IX, De t/otocasiitafis; Salmanticenses. ' mu
ralis, tr. XXVI, c. I, n. 37 sq. ; Escbbacli. /ii,, f ./u u ^ ; ;,7si,jlogico-theoloijicœ, 2' édit.. Rome. 1091. p. 4s7 sq. ; hirclicnlexikon, 2» édit., t. vu, col. 419 sq.
Y.. DlBL.\NCHY.
CHATEAUBRIAND (François-René, vicomte de), homme d'État et écrivain français, né à Saint-Malo le 4 septembre 1768, mort à Paris le 4 juillet 1848. — I. Vie et rôle. II. Œuvres apologétiques et infiuence religieuse.
I. Vie et rôle. — Dixième et dernier enfant d'une famille noble de Bretagne, il vit jusqu'à dix-huit ans soit à Saint Malo et au château de Combourg, où se développent, auprès d'un père morose et d'une sœur à l'imagination maladive, sa mélancolie et sa sensibilité naturelles, soit aux collèges de Dol, de Rennes et de Dinan, où il fait mal ses humanités. Destiné à la marine il déclare vouloir être prêtre et finalement, en 1786, accepte un brevet de sous-lieutenant au régiment de Na. varre alors à Cambrai. Mais presque immédiatement on le trouve à Paris où il est en congé jusqu'en 1790. Il y voit \i monde littéraire d'alors, Parny, Chamfort, Ginguené, etc., tous représentants de l'esprit du xviiis siècle. A ce contact, ses convictions religieuses s'émoussent et il est pris d'ambition littéraire : il complète ses études
en lisant les anciens, Montesquieu, Bernardin de Saint- Pierre, Bossuet, Voltaire, Rousseau surtout, et il publie dans VAlmancKh des Muses de 1790, p. 205, une idylle intitulée ; L'amour de la campagne. Il sort définitivement de l'.irmée en 1790 à la suite des événements, et le 8 avril 1791 s'embarque à Saint-Malo pour aller découvrir un passage aux Indes par le Nord-Ouest de l'Amérique. Il n'arrive à Baltimore que le 10 juillet. Éclairé sur place, il renonce à son projet et se contente de faire dans la ii^inii Ksi ,1. , liiis-Tnis un voyage sur l'itinéraire (liniuil mi ,1 li-rnii, ri'. Berlrin, dans le Correspondu ni ilu jii jinlli 1 r.iiiii \|,iis un journal lui fait connaître la l'uilc du lui ,i \ ji.juuus, les humiliations de la royauté, les plans de l'émigration, et immédiatement « l'honneur » le ramène en France pour émigrer. Parti de Philadelphie le 10 décembre 1791, il arrive au Havre le 2 janvier 1792. Il n'émigre cependant qu'en juillet. Dans l'intervalle, en mars, par besoin d'argent, il épouse, devant un prêtre insermenté, une héritière, M"« de Lavigne, qui gagnera son estime, mais ne fixera pas son cœur. Il commence la campagne de France avec l'armée des princes, mais blessé au siège de Thionville, malade, il abandonne cette armée et, après .!.■ (haiiialiques incidents, atteint Londres en niai 1793. [1 \ pa-sr liiiitans. Au début, dans la détresse, il consacre s.^ lum 1)1 is à des traductions rétribuées. La nuit, il tra- \aillii a un grand ouvrage et il entasse ses rêves, ses réilexions, ses idées, dans le « Manuscrit de Londres » d'où il devait tirer les Nalchez, sorte de poème en prose à prétentions épiques qu'il ne devait publier qu'avec la première édition de ses Œuvres complètes en 1826, t. XIX, XX. Le pamphlétaire de l'émigration, Peltier, lui assure enfin un gain régulier et le t. i"de son ouvrage, imprimé à Londres en 1796, est mis en vente dans les premiers mois de 1797, sous ce titre : Essai liislorique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans Icttrs rapports avec la Révolution française. /).■''' ' ' "- '~ ;■;/., in s', ms nom d'auteur et avi-i- r i-i'i / ; .m snmus, egoacfoih'^ / - ' — ' ' 1 un succès à Paris; à laniJri - il n 1 n 'iii lin niini - il. T, ■migration et ce fut un succéb de scandale, en laisun de son scepticisme politique et de pages anticlirétiennes. Mais dés 1798, Chateaubriand se convertissait devant les leçons des choses et la mort de sa mère, 31 mai 1798, hâtée par l'impiété de V Essai. Cf., sur la conversion de Chateaubriand, sa Lettre à Fontanes, du i?7 octobre iT99, et sur sa sincérité religieuse le reste de sa vie, Sainte-Beuve, qui la nie. Chateaubriand et son groupe littéraire, t. i,et Bertrin,qui la démontre, La sincérité religieuse de Chateaubriand, Paris, 1899. Dès 1799, laissant de côté les Nalchez, il préparait dans un but de réparation, le Génie du christianisme. En 1800, il tirait à Londres les premières feuilles de ce nouvel ouvrage, lorsque, pour le revoir et l'achever, il se décida à rentrer en France, sur les conseils de Fontanes. Chateaubriand s'était lié avec lui à Paris et surfout à Londres, où Fontanes avait fui après le 18 fructidor, pour avoir collaboré au journal modéré Le mémoritil. Fontanes avait été rappelé en 1798 et il était influent depuis le 18 brumaire. En mai 1800, Chateaubriand, muni d'un passeport prussien au nom de « Lassagne, habitant de Neuchàtel, en Suisse », arrivait à Paris. Ici commence sa vie littéraire.
Tandis que Fontanes annonce son livre, lui, pour se faire connaître, écrit dans le Mercure, journal de son ami, le 1" nivôse an IX (22 décembre 1800), une Lettre à M. de Fontanes sur la deuxième édition de l'ouvrage de M"'" de Stai-l — il s'agit de la Littérature — et il signe : « L'auteur du Géjiie du christianisme. » Puis il tàte l'opinion en lançant un épisode qui constituait le 1. VI de la III" partie du Génie du christianisme. Atala ou les amours de deux sauvages dans le désert, in-18.
CHATEAUBRIAND
Paris, 18ftl. Ce roman chrétien placé dans le Nouveau Monde eut un succès prodigieux. Onze éditions, toutes corrigées, se succédèrent ; la douzième et définitive parut en 1805. Chateaubriand fut célèbre et même populaire. Sa manière et ses Idées ne provoquèrent de critiques que de la part « de la queue de Voltaire », entre autres de M.-J. Chénier, Tableau de la littérature, et de l'abbé Morellet, Observations critiques sur le roman intitulé Atala, in-18, Paris, 1801. Cf. Mémoires d'outre-tombe, année 1801. Il est reçu chez Lucien Bonaparte, chez jyjme Récamier, et il est comme le chef d'un « groupe littéraire », qui comprend Fontanes, Ballanche, Joubert, Bonald, Bertin du Journal des Débals, etc., et qui se réunit chez M"'« de Beaumont. C'est dans ce milieu et sous les jeux de M"" de Beaumont, à Savigny-sur-Orge (Seine-et- Oise) qui! revoit son livre. 11 le refond en entier. Enfin, le Génie du christianisme est mis en vente, 5 in-S", le 5= volume se composant exclusivement de notes et éclaircissements, le 24 germinal an X (14 avril 1802). L'ouvrage fut annoncé par Fontanes au Mercure, le 25 germinal, en un long article reproduit au Moniteur, le 28, jour de la promulgation du concordat. Le succès fut plus grand encore que pour Alala. Trois éditions parurent coup sur coup. En même temps. Chateaubriand — il avait repris son nom — devenait bien en cour, et Bonaparte, dont la politique était servie par cet ouvrage et que louent les préfaces de la \" et de la 2" éditions, le nommait premier secrétaire d'ambassade à Rome, auprès du cardinal Fescli (1803). Mais Chateaubriand ne pouvait relever d un autre : dès la fin de l'année il était en conflit de pouvoirs avec le cardinal, et il était nommé ministre de France dans le Valais. Il allait rejoindre son poste lorsque, le 21 mars 1804, il entendit crier dans les rues de Paris l'exécution du duc d'Enghien. Immédiatement il démissionna, prétextant la santé de M'"» de Chateaubriand. Il se trouvait rejeté à l'opposition royaliste et à la vie littéraire. En 1806, préparant un poème épique en prose. Les martyrs, dont il avait le plan dans le manuscrit de Londres et qui devait prouver sa théorie du merveilleux chrétien {Génie du christianisme, IL' partie, 1. IV), il voulut voir le pays où se déroulait la scène. Parti de Trieste le l" août 1806, il visita la Grèce, r.\rchipel, Constantinople, Jérusalem, Alexandrie et Carthage. Par l'Espagne, il était de retour à Paris le 8 juin 1807. Il y publiait aussitôt René ou les effets des passions, in-12, étude psycliologique extraite de la Ille partie du Génie du christianisme, dont elle constituait le 1. IV, comme démonstration du 1. 111 ou des passions. Au même moment, le 4 juillel 1807, rendant compte dans le Mercure, devenu sa propriéti'.du t.i-' du Voyage pittoresque et historique de i'Esiiagnr, d'Alexandre de Laborde, 4 in-fol., 1807-1818, il attirait sur lui les foudres de Napoléon qui, de Tilsitt, lui enlevait le privilège du Mercure. Réfugié dans la petite maison de la Vallée-aux-Loups, près de Sceaux, il commençait ses J/c')?!" /w , i nli ,,iii trois ouvrages, fruits de son voyage en i h m' ' martyrs ou le triomphe de la reii'ji' ,' ■1 in-8", 1809, très attaqués alors, mai^ ,1. I. imIm^ [la '. (C.uizot) dans \e Publi. ,■<!,' : i U>„r,:,i,r ,!,■ l'ans ù Jérusalem, 3in-8», 181 1. .1 niir iVrlh , au i il mie, malgré la Critique d'im iii.il'.in il.ili.n iisidaiil en Grèce, Ar:iiii!."i, r,i,l,,ii.> ISI7 i^iimée dans les Annales encyci I ' 1/ - y^\'. Li; 'à" Les aventures du
de, .|iii ne devaient paraître que
diui- '' ,-,,,;, /w,-s, édit. de 1826, t. xvi. Le
20 février 1811, la 2' classe de l'Institut : Langue et littérature françaises, qui n'avait pas proposé le Génie du christianisme pour un des prix décennaux établis par le décret d'Aix-la-Chapelle, 24 fructidor an XII (10 septembre 1804), appelait, sur un mot de Napoléon, Chateaubriand au fauteuil de M.-,I. Chénier, mort le 10 janvier. Son Discours de réception, qui louait la liberté.
déchaîna un orage. L'empereur refusa de laisser prononcer tel ce discours, et Chateaubriand dut le modifier. Il ne fut point reçu et dut s'éloigner de Paris, sur l'invitation du préfet de police. Il alla vivre à Dieppe. Sa vie littéraire est finie pour un temps : jusqu'en 1830, il se mêlera activement à la politique. Le seul événement littéraire de cette période sera la publication de ses Œuvres compU-tes,'A\ in-S», 1826-1831. En revanche, les écrits politiques se multiplient. Le5avril 1814 paraissait la brochure : De Buonaparle et des Bourbons et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes pour le bonheur de la France et celui deV Europe, in-8", Paris, dont il exagère lellet en attribuant ce mot à Louis X'VIII, « qu'eili' s.iMi plu-,, h monarchie qu'une armée de lOOtKKi liniiiiM - - ! |,, , iiiière Restauration il publia se> llrpr.. :,.:.. /: ., ^ ,s sur quelques écrits du jour et sur /..s ,„ie,êu .Je i,,hs les Français, in-8», 1814. Pendant les Cent Jours, ministre de l'intérieur par intérim, à la cour de Gand, il présenta au roi un Rapport sur l'état de la France au iS maiiSiS. Pendant la deuxième Restauration jusqu'en 1824, il figura parmi les chefs de la droite royaliste et des ultras. Mais tandis que ses amis voudraient restaurer le passé, lui regarde vers l'avenir. Pair de France, ministre d'État, il lance à propos du conflit entre la Chambre introuvable et le ministère Richelieu, la brochure : De la monarchie selon la charte, in-8», Paris, 1816, où il affirme la responsabilité ministérielle et à la suite de laquelle il est privé de son titre de ministre d'État. Jusqu'en 1820, il continue son opposition aux ministères modérés en des Discours très étudiés, à la Chambre haute. En 1818, il fonde le Conservateur avec Ronald et Lamennais pour combattre la Minerve, organe des libéraux. Conservateur et Minerve disparaissent en 1820, quand est rétablie la censure. Après l'attentat de Louvel, il publie des Mémoires sur le duc de Berry, sa vie et sa mort, in-8» et in-18, Paris, 1820. La droite, puis les ultras arrivant alors au pouvoir. Chateaubriand est quelques mois ambassadeur à Berlin. 1821, puis à Londres, 1822. Villèle le fit adjoindre au ministre des affaires étrangères, Montmorency, auprès du congrès de Vérone. Chateaubriand y fut même un moment le seul représentant de la France. .\ vides pour les Bourbons de gloire militaire, Montmorency et lui engagèrent la France dans une intervention armée en Espagne, malgré Villèle, qui, le 25 décembre, appelait néanmoins Chateaubriand à succéder à Montmorency aux affaires étrangères. De tout cela, Chateaubriand fit un livre, La congrès de Vérone, 2 in-8», Paris, 1838. Mais le 2 juin 182i, il était « congédié comme un domestique » par Villèle, avec qui il ne pouvait s'entendre, se jugeant supérieur. Il mène dès lors contre la droite et les ultras, presque continuellement aupouvoir jusqu'en 1830, dans les rangs des modérés tout proche des libéraux, une opposition qui, pour se dire ministérielle, n'en fut pas moins funeste à la monarchie. Il entraine avec lui le ' "1 ..i^' '. - r*. '"'v de son ami Bertin. Il combat par- I i! I I i; : ' !( liberté de la presse. De 1824 à \-'<< M ; II, i|iie le temps du ministère Marti- ,,,11.1.: lij.iniii isi's il août 1829). Il accepte alors l'ambassade de Rome, prés de Léon XII. Il ne rejoint son poste qu'en septembre 1828, voit la mort de Léon Xll, le conclave, l'avènement de Pie VIII, mais le 18 août 1829 adresse sa démission au nouveau ministre Polignac et rentre dans l'opposition. Après la révolution de juillet, il met son point d'honneur à défendre la dynastie tombée, soutient devant la Chambre des pairs les droits du duc de Bordeaux, 7 août 1830, renonce à la pairie, 10 août, refuse de servir la nouvelle monarchie, s'en explique dans la brochure : De la restauration de ta monarchie élective, in-8», 1831, et proteste contre la proposition Baude et Briqueville dans cette autre brochure : De la noxivelle proposition du bannissement de Charles X et de sa famille, in-8», 1831. Aussi fut-il l'un
CHATEAUBRIAND
des hommes de confiance de la duchesse de Berry. Assez môle à sa tentative en France pour être détenu quinze jours comme coupable de complot, il écrivit, quand la duchesse fut enfermée à Blaye, un Mémoire sur la captivité de iV/i"» la duchesse de Berry, in-8", 1833, dont une phrase : « Madame, votre fils est mon roi, » l'amena sur les bancs de la cour d'assises. Pour la duchesse encore il remplit deux missions à Prague auprès de Charles X, du comte de Chambord et de sa sœur, en mai et en septembre 1833. Malgré cela, ses relations sont à gauche : il est lié et jusqu'à la fin avec Déranger, Lamennais et Armand Carrel ; il est en bons termes avec la duchesse de Saint-Leu et le futur Napoléon III.
11 eût accepté, semble- t-il, la république et la démocratie. Sa vie politique était finie. La vieillesse venait : il s'arrangea une attitude de vieillard désabusé. Poursuivi par <les embarras d'argent, qu'il avait d'ailleurs toujours connus, il dut beaucoup travailler. Il fut soutenu par l'amitié de M"" Récamier qui, à l'Abbaye-aux-Bois, sut l'entourer d'une cour d'admirateurs. De ce moment datent des ouvrages d'une valeur inégale : i» Les études et discours historiques sur la chute de l'Empire romain, la naissance et les progrès du christianisme et l'invasion des barbares (inachevé), 4 in-S», Paris, 1831; ^» un Essai sur la littérature anglaise, 2 in-8», 1836, et la Traduction du Paradis perdu, 2 in-8», 1836; 3» Le congrès de Vérone, 2 in-8», 1838 ; 4» La vie de Rancé, in-8», I84i; 5» Moise, tragédie, 1834. De 1836 à 1839 il présida à la publication d'nne nouvelle édition ■ds ses Œuvres complètes, 36 in-8», avec un Essai sur la vie et les ouvrages de Chateaubriand, rédigé par lui-même. Le 16 novembre l&il, il terminait à Paris ses Mémoires d'outre-tombe, qu'il avait commencés le 4 octobre 1811 à la Vallée-aux-Loups. Ils n'étaient plus sa propriété. En juin 1836, devant sa détresse financière, ses amis les lui avaient fait vendre, pour ne paraître qu'après sa mort, à une société d'admirateurs de son talent, contre 250000 francs immédiatement versés et une rente de 12000. En 1844, Emile de Girardin acheta de cette société, malgré les protestations de Chateaubriand, le droit de publier les Mémoires dans son journal La presse, avant la mise en vente du livre. La presse en commença la publication en feuilleton, le 21 octobre 1848, pour ne la terminer que le 3 juillet 1850. Les
12 in-8" ne parurent qu'à mesure de 1849 à 1850 ; l'effet fut manqué.
Chateaubriand était mort le 4 juillet 1848, à Paris, 1 12, rue du Bac, assisté de l'abbé Deguerry, de son neveu Louis de Chateaubriand et de M'"» Récamier. Le 16 juillet, il était enseveli dans le tombeau qu'il s'était assuré, au rocher du Grand-Bé, près de sa ville natale, Saint-Malo.
II. Œuvres apologétiques et influenxe religieuse. — C'est dans la période presque exclusivement littéraire de la vie de Chateaubriand (1797-1814), qu'il faut étudier ces œuvres et cette influence. Son premier ouvrage, rossai sur les révohitions, 1797, avait une tendance anti-chrétienne. Il s'y proposait d'éclairer les événements de son temps en répondant à ces questions : 1» Quelles sont les révolutions arrivées autrefois dans les gouvernements des hommes '? Quel était alors l'état delà société et quelle a été l'influence de ces révolutions sur l'âge où elles éclatèrent et les siècles qui suivirent? 2» Parmi ces révolutions, en est-il quelques-unes qui par l'esprit, les mœurs et les lumières du temps puissent se comparer à la révolution actuelle de la France? etc. L. I, part. I, Introduction. Cette immense enquête, il la borna aux révolutions grecques. Il ne peut ainsi répondre à toutes les questions qu'il a posées; il tire du moins cette conclusion générale à la Rousseau, qui pour n'être pas d'un disciple de Condorcet et d'un ami de la doctrine du progrés, est loin d'être d'un chrétien : L'homme s'agite sans résultat; (< il ne fait que se répéter
sans cesse ; il circule dans un cercle, dont il tâche vainement de sortir » et les révolutions sont un effort vain comme le reste. S'il veut le bonheur qu'il revienne à la vie du sauvage. Chemin faisant. Impartie, c. xxxiv-i.v, il étudie l'histoire du christianisme et il en prédit la mort : « De même que le polythéisme a succombé sous les coups des sophistes grecs, le christianisme ébranlé par les vices de la cour de Rome, la renaissance des lettres et la réformation, a reçu de la secte philosophique le coup fatal. » Il se pose même la question : « Quelle religion remplacera le christianisme? » Il ne ménage point le clergé et tel chapitre sur « le clergé des Açores » est pleinement dans le genre de Diderot.
Converti, il entreprend une apologie du christianisme ou plutôt de sa forme légitime, le catholicisme; mais cette apologie, il la conçoit d'une façon toute personnelle. Il s'en explique dans son Introduction au Génie du chrisliatiisme : il veut détruire les erreurs et les préjugés de son siècle relativement au christianisme, et reconquérir l'opinion à la religion. Voltaire et les encyclopédistes, dit-il, recommençant Julien l'Apostat, avaient mis l'incrédulité à la mode. Ils avaient fait croire « que le christianisme était un culte né de la barbarie, absurde dans ses dogmes, ridicule dans ses cérémonies, ennemi des arts et des lettres, de la raison et de la beauté, un culte qui n'avait fait que verser le sang, enchaîner les hommes et retarder le bonheur et les lumières du genre humain ». En face de cet état d'esprit, quelle était la tâche évidente de l'apologiste? Etait-ce d'argumenter? d'écrire un ouvrage de théologie? Non. Il fallait se souvenir de cette pensée de Pascal : « A ceux qui ont de la répugnance pour la religion, il faut commencer par leur montrer qu'elle n'est point contraire à la raison; ensuite qu'elle est vénérable et en donner respect; après, la rendre aimable et faire souhaiter qu'elle fût vraie... ; » il fallait donc» envisager la religion sous son côté humain », prouver « que de toutes les religions qui ont jamais existé, la religion chrétienne est la plus poétique, la plus humaine, la plus favorable à la liberté, aux arts et aux lettres; que le monde moderne lui doit tout..., qu'il n'y a point de honte à croire avec Newton et Bossuet, Pascal et Racine » ; en un mot, « ne pas prouver que le christianisme est excellent parce qu'il vient de Dieu, mais qu'il vient de Dieu parce qu'il est excellent. » La méthode elle-même s'imposait : « Il fallait appeler tous les enchantements de l'imagination et tous les intérêts du cœur au secours de cette même religion contre laquelle on les avait armés. » Chateaubriand cherchera donc à émouvoir et il procédera surtout par tableaux. Son dessein s'indiquait bien dans les deux titres qu'il donna primitivement au Génie du christianisme : 1° De la religion chrétienne par rapport à la morale et aux beaux-arts; 2" Des beautés poétiques et morales de la religion chrétienne et de sa supériorité sur les autres cultes de la terre.. l\ s'indique bien encore dans l'épigraphe du livre, une parole de Montesquieu : « Chose admirable! la religion chrélienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »
« Quatre parties divisées chacune en six livres composent cet ouvrage, » dit Chateaubriand, dans l'Introduction. En réalité, la III» partie n'a jamais compris, et la II» ne comprit à partir de 1807 que cinq livres, par suite de la publication d'Atala et de René. La I™ partie traite des dogmes et de la doctrine. Il y parle des mystères et il les montre « les plus beaux possibles, archétype do l'homme et du monde »; des sacrements, et il y trouve « la connaissance de l'homme civil et moral, et des tableaux pleins de poésie » ; du partage des vices et des vertus, où la sagesse de la religion l'emporte sur celle des hommes; du décalogue, qui dans l'universalité de ses lois, sa simplicité pleine de justice, sa majesté, l'emporte sur les lois humaines les plus connues, lois
CHATEAUBRIAND
du second Zoroastre, lois indiennes, lois égjptiennes, lois de Minos, etc. C'est au même point de vue, mais avec moins de bonheur, qu'il étudie ensuite quelques vérités des Écritures, la chute de l'homme, par exemple. Il termine par une démonstration de l'existence ilc Dieu et de l'immortalité de l'âme, où il n'apporte que « les raisons poétiques et les raisons de sentiment, c'est-à-dire les merveilles de la nature et les évidences morales » et d'où il déduit que o les châtiments et les récompenses que le clu i-li:ini-iii. dénonce ou promet dans une autre vie s'.hc -rdi m i\' c hi raison et la nature de l'âme » et an^-i '|ii' l.iih.isme n'est bon à personne'». La II» et la III ii.n h. r. nlrnuent la poétique du christianisme ou les rappoil- i\<- nii.- irligion avec la poésie (II* partie), les beaux-u u il l.i liii.Tature en général : philosophie, histoin-. . luiiu.iicr llle partie). Ce sont les parties les plus personnelles du livre; elles traitent de choses nouvelles, simplement entrevues dans la fameuse querelle des anciens et des modernes. Le christianisme n'avait pas droit de cité en France dans le domaine poétique, Chateaubriand le lui donne de vive force. Sa thèse sur les rapports du christianisme et de la poésie est celle-ci : Le christianisme a une puissance d'inspir.ilion qiir n':i p:n connue l'antiquité. Il a renouvelé le 1 N nmijl i[. riir.iiiinc, donné de la nature, de Dieu, il cjinl. m II il I une idée bien plus
haute. Il y ,, 1, , iin'hii ,, ■u-,. à exploiter et
coiiiliii'ii iirlii ' 1,1- lui- h |iii.in'iit. • Li'popée est la
Pa,
hi : ,i,r .■unirilir. l,i .1 ,■ ruMlc m ,1, livrée et le ■du. \uUaiie a \oulu se passer de lui dans la Hent-iade et il a prouvé que « des mœurs graves el une pensée pieuse sont encore plus nécessaires dans le commerce des muses qu'un beau génie ». Que l'on compare les caractères et les passions tels que les développent les anciens dans leurs plus incontestables chefsd'œuvre et les modernes, parlant en chrétiens parfois à leur insu - l,e« r.'iriicléri"! p.ir.ii Iront plus beaux et les
sans|iiil'i ili r-iii |i;i--iiiii i-lujiii-.' ri lie ce vague des ii,i-~hiii~. i|iii' ji' .■liii-li.iiiiMini a ri'M'Ii'^ au monde. (I L.i ii]\lliiilii^ii i.i|iftissait la nature... ;le christianisme remi .ni il -ni il ^es tableaux et ses solitudes. » Le uiomill. ii\ iliii iiLii est plus ample et plus varié que le mer\eillcu\ du la fable. Enfin, pour tout résumer, (i les anciens fondent leur poésie sur Homère et les chrétiens sur la Bible ; et les beautés de la Bible surpassent les beautés d'Homère. » Sur les beaux-arts l'influence
du christianisnir grandi que il:iiiofl're à la peiiiim rieures; quant a expression super christianisme a :
philosophii
Ire : la musique n'a s; le christianisme • des sources supéiitienne, elle a son raies gothiques. Le ■ et l'éloquence. En iteaubriand entend
(1 l'étude de toute espèce d.' sciences », « il ne s'oppose à aucune vérité naturelle. S'il a quelquefois combattu les sciences, il a suivi l'esprit de son siècle et l'opinion des plus grands législateurs de l'antiquité. » LalV» partie parle du culte, c'est-à-dire des cérémonies de l'Église, de ses ministres, et des services rendus à la société par le cleigL et h religion chrétienne en généial Chateaubiiand montre d abord que, lom d être iidicule, le culte chietien unit c la pompe et li majesté aux mtentions morales, aux prières touchantes ou sublimes > Puis il consacr dt I elles pi es au i le du christianisme dins le 1 I I I I 1 I tn%ers les siècles
du I I il tis et moines, mis
''i 1 I ! I I I I nfiiteurs de 1 hu-
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même à nos pères o l'art de se nourrir » et « fertilisé l'Europe sauvage ». Beaucoup de villages sont nés autour des monastères et c'est à des évêques et à des moines que nos vieilles cités doivent les plus beaux de leurs monuments. Enfin, comme l'a dit Montesquieu, o nous devons au christianisme un certain droit politique, et dans la guerre un certain droit des gens, que la nature humaine ne saurait trop reconnaître. » « Ajoutons, continue Chateaubriand, un bienfait qui devrait être écrit en lettres d'or dans les annales de la philosophie : l'abolition de l'esclavage. » Arrivé là, il se demande : « Que serait devenu le monde sans le christianisme? » et il répond : « Dans toutes les hypothèses imaginables, on trouve toujours que l'Évangile a prévenu la destruction de la société... .Jésus-Christ peut donc en toute vérité être appelé dans le sens matériel le sauveur du monde, comme il l'est dans le sens spirituel. »
Ces considérations dont quelques-unes sont faibles ne constituent pas une démonstration de la vérité du christianisme, bien que Chateaubriand essaie de poser une conclusion de cet ordre : o Le christianisme est parfait, dit-il; les hommes sont imparfaits. Or, une conséquence parfaite ne peut sortir d'un principe imparfait. Le christianisme n'est donc pas venu de l'homme..., il ne peut être venu que de Dieu. » IV« partie, 1. "VI, c. xiii. Il demeure acquis néanmoins que l'on peut être un croyant sans être « un imbécile ou un fourbe », que « le voltairianisme est le contraire de la vérité de l'histoire », enfin que le christianisme est un tout complet qui a non seulement ses dogmes, sa morale, mais sa poésie, ses arts, etc. Auprès ibs rnnlnnporains, le Génie du christiainsnie eut un. i \[i luriliiiinre fortune. Chateaubriand exagère lorsqu il i i ni il. m- l.i préface de 1828, destinée à remplacer le~ puiac.s loiuposées en l'honneur de Bonaparte : u Ce fut, pour ainsi dire, au milieu des débris de nos temples que je publiai le Génie du christianisme... Les fidèles se crurent sauvés... La persécution avait pris fin et les temples se rouvraient partout. » Mais la bourgeoisie et plus encore la société cultivée restaient antireligieuses. Dans ce milieu le livre eut un grand succès ; o II fut aussi de mode d'être chrétien qu'il avait été de ne l'être pas. » Cf. Mémoires d'outretombe, années de ma vie 1802 et 1803, t. ii. Il y eut des réfractaires ; parmi ces derniers tenants du xviii« siècle figure Ginguené. qui publia dans la Décade une série d'articles réiiiii< i iiMiiir -ous ce titre : Coup d'oiil rapidesurle Gr,nr ,iu , In isiianisme,ouquelques pages sur les 5 voluiurs n/-N" publiés sous ce titre par F. R. de Chateaubriand, in-8», Paris, 1802. Ce succès d'opportunité n'était pas dû seulement à ce que l'auteur parlait magnifiquement un langage fait pour son siècle, mais encore à l'extraordinaire concours voulupar Bonaparte de l'apparition du Génie du christianisme et de la promulgation du concordat.
La grande œuvre apologétique de Chateaubriand est entûuii !■ ili i|ii. Ii|iits autres, moins importantes, qui l'ilhisiLi lit - Il .|iii li|iH> sorte: Atala, 1801; René, 1807; Les «/!'//'// N. \>^'V. Mais René eul une iniluence funeste. (I Si Ilenc ire.\i.slail pas, je ne l'écrirais plus, » disait Chateaubriand en 1837. Cette étude « du vague des passions » tua le août de l'action et le sens du réel dans