce cette prière et réserve les disciples de Jésus pour le' royaume de la lumière, qu'il donne un signe dans un feu de parfums aromatiques. .\u même instant parut dans le feu le signe que Jésus demandait, et il baptisa ses disciples et il les marqua de l'étoile avec le sceau de la Vierge de lumière, qui doit les introduire dans le royaume de lumière. Et les disciples se réjouirent d'avoir reçu le baptême de feu et le sceau qui remet les péchés et d'avoir été comptés au nombre des élus du royaume de lumière. Le livre reproduit l'image du sceau. C. Schmidt, Gnoslische Schriften in koplischer Spraclie ans dem Codex Brucianus, dans les Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1892, t. VIII, fasc. 1, 2, p. 202-203. La Pistis Sophia, autre ouvrage gnostique, que Harnack, Ueber dos gtiostiche Buch Pislis-Sophia, dans les mêmes Texte, Leipzig, 1891, t. vu, fasc. 2, p. 101, croit d'origine égyptienne et qu'il rapporte à la seconde moitié du iii« siècle, parle aussi du baptême par le feu. Jésus ressuscité révèle à ses disciples les mystères de la lumière et il leur apprend qu'il y a trois baptêmes, ceux de la première offrande, de la fumée et du souflle de la lumière sainte. La fidèle Sagesse, trad. franc, dans Migne, Dictionnaire des apocryphes, Paris, 1856, t. i, col. 1280. Quel est ce baptême de feu? Pour Ka-stlin, Dos gnostiche System, p. 169, c'est probablement un acte de réconciliation par lequel les fidèles qui ont péché se préparent à une eucharistie. Pour Harnack, op. cit., p. 93, le mystère de lumière, dont le baptême do feu faisait partie, était une sorte de sacrement de pénitence. C. Schmidt, op. cit., p. 492 sq., y reconnaît un sacrement de baptême. Le baptême de la première offrande ne diffère pas du baptême d'eau; les baptêmes du fea et du Saint-Esprit sont deux autres baptêmes. Tous trois ont les mêmes rites et ne sont que des modifications du baptême gnostique.

Au témoignage d'Ecbert,AdiwsHSca«/iaras,scrm.viil, Mactima bibliotheca veterum Patnim, Lyon, 1677, t. xxiii, p. 615, les cathares du xil' siècle conféraient le baptême à leurs partisans dans un lieu obscur au milieu de llambeaux allumés, afin de les baptiser dans le Saint-Esprit et dans le feu. Celait le consolamentum ou baptême de Saint-Esprit. Voir t. i,col. 679. Le controversiste observe que ce baptême n'est pas conféré in igné, mais juxla ignem ; il propose à ces hérétiques de jeter leurs candidats dans des bilchers ardents, s'ils veulent réaliser à la lettre la parole de l'Évangile, Matth., m, 11, et il leur rappelle avec une cruelle ironie les noms de leurs partisans qui ont été récemment bri>lés vifs. Cf. Douais. Les albigeois, Paris. 1879. p. 255-257.

J. de llammer, Mystcrium Baphomelis revelatum, in-fol.. Vienne, 1818, a prétendu que le baplôme de feu des gnostiques avait été continué et reproduit dans le-

baptp:me par le feu

Ijaptême de lumière des Templiers, symbolisé dans leur Baphomet (paa-ri MtiTso;, baptême de Mété ou de la Sagesse). Mais Raynouard, dans le Journal des savants, 1819, a démontré que ^'(./m.,,,, / uitriit qu'une corruption du nom de Mnl' ■ ' Il -' d:iilleurs, difficile d'admettre que les I. n; n ni les héritiers des

ophites. Giraud, Oiilnt.r, ^•. J^■j -J'.!],

On a souvent affirmé au xvr et au xvii= siècle que les jacobites, les Abyssins et les Éthiopiens imprimaient le signe de la croix avec un fer chaud sur le visage ou sur le front des enfants, avant ou après rimnifi'^i.in l,j|.ti=-

male, et on rattachait cette pratique . m 1 iiU i-n b

feu. Mais leurs rituels ne contienneiil m. un. mi nh n d'une cérémonie de ce genre. Voir Uapii mi i.im / i i- Coptes, chez les Syriens. Cf. Assémani, Bihlinthcca orientalis, Rome, 1721, t. ii, Biss. de monophysitis. Les anciens voyageurs ont pris pour des stigmates du baptême de feu de simples traces de cautères ou des croix marquées sur le front comme signes de christianisme pour échapper à l'esclavage des mahométans. Voir Renaudot, dans La perpétuité de la foi, Paris, 1713, t. v, p. 105-108; Denzinger, Ritus orientalium, Wurzbourg, 1863. t. I, p. 14.

Une secte fanatique de Sibérie, nommée bezpopovtchina, c'est-à-dire sans prêtre, et faisant partie des raskolnicks, regardait la mort volontaire par le feu comme un devoir du chrétien. Vers la fin du xvii« siècle, Daniel Domitieii.soncliof. n'-unit dix-sept cents personnes qui, mal^i ■ !■■- I .pi .-. ni.itiMM- iILn.ic.'. inétropolitain deTobol-k. lui ' I.' '•'■ i. ■! ,1 liii - . .i...ii. - . I périrent au milieu des II ..• - .!:ii .1 - l'iii ■'!. 1 i'..! I" feu. Grégoire, i/is-

p. liio. hil, ITJ. ,1 (.ehring. Die Sekten der rttssischen Kircl.r. I.. iii/i„. l'^'.tS, p. 93^95.

II. l'.ii i; 1 1.~ l'LREs DE l'Église. — Les Pères qui ont admis un liaptème par le feu l'ont entendu autrement que les hérétiques. C'est Origène qui le premier a parlé d'un baptême par le feu. Commentant Luc, m, 16, il se demande quand Jésus baptise par l'Esprit et quand il baptise par le feu, et s'il le fait au même temps ou en des temps différents. Il répond que les apôtres ont été baptisés par l'Esprit après l'ascension, mais que l'Écriture ne dit pas qu'ils l'aient été par le feu. A son sentiment, de même que Jean-Baptiste se tenait sur les rives du Jourdain pour baptiser tous ceux qui se présentaient, ainsi le Seigneur Jésus sera debout dans un fleuve de feu auprès du glaive de flamme pour baptiser dans le fleuve quiconque au sortir de cette vie désire passer au paradis et a encore besoin d'être purifié; il ne baptisera pas dans le bain de feu celui qui n'aura pas la marque des premiers baptêmes, car il est nécessaire d'avoir été baptisé dans l'eau et l'Esprit et d'avoir conservé la pureté de ce baptême pour mériter de recevoir le baptême de feu en Jésus-Cliri-t. In /.".,. hoiiiil. xxiv, P. G., t. XIII, col. 18B4-1865. i;. i. . -l p.- I.i une affirmation dite en passant, c'est un .. n. i.n. nuut qu'Origèue a répété à diverses reprises, mais .ueo des divergences qui rendent sa pensée indécise. Ainsi il place cette purification par le feu après la résurrection et il y fait passer tous les hommes. De ce que les femmes juives étaient purifiées trente jours après la naissance de leurs enfants mâles, il conclut, dans un sens spirituel, que la véritable puriflcation ne viendra pour nous que post tempus. Ego puto quod et post resurreclionem ex mnriuis indigeamus sacramento ehiente nos atque purgaiite, nenio enim absque sordibus resurgere poterit, lier uUniii passe (uiiinam reperiri quse universis stiiiiffi '■>' 1! I lit dit à la page précédente

(/"'■' ; lanius. In Luc, bomil. xiv,

''''■'.' . intient parfois la distinction

eulr.. 1j- ju.;., , jn. ^n. i.,vU le baptême du Saint-Esprit et n'ont pas besoin du baptême de feu, et les pécheurs qui, à la seconde résurrection, ne sont pas entièrement

purifiés et doivent passer par le feu pour consumer ce qui leur reste de bois, de foin et de paille. In Jer., homil. II, n. 3, ibid., col. 281. Mais ailleurs, il déclare que tous doivent venir '. .. On imi ificateur, qui est préparé pour les pécln m mv,- les oeuvres de

chacun. Et,utego arbii ■ eiiire necesse est

ad illuni igncm, mi'in.. -.int l'nir.. et saint Paul. Toutefois, les pécheurs y viendront; ils n'y passeront pas comme ces apôtres. Les Égvptiens sont venus à la mer Rouge comme les Hébreux, mais tandis que ccux- I i l'ont tinversée, les premiers y ont été engloutis. Les I'.. II. III ^ .|iii .lut obéi au diable, représenté par Pharaon, -. r.ni ~iil.in.rL,'és. eux aussi, dans le fleuve de fea. Les Iiiih^, r;irlii'l<'s par le sang de l'Agneau sans tache et ne portant point de levain de malice, entreront dans ce fleuve, où le feu formera un mur qui leur laissera le passage libre, sans les toucher. In Ps. aa.yw, homil. m, n. 1, P. G., t. XII, col. 1337. Origène renouvelle la distinction entre les pécheurs qui, au jour du jugement, seront livrés aux Ilots dé feu, et les saints, qui marchent sur les eaux. Il ajoute toutefois : Idcirco igilur qui salvus fit, per ignem salvtis fit, ut si quid forte de specie plumbi habuerit admistum, id ignis decoquat et resolvat, ut efficiantur omnes aunnn bonum. Il conclut : Veniendttm est ergo omnibus ad ignem, veniendum est ad conflatorium, et il décrit la manière différente dont le Seigneur purifie les justes et engloutit les pécheurs. In Exod., homil. vi, n. 3, 4, ibid., col. :i:;l -:;:;,".. il r.ii.l.' .n...i-.' .pi. /r,, i/iealione indiget oniii'^ / ' ' "-■ Celui qui aura

vaini:n : h !; .ii . 1 i . .. i - ;n de purification, parce iju il » t.-l .■-uuiUe p,a 11 cunt.iet du démon dans la lutte. .Saint Pierre et saint Paul ont été souillés à ce contact et ils auront besoin d'être purifiés pour entrer dans la sainte cité de Dieu. In Nuni., homil. xxv, n. 6, ibid., col. 769, 770. En présence de ces variations de pensée, les interprètes d'Origène hésitent dans l'explication de sa doctrine. Sixte de Sienne et Génébrard avaient reconnu dans ce feu purificateur l'embrasement dans lequel le monde actuel doit passer à la fin des temps. Quelques textes des livres Cont. Celsum justifieraient cette interprétation qui ne cadre pas avec toutes I, - iTlii m iii.ns d'Origène. Maldonat, Comment. ini/i'^^' ! l'iris, 1617,p. 42,etSuarez, J»!///"™,

disp. I I II II, Paris, 1877. t. XIX, p. 917, enten-

daient I.- i. \i. - pi iL'istiques relatifs au baptême parle feu comme signiliant les peines du purgatoire. Cette interprétation qu'ils rejetaient d'ailleurs est trop bénigne et ne rend pas compte de tous les textes. On s'est demandé si ce feu était matériel ou métaphorique. En bien des passages Origène n'y voit que le remords de la conscience; mais d'autres ne peuvent s'entendre que d'un feu matériel. Que ce feu purificateur ait atteint les justes et les impies à la fin du monde, c'est, au jugement de dom Delarue, P. G., t. xiii, col. 1835-1836, not. 39, une erreur d'Origène.

Elle a été adoptée par d'autres Pères de l'Église. Lactance, Div. instit.,\. VU, c. xxi, P. L., t. vi, col. 801, 802, trouve dans l'Écriture des preuves d'un feu éternel, d'une autre nature que le feu de cette terre, qui brûlera les impies; sed et justos cum judicaverit, etiam in igni eos e.Taminabit. Tum quorum peccata vel pondère vel numéro prxvaluerint, perstringentur igni atque amburentur; quos autem plena justitia et maturilas l'irtutis incoxerit, ignem illum non sentient; habent enim aliquid in se Bel quod vim flammic repellat ac respnat. S. Hilaire, Comment, in Matth., ci, P. L., t. IX, col. 926, distingue le baptême dans le Saint- Esprit du baptême par le feu : Baptizatis in Spiritu sancto, reliquumest consummari ignejudicii. Cf.Tracl. in cxvm Ps., lit. m, 5, 12, ibid., col. 519, 522. Saint Ambroise s'est visiblement inspiré de la doctrine d'Origène. Il distingue plusieurs baptêmes, dont l'un est

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