C. Toussaint
BRENTIUS (ou BRENTZEN, BRENZ) Jean,
berg, y suivit les cours de J. Kneller et de J. (J-xolampade. Luther étant venu le 26 avril 1518 au couvent des augustins d'Heidelberg pour y soutenir une discussion publique, où il développa ses idées sur la justification par la foi seule, sur l'impuissance de la volonté de l'homme, et la faiblesse des bonnes œuvres entachées par le péché, au nombre des auditeurs qu'il séduisit se trouvait Brenz. Devenu en 1520 chanoine de l'église du Saint-Esprit à Heidelberg, puis ordonné prêtre par l'évêque de Spire, il professa à son tour la philo.sophie et la philologie, et dans une explication de l'Kvangile selon saint Matthieu .se rendit suspect d'hérésie; une enquête fut entreprise sur son orthodoxie, et il dut quitter l'université. Il fut donc heureux d'accepter le poste de prédicateur qu'on lui ofl'rait dans la ville impériale de Halle en Souabe, 1522; il continua d'abord d'y célébrer la messe, au moins de temps en temps, tout en déclarant qu'il la consid.-rail r.iinnii' un .^ernnrs inutile aux vivants et aux moii- il imii |..i 1I...I11 i.iin les rites du culte, en particnh. 1 1. .lui .1. .mi,. qui lui paraissaient contrair.'- .1 II \,iii.^il.v lu l.'.jr, il publia sa 1" Ordonnance ecili.si((sliijiie pour la ville de Halle et son territoire, puis il écrivit le l"- catéchisme de la foi évangélique pour la jeunesse de Halle. A ce moment l'Allemagne était divisée par la querelle des sacramentaires ; l'ancien maitre de Brenz, CKcolampade, soutenait que la parole du Christ : Hoc est corpus meum, avait un sens figuré, et les zwingliens étaient de son avis. Brenz prit contre eux le parti de Luther, soutenant avec lui la doctrine de la présence réelle, et de concert avec quatorze de ses collègues, théologiens wurtembergeois, tels que Schnepf, Lachmann, Isenmann, Gràter, il rédigea la déclaration connue dans l'histoire de la Réforme sous le nom de Syngramma suevicum.
Lorsqu'en 1529, pour réunir toutes les forces de la Réforme, le landgrave Philippe de Hesse convoqua le colloque de Marbourg, Brenz y soutint encore la doctrine de la présence réelle tout en s'efforçant de se mettre d'accord, sur la question de l'eucharistie, avec Zwingle et Œcolampade, comme il l'était déjà avec Luther, Bucer, Mélanchthon. Une trêve temporaire en résulta, et l'année suivante, 1530, à la diète d'Augsbourg, un nouveau compromis fut tenté, mais cette fois entre luthériens et catholiques; Brenz y assista, et s'y montra arrogant et maladroit dans la défense qu'il y présenta des doctrines formulées dans la célèbre confession luthérienne d'.\ugsbourg.
A son retour de cette diète, la même année 1530, il épousa une veuve et revint vivre à Halle, on il resta
BRENTIUS — BRIARD
jusqu'en 1536; il fut alors appelé à Tubingue par le duc Ulrich de Wurtemberg qui lui confia la direction de l'université de cette ville, avec Camerarius et Fuchs. En 1537 il assista au couvent de Smalkalde; il retourna prêcher à Halle en 1540. et ne quitta cette ville que pour aller assister aux derniers colloques entre catholiques et protestants allemands : à Haguenau en 1540, à Worms et à Ratisbonne en 1541. La guerre de Smalkalde qui éclata en 1546 entre l'électeur de Saxe et Charles-Quint, s'étant terminée en 1547 par la victoire de l'empereur àMuhlberg, Halle fut occupée par les soldats impériaux; Brenz, qu'on accusait d'avoir fomenté cette guerre, dut s'enfuir. Mais Charles-Quint vint lui-même à Halle et comme il n'inquiéta pas les habitants au sujet de leur religion, Brenz y revint et y resta jusqu'à ce qu'on voulut, en 1548, lui imposer Vlnterini d'Augsbourg. II protesta par un écrit où il qualifie cet accommodement d'Interitus. Granvelle ordonna alors aux habitants de Halle de l'envoyer enchaîné à Augsbourg. Averti de ce dessein, auquel avaient accédé ses concitoyens qu'il avait évangelisés pendant vingt-quatre ans, Brenz se retira d'abord dans le voisinage, puis erra longtemps, ainsi que sa femme malade et ses six enfants. Informé de ses malheurs, et au risque de s'attirer la vengeance impériale, le duc Ulrich de Wurtemberg permit à Brenz d'exercer, sous II' nom <}f Hnldrich Œngster {Hudericus Encatistiiis. 1 . -I ,i <lii< i',-filé), la charge de bailli de Hornberg
dan~ il I i-\ Mi . Sa femme était morte pendant cet
exil, ri il ^>' iviii:aia en 1550 avec la sœur de son ami Isenmann: il en eut douze enfants. La même année, Ulrich mourut et son fils, le nouveau duc Christophe, rappela Brenz à Stuttgart ; il en fit son ami et son principal conseiller; en 1553 il le nomma prévôt de l'église collégiale de Stuttgart.
Dés lors, Brenz consacra tout son temps à la diffusion du luthéranisme. Depuis la mort de Luther en 1546, il était considéré comme son successeur. Bien que modéré dans la forme, il était animé d'un esprit de prosélytisme très actif. Aussi le duc de Wurtemberg l'envoya en 1552 présenter aux Pères du concile de Trente et défendre la profession de foi luthérienne dite Confessio Suevica ou Wurlembergica, que Brenz avait rédigée l'année précédente avec plusieurs théologiens de Tubingue, dans des termes entièrement conformes aux principes fondamentaux de la confession d'Augsbourg. Mais celui-ci n'eut pas l'occasion de soutenir cette profession de foi, les Pères du concile ayant été contraints de se disperser peu après son arrivée à Trente. En 1552, le dominicain Pierre Soto. confisseur de l'empereur, et alors professeur à l'université de Dillingen, composa un écrit : Achertio fidei catholicsi dira articulas confessionis Wirtembcrgicx, Brenz y répondit par son Àpologia confessionis CItrislophori ducis Wirtembergici. Vers cette époque, il discuta aussi en divers écrits les doctrines d'Osiander, et montra en quoi ce dernier s'était écarté des paroles et des écrits de Luther qu'il prétendait interpréter. Il réfuta aussi les écrits de Bullinger, disciple et successeur de Zwingle, et soutint contre lui la présence réelle. En 1562, il s'occupa des réformés français, et en compagnie du duc Christophe, il eut, à Saverne, une entrevue avec le duc de Guise et le cardinal de Lorraine. Après avoir terminé l'organisation de l'Eglise luthérienne du Wurtemberg, il mourut, âgé de soixante-onze ans, à Stuttgart, le 11 septembre 1570.
Brenz a toujours été considéré comme un des plus remarquables théologiens partisans de la confession d'Augsbourg. Il a prétendu rester fidèle à la doctrine de Luther sur la prédestination, la jusiilication par la foi seuk';il iiif.-i,-n;.il .|ih- ChiiM n,, |mv i,,iI, son Église sur In |"i-.'iiih- .!.■ l'i, vv. hMi- -m l.i l.n : le rocher
prédication, le baptéii
j uiduiiné trois cène. La parole
de Christ concernant la cène renferme une promesse indéfectible et toute-puissante. Si on veut n'y voir qu'une figure, on s'attribue le droit de discuter tous les enseignements et tous les actes de Christ. La foi ne fait pas le sacrement, pas plus que l'intention de ceux qui le reçoivent, mais c'est la puissance de Christ qui agit par la parole même de la promesse. Cette parole porte le corps de Christ dans le pain, le convertit en corpus corporale Christi. A la fin de sa vie, sans employer l'expression d'ubiquité, Brenz professait que le corps de Christ, comme sa divinité, est présent partout depuis l'ascension. Cette nouvelle manière d'expliquer la présence du corps du Christ dans l'eucharistie fut imaginée surtout contre les zwingliens, et adoptée par la secte des ubiquitaires.
Les œuvres de Brenz forment 8 in-fo!., Tubingue, 1576-1590; Amsterdam. 1666. Beaucoup sont reproduites dans le Corpus refonnatofiim. Voir aussi les Anecdota Brentiana de Presset, Tubingue, 186S. Sa vie a été écrite par Hartmann et Jceger, Johann Brenz, nach gedruckten und ungedruckten Quellen, 2 vol., Hambourg, 1840-1842, et dans la collection -.Vdter und Begrunder der lutherischen Kirche, Elberfeld, 1862, t. vi. Voir Michel Adam, Tite germanorum Iheologorum, p. 436 sq.;. Beyschlag, Lebensbeschreibitng desJoh. Brenz, Nuremberg, 1735;: Cammerer, Joli. Brenz, der tvurtembergische Reformator,. Stuttgart, 1840; Moreri, Dictionnaire, t. u; Janssen, L'Allemagne et la Réforme, trad. Paris, Paris, 1892, t. ni, passim ; iSSâ, t. IV, passim; Kirchenlexikon, t. Il, col. l'234-1242; Realencyclopadie, t. iv, p. 376-388; Kœhler, Bibliographica Bretitiana, 1903.