‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 406 sur 741 · V. Ermoni · texte numérisé non relu

V. Ermoni

BROGLIE (Auguste-Théodore-Paul de), fils du duc Victor de Broglie et d'Albertine de Staël, naquit à Auteuil le 18 juin 1834. Privé de sa mère à quatre ans, et conlié à une tante, la baronne Auguste de Staël qui, protestante convaincue, l'éleva cependant avec un soin scrupuleux dans le catholicisme, Paul de Broglie suivit les cours du collège Bourbon (aujourd'hui lycée Condorcet), et fut ensuite admis à l'École polytechnique d'où il sortit, en 1855, aspirant de marine. Il fut fait

lieutenant de vaisseau et dc'.con- en 1850, à la suite d'un engagement avec les in<li,L;.iiii> d.' la Nouvelle-Calédonie, où il avait marché à la l-i. .i. l iviul-^arde. Constamment occupé, à terre coiuiiii' a l...ril, d.' pL-nsées religieuses et d'oeuvres de zèle, M. de Broglie sentit s'éveiller en lui la vocation sacerdotale; après de longs délais que d'impérieuses convenances lui avaient imposés, il entra en février 1867 au séminaire d'Issy, et passa, en octobre, au séminaire de Saint-Sulpice. Ordonné prêtre le 18 octobre 1870, Paul de Broglie fut, au patronage de Sainte-Anne, à Charonne, d'abord l'auxiliaire et bientôt après le continuateur d'une victime de la Coriimune, l'abbé Planchât. Nommé en 1873 aumônier de l'École normale primaire d'Auteuil et de l'École Jean-Baptiste- Say, il fut chargé, à la fin de la même année, d'un cours de théologie à l'École libre des hautes études, courageux essai par lequel l'abbé d'Hulst préludait à la fondation de l'université catholique de Paris. L'abbé de Broglie débuta dans cet enseignement par des leçons sur le surnaturel où se révèlent déjà la vigueur, l'étendue et la pénétration de son esprit, ce don de tout éclaircir qui venait de l'aptitude à tout saisir et à tout voir.

M. de Broglie fut appelé, en 1879, à professer le cours d'apologétique à l'Institut catholique de Paris. En même temps qu'il abordait cette chaire, il publiait un livre dont il avait ronru dès 1857 la première pensée : Le posilii':^n,r ri h, ^rii'iice expérimentale, 2 in-8», Paris, 188(l-I.^'<l. I. .|ii. I . i iil,;'i vrai dire, une introduction philosopliii|ii. a I ,i|...l.ji:étique chrétienne, car cet ouvrage revendi(|uait contre le positivisme, qui rejette comme inconnaissables ou même comme inexistantes toutes les substances et toutes les causes, et partant l'âme et Dieu, le droit qu'a la raison d'affirmer ces vérités fondamentales. Il 11 était souverainement désirable, a-t-on dit, qu'un ouvrier de la vérité, tout à la fois philosophe et savant, vint, au nom des sciences expérimentales, démontrer que l'expérience appelle nécessairement la mélaphysique, comme la métaphysique appelle l'expérience...: et que, si le philosophe, quand il néglige de s'appuyer sur le terrain solide des faits, construit dans les nuages une science vide, de même l'expérience, quand elle rejette la science des principes et des causes, n'est plus qu'une barque sans boussole et sans voiles. Or, Celle .I.iii..n^lration, M. de Broglie l'a faite claire, péreiii|.i..ir. , -iii,il.,irKlante. » L'abbé Lamoureux, dans le BiiUrin: rr.i,.,,,.' du 15 janvier 1882.

A l'iiisiihii ealhuli.iue de Paris, M. de Broglie inaugura son enseignement par une étude de l'histoire des religions, sujet qu'il traita cinq années durant. Nous en avons les résultats dans son livre : Problèmes et conclusions de l'histoire des religions, in-12, Paris, 1885; 4'édit.,1904, « synthèse puissamment condensée qui suppose une longue et patiente analyse... Après avoir caractérisé les diverses religions, l'auteur recherche d'abord leurs ressemblances avec le christianisme ; la part loyalement f;iite à ces ressemblances, il établit la transcendance de l'œuvre du Christ. Enfin, de la transcendance, qui n'est qu'une supériorité relative à l'égard de tous les autres cultes, il s'élève jusqu'à la valeur absolue de la religion chrétienne. Il y a dans cette gradation une sévérité de méthode, une probité de discussion qui peut servir de modèle à tous les apologistes. » Mor d'Hulst, Correspondant du 25 mai 1895.

Laissant l'histoire pour la métaphysique — car « il faut toujours, disait-il, en venir aux questions métaphysiques » — M. de Broglie « entreprit l'exposé des preuves de l'existence de Dieu créateur, c'est-à-dire la solution du vaste problème des origines de l'univers ». Première leçon de i888. Il avait commencé son cours en s'attachantà définir et à justifier les principes rationnels de sa démonstration. II avait tour à tour étudié les principes de causalité et de finalité; il s'était ensuite élevé au principe de contingence et de raison suffisante,

Il;

« ce dernier iHanl, » comme il le disait, « la clef de voùle de la causalilo. « M. de Broglie se proposait d'appliquer ces principes à trois ordres de lui- S.liii lui, la démonstration de l'existence du cir ii m 1 >h [ir. ndre son point d'appui dans trois ordres il c.l.ji i- .1 • \|i. i it-nce, le moiiili , >t'ii. m, 1. 111,111(1,' iulrrieur et I lusluire, surtout II. I. i il. riiumanité. IJans ses cours de l.ss- I -'I I I l~'.iii. I, il, lié de Broglie appliqua au

mon.l, . \:. i m umiide intérieur les principes

énonces plus haut. Les levons de 1893 traitèrent des Fondements de la foi chrélienne; celles de 1894 retracèrent l'histoire des Helalions entre la foi et la raison: les dernières, celles de 1895, exposèrent les Conditions modernes de l'accord de la raison et de la foi.

eu 1879, 1880 et 1881, avait fait dans la Il -\ .ilére, sur la vie surnaturelle, sur la

Il a privé l'humanité, sur les sacre-

iiiiliiil et entretiennent celte vie, des

M. de liroKli Chapellr lir S,, faulr piMuiliv.

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donnai! ihius sa chiiiiv de professeur, l'en, I. ml I imiiI de 1890, il y prêcha, sur L'idée de Dieu i'ii//s l'Anrirn Testament el dans le Nouveau Testunieni . îles ennlirences ijui ont été réunies en volume, i'.ni-. I,"'^'.i- I 1 conférences de 1891 et de 1892, encore im'ilili -. -mil mii tulées : Les luttes religieuses, le trinnii^ln- .In ,,.•>,,.. théisme dans le peuple d'Israël; Les li'-monis <li- l'iilrr de Dieu : Les prophètes ; La religion et la morale jn-ivi'e des Israélites ; La croyance à l'immortalité de l'âme citez les Hébreux; Révélation progressive dans l'Ancien Testament. Les sept conférences sténographiées de 1892- 1893 ont pour ohjet les prophéties messianiques. Elles ont été éditées par le P. Largent dans la collection Science et 1-eligion, sous le titre : Les prophéties messianiques, 2 in-16, Paris, 1904. La seule énumération de ces sujets indique assez la place que la question biblique tenait dans les pensées et dans les travaux de l'abbé de Broglie. Sans méconnaître la légitimité de la méthode apologétique qui tout d'abord travaille à établir l'origine mosaïque du Pentateuque, et qui s'appuie ensuite sur le témoignage de Moïse pour prouver les événements qui ont accompagné la promulgation de la Loi, M. de Broglie préférait une autre méthode, plus accessible au grand nombre des esprits cultivés et sincères. Cette méthode consiste à détacher de l'histoire biblique quelques grands faits : l'exode des Israélites en corps de nation sous la conduite de Moïse ; la promulgation par Moïse d'une loi religieuse, laquelle contenait le principe dogmatique du monothéisme, et l'interdiction de l'Idolâtrie et des représentations figurées de la divinité; et à démontrer ces faits uniquement par l'indéfectible tradition du peuple juif. Ce n'est point d'ailleurs qu'en arrêtant ainsi, sans recourir au Pentateuque, les grandes lignes de l'histoire primitive d'Israël, M. de Broglie prétendit écarter la question de l'authenticité des livres qui portent le nom de Moïse. « Il viendra un iiiiMmiii. .iii.iii r.iiinlMuisie. mi il faudra aborder la ijin -; n , , , 1. - i,\i, - iln I'. ni.iieuque...

Mais quand le ,ir m. ni ■. 1 , ■>. |, ,.,111 neer cette

discussion, le leii.uii .iuia,.l,. debl.ije île Ijirii des objections, l'histoire de la religion d'Israël sera mieux connue, les croyances et les mœurs de la nation seront dégagées en partie des nuages qui les enveloppent à nos yeux, et il deviendra plus facile de reconnaître si l'attribution inexacte d'un livre à Moïse a été possible : la preuve traditionnelle de l'authenticité, qui est au fond la plus sûre, sera devenue plus accessible. » Questions bibliques. Un plan de défense, p. 74.

Au cours de ses dernières années, M. de Broglie publia divers ouvrages, inspirés par la même pensée apologétique, animés par le même zèle ; Instruction morale :

Dieu, la conscience, le devoir, in-12, Paris, 1883, 1884' opuscule destiné aux élèves de l'enseignement primaire; La morale sans Dieu, ses principes et ses conséquences, in-12, Paris, 1886, vigoureuse et pressante réfutation de l'évolutionnismc en morale; La réaction contre le positivisme. in-12. P.Tri = . IRO', mi l'nuleiir nijeunil et fortillc encore Ir- |ii, m,- rl,i--ii|ii, - iIh lliii-nn'. Ii.iltiies en brèche il, m- inuiii.- ml- lli., ii.,' n iiil.iii|ii u.i me l)ar des subtiliti-s siiiilii-liiin.-.iHi erpinilnil il iii.ml n- .|iie l'âme humaine appelle une lumière iiunn- pile • 1 niniiis froide que celle de la raison, et que e.-t ., I lu-imie de lui

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ire 1891, réponse à un chapitre célèbre du dernier ouvrage de laine, publié dans la Revue des Deux Mondes sous ce même titre;

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f.ln, liii'lluuii.iiie piinr r,,r<i,ns,h.,,i .Ir l.< •.riléphilosnp/iiilii,-. l'.ili-. I.'^'.lli ,Ati:ill ,li-. \iiil,llrs ,1, /ihilosophi,' ,lirrli,-iin,'' \|,,il|,iii- ,|iii' M île len.lie |livta Un e.iiiriiin-, i-ni.M.-e :mx e.m. i- - -.1- i.lili,|ii, - il- IS.S8, de Is'.H rt lie Ks'.n, iliinl \Lr iMlil 1 1 n' , I- !■■ iiiiiiiioteur

ijnilr se, /e.s l/t/a'u/i/i/e.s /..(>/../ a. .s, .I.IU.S le Compte

ee„,/i, r.iis, 1889, t. 1,' p. 92-152, et dans la Revue des

rrini ls;il, t. III, p. 385-428; 1892, t. iv, p. 5-36.

r.i:i -i.V. ; /.,( lui de l'unité du sanctuaire en Israël, dans le Compte rendu, Paris, 1891 (tirage à part, Amiens, tëQI) ; Les prophètes et la prophétie, d'après les travaux de Kucnen, dans le Compte rendu, Sciences exégétiques, Bruxelles, 1894, et dans la Revue des religions, 1895, t. VII, p. 46-48, 118-139, 183-220.

Le 11 mai 1895, la main d'une folle que l'abbé de Broglie avait généreusement secourue, brisa cette vie laborieuse et sainte, qui avait produit tant d'œuvres de haute valeur. Grâce à Dieu, ces ouvrages subsistent. L'étranger, parfois plus équitable appréciateur de nos richesses et de nos gloires que nous ne le sommes nous-mêmes, a déjà rendu à l'oeuvre de M. de Broglie la justice qu'elle réclame. « Pendant ma résidence en Allemagne, a écrit M. l'abbé Piat, j'eus l'occasion de remarquer, à dilférentes reprises, la profonde estime qu'on avait, au delà du Rhin, pour cet esprit à la fois si ouvert, si fort et si loyal. Tout récemment encore, dans un discours prononcé à l'hôtel des Sociétés savantes, devant l'élite de l'université, M. Barrows, professeur de -religion à Chicago, citait le nom de l'abbé de Broglie à côté de ceux des cardinaux Newman et Gibbons. » L'apologétique de l'abbé de Broglie, 1897, p. 80.

Signalons des brochures et des articles de revue, dont quelques-uns contiennent intégralement ou résument les leçons de l'abbé de Broglie à l'Institut catholique de Pavis: L'apologétiquechrétienneenprésencedes sciences et de l'histoire, Paris, 1880; La science et la religion, leur conflit apparent el leur accord réel, Paris, 1883; La transcendance du e/, .\/' le- ,.., . Paris, 1885; La définition de la religi..,' m I- r - li'«2; La vraie reiigio», Paris, 1882; /.e , ;, vux au point de

vue rationaliste et au ijumi •!,■ , e. rhrélien, Paris, 1884; La morale indépendante, 1882; Les progrès de l'apologétique, leur nécessité et leurs conditions, in-8», Paris, 1886; Religion de Zoroastre et religion védique, Paris, 1880-1881; Le bouddhisme, Paris, 1881-1882; Religions néo-brahmaniques de l'Inde, Paris, 1882- 1883; L'islamisme, Paris, 1882-1883; Les origines de l'islamisme, dans la Revue des religions, 1889, t. i, p. 21-39, 239-259; 1890, t. 11, p. 9-27; Vue d'ensemble de la religion d'Israël, Paris, 1885; Caractère historique de l'Exode, dans les Annales de philosophie chrétienne, mai 1887; L'histoire religieuse d'Israël el

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