I. Histoire de la démonstration du caractère légendaire
II. Ressemblances avec l'histoire de Bouddha. III. La recension grecque. IV. Voie et intermédiaires par lesquels la légende a passé de l'Inde à Jérusalem. V. Rapports du texte grec avec l'Apologie d'Aristide et l'ouvrage d'Agapet. VI. Popularité de la légende. VII. La légende et la théologie.
I. Histoire de la démonstration du caractère LÉGENDAIRE. — A la date du 27 novembre, on lit, dans le martyrologe romain, l'annonce que voici : Apud Indos Persis finitimos,sanctorum Barlaam et Josapltat, quorum aclus mirandos sanctus Joannes Damascenus conscripsit. C'est seulement à partir de l'édition de 1583 que les saints Barlaam et Josaphat figurent dans le martyrologe romain. Auparavant, ils n'apparaissent pour la première fois, dans les calendriers de l'Occident, que dans le martyrologe d'Usuard (édition de 1515, avec les additions de Greven), dans celui qui porte le nom de Canisius, édité en allemand, en 1562, par Adam Walasser, et dans celui de Maurolycus, publié à Venise en 1568. Dans l'Église grecque, la mention au calendrier des saints Barlaam et Josaphat est plus ancienne, quoique rare. On ne la trouve point dans le ménologe de Basile, et seuls quelques synaxaires les mentionnent. Cf. H. Delehaye, Synaxariuni ecclesix Constantinopolitanse, 1902, col. 925. On signale une relique de saint Josaphat, un fragment de l'épine dorsale, qui était conservé à Venise et qui, en 1571, fut donné par le doge Luigi Mocenigo au roi de Portugal, Sébastien. Quand le prétendant Antonio dut fuir devant Philippe II, sou fils Emmanuel oll'rit en 1633 la relique au monastère de Saint-Sauveur, à Anvers. Elle est aujourd'hui encore gardée dans la même ville, à l'église de Saint-André, dans la châsse dite des trente-six saints. Malgré ces témoignages de la liturgie en faveur des saints Barlaam et Josaphat, les écrivains ecclésiastiques se sont, de tous temps, préoccupés de l'authenticité de leur histoire et même de la réalité de leur existence. Bellarmin, De scriptonbus ecclesiasticis, Paris, 1658, p, 252, s'y montre favorable, ainsi que Jacques de Billy, dans sa traduction latine des œuvres de saint Jean Damascène. Rosweyde, Vitx Patrum, Anvers, 1651, p. 339, fait de sérieuses réserves, qui ne sont pas admises par Léon AUatius, Prolegomena,p. xxviii,à l'édition de saint Jean Chrysostome par Lequien, Paris, 1712, Huet, évèque d'Avranches, relève d'évidentes fictions, mais se déclare lié par le martyrologe romain. De l'origine du roman, 2' édit,, 1678, p. 87. Tillemont est fort hésitant et ne voit pas le moyen de discerner le vrai du faux. Mémoires pour servir à l'histoire eccles., 1703, t. x, p. 476. Enfin, Chastelain, Martyrologe universel, Paris, 1709, et dom Ceillier, Hist. gén. des auteurs sacrés et eccl., Paris, 1752, t. xviii, p. 150, se prononcent ouvertement contre l'authenticité de la légende. En ces derniers temps, on a eu enfin la clef de l'énigme. Dès le commencement du xvip siècle, l'historien portugais Diego do Couto, Decada quinta da Asia, 1. VI, c. ii, Lisboa, 1612, fol. 123 sq., avait été frappé des ressemblances que présente l'histoire de Barlaam et de Josaphat avec la légende du Bouddha. Mais cette remarque avait complètement passé inaperçue. Enl859, M, Laboulaye, /our«ai des Débats, 26 juilletl859, signala de nouveau ces analogies. Un an plus tard, en