‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 207 sur 741 · BA · texte numérisé non relu

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désastreuses pour l'Église catholique elle-même dont le passé tout entier proteste contre les persécuteurs et dont l'apostolat deviendrait impossible dans les régions infidèles, si l'on y connaissait son esprit d'intolérance. De toutes les raisons qu'on allègue pour justifier cette interprétation, aucune ne tient debout. La violence, dit-on, peut amener à la réflexion des esprits opiniâtres, rebelles à toute autre inlluence ; Dieu du moins peut se servir de ce moyen pour toucher les cœurs : la loi mosaïque autorisait l'emploi de ce procédé et les princes protestants n'ont pas hésité à s'en servir. La violence, répond Baylp. n'est pas le vrai moyen d'éclairer les intellif- - - r : ;on peu d'efficacité montre que Dieu s,' I I tolérée sous l'ancienne loi, mais

nn^ , lie ne servait que contre ceux qui

boni' ; il aux fondements de la loi mosaïque;

ce qn. lis iiiiiicis protestants persécutent dans le catholicisme, ce n'est pas sa fausseté, mais son intolérance. Si cette politique permet aux sectes les plus bizarres de naître et de se multiplier à l'infini, mieux vaut encourir « cette énorme bigarrure des sectes, défigurant la religion que les massacres, les gibets, les dragonneries et toutes les cruelles exécutions au moyen de quoi l'Église romaine a tâché de conserver l'unité .sans pouvoir y réussir ». II« part., c. vi. Qu'on laisse chacun à sa conscience, même s'il se trompe; la conscience erronée qui se croit dans la vérité a les mêmes droits que la conscience orthodoxe. La 11^ partie de l'ouvrage est consacrée tout entière à l'examen de la lettre de saint Augustin à l'évêque donatiste de Carthage Vincentius. Episl., xciii, P. L., t. XXXIII, col. 321. Le saint docteur y expose ses vues sur la répression de l'hérésie et les motifs qui expliquent et justifient l'intervention du pouvoir impérial en ces matières. Saint Augustin, qui connaît bien les droits de la vérité, ne soupçonne pas les droits de la conscience errante et raisonne en conséquence. Bayle suit pied à pied son argumentation, la critique d'après ses principes et trouve que l'évêque d'IIippone raisonne d'une manière pitoyable. Or, en ce moment même, Jurieu raisonnait comme saint Augustin et, dans son Traité des droits des deux souverains en matiiTe de religion, Rotterdam, 1687, il affirmait que les princes doivent soutenir la vérité et combattre l'erreur et les sectes, que vouloir le nier est une extrémité si vicieuse qu'elle en est folle; que la théorie des prétendus droits de la conscience errante est un acheminement vers le déisme. Une courte préface au Siq)plémeiit du conuneittaiie philosophique, in-12, Hambourg. 1688, contient la réponse de Rayle : il n'a fait que tirer les conséquences nécessaires d'un principe incontestable; les protestants ne peuvent le renier sans se condamner eux-mêmes et .Jurieu lui-même l'a formulé expressément dans son Vrai système de l'Église. Le Supplément du commentaire philosophujue doit fournir une démonstration plus rigoureuse de ce principe et « achever de ruiner la seule échappatoire qui restait aux adversaires en démontrant le droit égal des hérétiques pour persécuter à celui des orthodoxes ».

Faut-il attribuer à Bayle le fameux Avis important aux réfugiés sur leur prochain retour en France, donné pour étrennes à l'tm d'eux en 1090, par Monsieur C. L. A. A. P. D. P., in-12, Rotterdam, KiOO'.' Le mjslérieux auteur de cet avis reproche vivement aux réfugiés français leurs libelles satiriques qui ne respectent rien et leurs écrits séditieux, où l'on exalte la souveraineté du peuple au mépris des droits du prince; il les avertit qu'avant de songer à rentrer en France, ils devront s'astreindre à une quarantaine morale et purifier leur esprit des erreurs qui l'infectent. Jurieu crut reconnaître en ce libelle l'ajuvre de Bayle et l'accusa ouvertement d'en être l'auteur; il soutint même que Bayle trahissait la cause protestante et cabalait contre les réformés avec quehiues autres complices à la solde

du roi de France. Bayle se prétendit calomnié et publia pour sa défense de nombreux opuscules dont les plus importants sont : La cabale chimérique ou la Réfutation de l'histoire fabuleuse et des calomnies que M. Jwieu vient de publier, etc., in-12, Rotterdam, 1691, ella Chimère de la cabale de Rotterdam démontrée par les prétendues conmctions que le Sr. Jurieu a publiées contre M. Bayle, Amsterdam, 1691. De Bayle ou de Jurieu, qui doit-on croire? La question, autrefois discutée, reste encore douteuse. Cf. Realencyklopâdie fur protestantische Théologie und Kirche, art. Bayle.

Jurieu ne- cessait de reprocher à Bayle son indifférence et son athéisme ; las sans doute de se défendre, celui-ci prit l'offensive et publia, sous le titre de Janua cxlorum reserata cunctis religiotiibus a celebri admodum viro D. P. Jurieu, in-4'', Rotterdam, 1692, des remarques sur le fameux ouvTage de son adversaire, le Vrai système de l'Église. Il démontre, avec une logique rigoureuse, que les principes de son irréconciliable ennemi aboutissent nécessairement à un indifférentisme absolu. S'il est vrai, dit-il, que la véritable Église est universellement répandue et qu'elle se compose de toutes les sociétés qui n'ont pas erré in fundamentalibus, comme les sociétés protestantes ne peuvent prétendre au monopole de l'orthodoxie, puisqu'elles ne pos.sèdent pas à elles seules l'extension qui convient à la véritable Église, elles doivent nécessairement accepter comme orthodoxes d'autres sociétés chrétiennes. Mais lesquelles? Les Églises schismatiques orientales, sans douté. Mais reconnaître les Grecs pour membres de la véritable Église, c'est s'obliger à reconnaître aussi oomme tels les catholiques romains dont la foi est à peu près la même. On leur reproche comme une idolâtrie le culte qu'ils rendent à l'eucharistie et aux saints ; mais la bonne foi peut les excuser devant Dieu. Si l'on accepte comme orthodoxe l'Église romaine, il faudra, pour les mêmes raisons, accepter non seulement toutes les sectes chrétiennes, mais encore les sectes juives, musulmanes, et toutes les autres, fussent-elles polythéistes. A première vue, cette affirmation semble n'être qu'un paradoxe, car il n'y a rien de commun entre lé christianisme et le paganisme. Mais entre ces deux extrêmes, il existe une série de sectes intermédiaires si voisines qu'elles parais-

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sent se confondre, si s'accumulant, entre lis un abîme infranchis , de dire quelles religicn il faut admettre que tu au-dessus des portes di inscription :

Porta patens esta, nutti claudatur honesto.

Jurieu fut extrêmement mortifié des critiques de Bayle, mais il n'y fit aucune réponse directe et il affecta de les ignorer. Continuant la lutte sur un autre terrain, il dénonça son adversaire au consistoire flamand, rappela les théories impies émises dans le livre sur la comète, et finalement réussit à lui faire enlever sa charge de professeur, sa pension et jusqu'au droit d'enseigner. Bayle accepta philosophiquement cette disgrâce qui lui créait des loisirs et, tout en continuant contre Jurieu sa polémique tantôt offensive tantôt défensive, il se donna tout entier à la composition du plus important de ses ou\Tages, le Dictionnaire historique et critique, dont le premier volume parut en 1695, le second en 1697, à Rotterdam, in-fol.; 2» édit., Rotterdam, 1792.

Bayle touche à toutes sortes de questions dans cette vaste encyclopédie : questions d'histoire sacrée ou profane, ancienne ou moderne, questions de critique littéraire ou philosophique, de théologie et de mythologie, suggérées par le nom des écrivains dont il s'occupe. Mais l'étonnante érudition avec laquelle il traite des sujets si divers ne peut faire oublier l'extrême liberté de

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son langage et de ses idées. Dés son apparition, l'ouvrage fU scandale. Les commissaires du consistoire de l'Église wallonne, chargés de l'examiner, lui reprochent « des réllexions sales, des expressions et des questions peu honnêtes et quantités d'expressions obscènes ». On lui reproche encore ses sympathies pour les doctrines manichéennes (art. Manic/ieens, Marcionites, Pauliciens), des tendances sceptiques art. Pyi-rhon),\es éloges Dutrés qu'il donne aux athées et aux épicuriens (art. Epicure), les difficultés qu'il oppose au dogme de la providence, qu'il exagère jusqu'à les faire passer pour insolubles. Ba\le se défendit en prétendant qu'on lui imputait la responsabilité de doctrines et d'objections qu'il e.xposait sans les accepter et promit de corriger ce qu'on lui prouverait digne de correction. Quelques modiftcations furent en effet introduites dans la seconde édition, mais pour la forme seulement. Entre temps, la discussion continuait sur la question du manichéisme. En 1699, un protestant de Genève, Jean Le Clerc, sous le pseudonyme de Théodore Parrhasc. publiait les Parrhasiana ou. Pensées diverses sur les mali'i-es de critique, d'histoire, de morale et de piditique, 2 in-12, Amsterdam, 1701, qui contiennent un cliapitre sur Bayle. Il soutenait que la doctrine dOrigène suffisait à elle seule pour lever toutes les difficultés relatives à l'origine du mal, et il en concluait que, si une doctrine aussi incomplète est capable de donner une telle solution, a fortiori la doctrine véritable et complète le pourra-t-elle. Un chartreux, GauJin, fit paraître en 1704, un traité : De la distinction et de la tiature du bien et du mal... où il combat les erreurs des manichéens, les sentiments de Montaigyie et de Charron et ceux de M. Bayle. \n-\-l. Paris : il y prouve que le système des deux principLS e.st faux, absurde et visiblement contraire aux idées de l'Être infiniment raisonnable. Bayle répond au premier, dans la seconde édition du Dictionnaire, par une note ajoutée à l'article Origène ; il concède qu'en niant l'éternité des peines on ote à la doctrine dualiste une de ses meilleures objections, mais il remarque que nul orthodoxe ne voudra profiter de cet avantage, puisque l'éternité de l'enfer est un dogme de foi; par suite, la thèse de J. Le Clerc est insoutenable. Au second, il concède que le dualisme est évidemment absurde : mais cette absurdité, si palpable qu'elle soit, n'enlève rien de leur force aux objections que l'on peut faire à la thèse orthodoxe.

Bayle avait recueilli pour son dictionnaire une foule de notes et de traits qui ne purent y trouver place; il en fit un ouvrage à part, qu'il publia sous le titre de : Réponse au.c questions d'un proriucial; le premier volume parut en 1703 et le cinquième, après la mort de Bayle. Ces notes sont relatives surtout à diverses questions curieuses de l'histoire ancienne ou moderne; toutefois la discussion théologique y tient une large place. On trouve, dans la 11= partie, une critique du livre de l'évèque anglican de Londonderry, King, sur l'Origine du mal;\a III« partie contient des remarques sur la preuve de l'existence de Dieu, tirée de l'unanime accord des peuples; cet araurnent, écarlé par Bayle dans sa Continuation des ;). ,, r s s,., /,: ri, mêle, avait été repris et défendu par 1. :; riiard, dans ses Nouvelles

de la républi'i -le 1703; on y trouve aussi

une réponse a nu -uiir nK-isaire de Bayle, Jacquelot, chapelain du roi de Prusse, qui venait de publier un traité de La conformité de la foi avec la raison, ou la défense de la religion, contre les princ'tpales difficidtés répandues dans le Dictionnaire historique... Bayle y combat encore l'hypothèse des natures plastiques, imaginée par Cudworth et reprise par Le Clerc; admettre l'existence de ces êtres plastiques, immatériels, qui inconsciemment organisent les êtres vivants, c'est, selon Bayle, énerver l'objection la plus embarrassante que l'on puisse faire aux athées : s'il n'est pas nécessaire d'admettre l'existence d'une cause intelligente pour expliquer la

formation de l'animal, pourquoi cette cause intelligente que nous appelons Dieu serait-elle indispensable pour expliquer la formation de l'univers"?

Dans la Réponse pour M. Bayle à M. Le Clerc, publiée vers la même époque, et dans les Entretiens de Maxime et de Thémide, in-12, Rotterdam, 1707, il continue ces mêmes controverses et reproche à ses deux adversaires. Le Clerc et Jacquelot, l'insuffisance de leurs explications de l'origine du mal, la faiblesse de leur argumentation contre le pyrrhonisme et l'inutilité de leur polémique contre sa doctrine, incontestablement orthodoxe. Cet ouvrage était sous presse lorsque Bayle mourut, le 28 décembre 1706.

Douter sans nier ouvertement, discuter sans espoir et sans désir d'arriver à la vérité, chercher les difficultés et multiplier les objections, embarrasser l'adversaire par des arguments subtils ou sophistiques qu'il n'ose pas toujours prendre à son compte, voilà l'œuvre et le procédé de Bayle. « Toute sa philosophie, dit M. Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne, 1. II, c. xx, semble n'être que dispute et controverse. Quel philosophe célèbre de son temps n'a-t-il pas provoqué à la discussion et quelle vérité de la foi du genre humain a-t-il consenti à laisser en repos ? » « Je ne suis, écrivait-il lui-même au P. Tournemine, que Jupiter assemblenues, mon talent est de former des doutes, mais ce ne sont que des doutes. » Au milieu de ces nuages qu'il se plait à former, la liberté de l'homme et l'immortalité de l'âme disparaissent. « Le libre arbitre, dit-il dans sa Réponse aux questions d'un provincial, lettre csLii, est une matière si embarrassée et si féconde en équivoques, que lorsqu'on la traite à fond, on se contredit mille fois et que la moitié du temps l'on tient le même langage que ses antagonistes, et que l'on forge des armes contre sa propre cause par des propositions qui prouvent trop, qui peuvent être rétorquées, qui s'accordent mal avec d'autres choses que l'on a dites. » Il y a pour et contre la spiritualité de l'âme, pour et contre son immortalité, des arguments qui se valent ; sa nature et ses destinées sont un mystère. L'homme est donc « un chaos plus embrouillé que celui des poètes ». Mais en Dieu, que de contradictions ! Qui réussira à concilier son immutabilité avec sa liberté, son immatérialité avec son immensité et surtout sa providence avec le mal physique ou moral dont l'existence est aussi évidente que l'origine en est obscure ? C'est sur ce dernier point que Bayle insiste avec le plus de vivacité et qu'il discute le plus souvent. Ses controverses avec Le Clerc, Jacquelot et King roulent sur ce sujet; il y revient dans les articles du Dictionnaire consacrés soit aux philosophes et aux sectes dualistes, soit à leurs adversaires (art. Manichéens, Marcionites, Paidiciens, Origène, eic). Il y expose tous les arguments que l'on a fait valoir et que l'on pourrait présenter en faveur des doctrines dualistes. Sans les prendre ouvertement à son compte, il remarque que « le faux dogme du double principe, insoutenable dès qu'on admet l'Écriture, serait assez difficile à réfuter, soutenu par des philosophes aguerris à la dispute; ce fut un bonheur que saint Augustin, qui savait si bien toutes les adresses de la controverse, abandonnât le manichéisme; car il eut été capable d'en écarter les erreurs les plus grossières et de fabriquer du reste un système qui, entre ses mains, eut embarrassé les orthodoxes » (art. Manichéens). En présence de pareilles obscurités, la raison doit s'avouer impuissante; « elle ne peut les éclaircir : elle n'est propre qu'a former des doutes et à se tourner à droite et à gauche pour éterniser une dispute» (art. Manichéetu, note P). Bayle ajoute qu'elle « n'est propre qu'à faire connaître à l'homme ses ténèbres et son impuissance, et la nécessité d'une autre révélation » (ibid.).

Son attitude à l'égard de cette révélation qu'il déclare nécessaire varie selon les circonstances. Ailleurs, il la

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