V. Oblet
BAUTAIN Louis Eugène-Marie, né' à l'aris le 17 février 1796, d'une famille très chrétienne, entra a 1S ans à ILcole normale, où il se lia d'amitié avec Jouffrov et
Pamiron. Trois ans après, il était nommé professeur de philosophie au collège royal de Strasbourg, et peu après à la faculté des lettres, où il enseigna avec un grand succès. La foi et la piété de sa première enfance avaient subi une éclipse assez forte, et il fallut des circonstances providentielles pour le ramener aux pratiques religieuses. Mais sa conversion fut solide, et il voulut se donner à Dieu d'une taçon encore plus complète en recevant le sacerdoce, sans cesser d'ailleurs ses études philosophiques. Esprit fin et pénétrant, d'une grande puissance de travail et jouissant déjà d'une réputation méritée, il aurait pu rendre des services éminents à la science catholique, si sa philosophie avait été' plus sûre. Malheureusement, elle était imprégnée de cette erreur dangereuse qu'on a appelée le fidéisme, parce qu'elle attribue à la foi seule le pouvoir de nous donner une vraie certitude des principes de la raison. L'évèque de Strasbourg, Mstr de Trévern, après lui avoir retiré la direction de son grand séminaire qu'il lui avait confiée, s'émut du danger qu'offrait l'enseignement de l'abbé Bautain, et l'invita à répondre par écrit à six questions très précises qu'il lui posait sur la valeur de la raison humaine relativement à la démonstration des préambules de la foi et des motifs de crédibilité concernant la révélation. Les réponses du professeur ne furent pas satisfaisantes, et l'évèque se vit obligé de le condamner le 15 septembre 1834, dans un Avertissement adressé à son clergé et communiqué à Borne ainsi qu'à tout l'épiscopat français. Un bref pontifical du 20 décembre approuva la conduite de l'évèque. Quelque temps après, grâce à l'intervention de Mar Donnet, coadjuteur de l'évèque de Nancy, l'abbé Bautain signait avec empressement, le 18 novembre 1835, les six propositions suivantes, qui expriment bien la doctrine catholique.
1" Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu. — La foi, don du ciel, est postérieure à la révélation ; elle ne peut donc pas être alléguée vis-à-vis d'un athée en preuve do l'existence de Dieu.
2' La révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la synagogue et du christianisme.
3" La preuve de la révélation chrétienne tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a point perdu sa force et son éclat vis-à-vis des générations subséquentes. Nous trouvons cette preuve dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens. C'est par cette double tradition que nous devons la démontrer à ceux qui la rejettent.ou qui, sans /admettre encore, la désirent.
4° un n'a pas le droit d'attendre d'un incrédule qu'il admette la résurrection de notre divin Sauveur, avant de lui en a\"ir administré des preuves certaines, et ces preuves sont déduites de la même tradition parle raisonnement.
5° L'usage de la raison précède la foi, et y conduit l'homme par la révélation et la grâce.
6* La raison peut prouver avec certitude l'authenticité de la révélation laite aux Juifs par Moïse et aux chrétiens par Jésus-Christ.
L'affaire paraissait terminée, lorsque des malentendus regrettables renouvelèrent le différend. L'abbé Hautain, se voyant menacé d'une condamnation générale de tous ses ouvrages, se décida, sur le conseil du P. Lacordaire, à faire le voyage de Borne et à soumettre ses écrits au saint-siège. Le pape Grégoire XVI fit examiner par le cardinal Mezzofanti et le P. Perrone le principal ouvrage incriminé' de l'abbé Bautain, la Philosophie du christianisme. L'examen traîna en longueur; et, par égard pour un prêtre aussi méritant, il fut décidé qu'on lui signalerait simplement les propositions qui demandaient à èlro corrigées ou modifiées, mais que le livre lui-même ne serait pas condamné. Sur ces entrefaites, l'évèque de Strasbourg ayant pris un coadjuteur, Mor Rsess, celui-ci termina le différend, en obtenant de l'abbé Bautain qu'il souscrivit à nouveau, le 8 septembre 18M), les six propositions de 1835, avec quelques légères modifications que nous indiquons en italiques :
1- Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence do Dieu ci l'infinité de ses perfections, etc.