‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 205 sur 741 · BAUTAIN · texte numérisé non relu

BAUTAIN

Damiron. Trois ans après, il était nommé professeur de philosophie au collège royal de Strasbourg, et peu après à la faculté des lettres, où il enseigna avec un grand succès. La foi et la piété de sa première enfance avaient subi une éclipse assez forte, et il fallut des circonstances providentielles pour le ramener aux pratiques religieuses. Mais sa conversion fut solide, et il voulut se donner à Dieu d'une façon encore plus complète en recevant le sacerdoce, sans cesser d'ailleurs ses études philosophiques. Esprit fin et pénétrant, d'une grande puissance de travail et jouissant déjà d'une réputation méritée, il aurait pu rendre des services éminents à la science catholique, si sa philosophie avait été plus sûre. Malheureusement, elle était imprégnée de cette erreur dangereuse qu'on a appelée le fidéisme, parce qu'elle attribue à la foi seule le pouvoir de nous donner une vraie certitude des principes de la raison. L'évêque de Strasbourg, Ms'' de Trévern, après lui avoir retiré la direction de son grand séminaire qu'il lui avait confiée, s'émut du danger qu'offrait l'enseignement de l'abbé Bautain, et l'invita à répondre par écrit à six questions très précises qu'il lui posait sur la valeur de la raison humaine relativement à la démonstration des préambules de la foi et des motifs de crédibilité concernant la révélation. Les réponses du professeur ne furent pas satisfaisantes, et l'évêque se vit obligé de le condamner le 15 septembre 1834, dans un Avertissement adressé à son clergé et communiqué à Rome ainsi qu'à tout l'épiscopat français. Un bref pontifical du 20 décembre approuva la conduite de l'évêque. Quelque temps après, grâce à l'intervention de Ma? Donnet, coadjuteur de l'évêque de Nancy, l'abbé Bautain signait avec empressement, le 18 novembre 1835, les six propositions suivantes, qui expriment bien la doctrine catholique.

1° Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu. — La foi, don du ciel, est postérieure à la révélation ; elle ne peut donc pas être alléguée vis-à-vis d'un attiée en preuve de l'existence de Dieu.

2- La révélation mosaïque se prouve avec certitude pai- la tradition orale et écrite de la synagogue et du christianisme.

3' La preuve de la révélation chrétienne tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a point perdu sa force et son éclat vis-à-vis des générations subséquentes. Nous trouvons celte preuve dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens. C'est par cette double tradition que nous devons la démontrer à ceux qui la rejettent,ou qui, sans l'admettre encore, la désirent.

4' On n'a pas le droit d'attendre d'un incrédule qu'il admette la résurrection de notre divin Sauveur, avant de lui en avoir administré des preuves certaines, et ces preuves sont déduites de la même tradition par le raisonnement.

5- L'usage de la raison précède la foi, et y conduit l'homme par la révélation et la grâce.

6» La raison peut prouver avec certitude l'authenticité de la révélation faite aux Juifs par Moïse et aux chrétiens par Jésus-Christ.

L'affaire paraissait terminée, lorsque des malentendus regrettables renouvelèrent le différend. L'abbé Bautain, se voyant menacé d'une condamnation générale de tous ses ouvrages, se décida, sur le conseil du P. Lacordaire, à faire le voyage de Rome et à soumettre ses écrits au saint-siège. Le pape Grégoire XVI fit examiner par le cardinal Mezzofanti et le P. Perrone le principal ouvrage incriminé de l'abbé Bautain, la Philosophie du christianisme. L'examen traîna en longueur; et, par égard pour un prêtre aussi méritant, il fut décidé qu'on lui signalerait simplement les propositions qui demandaient à être corrigées ou modifiées, mais que le livre lui-même ne serait pas condamné. Sur ces entrefaites, l'évêque de Strasbourg ayantpris un coadjuteur, Mflf Roess, celui-ci termina le différend, en obtenant de l'abbé Bautain qu'il souscrivit à nouveau, le 8 septembre 18iO, les six propositions de 1835, avec quelques légères modifications que nous indiquons en italiques :

!• Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence da Dieu et l'infinité de ses perfections, etc.

AUTAIN

BAYLE

2* La divinité de la révélation mosaïque se prouve avec certitude, etc.

3- La preuve firée des miracles de Jésus-Christ, sensible, etc. Nous trouvons cette preuve en toute certitude dans l'authenticité du Nouveau Testament, dans la tradition, etc.

5* Sur ces questions diverses, la raison précède la foi et doit nous y conduire.

6'Quelque faible et obscure que soit devenue la raison parle péché originel, il lui reste assez de clarté et de force pour nous guider avec certitude à l'existence de Dieu, à la révélation faite aux Jui/s par Moise, et aux chrétiens par notre adorable Homme-Dieu.

C'està tort que Denzinger, Enchiridion, n. 124, donne, traduites en latin, comme étant les six propositions signées en ISiO devant Mo' Rœss, celles qui furent souscrites en 1835 entre les mains de Mar de Trévern. De Régny, Vabbé Baulain, Paris, 188i, p. 289. La différence entre les deux formules est d'ailleurs minime. Quatre ans après, l'abbé Bautain, ayant voulu fonder une communauté religieuse, dut justifier auparavant de la complète orthodoxie de sa doctrine, et signer une déclaration qui lui fut demandée par la S. C. des Évêques et Réguliers. Le 26 avril 184i, il promettait dans ce troisième formulaire :

!• De ne jamais enseigner que, avec les seules lumières de la droite raison, abstraction faite de la révélation divine, on ne puisse donner «ne véritaM*' démonsU'ation de l'existence de Dieu.

2- ih,:,^..,- I;t r.,i-,,ii ^niile on UB puissc démontrer la Spiritualité * . ou toute autre vérité purement natu-

rell.

priiic; : h

naturelle qui s. i ■ !. , ! . . . hition divine.

4- Que la rai- i: i i . ., ju, rir une vraie et pleine certititude des m'Ad^ jj ^nJiljil.ii , c'est-à-dire de ces motifs qui rendent la révélation di\ine évidemment croyable, tels que sont spécialement les miracles et les prophéties, et particulièrement la résurrection de Jésus-Christ.

L'abbé Bautain s'intéressa toute sa vie, d'une façon spéciale, à la question théologique des rapports de la raison et de la foi. Il suivit d'un œil attentif l'affaire Bonnetty(voirBoNNETn) et surtout celle de Louvain (1860), où il intervint à titre privé, pour féliciter les professeurs Ubaghs et Laforêt (voir ces noms) d'avoir attiré l'attention des théologiens sur un point de la question qui était, selon lui, resté jusque-là inaperçu. La lettre, publiée dans VAnii de la religion (26 avril 1860), semblait vouloir provoquer une discussion publique plus approfondie de la matière; mais les professeurs de Louvain ne jugèrent pas à propos de rouvrir le débat. De Régny, L'abbé Bautain, p. 419 sq. Bautain, qui était vicaire général de Paris depuis 1850, accepta en 1853 les fonctions de professeur de théologie morale à la Sorbonne. Il occupa ce poste pendant neuf ans et y publia une partie de son cours, savoir : La morale de l'Évangile comparée aux divers sijsthyies de morale, Paris, \8îô;La philosophie des lois, Paris, 1860; La conscience, Paris, 18C1. Précédemment, il avait fait paraître les conférences qu'il avait préchées à Notre-Dame-de-Paris en 1848, sous ce litre : La religion et laliberlé considérées dans leurs rapports, Paris, 1818. Sesaulresouvragesn'ont qu'un rapport éloigné avec la théologie. L'abbé Bautain mourut à Paris le 15 octobre 1867. Pour l'appréciation de son système philosophico-tliéologique, voir FidÉisme.

Do Régny, L'abbé Bautain, sa vie et ses œuvres, Paris, 1884 ; A. Ingold, Lettres inédites du P. Hozaven, dans lo Bulletin ci-itique, 5 avril et 25 juin 1902, p. 194-198, 353-360.

J. Bellamy.

BAVA André, théologien italien de la fin du xvi" siècle; il était né à Caragnolo dans le duchéde .Montferrat. On a de lui une Istruzionc délia vita crisliana, in-8«, Turin, 1564-1567.

Hœfor, Nouvelle biographie générale, Paris, 1853.

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