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V. Oblet

BÉRAULT Michel, théologien protestanl, né au Mans vers 1535, mort à Montauban le 11 juillet 1610. Entré au noviciat des dominicains dans sa ville natalp, il le quitta au bout de peu de temps pour embrasser vers 1555 la religion réformée où il se fit admettre comme ministre. Après avoir exercé ses fonctions en différentes villes, il fut en 1579 nommé à Montauban et plus tard choisi comme professeur de théologie lors de la fondation de l'Académie de cette ville. Michel Bérault prit part à de nombreuses conférences et présida les synodes nationaux de Montauban en 1594, de Montpellier en 1598 et de La Rochelle en 1607. Voici ses principaux ouvrages : Alhcnagoras d'Athènes, philosophe chrestien, touchant la résurrection des morts, in-S", Montauban, 1582; Brieve et claire défense de la vocation des ministres de l'Évangile, in-8°, Montauban, 1598; Epistola apologetica ad Plantavitium Pauseum semi-jesuitann, in-8", Saumur, 1608; Disputationum theologicarum prima de sacra theologia, in-4°, Saumur, 1608.

Lichlenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, in-S", Paris, 1877, t. il, p. 200.

B. HeI'Rtebize.

1. BERENGER Pierre, s'intitule lui-même scolastique en tète de ses ouvrages. On ignore le lieu où il exerça ses fonctions. On ne sait pas davantage où il naquit. Dom Bréal, Recueil des historiens des Gaules, t. xiv, p. 294, conjecture qu'il était du Gévaudan. Le ms. 2923 de la Bibliothèque nationale de Paris en lait au contraire un Poitevin : Pictaviensis. On le désigne communément sous le nom de Bérenger de Poitiers. Il fut l'un des plus brillants disciples d'Abélard. Ses écrits révèlent une culture littéraire très développée. Nous avons de lui : 1° une Apologie d'Abélard; 2° une Invective contre les chartreux; 3° une lettre de rétractation adressée à l'évêque de Mende. Duchesne lui attribue un Traité sur l'incarnation que les auteurs de l'Histoire littéraire de la France regrettent de ne pas connaître. Enfin Bérenger lui-même nous apprend qu'il écrivit contre un moine de Marseille une lettre aujourd'hui perdue.

Son Apologeticus contra bealum Bernardum Claravallenseni abbatem et alios qui condentnaverunt Petrum Abselardum est un violent pamphlet sans valeur historique. C'est à peine si on y peut trouver quelque vague renseignement sur les travaux préparatoires du concile de Sens (1140), où Abélaid fut condamné. Les juges sont traités de « pourceaux » et d' « ivrognes ». A entendre Bérenger, au moment de prononcer leur sentence, ils n'avaient plus la force de prononcer les mots; ils disaient : Namus, pour Damnamus. « C'est qu'en effet, ils nageaient dans le vin. » Saint Bernard, présidant une orgie ! Quelle grossière plaisanterie!

L'abbé de Clairvaux est pris plus particulièrement à partie. Bérenger lui reproche d'avoir composé dans sa jeunesse des vers polissons; il lui fait un crime d'avoir entrepris de commenter, après tant d'autres maîtres, après Origène, saint Ambroise, Retius d'Autun et le Vénérable Bède, le Cantique des cantiques, et d'avoir introduit dans un chant nuptial des lamentations sur la mort de son frère. Chose plus grave, à propos d'un texte de saint Paul, Bernard ferait descendre du ciel les âmes humaines et ressusciterait ainsi l'hérésie d'Origène. Sa démangeaison d'écrire et d'innover ne l'aurait-elle pas conduit à dire, dans son traité De diligendo Deo, que « la mesure d'aimer Dieu, c'est de l'aimer sans mesure », formule subtile et ridicule à laquelle il est facile d'opposer celle de Noire-Seigneur lui-même ;

RÉRENGER PIERRE — RÉRENGER DE TOURS

« Tu aimeras 1. Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, rie tout ton esprit cl d<- toutes tes forces. »

Toutes ces critiques ne vont qu'à prouver une chose : c'est que tout le monde se trompe, et que celui qui s'est trompé n'a pas le droit de juger trop sévèrement les autres. « Si Âbélard avait fait une faute en parlant, il devait sentir de la part de son juge les douces mains de la miséricorde plutôt que les tenailles brûlantes de la colère. »

Bérenger se promettait de justifier la doctrine d'Abélard dans une seconde partie qui n'a pas paru.

Sa lettre aux chartreux contient, avec un éloge de leur institut, un violent réquisitoire contre leur conduite, mais en somme (et c'est à cela que se réduisent ses accusations), tout leur crime est de violer la règle du silence, et de prêter une oreille trop complaisante aux commérages du dehors.

Dans le prologue de son Traité de l'incarnation, Bérenger attaque les moines en général par ce trait satirique : Apud religiosos patclla psalmus est, et pinguis refectio Alléluia; « chez les religieux, le psaume est un petit plat, et l'AUeluia un menu succulent. » Au moine de Marseille il reproche d'enseigner que le Dieu souverain est distinct du créateur de l'univers.

En somme, l'œuvre littéraire et théologique de Bérenger est plutôt polémique et satirique que didactique et positive. Elle lui suscita des ennemis. Par crainte de l'orage qu'il avait déchaîné contre lui, il prit le parti de s'expatrier. Après avoir erré çà et là, sans savoir où se fixer, il finit par se terrer dans les Cévennes. Ce fut de là qu'il écrivit à l'évêqne de Mende, Guillaume (1109-1150), une lettre qui contient une rétractation assez équivoque de ses précédentes satires. Il rend hommage à la sainteté de l'abbé de Clairvaux : « A mon avis, dit-il, il est le Martin de notre époque. » Cependant il n'est pas encore canonisé; c'est un homme sujet comme les autres aux laiblesses de la nature; « il brille comme le feu; mais ce n'est pas encore le soleil, il n'est pas encore fixé au firmament; c'est tout au plus une lune... Quant à sa doctrine, si je l'ai mal interprétée, qu'on me réfute. » Legant eruditi Apologeticum qucm edidi ; et si dumnum abbatem juste non argui, licenter me redarguant. Néanmoins un peu plus loin il déclare qu'il ne faut pas prendre au sérieux, mais pour une simple plaisanterie, tout ce qu'il a écrit au désavantage de l'homme de Dieu. Il va plus loin; comme on lui reprochait de ne pas avoir tenu sa promesse en justifiant la doctrine d'Abélard, il répond qu'il est devenu plus sage avec le temps et qu'il est tout à fait de l'avis de l'abbé de Clairvaux. « Je n'ai pas voulu me faire l'avocat des chefs intentés contre Abélard, car si la doctrine en est bonne, elle est aussi mal sonnante. » Venant ensuite aux invectives lancées contre les chartreux, il convient (pie ces bons anachorètes amassaient de grandes richesses spirituelles. « Mais voyant, dit-il, qu'ils les mettaient dans un sac pcrcé>, par la liberté qu'ils se donnaient d'ouvrir la boucheà tout propos, j'ai voulu fermer le trou du sac en leur imposant silence, afin de conserver la pure farine île la religion. Quant au moine de Marseille, il méritait une réprimande, comme l'atteste la lettre qu'il m'a écrite. Le trait contre les religieux qui aiment les menus succulents D'est qu'une boutade qui, lancée contre ton! le monde, n'atteint personne. » Bérenger finit par demander pardon à ceux qu'il a blessés, voulant bien s'avouer coupable, mais par manière de parler : IVniam rogo innocent, et simagis placet, veniam postulo reus.

Cette rétractation est manifestement insuffisante, surtout en ce qui regarde les attaques dirigées contre l'abbé

île Clairvaux. .Nous avons montré, lie rue îles questions

historiques, janvier 1891, p. 223, que Bernard n'a jamais composé les poésies licencieuses qu'on lui attribue. Tout au plus peut-il être question de juvenilia sur un

sujet profane. Les railleries que Bérenger adresse à l'abbé de Clairvaux au sujet de l'oraison funèbre de Gérard, interrompant le commentaire sur le Cantique des cantiques, sont également déplacées. Il lui reproche, en particulier, d'avoir fait deux emprunts à l'oraison funèbre de Satire par saint Ambroise et en conclut que son chagrin est un chagrin de rhétorique. Mabillon remarque judicieusement que, des deux passages allégués en preuve, un seul se trouve dans saint Ambroise. Senn., xxvi, in Cantica, P. L., t. olxxxiii, col. 903, note. Du reste, il n'y aurait pas de honte à imiter saint Ambroise. Peut-on dire qu'un chagrin ne peut être sincère quand il entre des réminiscenees dans les termes qu'on emploie pour l'exprimer? Le reproche d'hérésie serait plus grave, s'il ne tombait aussi absolument à faux. Quand Bernard dit que l'âme « tire son origine du ciel », il entend par là, comme le prouve tout le contexte, qu'étant, de sa nature, spirituelle, comme les anges, elle doit tendre au ciel qui est sa vraie patrie. Nam si propter corpus, quod de terra habet, tabernaculis Cedar se assimilât, curnon propter animam, quee de cselo est, cœlo seque similem se esse glorietur, prœsertim cum vita testetur originem, testetur naturse dignitatem et patriœ. Serni., xxvii, in Cantica, n. 6, P. L., t. clxxxiii, col. 915; cf. ibid., note de Mabillon. Faut-il faire une chicane à saint Bernard d'avoir dit que « la mesure d'aimer Dieu, c'est de l'aimer sans mesure »? De diligendo Deo, c. i, P. L., t. clxxxii, col. 974. Mabillon fait observer que cette « parole d'or », dictum aureum, remonte à Sévère de Milève, correspondant de saint Augustin, Epist., cix, P. L., t. xxxm, col. 419, et que l'abbé de Clairvaux imitedans cette citation Jean de Salisbury, Polycraticus, 1. VII, c. xi. Bref, il n'y a pas lieu de prendre au sérieux aucun des reproches que Bérenger adresse à l'abbé de Clairvaux, et lui-même se rendait justice quand il écrivait : non serio legalur. Ce qu'il disait de la personne de l'homme de Dieu, il faut l'appliquer également à la doctrine : Si quod in personam liominis Dei di.ri, joco legatur, non serio. Epist. ad Mimatensem episcopum.

Les ouvrages de Bérenger se lisent, P. h., t. crxxviu, col. 1857, et dans Cousin, Pétri Abxlardi Opéra, Paris, 1859, t. Il, p. 771 sq. Odduul a traduit VApologeticus et l'épitre à l'évèque de Mende à la suite d'Abuilardet Héluise, par M. et M"* Guizot, Paris, 1853, p. 205 sq.

A consulter Fabricius, édit." Mansi, 1. 1, p. 198; Noël Alexandre, Hist. eccl., saec. XI, xu, diss. VII, a. 9; dom Ceillier, Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. xiv, p. 327; Bayle, Dictionnaire historique et critique, au mot Bérenger; Histoire littéraire de la France, édit. Palmé, t. xu, p. 254 ; Kirchenlexikon, t. Il, col. 3'JO.

E. Vacandard.

2. BÉRENGER DE TOURS. -I. Vie. II. Doctrines. III. La controverse bérengarienne.

I. VlE. — Bérenger naquit à Tours, ou dans ses environs, vers l'an 1000. Il alla, jeune encore, recueillir les leçons de Fulbert de Chartres. Son intelligence ouverte, son ardeur de savoir le classèrent au premier rang des disciples de Fulbert. Mais il semble que, dès lors, il inspira des inquiétudes. Guillaume de Malmesbury raconte, Gesta regum Anglorum, 1. III, § 285, P. L., t. clxxix, col. 1258, que Fulbert, surson lit de mort, apercevant Bérenger dans la foule de ses visiteurs, ordonna de le faire sortir, et assura qu'il avait vu, près de lui, un démon qui invitait, d'une main caressante, beaucoup de gens à le suivie. Sans doute ce récif est loin de s'imposer, et l'on peut admettre que le portrait de Bérenger étudiant tracé' par Guitmond, De corporis et sanguinis Chris ti veritate in eucharistia, I. 1, /'. L., t. cxi.ix, col. 1428, est poussé' au noir. Mais nous savons, par un condisciple de Bérenger, Adelman de Liège, De eucharistia sacràmento ad Berengarium epistola, P. /.., t. cxi. m, col. 1289, que Fulbert exhortait avec larmes ses élevés à ne pas dévier de la ligne droite de l'ortho-

BERENGER DE TOURS

doxie; et, s'il est peut-être excessif de supposer, avec M. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, Chartres, 1895, p. 105, qu'il y a une allusion à Bérenger dans le passage d'une lettre de Fulbert, la xlvif, P. L., t. cxli, col. 225, où l'évêque de Chartres dit d'un de ses disciples, Adelman, que luporum insidias sagaciter cavet, en revanche il est certain que la question eucharistique préoccupait Fulbert. Dans une lettre, dont l'authenticité, niée par M. PfistQr, De Fulbertl Carnotensis vita et operibus, Nancy, 1886, a été établie par M. Clerval, op. cit., p. 42, Fulbert repousse des doctrines où se trouve, au moins en germe, toute l'erreur de Bérenger : à l'encontre de certains esprits qui jugent trop charnellement des choses de la foi et, en particulier, des sacrements, Fulbert déclare qu'il ne faut pas, en ces matières, s'arrêter à ce qui tombe sous le regard, que l'eucharistie ne doit pas être appréciée selon les apparences et d'après le seul regard corporel, qu'en elle nous n'avons pas inanis mysterii symbolum, sed... corpus Christi verum quod..., $ub visibili creaturœ forma, invisibiliter virtus sécréta... operatur, que la matière de l'eucharistie naturse et generis sui meritum transcendons, in Christi substantiam commutetur. P.L., t. cxli, col. 199, 201-203. Les idées que Bérenger défendit dans la suite étaient donc dans l'air pendant son séjour à Chartres, et il n'est pas impossible qu'il les ait déjà adoptées.

Après la mort de Fulbert (1029), Bérenger quitta Chartres. Il ne tarda pas à devenir écolàtre de Tours et archidiacre d'Angers. S'il demeura, quelque temps et à plusieurs reprises, à Angers, en sa qualité d'archidiacre, cf. L'Anjou historique, Angers, 1901, t. ir, p. 3-18, il résida habituellement à Tours. Sa réputation grandit vite et attira à son école de Saint-Martin de brillants élèves, parmi lesquels on cite Hildebert de Lavardin. Cf. pourtant Bourassé, P. L., t. clxxi, col. 21-22. Peutêtre faut-il lui joindre Eusèbe Brunon, le futur évèque d'Angers; cf. Mabillon, Annales ordinis S. Benedicli, Lucques, 1739, t. iv, p. 446; C. Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, Paris, 1874, t. I, p. 318, 528, — ainsi que le fondateur de la Chartreuse, saint Bruno, cf., contre cette hypothèse, Mabillon, Acla sanct. ordinis S. Benedicti, sœc. vi, part. I, Paris, 1701, p. iv-v; part. II, p. lui, et, pour elle, les bollandistes, Acla sanctorum, Paris, 1866, octobris t. m, p. 504-508, et Delarc, Saint Grégoire VU, Paris, 1889, t. m, p. 352. Baudri de Bourgueil ne vint pas à l'école de Saint-Martin de Tours, et n'eut donc pas Bérenger pour maître, mais il put le connaître à Angers. Cf. H. Pasquier, Baudri, abbé de Bourgueil, archevêque de Dol, Angers, 1878, p. 41. Quant à Lanfranc, il ne fut certainement pas son disciple. Cf. Porée, Histoire de l'abbaye du Bec, Évreux, 1901, t. I, p. 69.

Au dire de Guitmond, P. L., t. cxlix, col. 1428, Bérenger fut jaloux de Lanfranc qui l'avait vaincu dans une discussion de dialectique, et de l'école du Bec qui éclipsait celle de Saint-Martin de Tours; pour attirer l'attention et grouper autour de sa chaire de nombreux auditeurs, il se mit en tête de trouver du nouveau, et de là ses spéculations hétérodoxes. Deux faits contribuèrent à lui donner de la hardiesse : l'éléva- < tion de son ami Eusèbe Brunon au siège épiscopal d'Angers (1047), et la protection de Geoffroy Martel, •comte d'Anjou. C'est vers cette date de 10 i7 que Bérenger commença d'émettre publiquement ses théories ■antieucharistiques.

Un de ses anciens condisciples de Chartres, Hugues, évèque de Langres, eut avec lui, à Tours, une longue conférence d'où il emporta la certitude que Bérenger avait, sur l'eucharistie, d'autres sentiments que ceux de l'Église universelle; Hugues s'en expliqua dans une lettre écrite en 1048 ou dans les premiers mois de 10i9. Pour

cette lettre et les écrits divers que nous allons mentionner, voir la bibliographie à la fin de cet article. Adelman, écolàtre de Liège, et ancien condisciple de Bérenger lui aussi, avait eu vent, de son coté, des doctrines de l'écolàtre de Tours et lui avait fait demander des renseignements par Paulin, primicier de Metz. Bérenger avait répondu à Paulin en se couvrant de l'autorité de Jean Scot Érigène, et, comme Paulin lui avait communiqué ses doutes sur l'autorité de Scot, Bérenger avait accentué ses opinions dans une seconde lettre à Paulin. Pendant ce temps, Adelman, ne recevant pas de ses nouvelles, écrivit (vers le commencement de 1050) une lettre, qu'il compléta plus tard, et dans laquelle il adjura Bérenger de respecter « la paix catholique ». P. L., t. cxun, col. 1289.

La condamnation portée au concile de Beims (1050) contre « les nouveaux hérétiques qui venaient de surgir dans les Gaules », et que nous connaissons par le moine Anselme, Hisloria dedicationis ecclesise sancti Bemigii Bemensis, P. L., t. cxlii, col. 1437, vise-t-elle Bérenger et ses partisans? Ce n'est pas improbable, si ce n'est tout à fait sûr. Vers la même époque, ayant appris que Bérenger battait en brèche la doctrine traditionnelle sur l'eucharistie, et qu'il appuyait son enseignement sur l'autorité d'un livre attribué à Scot Érigène, Lanfranc taxa d'hérésie la doctrine de Scot Érigène sur le sacrement de l'autel, et soutint l'orthodoxie de Paschase Radbert que Jean Scot Érigène et Bérenger n'admettaient pas. Bérenger averti se hâta d'écrire à Lanfranc : comme celui-ci, dans l'intervalle, était allé assister au concile de Rome, la lettre lui fut portée à Rome, et fut lue au concile (1050), lequel condamna Bérenger et lui signilia de comparaître devant le concile qui devait se tenir à Verceil, au mois de septembre de la même année. Bérenger résolut, à ce qu'il affirme, d'aller à Verceil, mais non sans avoir obtenu la permission d'entreprendre ce voyage du roi Henri Ier, abbé nominal de Saint-Martin de Tours. Il se rendit donc auprès du roi, tout en faisant un détour à Préaux (diocèse de Lisieux), où il essaya en vain de rallier à sa cause son ami l'abbé Ansfroid, — et à Chartres où s'engagea une discussion qui tourna contre lui. Peut-être aussi faut-il placer à cette date une tentative de Bérenger pour se' concilier Guillaume de Normandie, le futur conquérant de l'Angleterre, et la conférence de Brionne (près du Bec), convoquée par Guillaume, et dans laquelle, raconte Durand de Troarn, Liber de corpore et sanguine Christi, c. xxxm, P. L., t. cxlix, col. 1422, Bérenger fut réduit au silence et contraint de donner son assentiment aux propositions qui sauvegardaient la foi catholique; Durand de Troarn, il est vrai, met ce voyage de Bretagne en 1053, mais, comme il ajoute que la conférence de Brionne fut antérieure au concile de Verceil, il est probable que cette date de 1053 est une erreur des manuscrits. Quoi qu'il en soit, Henri Ier ne laissa point partir Bérenger pour Verceil : il l'emprisonna. Des historiens, notamment Gforer, Papst Gregorius VII und sein Zeitalter, Schafl'house, 1861, t. vi, p. 55, ont vu dans cet emprisonnement une comédie, une histoire arrangée à plaisir, pour permettre au roi de France de tenir Bérenger à l'abri des périls qui l'attendaient à Verceil ; mais la manière dont Bérenger s'en exprime, De sacra cœna, Berlin, 1834, p. 16, démontre qu'il n'en fut rien. Cf. Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, Paris, 1871, t. vi, p. 327; P.-P. Brucker, L'Alsace et l'Eglise au temps du pape Léon IX, Paris, 1889, t. il, p. Ï55-158, 397-399. Du reste, la captivité fut courte; Bérenger s'en tira à prix d'or et alla se réfugier auprès du comte d'Anjou.

Cependant l'absence de Bérenger n'empêcha point le concile de Verceil (1050) d'examiner et de condamner sa doctrine. L'année suivante, en dépit d'une lettre de Théoduin, évèque de Liège, qui l'invitait à punir Béren-

BÉRENGER DE TOURS

ger et Eusèbe Brunon, au lieu de leur accorder de se laire entendre par un concile, Henri Ier convoqua un synode national à Paris, pour juger Eusèbe et son archidiacre ; les deux inculpés s'abstinrent d'y venir, et furent condamnés. La réconciliation du comte d'Anjou avec le pape Léon IX enleva à Bérenger de son assurance, llildebrand. le lulur Grégoire VII, étant venu à Tours et ayant présidé un concile, Bérenger signa une formule de foi eucharistique. Peu après (1055 ou 1063), le synode de Bouen dressa une formule de foi, qui était la contradiction explicite de la thèse bérengarienne. En 1059, au concile de Borne, Bérenger accepta une nouvelle profession de foi eucharistique. Dès qu'il se sentit libre, il attaqua le concile, dans le premier livre, aujourd'hui p rdu, du De sacra cœna (nous en avons toutefois des fragments dans le De corpore et sanguine Domini adv 'i sus Berengarium Turonenseni , que Lanfranc rédigea entre 1063 et 1070). Une assemblée, qui se réunit (1062) à Angers, dans la chapelle de la comtesse Hildegarde, mère de Geoffroy Martel, et qui eut à sa tête l'archevêque de Besançon, fut défavorable à Bérenger. Sur ces entrefaites, Eusèbe Brunon se détacha de lui, et le lui signifia, dans une lettre fort nette (d'après W. Brocking, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, Gotha, 1892, t. xm, p. 175, cettelettreneseraitque de 1079) pendantqueGeolfroy le Barbu, qui avait succédé à Geoffroy Martel (1060), poursuivait le novateur de son hostilité et l'empêchait de remplir ses fonctions d'archidiacre. Bérenger implora la protection du pape : Alexandre II intervint en sa laveur par des lettres pleines de bienveillance et qui ne contiennentaucune réserve sur son orthodoxie. Bérenger pourtant n'était pas transformé; au rapport d'un contemporain, Bernold de Constance, De Beringerii hseresiarchse damnatione multiplici, c. vu, P. L., t. cxlviii, col. 1456, Alexandre II dut l'avertir de renoncer définitivement à son erreur et de ne plus scandaliser la sainte Église; mais Bérenger notifia au pontife romain son intention de demeurer inébranlable. Vers la même date, il répondit au traité de Lanfranc par le De sacra cœna adversus Lanfrancum liber posterior.

Les condamnations contre Bérenger se renouvellent aux conciles de Poitiers (1074 ou 1075) et de Saint- Maixent (1075 ou 1076); au premier, il manqua être massacré, peut-être pour avoir accusé 'd'hérésie saint llilaire. Cf. la chronique de Saint-Maixent dans Marchegay et Mabille, Chroniques des églises d'Anjou, Paris, 1869, p. 406, et en rapprocher la Le lettre de Lanfranc, P. L., t. cl, col. 543-545. En 1078, il est à Borne, au concile de Saint-Jean-de-Latran, convoqué par Grégoire VII; il y signe une formule de foi laquelle, après coup ne semble pas assez explicite. L'année suivante, s'ouvre encore un concile au Latran; Bérenger est contraint de signer une formule plus précise, destinée à supprimer toutes les échappatoires. Le pape Grégoire VII, toujours doux envers Bérenger — ce qui lui vaudra d'être accusé, par le pseudo-synode de Brixen (1080), d'avoir pactisé avec l'hérésiarque, et par des historiens modernes, par exemple W. Martens, Gregor VII, sein Leben und Wirken, 2e édit., Leipzig, 1894, t. i, p. 269, d'avoir montré une condescendance excessive à l'égard de Bérenger et de ses doctrines — croit à la sincérité' de son repentir, et défend de l'inquiéter dans sa personne ou dans ses biens et de l'appeler hérétique. A peine de retour en France, infidèle à ses serments, Bérenger écrit contre lu formule qu'il a souscrite en dernier lieu à Rome. Le concile de Bordeaux (1080) obtient de lui une dernière rétractation. A partir de ce moment, le bruit fait autour dr ses doctrines s'apaise.

Bérenger mourut dans l'Ile de Saint-Cosme, près de Tours, où il passa ses dernières années, probablement en 1088, le 6 janvier. Larroque, Histoire de l'eucharistie, Amsterdam, 1669, p. 139; Oudin, Commentarim de scriplcribus Ecclcsiœ antiquis, Leipzig, 1722, t. n,

col. 635, etc., ont soutenu que Bérenger n'abandonna point les idées qu'il avait patronnées si longtemps et à travers tant d'obstacles ; ils se basent principalement sur Bernold de Constance, Chronicon, P. L., t. cxlviii, col. 1383, d'après lequel Bérenger ad vomitum suum canino more non expavit redire, nam et, in romana sinodo canonice convictus, heresim suam... anathcuiatizavlt, nec tamen postea dimisit. Mais il ne semble pas que cette atlirmation puisse tenir contre les textes qui la contredisent. Les épitaphes fort louangeuses de Bérenger, dues à Baudri de Bourgueil et à Hildebert de Lavardin, seraient inexplicables dans l'hypothèse de son impénitence finale, la dernière surtout, dans laquelle Hildebert ne souhaite pas un sort meilleur que celui de son maître,

Nec flat melior sors rnea sorte sua.

P. L., t. clxxi, col. 1397. Clarius écrit, dans la chronique de Saint-Pierre-le-Vil de Sens, cf. d'Achéry, Spicilegium, Paris, 1657, t. n, p. 749 : Anno 1083, Berengarius, Turonensis magistcr et admirabilis philosophus, amator pauperum, effloruit... Post hsec fidelis et vere catholicus vitam finivit. La chronique de Saint-Martin de Tours place la mort de Bérenger en 1088, et l'appelle également fidelis et vere catholicus. Cf. Bouquet, Becueil des historiens des Gaules et de la France, 2e édit., Paris, 1877, t. xn, p. 465. Le nom de Bérenger figurait dans le nécrologe de l'église cathédrale d'Angers, ce qui n'aurait certainement pas eu lieu si Bérenger n'avait pas fini dans la communion catholique ; il se lisait également au martyrologe de Saint- Mariin de Tours. Ci". Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique, Paris, 1872, t. i, p. 243. Sa conversion tut considérée comme si authentique et partaite qu'avec le temps on en vint à le tenir pour un saint. Cf. Guillaume de Malmesbury, Gcsla regum Anglorum, 1. III, § 284, P. L., t. clxxix, col. 1257 ; Mathieu Paris, Historia major, édit. VVats, Londres, 1684, p. 10. Guillaume de Malmesbury, ibid., § 285, col. 1258, prête ce mot à Bérenger mourant et qui gémissait au souvenir des disciples qu'il avait entraînés dans l'hérésie : Hodie, in die apparitionis suw, apparebit mihi Dominus meus Jésus Christus, propter pœnitentiam, ut spero, ad gloriam, vel, propter alios, ut timeo, ad pœnam. L'anonyme de Melk, De scriptoribus ecclesiasticis, c. i.xxxvm, P. L., t. ccxm, col. 979, dit qu'on lui attribuait ce distique :

Constat in altari carnem île pane creari;

Ipsa caro Deus est ; qui negat hoc reus est.

Voir encore Jean d'Ypres, Chronicon sancti Bertini, c. xxxvn, dans Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, Paris, 1717, t. ni, col. 578.

IL Doctrines. — /. questions diverses. — Le nom de Bérenger est resté attaché à l'histoire du dogme eucharistique. Sur d'autres points encore il a émis ou on lui a attribué des opinions contraires à l'enseignement de l'Eglise, mais moins retentissantes.

Dans la dispute de Chartres ( 1050), le prévôt Guillaume lui reprocha d'avoir dit que la crosse de l'évoque n'était pas le signe de la juridiction spirituelle. Au moment où la question des investitures, déjà posée, allait ouvrir la grande lutte du sacerdoce et de l'empire, on voit l'importance de cette déclaration. Nous avons une lettre de Bérenger, adressée à l'un des témoins du débat, Asceliu, son ancien condisciple de Chartres; il affirme qu'il y protesta et qu'il continue à protester contre cette théorie sur la crosse épiscopale. P. L., t. cl, col. 6(5 .

Vis-à-vis du saint-siège, Bérenger manqua ;ul double

devoir du respect el de l'obéissance, cité devant le concile de Verceil, il prétendait n'être pas obligé de s'y rendre, « parce que, selon le droil ecclésiastique, nul ne doil 'lie forcé à comparaître devant un tribunal hors de sa province, t De sacra cœna, p, 41. Le pape, à l'entendre, est un sacrilège, et le concile de Verceil une

BERENGER DE TOURS

assemblée de niais. De sacra cœna, p. 36,44, Les injures à la Luther sont prodiguées : Saint Léon IX est non ponlificem sed pompificem et pulpifœem,\e saint-siège est le siège de Satan, l'Eglise romaine est vanitatis conciluim et Ecclesiammalignanliuni, elle est entachée d'hérésie, et la véritable Église subsiste en Bérenger et en ceux qui le suivent. Cf. Bernold de Constance, De Beringerii hœresiarchee damnatione mulliplici, c. vi, P. L., t. cxlviii, col. 1456; Durand de Troarn, Liber de corpore et sanguine Christi, c. xxxm, P. L., t. cxlix, col. 1422; Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, c. xvi, P. L., t. cl, col. 426, 442.

Bérenger écrit, dans une lettre qui est des environs de 1048, que l'évêque de Poitiers, en excommuniant un diacre parce que celui-ci s'est marié, lui semble avoir agi contre les canons. Le texte publié par Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum , Paris, 1717, t. i, col. 195-196, ajoute : « à moins peut-être que l'obstination du diacre n'ait forcé l'évêque à agir ainsi ; » mais ce membre de phrase est absent du manuscrit édité par Sudendorf, Berengarius Turonensis, Hambourg, 1850, p. 200, et semble une addition postérieure qui ne serait pas de Bérenger. Cf. Sudendorf, ibid.,

Théoduin de Liège, P. L., t. cxlvi, col. 1439, de qui dépend Guitmond, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharislia, 1. I, P. L., t. cxi.ix, col. 1429, dit que Bérenger et Eusèbe Brunon, « renouvelant les antiques hérésies, rejetaient les mariages légitimes et, autant qu'ils le pouvaient, le baptême des enfants. » Si Bérenger enseigna ces erreurs, ce fut seulement aux origines de sa campagne; cela ressort du passage de Guitmond que nous avons indiqué. Une lettre du cardinal Humbert à Eusèbe Brunon, publiée par Brucker, L'Alsace et l'Église au temps du pape saint Léon IX, 1. il, p. 393-395, prouve que l'évêque d'Angers parut suspect dans la question du divorce; peut-être l'accusation de Théoduin de Liège a-t-elle sa source dans ce fait. Peut-être encore Théoduin, inlluencé par le souvenir des nouveaux manichéens d'Orléans (1022) et d'Arras (1025), cf. Mansi, Conciliorum amplis, colleclio, Florence, 1764, t. xix, col. 373, 423, a-t-il conclu trop vite que Bérenger renouvela leurs hérésies sur le baptême et le mariage, en même temps que leurs négations antieucharistiques. Nous savons, du reste, que l'aflaire des hérétiques d'Orléans avait eu sa répercussion dans l'école de Fulbert de Chartres. Cf. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, p. 132. Voir aussi Dollinger, Beitràge zur Scktengeschic/ite des Miltelalters, Munich, 1890, t. I, p. 71-72.

L'abbé Wolphelme de Brauweiler, P. L., t. cliv, col. 412, et Guitmond, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharislia, 1. III, P. L., t. cxi.ix, col. 1480, attribuent à Bérenger cette assertion que le Christ ressuscité n'entra pas auprès de ses apôtres januis clausis. Le même Guitmond, 1. I, col. 1429, parle, mais sans les spécifier, des impiétés assez nombreuses que Bérenger proféra.

//. l'eucharistie. — Il est certain que Bérenger nia la transsubstantiation. Nia-t-il également la présence réelle? A peu près tous les théologiens répondent affirmativement, à la suite de saint Thomas, S uni. theoh, IIIa, q. lxxv, préambule de la question, et a. 1, qui, se demandant utrum in hoc sacramento (l'eucharistie) sit corpus Christi secundum veritatem, an soluni seàundum figuram vel sicut in signo, dit que Bérenger lut le premier à enseigner corpus et sanguinem Christi non esse i» hoc sacramento nisi sicut in signo. La plupart des historiens ecclésiastiques ont fait la même réponse, par exemple Noël Alexandre, Hist. eccles., Venise, 1778, t. vu, p. 213. D'autres, et non des moindres, r.ir exemple Mabillon (avec des réserves, cf. p. xxix), Acta sanct. ordinis S.Bettedicti, sa>c. vi,part. II,p.xxn-

xxxi, Martène etDurand, Thesauru snoims anecdotorum , Paris, 1717, t. IV, col. 101-102, Mansi, dans ses notes sur Noël Alexandre, loc. cit., p. 213-214, ont pensé que Bérenger ne combattit que la transsubstantiation. L'un des plus doctes théologiens sorbonistes, Witasse, Traclalus de augustissimo eucharislise sacramento, Paris, 1720, t. i, p. 431-439, croit que Bérenger varia sur la question de la présence réelle. La publication, en 1834, du De sacra corna de Bérenger a aidé à mieux connaître la pensée de l'hérésiarque. Or si, aux yeux de Franzelin, Traclalus de ss. eucharistise sacramento et sacri/icio, 2e édit., Home, 1873, p. 196, n. 2, cet écrit prouve que Bérenger rejeta la présence réelle, Gore, Dissertations on subjecls connecled with the Incarnation, Londres, 1895, p. 256, voit, dans le De sacra cmna, l'affirmation de la présence réelle, sauf à préciser le sens où elle est admise. Dans un récent travail sur l'hérésie de Bérenger, dorn Renaudin conclut, L' université catliolique, nouv. série, Lyon, 1902, t. xl, p. 442, que & Bérenger a enseigné, le plus souvent, la présence figurative de Notre-Seigneur dans le sacrement de l'autel; c'est donc à juste titre qu'on l'a nommé le précurseur des sacramentaires ».

Parmi ces divergences d'opinions, il importe de recourir aux textes originaux. Ils sont nombreux, et se composent des écrits de Bérenger, des actes des conciles réunis contre lui, des lettres de ses partisans et de ses adversaires, des traités consacrés à la réfutation de ses doctrines. Nous nous bornerons à citer les contemporains de l'écolàtre de Tours et, parmi eux, ceux-là seulement qui l'ont entendu ou lu, car il est difficile que la transmission des idées subisse sans dommage l'épreuve de la double distance des lieux et du temps. En outre, nous suivrons l'ordre chronologique, qui permet de iixer, s'il y a lieu, les variations doctrinales. Avant de passer en revue les textes principaux, deux points se présentent, qui sont en connexion étroite avec l'erreur antieucharistique de Bérenger : l'un est celui de sa philosophie, l'autre celui des autorités dont il se réclame.

1° La philosophie de Bérenger. — S'il n'a pas une philosophie originale ou même tant soit peu complète, Bérenger a du goût pour la philosophie. Il est féru de dialectique; il parle le langage d'Aristote et de Porphyre, et c'est en leur nom qu'il proteste contre les décrets des conciles. Hugues de Langres lui dit, P. L., t. CXLH, col. 1328, que, dès qu'il s'agit des mystères, « sa philosophie n'a qu'à s'en tenir à ce qui est écrit. » Guitmond expose, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharistia, 1. I, P. L., t. cxlix, col. 1433, 1434, que, pour acquérir le renom d'une science singulière, il affecta de donner aux mots des « sens nouveaux » et que, dans son enseignement sur l'eucharistie, il s'attacha « au témoignage des sens » et à ces « petites raisons » dont toutes les hérésies se prévalent. A Lanfranc, qui lui reprochait, De corpore et sanguine Domini, c. vu, P. L., t. cl, col. 416, l'abandon des autorités sacrées en matière de foi et le recours à la dialectique, mais qui, d'ailleurs, acceptait de le suivre sur ce terrain, Bérenger répondait avec chaleur : « Nul ne contestera, à moins d'être stupidement aveugle, que, dans la recherche de la vérité, la raison est incomparablement le meilleur des guides. Le propre d'un grand cœur est de recourir toujours à la dialectique; y recourir, c'est recourir à la raison, et qui ne le fait pas renonce à ce qui l'honore le plus, car ce qui est en lui l'image de Dieu c'est sa raison. » De sacra cœna, p. 100; cf. p. 33, 102, sur Veminentia rationis, et la lettre à Adehnan, dans Martène et Durand, T hesaurus novus anecdotorum, t. IV, col. 113.

Ainsi Bérenger passe au creuset de la raison les données de la foi. Ouant à la raison, il la soumet aux sens et réduit toute connaissance à l'expérience sensible. Les

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sens, affirmo-t-il, perçoivent à la fois l'accident et la substance, l'un et l'autre inséparables et ne se différenciant que par une distinction logique. L'œil, en apercevant la couleur, saisit le coloré; ce qui esl présent est visible. Il n'existe que ce que l'on voit et touche, et l'on ne touche et voit que la substance connaturelle à l'accident. « Appliqué à la théologie, dit M. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, p. 120, ce principe aboutit fatalement à la négation de la transsubstantiation... Appliqué à la philosophie et à la nature des choses, ce même principe aboutit logiquement au nominalisme. Toute réalité, selon lui, est individuelle, aucune n'est universelle; car le sens, juge suprême de toute existence, ne perçoit que le particulier. L'universel donc, objet de l'idée, n'existe pas, n'a pas de réalité : ce n'est qu'un concept, ou, si l'on veut, un nom : ce qui est la formule même du nominalisme. » Cf. Cousin, Fragments philosophiques. Philosophie du moyen âge, 5e édit., Paris, 1865, p. 120. Quoi qu'il en soit de l'origine chartraine du nominalisme admise par M. Clerval, p. 120-121-, Ch. de Rémusat a défini exactement la doctrine de Bérenger sur l'eucharistie : « un nominalisme spécial ou restreint à une seule question. » Abélard, Paris, 1845, 1. 1, p. 358. Cf. Rousselot, Études sur laphilosophie dans le moyen âge, Paris, 1840, t. i, p. 118; Morin. Dictionnaire de philosophie et de théologie scolasticjues, Paris, 1856, t. i, col. 557; Hauréau, Histoire de la philosophie scolaslicjue, t. I, p. 233.

La philosophie de Bérenger n'ébranle pas seulement la transsubstantiation, mais encore la présence réelle, du moins si l'on en tire les conclusions. Comme le remarque Bach, Die Dogmengescltichte des Mittelalters, Vienne, 1874, t. i, p. 368-309, « l'incorruptibilité et l'unicité du corps céleste du Christ sont les prémisses incontestables sur lesquelles Bérenger bâtit ses raisonnements. » Pour lui, toute substance corporelle est essentiellement soinnise aux lois de l'espace; le corps céleste du Christ ne fait pas exception. Il est donc impossible qu'il soit ailleurs qu'au ciel. De plus, si le corps historique et maintenant céleste du Christ est dans l'hostie, il n'y est que partiellement (c'est l'opinion que Bérenger prête gratuitement à ses adversaires ; voir son De sacra cœna, p. 200, et sa lettre à Adelman,col. 111), car il ■y est localisé; mais le Christ est indivisible. Et, s'il est tout entier dans une hostie, il ne saurait être présent sur un million d'autres autels et au ciel. Nous verrons tout à l'heure l'application que Bérenger a faite de ces principes.

2° Las autorités de Bérenger. — Bérenger aie dédain de l'argument du nombre. Au temps des rebaptisants, durant les controverses ariennes, dit-il, la majorité était dans l'erreur. Que sert de lui opposer la multitude des autorités qui lui sont contraires? Ses partisans sont plus nombreux, prétend-il, que ceux qui entendent sans anthropomorphisme le mot de l'Écriture : « L'homme est fait à l'image de Dieu. »

Toutefois, si les autorités qu'on lui oppose ne l'émeuvent pas, Bérenger se sert de l'argument d'autorité. Un passage du De sacra cœna, p. 41, cf. la lettre à Lanfranc, P. L., t. cl, col. 63, nous indique son point de vue : « Quant à Jean Scot, je t'ai moi-même entendu raconter à quelques personnes pourquoi son écrit avait été lacéré (au synode de Verceil); tu disais qu'on avait agi ;iinsi parce qu'il avait déclaré que le sacrement de l'autel est la figure, le signe, le gage du corps et du sang du Seigneur. Si, ainsi que tu l'as raconté lui-même à Brionne, c'est là le motif qui a fait condamner Jean Scot par le pape Léon, il aurait dû, en même temps, condamner saint Augustin, saint Ambroise et saint Jérôme, qui parlent de la même manière el professent celte croyance. » Dans le colloque de Chartres, pour se débarrasser d'une; objection tirée d'un texte de ban Scot, il déclara qu'il ii a\.wt pas lu le livre de Scot jusqu'au bout, et que, s'il

y avait quelque expression moins correcte, il s'empressait de la désavouer. Cf. la lettre de Bérenger à Ascelin et celle d'Ascelin à Bérenger, P. L., t. cl, col. 66, 67. Sauf en cette circonstance, il s'appuya toujours énergiquement sur Jean Scot, et, parmi les Pères, sur Jérôme, Ambroise et Augustin.

Or, il est incontestable que ces Pères, et d'autres encore, appellent parfois l'eucharistie «la figure, le signe, le gage du corps de Jésus-Christ », et que ce langage est susceptible d'une interprétation orthodoxe. On peut distinguer, dans l'eucharistie, le corps du Christ et les espèces sacramentelles; le corps du Christ est réellement présent; quant aux espèces, elles sont la figure, le signe du corps présent sous elles, mais invisible, et cette manière de s'exprimer apparaît d'autant plus légitime que c'est « un privilège réservé au siècle futur de posséder Jésus-Christ en sa vérité manifeste, sans qu'il » soit « couvert d'aucune figure ». Bossuet, Histoire des variations des Eglises protestantes, 1. IV, n. 32, dans Œuvres complètes, édit. Lâchât, Paris, 1863, t. xiv, p. 168. Cf. Lanfranc, Liber de corpore et sanguine Domini, c. xn-xiv, xx, P. L., t. CL, col. 422-425, 436- 438; Guitmond, 1. II, P. L., t. cxlix, col. 1454-1468; Alger, De sacramentis corporis et sanguinis dominici, 1. I, c. xvn, P. L.,t. clxxx, col. 791, et, parmi les modernes, Suarez, In lllam, disp. XLVI,sect. îv, édit. Vives, Paris, 1861, t. xxi, p. 21-29; Franzelin, Tractatus de ss. eucharistie sacramento el sacrificio, th. x, p. 139-146. De ce que Bérenger emploie et défend ces formules : « L'eucharistie est la figure, le signe, le gage du corps du Christ, » il ne faut donc pas se hâter de conclure qu'il rejette la présence réelle. Cf. t. I, col. 2422,

Sur la doctrine eucharistique de Jean Scot Érigènc l'entente n'existe pas entre les savants. Ravaisson a publié, dans le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques des départements, Paris, 1849, t. i, p. 503-568, un fragment inédit des commentaires de Scot sur saint Jean, où il a cru voir, ibid., p. 48-49, la preuve que la présence réelle était niée par Jean Scot; l'éditeur de Jean Scot, H. J. Floss, a démontré, P. L., t. CXXII, p. xxii, que les passages allégués par Ravaisson sont conciliables avec le dogme catholique. Plus importante est la question suivante : Jean Scot a-t-il composé un traité sur l'eucharistie, celui-là même dont Bérenger faisait les opinions siennes et qui fut condamné avec Bérenger par plusieurs conciles, et si ce traité fut écrit par Jean Scot, le possédons-nous? Dans une lettre insérée par d'Achéry en tète du t. n de son Spicilège, Pierre de Marca soutint que Jean Scot écrivit ce livre, et que ce livre n'est autre que le De corpore et sanguine Domini publié sous le nom de Batramne de Corbie, P. L., t. cxxi, col. 125-170. Mabillon n'accepta point cette hypothèse, étant d'avis que Jean Scot et Ratramne publièrent deux ouvrages distincts. Acla sanct. ordinis S. Benedicti, sa'c. îv, part. II, Paris, 1680, p. xliv-xlviii. Cf. Jacques Boileau, dans P. L., t. cxxi, col. 108-110, 171-179. l.a manière de voir de Pierre de Marca fut adoptée, entre autres, par le génovéfain Paris, dans La perpétuité de la foy de l'Église catholique touchant l'eucharistie, 2e édit., Paris, 1723, t. i, append., p. 8-18, et par Cossart, dans Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia, Paris, 1771, t. ix, col. 1053. Si elle ne s'est pas imposée universellement dans la suite, cf., par exemple, Bach, Die Dogmengescltichte des Mittelalters, t. I, p. 192-19:!, elle semble pourtant avoir prévalu, sauf qu'on regarde Ratramne comme l'auteur du livre el qu'on pense que Bérenger le premier l'attribua faussement à Jean Seul : voir, par exemple, 11. J. Floss, dans /'. /-.. i. cxxn, p. xxxxn ; Gore, op. cit., p. 240, noie 2 ; EJarnack, Lehrbuch der DogmengeschicHte, 3' édit., Fribourg-en-Brisgau, IS(.>7, i. m, p. 348, note 2; W. Môller, Lehrbuch der Kircherigeschichtë, Fribourg-en-Brisgau, 1891, t. n,p. 361,

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note. Récemment, une nouvelle hypothèse a été émise : clans un mémoire, lu au Congrès des sociétés savantes, à Paris, le 4 avril 1902, M. R. Astier a essayé d'établir que le traité de Jean Scot Érigène doit être reconnu dans le De corpore et sanguine Domini publié par dom Pez, et reproduit dans P. L., t. cxxxix, col. 179-188, sous le nom de Gerbert, sur la foi d'un manuscrit unique. Cf. Bulletin historique et philologique du comité des travaux historiques et scienti/iques, Paris, 1902, p. 15i- 155. Ce n'est pas ici le moment de discuter ces hypothèses. Observons seulement que ni le livre de Gerbert, ni celui deRatramne — quelque malencontreuses que soient certaines de ses explications, et quoique Bossuet, Histoire des variations, 1. IV, n. 32, édit. Lâchât, t. xiv, p. 167, l'ait justement caractérisé : un « ouvrage ambigu, où l'auteur constamment ne s'entendait pas toujours luimême » — n'attaquent la présence réelle; il en résulte que, si l'une ou l'autre des hypothèses que nous avons mentionnées est exacte, il y a bien des chances pour que Bérenger, lui aussi, ait admis la présence réelle, quitte à l'exprimer par des formules malheureuses. Nulle part, en effet, dans l'emploi de ces mots : « L'eucharistie est la figure, le signe, le gage du corps du Christ, » il ne parait aller au delà de l'écrit de Jean Scot, et les conciles qui condamnent ce langage dans Jean Scot et dans Bérenger ne mettent pas de différence entre eux.

3° Les textes. — Hugues de Langres qui, le premier, combattit par la plume Bérenger après un entretien avec lui, expose de la sorte l'enseignement de i'écolâtre tourangeau, P. L., t. cxlii, col. 1327 : « Tu affirmes que le corps du Christ est dans ce sacrement, de telle façon que la nature et l'essence du pain et du vin ne soient pas changées, et ce corps, que tu disais avoir été crucifié, tu le fais intellectuel. D'où il ressort très évidemment que tu avoues qu'il est incorporel. » Bérenger écarte donc la transsubstantiation, tout en admettant dans l'eucharistie la présence du corps du Christ, mais une présence intellectuelle ou spirituelle, car, selon la remarque de Gore, op. cit., p. 256, ces deux termes étaient alors syno- ; nymes. Hugues de Langres s'attache à prouver que, si le pain et le vin demeurent, erit impotens sacramentum, et qu'il faut ou admettre que la nature du pain a disparu ou renoncer à la présence du corps du Christ : « Que si tu prétends, ajoute-t-il, que le pain garde sa nature et que cependant le sacrement n'est pas sans efficacité, tu parles contre la raison. » Le dilemme est dénué de valeur si Bérenger est partisan de l'impanation, surtout si la présence intellectuelle ou spirituelle qu'il revendique est dite telle, comme dans Ratramne, cf. Mabillon, Acta sanct. ordinis S. Benedicli, sa?c. iv, part. II, p. l-lix; Boileau,dansP. L., t. cxxi, col. 151-152, note, pour désigner la présence invisible par opposition à la présence visible, le mode d'être sacramentel par opposition au mode d'être naturel.

Il n'y a pas à s'attarder à la lettre qu'Adelman,sur des on-dit, écrivit de Liège à Bérenger. La date de la réponse de Bérenger nous est inconnue, mais elle ne peut être de beaucoup postérieure à la missive d'Adelman, et de cette réponse nous n'avons que des fragments, mais notables, dans Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. iv, col. 109-113. 11 y déclare, avec force, qiw le vrai corps du Christ est dans l'eucharistie, et distingue le corps et le sang ou res sacramentorum et les espèces sacramentelles ou sacramentel, ajoutant que seules ces dernières sont appelées des signes, la figure, la similitude, le gage du corpsdu Christ. Mais il enseigne panis superesse non absumptam esse substanliam , et à la doctrine de ses adversaires, qu'il résume ainsi : urgente consecratione panem et vinum per corruptionem vel absamplioneni sui in particulam carnis Christi sensualiter transire et sanguinis, il oppose la doctrine suivante : panent et vinum mensœ dominicœ non sensualiter sed inlelleclua-

îiter non per absumplianem sed per assumptionem, non in porliunculam carnis... sed... in totum converti Christi corpus et sanguinem. Il prête faussement à ses adversaires l'idée que dans l'hostie consacrée il n'y a qu'une parcelle du corps du Christ. Quant au sens du mot sensualiter très important, Bérenger l'explique: in conversione rerum sensuali, id est per corruptionem sui seu absumplionem , qualis fuit virgse Moysi in serpentem. Ce qu'il repousse, c'est la transsubstantiation, le changement du pain par élimination, per absumptioncm, ou per corruptionem sui, sous ce prétexte que necessarium esseante corruptionem alterius allerum non eaistere et que la chair du Christ, existant depuis tant d'années, nunc primo ad corruptionem panis minime potest esse incipere, d'où il conclut que nihil in altari de carne Cltristi sensualiter haberi omnino necessariumest. L'argument est un pur sophisme, mais la pensée de Bérenger se précise : pas de changement per absumptioncm, c'est-à-dire pas de transsubstantiation, mais bien un changement per assumptionem ; la substance du pain et du vin subsistent et s'unissent le corps et le sang du Christ ; en d'autres termes, c'est une sorte d'impanation. La présence du vrai corps du Christ dans l'eucharistie n'a pas lieu sensualiter ou per absumplionem, mais per assumptionem, intelleclualiter ; Bérenger dit encore qu'après la consécration le pain et le vin facta esse ftdei et intellectui verum Christi corpus et sanguinem. La signification de ces paroles est mise en lumière par le contexte que nous venons de reproduire, et par un passage parallèle de Bérenger, dans son opuscule sur la formule souscrite au concile romain de 1079, cf. Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. iv, col. 105; expliquant la conversion « substantielle » du pain et du vin de l'autel, il écrit: panis sacratus in altari, salva sua substantia, est corpus Christi, id est non amittens quod erat, sed assumens quod non erat, et un peu plus loin : Ita est i}>se panis substantia corporis Christi, oculo cordis tui, sed non oculo corporis, non manui, non denti.

Les deux lettres de Bérenger à Paulin de Metz, la lettre à Lanfranc, la condamnation de Bérenger au concile de Rome, la nouvelle condamnation au concile de Verceil, toute la correspondance échangée dans l'intervalle de ces deux conciles, la condamnation du concile de Paris, portent sur l'orthodoxie du livre de Jean Scot et, en particulier, de la formule: « Le sacrement de l'autel est la figure, le signe, le gage du corps du Seigneur. » Bérenger nia carrément la transsubstantiation à la conférence de Chartres, et s'en prit àPaschase Radbert qui, d'après lui, était le seul à l'avoir imaginée, cf. sa lettre' à Ascelin, P. L., t. cl, col. 66; il n'attaqua point Paschase Radbert sur la question de la présence réelle. Au concile de Tours, il nia avoir dit que le pain consacré n'est que du pain et ne diffère pas du pain ordinaire, et il souscrivit cette formule : « Après la consécration, le pain et le vin de l'autel sont vraiment le corps et le sang du Christ, » jurant qu'il le croyait de cœur, comme il l'avait professé de bouche. Cf. De sacra cœna, p. 52. La formule de foi arrêtée, au concile de Rouen, contre l'erreur bérengarienne, a pour objet direct la transsubstantiation et affirme l'identité du corps eucharistique et du corps historique du Christ : « Nous croyons... que, dans la consécration, la nature et la substance du pain sont changées en la nature et en la substance de la chair, non pas d'une chair quelconque, mais de celle qui a été conçue du Saint-Esprit, est née de la Vierge Marie..., que le vin est vraiment et essentiellement changé en ce sang que la lance du soldat fit jaillir de la blessure du côté pour la rédemption du monde. » P. L., t. CXLIH, col. 1383.

Au concile de Rome (1059), Bérenger fut contraint de signer une profession de foi, rédigée par le cardinal Huinbert, et qui nous a été conservée par Lanfranc, De

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covpore et sanguine ï)oniini, c. n, P. L.,X. cl, col. 410- 411. Bérenger y anathématise l'hérésie dont il a été accusé, de qua hactenus infamatus sum, et, à rencontre de celte hérésie, proclame que le pain et le vin qui sont sur l'autel, sont, après la consécration, non seulement sacramentum (un signe, un symbole), mais le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que ce corps peut scnsualiter, non solum sacramento sed in veritate, manibus sacerdolum tractari, frangi et fidelium denlibus atteri. Si elle peut s'entendre bien, cf. Bossuel, Histoire des variations, 1. XV, n. 130, édit. Lâchai, t. xv, p. 142-143, la deuxième partie de cette formule peut être entendue dans un sens matérialiste, tout à lait inexact, et elle le fut au cours de la controverse bérengarienne. Cf. Mabillon,. 4 cta sanct.ordinis S .Benedicti, sooc. vi, part. II, p. xxx. Voir la critique de cette formule dans S. Thomas, Sum. theol., IIIa, q. lxxvii, a. 6; cf. Suarez, In IIP™, disp. XLVII, sect. iv, n. 13-18, édit. Vives, t. xxi, p. 03-65. Bérenger ne tarda point de rétracter cette rétractation. Les passages de son premier livre De sacra coma que nous connaissons et la réfutation de Lanfranc mettent d'abord le débat sur le terrain de la transsubstantiation. Mais, en outre, Lanlranc reproche à Bérenger d'être carnis ac sanguinis ncgalor, c. VI, vin, col. 416, 418, — de ne pas reconnaître dans l'eucharistie, le « vrai corps », c. xx, col. 436, la « vraie chair » du Christ, c. xxi, col. 439, sous prétexte que le corps du Christ, étant dans le ciel, ne saurait être amené sur la terre, c. x, xvn, xxi, col. 421, 426, 439, — de croire que le pain et le vin consacrés sont appelés la chair et le sang du Christ propterea quod in memoriam cruci/ixse carnis et de latere c/jltsi sanguinis in Ecclesia celebrentur, c. xxit, col. 440. tics textes semblent décisifs, et il est à remarquer que Durand de Troarn, dont le traité fut à peu près de la même date que celui de Lanfranc, les confirme, De corpore et sanguine Domini, c. i, P. L., t. cxlix, col. 1377, ainsi qu'Eusèbe Brunon, P. L., t. cxi.vii, col. 1203. D'autre part, Bérenger, fulminant contre la formule du cardinal Ilumbert. l'incrimine au point de vue de la transsubstantiation qu'il reluse d'admettre, mais ne proteste pas contre la présence réelle; pour lui, le pain et le vin, par la consécration, deviennent sacramentum religionis, non ut desinant essequœ erant, sed ut sint quse erant et in aliud commutentur, dans Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, c. ix, P. L., t. cl, col. 419. Les mêmes contradictions apparentes se retrouvent dans le second livre du De sacra cœna. Barfois, il semble concevoir les éléments eucharistiques d'une façon strictement spirituelle et tout réduire à un pur mémorial ; les principes de philosophie qu'il expose et que nous avons indiqués plus haut aboutissent logiquement à cette conséquence. Ailleurs, son langage est bien pour la présence réelle. Il déclare qu'après la consécration le pain et le vin sont des signes, signes toutefois dune réalité non seulement existante, mais actuellement présente avec les signes, car la res sacramenti accompagne nécessairement le sacrement: Hic ego inquio, dit-il, p. 51, cerlissimum Itabete dicere nie panent atque vinum al taris, post consecralionem, Chrisli esse recera corpus et sanguinem. Ht, p. 248 : Panis autem et vinum... , per conseerationem, converluntur in Christi carnem et sanguinem, constatque omne quod consecratur... non absumi, non aujerri, non deslrui, sed numéro.

Y.n 1078, au concile de Saint- Jean-de-Latran, Bérenger si. ne la formule suivante, que nous ne voyons pas qu'il ait jamais rétractée: « Je confesse que le pain de l'autel, après la consécration, est le vrai corps du Christ, celui qui est né de la Vierge, a souffert sur la croix, est assis à la droite du Père, et que le vin, après la consécration, esl le vrai sang qui a COUlédu côté du Christ. » Cf. M.irieue et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. iv, col. 103.

En 1079, dans un autre concile du Lalran, il signe cette formule plus accentuée :

Moi Bérenger je crois do coeur et je professe de bouche que le pain et le vin placés sur l'autel, par le mystère de l'oraison sacrée et par les paroles de notre Rédempteur sont changés substantiellement en la vraie, vivifiante et propre chair, et au sang de Jésus-Christ Noire-Seigneur, et que, après la consécration, c'est le vrai corps du Christ, lequel est né de la Vierge et, offert pour le salut du monde, a été suspendu sur la croix, et siège à la droite du Père, et c'est le vrai sang du Christ, lequel a coulé de son coté, et cela non pas se iileinent en signe et par la vertu du sacrement, mais en propriété de nature et en vérité de substance, ainsi qu'il est contenu dans cet écri t que j'ai lu et que vous avez entendu. Ainsi je crois, et contre cette foi désormais je n'enseignerai rien.

Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Évangiles.

Ego Berengarius corde credo et ore confiteor panem et vinum, quae ponuntur in altari, per mysterium sacra? oratieiiis et verba nostri Redeinptoris substantialiter converti in veram et propriam ac vivificatricem carnem et sanguinem Jesu Christi Domini nostri, et, post consecrationem, esse verum Christi corpus, quod natum est de Virgine et quod.pro sainte mundi oblatum, in cruce pependit, et quod sedet ad dexteram Patris, et verum sanguinem Christi, qui de latere ejus eiïusus est, non tantum per signum et virtutem sacramenti, sed in proprietate naturœ et veritate substantiae, sicut in hoc brevi continetur, et ego legi et vos intelligitis. Sic credo, nec contra hanc fidem ulterius docebo. Sic me Deus adjuvet et haec sancta Dei Evangelia.

Cf. P. L., t. cxlviii, col. 811-812; Denzinger-Stahl, Enchiridion symbolorum et definilionum, 9° édit., Wurzbourg, 1900, doc. xl, n. 298, p. 105.

Ce texte contient deux choses: la transsubstantiation et la présence réelle. Le mot de transsubstantiation manque — il n'existait pas encore — mais l'idée désignée par le mot est affirmée aussi clairement que possible, et saint Thomas ne fera guère que reprendre les expressions de cette formule pour définir la transsubstantiation: Tolasubstantia jianis 'convertit ur in totarn substantiam corporis Cltristi, et tota substantia vini in tolam substantiam sanguinis Cltristi, uttde Itœc conversio... proprio nomine polesl dici transsubslantiatio. Sum. theol. , IIIa, q. lxxv, a. 4. Quant à la présence réelle, elle est énergiqueinent proclamée et avec une insistance qui ne laisse aucune place aux équivoques: ce qu'il y a sur l'autel après la consécration, c'est le vrai corps du Christ, celui qui naquit de la Vierge, qui fut cloué sur une croix, qui siège à la droite du Père, c'est son vrai sang, celui qui jaillit de son coté ouvert par la lance; la présence du Christ n'est pas seulement une présence figurative ou virtuelle, mais c'est la présence de sa propre nature, de sa substance véritable. Dans un court opuscule, Bérenger s'est expliqué sur cette profession de loi et sur le serment par lequel il l'avait ratifiée. Selon sa constante habitude, il y rejette la transsubstantiation. Relativement à la présence réelle, sa pensée est moins franche. Il distingue et admet, dans l'eucharistie, le sacramentum et la res sacramenti, le signe et la chose signifiée. Mais une phrase inviterait à croire qu'il fait de la présence réelle une présence exclusivement dynamique: parlant de l'institution de l'eucharistie, il dit que Jésus bénit le pain et le vin, id est panem et vinum ineam dignitatem provexit ut, pnvter naturalem sustenlationent, quant reficiendis possuttt adhibere corpoHbus, sint etiam ad salutem anima efficaces, sacramenta ea constit uens corporis sui et sanguinis. Cl. Martène et Durand, Thésaurus nuvus uuecdoctonon, t. IV, col. 107. A s'en tenir à ces lignes, la présence substantielle du Christ dans l'eucharistie sérail compromise: seulement Bérenger ajoute bientôt aptes ces fortes paroles: Panem et vinum sarrata in altari esse non alius cujusquam sed proprium Christi corpus, non fantastieum, sicut Manichsei [dicunt], sed verum et huuiauiim.

Il nous reste à relever un témoignage de tiuitmond.

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Au commencement de son De corporis et sanguinis C/tristi veritate in eucharistia (écrit avant 1078), 1. I, P. L., t. cxlix, col. 1430 il raconte qu'il a arraché aux bérengariens des aveux sur leurs divergences : les uns voient dans l'eucharistie un pur symbole ; les autres, contraints de céder aux raisons de l'Église mais ne renonçant pas à leurs folies, pour paraître en quelque sorte d'accord avec les orthodoxes, disent que le corps et le sang du Christ sont contenus dans l'eucharistie véritablement mais d'une façon cachée, rêvera sed latenlcr contineri et, ut sumi possint guodammodo, ut ita dixerim, impanari. Or, ajoutent-ils, cette dernière opinion est celle de Bérenger, et hanc ipsius Berengarii subliliorem esse sententiam aiunt. Cf. Alger, De sacramentis corporis et sanguinis dontinici, 1. I, c. VI, P. L., t. clxxx, col. 754-756. Un peu plus loin, 1. III, col. 1481, 1488, Guitmond attribue à Bérenger l'usage de l'une et de l'autre théorie selon la diversité des disciples, la deuxième étant réservée à ceux qui ne se contentaient pas des explications ordinaires, subtilius quxr^nlibus.

4° Conclusion. — Que, dans sa polémique sur l'eucharistie, Bérenger ait obstinément nié la transsubstantiation, c'est ce qui est hors de doute. Son sentiment sur la présence réelle est moins clair.

Plusieurs lormules existent qui ont été tour à tour employées ou repoussées par les Pères et les écrivains ecclésiastiques, et qui, selon la manière dont on les entend, présentent un sens irréprochable ou dangereux. Les suivantes eurent cours dans les débals dont Bérenger lut le centre : « L'eucharistie est ou n'est pas le signe, la figure, le gage du corps du Christ. — Le corps du Christ dans l'eucharistie n'est pas ou est le même qui est né de Marie, qui a été crucifié, qui est au ciel à la droite du Père. — Le corps du Christ dans l'eucharistie ne peut pas ou peut être mangé, broyé par les dents. » Ces expressions, sagement expliquées, sont justes. Voir un bon résumé de ce qu'on a dit là-dessus, dans Tanquerey, Synopsis theologiœ dogmatiese specialis, 3e édit., Tournai, 1897, t. il, p. 329-330. Mais elles se prêtent, si on les prend à la lettre, à une double interprétation, l'une trop spirituelle qui compromet la présence de Kotre-Seigneur dans l'eucharistie, l'autre matérialiste qui l'exagère. Bérenger inclina pour le moins vers la première interprétation ; quelques-uns de ses adversaires donnèrent des gages à la seconde. Du reste, comme il arrive souvent dans la discussion, Bérenger et ses contradicteurs ne se comprirent pas toujours bien. La pensée de Bérenger lut parlais dénaturée. Il avait écrit à Ascelin, par exemple : « Tu as contre toi la nature ellemême, les écrits évangéliques et apostoliques, si tu adhères à Paschase Badbert en ce que seul il a imaginé, à savoir que la substance du pain lait tout à iait défaut dans le sacrement du corps du Seigneur; » Ascelin répondit : « Avec Paschase et les autres catholiques, je reconnais et je vénère le vrai corps et le vrai sang du Christ pris par les fidèles sous les espèces du pain et du vin, et en cela je n'ai pas contre moi la nature, quoi que tu en dises. » Cf. P. L., t. cl, col. 66, 67. Où Bérenger avait parlé de la transsubstantiation, Ascelin avait compris qu'il s'agissait de la présence réelle. De son coté, Bérenger ne sut ou ne voulut pas entrer dans la peqsée de ses adversaires. Il argumentait contre la lormule du concile romain de 1078 de manière à mettre sur le compte de la partie adverse cette proposition : le pain et le vin de l'autel, après la consécration, sont seulement le vrai corps et le vrai sang du Christ, et non point les sacrements du Christ. Cl. Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, c. v-vin, col. 414-419; c. xvn, col. 427. A le lire, on croirait que, pour Paschase Badbert, pour Lanfranc, l'hostie consacrée ne contiendrait qu'une parcelle delà chair du Christ divisée en autant de parcelles qu'il y eut ou qu'il y aura d'hosties consacrées. On de-

vine combien ces malentendus embrouillaient la dispute.

Tout pesé, il ne semble pas que Bérenger ait rejeté la présence réelle, dans la première période delà polémique jusqu'au conciledeRomedel059. Lui-même, à ce qu'il assure, De sacra cœna, p. 44, n'avait pas encore des idées arrêtées au moment du concile de Verceil (1050). De 1050 à 1059, sa cause se confond avec celle de Jean Scot, c'est-à-dire très probablement de Ratramne de Corbie ; or, le livre de Ratramne, s'il est défectueux, ne détruit pas la présence réelle. Déjà, ainsi que l'atteste la lettre à Adelman, Bérenger adopte l'impanation.

Après le concile de 1059, Bérenger accentue sa thèse. Il veut la justifier, non seulement par l'autorité, mais aussi par la raison, et ses principes philosophiques sont difficilement conciliables avec la présence réelle. A vrai dire, ils tendent directement à établir que le corps du Christ ne peut être dans l'eucharistie tel qu'il lut dans sa vie mortelle ou tel qu'il est dans le ciel, et tout pourrait s'arranger en spécifiant que le mode d'être du corps eucharistique n'est pas le même que celui du corps historique et du corps céleste. Mais cette distinction n'apparaît pas suffisamment dans les écrits de Bérenger, et, plus d'une lois, il ne semble admettre guère autre chose qu'une présence dynamique ou figurative dans l'eucharistie. D'autre part, tout à côté, se lisent des passages en faveur de la présence réelle du vrai corps, du corps humain du Christ, et de l'impanation. La contradiction s'atténuerait si l'impanation bérengarienne était bien celle que décrit Mabillon, Acta sanct. ordinis S. Benedicti, sœc. vi, part. II, p. xxix : l'union du Verbe à la substance du pain et du vin, et, par l'intermédiaire du Verbe, l'union du pain et du vin au corps du Christ existant dans le ciel, en telle sorte que le pain et le vin, gardant leur substance, deviendraient, d'une certaine façon, le corps et le sang du Christ. Le malheur est que, d'après Guitmond, De corporis et sanguinis Chrisli veritate in eucharistia, 1. I, III, P. L., t. cxlix, col. 1430, 1481, ce ne serait pas le Verbe seul, mais ce seraient encore le sang et le corps du Christ qui, dans l'impanation bérengarienne, s'uniraient à la substance du pain et du vin. Disons donc que, dans cette seconde période, la pensée de Bérenger, fut obscure, hésitante, peut-être changeante et contradictoire. 11 ébranla le dogme de la présence réelie, sans toutefois que nous puissions le ranger au nombre de ceux qui l'ont simplement niée.

Sur la communion Bérenger s'exprime comme sur la présence réelle; il repousse une manducation matérielle et admet une manducation spirituelle du corps du Christ. Cf. sa lettre à Adelman, Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum , t. iv, col. 110; De sacracœna, p. 71, 148, etc. Évidemment l'interprétation de ces textes est la même que celle des passages sur la présence de Notre- Seigneur dans l'hostie.

Dans une lettre à Eusèbe Brunon, publiée par Brucker, L'Alsace et l'Eglise au temps du pape saint Léon IX, t. il, p. 393, il est dit que, d'après des écrits venus de France, Eusèbe et Bérenger étaient appelés stercoranistes. Voir ce mot. Il parait certain que le stercoranisme lut une hérésie imaginaire. Cf. Mabillon, Acta ordinis S. Benedicti, saec. iv, part. II, p. xxxii-xliv; Witasse, Tractatus de augustissimo eucltaristix sacramento, t. i, p. 416-427. Quoi qu'il en soit, Bérenger ne iut pas stercoraniste, mais il objecta à ses contradicteurs que leur croyance conduisait logiquement au stercoranisme. C . Guitmond, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharistia, 1. II, P. L., t. cxlix, col. 1450-1453.

III. La controverse bérengarienne. — /. les disciples de BÉrtENGEit. — Bérenger recruta des adeptes. Il n'y a pas lieu de prendre à la lettre l'affirmation de Guillaume de Malmesbury, Gesta regum anglorum, 1. III, § 28i, P L., t. clxxix, col. 1257, que toute la

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France était pleine de sa doctrine, seatebal omnis (iallia ejus doctrina. .Mais Eusèbe Brunon, dont le témoignage est plus autorisé, dit, P. L., t. cxlvii, col. 1201, que cette affaire avait agité la plus grande partie du inonde romain. De Liège. Adelman écrit à Bérenger, P. L., t. cxliii, col. 1290, que le bruit de ses innovations doctrinales remplit les oreilles des Latins et des Teutons au milieu desquels Fécolàtre de Liège poursuit son long pèlerinage. Vers 1060, de Mayence, Gozechin, ancien écoïàtre de Liège, écrit une lettre découragée, où il se plaint que tout va de mal en pis, et donne en preuve la diffusion du bérengarianisme. P. L., t. CXLIII, col. 900. Durand de Troarn, Liber de corpore et sanguine Chrisli, c. xxxii, P. L., t. cxlix, col. 1421, parle d'une « très grande multitude » d'ennemis de l'Église disséminés dans la France et cherchant à gagner les régions voisines, puis, indiquant l'origine du mal, de Bérenger et de plures Francorum, nonnuUi quoque Norlhmannorum , dont il avait été le maître ou qu'il avait aidés dans leurs études, et qu'il avait pour partisans. Guitmond, De corporis et sanguinis Chrisli veritate in eucharistia, 1. I, P. L., t. cxlix, col. 1429, suivi par plusieurs écrivains, avance qu'il propagea ses opinions par des écoliers pauvres qu'il nourrissait; ailleurs, 1. III, col. 1485-1487, il insiste sur le petit nombre de ses prosélytes, d'accord en cela avec Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, c. iv, P. L., t. cl, col. 414, qui oppose les paucissimos schismatïcos à la masse de l'Église universelle. Il ressort de ces textes que l'hérésie de Bérenger émut les esprits et excita une vive agitation, mais que ses adhérents furent une minorité assez restreinte. Le plus illustre d'entre eux fut Eusèbe Brunon. Une lettre de Frolland, évèque de Senlis, à Bérenger, écrite vers 1050, est remplie de témoignages de respect et de vénération, et prouve que l'évêque s'est entremis en sa faveur auprès du roi; elle ne fait aucune allusion à la polémique engagée par l'hérésiarque.

Guitmond, nous l'avons vu, distingue, De corporis et sanguinis Christi veritate in eucharistia, 1. I, P. L., t. cxlix, col. 1430-1431, parmi les bérengariens, ceux qui ne voyaient qu'une ombre ou une ligure du corps du Christ dans l'eucharistie et ceux qui admettaient l'impanation ; d'autres, continue-t-il, sans être bérengariens, mais influencés par les arguments de Bérenger, estiment que le pain et le vin sont changés en partie et subsistent en partie; d'autres encore prétendent que le pain et le vin, totalement changésau corps etau sang du Christ, reparaissent quand le communiant est indigne.

Le bérengarianisme ne mourut pas avec son auteur. Le concile de Plaisance (1095) jugea utile de condamner de nouveau l'hérésie de Bérenger déjà tant de fois anathématisée. Dans son fougueux réquisitoire « contre les quatre labyrinthes de la France », Gauthier de Saint- Victor appelle Abélard « un autre Bérenger ». P. L., t. cxcix, col. 1154. Au temps d'Abélard, Hugues Métel, de Toul, écrivait à Gerland, qui « portait le poids et l'honneur (onerato et lionorato) de la science du trivium et du quadrivium », une letlre où il lui attribue des doctrines qui sont un écho de celles de l'écolàtre de Tours. P. L., t. clxxxviii, col. 1273. L'abbé fiupert de Tuy parle, P. L., t. clxix, col. 201, de contradicteurs qui assurent, à la suite de Bérenger, que le sacrement du corps et du sang du Seigneur est seulement le signe d'une chose sacrée : comme Gerland, ils citent saint Augustin à l'appui de leurs dires. Hupert lui-même fut invité amicalement par Guillaume de Saint Thierry, P. L., t. clxxx, col. 1142, à surveiller son langage sur l'eucharistie, qui n'était pas toujours satisfaisant (dans le De divinit officiis) >'t pouvait être pris dans un sens bérengarien. Grégoire Barbarigo, évêque de Bergame, publie, vers 1140, un important " Traité de la vérité du corps du Christ » contre les o nouveaux bérengariens »; il pousse un cri d'alarme, et déplore l'inertie et le si-

lence universels alors qu'il faudrait résister à ces docteurs dangereux et à ceux qu'ils entraînent. Cf. son prologue, dans Hurter, Sanctorum Patrum opuscula selecta, t. xxxix, p. 2. Folmar de Triefenstein, vers le milieu du XIIe siècle, émit des idées qui lui valurent d'être qualifié par Gerhoch de Beichersberg de Berengarii pedissequus. P. L., t. cxcxiv, col. 1117. Cf. Bach, Die Dogmengesclùchte des Miltelalters, t. I, p. 398. Les pétrobrusiens subirent, au moins de façon indirecte, l'influence de Bérenger, mais en le dépassant. Cf. Pierre le Vénérable, Tractatus contra Petrobrusanios, P. L., t. clxxxix, col. 788. Il en fut de même des cathares et des autres sectes du moyen âge hostiles à l'eucharistie, et plus tard des sa crânien ta ires. Cf., par exemple, Jean Fisher, évêque de Rochester, De veritate corporis et sanguinis Christi in eucharistia adversus Johannem Œcolampadium , Cologne, 1527, fol. 3, 58, surtout 74.

//. les adversaires nE bérexger. — Bérenger se heurta au sentiment unanime des catholiques. « Tous les auteurs lui disent, d'un commun accord, comme un fait constant, que la foi qu'il attaquait était celle de tout l'univers; qu'il scandalisait toute l'Église par la nouveauté de sa doctrine...; qu'il n'y avait pas une ville, pas un village de son sentiment ; que les Grecs, les Arméniens et, en un mot, tous les chrétiens, avaient en cette matière la même foi que l'Occident... Bérenger ne niait pas ce fait; mais, à l'exemple de tous les hérétiques, il répondait dédaigneusement que les sages ne devaient pas suivre les folies du vulgaire. » Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, 1. XV, n. 133, édit. Lâchât, t. xv, p. 144-145. Et il est remarquable que l'opposition entre Bérenger et « le vulgaire » ne porte pas ou, du moins, ne porte pas uniquement sur la présence réelle, mais bien sur la transsubstantiation. Cf. la lettre à Adelman, dans Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. iv, col. 111.

Parmi ceux qui combattirent Bérenger, il faut signaler tout d'abord ses anciens condisciples de Chartres : Hugues de Breteuil, évêque de Langres, Adelman de Liège, Ascelin le Breton, chanoine de Notre-Dame et, plus tard, moine de Saint-Père de Chartres (non du Bec), Arnoul, chantre, Guillaume, prévôt, Ingelran, chancelier, Yve, suppléant du chancelier dans les écoles de Notre- Dame de Chartres, et Agobert, devenu évêque de Chartres en 1048. Cf. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, p. 44, 64-67, 91, 103. Trois lettres nous restent, l'une d'Hugues de Langres, la deuxième d'Adelman, la troisième d'Ascelin, adressées à Bérenger, qui témoignent de l'émotion ressentie par les élèves de Fulbert à connaître les innovations bérengariennes; ce sont de véritables petits traités, d'une saine théologie, et qui ne sont point dépourvus, celui d'Adelman surtout, de valeur littéraire.

Nous n'avons pas à revenir sur la lettre de Théoduin de Liège. Durand, abbé de Saint-Martin de Troarn, écrivit contre Bérenger un traité important, vers 1158. Mieux encore, Lanfranc, alors abbé du Bec, et, après lui, Guitmond, son disciple, moine de la Croix-Saint -Leufroy, ensuite évèque d'Aversa, réfutèrent l'hérésiarque. (Guitmond le lit vers 1075. 11 est parfois appelé non Guitmond, mais Christiauus. Cf. P. L., t. cxlviii, col. 1452, 1458; t. ccxiii, col. 979, 982. C'est par erreur qu'on a attribué un ouvrage contre Bérenger à Gui d'Arezzo; comme Ceillier l'a indiqué, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, 2" édit., Paris, 1863, t. xm, p. 131, on a dû confondre (lui avec Guitmond, et cette confusion paraît avoir son origine dans un passage de la chronique d'Hélinand de Froidmond, 1. XI. VI, /'. /.., t. eexu, col. 946.) Outre les papes qui condamnèrent Bérenger, Léon IX, Nicolas II, Grégoire VII, et pour nous en tenir à ceux de ses contemporains qui écrivirent

contre lui, citons également Bernold de Constance, saint Anastase, moine d'abord au Mont-Saint-Michel,

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puis à Cluny, le bienheureux Wolphelme de Brauweilcr. Nous avons mentionné plus haut la lettre de Gozechin, et celle par laquelle Eusèbe Rrunon notifia à Bérenger qu'ils n'étaient plus d'accord. Deux traités qui ne nous sont point parvenus avaient pour auteur, l'un Jotsauld de Cluny; cf. Mabillon, Acta sanct. ordinis S.Bcnedicti, saec.Vl, part. I, p. 032, l'autre Albéric du Mont-Cassin. Cl. Pierre Diacre, Chronicon Casinense, 1. III, c. xxxv; De viris illustribus Casinensis cœnobii, c. xxi, P. L., t. clxxiii, col. 766, 1033. Ruthard, abbé de Corvey, aurait écrit contre Bérenger, à ce qu'affirment plusieurs historiens : qitod mihi valde suspectum est, dit Mabillon, Annales ordinis S. Benedicti, t. IV, p. 567.

Après la mort de Bérenger, ses doctrines furent attaquées par Alger de Liège, Guibert de Nogent, Grégoire de Bergame, Guillaume de Saint-Thierry, qui le désignent par son nom, et par d'autres écrivains qui, sans le nommer, s'en prennent à ses théories : tels l'abbé Abbaudus, Hugues Métel, Geoffroy de Vendôme, Honorius d'Autun. Presque tous les défenseurs du dogme eucharistique, dans la controverse bérengarienne, appartinrent à l'ordre bénédictin. Cf. Furcy Clément, dans Analccta juris ponti/icii, Paris, 1882, t. xxi, p. 550-582 ; L. Biginelli, 1 Benedetlinï e glï studi eucaristici nel medio evo, Turin, 189.">.

///. les résultats de la CONTROVERSE. — Le premier et le principal résultat de la controverse bérengarienne fut un progrès notable de l'exposition du dogme eucharistique. On n'atteint pas encore la précision et la fermeté du traité de l'eucharistie de saint Thomas, mais on prépare les matériaux qui serviront à le composer. Guillaume de Saint-Thierry, De sacramento altaris, c. Xi, P. L., t. clxxx, col. 359, observe que les Pères n'avaient pas parlé ex professo de l'eucharistie, parce qu'ils se contentaient de défendre ce qui était attaqué, et que, ne s'étant pas trouvés en face des questions soulevées par Bérenger, ils n'avaient pas eu à se préoccuper ! de mettre dans leur langage des nuances qui répondraient aux besoins du XIe siècle; de là tam dubise sentcnliœ, et tam scrupulosœ, et qvm etiam sibi invicem nonnunquam contrariée videantur ; de là des passages vraiment difficiles, et des expressions justes, mais qui, présentées en dehors de leur contexte, peuvent sonner mal aux oreilles des fidèles. On s'attache à dégager de ces obscurités l'enseignement des Pères, on étudie les textes bibliques, on passe au crible les diverses formules susceptibles d'énoncer le dogme. La présence réelle est affirmée et établie avec une vigueur qui ne laisse rien à désirer. De même pour la transsubstantiation : le nom apparaitpourla première fois dans un sermon d'un ancien élève de Bérenger, Hildebert de Lavardin, Serm., xcm, P. L., t. clxxi, col. 776, mais la chose exprimée par ce nom se rencontre partout. Sur plusieurs des points dont l'examen s'impose, une fois la présence réelle et la transsubstantiation admises, il y a des hésitations, et même de franches erreurs. Par exemple, Guitmond, 1. II, P. L., t. cxlix, col. 1145-1153, nie que les espèces sacramentelles soient corruptibles, qu'elles puissent être mangées par des animaux, et se rabat sur l'illusion des sens : si un prêtre méchant ou simple, dit-il, consacrait de grandes quantités de pain pour mettre en évidence les effets nutritifs du sacrement, eu bien son incrédulité rendrait la consécration invalide, ou bien, au moment de la communion, une autre nourriture serait substituée au sacrement, soit par les bons anges, par respect pour le sacrement, soit par les démons, pour tromper les pécheurs. Pareillement l'abbé Abbaudus (voir ce mot) affirme que le corps même du Christ est réellement brisé dans l'hostie par les mains du prêtre. Mais les explications défectueuses ou équivoques deviennent de plus en plus rares ; la terminologie se fixe, et les arguments, qui un jour seront classiques, revêtent déjà une lorme presque définitive. Cette con-

troverse, dit C. Schmidt, Précis de Vldstoire de l'Église d'Occident pendant le moyen âge, Paris, 1885, p. 77, « marque l'avènement de la théologie scolastique. » Cf. F. Bonifas, Histoire des dogmes de l'Église chrétienne, Paris, 1886, t. n, p. 263.

Dans la littérature eucharistique suscitée par l'hérésie de Bérenger, on avait touché à la notion du sacrifice de la messe. Non seulement on attribua au Sauveur d'avoir ordonné de se rappeler sa mort, mais on chercha, beaucoup plus que par le passé, la représentation de la mort du Christ dans les mêmes actions liturgiques qui avaient eu lieu à la cène, et qui semblaient atteindre son corps; par là, « un progrès avait été accompli. » Vacant, dans L'université catholique, nouv. série, Lyon, 1894, t. xvi, p. 372. S'il n'est pas sûr que l'élévation de l'hostie et du calice après la consécration ait été introduite pour protester contre l'erreur de Bérenger, il est probable que cette pratique se rattache au mouvement eucharistique dont Bérenger fut l'occasion. Sur le bérengarianisme et la Fête-Dieu, cf. G.-M. Brossier, L'archidiacre Bérenger et l'institution de la Fête-Dieu, dans la Revue des provinces de l'Ouest, Nantes, 1857, t. v, p. 86-91. Peut-être la fameuse procession d'Angers, connue sous le nom de « sacre », remonte-t-elle à la même origine. Cf. J. Corblet, Histoire dogmatique, liturgique et archéologique du sacrement de l'eucharistie, Paris, 1886, t. il, p. 392. Enfin, une coutume exista, après le temps de Bérenger, dont l'explication se trouve dans le retentissement de ses doctrines et dans le blâme qu'elles excitèrent : de grands personnages, des évèques, des docteurs firent, aux approches de la mort, une profession de foi catholique, particulièrement explicite sur le dogme de l'eucharistie. Ct. Acta satuiorum, octobris t. m, p. 504-508.

I. ŒuvnES. — Elles n'ont pas été recueillies ensemble. Ont été publiés : par d'Achéry, dans son édition des Œuvres de Lanfranc (1648), reproduite par Migne, deux lettres de Bérenger, l'une à Lanfranc, la deuxième à Ascelin, P. L., t. CL, col. 63, C6, et les fragments du 1. I du De sacra cœna de Bérenger intercalés par Lanfranc dans son De corpore et sanguine Domini, P. L., t. cl, col. 407-442 ; par d'Achéry encore, dans le Spicilegium, t. H, p. 510, une lettre au moine Bichard, familier du roi Henri I"; par Mabillon, Acta sanct. ordinis S. Benedicti, sœc. VI, part. I, p. xvn, des fragments d'une lettre au trésorier de Saint-Martin de Tours; par Martène et Durand. Thésaurus nuvus anecdotorum. Paris, 1717, t. i, col. 191-195, une lettre ad quosdam ereniitas, et col. 195-196, une lettre de dissidw quodam inter clericos et episcopum ; t. IV, col. 103-109, un opuscule sur les formules jurées aux deux conciles de Home de 1078 et de 1079; col. 109-113, des fragments de la lettre à Adelman; . col. 115-116, la belle prière à Jésus Juste judex Jesu Christe ; par les soins de Neander et à la librairie Visher, ;'i Berlin, en 1834, Berengarii Turonensis opéra quse supersunt tam édita quam inedita, t. i (le seul paru). De sacra cœna adversus Lanfrancum liber posterior (le premier, Lessing avait signalé l'existence de ce manuscrit et l'avait utilisé dans son Berengarius Turonensis oder Ankùndigung eines wicluigen Werkes desselben, Braunschweig, 1770); par H. Sudendorf, dans Berengarius l'urone>tsis oder eine Sammlung ihn bettrefender Bviefe, Hambourg, 1850, diverses lettres ; par M. E. Bishop, dans Uôrres- Gesellschaft, Historisches Jahrbuch, Munster, 1880, t. i, p. 275, une lettre à Eusèbe Brunon. Sur divers écrits attribués à Bérenger, cf. Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, 2" édit., t. xm, p. 174.

II. Sources anciennes. — /. du temps de bére.ygsr. — 1* Lettres. — Lettres à Bérenger : d'Hugues de Langres, P. L., t. cxlii, col. 1325-1334; d' Adelman de Liège, plus tard évêque de Brescia, P. L., t. cxliii, col. 1289-1296 (incomplète dans Migne, publiée intégralement par Sclimid; cf. Hefele, Conciles, trad. franc., t. VI, p. 322, note); d' Ascelin le Breton, P. L., t. c ., col. 67-68; de Frolland de Senlis, P. L., t. CXLIII, col. 1369-1372; d'Eusèbe Brunon, P. L., t. cxlvii, col. 1201-1204 (texte fautif, cf. Delarc, Saint Grégoire VU, t. n, p. 302-304, note). — Lettres relatives à Bérenger : de Théoduin de Liège, P. L., t. cxlvi, col. 1439-1442; de Lanfranc, P. L., t. cl, col. 516 (compléter par Giles, Beati Lanfranci opéra, Oxford, 1844, t. I, p. 27), et col. 543-545; de Grégoire VII, P. L., t. cxlviii, col. 506; de Gozechin, ancien écolàtre de Liège, P. L., t. cxliii, col. 885-908; da

Til

BÉRENGER DE TOURS — BERGIER

saint Anastase de Clam, P. L-, t. cxi.ix, col. 433-436; de Wolphclme de Brauweiler, P. L.. t. cliv, cul. 412-414. - Lettres qui ne se trouvent pas dans la Patrologie de Migne : de Grégoire VII en faveur de Bérenger, dans d'Achéry, Spicilegium, Pans. 1657, t. il, p. 508; de Paulin de Metz à Bérenger, dans Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. i, col. 196; plusieurs lettres dans H. Sudendwt. Berengarius Turonensis; quatre lettres du pape Alexandre II, publiées par M. E. Bishop. dans Gbrrcs-Gesellschaft. Historisches Jahrbuch, t. i, p. 273-275; du carclin.il Humbert à Eusèbe Brunon, dans P. -P. Brucker, L'Alsace et l'Église au temps du pape saint Léon IX, t. il, p. 393-395.

2* Traités. — Durand de Troarn, Liber de corpore et sanguine Christi contra Berengarium et ejus sectatores, P. L., 1. i:\ux, col. 1375-1424; Lanlranc, De corpore et sanguine Dornini adversus Berengarium Turunensem, P. L., t. cl, ci 1. 407-442; Guitmond, De corporis et sanguinia Christi veritate in eucharistia, P. L., t. exux, col. 1427-1494.

3° Condamnations et professions de foi. — Bernold de Cons- De Beringerii hseresiarchse damnatione multiplia, P. L., t. cxlviii, col. 1453-1460; concile de Rouen, P. L., t. cxliii, col. 1382-1383; concile de Rome (1059) P. L., t. cl, col. 410-411; conciles de Rome (1078 et 1079), Martène et Durand, Thésaurus v, vus anecdotorum, t. iv, col. 104; P. L., t. cxlviii, col. 898- 809, 811-812; t. CL, col. 411; Decretum Gratiani. part. III, De consecratione, dist. II, c. xlii. Cf. Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia, Paris, 1671, t. ix, col. 1050-1003, 1081-1082, 1101; t. x, col. 345, 378-379, 381.

//. après bérenger. — 1° Poètes, historiens, chroniqueurs. — l'ne épitaphe par Baudri de Bourgueil, P. L., t. clxvi, col. 1190; une autre par Hildebert de Lavardin, P. L., t. clxxi, col. 1190 (cf. col. 633-634, la note de Beaugendre); Bernold de Constance, Chronica, P. L., t. cxlviii, col. 1363, 1365, 1367, 1377, 1383; Milon Crispin, B. Lanfranci vita, c. m, n. 8, P. L., t. cl, col. 36-37; Hugues de Flavigny, Chronicon, 1. II, P. L., 1. cliv, col. 316-317; Sigebert de Gembloux, De scriptoribus ecclesiaslicis, c. i.iii-i.v,P. L., t. clx, col. 582-583; Chronica, col. 210, cf. col. 404; Honorius d'Autun, De scriptoribus ecclesiaslicis, 1. IV, c. xiv, P. L., t. CLXXII, col. 231-232; Pierre diacre, De viris ecclesiasticis Casinensibus. c. xxi, P. /.., t. CLXXIH, col. 1033; Chronicon Casinense, 1. III, c. xxxv, col. 766; Guillaume de Malmesbury, Gesta regum anglorum, 1. 111, § 284-285, P. L., t. clxxix, col. 1256-1258; Ordéric Vital, Historia ecclesiastica, part. II, 1. IV, c. x, P. L., t. clxxxviii, col. 327, 336; Hélinand do Froidmont, Chronicon, 1. XLV1, P. L., t. ccxii, col. 946-947 ; l'anonyme de Melk (Mellicensis), De scriptoribus ecclesiaslicis, c. lxxxviii-xc, P. /... t. CCXIII, col. 978-979. Parmi les chroniqueurs absents de la Patrologie latine, citons ceux qui sont publiés par Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la France, 2* édit., Paris, 1876, t. XI, p. 161, 169, 284, 295, 34'», 349, 354-355, 358, 382 (et. le texte complet dans Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. ni, col, 577-578), V27, 430; Paris, 1877, t. XII, p. 279, 461, 465; la chronique de Saint-Maixent, dans P. Marchegay et E. Mabille, Chroniques des églises d'Anjou, Paris, 1869, p. 385, 400, 401, 406,407; Mathieu Paris, Hiitoria major, édit. Wats, Londres, 1684, p. 10, etc.

2' Théologiens. — Guibert de Nogent, Epistola de buccella Judx data et de veritate dominici corporis, P. L., t. clvi, col. 527-538 ; cf. De pignoribus sanctorum, 1. II, col. 629-650 ; Guillaume de Saint-Thierry, Epistola ad quemdam monachum qui de corpore et sanguine Domini scripserat, P. L., t. CLXXX, cul. 341-344; De sacramento altaris, col. 345-366; Alger de Liège, De sacramentis corporis et sanguinis dominici, P. L., t. ci. x\x, cul. 739-8.V» ; Grégoire de Bergame, Tractatus de veritate corporis Christi, dans Hurler, Sanctorum Patrum opuscala eelecta, Inspruck, 1870, t. xxxix, p. 123; Pierre le Vénérable, Tractatus contra Pelrobrusianos, P. L., t. ci.xxxix, col. 78-S-789 ; Nucleus de sacrifwio missm (authentique ?), c. XII, dansMarg. do la Bigne, Bibliotheca Patrum, Paris, 1024, t. x,

cul. 11199. — Parmi les écrits qui ne nomment ni Bérenger ni ses

disciples, mais qui se rattachent au bérengarianisme, nous citerons Geoffroy de Vendôme, Tractatus de corpore et sanguine Domim. /•. /... t. clvii, col. 211-214; S.Anselme, Epist. , cvn, De corpore et sanguine Domini, P. /... t. eux, col. 255-258 ; cf. la note de la colonne 254 ; l'abbé' Abb.-iu.iui, Tractatus de fractione corporis Christi, P. L,, t. clxvi, col. 1341-1348; Honorius d'Autun, Eucharistion seu liber de corpore et sanguine Domini, P. /.., t. clxxii, col. 12W-1258; Hugues Métel, Epistola ad Gerlamiiim de sanctissimo eu- hari liie sacramento, /'. /.., t. CLXXXVIII, col. 1273-1276.

III. Travaux modernes. - IV. de Roye, Vita hœresiset pienit.iUia Berengarii Andegavensis archidiaconi, Angers, 1656;

Mabillon, Vetera analecta. 2- édit., Paris, 1723, t. u, p. 513-516; surtout Acla sauct. ordinis S. Benedicti, suec. VI, part. II, Pans, 1791, p. vii-xi.i, xliii-xlvi; E. Dupin, Histoire des controverses et des matières ecclésiastiques traitées dans l'onzième siècle, Paris, 1699, p. 20-74; Anglade, Controverse sur l'eucharistie pendant le xr siècle, Paris, 1x58; .1. Bach, Die Dogniengeschichte des Mittelaltersvom christologischen Standpunkle, Vienne, 1874, t. i, p. 364-394; H. Reuter, Geschichte des religiosen Aufklàrung im Mittelalter, Berlin, 1875, t. i, p. 91-128, 286-296; O. Delarc, Les origines de l'hérésie de Bérenger, dans la Revue des questions historiques, Paris, 1876, t. XX, p. 115-155 ; Saint Grégoire VI[ et la réforme de l'Église au xr siècle, Paris, 1889, t. i, p. 203-221; t. n, p. 113- 121, 296-327 ; t. m, p. 352, 445-450, 454-45H (traduit beaucoup de textes relatifs à Bérenger) ; de Crozals, Bérenger, Paris, 1877 ; J. Schwane, Dogmengeschichte der Mittteren Zeit, Fribourg-en- Brisgau, 1882, p. 635-640; W. Brocking, Zu Berengar von Tours, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, Gotha, 1892, t. xin, p. 109-180; Ad. Harnack, Lehrbuch der Dogmenges' chichte,S' édit., Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. m, p. 347-355; Schnitzer, Berengar von Tours, Stuttgart, 1892; Ch. Gore, Dissertations on subjects connected ivilh the Incarnation, Londres, 1895, p. 247-268; A. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, Chartres, 1895, p. 64-67, 77-78, 118-124, 131-141 ; L. Biginelli.Ln rinascenza degli studi eucaristici nel medio evo in occasione dell'eresia di Berengario, dans le Compte rendu du IV' Congrès international scientifique des catholiques tenu à Fribourg (Suisse), i" section : sciences religieuses, Fribourg, 1898, p. 19-31; P. Renaudin, L'hérésie antieucharistique de Bérenger, dans L'université catholique, nouv. série, Lyon, 1902, t. XL, p. 415-447. Voir encore les autres travaux indiqués au cours de cet article et ceux qui sont indiqués dans Ul. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge. Bio-bibliographie, col. 273-274, 2458.

F. Vernet.

BERGER Pierre, théologien français qui vivait dans la première moitié du xvne siècle. Il a publié : La suffisance de la communion sous une seule espèce arec la réfutation de G. Cassandre, in-12, Paris, 1630; 2° La •piété de l'Eglise catholique envers Dieu, in-12, Paris.

Hœfer, Nouvelle biographie générale, Paris, 1855, t. v.

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