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C. Constantin

BRUGÈRE Louis-Frédéric, théologien de la Compagnie de Saint-Sulpice, né à Orléans le 8 octobre 1823 ot mort à Issy le 11 avril 1888. Sorti d'une modeste et honorable famille d'ouvriers du faubourg Saint-Vincent, il fut distingué à l'école par ses heureuses qualités d'esprit et de cœur, qui donnèrent à ses maîtres la pensée de le diriger du côté du petit séminaire : à la Chapelle-Saint-Mesmin, il fut brillant élève. Mais la théologie et l'histoire de l'Église eurent surtout ses affections, au grand séminaire d'Orléans. Une année de grand cours à Saint-Sulpice couronna ses études. Nommé professeur de quatrième au petit séminaire de la Chapelle-Saint-Mesmin, et quelques années plus tard professeur de philosophie, il avait pris pour devise de son cours : connaître pour aimer. Alors et depuis dans son ■enseignement théologique il insista toujours fortement

sur l'influence du cœur en matière de certitude morale. Pendant qu'il occupait la chaire de philosophie il fournit à Mgr Dupanloup des notes dont l'illustre prélat s'est servi dans son beau livre De la haute éducation intellectuelle. Son ministère de professeur fut interrompu deux années pendant lesquelles il exerça les fonctions de vicaire dans la paroisse Saint-Aignan d'Orléans. C'est durant ce temps (1855) qu'il passa sa thèse de baccalauréat en théologie au grand séminaire d'Orléans : De auxiliis divinis rationi humanœ necessariis; mais c'est à Borne qu'il obtint le titre de docteur. Lorsqu'il reprit le professorat au petit séminaire, il composa deux discours qui ont été imprimés : Souvenirs religieux d 'Orléans, 20 novembre 1859; L'enseignement de la philosophie, 26 juillet 1860. En 1861 il entra à la Solitude et l'année suivante il fut chargé du cours de dogme de première année au séminaire Saint-Sulpice, et il ne quitta cette chaire qu'en 1886, vaincu par la maladie; il était en même temps professeur d'histoire ecclésiastique. Homme à la fois personnel et de beaucoup de lectures, il avait un enseignement extrêmement vivant et varié. Sa façon originale de dire même les choses communes, son talent de narrer, comme son excellent cœur, sa bonhomie et ses distractions ont rendu sa mémoire impérissable chez ses anciens élèves. Pendant ces années d'enseignement théologique et historique il composa et publia : 1° De vera religione, Prœlectiones novae in seminario Sû Sidpitii habitae, cum multis annotationibus in ulteriora cujusque studia et prsedicationis usus profuturis, in-12, Paris, 1873; 2° édit., 1878; 2° De Ecclesia Christi, Prselecliones novaz in seminario S1' Sulpitii habitae, etc., in-12, Paris, 1873; 2e édit., 1878; 3" Tableau de l'histoire et de la littérature de l'Eglise, cours professé au séminaire Saint- Sulpice, in-4° (lithog.), divisé en 4 cahiers formant 1180 pages. Il se proposait d'écrire une Esquisse de l'histoire de la théologie; mais il en fut empêché par la maladie.

L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne. t. II, p. 459-461, 600; Notice sur M. Brugère, publiée par M. Aubert, curé de Saint- Laurent, dans les Annales religieuses du dioeëse d'Orléans, 1888, p. 369, 382, 435, 528; Semaine religieuse de Paris, 12 mai 1888; Bulletin des anciens élèves du séminaire Saint- Sulpice, mai 1904.

E. Levesque.

BRUGIÈRE Pierre, curé constitutionnel, né à Thiers en 1730, mort à Paris en 1803. C'était un homme opiniâtre. Janséniste, il professait en outre des opinions hardies sur le culte de la sainte Vierge, sur le concile de Trente, sur le mariage, etc. Après avoir été aumônier des ursulines et chanoine de la collégiale de Thiers et prêché avec succès dans sa province, il refusa de signer le formulaire et vint à Paris en 1768. Entré dans la communauté de Saint-Roch, il y resta douze ans; il publiait de là, en 1777, un ouvrage anonyme qui lui fit retirer ses pouvoirs par l'archevêque de Paris, M. de Beaumont, et qui était intitulé : Instructions catholiques sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, in-8°, Paris. Il fut ensuite aumônier de la Salpêtrière. Il se jeta dans la -mêlée révolutionnaire avec deux ouvrages : 1° Doléances des églisiers, soutaniers ou prêtres des paroisses de Paris, 1789; il y propose des réformes et un remaniement complet des études théologiques; 2° Relation sommaire et véritable de ce qui s'est passé dans V Assemblée du clergé à Paris (intra munis), in-8°, 1789. Ce dernier écrit a été réédité par M. Aulard dans la Révolution française, janvier-juin 1894, p. 56 sq. Survinrent les affaires du serment constitutionnel (12 juillet et 27 novembre 1790). Brugière le prêta au jour fixé, 9 janvier 1791. 11 demeura l'entêté défenseur de l'Église constitutionnelle, dont on pourrait refaire l'histoire autour de son nom et de ses écrits. En 1791, il était élu curé de Saint- Paul. 11 commença par répondre aux protestations des

BRUGIERE

BRULEFER

évoques et aux condamnations pontificales des 10 mars et 13 avril 1791, relatives à la constitution civile, par un Discours patriotique au sujel des brefs du pape, in-8°, Paris, 1791, et par un écrit intitulé: La lanterne sourde ou la conscience de M'" (Bonal) ci-devant évêque de"' (Clermont) éclairée par les lois de l'église et de l'Etat sur l'organisation civile du clergé, in-8°, Paris, 1791. 11 demeura cependant fidèle à ses vœux, alors que la Convention encourageait le mariage des prêtres et l'apostasie, et ferme en face de la persécution, qui finit p;ir poursuivre le clergé constitutionnel lui-même. Il écrivit alors deux brochures : 1° Réflexions d'un curé constitutionnel sur le décret de V Assemblée nationale concernant le mariage, in-8°, Paris, 1791 ; 2° Lettre d'un curé sur le décret qui supprime le costume des prêtres, in-8°, Paris, 1791. Quand Gobel, évêque de la Seine, eut donné l'institution canonique à Aubert, prêtre marié, vicaire de Sainte-Marguerite, élu curé de Saint- Augustin, le curé de Saint-Paul protesta dans un mémoire aux évéques avec trois autres curés constitutionnels, Lemaire, curé de Sainte-Marguerite, Leblanc de Beaulieu, curé de Saint-Nicolas du Cbardonnet, et Maliieu, curé de Saint-Antoine (juin 1793) : Réclamation des curés de Paris adressée à tous les évéques de France. Il publia aussi une brochure : Le nouveau disciple de Luther ou le prêtre'", convaincu par les lois d'être un concubinaire publiquement scandaleux, et comme tel digne d'être condamné à la pénitence canonique, s. 1. n. d. (1792). Il fut pour cela enfermé aux Madelonnettes et traduit devant le tribunal révolutionnaire, qui l'acquitta. La même année encore, il était arrèlé, pour exercice du ministère pastoral, ce qui passait alors pour une preuve d'incivisme, et il écrivait sous les verrous une Lettre d'un curé du fond de sa prison à ses paroissiens, in-8", Paris, 1793. Il fut de nouveau enfermé le 2i mars 1794. Remis en liberté après thermidor, il reprit les fonctions ecclésiastiques; mais il faisait une partie de la liturgie et administrait les sacrements en fiançais. Obligé de fermer son oratoire, il prêcha dans des maisons particulières. Il vit la résurrection du catholicisme et les prêtres constitutionnels peu à peu délaissés. Des défections se firent même dans les rangs des constitutionnels : beaucoup se rétractèrent. Entêté dans son schisme, Brugière ne put se taire, et quand le clergé de Saint-Germain-l'Auxerrois eut rétracté le serment civique (1800), aussitôt il écrivit un Avis aux fidèles sur la rétractation du serment civique faite par le curé de ' et le clergé de ' et leur rentrée dans l'Eglise, in-8", Paris, 1800. 11 fut l'un des fondateurs et l'un des chefs d'une associalion établie dans le même but, sous le nom de Société de philosophie chrétienne. Il prit part aux deux conciles de 1797 et de 1801 qui essayèrent de rendre quelque vie à l'Église constitutionnelle. Irréconciliable, même après le Concordat, il publia des Observations des fidèles à MM. les évéques de France, à l'occasion d'une indulgence plénière, en forme de jubilé, adressée à tous les Français par le cardinal Caprara, in-8», Paris, 1802. Il avait dû fermer définitivement son oratoire le dimanche de Quasimodo 1803. 11 mourut le 7 novembre 1803. Apres sa mort, l'abbé Massy, prêtre de Saint-Germain-l'Auxerrois, et le frère Renaud, îles écoles chrétiennes, en témoignage d'estime, écrivirent sa vie sous le titre de : Mémoire apologétique île l 'terre Brugière, curé de Saint-Paul, in-8°, Paris, 1801 (avec pièces justificatives, lettres el discours). En dehors des ouvrages cités, l'on a de Brugière : I" Lettre à un ami ou notice sur le prêtre Rouvier, qui suscita une riposte : Lettre d'un prêtre catholique n Pierre Brugière, etc., 1797; 2° Instruction sur le mariage, sur la soumission aux puissances sur les impôts, in-18, 1797; 3° Éloges funèbres de MM. Sanson et Minard, in-8", Paris, 1798; 4° Appel au peuple français concernant l'admission de lu langue française dans l'administration des sacrements ; 5° In-

structions choisies, 2 in-8°, Paris, 1804, publication posthume.

HurtPr, Nomenclator, t. m, col. 509; Picot, Précis historique sur l'Église constitutionnelle, dans les Mélanges de religion, de critique et de littérature, par M. de Boulogne, évêque de Troyes, Paris, 1827, t. Il; Ami de la religion, 15 novembre 1828, t. i.viu, p. 17-27; Annales ecclésiastiques, t. xvm; Delarc, L'église de Paris pendant la Révolution française, Paris, 1897, t. I, p. 75 sq., 113-120, 323, 424, 443, 455; t. II, p. 73-75. 388-395; t. m, p. 29 ; J. Grente, Le culte catholique à Paris de la l'erreur eu Concordat, Paris, 1903, p. 40, 182, 347-350.

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