troisième partie esl c ée entièrement à la défense
de l'infaillibilité. Signalons i ncore parmi les manuscrits
de la Bibliothèque de Munich des Conimentarii in II""
II' et ///•"" partem S. Thomœ, Dilligen, 1623-1625 Ca-
\fss. latin. Monacliii, t. i b, n. 2321), el à la liiblio-
thèque de Heidelberg un Tractactus de peccatis et gratia, également manuscrit.
Sommervogel, Bibliothèque de la C" de Jésus, t. I, col. 1443; Hurter. Nomenclator, t. n, col. 303; Kropf, Historia provincial S. J. Germanise superioris, in-fol., Munich, 1746, t. v, n. 519, p. 226; n. 766 sq.,p. 4Ô3 sq.; Ménologe de la C" de Jésus.
P. Bernard.
BIEL Gabriel, théologien allemand du xv siècle. — I. Vie. IL Œuvres. 111. Doctrine. IV. lnlluence.
I. Vie. — Né à ^pire, vers 1425, Gabriel Biel rit ses é'tudes à Heidelberg et à Erfurt. Ayant obtenu le grade de licencié en théologie, il fut nommé vicaire et prédicateur à la cathédrale de Mayence. Ses talents d'orateur commencèrent sa réputation. Mais ce qui le mit surtout en relief, ce fut la part qu'il prit à une grave querelle politique et religieuse. Diether d'Ysenbourg, élu archevêque de Mayence, avait encouru l'excommunication pour sa résistance aux ordres du pape Pie II et s'était mis à la tète du parti antipontifical qui voulait constituer une Église nationale allemande. Pie II l'avait déposé et avait nommé' archevêque de Mavence Adolphe de Nassau. La guerre mettait aux prises partisans et adversaires de Diether. Pastor, Histoire des papes depuis la fin du moyen âge, trad. franc, par Furcy-Raynaud, Paris, 1892, t. m, p. 154-157. Biel prit résolument la défense de la cause pontificale : à Mayence et dans le pays rhénan, il prêcha l'obéissance au pape. Attaqué pour son attitude, il riposta en composant un écrit qui établit les droits de Pie II et d'Adolphe de Nassau, Defensorium obedienlise apostoliese ad Pium papam II destinatum.
Cet ouvrage le désigna à l'attention reconnaissante du souverain pontife : le pape essaya d'attirer Biel à Borne alin de le récompenser. Trop modeste pour accepter, le prédicateur de Mayence préféra se retirer du monde et entra dans la fervente et studieuse congrégation des clercs de la vie commune de Windesheim. Mais Pie II n'était pas le seul qui eût remarqué Biel. Un des partisans d'Adolphe de Nassau, le comte Eberhard de Wurtemberg, voulut l'avoir auprès de lui. Il le lit nommer d'abord membre, puis prévôt du chapitre qu'il avait fondé à Urach, sa résidence. Il l'investit de sa contiance, l'emmena à Rome, en compagnie de ses deux autres intimes conseillers Beuchlin et Jean Bergenhanns, 1482. Deux ans plus tard, Eberhard nomma Biel professeur de philosophie et de théologie à la faculté de Tubingue. Tandis qu'à ses côtés, Heynlin von Stein (Johannes à Lapide) et Conrad Summenhart, fidèles représentants de l'ancienne école, enseignaient le réalisme, Biel professa avec éclat ce qu'on appelait alors la théologie moderne, le nominalisme d'Occam. Il contribua à assurer à l'université de Tubingue le bon renom dont elle jouit alors. Scolastique convaincu, il sut s'intéresser à la vie politique et sociale de son pays et n'entra pas en lutte avec les humanistes. Etroitement lié avec les savants de Bâle et de Strasbourg, notamment avec Pierre Schott et Geiler, estimé de ses élèves dont quelques-un*-, comme Wendelin Steinbach, paraissent lui avoir voué un véritable culte d'amitié, il vit son style loué par les adversaires les plus déclarés de la scolastique. L'humaniste Henri Ilebel le surnomma le roi des théologiens. Kn 1492, Eberhard lui donna une dernière marque de confiance en le faisant nommer prévôt du chapitre qu'il venait de fonder dans son séjour favori de Schonbuch. C'est là que Biel mourut, trois ans après, 1495.
11. ŒrvKEs. — 1" Lectura super ranone misSB in aima universitate Tuwingensi ordinarie lecta. Cet ouvrage a encore paru sous le titre : Sœri canonis misses exposi i m résolut msima, litteralis ac mis/ira. Ces! un long commentaire doctrinal, moral, canonique, liturgique el ascétique sur les paroles el les rites de la
messe, hauteur pose et résoul un grand nombre de
questions de théologie ou de droit ecclésiastique. L'ou-
BIEL
vrage fut édité, à l'insu de Biel, par les soins de son élève et ami Wendelin Steinbach en 1488, à Rutlingen. L'auteur se plaignit vivement de cette publication; son travail ne lui paraissait pas digne de l'impression, il le trouvait trop peu personnel, il déclarait avoir tout emprunté aux anciens maîtres; la Lectura, selon lui, n'était que la reproduction, avec quelques additions et retouches, des enseignements d'Eggeling de Brunswick, prédicateur de la cathédrale de Mayence. Cependant, la comparaison minutieuse de cet ouvrage avec le Collectorium établit manifestement que Biel, dans son travail sur le canon de la messe, nous livre sa propre pensée. Cet écrit a obtenu, à bon droit, grand succès et a été souvent réédité : Tubingue, 1499; Cologne, 1499; Bàle, 1510, 1515; Lyon, 1514, 1527, etc. Gaspard Haslach l'a enrichi d'une très bonne table. Il a paru deux résumés du Lectura de Biel : Epithoma expositionis canonis missnn, Tubingue, 1499; Spire, s. d.; et un abrégé plus court : Expositio brevis et interlinearis sacri canonis missse, s. 1. n. d. Hain, Bepertorium, n. 3178-3183.
2° Une série de sermons pour l'année ecclésiastique : Sermonesde feslivitalibus Christi; sernwnes de festivitalibus beatse Mariai Virginis ; sernwnes de sanctis, s. 1. (Tubingue), 1499; Semaines dominicales de tempore, Tubingue, 1500. liai n,n. 31 84-31 85. On a annexé à ce recueil plusieurs appendices : Contra pestilentiam sernwnes médicinales ; De non timendo rnortem tempore peslis ; Quseslio de fuga pratts ; et enfin le Defcnsorium obedientise apostolicee ad Pium papam II destinatum et ab eo approbalum. Ces sermons ont été réimprimés plus tard à Haguenau, 1510; Bàle, 1519, 1520; Brixen, 1583. Destinés à un auditoire très cultivé, les sermons de Biel sont du plus haut intérêt pour l'historien et le théologien. Sans être indifférent aux abus de l'époque, le prédicateur songe moins à flageller le vice qu'à exposer la vérité. Il s'efforce surtout de faire connaître, accepter et aimer la doctrine chrétienne. Aussi, les sermons de Biel sont de véritables dissertations sur des sujets parfois très ardus. On y trouve, à côté de mouvements oratoires et d'élans d'une tendre piété, des exposés doctrinaux qui complètent et souvent expliquent les thèses du Collectorium. L'auteur ne se contente pas d'invoquer les Pères : il cite Aristote et les scolastiques. Tschackert est obligé d'avouer que Biel l'emporte sur les prédicateurs ses devanciers. Realencycl. fur protest. Theol. u. Kirche, art. Biel, Leipzig, 1897, t. m, p. 210. Janssen affirme que ses sermons, à l'égal de ceux de Henri Herp et de Geiler, sont les plus remarquables de l'époque. L' Allemagne à la fin du moyen âge, trad. franc., Paris, 1887, p. 31.
3° ISermo historialis passionis dominiez, Rutlingen, 1498; Mayence, 1509; Bàle, 1519; lla-uenau, s. d. Hain, n. 3186.
4° Epithoma parilcr et collectorium circa quatuor Sentenliarum libros egregii viri magistri Gabrielis Biel sacrse theologiœ licenciali bene meriti. — L'ouvrage a été édité en 1499, Coppinger,n. 3187, puis en 1501 par Wendelin Steinbach, à Tubingue, Hain, n. 3187. Depuis, il a été plusieurs fois réimprimé : Bàle, 1512; Lyon, 1514, etc. C'est l'œuvre capitale de Biel, la seconde série de leçons qu'il donna à l'université de Tubingue. Suivant l'usage de l'époque, l'auteur commente le livre des Sentences, mais en prenant Occam pour guide. Chacun des quatre livres qui forment l'ouvrage se divise en distinctions, au début desquelles se trouve un court résumé de la doctrine de Pierre Lombard. Puis Biel pose une ou plusieurs questions qui, toutes, se subdivisent en trois articles. Le premier contient des notions préliminaires : ce sont des définitions, des distinctions souvent très subtiles, claires pourtant et toujours très précises. Parfois aussi, Biel présente les diverses opinions émises sur le sujet, établit les prémisses de la thèse. Celle-ci est exposée et prouvée dans un second
article qui, d'ordinaire, contient plusieurs conclusions. Enfin, un troisième article écarte les objections, soulève de nouveaux problèmes et complète la solution principale. L'œuvre de Biel est inachevée : le livre IV, dist. I- XXIII, ne contient que les traités des sacrements en général, du baptême, de la confirmation, de l'eucharistie, de la pénitence et une courte étude de l'extrême onction. Wendelin Steinbach a complété l'œuvre de son maître Supplementum inXXVll distinctiones ultimas Sententiarum, Tubingue, 1520. Le tout, 5 in-4°, Brixen, 1574.
5° Tractatus de potestale et utilitate monetarum, imprimé d'abord à Oppenheim en 1516, et dans la suite plusieurs fois réédité. Hain, n. 3188. C'est une dissertation d'économie politique et de théologie morale sur la monnaie. Biel a aussi étudié cette question dans le Collectorium, 1. IV, dist. XV, q. IX.
6" Tractatus artis grammaticœ, s. 1. n. d. (Spire). Hain, n. 3189. — Linsenmann mentionne l'existence de lettres inédites conservées aux archives municipales de Darmstadt. Kirchenlexikon, art. Biel, Fribourg-enllri^gau, 1883, t. n, col. 808.
III. Doctrine. — 1° Traits caractcristiijues. — Biel déclare qu'il prend Occam pour maître, il veut s'attacher à lui sans mépriser les autres docteurs. Il se propose de l'abréger quand il étudiera les questions qui ont été longuement discutées par lui. Il consultera les autres maîtres sur les sujets qu'Occam a négligé de traiter ou d'approfondir. Mais il déclare que même dans ce cas, il ne s'écartera pas de son guide : il mettra d'accord avec les principes d'Occam les conclusions des autres écoles. Prohemium prologi, 1. I, dist. XLVI1I ; 1. Il, prol. ; 1. III, dist. XV.
Biel a exécuté son programme. Sans doute, il connaît, il cite et souvent il suit les autres nominalistes, Pierre d'Ailly, Marsile d'Inghem, Holkot, Henri de Oyta, Grégoire de Rimini, Nicolas d'Oresme, Gerson. Il tait aussi de nombreux emprunts aux théologiens des diverses écoles; nous nommerons ici seulement ceux qui sont le plus souvent cités par Biel : saint Anselme, Hugues et Richard de Saint- Victor, saint Bernard, Alexandre de Halès, saint Thomas, saint Bonaventure, Henri de Gand, Duns Scot, Pierre de Palude, Durand, Bichard de Middletown, Thomas de Strasbourg. Il sait aussi être personnel et n'est pas un simple compilateur. Mais l'acceptation des thèses fondamentales du nominalisme donne à l'œuvre de Biel uue puissante unité; c'est en disciple d'Occam qu'il accueille, expose et prouve les thèses des autres maîtres; et comme il le dit, s'il parait parfois contredire son guide, c'est pour rester fidèle à ses principes.
Et certes, jamais le nominalisme ne fut présenté dans une exposition plus claire. Sans doute, la leclure de Biel exige un effort du lecteur moderne, peu préparé par son éducation théologique à le comprendre. Mais, il faut avouer aussi que l'amour de l'ordre et de la précision dont le professeur de Tubingue fait preuve, le soin minutieux qu'il met à tout définir, expliquer, distinguer, permettent de suivre aisément l'exposé de thèses souvent très subtiles et très compliquées.
Cet art de la composition s'unit à de précieuses "qualités de iond. Biel a un esprit très judicieux, ses études de théologie morale en font foi, il a un sens pratique très affiné. Il a fait, dans son Collectorium, une place assez large aux problèmes de droit, de morale et d'économie politique, il a (réquenté et connaît bien les juristes et les casuistes; il sait mieux que beaucoup de théologiens de son temps et de son école, s'arrêter discrètement devant le mystère ; il ne néglige pas de montrer les conséquences pratiques des doctrines, il approfondit avec une complaisance visible les problèmes de la théologie qui ont un rapport immédiat avec la conduite de la vie : tentation, ange gardien, prière pour les défunts, fruit du sacrifice, réparation du péché, etc.
BIEL
Ce qui caractérise surtout Biel, c'est la préoccupation de l'orthodoxie doctrinale. Sans doute, le CoUectorium contient dos thèses qui sont ou en opposition ou difficilement conciliables avec les affirmations des conciles de Trente et du Vatican. Mais, jamais le savant allemand n'a mis en doute ou nié une seule vérité tenue par ses contemporains pour définie par l'Église ou par le pape. Biel d'ailleurs était fait pour être catholique. Son robuste bon sens ne lui permet pas d'accepter les conclusions hasardées et singulières auxquelles ont abouti plusieurs occamistes : ;iinsi, il n'osera pas dire que Dieu aurait pu s'incarner dans un démon, prendre la nature d'une pierre ou d'un âne. Collect., 1. III, dist. I, q. il. Son humilité et sa modestie presque excessives le prédisposaient à la soumission. Il écrit, à maintes reprises : « Je n'ose pas décider si cette conclusion est certaine, je me contente de l'exposer sans vouloir la défendre, ceci soit dit sous réserve du sentiment des anciens docteurs ou de maîtres plus compétents, avec une humble déférence, etc. » Jamais théologien ne fut plus disposé à douter de lui. S'il tient en haute estime l'avis des docteurs privés, à plus forte raison, fera-t-il grand cas des décisions de l'Église ou du pape. Elles exigent une adhésion entière et sans réserve. Biel soumet son enseignement au jugement de l'Église romaine et de tout chrétien pieux et bien pensant. Collect. , prolugi proheni.; 1. II, prokeni. Le nominalisme, au reste, commande cette attitude ; d'après ce système, il faut d'autant plus s'appuyer sur la révélation dûment interprétée, qu'on peut moins compter sur la raison. Ce qui achève de maintenir Biel dans l'orthodoxie, c'est la distinction à laquelle il recourt sans cesse entre ce que Dieu a décidé en fait (potentia ordinata) et ce qu'il aurait pu décréter (potentia absuluta). Pour savoir ce qui est, ce que le créateur a voulu, Biel ne recourt guère qu'à la révélation. Pour déterminer ce que Dieu aurait pu faire, il s'abandonne à la spéculation. Le catholique croit ce qui est, le nominaliste recherche ce qui pourrait être. Foi et raison ont leur domaine propre et ne se heurtent pas. Biel ne pouvait qu'être orthodoxe.
Et c'est là ce qui fait l'importance de son œuvre. Le théologien de Tubingue est le meilleur représentant du nominalisme. Chez les autres partisans principaux du système, la théorie est ou affadie par des thèses mystiques, ou unie à des conceptions augustiniennes, ou encore compromise par des attaques contre l'autorité du pape, par des paradoxes ou des erreurs : déterminisme, scepticisme, panthéisme. Biel est un des derniers tenants du nominalisme. Il connaît les recherches de ses devanciers, évite leurs faux pas et les excès de leur critique, recueille chez chacun d'eux les propositions qui lui paraissent bonnes et présente le tout dans un exposé orthodoxe. Si le nominalisme avait pu être un système catholique, c'est grâce à Biel qu'il le serait
devenu.
Le théologien de Tubingue est aussi un des derniers représentants illustres de la science religieuse du moyen âge, et comme il pratique un sage éclectisme, comme il expose bien les idées d'autrui, on peut dire qu'en lui on entend presque toute l'école. Son œuvre a un dernier mérite. Elle est un document historique de haute valeur. Biel est le meilleur théologien allemand de l'époque et il professe vingl ans seulement avanl Luther. Les écrits du théologien de Tubingue nous permettent donc de savoir si l'enseignement catholique du temps méritait les attaques dont il fut l'objet et dans quelle mesure il les préparait.
2° Principaux points. — La doctrine de Biel étant celle de l'Kglise au XV siècle, son système celui des Dominalistes, il suffit de donner une idée générale de son enseignement, de signaler ses principales idées personnelles et de faire connaître sa pensée sur les problèmes agités au sv« et au svi« siècle.
1. Sources de la connaissance religieuse : raison et révélation. L'autorité enseignante, le pape. — Il est des vérités théologiques dont l'homme prend connaissance et fait la preuve par sa seule raison. Collect. ,pvo\., q. I, I. III, dist. XXIV. Le nombre en est fort restreint. Quand la raison est impuissante, il faut accepter l'autorité, recourir à la révélation, seconde source de connaissance. La parole de Dieu donne entière certitude, aussi ne peut-elle jamais être mise en doute ni rejetée. Une fois mise en présence du mystère, l'intelligence n'a qu'à se soumettre; toutefois, s'il est impossible au théologien de parler dignement de la vérité divine, il ne lui est pas interdit de se rendre raison de sa foi ; au contraire, il se met par là en état de mieux la saisir, la dépendre et l'expliquer. Op. cit., 1. I, dist. I, q. v; dist. XIII, q. i; 1. III, dist. XXIV.
La révélation est contenue d'abord et surtout dans l'Écriture : inspirés et dictés par l'Ksprit-Saint, tous les livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament contiennent, sans aucun mélange d'erreur, la parole de Dieu. On la trouve encore dans les traditions orales ou écrites venues des apôtres, on peut l'obtenir par des révélations privées. Enfin, est aussi parole de Dieu, la conclusion qu'on dégage de l'Ecriture à l'aide d'un moyen terme fourni par la raison. Op. cit., 1. III, dist. XXV; dist. XXXVIII; 1. IV, dist. XIII, q. n.
Nous savons avec certitude qu'une proposition est révélée quand l'Église ou le pape le déclarent. Aussi, on n'a pas connu, dès l'origine, on ne connaît pas encore aujourd'hui toutes les vérités contenues dans la Bible ou la tradition. Il y a donc, en un certain sens, accroissement des vérités à croire : sans doute, l'Église ou le pape, en définissant, ne révèlent rien, mais ils nous font connaître que telle vérité est révélée. Avant cette décision, il était permis d'en douter ou de l'ignorer, on ne le peut plus ensuite, sous peine d'hérésie, l'Église étant, après l'Écriture, l'autorité la plus haute. Op. cit., 1. I, dist. XI, q. i; 1. III, dist. XXV; 1. IV, dist. XIII, q. n.
Les organes du magistère sont les conciles, op. cit., 1. I, dist. XI, q. i, et le pape. Très souvent, Biel emploie cette formule determinatio Ecch'six aut pa/ix, qui semble reconnaître même pouvoir au souverain pontife et à l'Église. Op. cil., 1. IV, disl. XIII, q. il. Au reste, les protestants eux-mêmes conviennent aujourd'hui que Biel n'a jamais été antipapiste. Tschackert, loc. cit. Vicaire du Christ et successeur de Pierre, l'évèque de Borne a sur l'Eglise une primauté absolue et universelle, c'est à lui que les questions de foi doivent être soumises et tous les fidèles sont tenus d'accepter ses jugements. Il est aussi le chef suprême et c'est de son pouvoir que dérive médiatement ou immédiatement toute juridiction spirituelle, c'est par lui que sont dispensés tous les biens ecclésiastiques. Propre prêtre de chaque fidèle, supérieur au droit positif humain, il peut dispenser un chrétien d'une loi portée par un concile. Defensorium, n. (>; Sacr. can. mis., lect. xxm, fol. 32, :i3; Collect., 1. I, dist. I, q. v; dist. XI, q. i; 1. III, dist. III, q. i; 1. IV, disl. XV, q. vin; dist. XVII, q.i, II. Aussi Biel prouve plusieurs Dièses uniquement par une décision pontificale, il modifie son enseignement sur les indulgences pour le mettre d'accord avec une déclaration de Sixte IV, Sacr. can. »iis., lect. i.vii. fol. lli; il écrit : s'il est des personnes qui ne croient pas à la valeur des affirmations du concile de Bftle sur l'Immaculée Conception, du moins qu'elles acceptent l'enseignement du pape. Collect., 1. IV, dist. 111, q. I.
Néanmoins, le pouvoir du souverain pontife n'est pas illimité comme celui du Christ. Contre l'Écriture, le droit naturel ou divin, le pape ne peut rien. Il ne doit user de son autorité que pour le bien île l'Eglise ou le
salut des lideles. S'il accorde des dispenses injustifiées, son acte, valable devant l'Église militante, est nul au re-
BIEL
gard de l'Église du ciel. Homme, il est exposé à l'erreur et nous devons prier pour lui comme pour quelqu'un qui peut se tromper. Mais tant qu'il n'est pas établi avec certitude qu'il viole l'Écriture, le droit naturel ou divin, les fidèles sont tenus de lui obéir. Ses pécbés ne lui enlèvent pas sa dignité de chef de l'Eglise; il ne la perdrait que si, tombé dans l'hérésie, il n'était plus membre de la société chrétienne. Defensorium, n. 8, 9; Sacr. can. mis., lect. xxm, fol. 32, 33; Collect., 1. III, dist. XXXIX, q. i ; 1. IV, dist. XV, q. vm.
2. Ame et Dieu. — La psychologie et la théodicée de Biel, qui ont une si grande influence sur son système théologique, sont nettement nominalistes. Voir de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, Louvain, 1900, p. 350-356; Ueberweg-Heinze, Grundriss der Geschichte der Philosophie, Berlin, 1898, t. il, p. 307-310.
Signalons seulement quelques particularités et quelques thèses fondamentales. Pas de distinction entre l'essence et les facultés. Collect., 1. II, dist. XVI. On ne saurait démontrer par la raison et on apprend par la foi seulement que l'âme est immatérielle, incorruptible et indivisible, lbid.
Notre science de Dieu est assez courte. Dans le ciel, nous le connaîtrons par intuition. Ici-bas, nous recourons, pour parvenir à lui, au procédé de l'abstraction; mais ce procédé ne nous permet pas d'obtenir un concept de Dieu qui le désigne en lui-même d'une manière absolue et exclusive. Collect., prol., q. n, vu, etc. La raison peut démontrer l'existence d'une cause première qui conserve le monde. Op. cit., 1. III, dist. XXIV. L'intelligence découvre aussi quelques-unes des perfections de Dieu : il est bon, vivant, sage, intelligent. Op. cit., prol., q. I. Mais les attributs du Très-Haut ne sont que des noms différents désignant une seule et même chose. Op. cit., 1. I, dist. II, q. i, il. C'est la foi seule qui prouve l'unité, l'omniscience, la toute-puissance de l'être divin; seule, elle établit avec certitude que Dieu est la cause immédiate de tous les êtres, qu'il agit librement dans le monde et qu'il est la fin de l'univers. Op. cit., 1. I, dist. II, q. x; dist. XXXV, q. Il; dist. XL1I; 1. II, dist. I, q. n, v.
Biel affirme souvent que Dieu coagit, simul causât, est, avec la créature, la cause immédiate de tout ce qui se produit. Op. cit., 1. I, dist. XLV. Toutefois, ce fait ne suffirait pas à établir qu'il est présent partout, puisque l'action à distance est possible. Op. cit.,\. I, dist. XXXVIII. Mais la thèse la plus importante de la théologie de Biel, c'est son affirmation de l'indépendance totale et absolue du vouloir divin. Le Très-Haut décrète ce qui lui plaît. Ce qui est, n'existe que par son ordre, mais il aurait pu ne pas le vouloir. Il est donc libre de faire ce qui n'est pas juste; s'il le fait, l'acte devient juste. Sa volonté libre, telle est la règle de la moralité. Op. cit., 1. I, dist. XLII; dist. XLIII, q. i.
3. Trinité. — Dans son traité de la trinité, Biel montre bien qu'il est un des tenants de ce système norninaliste qui accorde une si grande place à la logique. La plupart des problèmes sont posés par lui en ces termes : Peut-on dire?... Il se tient à égale distance de ceux qui comme saint Thomas et Scot, invoquent la raison à l'appui des vérités révélées et des théologiens timides , qui, comme Grégoire de Bimini, Oyta, Holkot, ne veulent pas perdre leur temps &t leur peine en parlant longuement de la Trinité. L'affirmation à laquelle Biel revient toujours est la suivante : Entre l'essence et la relation, il y a distinction formelle, autrement dit, essence et relation nous apparaissent comme une seule réalité, mais la loi nous apprend que tout ce qui est vrai de l'une ne l'est pas de l'autre. Collect., 1. 1, dist. II, q. xi; dist. V, q. i; dist. X, q. i; dist. XI, q. i; dist. XXXIV.
4. Fin de l'homme, moyen d'y parvenir : la grâce et l'œuvre salutaire. Prédestination. — Dieu est notre lin dernière et ce qui rend cette destinée surnaturelle,
c'est que le créateur a décidé de nous permettre de l'atteindre par des secours entièrement gratuits surajoutés à ceux que nous tenons de notre constitution et de nos facultés. Collect., 1. I, dist. I, q. i; 1. II, dist. I, q. v; dist. XXIX.
Pour parvenir à cette fin, l'homme doit produire des actes tout à la fois vertueux et méritoires. Vertueux, ils le seront pourvu qu'ils aient un objet honnête, au témoignage de la conscience, et qu'ils soient librement produits dans les circonstances requises par la raison pour la moralité. Ils deviendront méritoires s'ils sont dirigés vers Dieu aimé pour lui-même et par conséquent s'ils sont produits sous l'influence de la charité ou grâce sanctifiante. Op. cit., 1. II, dist. VII, XL, XLI; 1. III, dist. XVIII.
La grâce sanctifiante est donc le pouvoir de faire des œuvres que Dieu, par pure bonté, daigne tenir pour dignes de la vie éternelle. C'est à ce titre qu'elle nous rend agréables à lui. Elle est un don créé et intérieur et non pas la personne du Saint-Esprit; elle se confond du reste avec la vertu de charité. Tout cela résulte de la libre disposition de Dieu. C'est ce qui est, en fait (Biel dit : de potentia ordinata). Mais Dieu pourrait décider (potentia absoluta) qu'il en serait tout autrement, il pourrait sanctifier sans se servir d'un don créé, tenir pour méritoire de la vie éternelle un acte accompli sans la grâce, et par contre refuser la gloire à qui possède la vertu de charité. Et c'est ainsi que le mérite dépend de la pure libéralité de Dieu, c'est ainsi que nous sommes vraiment sanctifiés par sa volonté, ou suivant le langage de l'appropriation, par le Saint-Esprit. Op. cit., 1. I, dist. XIV, q. I, il ; dist. XVII, q. I, m; 1. 11, dist. XXVI, XXIX; 1. III, dist. XXXII.
Ce don surnaturel, Dieu ne le refuse à personne. Très souvent, Biel rappelle et applique le fameux principe : si quelqu'un fait ce qui est en son pouvoir, il recevra la grâce. Au reste, la théorie de la prédestination qu'il propose est significative. Expliquant la prescience des futurs libres, il l'avait fait dépendre de leur réalisation contingente, et il avait écrit : même si Dieu, par impossible, ne devait pas concourir à leur production, il saurait qu'ils doivent arriver librement. Op. cit., 1. I, dist. XXXVIII. Les thèses sur la prédestination sont la conclusion logique de cette affirmation. Les réprouvés sont damnés, parce que Dieu a prévu leurs fautes; les justes sont prédestinés parce que Dieu a prévu leurs mérites; du moins telle est la règle. Car, il est des saints à l'élection desquels on ne peut assigner d'autre motif que la volonté du Très-Haut : Biel cite la Vierge Marie, saint Paul, ceux qui ont été sanctifiés dans le sein de leur mère. A côté de ces affirmations, il est vrai, on en trouve d'autres qui rendent un son bien différent. Toute créature raisonnable prédestinée par Dieu peut être damnée : il a le droit absolu de refuser la gloire à qui a la grâce; si, sans raison, il fait choix de certains hommes, on ne peut l'accuser d'injustice, car il est libre, ne doit rien à personne et il n'y a pas à chercher les raisons de sa suprême volonté. Op. cit., 1. I, dist. XXXIX, XL, XLVI.
5. Etat primitif de l'homme et péché originel. — Adam possédait, avec la grâce sanctifiante, le don de justice originelle, qui réfrénait en lui la concupiscence. Op. cit., 1. II, dist. XXIX, XXX, q. I. Sa faute a passé à ses descendants. Elle n'est pas un simple châtiment : nous naissons pécheurs; mais elle n'est que l'absence en nous de la justice originelle, c'est-àdire de cette rectitude de la volonté qui préservait de la concupiscence et que l'homme était obligé de garder. Sur les conséquences du péché originel : perte de la grâce, etc., Biel propose l'enseignement traditionnel. Il est indulgent pour les enfants morts sans baptême : la mort ici-bas, la peine du dam, mais sans douleur, en l'autre vie, tel est leur châtiment. L. II, dist. XXX,
BIEL
q. 11 ; dist. XXXI, XXXIII; 1. IV, dist. I, q. iv. Biel est un des plus ardents défenseurs de l'Immaculée Conception, il insiste fortement sur cette thèse ; il croit aussi que Marie n'a jamais péché. L. III, dist. 111, q. I, il.
6. Incarnation et rédemption. — Ici comme dans le traité de la Trinité, Biel déploie à son aise tout son talent de logicien ; mais il a le bon goût de ne pas poser ou de ne pas résoudre beaucoup de questions indiscrètes qui tourmentaient un grand nombre de théologiens de l'époque. Il n'ose décider si Dieu pourrait prendre la nature de n'importe quel être, op. cit., 1. 111, dist. I, q. n; il ignore même, si, Adam ne pécbant pas, le Verbe se serait incarné. L. III, dist. II. Il ne croit pas d'ailleurs qu'on puisse démontrer, l'hypothèse de la chute une fois admise, la nécessité de l'incarnation et de la rédemption. L. III, dist. XX. Il pense que le mérite du Christ n'a en soi qu'une valeur limitée, mais que Dieu le tient pour infini. De même, il estime que Jésus devant à Dieu tous ses actes et n'ayant pas enduré des souffrances égales aux tourments de l'enfer, n'a pas offert une satisfaction qui fût rigoureusement suffisante, en stricte justice ; elle l'est en fait, ajoute-t-il, parce que Dieu l'accepte comme telle. L. III, dist. XIX; 1. IV, dist. XVI, q. il.
7. Justification. — Mérité principalement par le Christ, le salut doit encore être mérité par l'homme, il exige sa coopération. Op. cit., 1. III, dist. XIX.
Le péché originel est remis par le baptême : puisque la faute consistait dans la privation de la rectitude de volonté que nous étions tenus de garder, Dieu, par le sacrement, commue cette obligation d'avoir la justice originelle en celle de posséder la grâce, et il nous la donne. L'homme mérite cette faveur, non pas en droit strict, de condigno, mais de par la libéralité de Dieu, de congruo, l'adulte par sa bonne volonté, l'enfant par les actes de celui qui administre le sacrement ou de ceux qui le demandent pour lui. Loc. cit., 1. II, dist. XXXII.
Quant au péché actuel, il est mortel ou véniel. L. IV, dist. XVI, q. V. Ce dernier, qui ne tait pas perdre la grâce est remis dès que l'homme ne s'y complaît plus et a expié la peine temporelle due à sa faute, lbid. Il en va autrement du péché mortel. Une fois qu'il l'a commis, l'homme est condamné à la mort éternelle, et c'est en cela que consiste l'état de péché, reatus culpœ. Etre justifié, c'est être relevé de cet arrêt et de nouveau destiné au ciel. L. IV, dist. XIV, q. i.
Dieu, qui a le droit de punir celui qui ne l'a pas mérité, pourrait pardonner sans exiger la pénitence, justifier sans donner la grâce, laisser la charité et le péché mortel coexister. L. IV, dist. IV, q. I, IV ; dist. XIV, q. I. Mais, en fait, il n'en est pas ainsi. D'abord le pécheur peut se préparer à la justification. Par les seules forces du libre arbitre, l'homme est capable d'accomplir des actes qui, sans être méritoires, sont moralement bons, d'éviter le péché mortel, de respecter la lettre des commandements. Qu'il fasse ce qui est en son pouvoir et alors il méritera, non pas de condigno, en rigueur de justice, mais de congruo, de par la libéralité divine, la première grâce. L. II, dist. XXVII, XXVIII. Dans une fine analyse qui fait pensera celle du concile de Trente, sess. VI, c. vi, liiel énumère les actes par lesquels le pécheur se dispose â la justification. L. IV, dist. IV, q. n. Il n'omet ni l'espérance, ni la crainte; à ses yeux, cette dernière n est mauvaise que si le pécheur, tout en l'éprouvant, était disposé â commettre encore le mal, au cas où son acte devrait rester impuni. !.. III, dist. XXXV.
Pour la justification, une seule condition est â la fois nécessaire et suffisante, la détestation par le pécheur île toutes ses fautes mortelles, mais détestation motivée par l,i pensée que Dieu es) sa lin dernière. Cel acte n'est pas tant une disposition a la grâce que s,i réception : aussitôt qu'il est produit, l'homme n'est plus condamné
à la mort éternelle, la grâce est donnée. Et c'est pour ce motif que jamais nous n'aimons Dieu souverainement et pour lui-même sans posséder la charité. Au contraire, l'attrition ne peut pas justifier, même dans le sacrement de pénitence. L. IV, dist. XVI, q. i, n.
Ainsi, de congruo, en vertu de la libéralité de Dieu, l'homme mérite par sa bonne volonté la première grâce et par la contrition parfaite, la justification. De condigno, en rigueur de justice, celui qui a la charité mérite, par les actes libres et vertueux qu'il produit sous son influence, un accroissement de sainteté et le ciel. L. II, dist. XXVII.
Biel est d'avis que, pour savoir avec une certitude absolue s'il est en état de grâce, l'homme a besoin d'une révélation spéciale. L. II, dist. XXVII.
8. Foi. — La foi est la connaissance certaine des vérités religieuses que Dieu a révélées. La répétition de l'acte de croire produit la foi acquise; la libéralité divine met gratuitement chez le juste la foi infuse ou surnaturelle. Seule, la révélation établit que cette dernière est nécessaire, elle a pour effet d'ajouter à la perlection de notre âme et de nos actes. Mais elle ne suffit pas. Vague tendance à croire, c'est par la foi acquise qu'elle est dirigée vers une vérité déterminée. La vertu infuse et la science peuvent donc coexister; mais on ne saurait, en même temps, adhérer à une proposition par la foi acquise et l'accepter en vertu d'une démonstration. La tendance surnaturelle disparait seulement lorsque Dieu l'annihile, ce qu'il fait, non pas toutes les fois que nous péchons, mais quand, par une erreur coupable, nous rejetons volontairement une vérité révélée.
Il est une autre distinction sur laquelle Biel s'étend longuement : la foi est explicite ou implicite. Mais cette dernière, qui devait être, peu après, si violemment attaquée, n'est pas un simple blanc-seing accordé par le laïque au prêtre, pour le plus grand profit de la hiérarchie : d'abord, par définition, elle présuppose la foi explicite à plusieurs vérités, puis elle n'est pas seulement la vertu des simples, nul chrétien ne peut avoir la prétention de connaître dans leur teneur toutes les vérités révélées; enfin, Biel énumère un grand nombre de dogmes que tout fidèle est tenu d'accepter. Op. cit., 1. III, dist. XXIII, XXIV, XXV.
9. Sacrements en général. — Les sacrements produisent la grâce, op. cit., 1. IV, dist. I, q. i; car Dieu a librement décidé qu'il la donnera lorsqu'ils seront administrés. C'est en ce sens seulement qu'ils sont dits cause de la grâce. Au reste, ajoute Biel, ne pourrait-on pas affirmer que telle est toujours l'efficacité des causes secondes ; c'est Dieu qui produit, et immédiatement, leur effet, mais il a décidé de ne le faire qu'au moment où elles passent à l'acte. Ihid.
La grâce sacramentelle ne diffère pas de la grâce sanctifiante, mais elle a pour but la guérison du péché ou l'accroissement de la justice déjà reçue. Elle est accordée plus ou moins abondamment au gré de la volonté de Dieu et dans une mesure proportionnée aux saintes dispositions du sujet. L. IV, dist. II, q. i; dist. IV. q. II, Quant au caractère sacramentel, son existence n'est pas démontrée avec évidence même par' la révélation, elle n'est que probable; ce n'est pas par lui, mais par la volonté positive de Dieu que s'explique principalement l'impossibilité de réitérer le baptême, la confirmation et l'ordre. Au reste, tout ce qu'on dit du caractère est en grande partie arbitraire. L. IV, disl. VI, q. II,
10. Baptême. — liiel donne 1res exactement la doctrine traditionnelle. A noter seule ni ces deux affirmations : l.a miséricorde divine dispose de moyens que nous ignorons pour sauver le petit être qui meurl dans
le sein (le sa mère et â qui il est impossible d'accorder fi' sacrement. Op. cit., I. IV, dist. IV, q. il. Lorsque le
baptême conféré a l'enfant n'est pas valide, on peut croire pieusement que le souverain prêtre trouve le
T.IEL
moyen de remédier à l'insuffisance du rite. Ibid., dist. VI, q. I.
11. Eucharistie. — Sur la présence réelle, la transsubstantiation, la communion sous les deux espèces, l'adoration due à la sainte hostie, Biel professe la plus pure doctrine. Il décrit avec complaisance les effets du sacrement. Sacr. can. mis., lect. lxxxv,lxxxvi, fol. 136 sq. ; Collect., 1. II, dist. XIII, q. il. Sur les questions d'école, il s'attache d'ordinaire aux théories d'Occam ou de Scot; souvent il ne les admet qu'en taisant des réserves, parfois même, il les expose sans oser conclure. Il admet la présence dans l'être sacramentel de l'étendue dont Jésus jouit dans le ciel, mais les choses se passent comme si elle n'était pas sous les espèces : le corps eucharistique étant présent tout entier dans chaque partie de l'hostie. Collect., 1. IV, dist. X. Quand le prêtre déplace les espèces, l'àme du Christ ou Dieu imprime un mouvement semblable au corps du Seigneur, ibid. ; c'est encore l'activité divine qui produit immédiatement tous les effets qui paraissent être l'œuvre des accidents de la substance du pain disparue. L. IV, dist. XII, q. i.
L'eucharistie n'est pas seulement un sacrement, elle est un sacrifice. Sans doute, l'unique immolation parlaite de la nouvelle loi, c'est la mort sanglante du Christ. Néanmoins à la messe, par la consécration et la communion nous offrons un sacrifice, et cela pour deux raisons : d'abord, parce que ces deux rites représentent la passion et en stml le mémorial; ensuite, parce qu'i7s produisent les mêmes effets que la mort du Sauveur. A l'autel, même prêtre et même victime qu'au Calvaire, et, comme la rédemption, la messe efface les péchés, accorde la paix, unit à Dieu, évidemment à cause des mérites de la passion. C'est surtout le sang qui est un mémorial du Calvaire, le corps du Christ est plutôt un symbole d'union, un souvenir de l'incarnation. Le vin consacré rappelle mieux la mort sanglante; et ce qui rend plus vivant encore cette représentation du sacrifice du Calvaire, c'est que le sang est consacré isolément dans la coupe, de même qu'autrefois il a été séparé du corps du Sauveur. Sacr. can. mis., lect. ni, fol. 99; lect. lui, fol. 101 sq.; lect. lxxxv, fol. 136 sq.
12. Pénitence. — Ce sacrement n'a pas pour effet de remettre les fautes mortelles : si le pécheur se repent de tous ses péchés parce que Dieu est sa fin dernière, il obtient son pardon aussitôt; s'il ne le fait pas, eùt-il l'attrition, il reçoit sans fruit l'absolution. Le sacrement est donc institué pour donner à l'homme un gage assuré du pardon qu'il a déjà obtenu, pour lui remettre sa faute devant l'Église, pjur lui accorder un accroissement de grâce sanctifiante, enfin, pour lui obtenir, par l'imposition de la pénitence, condonation au moins partielle de la peine temporelle qu'il lui faut encore expier. Il consiste donc essentiellement dans l'absolution par laquelle le prêtre déclare au fidèle que déjà Dieu l'a absous. Celte sentence doit être précédée de l'aveu des fautes. Instituée par Jésus-Christ et imposée par lui, sous peine de damnation, à tout adulte coupable <le péché mortel, la confession intègre remet une partie de la peine temporelle, a le mérite d'un acte d'obéissance, instruit le fidèle et permet au prêtre de lui choisir une satisfaction convenable. Ce dernier acte est ordinairement nécessaire. Dieu, sans doute, aurait pu ne pas l'exiger. Mais, en fait, il a décidé qu'il ne remettrait pas la laute sans demander une réparation. Parfois, l'acte de charité, tant il est intense, est, à lui seul, cette satisfaction ; d'ordinaire, cependant, il n'en est pas ainsi. Collect., dist. XIV, q. i; dist. XVI, q. I, il ; dist. XVII, •q. i; dist. XVIII, q. i.
Biel professe la doctrine catholique sur les suffrages pour les âmes du purgatoire et sur l'indulgence. Tout d'abord, faute de preuve convaincante, il n'osait pas affirmer que cette dernière put être appliquée aux dé-
: funts; un texte de Sixte IV mit fin à son hésitation. Snrr. can. mis., lect. lvi, LVH, fol. 108 sq.
13. Morale. — La volonté souveraine de Dieu, telle est la règle première et unique de la moralité. Un acte est juste s'il le veut. Collect., 1. I, dist. XLIII. q. I, etc. Ainsi, le mensonge ne serait pas un péché si Dieu abrogeait l'ordre de ne pas le commettre. L. II, dist. XXXVIII. Biel insiste sur la nécessité de la liberté, elle est la gloire de l'homme, la condition du mérite. L. II, dist. XLIV. Il pense qu'il y a des actes indifférents, soit dans l'ordre naturel, soit dans l'ordre surnaturel. Cette distinction lui sert à établir, contre les augustiniens de l'époque, que toutes les œuvres des pécheurs ne sont pas des fautes, toutes les vertus des philosophes des vices. L. II, dist. XLI.
Dans la solution des cas de conscience, Biel d'ordinaire ne se montre ni rigoriste, ni laxiste, mais fait preuve d'un grand bon sens. Il étudie avec une extrême attention les plus graves problèmes sociaux et politiques, le droit de propriété, la légitimité de la guerre, l'origine du pouvoir, les conditions de l'impôt vraiment juste, les devoirs des magistrats, la licéité du négoce, les avantages de la monnaie et les obligations de ceux qui la frappent, le taux du juste salaire, la question du prêta intérêt. L. IV, dist. XV, q. n-xi. Ce n'est pas seulement en moraliste, mais aussi en économiste qu'il envisage ces sujets. Il ne manque pas une occasion de protester contre l'absolutisme. Il flétrit en termes très énergiques la mainmise sur les épaves, les altérations de la monnaie, les impôts excessifs, mal répartis ou insuffisamment motivés, les frais abusifs de justice, les atteintes portées par les princes aux droits de pêche, de chasse, de pâturage, de jouissance du communal, etc. Les idées politiques et sociales de Biel sont dignes du plus haut intérêt. Boscher, Geschichte der Nationalôkonomik in Deulschland, Munich, 1874-, p. 21. sq. ; Janssen, L'Allemagne à la fin du moyen âge, Paris, 1877, p. 169- 170, 476.
IV. Influence.— VVendelin Steinbach, fidèle disciple de Biel, professa les idées de son maître, à Tubingue ; Jean Eck commenta le Colleclorium à Fribourg. Les nombreuses éditions des ouvrages de Biel témoignent qu'il fut lu et goûté. Peut-être aurait-il exercé une influence durable, si le déclin de la scolastique, l'abandon des discussions de l'école pour les controverses, n'avaient précipité la chute du nominalisme. La néoscolastique n'essaya pas de le relever; au reste quelquesunes des thèses de Biel, sans avoir été visées, avaient, de fait, été atteintes par des affirmations du concile de Trente. Toutefois, le théologien de Tubingue a gardé l'estime des docteurs catholiques. Ils le combattent en termes respectueux et quand ils veulent faire connaître l'opinion des nominalistes, ce sont ses thèses qu'ils exposent de préférence. Au xixe siècle, Kranzelin, Palmieri, Mazzella, Stentrup, etc., le citent encore. Il semble qu'il soit le représentant authentique du nominalisme bon teint qu'on daigne, à l'occasion, discuter.
Luther connaissait très bien les écrits de Biel; il les savait par cœur, dit-on. Kuhn, dans Encyclopédie des sciences religieuses, art. Luther, Paris, 1880, t. vin, p. 440. Il déclare que le livre sur le canon de la messe est le meilleur que possèdent les catholiques. Tischreden, c. xxvii, n. 144, édit. Walch, Halle, 1743, t. xxn, p. 1413. Les doctrines de Biel ont-elles préparé les erreurs protestantes? Le respect que le professeur de Tubingue témoigne à l'Église le met en opposition formelle avec le réformateur de Wittemberg; le système du théologien catholique et celui de Luther sont tout à fait différents. Et néanmoins, si on les compare de pus, on doit avouer que les théories de Biel sur la volonté de Dieu, la faiblesse de la raison, la nature de la justification, la causalité des sacrements, l'efficacité de la pénitence, sont beaucoup moins en désaccord que les