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X. Le Bachelet

BONTÉ. Le mot bonté exprime d'une manière abstraite la qualité d'être bon que le mot bien exprime d'une manière concrète et subsistante. Nous n'avons donc, au sujet de la signification de ce terme, qu'à nous référer au mot Bien.

Quant à l'emploi théologique des trois termes : bon, bonté, bien, il est soumis à certaines règles qu'il convient d'énoncer. Le terme bien s'applique proprement à l'èlre universel conçu comme subsistant, Sv, auquel le bien est identique substantiellement. D'où il est précédé en grec et en français de l'article. On dit le bien, ToxaÀov "riyaôbv. C'est à ce titre qu'il s'applique à Dieu, l'être subsistant par excellence. — Le terme bonté désigne la qualité d'être bon, conçue comme une essence par laquelle, comme par un principe formel, quelque chose est bon. De là vient qu'aucune créature n'est sa bonté, parce qu'en aucune créature l'essence n'est identique à l'individu existant. De Dieu, pour la raison opposée, on dit également qu'il est la Bonté ou le Bien. Ces appellations ne sont cependant pas indifférentes. Le nom abstrait éveille l'idée de la simplicité divine, le nom concret celle de sa subsistance et de sa perfection. S. Thomas, Sum.theol., Ia,q. xm, a. l,ad 2um. —Outre ce sens ontologique, le terme bonté a un sens moral, précisément parce qu'il désigne directement les essences ou formes par lesquelles les choses sont ou sont telles. Car la vertu de bonté (benignitas) est une de ces formes. En Dieu, elle signifie moins la bonté ontologique que la perfection de la volonté divine qui se diffuse au dehors sur les autres êtres. Étant perfection de volonté, elle est donc analogiquement une vertu morale divine. Dans l'homme, elle est une vertu morale formelle (benignitas, misericordia, etc.). — L'adjectif bon s'emploie, comme tout adjectif, pour exprimer une qualification accidentelle. D'où le pseudo-Denys refusera, par exemple, de dire que Dieu est bon, parce qu'il faut dire qu'il est le Bien. De même à l'être conçu universellement l'on ne doit pas, rigoureusement parlant, appliquer le terme bon. Aux êlres spéciaux, qui n'ont pas leur perfection du fait même d'être, le terme bon s'applique formellement. Pratiquement ces règles ne sont pas observées et l'on dit que Dieu, l'être, les êtres sont bons en sous-entendant : chacun à sa manière. A. Gardeil.

1. BONTEMPS Gaudence, capucin, né à Brescia, professeur de théologie et prédicateur, religieux très vertueux, mort en 1672. Il avait composé, sans y avoir mis la dernière main, un grand ouvrage de théologie,, dans lequel il a fait entrer toute la doctrine de saint Bonaventure et qui fut édité, avec dédicace à Louis XIV, par un de ses élèves, le P. Jean-François de Brescia. Cet ouvrage est intitulé : Palladium theologicum, seu iota theologia scliolastica in septem tomos distributa ad iulnnam menlem D. Bonaventurœ, seraphici docloris cujus eximise doctrines raptœ restituuntur, sententiœ impugnatœ propugnantur, in qua divinas sapieniiee thesauri, dudum depositi, jam recens effossi erutique mundo elucent, 7 in-fol., Lyon, 1676.

Prosper de Martigné, La scolastique et les traditions franciscaines, Paris, 1838, p. 419, 450, 452;Hurter, Nomenclator , t. Il, col. 21. E. MaNGENOT.

2. BONTEMPS Léger, religieux bénédictin, mort le 9 août 1565 à l'abbaye de Saint-Bénigme de Dijon. Très versé dans la connaissance du grec, du latin et de l'hébreu, il a publié : Consolation des affligés, in-16, Paris, 1555; Le miroir de la parfaite beauté, in-16, Paris, 1557; De la vérité de la foi chrétienne, in-16, Bouen; Narration contenant la vérité d'aucuns abus plus que Irop fondés en astrologie judiciaire el devineuse, Lyon, lô' 8; L'adresse des vertus en laquelle sont contenus plusieurs beaux exhortemens à bien et vertueusement vivre et contemner les vanités du monde, Lyon, 1558, traduit de saint Eucher, évêque de Lyon; Les principes et premiers élémens de la foi chrétienne, in-16, Lyon, 1558; Réponse aux objections et points principaux de ceux qui se disent aujourd'hui vouloir réformer l'Église et s'appellent fidèles et croyans à l'Évangile, in-8u, Paris, 1562 ; De la puissance et autorité du pape, in-8°, Paris, 1565; La règle des cfirétiens, contenant les doctrines el enseignements que les curés et vicaires doivent selon les devoirs de bons pasteurs faire en leurs prosnes et ailleurs, in-8°, Paris, 15G8.

Papillon, Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, in-fol., 1742, t. i, p. 60; [dom François,] Biblioth. générale des écrivains de l'ordre de Saint-Benoît, in-8°, Bouillon, 1777, t. I, p. 130; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1893, t. i, p. 4.

B. Heurtebize.

BORBORIENS, BORBORITES. Gnostiques, signalés comme des hommes d'une immoralité révoltante. On peut leur appliquer ce que le pseudo-Tertullien et Clément d'Alexandrie disent des nicolaïtes et ce que l'on peut dire également des carpocratiens et des ophites. Le premier leur reproche leurs exécrables obscénités et autres méfaits sacrilèges, quœ referre erubescimus. Prœscript., xlvi, P. L., t. n, col. 63. Le second remarque qu'ils entendent dans un sens odieux le 7tapaxpr,o-6ai t/j uapxt, qu'ils se vautrent dans la volupté comme des boucs, outragent leur corps et plongent leur âme sv fSopëôpo) xax:a;. Slrom., n, 20, P. G., t. vin col. 1061; ni, 4, col. 1132-1133. C'est le mot p0>êopo;i boue, qui sert, en effet, à qualifier ces hérétiques à cause de lobscénité de leurs mœurs. De là vient, dit saint Épiphane, qu'ils sont appelés borboriens, c'est-à-dire immondes comme la boue. Hœr., xxvi, 3, P. G., t. xli col. 336. Se barbouillaient-ils réellement de boue, selon ces mots de Philastre : In cœnum euntes, et itide oblili de cœno faciem et membra sua déformantes, eadem re cunctis velut culpandam Dei crealuram demonslrant, User., .lxxiii, P. L., t. xn, col. 1186; ou bien n'est-ce qu'une métaphore, comme le croit saint Augustin? Hœr., vi, P. L., t. xlii, col. 26. On ne sait. Épiphane ajoute : « D'autres les appellent coddiens. Or codda, en syriaque, signifie plat ou plateau. On les appelle ainsi parce que personne ne peut manger avec eux; on les sert à part comme des êtres souillés et nul ne peut rompre un morceau de pain avec eux, à cause de leur vie infâme. C'est pourquoi, les traitant comme des excommuniés, ceux qui habitent avec eux les nomment coddiens. Les mêmes sont appelés, en Egypte, stratiotiques et phibionites; quelques-uns les appellent zachéens; d'autres, barbélites. » Hœr., xxvi, 3, P. G. t. xli, col. 336. Ces divers noms, s'ils ne désignent pas les mêmes personnages, s'appliquent du moins à un même groupe. Et c'est ce que laisse entendre également Théodoret; car, après avoir écrit que des valentiniens sortent les barbéliotes ou borboriens, les naasséens, les stratiotes et les phémionites, il ajoute que, à cause de leurs cérémonies mystiques qui dépassent de beaucoup tout ce que l'on peut imaginer de plus honteux, on les appelle du nom général de borboriens. Hœr. fab., i, 13, P. G., t. lxxxiii, col. 364.

La différence des termes ne marquerait-elle pas plutôt les divers degrés de l'initiation? Cette hypothèse na rien que de vraisemblable, d'autant plus que les secta-

BORBORIENS, BORBORITES — BORIS

tours de Mithra avaient plusieurs degrés d'initiation et que les gnostiques ne se faisaient pas scrupule d'emprunter tout ce ( | il i pouvait donner à leurs pratiques un cachet plus mystérieux, selon l'ésotérisme à la mode. Or, il se trouve que le troisième degré d'initiation, chez les partisans de Mithra, coulerait aux adeptes le titre de militaires, de soldais. Et c'est justement ce même titre qui se retrouve au même rang dans la liste de saint Epiphane. La coïncidence peut n'être que fortuite. Aniélineau s'en est autorisé pourtant pour proposer l'explication suivante : « Le récipiendaire, dit-il, désirant connaître la gnose, était admis dans le rang de ceux qui étaient encore hyliques : c'étaient les borboriens. Puis il faisait un pas de plus, recevait quelque part à cette nourriture de la gnose; il n'avait encore droit qu'à un mets léger, comme la nourriture dont parle saint Paul; il devenait un coddien. Quand il axait franchi ce degré, il devait prouver son attachement à cette nouvelle illumination, il devenait soldat. Son dévouement prouvé, il demandail avec humilité à pénétrer plus avant dans ces mystères terribles en même temps qu'heureux et sanctitiants, il était pauvre, ha m hic (phibionite., en copte, désignant les ébionites), avant de passer au grade de zachéen, renouvelant sous ce nom le bonheur deZachée qui avait reçu le Verbe de Dieu dans sa demeure, jusqu'au moment où la participation complète à la gnose le rendait élu et le /ils du Seigneur (barbélites). » Essai sur le gnosticisme égyptien, Paris, 1887, p. 243. La Pistis Sophia, édit. Schwartze, Berlin, 1851, contient plusieurs scènes d'initiation très curieuses.

Quoi qu'il en soit de ce rapprochement et de cette explication, il n'en reste pas moins que les borboriens appartenaient au groupe gnostique le plus immoral des premiers siècles. Ils vivaient encore au IVe siècle et au Ve. Car, d'après Philostorge, Epil. hist., in, 15, P. G., t. lxv, col. 505, Aétius, le fougueux et loquace protagoniste de l'arianisme mitigé, fut réduit au silence, dans une conférence publique, par un borborien. En 428, les borboriens avec d'autres hérétiques furent l'objet d'une loi impériale qui leur interdit de se réunir pour prier. Codex Theod., XVI, tit. v, 05.

S. lrénée, Cont.hxr., i,29, P. G., t. vu (pour la théogonie et la cosmologie de ces gnostiques); S. Épiphane,H«er.,xxvi,3,P.G., t. xi i. co!. 366; Philastre, Htrr., LXXIII, P. L., t. XII, col. 1186; Théodoret, Hxr.fab., i, 13, P. G., t. lxxxiii, col. 364; S. .lean Damascène, Hser., xxvi, P. G., t. xciv, col. 693; U. Chevalier, Répertoire, Topo-bibliographie, p. 446. ,, r.,PKnrTr

BORDES Charles, oratorien, né à Orléans en 1638, mort en 1700, a donné l'édition du Traité dogmatique et historique des édits et des autres moyens spirituels et temporels dont un s'est servi dans tous les temps pour établir ri maintenir l'unité de l'Eglise catholique, de Thoinassin, 3 in-4», Paris, 1703, dont le Supplément (la partie la plus curieuse et la plus intéressante, d'après les Mémoires de Trévoux) est en entier de lui. Il est aussi l'éditeur du Glossarium hebraicum de ce Père, in-fol., Paris, 1697, et l'auteur de la notice historique qui est en tête, et de plusieurs autres ouvrages de Thomassin. On lui doit encore le recueil des oraisons funèbres de Mascaron, et des instructions et conférences à l'usage du diocèse de Tours.

Mémoires de Trévoux, 1704, t. u, p. 3V>; Ingold, Essai de bibliographie oratorienne, Paris, 1882, p. 174-175; Supplément,

A. Ingold.

BOREEL (BORRELouBOREL) DE DUINBEKE

Adam, prédicateur hollandais de la Réforme, naquit à

Middelbourg, Zélande, en 1603. De famille noble, il acquit une science piiiiuiide iiu grec et de l'hébreu : aussi en 1646 les États provinciaux île Zélande lui confièrent la charge d'éditer un traité du Talmud. Il se Bignala bientôt par les idées particulières qu'il émil dans un ouvrage publié en Hii."i : Ad le'gem et lestimonium sive erotemalïca propositio quorundam con-

scientisecasuum, prsecipue de publico Novi Testamenti cultu. Dans un stvle assez obscur, il y considère la sainte Ecriture comme l'unique règle de la loi ; seule la parole de Dieu, sans explication humaine, est le moyen suffisant pour faire naître cette foi; on doit 1 employer seule et on ne peut la remplacer ni par les catéchismes ni par les confessions, qui sont tous entachés d'erreur. D'ailleurs, la véritable Eglise a disparu depuis la mort des apôtres et des Eglises infidèles lui ont succédé. Pour revenir à la pureté première, Boreel aurait voulu une Église sans défauts, sans liturgie, sans prédicateurs, dont tous les membres fussent égaux, sans consistoires, ni synodes, ni ordonnances, ni règlements.

Afin d'exécuter ses desseins, il quitta Middelbourg et vint s'installer à Amsterdam en 1645. 11 y fonda avec de Breen le collège d'Amsterdam et entretint des relations amicales avec Galenus Abrahams, prédicateur de la secte des mennonites libéraux. Ce dernier recueillit ses écrits après sa mort, survenue en 1666 à Amsterdam.

Ses autres ouvrages sont : De veritate historiœ evangelic.se; Concatenatio aurea christiana seu cognitio Dei ac Domini nostri Jesu C/irisli, 1677; Tractatio de fraterna religione inchoala in prxseutia amicorum, etc. Les ScriplaA. Borelli post/tunta ont été publiés en 1683, à Amsterdam. La traduction hollandaise de l'Évangile de saint Matthieu et de l'Épitre aux Romains a paru avec le texte grec à Amsterdam en 1693.

Boreel avait été réfuté par Samuel Marésius dans sa dissertation théologique : De usu et honore sacri ruinisterii in Ecclesia reformata, Groningue, 1688; par lloornbeck dans son Apologia pro Ecclesia christiana hodierna non apostatica, Amsterdam, 161-7. Boreel leur avait répondu dans son Propempticum pacis ccclcsiaslicœ. On lui reprochait de s'être inspiré des erreurs de Donat, de Puccius, de Sébastien Franck, d'Eusèbe Meisner, et surtout de Faust Socin ; aussi quelques écrivains, avec Sandius dans la Bibliotheca antilrinitariorum, 1684, p. 144, le rangent-ils parmi les sociniens.

Les disciples de Boreel ou borelistes ne constituèrent jamais une secte importante el nettement séparée; ils n'avaient ni sacrements, ni prières, ni culte extérieur; mais ils menaient avec affectation une vie très austère et répandaient d'abondantes aumônes.

Stoupp, Traité de la religion des Hollandais. Utrecht, 1673; Niceron, Mémoires, t. xxvm, p. 69; Bergier, Dictionnaire de théologie; Moreri, Dictionnaire, t. n, p. '.ni; Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas, Louvain, 1765, t. i, p. 42 sq.; Kirchenlexikon, t. u, col. 1119; Realencyclopddic, t. m, p. 325-326.

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