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X., élu septembre

Gabriel, 1586.

Théodule, 1588,

Joachim, avant 1593.

Gabriel, vers 1593.

Baarlamos, f 28 mai 1598.

Nectaire, 1604.

était faite par le saint-synode, qui se composait des métropolites et des évèques, tandis que l'élément laïque ne prenait part qu'aux acclamations. Trois candidats étaient toujours proposés, ainsi que semble le comporter la coutume de l'Eglise orthodoxe, mais des engagements étaient pris d'avance et c'était d'ordinaire le premier de la liste qui se voyait élu. A une ou deux exceptions près, l'élection a toujours eu lieu dans l'église patriarcale d'Ochrida, de même que celle des métropolites et des évèques, ce qui laisserait supposer que c'était là le lieu de réunion ordinaire pour le saint-synode. Le patriarche exerçait habituellement la présidence du saint-synode, à moins qu'il ne s'agit de pourvoir à son remplacement; dans ce cas, c'était quelque ancien patriarche ou le protothrône qui avait droit à la préséance.

En dehors des sources déjà citées pour établir la liste des titulaires d"Ochrida, il convient dajouter, pour Héphaistos, xnxui' siècle, le Philologus, Zeitschrift fur das klassiche Alterthum, 5- vol. du supplément, Gœttingue, 1885, p. 209, 221-224; pour deux ou trois autres patriarches, H. Gelzer, Byzantinische Inschriften ans Westmakedonien, dans les Mitteilungen des kais. deutschen archseologischen Instituts in Alhen, 1902, t. XXVII, p. 431-444 ; pour Jean Camateros, une pièce publiée par Pavlov dans les VyzantiskijVremennik de Saint-Pétersbourg,1897, t. IV, p. 160-166 ; pour Dorothée, 1455-1466, et Marc Xylocaravis, 1466, le Starine d'Agram, 1880, t. xu, p. 253 sq., la Byzantinische Zeitschrift, 1904, p. 199 sq., et la Revue de l'Orient chrétien, 1903, t. vm, p. 144-149 ; pour Prochore, -j- 1549, Syméon 1549, et Baarlamos, 1598, le Bulletin de l'Institut archéologique russe à Constantinople, 1899, t. iv, fasc. 3, p. 139-140; pour d'autres prélats du moyen âge, le précieux travail de P. Milioukof, Antiquités chrétiennes de la Macédoine occidentale (en russe), dans la même revue, 1899, t. IV, fasc. 1, p. 24-149; pour Prochore, Drinof, dans la Périoditchesko Spisanié (bulgare), Sofia, 1882, fasc. 3, On pourra consulter aussi Palmof, Nouvelles dates pour l'histoire de l'archevêché d'Ochrida aux xvi', .xvw et xvur siècles (en russe), dans les Slavjanskoije Obozrênije, 1894, et l'étude bulgare de Balaschef, Les éditions, les transcriptions et l'importance du codex de l'archevêché d'Ochrida pour son histoire, dans la Périoditcheskio Spisanié, Sofia, 1898, t. xi, fasc. 55, 56, p. 183-222.

IX. L'Église bulgare sous la domination phanariote, 1767-1860. — Dès qu'ils eurent obtenu la victoire définitive, les évèques phanariotes s'empressèrent de substituer dans la liturgie et dans l'enseignement la langue grecque à la langue slave. Dans les écoles ecclésiastiques, où l'on imposait l'étude du grec ancien, dans les écoles laïques des grands centres, où l'on expliquait Homère et Platon, dans l'entourage des métropolites comme dans celui des higoumènes et des prêtres instruits, tous les Bulgares de la classe commerçante et bourgeoise s'hellénisaient à l'envi. Il était passé de mode de rédiger la correspondance en grec ou tout au moins de se servir de l'alphabet grec pour transcrire le bulgare. Les premiers maîtres de la philologie slave, comme Dobrowsky, 1814, et Kopitar, 1815, confessaient n'avoir aucune idée de la langue bulgare et n'en avoir entendu que vaguement parler. Quand Schafarik publiait à Bude, en 1826, son Histoire des littératures slaves, il n'avait pu se procurer un seul livre bulgare et, en 1845, le voyageur russe Grigorovitch ne trouvait encore dans la ville (i'Ochrida aucun habitant qui sut lire l'alphabet slave. Il semblait que la nationalité bulgare n'existât plus; les savants européens ne voyaient dans les pays situés entre le Danube et la mer Egée que des Hellènes ou des Ottomans. Seul, le clergé bulgare proprement dit, bien qu'il fût plongé dans la plus grossière ignorance et qu'il sût parfois à peine lire et écrire, restait fidèle à l'alphabet slavon. Les évèques avaient beau mettre une sorte de rage pieuse à détruire les monuments anciens de l'ancienne littérature bulgare, ils avaient beau brûler les manuscrits ou les jeter à la mer, il se conservait toujours, de ci ou de là, quelque vieux codex slavon, quelque vieux livre liturgique imprimé à Venise, en Serbie ou en Valachie. Peu à peu, l'Histoire slave-bul-

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gare du peuple, des tsars et des saints bulgares, recueillie et mise en ordre par Païsii, hiéromoine du mont Athos, circulait parmi les religieux et les personnes instruites, et en dépit, peut-être même en raison des enfantillages et du chauvinisme naïf qui l'animent, elle contribuai! puissamment à la régénération intellectuelle et morale des Bulgares. Un même ardent patriotisme, une même haine profonde pour les Grecs phanariotes circulaient à travers les pages de ses continuateurs ; puis, l'évêque Sophroni, le premier qui, à la fin du XVIIIe siècle, eût osé prêcher en bulgare, écrivait ses Mémoires, 1806, et complétait ainsi l'œuvre de Paisii. L'un avait essayé de faire revivre les gloires du passé, l'autre avait dépeint les -anglantes misères du présent; tous deux, en définitive, avaient aidé par des moyens différents à réveiller la conscience nationale. Voir dans L. Léger, La Bulgarie, in-12, Paris, 1885, p. 81-141, la traduction française des Mémoires de Sophroni.

Cette conscienee nationale fut enfin tirée de sa torpeur dans les cinquante premières années du xixe siècle, grâce aux efforts généreux et incessants de fougueux patriotes comme Berovitch, qui inventa l'alphabet bulgare, comme Veneline, Aprilof, Palauzof et tant d'autres, qui « rappelèrent au monde, suivant la touchante épitaphe de l'un d'eux, une nation oubliée, autrefois glorieuse et puissante, et dont ils avaient ardemment souhaité la résurrection ». La renaissance littéraire germa de leurs nombreux travaux, ne tardant pas à produire la renaissance religieuse et politique. En janvier 1835, la ville de Gabrovo voyait se fonder, malgré l'opposition du métropolite Hilarion, la première école bulgare d'enseignement secondaire, et l'un de ses premiers maîtres, le moine Néophyte, écrivait dans la préface de sa grammaire ce que répètent de nos jours les instituteurs bulgares, qu'il fallait ouvrir des écoles avant de bâtir des couvents, et composer des manuels de littérature avant d'enseigner le catéchisme. Dans l'espace de six années, on vit s'ouvrir treize collèges ou lycées. Dix ans après l'ouverture de l'école de Gabrovo, on n'en comptait pas moins de cinquante-trois. En même temps, des imprimeries bulgares étaient établies à Thessalonique, 1839, à Smyrne, 1840, à Constantinople, 1843, pendant que continuaient à fonctionner toutes celles qui se trouvaient à l'étranger. Le nombre des lecteurs croissait en raison même de l'abondance des instituts pédagogiques ; certaines publications, vers 1840, ne comptaient pas moins de deux mille souscripteurs. « Ainsi, dit .lirecek, Geschichte der Bulgaren, p. 543, la régénération du peuple bulgare s'était accomplie dans l'espace d'une vie humaine. La rapidité de cette métamorphose est vraiment admirable. Au commencement du xixu siècle, on pouvait encore se demander si les Bulgares se relèveraient; quarante ans après, il y avait partout des patriotes : négociants, instituteurs, ecclésiastiques. Des écoles nationales se fondaient dans toutes les villes, les livres bulgares se répandaient à des milliers d'exemplaires, même parmi la population rurale. Ce n'était point par la force des armes, ni par l'effusion du sang, mais par l'action pacifique du livre et de l'instituteur que s'était accomplie celte révolution capitale. » Le mouvement national avait déjà pris une telle force qu'on ne pouvait plus l'arrêter. C'est ce qu'on peut constater dès cette époque, c'est surtout ce que l'on verra au paragraphe suivant dans la lutte suprême que les Bulgares engagèrent, à partir de 1800, contre les phanariotes.

La suppression du patriarcat gréco-bulgare d'Ochrida en 1767 n'entraîna pas celle des diocèses qui lui étaient, subordonnés. Dans le bérat d'investiture que reçoit de la Sublime Porte le patriarche de Constantinople, ces éparchies étaient toujours signalées à part comme relevant d'Ochrida et elles le sont encore de nos jours. Une seule différence s'était introduite : le patriarche œcuménique avait substitué sa juridiction à celle du patriarche

d'Ochrida et il était reconnu, à sa place, comme le vrai métropolitain. Dans le scliemalismus que publia en 1855 la Grande-Église, on compte encore dix métropoles qui relevaient de l'ancien patriarcat d'Ochrida, à savoir : Castoria, Stroumnitza, Belgrade ou Bérat, Grévéna, Mogléna, Dibra, Vélès, Vodéna, Corytza et Phanariopharsale. Voir Rhallis et Potlis. £jvta-)'na t«v 6e;wv xai Eepwv y.avôvtov, t. v, p. 520. L'attribution de Pharsale est étonnante, car ce diocèse n'avait jamais appartenu à Ochrida ; quant aux autres sièges suflragants d'Ochrida qui manquent dans cette liste, comme : Pélagonia, Prespa, Sisanion, Gkora et Dyrrachium, ils lui avaient été arrachés pour obtenir un rang plus élevé.

X. Le confi.it gréco-bulgare. Création de l'exarchat, 1860-1872. — La lutte, entreprise par les Bulgares sur le terrain de l'enseignement, devait se continuer sur le terrain religieux pour aboutir enfin à l'émancipation politique, A ce point de vue, le conflit qu'on est convenu d'appeler gréco-bulgare se présente comme l'un des plus grands événements historiques du XIXe siècle, puisque, avec la résurrection d'un peuple, il amena l'effondrement d'une vieille société comme le patriarcat œcuménique. Certes! comme l'a fort bien dit un fin connaisseur : « les documents ne manqueront pas à l'historien futur de cette émancipation religieuse : documents en turc et en français, pièces en grec et en bulgare, papiers officiels et feuilles privées, imprimés et manuscrits, lirmans, iradés, bouyouroullis, takrirs, masbatas, notes, mémoires, protestations, sommations, manifestes, encycliques, sentences patriarcales et synodales, actes conciliaires, pamphlets, » etc., Échos d'Orient, 1899, t. Il, p. 276, mais, Dieu merci, la connaissance de tous ces documents n'est pas indispensable pour se faire une idée fort juste de cette querelle, qui dura douze ans a l'état aigu et n'est pas encore terminée. Le prétexte invoqué par les Bulgares pour commencer ce conflit fut l'application du fameux hatti-humayoum, 18 février 1856, qui, tout en accordant la liberté religieuse aux raïas, supprimait en principe les revenus ecclésiastiques. Aussitôt, les plaintes des communautés bulgares affluèrent a la Sublime Porte contre leurs chefs religieux. Elles furent si vives et si nombreuses que le gouvernement turc réclama la réunion d'une assemblée nationale, composée de Grecs et de Bulgares, 1858, de façon à comprendre parmi ses membres le patriarche, 7 évèques et 38 délégués, dont 28 des provinces. Les Grecs manœuvrèrent si bien dans les élections préparatoires, qu'ils obtinrent tous les mandats, à l'exception de quatre échus aux Bulgares, et sur ces quatre délégués un seul put assister à la réunion et présenter devant tous les doléances fort légitimes de sa nation. Le coup de maître que les phanariotes s'imaginaient avoir frappé dans la séance de clôture, 16 février 1860, en repoussant, sans même les discuter, les revendications des Bulgares, allait leur retomber sur la nuque et les frapper d'autant plus fort que les rancunes de leurs adversaires étaient plus invétérées. Aussitôt des cris de malédiction s'élevèrent de tout le territoire bulgare, pendant que les protestations et les plaintes contre la cupidité et l'immoralité du clergé grec se faisaient jour dans les journaux et les brochures distribués gratuitement. Sur plusieurs points de l'empire turc, les évêques grecs furent expulsés et remplacés par des administrateurs provisoires, pendant que les But-ares de la capitale obtenaient, dans le quartier de Galata, l'église de Saint-Etienne pour accomplir les cérémonies sacrées en langue slavonne. Ce n'était pas assez. Le 3 avril 1860, le jour de Pâques, Hilarion, évoque titulaire de Macariopolis, célébrait la messe pontificalement dans cette même église et cessait, aux applaudissements de la foule, la commémoraison canonique du patriarche. Cet exemple, tombé de si haut, trouva de nombreux imitateurs; on remplaçait parfois le nom du patriarche grec par celui du sultan, tandis

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qu'ailleurs on mentionnait Hilarion, le vrai chef du mouvement national. Lorsque Joachim II fut élevé au trône œcuménique, le 4 octobre 1860, en remplacement de Cyrille VII démissionnaire, les révoltés refusèrent de le reconnaître.

Le Phanar commença à s'émouvoir d'un conflit qui prenait des proportions inquiétantes. Il publia, vers la lin de 1860, une sorte d'encyclique qui, par son ton violent et le refus d'accepter le moindre compromis, devait froisser pour toujours les consciences bulgares. En termes des plus sévères et des plus injustes, Joachim II reprochait aux Bulgares : « la dissolution du lien qui les unissait aux autres peuples orthodoxes, leur séparation d'avec leurs frères spirituels, les églises usurpées, la haine contre la langue grecque, haine poussée jusqu'à la destruction des Livres saints, des excès commis par l'esprit de parti et de fratricide, des violences inouïes, la proclamation d'une autorité spirituelle autocéphale et indépendante, qu'ils voulaient inaugurer de leur propre volonté, illégitimement et contrairement à l'esprit des canons. » Hilarion, évêque titulaire de Macariopolis, et Auxence, évêque de Durazzo, étaient rendus responsables et regardés comme les fauteurs de tous ces désordres. A cette diatribe, provoquée par le mouvement d'union qui poussait alors les Bulgares vers l'Église catholique, les Bulgares répondirent par un manifeste fort détaillé. Après avoir blâmé le patriarche d'avoir réuni dans sa lettre « tout ce que le moyen âge avait pu produire de plus insensé, de plus injurieux et de plus indécent », ils se vantaient d'avoir secoué le joug des prélats grecs, rompu toute communion avec eux et élu pour chef spirituel le très saint évêque Hilarion, qu'ils avaient installé dans leur église nationale de Constantinople. Depuis neuf mois, ils s'étaient séparés du trône œcuménique, du gré même de Dieu; ils ne reprendraient ce joug que lorsque satisfaction complète aurait été accordée à leurs demandes par la constitution d'une hiérarchie nationale, à la fois indépendante du patriarche grec et du pape. L'excommunication et la dégradation prononcées contre Hilarion et Auxence, contre tous ceux qu'ils avaient ordonnés sans la permission canonique, fut la seule réponse du Phanar à ce manifeste. Cette grave décision, prise dans un synode auquel assistaient, en dehors de Joachim II, quatre anciens patriarches de Constantinople, les titulaires d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, et vingt et un métropolites ou évêques grecs, 4 février 1861, loin d'exercer une influence salutaire sur les dispositions des mécontents, ne fit au contraire que les aigrir davantage et les pousser à ne rien céder de leurs prétentions. On parut le comprendre au Phanar et l'on s'aperçut que l'on avait été un peu trop loin et surtout un peu trop vite. Déjà la nation s'ébranlait vers Home ; la Bussie, inquiète de voir se constituer une nation slave catholique, qui tôt ou tard lui barrerait la route de Constantinople, pressait les Grecs de recourir à quelques concessions ; la Porte elle-même ne voyait pas de bon œil continuer une agitation religieuse qui pouvait un jour dégénérer en révolution. Toutes ces influences réunies décidèrent Joachim II à se relâcher quelque peu de sa raideur habituelle, pour offrir aux révoltés un arrangement en 15 articles, 9 mars 1861. Il leur proposait de régler à l'amiable les rapports de leur nation avec le patriarcat. Des membres du clergé bulgare seraient élus et ordonnés métropolites et évêques dans les métropoles et les évêchés purement bulgares ; une école de théologie serait établie pour leur nation ; dans toutes les écoles de la Bulgarie l'enseignement de la langue bulgare précéderait toutes les autres études ; deux métropolites bulgares seraient membres du saintsynode; tous les offices seraient célébrés en slavon dans les métropoles et les évêchés purement bulgares, etc.

A ce règlement en 15 articles, qui ne les satisfaisait

presque sur aucun point, les Bulgares en opposèrent un autre en 8 articles, que vingt-huit de leurs délégués, mars 1861, furent chargés de remettre au ministre turc compétent. Ils proposaient que, dans les circonscriptions exclusivement bulgares, on ne nommât que des évêques bulgares ; que, dans les circonscriptions mixtes, les prélats fussent élus par les fidèles à la majorité des suffrages ; que les rapports avec le patriarche n'eussent trait qu'aux affaires purement religieuses ; que le synode fût composé en nombre égal de Grecs et de Bulgares ; qu'un archevêque bulgare résidant à Constantinople servît d'intermédiaire permanent entre le clergé bulgare et le patriarcat; qu'il fût créé dans la capitale un conseil bulgare, formé par moitié de prêtres et de laïques et auquel serait confiée la gestion des intérêts bulgares, sous la présidence d'un fonctionnaire ottoman ; enfin, qu'un membre laïque de ce conseil fût reconnu comme chef civil de la nation dans ses relations avec le gouvernement. Pour toute réponse, le Phanar, qui conservait encore la juridiction civile sur tous les orthodoxes, fit interner dans différentes villes d'Asie Mineure les trois principaux meneurs, à savoir : Hilarion, Auxence et Païsios de Philippopoli, 11 mai 1861. La Porte, qui s'était montrée sévère à l'endroit de ces réclamations, finit elle-même par demander une entente : une commission de six Grecs et de six Bulgares fut nommée le 30 juillet 1862 pour examiner les huit articles. Elle n'aboutit à aucun résultat. Cet échec fut en grande partie attribué à l'opiniâtreté de Joachim II, qui avait dès le début poussé les choses à l'extrême ; il fut déposé le 21 juillet 1868 et remplacé, le 2 octobre suivant, par Sophrone III. Avec ce nouveau patriarche les négociations reprirent. Un congrès, composé de Grecs et d'évêques bulgares, se réunit le 5 mars 1864 pour examiner la charte présentée par les dissidents ; après quatre mois de délibérations, l'accord ne put encore s'établir. Devant le mauvais vouloir des phanariotes, les Bulgares résolurent de recourir à tous les moyens. Non contents de ne pas reconnaître les évêques et les prêtres choisis par le patriarcat grec, et de ne plus acquitter les taxes ecclésiastiques, ils se mirent à expulser les prélats phanariotes, comme à Viddin en 1864, à Bouslchouk en 1865, à Tirnovo en 1867, à Monastir en 1868 ; de là, des conllits incessants soit avec les autorités religieuses, soit avec les autorités civiles, qui prenaient trop souvent fait et cause pour les Grecs. L'installation de plusieurs milliers de Tcherkesses musulmans, transplantés par les Turcs du Caucase dans les contrées balkaniques, et les mille déprédations qui s'ensuivirent, jointes à des remaniements administratifs et territoriaux, aggravèrent encore cette situation, qui parut désormais intenable. Le mouvement séparatiste s'accentuait de jour en jour et s'étendait à presque tous les villages, les ecclésiastiques des deux partis en venaient aux mains pour, s'arracher le service des paroisses, et les Turcs, ellrayés de l'attitude provocante que prenait la Bussie en faveur de ses frères slaves, retusaient aux évêques grecs le concours de la force armée pour les remettre en possession des églises et des presbytères enlevés. 1 Pour remédier à tous ces troubles, les Grecs déposèrent le patriarche Sophrone III, le 16 décembre 1866, et le remplacèrent, le 22 février 1867, par Grégoire VI, qui montait pour la seconde fois sur le trône œcuménique. Ce patriarche soumit, au mois d'août 1867, un nouveau projet au grand-vizir. Il consentait à instituer un métropolitain portant le titre d'exarque de toute la Bulgarie. Mais, comme l'autorité de ce dignitaire devait être restreinte au vilayet du Danube, c'est-à-dire au territoire compris entre le Danube et les Balkans, d'un côté, la mer Noire et la Serbie, de l'autre côté, les Bulgares refusèrent à leur tour de souscrire à cet arrangement dans lequel ils voyaient un piège, tendu dans le but de leur faire reconnaître publiquement qu'il n'exis-

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tait pas de Bulgarie en dehors des limites précitées. Du reste, les Turcs ne se seraient jamais prèles à la création d'un exarchat exclusivement situé en Bulgarie, qui aurait eu, selon toute vraisemblance, son siège à Tirnovo et aurait trop rappelé aux Bulgares qu'il avait existé au moyen âge un empire de ce nom. En octobre 18(58, la Porte soumit au patriarcat œcuménique deux nouveaux projets, désirant que l'on adoptât l'un ou l'autre, à moins de trouver une troisième combinaison qui pût réunir l'assentiment des deux parties. D'après ces projets, les Bulgares auraient eu le droit d'établir un métropolite dans chaque vilayet et un évèque dans chaque sandjack, mais à condition que ces évêques ne résidassent pas dans les villes où se trouvaient déjà des prélats grecs et qu'ils portassent le titre de leur résidence effective. Les Grecs resteraient soumis aux chefs spirituels de leur nationalité et les Bulgares à ceux de la leur, à moins de demande contraire. Ces derniers auraient, de plus, à Constantinople un chef ecclésiastique et un synode; leur Eglise formerait un corps à part pour tout ce qui concerne le choix des chefs et l'administration spirituelle, etc. Au fond, les deux projets de la Porte ressemblaient, à s'y méprendre, à celui qu'avait présenté Grégoire VI, à l'exception toutefois d'une clause, qui souleva du côté du Phanar une résistance invincible : la résidence à Constantinople du chef de l'Eglise bulgare, c'est-à-dire dans la ville même du patriarche. Ce n'étaient pas cependant les Bulgares qui l'avaient réclamée; ils tenaient trop à ce que leur chef résidât dans une de leurs anciennes capitales, soit Ochrida, soit Tirnovo, mais les Turcs, qui, sous couleur d'accorder l'autonomie d'une Église, craignaient toujours de favoriser la constitution d'une Bulgarie indépendante, ne voulaient à aucun prix d'un exarque au cœur même de la Bulgarie. En conséquence, le 28 novembre 1868, le patriarche et son synode répondirent qu'ils rejetaient les deux alternatives posées, comme contraires au dogme, à l'Évangile et au droit canonique, qu'un concile général était seul apte à résoudre la question bulgare et à décider la création d'une Eglise locale et que, quant à eux, ils avaient été jusqu'à la limite de leurs droits.

En même temps qu'il informait la Porte de cette décision, Grégoire VI adressait une lettre encyclique à tous les chefs des Églises orthodoxes pour les consulter sur l'opportunité d'un synode œcuménique. L'idée de celle réunion fut agréée par les Eglises de Jérusalem, d'Antioche, de Chypre, de Grèce et de Roumanie; le métropolite de Belgrade se prononça en faveur des Bulgares; quant à l'Église russe, moins indépendante du pouvoir civil, elle rejeta la proposition d'un concile, sans doute pour échappera l'alternative ou de condamner l'attitude de son gouvernement ou de rester isolée dans l'assemblée œcuménique. L'offre de Grégoire VI devenait donc irréalisable, bien que les Bulgares l'eussent acceptée avec joie et consenti à ce que leurs sept évoques se réunissent à Constantinople avec des notables pour discuter les propositions du Phanar. Alors la Porte essaya d'un arrangement direct entre les deux parties, en formant une commission de trois Grecs et de trois Bulgares, 1869j trois projets successifs du grand-vizir, Ali pacha, échouèrenl contre l'opposition de l'un ou de l'autre camp. L'accord ne put en particulier s'établir au sujet de quatre points, que Grégoire VI exigeait et que les Bulgares repoussaient absolument : représentation de leur nation auprès de la Porte par le patriarche grec, nomination par ce patriarche des métropolites et des évêques bulgares, mention du nom du patriarche dans les prières «le toutes les églises, enfin cession aux Grecs de plusieurs éparchies contestées, notamment de l'iulippopoli. Du reste, Grégoire VI s'était engagé luimême sans le consentement explicite de sa nation et lorsque, le 30 juin 1869, il annonça au synode et au conseil réunis les concessions par lui consenties, il

s'ensuivit un tel orage que plusieurs membres donnèrent leur démission. En attendant, le conllit continuait et l'exaltation des esprits en Bulgarie était au plus haut point. Pour mettre fin à une agitation inquiétante par elle-même et qui, à ses yeux, faisait le compte de la diplomatie russe, le gouvernement turc décida de trancher le débat. Le 28 février 12 mars 1870, un samedi soir, Ali pacha convoquait chez lui les représentants grecs et bulgares et leur remettait un firman impérial délivré la veille, 11 mars. Par ce firman, la Porte instituait un exarchat bulgare, en dehors du patriarcat œcuménique, faisant ainsi revivre les traditions anciennes et toujours si chères au cœur des Églises orientales. Elle pensait ainsi favoriser plutôt le slavisme ottoman que le panslavisme russe, l'autonomie religieuse concédée aux Bulgares devant, à son avis, déjouer les spéculations panslavistes de .Saint-Pétersbourg. Les événements survenus depuis lui ont donné en quelque sorte raison. Voici les principales clauses du iirman du 11 mars : « Une juridiction spéciale formée sous le titre d'exarchat et comprenant les diocèses métropolitains et les évèchés, dont la liste suit, sera chargée de l'administration de toutes les affaires spirituelles de la communauté bulgare. L'exarque aura la présidence canonique du synode bulgare, réuni à titre permanent auprès de lui. L'exarchat sera géré d'après un règlement conforme aux canons fondamentaux de l'Eglise orthodoxe et qui sera conçu de façon à empêcher l'intervention du patriarcat œcuménique dans les affaires des moines, dans les élections des évêques et de l'exarque. Le patriarche de Constantinople délivrera à l'exarque bulgare les lettres de confirmation exigées par le rite orthodoxe. La liturgie bulgare respectera les canons et mentionnera le nom du patriarche. »

Saisi officiellement de l'acte souverain qui lui enlevait trois ou quatre millions de fidèles, Grégoire VI le déclara anti-canonique et attentatoire aux privilèges et aux immunités du siège œcuménique. Il insista de nouveau sur la nécessité de réunir un « concile œcuménique, seule autorité compétente à émettre une décision valable et obligatoire pour les deux parties ». Ali pacha répliqua par une lettre du 28 mars, dans laquelle, tout en justifiant la conduite de son gouvernement, il jugeait inutile de soumettre le cas à de nouvelles délibérations. Déjà, l'autorité turque se voyait obligée de recourir à la force pour faire accepter aux Bulgares les métropolites et les prêtres grecs, dont ils ne voulaient à aucun prix ; cet état de choses avait trop duré, la Porte ne pouvait se mettre plus longtemps en opposition avec les principes de haute protection qu'elle accordait à tous ses sujets. A cette lettre, Grégoire VI répondit par une nouvelle protestation contre les mots A' Église bulgare, l'Église n'ayant .jamais reconnu de nationalités dans son sein; contre l'intervention du pouvoir civil, incompétent en matière religieuse; contre la reconnaissance d'une seconde Eglise orthodoxe dans la Turquie d'Europe, tous les orthodoxes devant, sans distinction de race, dépendre du patriarcat œcuménique; puis, après avoir refusé d'accepter une solution contraire aux droits et aux privilèges de l'Église, il insista « mit la convocation d'un concile œcuménique, priant le gouvernement impérial de vouloir bien revêtir celte demande de sa sanction souveraine ». La Porte n'ayant tenu aucun compte de cette réclamation, le patriarche, par une résolution énergique qui l'honore, donna dignement sa démission, 22 juin 1870. Sous Anthime VI, successeur de Grégoire VI, 17 septembre 1870, des tentatives pour un rapprochement direct furent reprises, mais toujours sans succès. Le slulti quo aurait pu se prolonger de longues années sans un incident qui mit le feu aux poudres. Le jour de l'Epiphanie, G 18 janvier 187-2, trois évêques bulgares, poussés par leurs nationaux, se décidèrent à célébrer pontificalement dans leur église de Galata, malgré la

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défense du patriarche grec; quelques jours après, sur la demande du Phanar, ils étaient exilés à Ismidt et la Porte interdisait la célébration des offices dans l'église bulgare de Constantinople, pendant que le patriarche excommuniait nommément les coupables. Le triomphe des Grecs ne dura guère qu'une semaine. Les émeutes soulevées par les Bulgares forcèrent les Turcs à ramener les exilés à Constantinople sur un vaisseau de guerre, presque en triomphe, et la Porte sommait ensuite le patriarcat d'exécuter le lirman impérial du 11 mars 1870 dans les vingt-quatre heures. L'assemblée grecque avant répondu par des propositions inacceptables, le grandvizir riposta : « Attendu que le patriarcat fait tout ce qu'il peut pour amener une séparation entre le peuple grec et le peuple bulgare, le firman impérial est mis à exécution et l'exarchat bulgare est établi. Toute la responsabilité retombe sur le patriarcat, qui a poussé les choses à ce point. »

Munie de l'autorisation requise pour élire l'exarque, l'Assemblée nationale bulgare porta, dès le premier tour de scrutin, ses voix sur Hilarion, le premier champion de l'indépendance religieuse, 23 février 1872; mais, comme celui-ci était personnellement excommunié, pour ne pas pousser les choses à bout, il donna sa démission le 28 février et on élut à sa place Anthime, évêque de Viddin. A la suite de ce choix, le patriarche Anthime VI informait le grand-vizir qu'il ne pouvait pas reconnaître l'élection de l'exarque, que tout acte de sa part serait considéré par lui comme anti-canonique et illégal, et qu'il se réservait l'usage des mesures ecclésiastiques employées en semblable occurrence. La Porte se contenta de promulguer un iradé qui sanctionnait l'élection de l'exarque Anthime. Celui-ci ne tarda pas, d'ailleurs, à se rendre à Constantinople, où il fut reçu comme un triomphateur. Admis en audience par le sultan, il essaya à trois reprises d'avoir une entrevue avec Anthime VI, mais en vain; il lui demanda alors l'autorisation de célébrer le jour de Pâques et n'en obtint aucune réponse, 16 avril 1872. Il s'abstint néanmoins de toute cérémonie ecclésiastique jusqu'au 23 mai 1872, fête des saints Cyrille et Méthode, les apôtres des Slaves, où il officia pontificalementet donna, à la lin de la cérémonie, lecture d'un acte qui proclamait l'autonomie religieuse des Bulgares.

Cette fois-ci, la séparation hiérarchique était bien consommée. A ce défi, le Phanar répondit par l'injonction d'avoir à se soumettre dans le délai de trente jours et la convocation d'un concile. Celui-ci fut tenu à Constantinople, « dans l'église patriarcale du glorieux martyr saint Georges le Victorieux... pendant les mois d'août et de septembre (v. s.) de l'an de grâce 1872. » En somme, ce prétendu concile des Églises orthodoxes ne peut à aucun titre jouir de l'œcuménicité. En effet, il ne comptait que le patriarche de Constantinople, Anthime VI, trois de ses prédécesseurs, Sophrone, patriarche d'Alexandrie, Hiérothée, patriarche d'Anlioche, Sophrone, archevêque de Chypre, enfin 25 métropolites ou évêques du patriarcat œcuménique. Le patriarche de Jérusalem, Cyrille, qui se trouvait à Constantinople, refusa de comparaître et s'embarqua précipitamment pour la Palestine, afin de ne pas tremper dans ce forfait. De plus, on n'avait adressé aucune invitation régulièreaux Églises serbe, roumaine et monténégrine, qui faisaient encore partie de l'empire ottoman, pas plus qu'aux Églises autocéphales de Saint-Pétersbourg, d'Athènes, de Carlovitz, de Sibiou et de Tchernovitz. Le concile eut beau, durant les trois séances plénières officielles des 10, 24 et 28 septembre 1872, prononcer l'excommunication contre les Bulgares et déclarer foncièrement schismatiques les adeptes du pltylélisme, c'est-à-dire du nationalisme, ses décisions ne furent aucunement reconnues et approuvées par les autres Églises autocéphales. A part l'Église du royaume hellénique, trop

intéressée à suivre ses compatriotes, les autres se retranchèrent derrière le silence ou opposèrent un refus formel. Les évêques et les métropolites du patriarcat d'Antioche, réunis à Beyrouth, désavouèrent publiquement leur patriarche et manifestèrent que leur Église se séparait sur ce point de son pasteur. Le patriarche de Jérusalem fit la sourde oreille à toutes les ouvertures du Phanar, l'Église roumaine n'adhéra pas à la sentence, l'Église russe exprima un blâme public au concile, et le métropolite serbe, Michel, déclara qu'il ne pouvait rompre les liens communs de la foi, de la race et de la langue, qui unissaient sa nation à celle des Bulgares. Le patriarcat œcuménique, une fois encore, se trouvait donc isolé; sa précipitation avait causé sa perte, son entêtement causera sa ruine. Depuis plus de trente ans les Bulgares sont déclarés schismatiques, sans que cette condamnation leur ait apporté le moindre préjudice. Tout au contraire, ce fossé creusé entre eux et les Grecs leur a permis de reconnaître plus facilement leurs compatriotes et de se livrer à cette propagande active, qui, en trente ans, a décuplé leurs forces. Du reste, la raison alléguée pour cette condamnation, sous le nom spécieux de phylétisme, ne cache qu'un motif d'intérêt national. Sur quelles preuves théologiques les Grecs peuvent-ils baser leur sentence d'excommunication contre les Bulgares? Sur aucune. Le patriarcat bulgare d'Ochrida, celui de Tirnovo, s'étaient constitués d'une manière canonique par l'approbation du pape et du patriarche grec de Constantinople; leur suppression n'était due qu'à l'intrigue et à la rapacité des Grecs, toujours portés à confondre l'orthodoxie avec l'hellénisme. Ce que les Grecs avaient détruit en 1393 et en 1767, à Tirnovo et à Ochrida, avec l'appui avéré des Turcs, les Bulgares, en 1870, avec l'aide de ces mêmes Turcs, étaient parfaitement en droit de le reconstruire.

XL L,v période contemporaine, 1872-1903. — Le 10e article du firman du 11 mars 1870 soumettait à l'exarchat bulgare les quatorze métropoles suivantes : Boustchouk, Silistrie, Choumla, Tirnovo, Sofia, Vratza, Loftcha, Viddin, Nisch, Nyssava ou Pirot, Kustendil, Samakof, Vélès et Varna, sauf les localités dont la population n'était point bulgare. Pour les détails, voir les Échos d'Orient, 1899, t. ii, p. 278. En plus de ces régions données en bloc et sans retard, l'acte du sultan Abd-ul-Aziz promettait à l'exarchat tous les districts et toutes les localités, dont les deux tiers au moins de la population orthodoxe demanderaient à se détacher du patriarcat. Il y avait là pour l'avenir une superbe occasion d'agrandissement. Fécondée par le travail de la propagande, la promesse d'Abd-ul-Aziz devait permettre un jour de mettre la main sur la majeure partie de la Boumélie turque. C'est vraiment à partir du 23 mai 1872 qu'Anlhime de Viddin inaugura ses fonctions d'exarque. Peu après, il sacrait Dosithée métropolite de Samokof, nommait Hilarion de Macariopolis métropolite de Tirnovo; ce fut ensuite le tour de Victor pour Nyssava, Syméon pour Preslav, Grégoire pour Silistrie. Les bérats furent accordés par la Porte à ces prélats, bien qu'il y eut encore des évêques grecs dans leurs diocèses. La proclamation solennelle du schisme prononcée par le Phanar obligeait ensuite Anthime à adresser une encyclique à tous les fidèles bulgares, pour les engager à ne pas s'effrayer de cette peine canonique, absolument sans portée sur eux, du moment qu'ils restaient dans l'Église orthodoxe. A la même occasion, l'exarque adressait une note conçue dans le même sens à toutes les Églises autocéphales, pour leur faire connaître la décision du peuple bulgare de rester orthodoxe, envers et contre tous.

Cependant, le patriarcat œcuménique aurait voulu que le sultan introduisit le mot de schismatique dans le firman d'investiture accordé à l'exarque et dans les bérats concédés aux métropolites bulgares; de môme, il mit tout en œuvre pour qu'on obligeât les popes bul-

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gares à modifier leur costume, de façon qu'on pût facilement les distinguer des papas grecs et arrêter ainsi leur propagande. Peut-être la Porte aurait-elle cédé sans les résistances invincibles de l'exarque, de la presse et du peuple bulgares; du moins, elle ne donna les bérats qu'avec difficulté et rien que pour un petit nombre de diocèses. La lutte s'engagea surtout dans les éparcliies qui possédaient encore des évêques grecs et dont la majorité de la population était cependant bulgare. Comme le Phanar et la Porte se refusaient à retirer les despotes grecs, l'exarque passa par-dessus cette opposition et, en novembre 1873, de sa propre initiative, il envoyait des évêques bulgares dans ces diocèses, entre autres à Andrinople et à Salonique. Le patriarcat œcuménique adressa une protestation énergique à la Porte, qui exigea le rappel immédiat de ces prélats. L'évéque d'Andrinople se soumit et revint se fixer à Orta-Keuï; celui de Salonique, qui avait établi sa résidence à Koukouch, résista et se fit catholique avec une bonne partie de ses diocésains.

Les nombreux changements de ministère qui caractérisent cette période de l'histoire turque amenaient des revirements subits de l'opinion soit en faveur des Grecs, soit en faveur des Bulgares. Sous le gouvernement de Réchid pacha, ces derniers obtinrent un synode et un conseil mixte pour régler les all'aires ecclésiastiques, avec résidence à Orta-Keuï; peu après, ils recevaient des bérats pour les diocèses d'Uskub et d'Ochrida en Macédoine, 1872. Il est vrai que, pendant les troubles de 1876 et 1877, les évêques de ces deux diocèses, ainsi que celui de Vélès, durent se réfugier en Bulgarie et furent ensuite remplacés par des Grecs; mais le droit des Bulgares n'en avait pas moins été formellement reconnu, et c'est ce droit que la Porte a très justement remis en vigueur au mois d'août 1890. Le nouveau patriarche grec, Joachim II, 1873-1878, désirait une entente, mais une entente qui ne froisserait en rien les décisions du grand concile de 1872; de son coté, l'exarque Anthime cherchait un terrain de conciliation, mais de manière à ne pas léser les intérêts de ses fidèles. Il y eut ainsi des pourparlers et des négociations jusqu'en 1876, où les événements politiques portèrent l'attention d'un autre côté. De tous les États subjugués en Europe par les musulmans, la Bulgarie avait été la plus complètement asservie. Plus rapprochée du siège du gouvernement, elle avait dû se plier à la fois sous le joug féodal, politique et religieux, des spahis, des pachas et du clergé phanariote. Certes! en 1876, le Bulgare professait plus ouvertement son cujte, il n'était plus dépouillé de son bien et privé de sa liberté aussi arbitrairement qu'autrefois, mais sa sécurité, comme sa fortune, dépendaient toujours de l'honnêteté personnelle des pachas; c'est assez dire que l'une et l'autre étaient fort compromises. Au mois de mai 1876, un mouvement insurrectionnel se produisit aux environs de Philippopoli; aussitôt le gouvernement turc organisa une répression sanglante. Des villages entiers turent détruits avec leur population, sans distinction d'âge ni de sexe, par les Tcherkesses et les bachibouzouks. Livrés à la férocité de ces brigands, quinze à vingt mille chrétiens au moins périrent dans ce terrible drame. Il s'ensuivit une telle commotion dans les provinces balkaniques, qui étaient toutes travaillées par une lièvre d'indépendance, que la guerre éclata entre la liussie, leur protectrice naturelle, et la Turquie, 1877. La Turquie fui vaincue et contrainte d'accepter, le 3 mars 1878, à San-Stéfano, à 15 kilomètres de Constantinople, un traité onéreux, qui constituait à ses dépens la Grande-Bulgarie. Cette principauté bulgare, soumise encore a la suzeraineté du sultan, s'étendait de la mer Noire aux montagnes de l'Albanie, ei du Danube à la mer Egée, en englobant presque toute la Macédoine. Ce ne fui qu'un rêve. La conférence de Berlin, réunie quelques mois après, 13 juin-13 juillet 1878,

révisait et détruisait en partie les décisions de San-Stéfano. Au lieu d'une Grande-Bulgarie, qui comprenait 163965 kilomètres carrés, on eut : une principauté bulgare, qui n'avait que 64390 kilomètres carrés; une province autonome, la Boumélie orientale, comprise entre les Balkans, le Bhodope et la mer Noire, et placée sous l'autorité d'un gouverneur général chrétien, nommé pour cinq ans par la Porte avec l'assentiment des puissances; enfin, deux provinces, la Macédoine et une partie de la Thrace, qui firent retour à la Turquie et n'obtinrent d'autres avantages que la stipulation de réformes administratives. L'exarchat bulgare sortit quelque peu diminué du traité de Berlin. En elfet, par suite du concours donné aux armées russes, la Serbie étendait sa juridiction sur la presque totalité des vieilles éparchies phanariotes, dont Nisch et Pirot formaient auparavant le centre sous les noms grécisés de Nyssa et de Nyssava, pendant que la Roumanie, en recevant la Dobroudja, s'incorporait des cantons qui appartenaient en 1870 aux métropoles grecques de Silistrie et de Varna. Durant la guerre russo-turque et les « atrocités bulgares » qui la précédèrent, la position de l'exarque Anthime devint des plus difficiles. Malgré l'animosité et l'hostilité plus ou moins ouverte que lui témoignait le gouvernement turc, il ne cessa un instant d'intercéder pour les victimes. Il se compromit même à ce point que le patriarche arménien-catholique, Mo1 Hassoun, lui recommanda plus de prudence, afin de ne pas encourir le même sort que le patriarche grec, Grégoire V. « Qu'il en soit plutôt ainsi! reprit Mor Anthime. C'est le martyre de Grégoire V qui a fondé l'indépendance de la Grèce. Puisse mon sang obtenir la délivrance de ma patrie! » Son souhait allait en partie se réaliser. A force d'exciter la Porte contre l'exarque, de lui mettre sous les yeux et de lui rappeler la conduite ambiguë de ce dernier, les Grecs et même quelques Bulgares vendus au patriarcat œcuménique finirent par obtenir la déposition et l'exil de Mar Anthime dans un coin de l'Asie Mineure. Cet exil se prolongea jusqu'après la guerre russo-turque, où le prince russe Nicolas lui obtint la (acuité de regagner son éparchie de Viddin. Il y resta jusqu'à sa mort, 1888, après avoir pris une grande part dans l'administration des affaires ecclésiastiques de son pays. Le premier exarque une lois déposé, on lui donna comme successeur, le 4 mai 1877, Mb» Joseph, évêque de Loftcha, qui se trouve encore aujourd'hui à la tète de l'Eglise bulgare. Né en 1810 et élève des lazaristes au collège de Bébek, près de Constantinople, le futur exarque alla étudier le droit à Paris. Il devint ensuite fonctionnaire turc, premier secrétaire du synode et du conseil mixte exarchal, moine en 1872, protosyncelle de l'exarchat et administrateur de Pévêché de Viddin. Au mois de février 1876, il était sacré métropolite de Loftcha, puis désigné comme successeur de Ma* Anthime, tout en gardant son premier titre épiscopal. ha suspicion que portail la Porte à tout ce qui était bulgare ne permit pas au nouvel exarque de rejoindre son posle a Orta-Keuï. Fixé à Philippopoli, la capitale de la Boumélie orientale, il dut attendre qu'il plût à Abd-ulllainid II de le rappeler à Constantinople et profila de ce repos lorcé pour établir sa juridiction sur la Bulgarie et sur la Roumélie autonome. La situation de l'Église bulgare dans les provinces qui relevaient encore de la. Poi'te fut des plus critiques pendant cette période. Pas un évêque ne pouvait habiter la Thrace et la Macédoine, les métropolites d'Uskub, de Vélès et d'Ochrida s'étant réfugiés en Bulgarie des le début des troubles el ne se souciant guère de revenir dans leurs diocèses. Leur pouvoir passa naturellement aux évêques grées de l'endroit, pendant que leur absence facilitait la propagande des uniates et des missionnaires protestants. A ces motifs d'Ordre religieux s'en joignait un autre d'ordre politique. Les musulmans qui habitaient la

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principauté indépendante quittaient en foule cette terre tombée entre les mains des chrétiens pour se réfugier sur le territoire du padischah, et là, ils rendaient au centuple aux malheureux Bulgares les avanies et les spolations qu'ils croyaient avoir souffertes de la part de leurs compatriotes.

Voyant son activité presque liée en Turquie, ne pouvant rien pour ses prêtres el impuissant à adoucir l'infortune de son peuple, l'exarque Joseph s'occupa de réparer dans la Roumélie orientale les ruines qu'avait accumulées la guerre et à parer à tous les besoins qu'avait créés une situation nouvelle. Il organisa l'Église en cette province sur les bases d'un règlement organique, améliora la position du clergé et s'eiïorça de la rendre compatible avec les conditions politiques de cette contrée, qui voulait à tout prix opérer son union avec la Bulgarie. Le 10,22 février 1879 se réunit à Tirnovo la première assemblée des notables bulgares. Ce fut M3r Anthime, le premier exarque, qui présida la commission chargée d'élaborer la constitution, de même que ce fut lui qui présida la séance dans laquelle Alexandre de Battemberg fut élu prince de Bulgarie sous le nom d'Alexandre Ier, 29 avril 1879. Le clergé bulgare, dont les hauts représentants siégeaient de droit à la Chambre, pouvait s'attendre à ce que ses patriotiques services lui méritassent quelque faveur signalée; il n'en fut rien. Loin de rencontrer auprès de l'autorité civile l'appui qu'il escomptait, il se heurta à toutes sortes de difficultés de la part du gouvernement. Celui-ci ne manquait pas une occasion de s'immiscer dans les allaires de l'Église, s'efforçait de lui donner une direction contraire à ses lois, ne voulait insérer dans la constitution aucune clause de faveur pour la religion orthodoxe, et surtout veillait à ce que l'exarque ne s'établit ni à Solia, ni à Philippopoli, de peur que la liberté des ministres fût entravée par sa présence. Un premier conflit éclata dès 1879. Le gouvernement aurait désiré que l'exarque s'entendit avec la Porte au sujet des droits que possédaient les métropolites de Samokof et de lvustendil sur les portions de leurs diocèses rendues à la Turquie par le traité de Berlin. Mor Joseph, trouvant la question inopportune, refusa de s'en occuper. De là, une inimitié chaque jour croissante et qui linit par se traduire, du côté du gouvernement, par toute une série de mesures contre le haut clergé. Le traitement des évêques fut réduit par la Chambre des députés; au lieu de 200000' francs, l'exarque n'en reçut plus que 5C00O, qui, en fait, se bornèrent à 30000. En même temps, étaient introduites dans le règlement organique de telles modifications que le haut clergé protesta. Alors le ministre Zankof, sans demander la moindre approbation à personne, élabora des règles provisoires et pria tous les évêques de les mettre à exécution, jusqu'à ce qu'un accord fût établi entre eux et le gouvernement. Cette prétention ridicule se heurta contre un relus énergique et la crise religieuse, ouverte par cet abus de pouvoir, ne se lerma qu'en 1883, où Stoïlof, sous le ministère conservateur Sobolet, permit de promulguer un nouveau règlement organique.

Le 18 septembre 1885, la Roumélie orientale annonçait son union avec la principauté de Bulgarie et le 20, dans une proclamation datée de Tirnovo, Alexandre Ier prenait le titre de prince de la Bulgarie du Nord et du Sud. Cette révolution, prévue depuis longtemps et accomplie d'une manière toute pacifique, semblait, en apportant 35000 kilomètres carrés de plus à la Bulgarie, rompre en sa faveur l'équilibre des principautés balkaniques. La Serbie déclara la guerre à la Bulgarie le 14 novembre 1885; elle fut battue et le traité de paix, signé à Bucarest, 3 mars 1886, laissa la Boumélie orientale aux Bulgares, mais sans leur accorder aucune indemnité de guerre. Cet acte d'émancipation des Bulgares leur valut l'hostilité du tsar Alexandre III. La

Bussie, qui aurait voulu tenir en tutelle sa jeune sœur slave le plus longtemps possible, avait rappelé immédiatement ses officiers et c'est avec sa complicité tacite, sinon avouée, que, dans la nuit du 20 au 21 août 1886, une conspiration militaire éclatait à Sofia et forçait le prince Alexandre Ier à abdiquer. Rappelé quelques jours après par les vœux unanimes de la nation, Alexandre Ier dut renoncer définitivement au trône le 7 septembre de la même année, pour ne pas envenimer inutilement les rapports déjà fort tendus entre la Bulgarie et la Russie. Une régence, composée de ses amis et dans laquelle le rude Stamboulof jouait le premier rôle, prit en main les affaires de l'État; elle parvint à réprimer le mouvement russophile, suscité par le clergé et qui emportait la Bulgarie loin de ses destinées, et, après des péripéties inouïes, elle fit élire par le Sobranié, le 7 juillet 1887, Ferdinand de Saxe-Cobourg comme prince de la Bulgarie. Celui-ci eut le courage, malgré les difficultés de la situation intérieure et l'opposition de l'Europe, d'accepter le titre qui lui était offert et il prit possession du trône princier le 14 août 1887. Stamboulof eut la présidence du ministère et il la garda jusqu'au mois de mai 1894. Ce fut une terrible dictature, dirigée surtout contre le haut clergé qui, par l'intermédiaire de Ma1' Clément, métropolite de Tirnovo, avait travaillé au renversement d'Alexandre Ier et qui aujourd'hui prêchait l'insubordination contre le nouveau prince et contre ses ministres. Plusieurs évêques, Clément à leur tête, refusaient de nommer Ferdinand Ier dans les prières publiques, sous prétexte qu'il était catholique; ils furent l'objet de mesures de rigueur et le chef des rebelles, Ma1' Clément, fut destitué, 1887, et interné dans un couvent. En janvier 1889, les métropolites de Vratsa, Tirnovo et Varna réunirent le synode à Sofia, après s'être abstenus à leur arrivée de saluer le prince et ses ministres; ils furent expulsés de vive force durant la nuit et le saint-synode resta suppriméjusqu'en 1894. L'exarque ayant encouragé sous main cette résistance du clergé, Stamboulof songea un moment à destituer tous les prélats récalcitrants et à séparer les évêques restés fidèles au prince de l'exarchat de Constantinople. Mais où cette opposition se fit jour, ce fut surtout à l'occasion du mariage du prince. Bien que, d'après l'article 38 de la constitution, le prince dût appartenir à la religion orthodoxe, Ferdinand était resté catholique. Fiancé à Marie-Louise de Bourbon, duchesse de Parme, il désirait que ses enfants fussent élevés dans la religion catholique. Stamboulof se chargea, malgré les intrigues de la Russie, d'obtenir des Bulgares ce sacrifice, qui leur paraissait impossible; la revision de la constitution fut votée à la presque unanimité par le Sobranié, décembre 1892, puis par la grande Assemblée nationale, 27 mai 1893. Le 20 avril 1893, le mariage du prince était bénit à Villa Pianore, en Italie, par l'archevêque de Lucques, et Ferdinand Ier exprimait dans un télégramme au pape Léon XIII toute sa joie de fonder en Bulgarie une dynastie catholique. Le 30 janvier 1894 naissait le prince Boris, qui recevait le baptême, le 4 février suivant, des mains de Msr Menini, archevêque catholique de Philippo- "poli. Des protestations s'élevèrent contre la conduite du prince et des ministres, soit de la part de l'exarque, soit de la part des métropolites. Stamboulof n'en eut cure; il fit même, en février et mars 189 i, traduire devant le tribunal et condamner à trois ans de prison Mar Clément pour ses intempérances de langage contre le prince.

La démission du terrible ministre, 30 mai 189i, permit à l'Église bulgare orthodoxe de respirer plus librement. Aux premiers jours de juillet 1895, nous trouvons Mar Clément en Russie, à la tête d'une députation bulgare, et conjurant le tsar Nicolas II de « pardonner à la principauté l'ingrate conduite qu'elle avait tenue vis-à-vis de ses libérateurs ». Ce pardon fut accordé bénévolement, au prix d'une apostasie. Le 2/14 février 1896, Ferdinand,

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pour donner satisfaction aux orthodoxes, consentait à ce que son fils, le prince héritier Boris, reçût solennellement la confirmation des mains de l'exarque Joseph, en présence de tous les métropolites bulgares et d'un envoyé spécial de la Russie. Le 14 mars suivant, un lirman d'Abd-ul-Hamid II confirmait le prince Ferdinand et le nommait gouverneur général de la Roumélie orientale. Les puissances européennes le reconnurent aussitôt. Tout fut dés lors, dans le monde officiel, à la russification de l'Église bulgare. Pour complaire à la Russie, le prince avait même accepté en 1896 un arrangement, conforme peut-être à ses intérêts drastiques, mais contraire à coup sûr aux intérêts de la nation. Le schisme bulgare disparaissait et les Rulgares avec leur exarque rentraient sous l'obédience du patriarcat œcuménique. Dans ce but, l'exarque quittait Constantinople et venait s'installer à Sofia, où il était reconnu par le Phanar comme chef de l'Église orthodoxe bulgare dans les limites de la principauté et de la Roumélie orientale, au même titre que sont reconnus les autres chefs des Églises orthodoxes. On n'oubliait qu'un point : les diocèses slaves si péniblement arrachés à l'hellénisme en Macédoine. L'exarque refusa cet arrangement et, comme le prince se permit d'insister plus que de raison, Mar Joseph lui répondit : « Votre Altesse semble ignorer que nous connaissons le chemin de Rome. » Le compromis proposé par la Russie a été repris dernièrement sur d'autres bases avec des clauses spéciales pour les diocèses bulgares de Macédoine, mais ce projet, qui froisse les Grecs autant que les Rulgares, n'a aucune chance d'aboutir ni au Phanar ni à Orta-Keuï. Du reste, les stamboulovistes, qui viennent de remonter au pouvoir, nourrissent une haine trop vive contre les Russes pour favoriser la moindre de leurs prétentions. La politique de Stamboulof, si dure pour l'Église orthodoxe dans la principauté bulgare, lui permit de se développer librement en Macédoine et en Thrace. A la suite de la guerre russo-turque, le sultan n'avait pas caché ses mauvaises dispositions à l'égard des Rulgares, qu'il abandonnait aux rancunes de leurs rivaux, Grecs, Serbes et Valaques; puis, grâce à la diplomatie de l'exarque, les rapports affectueux s'étaient renoués. En 1880, deux évêques se rendaient en Macédoine et les bérats allaient être délivrés pour les diocèses d'Uskub et d'Ochrida, quand la révolution rournéliote, 1885, revint mettre les affaires en suspens. Les deux métropolites retournèrent à Constantinople, d'où ils gouvernèrent leurs diocèses par des administrateurs. Au mois d'août 1890, la Porte cédait aux demandes de Stamboulof, partisan d'une entente cordiale avec la Turquie, et remettait à l'exarque les bérats d'Ochrida et d'Uskub. "Voir le texte du bérat d'Ochrida dans V. Rérard, La Turquie et l'hellénisme contemporain, 3e étlit., Paris, 1897, p. 296-300. En 1891, peu après la chute de Stamboulof, les métropolites de Vélès et de Névrocop obtenaient la même faveur. A la suite de la guerre grécoturque, fin 1897, trois nouveaux bérats étaient accordés aux métropolites de Ritolia ou Monastir, de Stroumnitza et de Dibra. Cette augmentation des sièges épiscopaux coïncidait avec un accroissement remarquable des écoles. Depuis, l'agitation macédonienne, les massacres, l'occupation militaire par les Turcs de presque tous les villages de Thrace et de Macédoine, en arrêtant la propagande bulgare, ont favorisé le développement des Grecs,

(les Serbes, (les Albanais et îles l!ou mains. Quelle que soit

l'issue de cette funeste agitation, la cause bulgare n'est pas complètement compromise et l'exarchal régnera sans doute un jour en maître sur presque toute cette contrée. L'histoire politique de la jeune principauté de Bulgarie est tellement mêlée a suri histoire religieuse i|u'i| est utile de Connaître les principaux ouvrages parus sur la question. On peut consulter A. Dumont, Le Balkan et l'Adriatique, 2' édit., ln-12, Paris, I87'i. p. 61-189; Cyrille (A. d'Avril), Voyage sentimental dans les

pays slaves, in-12. Taris, 1870, p. 63-200: Fd. Fngolhardt, La Turquie et le Tanzimat, ou histoire des réformes de l'empire Ottoman depuis 1826 jusqu'à nus jours, 2 in-8", Paris, 1884, passim; Pypine, Histoire des littératures slaves, trad. par Denis, in-8% Paris, lssi ; A. Drandar. Le prince Alexandre de Battemberg en Bulgarie, in-8", Paris, 1884: Id., Les événements politiques en Bulgarie depuis 1810 jusqu'à nos jours, in-8*, Paiis, 189G; Anonyme, Les causes occultes de la question bulgare, in-8", Paris, 1887; G. FiUion, Entre Stores (traite surtout de l'union de la Roumélie avec la Bulgarie et de la guerre serbobulgare), in-12, Paris, 1894; H. Beaman. Stambuloff, in-8% Londres, 1895; De Pimodan, De Goritz à Sofia, in-8% Paris, 1893; A. d'Avril, Négociations relatives au truite de Berlin, in-8% Paris, 1886; Un diplomate (A. d'Avril), Les Bulgares, Paris, 1894; J. Erdic, Eu Bulgarie et en Roumélie en 188h, in-12, Paris, 1885; L. Léger, La Bulgarie, in-12, Paris, 1885; Lamouche, La Bulgarie dans le passé et dans le présent, in-12, Paris, 1892; La péninsule balkanique, Paris, 1899; Kanitz, Donau-Bulgarien und der Balkan. 3 vol., Leipzig, 1876; C. Jireeek, Das Fùrstcnthum Bulgarieu. in-8% Prague, 1891, p. 301- 356; B. von Sydacoff, Bulgarien und der bulgarische Fïu'stenhof, 2' édit., in-8% Berlin et Leipzig, 1890; A. Durastel, Annuaire international de la Bulgarie (français-bulgare), in-8% Sofia, 1898; on trouvera dans cet ouvrage le texte du traité préliminaire de San-Stéfano, du traité de Berlin, et de la constitution qui régit actuellement la principauté, p. 9-68, avec le firman du 11 mars 1870 relatif à la création de l'exarchat, p. 714-717; L. Dupuy-Péyou, La Bulgarie aux Bulgares, in-8% Paris, 1895; A. Hambaud, Histoire de la Russie depuis les origines jusqu'à nos jours, 4- édit., in-12, Paris, 1893, p. 712-739,782-802 ; Lavisse et Rambaud, Histoire générale du i\r siècle à nos jours, Paris, 1901, t. XII, p. 426-439, 459-478. On peut voir une bibliographie politique et ethnographique plus complète dans Lamouche, La Bulgarie, 1892, p. xvn-xix, et surtout dans A. Durastel, op. cit., p. 755-759. Sur le conflit gréco-bulgare qui précéda et suivit la création de l'exarchat, il existe une infinité de brochures, parues en grec, en bulgare et en français. Les citer toutes serait renouveler inutilement les travaux d'Hercule; il importe néanmoins d'en constituer un dossier, afin de faciliter les recherches à celui que tenterait jamais l'histoire de ce différend qui reste toujours à écrire en notre langue : 'H BouXY«cpoaXaSix>i b-j|i.noçïa *■' n xfuntfit al-r:, zpay;jiKTïta avfyçotouaa hetù r.'ï.i'.mr^ ètt^aiaei'/; T.v.yù. Taa^inj TffouxaXa -•.ï Zaxuvdioa, in-8% Constantinople, 1859; Mrcàçpair:; h toj poaXvafixryî, &uàvTi;ffts ci? tôv Xdyov t'jD x. S. KapaOtoSup f„ in-4% 1860 ; Les Bulgares et le haut clergé grec, trad. du bulgare (maniteste des Bulgares de Constantinople contre le patriarche œcuménique et le clergé phanariotc) en date du 15 27 avril 1860; Les Bulgares et le patriarche œcuménique, in-8% Constantinople, 1801, manifeste dirigé contre le Phanar, la Russie et surtout les lazaristes; Circulaire patriarcale de Joachim H, en grec et en bulgare, datée du 25 février, 9 mars 1801, in-8% 15-16 pages; 'II yuv*) t>; à'/.r.Oua;, par un chrétien orthodoxe (en grec et en bulgare), Constantinople, 1861 ; La question bulgare et la propagande romaine, une voix de l'Orient, par P. S. (en grec et en français), in-8% Athènes, 1861; Soubiranne, Les Bulgares, les Grecs, les Arméniens, Paris, 1862; Actes relatifs à l'Église bulgare, extrait de la Revue de l'Orient, de l'Algérie et des colonies, in-8% Paris, 1863 ; G. Lazopoulos, 'O /pio-naviT;^,; tùv BovAy&fuv k«t« tov 6* «ttuva, vj Ëvtofftç crittuy |AETa t/;; Sj<rew; xai it ÈTrerrpozr, aiiiôv eï; -,'t;i avflcroXix^v opOoSo^ov 'Exx/.ïjfn'crv, x«î tï; rÉ aytff[igTiXY] 'Exx/.T.ffta, Constantinople, 1863; 'O ^o'j^YttûtTiAô; r.çh wfj tffropixoB, toîJ lOvoicoXiTtxoS

v.n'. to3 lxxX>ifft«ffttxotî p-iipoiTo;, par E., in-8% Constantinople, 1864; Grégoire, IIp«Yi*aTaa r.i^X t/;; xetvovtx9[ç Six«ioSoffi«; t*j oixou|Atvtxo3 raTp'.ao/ixij Qçovou i~\ rwv tv BouXyctçia ipOoSôçtov 'ExxXi^atwv, in-8% Constantinople, 1860; T« tv -rij ippovia ittpi to3 ftauXvaftxou Çï|Tvj|»btoî, in-8% Constantinople, 1866; 'Anàvcrjoi; t?;; to3 Xpurcoî jjuvàAr;; 'Exx'/.r.dt'a; ^p'*; ta ïrapà T*|ç Tir,/./,; LlôXvjç àpTÎw; alTOO* T'y./.ivT'z EY/Ypaea ^s?" Tl5^ fioiAYapixo3 ÇïiT^ixaTo;, in-4% Constantinople, novembre 1868 (réponse de Grégoire VI et de son synode,

15 27 novembre 1868, à la Porte au sujet do deux projets d'exarchat bulgare présentés par le premier ministre); 'EitinoXiiurtov îitd-

avrÉ[A« T?;ç T'.J XpiTToS jju; 'y /.<-,; ' Vyx/.r^iu; ÏTÇOÇ ~'J ; XoïK&ç &pOioô;o'j;

r&toxio&Xouç kyirç 'ExxXTiota; repi t*;; xaTà tù i-r,, 1868-1870, icoçttac t','; x«t« Bo'jXy«p°u( txxXi)irta<rTixo3 tr-r, ;i«t',;. in-8% Constantinople. 1*70 (recueil de-, pièces . il lieielles grecques ''t turques se rapportant à ce dilTérend) ; une autre édition do celle brochure a paru à Constantinople en 1894, au Phanar, in-8': Kavovt<r|*bv - SioixTjo-tu; t/;; pouXY«fixi!( i;'/p/io(;, in-4% Constantinople, IsTO (règlement organique de l'Église bulgare, octobre 1870); '.v,T:p-

pr.fft; ù; -h izorro>.i;Aouov ûicô(Avri|ia toj naT^ia^itou »i ktcoXoyîr t<uv

ipOoSdquv iii.jy.Y./.-ov zù;, :»j; é|ioSô;ou( aùTûv v^toTiavoû;, In-8', Constantinople, IS7I ; 'Ejx'jxl o( littaroXij ->; '.;.•>-; ;.>,j'i.;-i.-.:xr,i Euvo'Sot) ... Constantinople, 1871; auuxpîvr.un

BULGARIE

toù p<>u>.Yotf-xoTî ■Çr,Ti,;i'/.xi; (par Grégoire, métropolite de Chio), Constantinople, 1871; 'Eyxjx/Uoç toB oixoujiievixoù' itertçiap/EÎou xcù tà;<; upàç EuvôSou Ttçbç tôv op6ooo;ov iiojAyaf.Kov xAf;pov te xai Aaôv, Constantinople, 1872 (encyclique du patriarche Anthime VI, en date du 18 janvier 1872); 'EintrroAr, Ni*. Mi/kaoSct*; BtxnfmvmH -pô? toù; ic6c^avo{ji^ffavTaç BouX^âpouç àpgtepetç, Constantinople, 1872; "AvOtjxo; ô

<tt' xect to {iou).vo'.ptxôv "Cr^.r/yj. -^toi àvTixavovtxii «ai icavffAauia-ttXT) AJit;

■cr;; bOtoî IIavctfioTT|T05, in-8", Odessa, 1872; Actes du saint et grand synode tenu à Constantinople dans l'Église patriarcale du glorieux martyr saint Georges le Victorieux au sujet de la question religieuse bulgare pendant les mois d'août et de septembre de l'an de grâce 1872, trad. littérale, in-8°, Constantinople, 1873; l'original grec a paru à Constantinople, sans date, in-4"; RouAvaptxôv Çy^rina (discours d'Aristarchi bey prononcé le 15/27 février 1872), Constantinople, 1872 ; X. Samarsilos, 'H pouV vaçixïi È;ap/('a xal S 4>àpoç toC lioar.ôçov, in-8°, Constantinople, 1873;

'0 ooOo5o;o; 'Exx/\T)Ttoc, to ffgtffpg -/ai /ô, T.OLZçiÙLQyr^ tSv 'I=poo-o*A'JfAwv K j-

p:).Aoî 5 B', in-8°, Constantinople, 1873; Tô nyjn^a toj oîxou|«viao3 TT'/Tptào/o'j *Av6î|aou toj <tt' x«î *; PouXygeçix)) Uap/.îa, in-4°, Constantinople, 1873; Jean Kassianos, 'H 'Exx£ri<na «ai oî UoùXybjoi, in-8*, p. 37-84; M-'a o-='a:; èx t>;; ïo-coptaç tî-;; (ruy/ûôvo'j ExxAr,o-îa;, par un orthodoxe, in-8", Athènes, 1874; 'An&vr«ifft5 sic tô. Kùjiaao; ô B' r.o.-.'j'.'j'j/rt^ twv IeçoaoXûpwv ff/t(r[AaTtKôç âtrrtv, ^ ou, in-8°, Constantinople, 1876; Aristarchi bey, To pouAfapixiv Çri-crm» x».i «' vIbi itXtx- T'ivo!'. toù n«ve4«uïffjiii3 êv 'AvaToVij, 5 volumes de pièces, Athènes, 1875, 1876; Ta xaTà tov |Aï)TpoitrAt?r)v 'ASpiavouroAew; Aiovjatov, in-8", Constantinople, 1880; ripô; tùç àyiuTàTaç aùtoxsjàXous 'Exxltr o-!a; Tri; 'AvaToXf;?, 1888; A. Chopof (bulgare), La Bulgarie sous le rapport religieux, in-8", Philippopoli, 1889; Id., La question du soulèvement du schisme (bulgare), in-8", Sofia, 1896; Teplof, La question gréco-bulgare, d'après des documents inédits (en russe), in-8", Saint-Pétersbourg, 1889, un des meilleurs travaux parus sur la question; T. Bourmof, Le conflit ecclésiastique grécobulgare (en bulgare), in-8", imprimé à Sofia, en 1902, aux Irais du saint-synode; c'est de beaucoup le travail le plus complet qui ait paru sur ce différend, apprécié, bien entendu, au point de vue bulgare. Voir aussi C. Jirecek, Geschichte der Bulgaren, 1876, p. 544-561; L. Dupuy-Péyou, La Bulgarie aux Bulgares, in-8", Paris, 1896, p. 48-120, 228-245; A. d Avril, Bulgarie chrétienne, dans la Bévue de l'Orient chrétien, 1897, t. ir, p. 271-301, 406-438; E. Goloubinski, Précis d'histoire des Églises bulgare, serbe et roumaine, Moscou, 1871, p. 176-193; G. Markovich, Gli Slavi edi papi, Zagreb, 1897, t. Il, p. 595-608; A. Lopoukhine, Histoire de iÉgtise chrétienne au xix' siècle (en russe), Saint-Pétersbourg, 1901, t. it, p. 339-388.

Pour la Macédoine, en dehors des livres déjà cités et de ceux que nous mentionnerons plus bas en donnant la statistique de cette province, voir principalement : "Espaça Sia^ntçUvza n"«Çù Tiiî r-

n-j'Ar,; xor. toj oixou|l&vtxotJ KCtTptapgctou Éri toj ^rÉTr,[AKTo; Twv cxxaïifftGtffttxwv rpovo[Aiùiv x«î twv pepaTÎwv t-ov ffgtffjiccrtxtSv ào/upétov, in-8", Tïicste, 1890; "Espaça (jttiaïC, tî;; Y. n-JV.r;; xatnfS otxoujiivixoti n-

Tp'.ap/EÎou «sopcivTot Eiç T>;v XJo-iv t<~iv àrô Éxx/.r.o-tao-Ttx-nv ^r.T-r-iAKTUv TOJ

Ti Tfovoiiiaxoj xaïtoî ?ou),Y«ptxoj, in-8", Trieste, 1891; ces deux brochures contiennent les pièces officielles échangées entre la Porte et le Plianar au sujet des premiers bérats, accordés à deux •évêques bulgares de Macédoine en 1890; S. Simitch, Les écoles serbes dans le vilayet de Kussovo, in-8', Belgrade, 1897; Goptchevitch, Macédonien und Alt Serbie)!, Vienne, 1889; V. Bérard, La Turquie et l'hellénisme contemporain, 3" édit., in-12, Paris, 1897, p. 148-335; Id., La Macédoine, in-12, Paris, 1897; Id., Pro Macedonia, in-12, Paris, 1904; Ofeïkov, La Macédoine au point de vue ethnographique, liistorique et philologique, in-12, Philippopoli, 1887; H.Gelzer, Vom heiligen Berge uudmis Mnkedonien, in-8°, Leipzig, 1904, p. 137-252. Voir aussi Le mémorandum du patriarche grec orthodoxe de Constantinople au sultan sur les affaires de Macédoine, dans la Bévue de l'Orient chrétien, 1903, p. 485-502.

XII. Organisation intérieure de l'exarchat. — Dès les premiers jours de novembre 1870, les évêques et les principaux adhérents du mouvement bulgare publiaient le règlement organique prévu par le firman du mois de mars. Ce règlement, élaboré dans les réunions d'Orta- Keuï, se trouvait de tout point conforme au firman précité. Sauf quelques changements de médiocre importance, le règlement organique de 1870 est encore en vigueur dans la partie ottomane de l'exarchat. Dans la Bulgarie, au contraire, il a subi des retouches, dès que la principauté s'est constituée : retouche complète le 16 février 1883, retouches partielles en 1890 et 1891, seconde retouche complète le 25 janvier 1895. Ce sont les 184 articles publiés à cetle dernière dale, qui res-

sent actuellement la marche ào l'Église bulgare dans la principaulé, de même que les 134 articles du Règlement organique régissent l'exarchat dans l'empire ottoman. Kavovtc7(xb; rapi trjç Siotx^crew rîj? [jou).yaptx?,i; ÈÇapyi'aç, in-8°, Constantinople, 1870; Règlement de l'exarchat spécial à la principauté (en bulgare), in-8°, Sofia.

L'exarchat se compose présentement des éparchies bulgares, situées dans l'empire ottoman et déterminées par un firman spécial, et des éparchies de la principauté bulgare. Les éparchies de la principauté sont au nombre de 11, dont 2, Samokof et Lovetch, sont destinées à disparaître à la mort de leurs titulaires, d'après l'art. 6 du Règlement de l'exarchat spécial à la principauté. Ces 11 éparchies comprenaient, en 1897, des sous-diocèses ou archiprêtrés, au nombre de 42, et des paroisses, au nombre de 2123. Chaque paroisse rurale a de 150 à 250 familles, chaque paroisse urbaine de 200 à 300. Les monastères ne peuvent se fonder qu'avec le consentement et la bénédiction de l'évêque du diocèse; ils relèvent tous du métropolite sur l'éparchie duquel ils sont situés, à l'exception de deux : Saint-Jean de Rylo et la Sainte-Trinité de Troyan, qui sont stavropégiaques, c'est-à-dire soumis à la juridiction immédiate du saint-synode. En 1897, il n'y avait dans toute la principauté de Bulgarie que 78 monastères d'hommes et 15 de femmes; les premiers comptaient 185 sujets et les seconds 312.

A la tète de l'exarchat siège l'exarque, qui réside à Orta-Keuï, sur le Bosphore. Il ne peut être choisi que parmi les métropolites de race et de religion bulgares, âgés d'au moins quarante ans et dirigeant leur éparchie depuis cinq ans. L'exarque est nommé à vie; son élection se fait à deux degrés. A la mort du chef de l'Église bulgare, dans le délai de vingt et un jours qui suit l'envoi d'une circulaire spéciale du saint-synode, chaque métropolite adresse à ce dernier une liste de 3 à 5 candidats, pris parmi les plus méritants de ses collègues. En outre, sur envoi d'une autre circulaire, les fidèles de chaque diocèse et la communauté bulgare de Constantinople désignent deux représentants pour chaque éparchie, lesquels devront se rendre, dans les soixante et un jours de la circulaire, au siège de l'exarchat pour concourir à l'élection. Là, en présence du saint-synode, du conseil de l'exarchat et des mandataires des paroisses, on procède au dépouillement des listes reçues par le conseil de l'exarchat, et une seconde liste est dressée, portant les noms des trois candidats qui ont obtenu la majorité des suffrages; cette liste est présentée à l'approbation du gouvernement turc et du gouvernement bulgare. Un simple veto venu de Stamboul ou de Sofia suffit à écarter les candidats qui seraient désagréables soit à l'un, soit à l'autre gouvernement. La réponse favorable une fois obtenue, le saint-synode, le conseil de l'exarchat et les délégués civils, se réunissent de nouveau pour élire au scrutin secret et à la majorité des suffrages l'un des trois candidats comme, exarque, et celui-ci est définitivement proclamé et reconnu chef de l'Église bulgare. L'exarque actuel, depuis le 4 mai 1877, est Mnr Joseph, métropolite de Lovetch. Esprit supérieur, il jouit d'une influence considérable et mérite d'être regardé" comme le premier homme de la Bulgarie moderne. Les fêtes royales qui furent données en 1902, tant dans l'empire ottoman que dans la principauté bulgare, à l'occasion de ses noces d'argent pour sa promotion à l'exarchat, lui ont montré quelle estime et quel dévouement tous les Bulgares professent pour lui. L'élection des métropolites et des évêques se fait d'une manière analogue à celle de l'exarque. Le clergé local et le peuple présentent deux candidats aux membres du saint-synode, qui en élisent un définitivement. Si c'est en Bulgarie, l'élu reçoit l'approbation du prince; si c'est en Turquie, un hérat du sultan, avec une lettre du saint-synode qui le recommande à ses diocésains.

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Los autres agents de l'exarchat : arehiprètres, curés, membres dis commissions et des fabriques, sont élus d'après certaines règles très détaillées; de même sont indiqués avec une minutie extrême par le règlement de l'exarchat les devoirs et les attributions, avec les appointements et le casuel, de tous les ministres du culte, de tous les employés, grands et petits, de l'administration ecclésiastique.

L'exarchat est gouverné par le saint-synode, la suprême autorité spirituelle de l'Église bulgare. Le saintsynode se compose de l'exarque, son président, de quatre métropolites élus par leurs pairs pour quatre ans, qui constituent le conseil et sont les assesseurs de l'exarque. Le saint-synode tient ses réunions habituelles, non pas à Orta-Keuï, mais à Sofia. Celte circonstance s'oppose à ce que l'exarque, son président perpétuel, le préside ellectivement. Ne pouvant, par suite de la politique soupçonneuse du sultan, se déplacer de Constantinople, il délègue cette présidence à l'un des prélats ecclésiastiques, à son choix. Toutefois, l'éloignement que lui imposent les circonstances ne l'empêche pas d'exercer une influence directe et prépondérante sur la vie religieuse et l'action administrative de l'Église dont il est le chef officiel. Les décisions prises par le saint-synode restent subordonnées à sa ratification, et les autres alïaires ecclésiastiques, celles qui concernent la principauté comme celles qui intéressent la Thrace et la Macédoine, lui sont soumises en dernier ressort. Mor Syméon, métropolite de Varna et Preslav, est actuellement le président effectif du saint-synode. Sur les travaux ordinaires du saint-synode bulgare, voir les Eelws d'Orient, 1903, t. Vf, p. 328-332. Ni l'exarque, ni les synodiques ne cessent d'être les pasteurs des diocèses où l'élection est venue les prendre. Obligés par leurs fonctions nouvelles de séjourner hors de leur ville épiscopale, ils s'y font représenter par un vicaire général, qui gouverne en leur nom. Un conseil diocésain ecclésiastique est institué au siège de chaque éparchie, sous la présidence du métropolite ou plutôt du protosyncelle, son vicaire général. II se compose du président et de quatre prêtres ayant charge d'àmes et élus par le clergé pour quatre ans. Le renouvellement des membres tic ce conseil se fait par moitié tous les deux ans. L'autorité ecclésiastique, tant administrative que judiciaire, appartient au métropolite et elle est exercée avec la coopération du conseil diocésain. Les recours en appel contre les sentences prononcées par ce conseil ont lieu par-devant le saint-synode, dans deux mois au plus lard à dater du jour de la signification aux parties intéressées de la sentence, qu'a portée le conseil ecclésiastique diocésain. En Turquie, les Bulgares sont soumis directement à la juridiction de l'exarque et à celle du saint-synode, pour ce qui concerne les alïaires ecclésiastiques. Un conseil, présidé par l'exarque, s'occupe des écoles; il se compose du président, du proto-syncelle et de quatre membres laïques. Près de chaque métropolite se trouve un conseil mixte, composé de trois membres du clergé et de cinq à sept membres laïques délégués. C'est à ce conseil qu'il appartient de prononcer des jugements et de régler les affaires ecclésiastiques et civiles du diocèse, de s'occuper des écoles, de leurs professeurs, etc.; s'il u'\ a que des affaires ecclésiastiques à décider, les membres laïques n'y prennent aucune part. Dans les diocèses bulgares de Turquie qui n'onl pas encore d'évêques, les alïaires sont réglées par un conseil mixte, présidé par un représentant ecclésiastique; celui-ci est choisi sur place et confirmé par l'exarchat, ou bien nommé directement par l'exarque.

Pour l'entretien de l'exarchat et du saint-synode, le gouvernement princier verse lous les ans à la caisse de l'exarchat une somme proportionnée au nombre des familles de la principauté. On perçoil 0 fr. 40 pour chaque famille. D'après le budget de 11)00, la somme se

serait ('levée cette année-là à 245964 levs ou francs. Sur cette somme, les évêques situés en Turquie reçoivent chacun 10000 francs et l'exarque 20000; le reste est versé dans la caisse générale pour les besoins de l'exarchat. En Bulgarie, les métropolites reçoivent du gouvernement une somme annuelle de 7 176 à 9300 francs; le bas clergé, lui, doit se subvenir au moyen de rémunérations éventuelles, qui lui sont données pour diverses cérémonies, d'après un tarif déterminé : 1 franc pour le baptême, 12 pour la bénédiction nuptiale, G pour les funérailles d'une personne adulte, 3 pour les funérailles d'une personne de 15 ans et au-dessous, etc. De plus, depuis l'année 1891, l'État alloue, pour l'entretien des prêtres, une rémunération supplémentaire, que le règlement de 1893 a fixée dans les proportions suivantes : 480 francs par an aux prêtres des villages, 600 à ceux des villes et des chefs-lieux de sous-préfectures, 720 à ceux des chefs-lieux de départements. Ce faible traitement n'est donné qu'à ceux qui n'ont pas terminé leurs études ecclésiastiques dans des séminaires; pour les autres, l'allocation est plus forte : 720 francs par an aux prêtres de villages, 960 à ceux des villes et des chefslieux de sous-préfectures, 1080 à ceux des villes diocésaines. Sur ce traitement, une certaine somme est retenue pour les pensions ecclésiastiques, les caisses sacerdotales, etc., et, depuis 1899, afin d'obvier à la crise économique que traverse le pays, une retenue de 1 p. 100 est faite à tous les membres du clergé, comme aux autres fonctionnaires. En Turquie, le bas clergé reçoit son traitement de la population, qui doit, en outre, entretenir les écoles et alimenter les caisses des conseils diocésains; seules, les communautés très pauvres sont soutenues par l'exarchat. Les paroisses de la principauté ne s'occupent pas des écoles, laissées aux soins du gouvernement, mais elles sont tenues également de fournir les recettes nécessaires aux conseils diocésains. Cela se fait au moyen d'un tarif déterminé, qui est perçu sur les permis de mariage, les certificats de baptême, etc., et sur les autres copies, imprimées ou manuscrites, des diverses pièces ecclésiastiques.

L'exarchat bulgare possède aujourd'hui deux séminaires : celui de Samokof-Solia pour la principauté de Bulgarie, celui de Chichli, quartier de Constantinople, pour la Macédoine et la Thrace. Dès 1867, les chefs du mouvement national réclamaient à grands cris pour les diocèses de leur race la constitution d'une grande école théologique et des séminaires. Leur campagne aboutit au projet que présenta le patriarche œcuménique, Grégoire VI, au sultan Abd-ul-Aziz en vue de terminer le conflit religieux. Tout en accordant à quelques diocèses bulgares une certaine autonomie, qui devait dans sa pensée lui permettre de leur refuser l'indépendance, le patriarche demandait la fondation d'écoles cléricales pour l'éducation du bas clergé et une haute école théologique. Ce projet, qu'on ne trouva pas assez libéral sur certains points, fut écarté. En 1870, l'exarchat bulgare était reconnu par la Sublime Porte et son règlement constitutif, élaboré cette année-là même, décrétait l'ouverture d'une école théologique supérieure. Celle-ci ne fut fondée à la vérité qu'en 1874, près de Tirnovo, sous le patronage des saints Pierre el Paul, et ne valait même pas un petit séminaire de France. Fermé durant les troulilcs qui précédèrent la guerre russo-turque et rouvert eu IsTs, ce séminaire exista jusqu'en 1886, où le gouvernement bulgare le supprima pour des raisons d'ordre économique. Ses cours (huaient cinq ans. lin même temps que s'ouvrait en 187i le séminaire de Tirnovo, était fondée au couvent de Saint-Jean du Rylo une école ecclésiastique comportant le programme d'un séminaire. Elle aussi fut supprimée durant la guerre russo-turque, pour se rouvrir en 1881 cl disparaître définitivement quelque temps après. En 1876, on établissait à SamokÔf un troisième séminaire, qui fut éga-

BULGARIE

lement fermé pendant la guerre. Rouvert en 1878 et refermé de 1880 à 1883, il vit bientôt le cycle des études monter de trois à quatre et à cinq ans pour redescendre ensuite à quatre. Depuis 1894, le séminaire de Samokof, qui est le seul établissement d'instruction cléricale en Bulgarie, est passé sous l'autorité du saint-synode, alors qu'il dépendait jusque-là du gouvernement. 11 rereçoit des élevés payants et des boursiers; tous vivent dans la pension et portent l'uniforme. Le cycle des études comprend quatre classes et dure normalement quatre ans; on n'est pas reçu après l'âge de 18 ans. A la rentrée de septembre 1901, le séminaire comptait 188 séminaristes, dont 113 boursiers contre 75 payants; les premiers seuls sont tenus d'embrasser l'état ecclésiastique, mais, comme les ordres sont conférés au plus tôt à 27 ans, tous sont loin de garder fidèlement leurs promesses. Du reste, le séminaire de Samokof est appelé d'ici peu de temps à disparaître.- Le 13 avril 1902, en présence de S. A. le prince Ferdinand Ier et des principaux dignitaires de l'Église bulgare, a été posée à Sofia la première pierre du futur séminaire bulgare, qui doit remplacer proebainement celui de Samokof. Voir l'article très documenté L'école théologique de Bulgarie, dans les Échos d'Orient, 1903, t. vi, p. 74-82, qui donne l'historique de ce séminaire avec le programme détaillé de son enseignement. Le séminaire de Chichli, à Constantinople, qui est destiné à favoriser le recrutement du clergé bulgare pour les églises comprises dans la Turquie d'Europe, date de 1884. Il se trouvait alors à Prilep en Macédoine; de là, il émigra en 1889 à Andrinople et l'année suivante à Constantinople, dans le quartier du Pbanar, où se trouve la cathédrale de l'exarque. En 1892, les études étaient perfectionnées et les cours distribués en six années. Vers 1894, le séminaire quittait les rives de la Corne d'Or pour s'installer sur les collines de Chichli, dans une demeure véritablement princière. C'est là qu'il se trouve encore à l'heure actuelle, comprenant une centaine de séminaristes, soumis à l'autorité directe de l'exarque et suivant les programmes de théologie en usage dans les séminaires russes.

Deux séminaires, n'ayant pas même 280 étudiants, dont la moitié à peine embrasse l'état ecclésiastique, on trouvera sans doute que ce n'est guère suffisant pour une Église qui comprend plus de quatre millions de fidèles. Encore si les études étaient proportionnées aux besoins de l'époque! Mais que peut-on apprendre en trois ou quatre ans de séminaire, sans avoir reçu une formation préalable? Aussi, ne faut-il pas s'étonner que le clergé bulgare soit resté au-dessous de sa mission et qu'il perde chaque jour un peu de la considération que le peuple avait pour lui. Les offices religieux ne sont plus suivis, les jeûnes ecclésiastiques ne sont pas observés, le monde officiel affiche envers la religion une indifférence méprisante, quand ce n'est pas une hostilité déclarée. Grâce aux innombrables gymnases de l'État, impies et révolutionnaires, l'athéisme pénètre les masses et l'on a vu les instituteurs de tout un département se réunir on congrès, en 1902, et voter la destruction de toute religion. L'athéisme des instituteurs bulgares, dans les Échos d'Orient, 1903, t. vi, p. 332-335. En dehors des livres liturgiques et de quelques ouvrages d'apologétique, le clergé n'a rien produit et se tient à l'écart du mouvement intellectuel qui révolutionne les masses. Il y a pourtant quelques bonnes revues, dont l'existence est aussi éphémère que celle des feuilles, et quelques bons journaux. Mentionnons, parmi les revues, les Vesti (Nouvelles), organe de l'exarchat, depuis 1890; le Tcerkoven Vestnik, organe du saint-synode, depuis 1900; le Svetnik, depuis 1888; le Pravoslaven Propovednik, depuis 1893; le Zadroujen Troud, depuis 1902. Enfin, n'oublions pas une entreprise de longue haleine, due aux soins du saint-synode : la traduction de toute

la Bible, faite sur la version russe des Écritures de 1876, et destinée à remplacer la version bulgare, faite sur la Bible protestante qui remonte à une vingtaine d'années. Voir Traduction bulgare de l'Écriture sainte, dans les Échos d'Orient, 1901, t. iv, p. 245-247.

XIII. Statistiques religieuses. — L'exarchat bulgare, se trouvant compris à la fois dans la principauté de Bulgarie et dans l'empire ottoman, nous allons successivement indiquer la situation qu'il occupe présentement dans ces deux Etats, d'après les statistiques les plus récentes qu'il nous a été possible de réunir. Ce faisant, nous donnerons par la même occasion les chiffres de la population qui reviennent aux divers cultes pratiqués aujourd'hui en Bulgarie.

1° La superficie totale de la principauté de Bulgarie s'élève à 95 704 kilomètres carrés, dont 62 789 pour la Bulgarie du Nord et 32 915 pour la Roumélie orientale. D'après le dernier recensement, paru à l'Officiel du 10 mai 1903, la Bulgarie compterait 3 744 283 habitants, ce qui représente une moyenne de 38 habitants par kilomètre carré. Cette population se subdiviserait ainsi d'après la nationalité : Bulgares : 2 887 860 ; Turcs : 539 656; Tziganes : 89 549; Roumains : 75 235; Grecs : 70 887; Juifs : 32 573; Tatares : 18 856; Arméniens : 13 926; divers : 15 741.

D'après la religion, la population bulgare comprendrait : 3 019 296 orthodoxes, qui se subdivisent en plusieurs groupes ; 48 024 chrétiens, distincts des orthodoxes, comme catholiques, arméniens, protestants, etc.; 643300 musulmans et 33 663 israélites. Le tableau qui suit donnera une idée d'ensemble :

Bulgares orthodoxes 2842 650

Boumainsorthodoxes 75155

Grecs orthodoxes. 70759

Orthodoxes de diverses nationalités . 30 732 Catholiques latins et uniates .... 28569

Protestants 4524

Arméniens grégoriens 13809

Musulmans turcs, tatares, etc. . . . 613 300

Israélites 33663

Divers 1112

D'après une statistique de 1897, voici quel serait l'état respectif de ces dill'érents cultes, par rapport au nombre d'églises, de chapelles, de prêtres, etc.; j'y ajoute le chiffre de la population, pour que le lecteur ait une vue d'ensemble :

ai

SI

tu

ai

Bulgares . .

Grecs . . .

Roumains. .

Catholiques .

Arméniens .

Protestants .

Musulmans .

Israélites . .

J'ai pris la statistique du gouvernement, bien que les termes d'églises, de prêtres et de monastères soient absolument impropres pour certains cultes, notamment pour les cultes protestant, musulman et isra élite. On remarquera sans doute, aussi, que l'Église catholique ne figure pas dans ce tableau sous les rubriques : monastères, moines et religieuses, bien qu'elle possède en Bulgarie nombre de maisons monastiques, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en lisant le paragraphe qui lui est consacré.

BULGARIE

L'Église bulgare comprend 11 diocèses métropolitains ibns la principauté de Bulgarie: Lovetch, Philippopoli, Dorostol-Tcherven ou Roustchouk, Samokof, Sliven, Sofia, Stara-zagora, Timovo, Varna-Preslav, Viddin et Vratza. lieux de ces métropoles sont appelées à disparaître à la mort de leurs titulaires, à savoir : Lovetch et Samokof. Trois de ces diocèses, Philippopoli, Sliven et Stara-zagora, sont situés dans la Roumélie orientale; les huit autres se trouvent dans la Bulgarie proprement dite. Le métropolite de Roustchouk porte les titres de Tcherven, nom bulgare de sa ville épiscopale, et de Dorostol, ancien nom de Silistrie, ville autrefois très florissante sur le Danube; le métropolite de Varna joint à son titre celui de Preslav, la première capitale des Bulgares au IXe siècle et le premier siège de leur Église nationale à la même époque. Voici, d'après une statistique officielle de 1897, quel serait l'état respectif du culte orthodoxe dans ces 11 diocèses :

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