V. Ermoni
BRUYS (Pierre de), hérétique de la première moitié du XII» siècle. — I. Vie. II. Doctrines.
I. Vie. — Pierre de Bruys, ou Bruis, Bruix, Brueys. Brouich, ne nous est connu que par Abélard, qui en parle
brièvement, Introductio ad Iheologiani, 1. II, c. iv, P. L., t. CLXxviii, col. 1056, et par Pierre le Vénérable, Kpislola sive tractatus adversus petrobrusianos hœreticos, P. L., t. CLXXXix, col. 719-850, qui donne quelques renseignements sur sa vie et expose ses doctrines.
Il naquit peut-être à Bruis, qui est aujourd'hui un petit village du canton de Rosans (Hautes-Alpes). Cf. Arnaud, Mémoires historiques sur les vaudois du Dauphiné, Crest, 1896, p. 90. Certainement il dogmatisa d'abord dans les diocèses d'Embrun, de Die et de Gap. C'était un prêtre. Pierre le Vénérable indique, parmi les causes possibles de sa défection, le manque d'cstiem surnaturelle pour les fonctions de son ministère, le désir de la célébrité, ou la rancune qu'il ressentit à être chassé de son église pour des raisons mystérieuses dont l'abbé de Cluny dit seulement que l'hérésiarque ne les ignore pas, de ecclesia quam tenebat scit ipse quare ejectus, col. 790.
On a émis diverses opinions sur les dates de la prédication et de la mort de Pierre de Bruys. Cf. C. U. Hahn, Geschiehle der Ketzer im Mittelaller, Stuttgart, 1845, t. I, p. -409-412. Nous pouvons les fixer approximativement. L'écrit de Pierre le Vénérable contre les pétrobrusiens a été composé entre 1 137 et 1 1 10 M 137 ou 1 1138, d';iprr- li-i|i;ii e,e /;e;/ee.,e -„e S, A 'e,e,, s, A ;. /, /e des M e -, ., \liinii ii l-'iii, ' L j. -' Il ■- I IliO,
irelUe- \ leuehr.j /l'e ,, J, , ■; .. .,,I,-S,
l'an-, IS'.ii, I i.v, p. 7,1, ,1. ■:,. < Il 11 lin ,1, ml de Pierre de Bruys; nous y appruuuns, col. 72G, que le pétrobrusianisme compte déjà vingt ans d'existence. La lettre, qui sert de préface à ce traité, n'est pas de beauiieip p. il 1 ieiii e; l'auteur déclare que le traité est récent, Me , / eei. 719^ et il ajoute, col. 722, que les
pi I I s de l'erreur ont été per viginli fere
II" '"" I ' /il par Pierre de Bruys. Entre la rédaction du traité et celle de la préface, est survenue la mort de Pierre de Bruys : il a été livré aux flammes, à Saint-Gilles, par des fidèles indignés de ce qu'il avait hrùlé des croix. Pierre de Bruys a donc commencé de répandre ses doctrines de 1117 à 1120.11 a cessé de vivre vingt ans plus tard.
L'hérésie pétrobrusienne eut pour berceau les Alpes dauphinoises, de tout temps favorables à l'éclosion et au maintien de l'hétérodoxie sous toutes ses formes. Cf. ,1. Chevalier, Mémoires historiques sur les hérésies en
ri<"ii.r:nr ; le x\r siècle, Valence, 1890, p. 1-3.
I I I Ijiibrun, les évêques de Gap et de Die
I I K puiser de leurs diocèses, tant par leurs
per I - pe -1 Ce à l'appui du pouvoir séculier. Pourcliasséeeu Daupbiné et en Provence, elle passa le Rhône, gagna la Gascogne, s'implanta à Narbonne et à Toulouse. Quand Pierre le Vénérable rédigea le traité contre les pétrobrusini^ ei|,. nivnit pas pénétré encore à Arles, col. 770: I il ' ' ; I ■ Ile y était, car la lettre-préface decetralli !i i la rchevêque d'Arles, en même
temps qn a n lui d I nili un et aux évêques de Die et de Gap. A tous les qiialre Pierre le Vénérable dit, col. 721, que, dans leurs territoires et dans les pays voisins, l'hérésie, à l'instar d'une peste redoutable, a fait beaucoup de victimes, beaucoup de morts ou de malades, more pestis validée multos interfecil, plures infecil. II en parle en connaissance de cause, car il a visité naguère cette région. 11 a constaté que le pétrobrusianisme est détruit, mais que, pourtant, il en reste des traces. Nul ne le défend en public; un grand nombre d'hommes chuchotent en sa faveur. Des catholiques sont ébranlés, et, s'il a l'intention d'éclairer les hérétiques, l'abbé de Cluny se propose principalement de prémunir les fidèles contre le danger, de dissiper les doutes qu'ils ont emportés de leurs entretiens avec les partisans de Pierre de Bruys. L'habileté de l'hérésie augmente le péril; tantôt elle s'avance à la sourdine, tantôt elle s'affirme audacieusement, selon les circonstances.