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Nonnisi pelagiano errore C'est une erreur pélagienne

admitti potest usus aliquis li- d'admettre quelque usage du

beii arbitrii bonus, sive non libre arbitre qui soit bon ou ne

malus : et gratias Christi inju- soit pas mauvais; quiconque

riam facit, qui ita sentit et do- pense et enseigne chose pa-

cet. Annot., 13, in Censur. reille, fait injure à la grâce de

Sorbon.; Baiana, p. 116. Jésus-Christ.

Toutes ces propositions se rapportent au même objet que les précédentes, mais l'attaque est plus précise et porte directement contre plusieurs opinions qui avaient cours parmi les théologiens. Le sens de la proposition 30e n'est pas qu'on succombe toujours à la tentation même dont on est attaqué, mais que sans la grâce on ne peut surmonter une tentation si ce n'est en péchant autrement, comme serait, par exemple, surmonter une tentation d'incontinence par un motif d'avarice ou d'orgueil. La proposition 37e n'est pas textuellement dans le passage de Baius auquel elle se rapporte, mais elle y est supposée; c'est une application au bien en général de ce que l'auteur dit des actes de foi, d'espérance et de charité, application faite en vertu d'une doctrine contenue ailleurs. Voir Duchesne, op. cit., III8 éclaircissement, p. 48 sq. La proposition 65e est de celles qui n'ont point été tirées des ouvrages imprimés du chancelier de Louvain ; elle reproduit en substance le 13° des articles censurés par la Sorbonne : « On ne peut pas, sans errer avec Pelage, admettre dans l'homme quelque bon usage du libre arbitre avant la première justification, etc. » Dans ses Annotations sur la censure, Baius avait dé-

BAIUS

fendu cette proposition, en ce sens que sans le secours de Jésus-Christ il ne peut y avoir bon usage du libre arbitre. Baiana, p. 23. Il la défendit également dans l'apologie adressée à Pie V, en faisant appel à cette affirmation du pape saint Célestiu, dans sa lettre aux évêques gaulois, c. vu: Ncmo nisi per Christum, libero bene ulitur arbitrio. Denzinger, Enchiridion, n. 91.

Personne ne conteste que ces propositions n'aient été justement condamnées comme téméraires et scandaleuses, pour les qualifications dures et odieuses qu'elles attachent à des opinions reçues et autorisées parmi les théologiens orthodoxes. Elles sont donc fausses sous le rapport de la censure, et par suite on n'a pas le droit de traduire comme pélagiennes les opinions dont il s'agit. Suarez, De gralia, 1. I, c. xxm, n. 15. La phrase de saint Célestin est de filiation augustinienne et s'explique facilement d'après les principes signalés plus haut; on n'use pas bien du libre arbitre, à parler rigoureusement, quand on ne l'utilise pas pour atteindre sa lin dernière ou même dans l'ordre naturel, quand on s'en sert pour faire le bien dans quelques cas seulement, et non pas d'une manière habituelle et constante. Estil permis d'allerplus loin, et de voir dans la condamnation des propositions 29e, 30e, 37e et 65e, la sanction des opinions que Bains y rejetait, opinions soutenant que, sans un secours de la grâce proprement dite, l'homme peut non pas seulement en principe, mais en pratique, accomplir des actions naturelles moralement bonnes, surmonter de vraies tentations et faire quelque bon usage de son libre arbitre? La réponse négative paraît s'imposer, si l'on s'en tient uniquement à ce qui ressort du fait même de la condamnation contenue dans la bulle Ex omnibus af/liclionibus. Toutes ces questions sont restées, depuis lors, objet de libre controverse en théologie. Les meilleurs défenseurs des actes pontificaux contre le baianisme en conviennent ; tel, le cardinal Bellarmin qui, dans ces questions, ne fait jamais appel à la bulle de Pie V et soutient même qu'on ne peut par les seules forces de la nature surmonter une vraie tentation. De gratia et libero arbitrio, 1. V,'*;. vil sq. Tel encore Ripalda, quoiqu'il tienne, et à juste titre, pour lausses les propositions 29e, 30e, 37e et 65e, entendues avec saint Pie V in rigore et proprio verborum sensu ab assertoribus intento ; car Baius déniait au libre arbitre laissé à lui-même la puissance antécédente et physique de faire quoi que ce soit de bon dans l'ordre moral. Il en va tout autrement dans les diverses opinions des théologiens catholiques sur ces points délicats et complexes.

Est-ce à dire qu'on ne peut en aucune façon se servir des bulles contre le baianisme et le jansénisme pour étayer ou confirmer les sentiments plus favorables au pouvoir naturel du libre arbitre? Non pas, mais la preuve doit alors reposer moins sur le seul fait de la proscription des propositions 29e et semblables, que sur l'ensemble des principes clairement établis par les documents pontificaux. Les docteurs de Louvain ont donné l'exemple; dans leur corps de doctrine, c. v, ils ne se contentent pas de revendiquer pour l'homme déchu la possibilité d'éviter quelques péchés : « Il reste, disent-ils, dans la nature tombée un jugement sain sur plusieurs devoirs de la vie, et un amour naturel du bien honnête dont la source se trouve dans les forces de cette nature qui n'est pas totalement dépravée. Aussi reconnaître quelque bien naturel, c'est-à-dire un bien qui ait pour principe les seules forces delà nature, sans le secours de la grâce spéciale de Jésus-Christ, ce n'est nullement penser comme Pelage ou donner dans son hérésie, c'est au contraire acquiescer à une vérité manifeste. » Baiana, p. 168. Voir Ripalda, op. cit., disp. XIII, sect. iv ; Vasquez, op. cit., disp. CXC, c. xvm, utile à lire, mais justement redressé sur plusieurs points par Ripalda.

IV. PROPOSITIONS RELATIVES A LA CHARITÉ ET A L'ACCOMPLISSEMENT DE LA LOI DIVINE.

38. Omnis amor creaturae rationalis aut viliosa est cupiditas, qua mundus diligitur, quoe a Joanne prohibetur, aut laudabilis illa chantas, qua per Spiritum Sanctum in corde diffusa Deus amatur. De charitate, c. vi ; Baiana, p. 100.

34. Distinctio illa duplicis amoris, naturalis videlicet, quo Deus amatur ut auctor naturœ, et gratuit!, quo Deus amatur ut beatificator, varia est et commentitia et ad illudendum sacris Litteris et plurimis veterum testimoniis excogitata.

De charitate, c. iv.

36. Amor naturalis, qui ex viribus naturae exoritur, ex sola philosophia per elationem praesumptionis humanaa cum injuria crucis Christi defenditur a nonnuilis doctoribus. De charitate, c. v ; Baiana, p. 100.

Tout amour de fa créature» raisonnable est, eu celte cupidité vicieuse par faqueile on aime le monde, et que saint Jean défend, ou cette louable charité par laquelle on aime Dieu et que le Saint-Esprit répand dan» nos cœurs.

La distinction de deux amours, savoir, le naturel par lequel on aime Dieu comme auteur de la nature, et le gratuit par lequel on l'aime comme auteur de la béatitude, est vaine, chimérique et inventée pour se jouer des saintes Lettres et de nombreux témoignages des anciens.

C'est en s'appuyant sur la seule philosophie et en s'abandonnant orgueilleusement à une présomption humaine, que certains docteurs soutiennent, au mépris de la croix du Christ, qu'il y a un amour naturel, né des forces de la nature.

La proposition 38e nous est déjà suffisamment connue par l'analyse du traité De charitate: quelle importance elle a dans la doctrine de Baius, on a pu s'en rendre compte par ce qui a été dit jusqu'ici. Le sens du docteur lovaniste, dénaturé souvent, n'est pourtant pas douteux pour quiconque a lu son opuscule. Il parle, non pas de la charité habituelle, dont il laisse même l'existence en question, mais de la charité actuelle, « mouvement du cœur par lequel nous aimons Dieu et le prochain. » C. il. Et comme il l'unit toujours à la loi, c'est évidemment la charité théologale qu'il faut entendre. Du reste, Baius ne connaît qu'un amour de Dieu, celui qui est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit; d'où le rejet, dans la proposition 38e, d'un amour qui aurait pour objet Dieu comme auteur de la nature, et qui serait un amour naturel en son principe, c'est-à-dire produit par le libre arbitre laissé à ses seules forces. Baiana, p. 99. D'où encore, et pour le même motif, la proposition 36e qui, dans le texte de l'auteur, s'applique non à tout amour, mais à l'amour de Dieu. Toutefois la charité n'est pas parfaite en nous dès le début; elle a des degrés, dont le premier s'identifie avec cette bonne volonté de nous tourner vers Dieu, qui correspond au commencement de la foi. C. vin. Par conséquent, dans la proposition 38e, Baius nie tout moyen terme, dans l'ordre de la moralité, entre la cupidité vicieuse et la charité théologale prise dans son acception totale de charité parfaite et imparfaite. Il invoque des témoignages patristiques assez connus, par exemple ce texte de saint Augustin : Begnat camalis cupiditas ubi non est charitas, Enchiridion, c. cxvn, P. L., t. xl, col. 287; où cet autre de saint Léon: Duo namque amores sunt, ex quibus omnes prodeunt voluntales, etc. Serm.,xc, c. m, P. L., t. liv, col. 448.

Cette doctrine de Baius est certainement liée dans sa pensée à la conception fondamentale qui lui faisait considérer Dieu tel qu'il est en lui-même comme la fin naturelle de toute créature raisonnable. Seule la charité, guidée par la foi, peut nous unir à Dieu tel qu'il est en lui-même ; tout autre principe de moralité est impropre à nous faire atteindre notre fin dernière. Cependant, quand il s'agit d'établir la nécessité de cette union à Dieu dans tous nos actes, Baius fait intervenir, on l'a vu déjà, un second principe, celui de l'obligation stricte où nous sommes de tendre à notre fin dernière par tous nos actes et par conséquent, dans son hypothèse, de les

BAIUS

rapporter tous à Dieu par le motif de la charité sous la lumière delà foi, ex fide per dilectionem opérante. Une fois en possession de ces principes, Baius pouvait formuler la proposition 38e. Comme elle a été condamnée dans le sens de l'auteur, il faut conclure à la fausseté de la doctrine qu'elle exprimait, et reconnaître que la division de nos actes moraux en cupidité vicieuse et charité théologale même imparfaite n'a rien d'absolu. Aussi les docteurs de Louvain opposèrent-ils à la proposition censurée celte assertion positive, c. v : « On ne peut douter qu'il y ait un amour intermédiaire entre le surnaturel et le vicieux, amour que l'auteur de la nature a mis dans nos cœurs et qui porte tous les hommes à vouloir être heureux, à aimer leurs pères, leurs mères, leurs enfants, leurs amis et leurs proches; amour irrépréhensible et inspiré parla nature elle-même. » Baiana, p. 168.

Peu de propositions ont été défendues aven autant d'obstination et d'acharnement par les baianistes et les jansénistes, sans compter les théologiens qui subirent leur influence, comme Henri de Saint-Ignace. Alexandre VIII confirma la doctrine sanctionnée par Pie V, en condamnant cette assertion : ce Toute action humaine libre est amour de Dieu ou amour du monde. Si elle est amour de Dieu, c'est la charité du Père; si elle est amour du monde, c'est la concupiscence de la chair, et ainsi elle est mauvaise. » Denzinger, Enchiridion, n. 116i. Quesnel reprit le même thème, en calquant son énoncé sur le texte de saint Léon :Non sunt nisiduo amores, etc.; nouvelle condamnation. Ibid., n. 1259. Pie VI compléta enfin la réprobation de cette erreur du double amour, se partageant en cupidité dominante et en charité dominante, à l'exclusion d'actes intermédiaires; il déclara solennellement cette doctrine fausse et déjà condamnée, fada, alias damnala, et lui opposa les textes de saint Augustin cités précédemment. Despiritu et littera, c. xxviii ; Serm., CCCXLix. Denzinger, op. cit., n. 1387. Sans doute le grand docteur ramène toutes les affections humaines à l'amour de Dieu et à l'amour de la créature, à la charité et à la cupidité; mais il n'entend pas alors par charité la vertu théologale de ce nom, ni même l'amour de Dieu en général ; il étend le sens du mot charité à tout amour honnête, à tout acte de vertu, à toute bonne volonté conforme à l'ordre éternel. En outre, Baius s'est trompé en transportant à tous nos actes pris dans un sens particulier et distributif ce qui ne leur convient que dans un sens général et collectif. Un homme est juste ou pécheur, suivant que l'amour de Dieu ou l'amour de la créature domine habituellement en lui, et par là même l'ensemble de ses actions se ressentira de l'une ou de l'autre de ces deux grandes affections; mais on n'a pas le droit d'affirmer que, dans toutes et chacune sans exception, il agira sous l'inlluence ou de la charité dominante ou de la cupidité dominante, quasi in omnibus suis aclibus peccator serviat doniinanti cupiditati, disait Pie VI au même endroit de la bulle Auclorem fidei. Voir Ripalda, op. cit., disp. XXII, sect.

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