C. Constantin
1. BUSÉE Gérard, prédicateur allemand, né en 1538 àNimègue, docteur de Louvain, précepteur du duc Jean de Cléves, chanoine théologal de Xanten, mort vers 1596, écrivit quelques ouvrages de controverse. Il était le frère des jésuites Jean et Pierre Busée, professeurs de théologie au xvie siècle. — Réponse à Flaccus Illyricus, sur la communion sous les deux espèces; Catéchisme flamand, Cologne, 1572 (composé pour Guillaume Lindan, évêque de Ruremonde).
André Valère, Bibliothèque belge; Le Mire, Elogia illust. script. Belg.; Jloreri, Dictionnaire, t. n, p. 389.
E. Lœvenbruck.
2. BUSÉE, BUSAEUS (latinisation de Buys) Jean, né à Nimègue en 1547, compatriote et peut-être parent du B. Pierre Canisius, entra dans la Compagnie de Jésus le 1er juillet 1563, étudia la théologie au Collège romain et l'enseigna ensuite avec succès pendant 22 ans, à Mayence, où il exerça en même temps un ministère fructueux parmi les habitants. Il mourut pieusement dans cette ville, le 30 mai 1611. Ses publications relatives à la théologie sont, pour la plupart, dirigées contre les erreurs des protestants ubiquitaires concernant la personne du Christ : on remarque dans sa po- j lémique un ton de douceur rare à cette époque. Mais le j P. Jean Busée est connu et lu jusqu'aujourd'hui sur- j tout comme écrivain ascétique. Outre un grand nombre de traductions, son ouvrage capital en ce genre est l'Enchiridion piarum meditationuni, qui, publié pour la première fois à Mayence, en 1606, a eu d'innombrables éditions en différents pays et a été traduit en plusieurs langues. On a goûté aussi son Havâptov, hoc est, Arca medica... adversus animi morbos, in-4°, Mayence, 1608; son Viridarium christianarum virlutum, in-4°, Mayence, 1610, etc. Il a également édité Pierre de Blois, les Vilee romanorum ponli/icum d'Anastase le Bibliothécaire, les lettres d'IIincmar, les œuvres spirituelles de Jean de Trilheim, etc.
De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C"de Jésus, t. n, col. 416-439; llurter, Nomenclator, t. i, p. 1C0-161 ; .Iî. Bauer, dans le Kirchenlexikon, t. H, col. 1548-1549.
Jos. Brucker.
3. BUSÉE, BUSAEUS (Buys) Pierre, frère des précédents, naquit à Nimègue en 1540 el entra en 1561 au noviciat de la Compagnie de Jésus, à Cologne. Il y fut nommé' maître des novices, en 1567, cl chargé en même temps d'expliquer le catéchisme aux ('lèves des classes supérieures du collège. C'est alors qu'il conçut le dessein d'ajouter au grand catéchisme de Canisius le texte complet «les témoignages indiqués par l'auteur. Les riches bibliothèques de l'université, du chapitre de la
cathédrale et des couvents de Cologne, surtout de la Chartreuse, lui permirent de remplir cette tâche avec les meilleures ressources qu'on possédât à l'époque. Encouragé par le B. Canisius lui-même, qui prolita de l'occasion pour perfectionner son propre texte, parfois d'après les observations de Busée, et secondé par des imprimeurs célèbres pour leur science et la correction scrupuleuse de leur travail, le P. Busée put faire paraître son premier volume à Cologne, en 1569. Voici le titre exact de ce volume : Authoritatum sacrée Scriptural el sanctorum Patrum, quse in Sunima doctrinse christianse doctoris Pétri Canisii theologi Societalis Jesu citantur, et nunc primum ex ipsis fontibus fideliter collecta:, ipsis catechismi verbis subscriptse sunt, in-4°, Cologne, 1569. Le P. Busée, dans la préface, expose le but de son ouvrage, qui est de montrer l'accord du catéchisme avec la doctrine de l'ancienne Église, que les réformateurs ont prétendu rétablir. La publication fut terminée, en 1570, avec quatre volumes, munis de tables détaillées et comprenant plus de 2500 pages. Elle eut un grand succès, qui nécessita plusieurs rééditions. Dès 1571, les Aides de Venise tirent au catéchisme de Canisius, développé par Busée, l'honneur de le reproduire par leurs presses fameuses dans le monde entier et contribuèrent ainsi puissamment à sa diffusion; mais le 4e volume manque, on ne sait pourquoi, dans cette réimpression. En 1577, parut encore à Cologne une édition, perfectionnée quant à la disposition et augmentée quant au nombre des textes, par les soins du P. Jean Hase, aussi jésuite néerlandais, et avec le concours de Canisius. Une longue lettre-dédicace de celui-ci à l'évêque de Wurzbourg ouvre l'imposant volume in-fol. qui représente cette édition. Elle se distingue aussi par un nouveau titre: Opus catechisticum sive de Summa doctrinse ehrislianm D. Pétri Canisii theologi S. J. prseclaris divines Scripturee testimoniis, sanctorumque Patrum sententiis sedulo illustration opéra .D. Pétri Busœi Noviomagi, ejusdem Societatis theologi, nunc vero primum accessione nova locupletaium atque restitution. Auparavant, en 1571 déjà, le P. P. Busée avait été appelé à Vienne pour interpréter l'Écriture sainte à l'université' et enseigner l'hébreu au collège des jésuites. Quand le P. Claude Aquaviva, général de la Compagnie, nomma, en 1584, une commission de six de ses religieux, choisis dans différentes nations et chargés d'élaborer un règlement général des études pour tout l'ordre, il y fit entrer Pierre Busée, qui dut en conséquence se rendre à Rome. De retour à Vienne et chargé de la direction du collège des nobles, il ne tarda pas à être enlevé par une mort prématurée, à peine âgé de 47 ans, le 12 avril 1587.
De BacUer et Sommervogel, Bibliothèque de la C' de Jésus, t. h, col. 439-442 ; O. Braunsberger, S. J., Entstehung uiul erste Entwicklung der Katechismen des .S. Petrus Canisius, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 137-148.
Jos. Brucker.
BUSENBAUMHermann, théologien moraliste. naquit en 1600, à Nottelen (Westphalie), et entra dans la Compagnie de Jésus en 1619. 11 enseigna les humanités, la philosophie et la théologie, tan! dogmatique que morale, et gouverna comme recteur les collèges de Munster et de Rildesheim. C'est en remplissant pour la seconde fois cette charge à Munster qu'il mourut, le 31 janvier 1668. Les témoins de sa vie louent singulièrement sa piété, en même temps que son talent d'enseigner, sa prudence et sa dextérité dans la conduite des âmes, la pénétration de son coup d'o'il, d'où naissaient à la fuis la promptitude et la sûreté île ses décisions, Bernard-Christophe de Galen, prince-évêque de Munster, l'avait pris pour son confesseur
et son conseiller, et le P. Busenbaum aida beaucoup
ce grand prélat à faire refleurir dans son diocèse la vie
chrétienne, au sortir de la terrible crise excitée pot anabaptistes. Le nom de Busenbaum doit une célébrité,
BUSENBAUM — BUY, BIIUIS
retentissante à un petit livre, qui a été honoré et vilipendé comme peu d'autres le furentjamais.il s'agit de la Medulla tlteologise moralis facili ac perspicua methodo résolvons casus conscientiœ ex veris probatisque authoribus concinnata, pœnitentibus œque ac confessariis utilis, in-12, Munster, 1645 ou 1650. Comme l'indique le titre, ce n'est pas un cours théorique de théologie morale, mais une œuvre de pratique, un recueil des cas usuels, avec leurs solutions hrièvement déduites d'un exposé sommaire des principes et du sentiment des principaux moralistes. La clarté et la précision de ce manuel de casuistique lui valurent une vogue immense. Il eut, du vivant même de l'auteur, 40 éditions où rivalisèrent les villes les plus considérables, telles que Cologne, Francfort, Lyon, Rome, Venise. En 1670, la 45e édition parut à Lisbonne, et l'on en compte encore au moins 150 autres, de 1670 à 1770. Ce qui est également glorieux pour la Medulla, c'est d'avoir eu des commentateurs tels que le P. Claude Lacroix (voir ce nom), saint Alphonse de Liguori (voir t. I, col. 912) et le P. Dallerini (voir col. 131). Pascal n'a pas nommé Busenbaum, dans ses Provinciales, qui commencèrent à paraître en 1658. Le parlement de Paris, en 1757 et en 1762, et d'autres parlements français après lui, ont condamné le livre du jésuite allemand, comme contenant une doctrine attentatoire à l'autorité et à la sûreté des rois. La proposition que visent ces arrêts est la suivante : Ad defcnsionem vitse et integritatis menibrorum, licet eliam fitio et religioso et subdito se tucri, si opus sit, cum occisione, contra ipsum parente»), abbatem, principe m, nisi forte propter mortem hujus secutura essent nimis magna incommoda, ut bella. L. III, tr. IV, c. i,dub. m. Disons en passant que les auteurs de pamphlets, anciens ou modernes, en citant cette proposition, omettent souvent la limitation de la fin, nisi forte..., qui n'est pourtant pas sans importance. Avec ou sans restriction, la proposition a été soutenue longtemps avant Buse.nbaum par des théologiens très estimés, tels que saint Anlonin, Cerson, les dominicains Sylvestre de Prieras et Dominique Soto, et beaucoup d'autres. D. Soto assure que c'est l'opinion de saint Thomas; le docteur angélique dit au moins qu'on peut essayer de se soustraire, même par la force, à une condamnation à mort, prononcée contre les règles de la justice : Et Ideo, sicut licet résistera latronibus, ita licet resislere in tali casu malis principibus ; nisi forte propter scandalum vitandum, cum ex hoc aliqua gravis turbalio timeretur. Sum. t/tcol., IIa IIœ, q. LXix, a. 4. Le rigoriste Concina défend encore la même proposition en 1751, sans la restriction de Busenbaum. Disons cependant qu'elle a été officiellement désavouée par la Compagnie de Jésus presque aussitôt qu'elle eut paru dans le livre de Busenbaum. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans la Réponse au livre intitulé .-Extraits des assertions, suite de la IIIe partie, in-4°, Paris, 1765, t. IV, p. lxii : « Lorsqu'on eut imprimé cet ouvrage (la Medulla de Busenbaum) à Lyon en 1668, les jésuites de France y remarquèrent la fameuse proposition sur la défense de soi-même, dont leurs ennemis ont fait tant de bruit depuis huit ans. Ils tinrent l'innée suivante une congrégation provinciale à Paris; il y fut résolu qu'on demanderoit au P. général que celte proposition fut retranchée du livre de Busenbaum. La demande étoit conçue en ces termes : Postulat Provincia Irancix ut deleatur quani primum in Medulla tlieologiœ moralis Patris Busenbaum de novo excusa Lugduni anno IG68, quod ait, 1. III, tr. IV, c. I, de liomicidio,dub.iu, licere ad defensionem vitœ se tueri cum occisione contra ipsum parentem, abbatem, principem. Le registre où cette demande est consignée était à la maison professe de Paris; les évoques nommés par le roi pour examiner l'Institut, l'ont vu. Le général Paul Oliva qui avait déjà prévenu le Poslulatum des jésuites de France, leur fit la réponse suivante le
H janvier 1670 : Ea de re jam alias moniti, statim autori scripsimus quinta augusti 1602, et décima seplima niartii 1603, ut locum annotatum corrigeret. Sed morte prœventus facere non potuit. Nobis intérim insciis ejus librum minime cor rectum bibliopolse Lugdunenses impressere. Curavimus ut in exemplaribus, qum ex nova Ma editione supersunl, prœdicla proposilio tollatur, novo folio impresso et substituto. Idem in Germanium scripsimus, quod Pai'isiis quoque fieri oporlebit, si liber Me rursus istic imprimatur. Il ne fut pas aisé d'engager les libraires à mettre des cartons dans les éditions antérieures à cette réponse... Mais si eette proposition se trouve encore dans quelques éditions postérieures, ce n'est pas aux jésuites qu'il faut s'en prendre,.. Au reste les éditions où la proposition ne se trouve pas, sont en grand nombre : on a sous les yeux six éditions de Lyon faites en 1671, 1672, 1676, 1682, 1686, 1690, une de Venise de 1679, deux de Padoue de 1708 et de 1713, où elle ne se rencontre plus. » Les persécutions que la Compagnie de Jésus avait eu à souifrir en France à cause des doctrines qu'on lui prêtait concernant le tyrannicide, justifient amplement l'action des jésuites français et du P. général Oliva; la proposition n'en reste pas moins ce qu'elle était avant ce désaveu, peut-être inopportune, peut-être singulière pour les cas qu'elle suppose et qu'on pouvait passer sous silence, susceptible de mauvaise interprétation, etc., mais, enfin, vraie et juste en elle-même, au sentiment de plusieurs moralistes éminents. Elle n'a, d'ailleurs, jamais été censurée par le saint-siège. « Nous n'y trouvons, dit M. le curé Fritz, dans son article du Kirchcnlexikon, t. il, col. 1554, pas plus que Riffel, Aufhebung des Jesui ténor dens, Mayence, 1815, p. 303, rien de dangereux en soi, mais simplement l'application d'un principe général à un cas particulier. D'après le droit naturel, il est permis à chacun d'employer la force pour écarter et rendre impuissant l'injuste agresseur; et s'il est nécessaire pour sauver sa vie de tuer l'agresseur, cet homicide n'est point coupable... Quand Busenbaum maintient cette conclusion de droit naturel, il a pour lui presque tous les moralistes, par exemple saint Thomas, Sum. theol., Ia II*, q. xxix, lxiv, a. 7. » Les autres accusations portées par les jansénistes et les rigoristes et qu'on répète encore de nos jours contre la Medulla, sont celles mêmes qu'on élève, soit contre le probabilisine, soit contre la morale de saint Alphonse de Liguori, soit contre la morale catholique en général : il n'y a pas lieu de les examiner ici. Il faut ajouter seulement que Busenbaum, qui écrivait avant les décrets d'Alexandre VII et d'Innocent XI contre la « morale relâchée », avait laissé passer comme acceptables, sur l'autorité de leurs auteurs, un très petit nombre de solutions qui ont été atteintes par les censures papales. Dans les éditions postérieures à ces décrets, les propositions condamnées sont indiquées en appendice ou dans le texte même du volume.
De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C" de Jésus, t. h, col. 444-455; Hurler, Nomenclator, t. n, col. 259-200 ; Kirchenlexikon, t. n, col. 1553-1555; Réponse au livre int. Extraits des assertions, loc. cit., et p. 386 sq. ; Acceptation du défi hazardé par l'auteur d'un libelle intitulé : Réplique aux apologies des jésuites, in-12, Avignon, 1762, p. 78 sq.
Jos. Brucker.
BUY, BHUIS, ou BUHY Félix, carme, né à Lyon vers 1637. Son père était un riche négociant. Il entra tout jeune au couvent des carmes de Chalon-sur- Saône. A vingt-deux ans, ayant terminé ses cours de philosophie et de théologie, il soutenait ses thèses publiques sur la théologie tout entière, aux applaudissements de tous ses auditeurs. Plus tard il conquit le grade de docteur à l'Académie de Valence en Dauphiné. Il vint alors à Paris et, désireux de devenir docteur en Sorbonne, il se présenta pour être admis au cours pré-