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V. OBLET

BARANOVITCH Lazare, célèbre théologien et prédicateur russe du xvne siècle. D'abord élève, ensuite recteur du collège de Kiev, Baranovitch monta en 1657 sur le siège archiépiscopal de Tchernigov, et mourut le 3 septembre 1694.

Ses sermons lui ont valu une place à part dans l'histoire de la littérature russe. Le premier recueil, imprimé à Kiev en 1666 et intitulé le Glaive spirituel [Metch Doukhovnyi), comprend 55 sermons; le second, la Trompette des prédicateurs, Kiev, 1674, en contient 155. Comme théologien, il est connu par son fameux ouvrage : Les mesures nouvelles de l'ancienne foi, en polonais (Nuwa miara starey viary), Novgrodku, 1676. Baranovitch s'y propose de réfuter l'apologie de l'enseignement catholique du jésuite polonais, Benoît Boym (Stara uiara, albo iasne pokazanie iz ci co w dizuniey trwaia, starey wiary nieniaia), apologie parue à Vilna en 1668. La controverse porte principalement sur la procession du Saint-Esprit du Père seul, et sur la primauté du pape. En 1668, à la requête du patriarche Joakiin, Baranovitch écrivit une Histoire du concile de Florence, dans laquelle il insiste sur les divergences relatives à la sainte eucharistie entre les deux Églises grecque et latine. Il a composé d'autres ouvrages du domaine de la littérature ecclésiastique, par exemple des Vies des saints en polonais, Kiev, 1670, etc.

Pétrov, Cours d'histoire de la littérature russe, Saint-Pétersbourg, 1892, p. *8 ; Philarète, Aperçu de littérature ecclésiastique russe, p. 206-208; Znamenski, Histoire de l'Église russe, p. 223; Dobroklonski, Histoire de l'Église russe, t. m, p. 304; Actes et Documents de l'histoire de la Iiussie occidentale et méridionale (1659 1665), Saint-Pétersbourg, 1*07, t. v (lettres de Baranovitch); Ephrémov, Matériaux pour servira l'histoire de la littérature russe, Saint-Pétersbourg, 1867; Stroev, Lazare Baranovitch, archevêque de Tchernigov et ses sermons, Tchernigov, 1K7C; Kataev, Essai d'histoire delà prédication russe, Cherson, 1874; archives russes, 1875, n. 11-12; Arsenicv, Dictionnaire de8 écrivains ('<' lu première période de la littérature russe, t. i, p. W.

A. I'AI.MIERI.

BARATIER Jean-Philippe, érudit allemand, protestant, né' le lit janvier 1721 à Schwobach, près de Nuremberg, mort à Halle le 5 octobre 17i(). Fils d'un ministre protestant, il donna des l'âge h' plus tendre des preuves d'une intelligence extraordinaire. Avant d'avoir atteint

sa dixième année il savait l'allemand, le français, le latin, le grec et l'hébreu et bientôt il composait un recueil des mots hébreux les plus rares et les plus difficiles avec de nombreuses observations philologiques. Emerveillé d'une science si précoce, le margrave de Brandebourg lui accorda une pension de 50 florins et lui permit d'emprunter à la bibliothèque d'Anspach tous les livres dont il aurait besoin. Il n'avait que quatorze ans lorsqu'il fut reçu maître es arts à l'université de Halle, après avoir soutenu des thèses de philologie, d'histoire ecclésiastique et de philosophie. Le roi de Prusse nomma son père ministre de l'église française de Halle. Ce fut dans cette ville que mourut, après une longue maladie, J.-P. Baratier âgé seulement de 19 ans et 8 mois. Il avait composé plusieurs ouvrages parmi lesquels : Anti-Artemonius, seu initium Evangelii sancli Joannis aposloli ex anliquitate ecclesiasticaadversus iniquissimam L.-M. Arlemonii neo-photiniani crilicam vindicatum et illustration. Acccdit disserlatiode dialogis tribus vulgo Theodorito tributis de Christi nalura humana, in-8°, Nuremberg, 1735. Deux ans plus tard, en 1737, les journalistes de Trévoux ayant indiqué les raisons apportées pour enlever ces trois dialogues à Théodoret, le jeune auteur répliqua par une Dissertation de M. Baratier sur quelques écrits de Théodoret, évêque de Cyr, qui fut publiée dans le t. xlviii de la Bibliothèque germanique. Dans le t. xl de la même collection se trouve une dissertation de Baratier sur deux traités attribués à saint Athanase. Il veut y prouver que les livres contre les gentils sont d'Hégésippe et que celui de l'incarnation du Verbe et de son séjour corporel parmi nous n'est qu'une suite du premier de ces ouvrages. Du même auteur nous avons encore : Disquisitio chronologica de successione antiquissima episcoporum romanorum inde a Petro usquead Victorem, ubi occasione data de pluribus aliis ad hisloriam ecclesiasticam spectantibus agilur, in-4°, Utrecht, 1740; quatre dissertations sont jointes à ce travail : deux traitent des Constitutions apostoliques, une des écrits de Denys le pseudo-Aréopagite et la dernière des années du règne d'Agrippa le jeune.

François Baratier, Nachricht von seinetn frulizeitig gelehrten Sohn, publié par P.-E. Mauclerc, in-8°, Stettin, 1728; Mekwurdige Nachricht von einem sehr frulizeitig gelehrten Kinde und jetz vierzenhàhrigen Magistro, in-8#, Stettin, 1735; J. Juncker, Programma in funere Joh.-Phil. Baratier, in-tul., Halle, 1740; J.-H.-S. Formey, Vie de M. Jean-Philippe Baratier le fils, in-8% Utrecht, 1741.

B. Heurterize.

BARBELITES. Parmi les nombreuses sectes des premiers siècles de l'Église, rangées sous le nom général de gnostiques, les unes, et ce sont les principales, reçurent le nom de leur fondateur, ainsi que le constatait déjà saint Justin pour les saturniliens, les basilidiens, les disciples de Valentin et de Marcion, Dial., 35, P. G., t. vi, col. 552; les autres, telles que les adamites, les caïnites, les sélhites, celui du personnage de l'Ancien Testament qu'elles réclamaient comme un ancêtre; d'autres encore, telles que les archontiques et les barbélites, celui de l'éon, particulièrement en faveur auprès d'elles. Les barbélites, comme les appelle saint Épiphane, II;vr., xxvi, 1, /'. G., t. xli, col. 332, ou barbéliotes, comme l'écrit Théodoret, Ihvr. fab., I, 13, P. G., t. i.xxxin, col. 361, se réclamaient plus spécialement d'un éon nommé Barbelo par saint Irénée, saint Épiphane, Philastre, saint brome et l'auteur de la Pistis Sophia, ou Barbero parle même Epiphane, ou encore Barbeloth par Théodoret. Barbero venerantur, dit Philastre de quelques nicolailes. U;vr., XXIII, P. L., t. xn, col. 1148. Barbelo, quelle que soit sa signification étymologique, est mi mot composé emprunté à l'hébreu.

('.'('■tait en effet un usage ;ism7 répandu parmi les gnostiques d'emprunter des ternies à la langue hébraïque

BARBELITES — BARBERINÎ

pour en imposer aux simples, ainsi que le remarque Théodoret, Hser. fab., i, 13, P. G., t. lxxxiii, col. 361. Or, à le faire dériver de Barba Elo avec llilgenfeld et Lipsius, il signifierait la divinité quadruple, par allusion à la tétrade qui, au dire d'Irénée, procède de Barbulo. Cont. hxr., I, xxix, 1, P. G., t. vu, col. 691. A le faire dériver de la racine Balbal, très usitée dans les Targums, comme le préfère le Dictionary of Christian biography de Smith, Londres, 1877-1887, il suggérerait mieux l'idée de la contusion primitive, du germe chaotique, d'où Dieu tire le monde, surtout si l'on peut l'identifier avec Babel, dont il est question dans les Philosophumena, V, iv, 26; X, vu, 15, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 228, 233, 235, 495, 496. Amélineau propose d'y voir les mots hébreux qui signifient Fils du Seigneur. Essai sur le gnosticisme égyptien, Paris, 1887, p. 243. Ce nom étrange ne fut pas le seul en usage parmi les gnostiques. On le retrouve plus tard avec celui d'Abrasax et de Trésor, le Trésor des manichéens, à côté de ceux, non moins étranges, d'Armagil, de Balsamus et de Leucibora, dont les priscillianistes d'Espagne se servaient pour donner à leur doctrine un cachet mystérieux et ésotérique. S. Jérôme, Epist., lxxv, 3, P. L., t. xxn, col. 687; Cont. VigiL, vi, P. L., t. xxm, col. 345; In Amos, m, 9, 1. I, P. L., t. xxv, col. 1018. Il est difficile, faute de renseignements précis, d'indiquer exactement soit la nature soit le rôle de Barbelo dans la théogonie et la morale des gnostiques, ses partisans. Quelques détails permettent cependant d'entrevoir la vérité. D'une part, la conception de cet éon femelle servait à expliquer la création, en donnant un principe féminin et passif au Dieu, principe mâle et actif, qui le fécondait. Dans la nature les créatures provenant de l'union de deux agents de sexe différent, la plupart des gnostiques crurent qu'il n'en pouvait être autrement à l'origine, en firent une loi de leur théogonie et distribuèrent leurs éons par couples ou syzygies. D'autre part, Barbelo, mère de la vie, jouait un rôle dans la rédemption pour délivrer l'élément divin égaré sur la terre et en butte à la persécution des éons inférieurs; c'est elle qui donna à Jésus rédempteur son vêtement de lumière et son corps céleste. Enfin elle était le terme auquel devait parvenir l'âme humaine à la fin de ses transmigrations, le centre auquel elle devait s'unir et se fixer après avoir traversé les mondes intermédiaires.

Saint Irénée, le premier qui parle de Barbelo, signalait déjà la grande multitude de gnostiques qui avaient imaginé cet éon femelle, comme l'éon auquel devait se manifester tout d'abord le Père innommable. Appelée à la lumière, Barbelo entra joyeusement dans la vie et donna naissance à une tétrade. Cont. hser., I, xxix, 1, P. G., t. vu, col. 691. Saint Irénée n'en dit pas davantage, peut-être parce que, de son temps, le système où Barbelo jouait le rôle dont il a été question n'était pas encore complètement arrêté. Mais saint Épiphane, beaucoup mieux renseigné, soit parce qu'il avait lu la plupart des livres apocryphes, cù les gnostiques puisaient leur doctrine, soit parce qu'il avait été sollicité, en Egypte, de faire partie de la secte, est plus explicite, sans toutefois nous révéler tout le fond du système. Il parle de Barbelo, d'abord à propos des nicolaïtes; il dit qu'elle a été projetée par le Père; il la place en tête de l'Ogdoade ; il fait naître d'elle Iadalbaoth ou Sabaoth, celui qui prit insolemment possession de l'Hebdomade et osa se proclamer seul Dieu, ce qui arracha des larmes à sa mère, Hser., xxv, 2, P. G., t. xli, col. 321; il la montre apparaissant aux archons sous les formes les plus belles pour essayer de les séduire et de leur reprendre son pouvoir perdu. Ibid., col. 324. Ailleurs, au sujet des gnostiques, il signale l'un des livres, intitulé Noria, où ils puisaient leurs erreurs, et qui n'était autre qu'une vie légendaire de Noé. Hxr., xxvi, 1, P. G., t. xli, col. 332. Puis, rangeant les barbélites parmi ces

gnostiques, il montre tous ces hérétiques arrivant au dernier degré de l'immoralité, se livrant à toutes sortes d'excès contre nature, non pas uniquement par plaisir, mais par devoir, pratiquant la communauté des femmes, parodiant la communion par Yesus seminis humani et menstrui sanguinis, aussi ignoble que sacrilège; détails horribles qui concordent avec ce que rapporte Clément d'Alexandrie de certains hérétiques de son temps. Strom., il, 20; m, 4, P. G.,i. vm, col. 1061, 1132, 1133. Tous ces gnostiques en général, continue Épiphane, n'admettent de l'Ancien et du Nouveau Testament que ce qui pouvait servir à légitimer leurs débordements, mettant des blasphèmes sur le compte de Moïse et des prophètes, montrant la sanction de leur conduite dans les paroles et les actes du Christ, et s'autorisant du témoignage d'une foule de livres apocryphes. User., xxvi, 4-8, P. G., t. xli, col. 337 sq. Enfin il nous dit que l'Ogdoade est le séjour du Père, de Barbelo et du Christ, et que les âmes, s'élevant à travers tous les cieux jusqu'au ciel suprême, vont rejoindre Barbelo, la mère de la vie. Ibid., 9, col. 347. C'est tout à la fois le docétisme et l'antinomisme le plus effréné; mais, dans cet ensemble de renseignements, il est impossible de faire la part qui revient en propre aux barbélites.

Théodoret fait sortir les barbélites de la secte valentinienne au lieu de la secte nicolaïte, Hser. fab., i, 13, P. G., t. lxxxiii, col. 361; mais, comme Épiphane, il les englobe avec les borboriens, les naasséens, les stratiotes et les phémionites, ainsi qu'il les appelle avec une légère différence d'orthographe pour les derniers, dans un même groupe, dont il traite le système de fable impie, et dont il déclare qu'il est impossible de signaler les cérémonies mystiques, tant elles dépassent ce que l'on peut imaginer de plus honteux. Ibid., col. 364.

La place qu'Épiphane et Théodoret assignent aux barbélites parmi les gnostiques est à remarquer. Qu'ils viennent des nicolaïtes ou des valentiniens, les barbélites prennent rang dans les plus bas fonds de la gnose et méritent la réprobation pour les excès de leur immoralité. Faut-il les confondre avec les borboriens ou ne voir en eux que les gnostiques appelés Fils du Seigneur, parce qu'ils étaient parvenus au suprême degré de l'initiation? C'est ce dont il sera question à l'article Borboriens.

S. Irénée, Cont. hser., I, xxix, P. G., t. vu, col. 691-694; S. Épiphane, Hser., xxv, 2 ; xxvi, 1-9, P. G., t. xli, col. 321-324, 332-347 ; Théodoret, Hser.fab. ,t,13, P.G., t. lxxxiii, col. 361-364 ; C. Schmidt, dans Sitzungsberichte der Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 1896, p. 839 sq.

G. Bareille.

1. BARBERINI Antoine, dit il Vecchio, frère d'Urbain VIII, né à Florence en 1569, se fit capucin à l'âge de 16 ans; il avait rempli plusieurs fois les charges de gardien et de maître des novices, lorsqu'il fut créé diacre cardinal de Saint-Onuphre, le 7 octobre 1624. Il devient évêquede Sinigaglia, le 27 janvier 1626; mais il donna sa démission en 1628. Il échangea son titre cardinalice avec celui de Sainte-Marie du Transtévère et mourut le 11 septembre 1646. Il a publié : 1° Constituliones synodales et décréta pro diœcesi Senegallensi, in-4°, Borne, 1627; 2° Constituliones et décréta pro monialibus suse diœcesis, in-12, Borne, 1628; 3° Tractatus de antiquo modo eligendi in religione capuccinorum, Borne, 1640; 4° Ordinaliones pro bono regimine religionis capuccinorum, Borne, 1640.

Ughelli, Italia sacra, 2° édit., Venise, 1717, t. il, col. 879; Ciacconio, Vitse et res gestx pontif. rom.etS. R. E.cardinalium, 2' édit., Rome, 1677, t. iv, col. 531-537.

J.-B. Martin.

2. BARBERINI Bonaventure, né à Ferrare en 1674 et mort le 15 octobre 1743, entra à l'âge de 24 ans chez les capucins, dont il fut général. Il fut prédicateur apostolique pendant 19 ans. Benoit XIV le nomma à l'archevêché de Ferrare. On a de lui ; 1° Sermons et

BARBERINI — BARBIEBI

oraisons funèbres (en italien), Forli, 1718; 2» Epistola ad Em. Francise. Barberinum de canone nicwno appellationis ad summum rom. pontif. ac de numéro viginti canonum nicœnx synodi, dans Ojousc. scientif. e filol., t. xxxiv ; 3° Prediche dette nel sacro palazzo apostolico per il corso di diecinove anni,Xemse, 1752. La cause de sa béatification a été introduite en 1875.

Hœfer, Xouvelle biographie universelle, Paris, 1853, t. IV, Col. 435.

E. Mangenot.

3. BARBERINI François, neveu d'Antoine Barberini et d'Urbain VIII, né à Florence en 1597, mort en 1679 ; il fut successivement nommé, en octobre 1023, diacre cardinal de Saint-Onuphre et, en 1624, de Sainte-Agathe ui Suburra, cardinal évèque, en 1645, de la Sabine, en 1652 de Porto et, en 1666, d'Ostie, la plus haute «lignite. Erudit orientaliste, il dirigea longtemps la Bibliothèque vaticane et contribua puissamment au développement de la Bibliothèque barbérine. Il en fit dresser, par le savant Holstenius, le catalogue qui fut publié après la mort du cardinal sous le titre de Bibliotheese, qua Franciscus Barberinus, S. B. E. cardinale vice cancellarius, magnificentissimas suœ farniliae cul (Juirinalem aides magnificentiores reddidit, index, 2 in-fol., Rome, 1681. Cette riche bibliothèque qui était demeurée la propriété de la famille Barberini, a été acquise en 1902 par Léon XIII et elle forme un fonds spécial à la Bibliothèque vaticane.

Ciacconio, Vitx et res oestœ pontif. roinan.etcardinal.,2' édit., ■Rome, 1677, t. IV, col. 525-530 ; Ughelli, Italia sacra, 2' édit., Venise, 1717, t. i, col. 86, 151, 188; Mas-Latrie, Trésor de chronoloijie, col. 1155, 1158, 1162, 1227; U. Chevalier, Répertoire des sources ,Topo-bibliogr., col. 307.

J.-B. Martin.

BARBETS. Voir Vaidois.

BARBEYRAC Jean, fils d'un pasteur calviniste du Languedoc, naquit à Béziers le 15 mars 1674. Son père l'avait destiné aux études théologiques, mais les goûts du jeune homme l'orientèrent vers les sciences juridiques dans lesquelles il acquit une incontestable notoriété comme professeur et publiciste. Il avait commencé ses études littéraires au collège de Montagnac près de Béziers, quand survint la révocation de ledit de Nantes qui décida ses parents à quitter la France pour se réfugier à Lausanne. Il les rejoignit dès l'année 1686 et poursuivit ses études à Lausanne, puis à Genève, et enfin à l'université de Francfort-sur-1'Oder. Barbeyrac fut choisi en 1697, comme professeur de littérature au collège des réfugiés français de Berlin. C'est à partir de cette époque, semble-t-il, qu'il prit un goût particulier aux questions d'ordre juridique. Il entreprit la traduction de l'important traité de Puffendorf : De jure naturœ et gentium, qu'il publia en 1706. Cette publication attira l'attention, et lui valut en 17101a chaire de droit et d'histoire à l'université de Lausanne. Il occupa cette chaire jusqu'en 1717 et fut honoré du titre de recteur de l'Académie pendant les trois dernières années. Il se démit de sa charge en 1717, pour ne pas intervenir dans une dispute théologique qui mettait aux prises les calvinistes purs de Lausanne avec les théologiens dits de Saumur. Voir Amyraut. Justement une chaire de droit était vacante à ce moment à l'université de Groningue. Elle lui fut offerte et il la garda jusqu'à la fin de sa vie. Trois fois il fut élu secrétaire de l'université; trois fois aussi élevé à la dignité de recteur. Il mourut, après plusieurs années de lente maladie, le 3 mars 17H.

Le nom de Barbeyrac appartient à l'histoire de la théologie, en raison surtout de la polémique que suscita, enlre lui et le bénédictin dorn Ceillier, la publication du Traité du droit de la nature et dru (/vus, traduit du latin de Puffendorf, 2 in-4", Amsterdam, 1700. L'objet de celle polémique est

la morale des Pères de l'Église. Barbeyrac a écrit en tète de sa traduction une longue préface en 32 articles, dont le 9e est intitulé : Des Pères de l'Église et autres docteurs chrétiens depuis la mort des hommes apostoliques jusques ù la réformation. Il y dit entre autres choses que les Pères « sont presque tous tombés au sujet de la morale dans des erreurs fort grossières ». Édit. de Bàle, 1732, t. i, p. xli. Il insiste, p. l : « Les plus célèbres docteurs des dix premiers siècles de l'Église sont de mauvais maîtres et de pauvres guides en matière de inorale. » Puis viennent des critiques particulières appuyées sur des textes incomplets ou mal interprétés. Notons que cette préface contribua au succès de la traduction, qui fut plusieurs fois rééditée, Amsterdam, 1712, 1720, 1734; Bàle, 1732; Londres, 1740. Les assertions si graves de l'écrivain protestant ne pouvaient être admises sans contrôle. Dom Ceillier, qui appartenait alors à l'abbaye de Moyen-Moutier, les reprit une à une et y répondit victorieusement, dans un ouvrage d'une érudition étendue et d'un style toujours digne et châtié : Apologie de la morale des Pères contre les injustes accusations du sieur Jean Barbeyrac, professeur en droit cl en histoire à Lausanne, Paris, 1718.

Bix années s'écoulèrent sans que Barbeyrac répliquât. Mais il revint à la charge en 1728, et publia un volume, grand in-4°, dont voici le titre complet : Traité de la morale des Pères de l'Église, où en défendant un article de la préface sur Puffendorf contre l'Apologie de la morale des Pères du P. Ceillier religieux bénédictin de la congrégation de S. Vanne et S. Hydulphe, on fait diverses réflexions sur plusieurs matières importantes, Amsterdam, 1728. Cet ouvrage reprend le plan général de l'Apologie de dom Ceillier, et répond aux 17 chapitres du bénédictin par 17 autres dont les titres correspondent. Les proférants eux-mêmes conviennent qu'il est écrit avec « un peu d'emportement peut-être ». Lichtenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1877, t. u, p. 78. Il a été mis à l'index par décret du Saint-Office du 29 juillet 1767. — Dom Ceillier ne crut pas utile d'écrire un ouvrage spécial en réfutation de ce nouveau traité, mais il y répondit, selon l'occurrence des questions, dans son œuvre capitale et toujours estimée : Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, dont la publication, commencée en 1729 à Paris, se poursuivit jusqu'en 1763, et comprend 23 in-4°.

Parmi les autres publications de Barbeyrac, les plus importantes intéressent le droit naturel, objet principal de ses études. Nous les énumérons selon l'ordre chronologique : Traité des devoirs de l'homme et du citoyen, traduit du latin de Puffendorf, 2 in-12, Amsterdam, 1707; 1718; 1741 ; 1756; Traité du pouvoir des souverains et de la libertéde conscience, traduit du latin de Noodt, 2 in-12, Amsterdam, 1707, réédité avec des additions en 1714 et 1731; Traité du jeu au point de vue du droit naturel et de la morale, 2 in-8°, Amsterdam, 1709 ; 3 in-12, 1737; Traité du droit de la guerre et de la paix, traduit du latin de Grotius, avec notes et préface, 2 in-4°, Amsterdam, 1724; 1729; Bàle, 1746; Traité philosophique des lois naturelles, traduit du latin de Cumberland, in-4°, Amsterdam, 17 41; Leyde, 1757. Citons encore deux ouvrages d'ordre différent qui contribuèrent pour une bonne part à la réputation de l'auteur : Trailuction des sermons de Tillotson, 6 in-8°, Amsterdam, 1706-1716, 1722; Histoire des anciens traités depuis les temps les plus reculés jusques à Charlemagne, in-fol., Amsterdam et La Haye, 1739.

Moreri, Dictionnaire historique, Bàle, 1781, t. n, p. 61 ; Mlchaud, Biographie universelle, Paris, b. d.,t. m, p. 58; F. I.ichtenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1877, t. n, p. 77; A. Beugnet, Étude biographique et critique sur D. Rémi Ceillier, I3ar-lo-l)uc, 1891, p. l'i sq.

A. Beugnet.

BARBIERI (Philippe de), dominicain sicilien, maître

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