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pour le jansénisme, mais pour les jansénistes, certaines condescendances que nous tâcherons d'expliquer : il comprenait des erreurs qu'il réprouvait. Mais le quiétisme épuré de Fénelon était difficilement intelligible, était aisément odieux à son esprit dont la solidité fut une des qualités maîtresses. « Vous avez voulu raffiner sur la piété, écrivait-il à l'archevêque de Cambrai; vous n'avez trouvé digne de vous que Dieu beau en soi; la bonté par laquelle il descend à nous et nous fait remonter à lui vous a paru un objet peu convenable aux parfaits, et vous avez décrié jusqu'à l'espérance, puisque, sous le nom d'amour pur, vous avez établi le désespoir comme le plus parfait de tous les sacrifices; c'est du moins de cette erreur qu'on vous accuse... »
La discussion ne demeura point dans la région des doctrines; avec la Relation sur le quiétisme, elle passa siii I, 1,-nain des faits. Pourquoi Bossuet écrivit-il cette lii-i,,iie ilonl les plus puissants pamphlets égalent à |ieiii,' I ironie sobre et la foudroyante éloquence? C'est que dans Fénelon il retrouvait toujours l'opiniâtre défenseur de M"" Guyon, et que dans le quiétisme de cette femme, il voyait le principe d'erreurs et d'excès dont, à cette date même, sa province natale était le théâtre. V,iir IL Cluioi, /.,■ i/uiétisme en Bourgogne et à Pans ni H,:is. .\„i,,„, ,ie Bossuet, Paris, 1901. « Il fiiil |,i,'v,-iiir !,s II, loi, 'S contre une illusion qui subsiste encore, « l'crivait levêque de Meaux, Relation sur le quiétisme, sect. ii; et il enlevait son auréole à la prophétesse en racontant les plus grotesques épisodes de son étrange apostolat.
Fénelon n'était pas plus épargné que M"'= Guyon. Son adversaire va au-devant de plaintes qui se produisaient alors, qui, dans des circonstances semblables, se sont produites 1,1, n ,|ps fois. ., Si cependant les faibles se scandaliseiii , ^i 1,^ lil„iliiis >,l,'\ent; si l'on dit, sans examiner la ^.,iir, , ,lii i,,,,l. ,|ii,' les querelles des évêques sont ii,j|,l,i,al,l,-. il ,>l \rai, si on sait l'en- I, 11, Ire, ,|M elb's le sont en effet sur le point de la dociiiiio i,\il,,'. C'est la preuve de la vérité de notre Il li^hii ,1 ,1,' la divine révélation qui nous guide, que les,|ii, -hiiii- sur la loi sont toujours inaccommodables... » ReUUin, s,ir I,, ,i„,,U,si,,r. s, ■cl. .XI, §9. Bossuet disait la viril-, ,1 ,,~ r,,i !,■- |,ai,,l,s eussent suffi. Mallieureusemoiil, ,ni,li|ii,'s li^ih'v |,his h.aul, abusant d'une de ces réminiscences qii,' Im l,iiiriiissait sa science de
l'histoire, à propos d,- I , m I l ,1e M™» Guyon, il
avait rappelé les noms .i |,,iMai~ H, lus de Priscille et de Montan. Pour atténuer ludieux d une lelle comparaison, il écrivit plus tard : « Priscille était une fausse prophétesse; Montan l'appuyait. On n'a jamais soupçonné entre eux qu'un commerce d'illusion de l'esprit. » Remarques sur la réponse de M. Varchevêque de Cambray à la Relation sur le quiétisme, a. Il, § 4. Fénelon n'en avait pas moins le droit de s'indigner, et l'accent de son éloquente protestation nous émeut
Et cependant, au cours de cette querelle, tous les torts ne furent pas du côté de Bossuet. Ne semble-t-il point que parfois, dans des matières d'importance capitale, l'ondoyant génie de Fénelon n'ait pas su éviter les imprécisions de langage'? Dans une lettre à M"" de Maintenon (7 mars 1696), que celle-ci se crut tenue de communiquer à Bossuet (Bausset l'en justifie. Histoire de Fénelon, 1. III, § 52), Fénelon avait écrit cette phrase : ■(( M. de Meaux vous a redit comme des impiétés des choses qu'elle (M"»" Guyon) lui avait confiées avec un cœur soumis et en secret da confession; » il a même paru accuser Bossuet d'avoir révêlé une confession qu'il lui aurait faite. Réponse à la Relation sur le quiétisme, avertissement. L'évêque de Meaux n'avait jamais confessé ni M"" Guyon, Relation sur le quiétisme, sect. ii, 2, ni Fénelon, De la Réponse à la Relation sur le quiétisme, conclusion, 5; Si""" Guyon avait seulement ra-
BOSSU ET
conté à Bossuel les extravagantes visions de son imagination affolée; et quant à Fénelon, lui-même l'a reconnu, par confesskin 11 n'avait entendu qu'un mémoire sur ses dispositions inlériourcs, communiqué par lui à Bossuet, et aussi sur l:i demande de Bossuel, à Xoailles et à Tronson. lîaussel, Hist. de Fénelon, 1. 111, c. lv, l'avoue : (. Bossuet était fondé à s'élever avec indignation contre l'emploi singulier et inusité que Fénelon se permettait d'une expression qui pouvait faire naître des soup^'ons du genre le plus odieux. » Cf. Ch. Urbain, Bossuel et les secrets de Fénelon, dans la Quinzaine du h' août
La cause s'instruisait à Rome avec cette lenteur et cette maturité qui rassurent et garantissent tous les droits. L'archevêque de Cambrai, défendu auprès d'Innocent XII par le cardinal de Bouillon, qui risqua et perdit à ce prix la faveur de Louis XIV, F. Reissyé, Le cardinal de liouilUm. Paris, 1899, avait à Rome pour mandataire son parent, l'abljé de Chanterac, àme candide et dévouée que di'conoerlait parfois la sublimité et aussi la subtilité de la doctrine fénelonienne. Les agents de Bossuet — son indigne neveu « impudent et sans scrupules, fertile en mensonges et en louches projets », G. Lanson, Bossuet, c, viii, et Phélipcaux, t plus froid, moins tapageur et plus habile, » G. Lanson, loc. cit., — n'apportaient pas à la lutte la même droiture que Chanter.ac et aigrissaient contre son rival un vieillard que les répliques et les délais menaient de l'impatience à la colère. « Évidemment, Bossuet devait respirer dans une atmosphère de haines, de calomnies et de violences; et cela faussa plus d'une fois sa vision. >> F. Strowski, loc. cil. « Quand même on mollirait à Rome, ce qui ne parait pas être possible, écrivait-il le 23 juin 1698, on n'en agira pas moins ici fortement : car le roi voit bien de quelle conséquence il est pour la religion et pour l'État d'étouffer une cabale de fanatiques... » Et de peur que Rome ne parût mollir, et qu'au lieu d'une condamnation directe de Fénelon et de son livre, le saint-siège ne s'en tint à des canons qui eussent seulement affirmé la vraie doctrine, Louis XIV adressa à Innocent XII un mémoire menaçant, rédigé par Bossuet, qui l'avoue dans une lettre à son neveu (16 mars 1699). « Il serait trop douloureux à .'<a Majesté de voir naître parmi ses sujets un nouveau schisme, dans le temps qu'elle s'applique de toutes .ses forces à éteindre celui de Calvin. Et si elle voit prolonger par des ménagements qu'on ne comprend pas une affaire qui paraissait être à sa lin, elle saura ce qu'elle aura à faire, et prendra des résolutions convenables, espérant toujours néanmoins que Sa Sainteté ne voudra pas la réduire à de si fâcheuses extrémités. »
Lorsque le mémoire parvint à Rome, la sentence avait déjà été rendue. Par un bref du 13 mars 1699, Innocent XII condamna vingt-trois propositions extraites des Maœimes (la 13=, concernant le trouble involontaire attribué à Jésus-Christ sur la croix, avait été insérée dans le livre de Fénelon par une méprise de Chevreuse, et ne se lisait pas dans la traduction latine). Les notes d'hérétique et d'approchant de l'hérésie n'étaient iniligées à aucune de ces propositions, lesquelles étaient rejetées comme « téméraires, scandaleuses, mal sonnantes, offensives des oreilles pieuses, pernicieuses dans la pratique, et même erronées respectivement ».
Bossuet, au premier moment, accueillit avec joie le bref de condamnation; ses réflexions ultérieures diminuèrent un peu son contentement. « Quelques adoucissements qu'on ait tâché d'apporter à la censure, elle ne laisse pas d'être fulminante, écrivait-il à son neveu. Ce qui a paru ici de plus fâcheux, c'est le défaut de formalité. Sans bref joint au roi (Bossuet ne connaissait pas encore le bref du 31 mars par lequel Innocent XII avait notifié à Louis XIV la condamnation des Maximes),
sans aucune clause aux évêques pour l'exécution; sans rien notifier à M. de Cambray lui-même, qui prétendra, faute de cela, cause d'ignorance du tout... » (6 avril 1699).
Fénelon n'avait pas prétendu cause d'ignorance, et sa prompte soumission avait réjoui, sans les étonner, tous ses admirateurs et ses amis ; mais cette soumission ne satisfit point Bossuet, encore qu'il crût qu'on devait s'en contenter. « Tout le monde a remarqué d'abord qu'il (Fénelon) ne dit pas même que le livre (des Mcucimes) soit de lui... On est encore plus étonné que, très sensible à son humiliation, il ne le paraisse en aucune sorte à son erreur ni au malheur qu'il a eu de la vouloir répandre. Il dira, quand il lui plaira, qu'il n'a point avoué d'erreur... La clause de son mandement où il veut qu'on ne se souvienne de lui que pour reconnaître sa docilité supérieure à celle de la moindre brebis du troupeau, n'est pas moins extraordinaire. Il veut qu'on oublie tout, excepté ce qui lui est avantageux. Enfin ce mandement est trouvé fort sec... Après tout cela, je crois que Rome doit être contente, parce qu'après tout l'essentiel y est rie à rie, et que l'obéissance est bien étalée. Il faut d'abord se rendre facile pour le bien de la paix à recevoir les soumissions, et à finir les affaires. » Bossuet à son neveu, 19 avril 1699. Voir aussi dans la Revue Bossuet, jamier 1901, les sept lettres de l'évêque de Meaux à Valbelle, évêque de Saint-Omer. Il ne tint pas à Bossuet que toutes les explications et défenses données par Fénelon ne fussent enveloppées dans la condamnation qui atteignait le livre des Maximes.
Certes, le ton est chagrin; dans l'âme de Bossuet, l'amertume survit à la lutte et n'a point même été tempérée par la victoire. Ce qui explique en partie l'injuste dureté de ce langage, c'est que Bossuet doute de la sincérité de son contradicteur. Fénelon était cependant sinc('i< lin, ml il r prouvait le sens obvie et naturel de son 11 1 I ! iiii niait que sa pensée était demeurée
ortliu I I (, irahie par l'expression. L'arche-
vêque .1, i.,uala.u pcrsista-t-il longtemps dans ce système d'explication et de défense? L'auteur d'un ouvrage très documenté sur la controverse quiétiste a cru que le spectacle des emportements du jansénisnie, la crainte de paraître autoriser les cavillations jan-^ini^i - p n' ^.s propres réserves qui d'ailleurs en étaienl l. 1 1 .liil- i ip.^, amenèrent plus tard l'auteur des A/k/.. i i j i i
sans aucune distinction tout ce qui daii= suu uUii.ui; avait été censuré par le saint-siège. A. Griveau.iiiudesur la condamnation du livre des Maximes des saints, etc., c. XVIII-XI.\, t. II.
La doctrine du pur amour était restée intacte; Bossuet qui, d'ordinaire l'avait si peu comprise, n'a-t-il point cependant paru quelquefois l'admettre '? On cite de lui celte réponse à l'une des nombreuses demandes de M"' de la Maisonfort : « La charité ou l'amour pur n'est pas touché des promesses en tant qu'elles tournent à notre avantage, mais en tant qu'elles opèrent la gloire de Dieu et l'accomplissement parfait de sa volonté... » Lettre à M"" de la Maisonfort, 21 mars 1696. M. Levesque croit qu'en exposant, dans le second traité de son InstrucUon sur les états d'oraison, les quatre degrés d'amour selon saint Bernard, l'évêque de Meaux a semblé admettre la possibilité d'un amour qui fait abstraction complète du désir d'être heureux; mais il n'admet cette possibilité, remarque le savant éditeur, que « rarement, en passant, à peine pour un moment rapide ». Instruction sur les états d'oraison. Second traité, introduction, p. xxxvi.
Entre les deux grands évêques, la rupture avait été trop profonde, aggravée par trop d'excès de langage, pour qu'elle ne fiit pas définitive. « Nous n'avons plus rien à démêler entre lui et moi, écrivait Fénelon de son ancien maître. Je prie Dieu pour lui de très bon cœur, et je lui souhaite tout ce que l'on peut souhaiter à ceux que l'on aime selon Dieu. » Celte charité n'excluait pas,
hélas 1 les défiances, les soupçons, la mordante ironie. i( Si on fait des mandements, il faudra bien qu'il parle ou que son silence découvre son fond, » écrira-t-il de Bossuet à propos du Cas de conscience. Lettre à l'abbé de Langeron, 4 juin 1703. Et cependant, il continue de voir en lui un docteur; dans un mandement poiii' lacceptation de la bulle Unige>iili'< J'.i imii 171 i , il . iie un long fragment du sermon ^ ' \u elievalier
de Ramsay, en québ .1 ! i ,i , , il recommandait Cl l'excellent di^.euui;. Jl il. de .\le,ui\ sur l'histoire universelle ». HUtoire de la uie et des ouvrages de M. de Fénelon, Amsterdam, 1729, p. 168. Cf. E. Griselle. Épisodes de la campagne antiquiéliste, d'après la correspondance de Bossuet, de son frère et de son neveu, in-8», Màcon, 1903.
5» Débals avec les jansénistes. — Le Cas de conscience évoque le souvenir de la controverse janséniste. Par la lettre au.\ religieuses de PortRojal, nous savons déjà ce que Bossuet pensait des cinq propositions; nous le savons aussi par sa lettre au maréchal de Bellefonds. « Je crois, écrivait-il, que les propositions sont véritablement dans Jansénius, et qu'elles sont l'àmede son livre. Tout ce qu'on a dit au contraire me parait une pure chicane, et une cliose inventée pour éluder le jugement de ri-.eli-r. Iiir :mnée avant sa mort, il relisait d'un bout iliiiirr I I "/fis/i/iifs, et comme quarante ans plus tot.il \ - nii'uin.iil les cinq propositions très nettement, et leurs principes rép,indus dans tout le livre ». Le Dieu, Mémoires, p. 76; Journal, t. i, p. 383. Dans la Galtia orlhodoxa, Lxxviir, Bossuet pose, presque d'un ton de défi, la question suivante : Quo en'nn loco. qua in parte orbis magis qiiam in Gallia, In un,;,, in X ,ih:i;jii,' constituliones de janseniana re tiui/i',; i;;,,-, ,,t, ,,,>,• susceptse, aut poliori l'irtute in exsecut,,,,,,:,,) .l,;l,,,t!v sunt ? A l'assemblée du clergé de 1700, on son intluence fut considérable, il fit condamner quatre propositions qui représentaient le jansénisme comme un fantôme, et comme vaines et funestes les constitutions pontificales qui avaient prétendu l'atteindre. Lorsqu'en 1702 parut le Cas de conscience qui rouvrait l'ère des querelles jansénistes (satisfait-on par le silence respectueux aux jugements de l'Église sur le fait de Jansénius?) Bossuet prit feu. Le Dieu, Journal, 1" janvier 1703. .S'il n'intervint pas publiquement, ce fut peut-être par égard pour l'archevêque de Reims qui paraissait favorable à l'affirmative, et pour l'archevêque de V.\\\< Hunl il n.' voulait pas devancer le jugement ; ce fut :iii--i . i -inLiiii dans l'espoir d'amener par des voies iImu, , - ,, im i .tractation les qnaranle doele\irs qui rn.iinii opm,. imhh- riiflirmn-
Ca
|KlM,
et Rome rfe /;"" ,, I sous le poiil^ lie 1,1 i ir' Bossuet prépai.ul ïui F tiques un ouvrage qui Et cependant, raalgn
. , \lheil Le Ruy, La France / '. e. III. A cette même date,
illi v<,. et de cruelles infirmités,
uituritédes jugements ecclésias-
ist resté inachevé.
i tous ces faits indéniables, les jansénistes se sont souvent réclamés de Bossuet; ils ont voulu voir en lui un allié, un protecteur du dehors; au cours du xi.\« siècle, des demeurants attardés de Port- Royal ont prétendu maintes fois s'autoriser du grand nom de Bossuet. Certains faits, certaines tendances de l'évêque de Meaux expliquent, sans les justifier, de telles revendications.
L'évêque de Meaux, contemporain des débuts de la controverse janséniste, à un moment où certains théologiens discernaient mal des faits purement personnels les fïiiis dogmatiques, réclamait bien pour les jugements ecclésiastiques qui concernent ces derniers une adhésion intérieure, sincère, sérieuse, mais il ne semble pas avoir jamais appuyé, explicitement du moins, celte adhésion sur un motif de foi. Fénelon, venu plus tard,
approfondit davantage une question qui intéressait chez lui non seulement le théologien, mais aussi l'évêque placé par la providence sur une frontière qu'infectait le jansénisme. Il présenta l'adhésion aux jugements de l'autorité souveraine touchant les faits dogmatiques, comme un acte de foi qui se fonde sur l'infaillibilité promise à l'Église. Il allégua l'exemple des conciles qui ont condamné non seulement les hérésies d'Arius et de Nestorius, mais encore les textes d'où ces hérésies étaient tirées. Les jansénistes abusèrent de certaines indécisions du langage de Bossuet, pour tirer à eux un maître qui avait toujours répudié leur erreur.
Ils ont prétendu aussi voir en Bossuet un apologiste des Réflexions morales sur le Nouveau Testament. Bossuet fut bien plutôt, par déférence pour un métropolitain et pour un ami, l'apologiste du cardinal de Noailles accusé par l'auteur du Problème ecclésiastique de s'être contredit en approuvant à Chàlons le livre de Quesnel, et en condamnant ensuite à Paris la janséniste Exposition de la foi catholique sur la grâce et la prédestinalion, œuvre du neveu de Saint-Cyran, Barcos. L'ordonnance de Xoailles, qui figure dans les Œuvres de Bossuet, atteste assez la puissante collaboration qui avait été prêti'eà rai-chevéi(ue de Paris. 11 fallait mettre, autant que po~~ilili'. VMiilli'^ (I iiecMi-.l avec lui-même. Bossuet y ti'av;iill.i . i..ii\ii Mil .1 ' e /rsNeoic'»; pour l'édition des
Réfl,^. '. - M"i 'l''>.iil paraître en 1699. VAver-
tisseiii,,,/ ilchiriiij (l.ins les cartons de l'illustre auteur; et c'est -^ iilciip iil I 11 1710 — six ans après la mort de Bossuel <|ii il puni à Lille, par les soins de Quesnel, sous le lili'e lie -luslificalion des Réflexions sur lu Nouveau Testament. (Juesnel, en publiant une œuvre antérieure à la condamnation de son livre, prenait insidieusement sa revanche du bref de 1708, et ses précautions contre la bulle qui, en 1713, allait le frapper de nouveau. A lire sans parti pris V Avertissement, on y découvre un effort sincère pour tirer Noailles d'embarras, en expliquant dans un sens purement mais strictement augustinien les assertions souvent ambiguës de Quesnel. Bossuet « rame de toutes ses forces pour s'empêcher d'être jeté contre l'écueil », dirai-je en lui empruntant une saisissante image. Second avertissement aux protestants, n. 10. S'il se plaint, au § 19, de « ces esprits ombrageux, qui croient voir partout un Baius, et qu'on en veut toujours aux vertus morales des païens et des philosophes », il s'élève plus loin contre une erreur capitale du baianisme qu'il ne peut pas ne pas apercevoir dans l'ouvrage de Quesnel : « On avouera... avec franeliise. ipi'il y en a (des réflexions) qu'on s'étonne qui ih ni .(liiiipé dans les éditions précédentes, par \ nipl . I , llr où il est porté que la grâce d'Adam était ilih- \i l:i iKitnre saine et intègre » (§ 2t). Et il ajoute, découvrant le but véritable de son travail : » M. de Paris sétant si clairement expliqué ailleurs, qu'on ne peut pas le soupçonner d'avoir favorisé cet excès, cette remarque restera pour preuve des paroles qui se dérobent aux yeux les plus attentifs. » N'oublions pas enfin que Bossuet exigeait qu'on mit à la prochaine édition vingt ou vingt-cinq cartons.
L'étude sincère de V Avertissement, d'autres actes de la vie de Bossuet, nous expliqueront de secrètes affinités qui, salva fide, rapprochaient l'évêque de Meaux des hommes de Port-Royal. En dogmatique et en morale — sur la plupart des points qui se discutaient librement dans l'Église — il est avec eux. Les preuves abondent. En février 1697, de concert avec Le Tellier, archevêque de Reims, Noailles, archevêque de Paris, Gui de Sève, évèque d'Arras, et Henri l'eydeau de Brou, évêque d'.\miens, Bossuet dénonçait au pape Innocent XII l'ouvrage posthume du cardinal Célestin Sl'ondrate : Nodus prsedestinationis dissolutus. Entre les opinions signalées, et signalées en vain, aux rigueurs pontificales, notons celle qui promet aux enfants morts
liaptoinc mi bonlioiii' i un corlain point se rr :W9-;nO) : et l'opinion
liOSSUET 1080
JUS- I i|ii.' I I lio a pei'du le goût de Dieu ». C'est là aussi
, i|ii' I'm. Miel explique, par une vue profonde, l'attrait
,11 il. ,|iii l< Ji.iiiic (sauf sans doute la trayrdie d'Eschyle ou
.111. .1. ~^n|,li ,, 1(1 exerce sur les spectateurs. « On devient
. ,,ii\ ; II. ni I un acteur secret de la tragédie; on y joue sa
il il. |.r..|.i. |..ission; et la fiction au dehors est froide et
,11- I ,111- ..i. III. Mil, si cUf no trouve au dedans une vrrité
ita
('2'2 septoiulirr I, i,..| ;,\i.iii,.v -iiMl ! i i .!.■ --.ilos
l'avait ceprnil. ml .'\|ici-,. .m-, i ,, ., r,! iii. vision et une L;iMr.' ]iii su, i-i\.- .1 iii ,!>/ . , ■ ''■■"'ICIde Dieu, 1. I, c. xvii, wiii , ui,.i.-:. l;u.,,.iu l, uou. 1 1 .,ui luut de l'antiquité, avait plus le sens de la perpétuité de la doctrine que celui de ses légitimes et nécessaires développements ; de là sans doute, envers saint François de Sales, la sévérité de son jugement. Préface sur l'Instruction pastorale donnée à Cambrai) le iô de septembre iOOl, sect. XI, n. 126.
Ailleurs encore, les mêmes tendances, les mêmes opinions s'accusent. Dans la Défense de la tradition et des saints Pères, œuvre puissante d'une vieillesse qui n'a pas connu le déclin, Bossucl c^vplique, comme Vasquez, la mort des enCinIs iljii- Ir s,. in iii,il,>rnel, non par le jeu des causes niiin. Ili .|ii.. 1 i (n ..\ hirnce laisse agir, mais par une \..l..iii. |i.isiiii.. .|, hiiu qui les excluait du salut; et iiaiaul presque !•- |eirlisans d'une opinion plus douce — ces partisans, celait, c'est aujourd'hui le grand nombre des docteurs catholiques — il s'écrie avec une ironie assez déplaisante : « Je le veux : j'accepte aisément ces douces interprétations, qui
tendent à recommander la bonté de Dieu Défense de
la tradition cl des saitits Pérès, part. II, 1. IX, c. xxi. Enfin, dans ses trois lettres à Brisaeier (août et septembre 1701) contre le sorboniste Coulau qui étendait aux anciens peuples le monothéisme et la connaissance du vrai Dieu dans une mesure que n'auraient pas sans doute admise les Pères Le Comte et Le Gobien, ces illustres missionnaires de la Chine, Bossuet se montre « un peu trop zéli' pour fermer la porte du ciel dès que quelqu'un faisait mine de l'ouvrir un peu trop grande ; un peu trop porté à se complaire dans les passages effrayants de l'Kcriture, dans ceux qui font « adorer en tremblant les secrets et impénétrables juge- « raents de Dieu », et à négliger les endroits plus consolants qui découvrent dans ces mêmes jugements des abiraes de miséricorde ». De La Broise. Bossuet et la Bible, c. XI.
En morale comme en dogmatique — sans aller jusqu'aux excès où tant de jansénistes ont donné — Bossuet se prononçait pour les opinions qui accordaient moins a la liberté qu'à la loi. Dans cette même assemblée de 1700 dont nous avons déjà parlé, de nombreuses propositions de morale relâchée furent condamnées : la plupart de ces propositions avaient déjà été censurées par Alexandre VII et Innocent XI. Voir dans la lettre, déjà citée, de Fénelon à Gabrielli, une critique très juste : l'archevêque de Cambrai exerçait des représailles. Mais ce ne sont pas seulement les propositions nées d'une application décevante du probabilisme, c'est le probabilisme même, sans aucune distinction, qui fut réprouvé dans les comices ecclésiastiques de Saint-Germain. Et celte tendance sévère, nous la retrouvons dans maint ouvrage, par exemple dans la lettre au P. Caffaro et dans les Maximes et réflexions sur la comédie (1694). Bossuet a-t-il écrit des pages d'une observation plus pénétrante'? C'est là que se lit cette phrase immortelle sur 1' « inexorable ennui qui fait le fond de la vie humaine depuis
l'ouï- Aiislole, onnue. »
ait-il pas unie que
la vertu d'cnli'ii" ' ''■ .|ii'' - "ui II ■:" . il faut avou.T .ju il- l. - T' i ■ - ih' i .'mi Quand cela snMil , ii.hu .|ii..i -,iinl I II. .11 eu le droil ili- L' l'ui. ' M .|ii,iii.l I . « saint Tlioiiiis. ,|iii n -miI |.,i l'i.iilit ,iii ,r..e, .. s'est mépris surir m.h -.m- iI..iiii, [.u .mi r.ml au mol sOToaTceXtoi, ne semble-l-il pis lonnnr ,i llirliai'd Simon uneai'mequi pourra quelquefois se retourner contre lui'? Avec de telles tendances, avec de telles doctrines, on comprend que Bossuet ait ressenti do l'allrait pour les hommes les plus OÈiiiiinils ,|ii j.iiis.'nisnir. ('..niin,. Arnauld, Nicole, Du (in. ' .n.. L .p. I il ' m .m nir. iirii
célèbre sur le relom- .1. - imi hlL i. '\ |u.>
autrement qu'eux, il pnili -s.ni p. .m -.lini AiiliisIim un culte passionné; comme eu.\, mais avec plus de uiodéralion, il s'attachait à promouvoir une morale sévère qui lui semblait conforme au primitif esprit du chrislia-
avoe Irs |,ins,,|iisi,.., 11. ■ ri m h' .|n M"'''s ce que
l'on .1 1 !.■ 1,. )nux ,lr Cir I l\ \ I n,mlld, BoS-
suci '■; Ir jniisfnisiiir. p. !!■'. Il M.\,iii .l.m- .-.-s hommes d'utiles auxiliaires contre les protostauls; se trompaitil, et Nicole, pour ne nommer que lui, n'est-il pas un controversiste de haute valeur? Bossuet s'est trompé parfois sur le mérite de ces hommes et de leurs œuvres. On voudrait que dans la version de Mons censurée par un bref d'Alexandre VII, il eut blâmé autre chose qu'une affectation de politesse, et la recherche d' « un agrément ((ue le Saint-Esprit a dédaigné dans l'original ». Lettre au maréchal de Bellefonds, 1" décembre 1674. Ces hommes, pourtant, il les jugeait. Admirateur de la science el du t.il. ni (l'\inauld que le .xvii« siècle abusé a mis
trii]i 1 1. .1 li. blâmait « d'avoir tourné ses études,
au l.iil I ' ; iiiader le monde que la doctrine de JansriMii 11 1 1. - .1. condamnée «.JouruaJ de Le Dieu, février 17(0, A son tour Arnauld, qui louait avec raison chez Bossuet « un certain fond de sincérité qui lui faisait reconnaître la vérité » de ipielque part qu'elle vint, ajoutait : « Il y a néanmoins un verumtaiiicn rlonl j'appréhende qu'il n'ait un grand compte à leiuhe à Dieu; c'est qu'il n'a pas le courage de rien repr.sonler au roi. » Jugement chagrin, et injuste dans sa généralité.
6" Dernières discussions avec les protestants. — Bossuet, à ses débuts de controversiste, avait rencontré Paul Ferry; il combattit ensuite les représentants les plus autorisés et aussi les plus téméraires champions de la Réforme; dans la suprême période de sa carrière, nous le rencontrons argumentant avec Leibniz qui, malheureusement, voulait surtout négocier.
L'Allemagne semblait se résigner avec peine à une rupture définitive de l'unité religieuse. De là, les tentatives de conciliation qui se produisirent au cours du XYii" siècle, et auxquelles Bossuet apporta un concours trop inefficace. Le franciscain Christophe de Rojas- Spinola, tour à tour évêque de Thina en Croatie et de Neustadt, avait eu des conférences avec l'abbé luthérien de Lockum, Van der Muelen (Molanus), théologien tout ensemble habile et modéré. Spinola mourut en 1695; mais dès 1691, à la prière de la princesse palatine Louise HoUandine, abbesse de Maubuisson, qui avait pour secrétaire et pour confidente M»» de Brinon, exilée de Saint-Cyr, Bossuet était intervenu dans cette impor-
tante controverse. Molanus lui envoya ses Cogilaliot^es privatss de melhodo reunionis Ecclesiie prolestanlntm cum Ecclp^in catholicn-rnmana a theologo quodmn Augiistrir: < r, i,f,'cs,,.i, riirrrrnddiclo. Bossuet donnait sur !• ~ i I ': I I ■ I Trente toutes les expli-
catioTi> li ! I i I II iii iiiéme pas (le rétractation
formelle' M < m m ,,,..1. --ns : .. Il suflira, disait-il, de reconnailrc hi Mille p:ir forme de déclaration et d'explication. » Réflexions de M. l'évêque de Meatix sur l'écrit de Molanus, part. II, c. V. Il laissait espérer pour les luthériens convertis do h-rs Inrp^ns roncessions disciplinaires, iftid./ mais il in' -MuilV.iii p,i~ i|iriiii pr.-li-iHlii laisser en suspens l'aulonlr iln rmii i|.> dr Tr.iilr: il il repoussait de la comimniioTi de IKi^lise cluk <|iii refuseraient de s'y soumettre. Ji('/le.rions, etc., part. II, c. vi. Leibniz qui, en 1692, noue des relations épistolaires avec l'évêque de Meaux, n'y apporta point le même désintéressement et la iiipmip «incérité que l'abbé de Lockum, auquel il s'él.iii ^iili^iihev Toute l'argumentation de Leibniz peut se 1 1 -nim r uu-i : 1" le concile de Trente n'a pas été vraimeui ncunenique, et l'on ne peut exiger que l'adhésion à ce concile soit une condition de la réunion; 2» en admettant même qu'il ait été œcuménique, les luthériens sont de bonne foi en le rejetant, et, en conséquence de cette bonne foi, on ne peut pas les regarder comme hérétiques. Fatigué d'objections qui revenaient sans cesse sous la plume subtile et inépuisable de Leibni'i, Bossuet laissa toml)er la correspondance ver- IG'Jl; ille recommença en décembre 1699, à l'occisien il nu ..n\i,i-.-du controversiste Véron. Leibniz demaiiilul i I eieipie de Meaux sur quels principes se
fonde 1 I lIii i ■ pour discerner ce qui est de foi
de ce i|ii Il II |i:i~:. C'est alors que fut traitée entre
les deu\ illii-lii-. 1 iiiilroversistes la question du canon des Kci lime-, ililluilivement résolue à Trente. Pas plus que la première loi^;, l'on ne put s'entendre ; et, à partir d'août 1701, toute correspondance cessa. Pourquoi, chez l'auteur du Systema theologicum, le refus d'aller jusqu'où Bossuet et peut-être aussi sa conscience l'appelait? Est-il vrai, comme le craint le prince Albert de Broglie, que « l'orgueilleuse faiblesse attachée à la royauté de la science comme à toute autre », lui ait fait « redouter d'échanger le n'ile de' ilneleui .iccrédité d'un parti contre celui de pénilenl ei ili ihuplule dans un autre... ; que,
pour sauver fi hiu-ii il n ait voulu passer qu'avec
armes, bagages ei luus le-; lionneurs de la guerre, faisant des conditions au lieu d'en subir, entrant dans l'Église la tête levée, suivi d'un cortège de nations, et ayant droit à autant de reconnaissance qu'il offrirait de soumission »? Leibniz p.l Bossuet, dans le Correspondant du 25 novembre 1860. Aux considérations d'ordre personnel s'ajoutaient sans doute chez Leibniz des considérations tirées de la politique. Dévoué à la maison do Hanovre, que l'exclusion des Stuarts catholiques allait élever au trône d'Angleterre, il craignit de compromettre les intérêts de ses princes, en travaillant elllcacement à rnpproclur de Rome l'Allemagne luthérienne. Leiliiii/ i.iiii|ii iDute correspondance avec
Bossuet, dan^ I , e m. où la mort du dernier fils
de la reine Anne lui île l'Iiileur protestant de Hanovre
un hi'i ilier |iii ■, |iiii. I.rihjii: und Bossuet, dans Hist.
I,nliiisri,r i:i.,iir,. Munieli, l!)03, t. cvxxii, p. 615-629. Kn II Ml in-iiie .mine 17(11, le pape Clément XI, pour faeililei Idiecuucih.ilion du ducde Saxo-Oollia. demanda à Bossuet communication des actes le^ [ilu- ini|i.irl:inl^ (le sa correspondance avec Leibniz. L'i''\ei|ne ili .\le,iu\, abrégeant le mémoire qu'il avait rédigé sur le- i:,.iiiiii- (io7ies privatx de Molanus, écrivit le De professoribus ('.(infcssionis Augustanse ad repetendam unitalem catliolicain disponendis.
Disons-le en laissant ce sujet, les catholiques d'aujourd'hui, non moins désireux que leurs devanciers du retour de tous les dissidents, n'attendent rien des moyens
sur lesquels le xvif siècle avait compté. Les âmes ont été détachées en foule de l'unité par les hérésies et par les schismes; c'est une à une qu'elles reviendront, sans essayer avec l'Église de négociations, .sans prétendre lui faire des conditions : Newman et Manning ne lui en ont pas fait.
7» Autres travaux de celte époque. — Dans la dernière période du xviis siècle, Bossuet écrivit son Mémoiresttr la Bibliothèque ecclésiastique d'EUies Du Pin, esprit facile, semi-teinté de pélagianisme, qui, dans l'afl'aire du Cas de consciencr. par opposilion à la doctrine reçue et à l'autorité, ili\,iil Miler ,uee les |aiiMuii-l(>s. Les Hetnargues sur l'Il i^h'irr .Irs r,,i,cih:s ,l' l-'.phrsi' el de Chalcédouie suiil un, ili.eisne MpoloL;ie de ces grandes assemlil. I - lu hi'.Hi llossuet écrivit ses iîe))iojY/)«'s sur la Mihii I ' ' /'le» de Marie d'Agréda.
II. /i" . , . i/ A. — •!<> Fondions et hoiineurs proposf'i un cuiijtrt!, à l'évêque de Meau.v. — Il nous reste à étudier Bossuet dans son diocèse de Meaux. (i Ce diocèse, moins étendu qu'il ne l'est aujourd'hui, comprenait environ 230 paroisses et comptait de200à 300 ecclésiastiques. Là, comme dans les autres diocèses de l'ancienne France, le plus grand nombre des cures était à la collation des chapitres, des monastères, de quelques personnages laïques: l'i'vpque n'en conférait que quatre-vingtdix. Il \ i\ail, dans le diocèse de Meaux, sept chapitres,
cinq aliliiM's ill iiiies, quatre abbayes de femmes;
dix-huil I iiuveiiis iiii oommunautés... » H. Druon, -Bossue* à Mi'aiix, c. I. Vn tel siège ne paraissait important que parce qu'il était proche de Versailles ; l'opinion ne le jugeait pas digne de l'homme sans pareil qu'on y avait appelé. Ko IfiSK. le nom de Bossuet avait été prononcé pour le sie-e i|,- S 1 1 : i -1 lourg. au cas où l'évêque de Strasbourii I ui .te pi. -Iule pour Cologne par le chapitre de cette inelreimle. A la mort de Harlay (6 août 1695), plus d'un — et le dauphin en premier lieu — désigna Bossuet pour l'archevêché de Paris. A M"" d'Albert, qui lui avait exprimé tout ensemble sa joie et .sa crainte, l'évêque de Meaux répondait : a II y a toute apparence, et pour mieux dire toute certitude, que Dieu par miséricorde autant que par justice me laissera dans ma place. Quand vous souhaitez qu'on m'olTre et que je refuse, vous vou- 1 vaut bien mieux contenter nul sur cette petite humiliais/ >nihi quia humiliastime. » i->uet se r(>jouit de la nomina- I plus à douter, malgré tant m II H s. que je ne sois enterré • Il 1 esseurs, «écrivait-il encore Itiyô). Et cependant, le vieil
lez contenter la \aiiile:
l'humilité, el din i\ ee I
tion, si c'en esl une /;-./
Lettre du 13 amii H','.i."., I
tion de Noailles, lin.
de vains discnin - .1. - li
aux pieds de uns - nnK pi
à M""" d'Albert [-l'I aoiil
évêque semblait exprimer une déception qu'il ne
s'avouait pas, quand, le 18 mai 1697, il écrivait à
M. de La Broue, évêque de Mirepoix : « M. de Metz
(Georges d'Aubusson de la Feuillade) est mort : on donne
son évêché à M. l'abbé d'Auvergne, le cordon à
M. de Paris, la charge de conseiller d'Étal à qui vous
voudrez ; je ne demanderai rien. Retr'ibuetur tibi in
resurn'iliuiic jlishniDtl. »
l;ii--iii I avait aussi été prononcé pour le I niiiii . l'crivait-il à son neveu, m'a dit I ipi il fallait me faire cardinal » (lettre du 7i, mais il ne lardait pas à voir qu'un tel i.iii|ihiail pas. « Ni M. de Reims, ni moi ne l'enipiii I. I..I1- -iii l'ai'elievèfpie de Paris, dont la
r;iii,ille... r.e n e-( pa- , 1 .|n il iiiuxient de se donner
ilu iiiiiu\eiiienl. Ma MMie -laiiileui' e-,1 lie soutenir mon eaiaeleie, ilVililier el de -'ervii' l f,i;l ise... Je ne dois être ni remuant ni insensible. » Lettre du 15 juillet 1697. Ce dernier mot achève, en Vliunianisatit, le lier portrait que, sans s'en douter, Bossuet trace de lui-même.
D'autres honneurs, moins relevés que la pourpre, furent conférés à Bossuet. Nommé en 1695 conservateur des privilèges de l'université de Paris, il devint conseil-
Le chapi
lor jii désir
1er d'Ktat en juin 1697, et, au mois d'octobre do la même année, premier aumônier de la duchesse de Bourgogne.
2» Administration du ilioccse. — Résolu à rester jusqu'à la fin dvêque de Meaux, Hofsuet se donne tout entier au gouvernement de son diocèse. Il visite son séminaire, dirigé par les génovéfains, et exhorte luimême, lors des retraites préparatoires, les aspirants aux saints ordres. Il s'attache à vivifier les conférences ecclésiastiques auxquelles, dit Le Dieu, il assistait souvent. Chaque année, il tenait à l'évèché un sjnode d'où sortaient les statuts diocésains. « Le curé Kaveneau a laissé le compte rendu des six premiers synode.s de 1682 à 1687... Pour 1701 et 1702, nous trouvons, dans le Journal de Le Dieu, l'analyse des discours que prononça Bossuet. » H. Druon, Bossuet à Meaux, c. m. On peut lire dans la Revue Bossuet, janvier 1900-avril 1903, les comptes rendus de ses visil.< pnstnrrilps, L'évêquf, se mettant à la portée de Inn-, > iir . lu- lil les enfants; il s'efforçait de déraciner Ir- .Im-, . i d initier tous ses auditeurs à un sérieux chrisiiuii-m. l'.n-^n.t qui, jeune prêtre à Metz, avait partagé les lrav;mx apostoliques des disciples de saint Vincent de Paul, lit prêcher des missions à ses diocésains. En 1681, il en prescrivait une à Meaux. Voir dans l'ouvrage de M. H. Druon, lac. cit., rénumération des autres missions.
En 1687, Bossuet publie un catéchisme, lequel comprenait trois catéchismes distincts : le catéchisme des commençants ; un catéchisme plus développé, auquel était jointe une partie historique; et le Catéchisme des fêles et autres solennités cl observances de l'Église. En 1689. [insstiol jfii^'ti;iit m «mi cil.Vlii^iiie des Prières eci-li'-sinsi,,/!!,'^ iliiiii il ,ii~,ni \mItv iiili-ntion, dans
ce ircilcll, i-l il .ll.lrl- le- |,ll|. i ^ 1 1, ilM II 1 , i|lli Ile SOnt pSS Caplllili'^ llr |ilu- iMllIr-, nirdil.iliolis. Irv plus paUVrCS
qui n'ont pas le moyen d'aclifter d'autres livres, et les plus occupés (jui n'ont pas le loisir de les lire. » A l'occasion du jubilé accordé par Clément XI, il publia, en janvier 1702, ses Méditations pour le jubilé.
Si attentif à rappeler à ses prêtres le devoir de la prédication, Bossuet le remplissait dans tout son diocèse, et surtout dans sa cathédrale, avec une religieuse exactitude. « L'engagement qu'il avait pris, le jour où il était entré dans sa cathédrale, d'y prêcher tous les jours de fête, il le tint religieusement. Que l'on compte, en outre, des sermons de vêture, des panégyriques, des exhortations dans les assemblées de charité, des conférences faites pour instruire et ramener les protestants : on Mi-ra cpi'il était infatigable et toujours prêt, lorsqu'il
rVv^V
De
,..j,,: /.,.<.;„! Mchl,:Hiis ejns,„i,atui J .-U. Bussuet, in-8", Pans, l'JUl.
3» Lutte avec l'abbesse de Jouarre. — La lutte de Bossuet avec l'abbesse de Jouarre, Henriette de Lorraine, est célèbre. Des désordres s'étaient introduits dans cette abbaye (admission irrégulière de religieuses; mauvaise administration du temporel; absences de l'abbesse sans permission de l'ordinaire). « Même avant la venue de Bossuet, en 1680, le pouvoir séculier avait jugé qu'une réforme était nécessaire; et Louis XIV avait demandé au pape des commissaires pour l'accomplir. » H. Druon, Bossuet à Meaux, c. ix. Après une lutte opiniâtre, l'évêque eut raison des résistances de Henriette de Lorraine, et aussi de celles d'Anne-Marguerite de Rohan- Soubise qui avait succédé à Henriette de Lorraine; le malheur de Bossuet fut que, pour arriver à ses fins, trop imbu des préjugés de son temps, il ne se soit pas contenté des moyens fournis par le droit canon. « Ils ne reviendront plus, écrivait il y a un demi-siècle le comte de Montalembert, ces jours où la défiance contre Rome et l'habitude de contester ses prérogatives avaient envahi
les âmes les plus pures et les plus grandes; où Bossuet en appelait comme d'abus au parlement de Paris contre une bulle rendue depuis cinq cents ans. » Des intérêts
cnlh('li(iiir-; nii vf.v siècle, c. II. Néanmoins, l'évêque de \I' ,in\ I . I i\ lit à l'une des religieuses de .louarre,
M ilii \1 Ml- S il vient un ordre de Rome en forme,
j'ûbi'iiai eeiljiiieincnt avec joie, et je serai ravi d'avoir à vous donner un exemple d'obéissance » (27 avril 1694). On l'a dit, « à peine (Bossuet) est-il venu à bout de soumettre à ses volontés la puissante abbesse de Jouarre, qu'il eiilreprenil d'imposer ain religieux de Saint-Pierre
de l;i li.ii- I- -.iriillrr ,[r l'i hit.' pour les cinq pa-
roi>^.- i(iii . I ihiii |il.ir,.'- vnii-. Iriii' gouvernement im-
uii'di.ii I l: \. I. Hi'ssiii-i ri les bénédictins de
San,i-\l.:". il, II- l:i Revue llossuet, octobre 1902. Ici cnem. I . ..,|Ui de Meaux eut le tort de recourir à la jundi. Il :M mil, I,'. « Cette bulle (l'acte pontifical obtenu par I 1111 (len iiiuines de Rebais, dom Mereau) est une chose manifestement surprise dont le pape ne sait rien du tout, » écrivait- il à M'"« d'Albert. « J'en ai rendu compte au nonce, i n'approuve p.i- ,|ii, I (31 janvier li,''i' \l « 'l'ont se fiiit ,1,1,-
'r Ih
(ui n'en a nulle connaissance, et Il I i, h miette ainsi ie nom du pape » , In avait pas le droit d'ajouter :
i,.jii'iisi-s. — Ces luttes, qu'explique ■upal du moment et du milieu, ne très regrettable dans l'histoire des
avec les ooiiiiïuinaiil('s religieuses
^ r.iii.iiil. . Ii,v le, III -iilines, chez
, I - I ., '■■ \ , .'elebre avec
- m M ,1- I l^lr. , i\ait CU (les
m nu , ,111 l.jul a .luii.ure, il exerça, la direction plus bien-
par une direction presque incomparable d'un père et d'un docteur — l'influence faisante.
On connaît ses nombreuses et admirables lettres à M'"" de Luynes et d'Albert, les sœurs de ce duc de Chevreuse qui avait été le disciple chéri de Port-Royal. On connaît aussi d'autres lettres : à M""» du Mans, de la Guillaumie, de Lusancy, de Beringhen. Les plus célèbres peut-être sont celles qu'il adressait à une veuve obscure, la sœur Corniiaii. qu'il dirigea durant vingt-quatre ans. Rien de m, en i m-, nisle, rien de moins quiétiste aussi que ceti, 1,' i , ,, ,|',i , larte toutes les vaines craintes- et les snl i, • . i , ,, ,. pousse à la communion fréquente le., aue,, ,iiii > j préparent sérieusement, et rappelle sans cesse l'étendue sans limites de l'amour de Dieu pour l'homme. « Jetez tout à l'aveugle dans le sein immense de la divine bonté et dans le sang du Sauveur; il s'y peut noyer plus de péchés que vous n'^ avez commis et pu commettre. » A la sœur Saint-André, li octobre 1690.
Et parfois, dans ses lettres ainsi que dans ses commentaires bibliques, Bossuet est « plein de fentes par où le sublime s'échappe de tous côtés », comme le lui disait, en 1688, l'abbé de Langeron. « Laissez évanouir le monde avec son éclat, écrivait-il, en mai 1693, à M"" Cornuau. Laissez-vous écouler en ce grand tout qui est Dieu... Vous étiez en lui avant tous les temps, dans son -dée et dans son décret éternel : vous en êtes sortie pour ainsi dire par son amour, qui vous a tirée du néant. Retournez à cette idée, à ce décret, à ce principe et .à cet amour. ,. Cf. M. Cagnac, Bossxuit. Lettres de dirr. / ... in IS Puis, 1904; A. Bros, ia vie chrétienne d'.ir ' '"-18, Paris, 1904.
."i /' i-:. ~ Les Élévations sur les mijsléres,
les 1/. ./././/, .n Mil- l'Évangile, sont, dans un certain sens, des aaivres de direction. « Je vous enverrai bientôt de la nourriture, écrivait-il à M"'" d'Albert, car j'ai poussé les Méditations sur les mystères jusqu'au point que je voulais, qui est le moment de l'incarnation. » Et, olTrant aux visitandines de Meaux ses Méditations sur l'zvangile, Bossuet leur disait : « C'est pour quel-
BOSSUET
ques-unes de vous qu'elles ont été commencées ; et vous les avez reçues avec tant de joie, que ce m'a été une marque qu'elles étaient faites pour vous toutes. » Des Élévations, S. de Sacy a dit : « Je n'ouvre pas ce livre sans une sorte de frémissement religieux. Bossuet y expose ou plutôt il y chante les dogmes chrétiens dans un style d'une incomparable magnificence. » Et dans les MédiUUions sur l'Évangile, quel accent de pénétrante sévérité ! D'autres ouvrages de piété, le Discours sur la vie cachée en Dieu, le Discours sur l'acte d'abandon, les Retraites, parmi lesquelles se distingue la retraite de préparation à la mort, appartiennent à la vie épiscopale de Bossuet. Nommons aussi le Traité de la concupiscence, composé en 1694, à la prière d'une religieuse de Meaux. Bossuet y passe en revue et y condamne avec une sévérité impitoyable toutes les vanités humaines. On a cru reconnaître au c. xi des exagérations jansénistes. De fait, comme la plupart de ses contemporains, non seulement Pascal, mais même Bourdaloue, Sermon sur la conception de la sainte Vierge, Bossuet voit dans la nature déchue plutôt les ruines faites par le péché que les ressources qu'elle garde encore.
Bossuet datait de Meaux le commentaire des Psaumes qu'il dédiait à son clergé (juin 1690), et cette dissertation préliminaire laquelle résume si bien tout ce qui importe à l'intelligence de ces chants sacrés, et en célèbre la beauté avec un enthousiasme vraiment lyrique... Qiio loco exclaniaverim Dielius quani ille quondani : spirat adhuc anwr ; vimmt Davidicse lyrie, ac sacris hymnis cqmmissi calores sive amantis Dei, sivc redamantis hominis. Diss. de Psalmis, c. ii, n. 20. Bossuet s'exerçait aussi à traduire en vers le Cantique des cantiques, certaines hymnes de l'Église, quelques psaumes ; mais l'instrument lui était rebelle, comme il l'a été à plus d'un grand pfosateur. « Ce qu'on aperçoit d'autant plus, dans ce combat inégal d'un ouvrier malhabile contre une forme inaccoutumée, c'est la force de l'émotion qui veut jaillir, c'est la richesse de l'enthousiasme intime, c'est la réalil.' ^1. ■•t .liimlMii -iik réserve au Dieu adoré... » \. I. 1 ' \. C'est à Meaux
aussi, et dan^ - - 1 m' i . :: - ine Bossuet écrivit ses opuscules : /' • /, (/,,. , . ,,. // , I 'leiitini circa dilectionem in sacranienlo pœuilciUise requisitam; Dissertaliunculss quatuor adversus probabilitateni. Son Traité de l'usure avait été composé plus tôt.
6» Amis de l'évêque de Meaux. — Dans sa ville épiscopale, dans sa maison de campagne de Germigny, Bossuet recevait de nombreux et illustres visiteurs; le dauphin, son ancien élève qui, en 1690, partait pour sa campagne d'Allemagne; des princes du sang; Villars; Mabillon; Malebranche; le peintre Rigaud; Santeul et Fénelon qui chantèrent tous deux les beautés de Germigny, mais les vers français du futur archevêque ne valent pas les vers latins du chanoine de Saint- Victor. Nous y rencontrons sa famille, dont la mondaine frivolité ne sut pas respecter les derniers jours du vieillard. ! Dans l'entourage ecclésiastique du prélat, nous remar- i quons Le Dieu, le précieux annaliste qui avait été recommandé à Bossuet par Mabillon ; l'abbé de Saint-André ; | et aussi, hélas! le théologal Treuvé, qui devait mourir j appelant ; l'abbé Phélippeaux et l'abbé Bossuet. Ni Treuvé, ni Phélippeaux, ni l'abbé Bossuet n'égalaient les Langeron et les Beaumontde Cambrai; mais Bossuet avait-il au même degré que Fénelon le don de discerner les hommes?
Ami de Rancé, l'évêque de Meaux allait souvent se retremper auprès de l'austère réformateur. Bossuet fit dix voyages à la Trappe; cf Revue Bossuet ;\e P. Marie- Léon Serrant, L'abbé de Rancé et Bossuet, 1903; et, d'un trait sobre, Le Dieu nous a dépeint le moine et l'évêque s'entretenant des choses de Dieu, « à la promenade de l'étang ou dans les bois. »
7» Lutte avec le chancelier de Pontchar train. — En
novembre 170"2, Bossuet eut à soutenir contre ce pouvoir royal, aimé par lui d'un amour qui n'allait pas sans quelque faiblesse, une lutte à laquelle il ne se fût jamais attendu. Le chancelier de Pontchartrain prétendait soumettre à l'approbation d'un docteur de Sorbonne (Pirot) le manuscrit de l'Instruction contre le Nouveau Testament de Trévoux, et n'en permettre qu'à ce prix l'impression. Le vieil évéque se redressa. « Il est bien extraordinaire, écrivait-il (l" novembre 1702), que, pour exercer nos fonctions, il nous faille prendre l'attache de M. le chancelier, et achever de mettre l'Église sous le joug. Pour moi, j'y mettrais la tête. Je ne relâcherai rien de ce côté-là, ni ne déshonorerai le ministère dans une occasion où l'intérêt de l'épiscopat se trouve mêlé. » Après deux requêtes à Louis XIV, Bossuet obtint gain de cause, et assura ainsi à ses collègues le droit de publier leurs œuvres sans le visa du pouvoir civil.
8" Dernière maladie et mort de Bossiœl. — Au fort de la controverse quiétiste, l'évêque de Meaux écrivait à M. de La Broue : « Dieu me donne beaucoup de courage et de santé dans un grand travail et dans un grand âge ; je ne m'en sens point par sa grâce » (18 mai 1697).
11 finit cependant par s'en sentir. Les soins et sa forte constitution avaient triomphé, en 1699, d'un érisypèle: mais au mois d'avril I70'3, d'habiles chirurgiens. Maréchal et Tournefort, reconnurent chez lui l'existence de la pierre dont il soulïrait depuis longtemps. On n'osa tenter la taille sur un vieillard de soixante-seize ans, que la révélation de son mal et la seule pensée de la terrible opération avaient saisi d'épouvante, et l'on eut recours à des palliatifs.
Durant les mois qui s'écoulèrent d'avril 1703 au
12 avril 1704, date de sa mort, Bossuet continua sa vie de travail et de prière. De Paris où la maladie l'avait trouvé, il tournait vers son diocèse des regards attentifs. Il écrivait ses trois lettres sur la prophétie d'Isaie à M. de Valincour, l'ami de Boileau et de Racine; il ache-
' XXI qu'il regardait comme Nous lui lûmes dans les 1- presque tout le Nouveau i l'ois l'Évangile de saint ïU chapitres de cet Évansaint Paul qui excitent le
vait sa paraphrase di une préparaluni commencement- ^1 Testament, et ili Jean, entre auUc- 1gile, et tous les pas
plus la confiance ; » tel est le récit que l'abbé de Saint- André faisait à un prêtre du diocèse de Meaux, l'abbé Hattingais, qui s'empressa de l'écrire. Revue Bossuet, juillet 1901, p. 181-186. Cette confiance reposait sur une humilité profonde. « Quelqu'un (l'abbé Le Dieu) lui ayant dit que plusieurs hommes de considération étaient venus pour le voir et lui témoigner la part qu'ils prenaient à ses douleurs et à sa situation sur laquelle l'Église était alarmée avec juste raison, puisqu'il en avait toujours été le défenseur, il lui répondit : Eh, mon Dieu, Monsieur, parlez-moi de mes péchés, prions Dieu qu'il nie les pardonne et qu'il me fasse la gri chanter ses miséricordes; quant i ne sauraient être trop grandes.
Saint-André, dans la Revue Bossi
Bossuet mourut le samedi 12 avr plus de soixante-seize ans et demi. Son oraison funèbre fut prononcée dans la cathédrale de Meaux, le 23 juillet 1704, par le P. de La Rue, jésuite ; et à Rome, au collège de la Propagande, par Alexandre Maffei. Sur le panégyrique romain, voir une note intéressante de l'abbé Le Dieu, dans la iJeuwe Bossuet, octobre 1901, p. 250-252.
III. Jugement sur L'HOiMME, le théologien et l'.\po- LOGISTE. — Il nous reste à apprécier brièvement l'homme, le théologien, l'apologiste.
1» L'homme. — Nous connaissons l'homme par toute sa vie. Antoine Arnauld signalait la sincérité de cette âme toujours prête à suivre la vérité connue ; et d'autre part, chez le plus grand de nos écrivains, quelle absence complète des maladives vanités de l'homme de lettres!
ntes douleurs, elles Récit de l'abbé de
l't, loc. cit.
I 1704, âgé d'un peu
1US7 l5Ub
<i S'il y a une faiblesse dont il soit injuste d'accuser cet homme « si véritablement grand », c'est la vanité littéraire. Dans la longue liste de ses ouvrages, en trouverait-on un seul (ju'il ait composé, un seul qu'il ait pulilié pour l'airo acte il'autcur'? Je ne le crois pas. L'intérêt liianifesle dr la foi, on l'a souvent et justement remaripié, lui toujour.s son unique règle : disons plus, l'iulérét contemporain de l'Église. Ceux même de ses travaux qui, en leur temps, avaient pu être utiles, mais qui. selon lui. ne l'i'taient plus, ne méritaient pas, à ses \iii\. cil' (lunT, Il lai— .r s'accumuler et se disperser les niariu-ci 11- ili' -r~ -.rnious, et c'est par surprise qu'on hii an.ich. I.i |.u|ili.Mli..ti des Oraisons funèbres. Ce ili siiiU'iessriiiL'iU av.ul frappé, de son temps déjà, ses adversaires eux-mêmes. Voilà un prélat, disait Bayle, « qui n'est pas du nombre de ceux qui écrivent pour « écrire. »A. HéheUinu, Bnssuet historien du protestatvtisme, 1. I, c. I.
Cet homme qui a pu se déclarer « le plus simple de tous les hommes..., le plus incapable de toute dissimulation et de toute finesse », Relation sur le (juiétisiiie, sect. VI, est aussi un homme bon. Il aime sa famille. Voir sa lettre à l'évéque de Mirepoix sur la mort de son frère Antoine, 24 février 1699. Il garde jusqu'à la lin tous ses amis, excepté, hélas! Fénelon, dont la nomination comme précepteur du duc de Bourgogne lui avait inspiré une lettre du plus joyeux et aussi du plus pathétique accent. Il use de son influence pour faire le bien lémoin tous ces protestants condamnés à diverses peines dont il obtint la grâce). Voir H. Druon, Bossuel à Mcaiix.
Sans doute, des défauts se mêlent à ces vertus. Bossuet est faible pour les siens. Il abandonne à un neveu cl à une nièce le gouvernement de son domestique; pour un autre neveu, pour celui qui, si la chose eût été possible, l'aurait compromis à Rome et devant l'histoire, il sollicite une coadjulorerie que Louis XIV refuse. Largement pourvu de bénéfices, il donne et dépense, peu soucieux de ses all'aires. Il est sincère dans sa passion pour la royauté, dans l'enthousiaste admiration qu'il ressent pour Louis XIV, et qu'il ne s'est jamais lassé dexprimer ; mais cette passion pour l'institution et pour l'homme va trop loin. Il exagère les droits du pouvoir: il porte, si je l'ose dire, la superstition du sang royal, jusqu'à l'honorer dans ceux qui ne l'avaient reçu qu'au mépris de la loi morale, et qui, au point de vue de la liviil'ii II In II II rlii'|ib . n'i'taient rien. Voir la dédicace de SI 1 ' - j I indigne évêque commendataire
d. w - I h lin 1\ ,1 delà marquise de Verneuil :
///. V' / '.. -, 7/1/ ' f.rcelsum sanguini rerjio, etc.
Mais il n'était pas le seul à tenir un tel langage. Mascaron, quoique assez discrètement, rappelle, dans l'oraison funèbre du duc de Beaufort, que ce prince était du « sang du grand Henri ».
Par cette superstition monarchique s'explique la faii.lesse de Bossuet dans l'aft'aire de la régale. C'est son gallicanisme surtout qui explique la part prise par lui à la Déclaration de 1682; gallicanisme qu'attestent et cette longue et laborieuse Defensio dont on voudrait pouvoir contester l'authenticité, et le mémoire contre Roccaberti (1696).
Enfin, cet homme si bon a eu dans la polémique, non seulement des rudesses, mais des duretés. Sa vieillesse chagrine soupçonnait et accusait trop aisément.
Tout ceci prouve que Bossuet n'égale pas les saints que l'Église a élevés sur ses autels; mais, nonobstant ces erreurs, ces faiblesses, et les fautes qu'elles ont entraînées, Bossuet, du commencement à la fin de sa carrière, fut un homme de foi et de religion profondes. Sa vie en a fourni des preuves irrécusables. Quelques traits encore achèveront de le peindre. Interrogé par un incrédule mourant qui lui disait : « Que pensez-vous de la religion '? ■> il répond avec l'inimitable accent de la conviction : « Qu'elle est divine, et que je n'en ai jamais
douté. » Toujours sincère avec lui-même, comme s'il eut redouté sa faiblesse, à une supérieure de communauté qui un jour lui avait demandé : « Quelle grâce implorerai-je pour vous'? » il disait: « Que je n'aie point de complaisance pour le monde. ■> Enfin, Bossuet mourant s'indigne qu'on ose prononcer à son chevet le mot de gloire.
2" Le théologien. — Nous avons saisi, au cours de cette étude, le caractère et admiré la haute valeur de la théologie de Bossuet. L'évéque de Mcnux est l'homme delà tradition ; il eût pu adopter la liêi. 1 \1 '. mniu-
liendrai. Nous l'avons vu étudier il m la
tradition dans les Pères, dans saiiii \ 1 1 ^ iiont. Aussi, épris de cette théologie poM'" ■ 1 1 1 |ih II,- k' xviie siècle français a élevé d'indesiruclibles monuments, suivait-il d'un œil attentif, accueillait-il avec joie toutes les trouvailles qui, de son temps, enrichissaient le trésor de la patrologie. Et sa critique, aidée par les lumières croissantes de l'érudition, s'attachait à discerner les œuvres authentiques de celles qu'une longue erreur avait prêtées aux Pères. C'est ainsi que, dans sa Défense de la tradition sur la communion sotcs une espèce, part. II, c. xxxi, il déclare supposés les ouvrages qui avaient été attribués à saint Denis l'Aréopagite. Voir aussi Tradition des nouveaux mystiqiies, c. xvi, sect. vi.
Nous l'avons remarqué aussi, défenseur de l'immutabilité du dogme catholique, Bossuet n'a pas eu suffisamment — et ses contemporains l'avaient peu — la notion de ce développement doctrinal que Franzelin et surtout Newman nous ont rendue familière.
3» L'apologiste. — Nous savons la place immense que l'apologétique tient dans l'oeuvre de Bossuet. Nous l'avons rencontrée dans les sermons, dans l'oraison funèbre d'Anne de Gonzague; elle domine, elle triomphe dans le Discours sur l'histoire universelle. Prétendra-t-on que cette apologétique est mal informée; qu'elle ignore les dangers du présent, qu'elle ne prévoit pas ceux de l'avenir? Le catalogue et l'inventaire de la bibliothèque de Bossuet fourniraient contre cette assertion un préjugé solide. « Une bibliothèque est révélatrice d'une nature d'esprit et d'une méthode de travail. Celle de Bossuet nous le montre attentif à tout ce qui pouvait intéresser l'apologétique et la critique, l'exégèse et la controverse. •> F. Brunetière, Le testament de Bossuet et l'inventaire de sa bibliothèque, dans la Bévue Bossuet, juillet 1901. Bossuet connaît ses contemporains, il se sert d'eux, il les juge. Il connaît Bacon, puisqu'il cite du philosophe anglais une pensée qui a été bien souvent redite. Défense de la tradition et des SS. Pères, part. II, 1. VI, c. XV. Il prend à partie le scepticisme railleur de Montaigne qui se survivait au xvii" siècle. De la connaissance de Dieu et de soi-même, c. v, n. \. 11 fait réfuter par Fénelon le Traité de la nature et de la grâce, et il écrit cette lettre fameuse où Malebranche est si sévèrement jugé. A un disciple du P. Malebranche, 21 mai 1687. Il admire Descartes, et cependant il n'hésite pas à écrire dans cette même lettre : « Je vois... un grand combat se préparer contre l'Église sous le nom de la philosophie cartésienne. Je vois naître de son sein et de ses principes, à mon sens mal entendus, plus d'une hérésie... » Et les grands adversaires, les grands négateurs du christianisme, Bossuet ne les a pas ignorés. C'est Socin, nous l'avons vu. qu'il poursuit dans le Sixième avertissement; c'ef^t S|iih -1. ^imiosa contempteur de la révélation mosai.|ii 1 11 , que, sans le nom-
mer, il réfute dans !• /• lusloire universelle.
Presque à la fin du ,,.i l^n-iu carrière, il signalait à l'évéque de Fréjus, l'ieury, « l'esprit d'incrédulité qui gagnait tous les jours. » Lettre du II décembre 1702. Cet esprit, Bossuet n'a jamais cessé de le combattre par les armes les plus opportunes et les plus sûres.
En terminant, nous avons donc le droit de nous approprier ce jugement qui résume une conférence de