Homo existens :a peccato
La charité parfaite et sincère, qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi vraie, peut se trouver dans les catéchumènes et les pénitents, sans que leurs péchés leur soient remis.
Cette charité, qui est la plénitude de la loi, n'est pas toujours jointe avec la rémission des péchés.
Le catéchumène vit saintement dans la justice et la piété, observe les commandements de Dieu et accomplit la loi par la charité, avant même que d'avoir obtenu la rémission de ses péchés, qu'il reçoit enfin par le baptême.
Un homme qui est en état de
péché mortel, eu digne de la damnation éternelle, peut avoir une vraie charité ; et la charité même parfaite peut s'allier avec la dette de la damnation éternelle.
Avec une contrition même rendue parfaite par la charité et jointe au vœu de recevoir le sacrement, le péché n'est pas remis, hors le cas de nécessité ou du martyre, si l'on ne reçoit actuellement le sacrement.
mortali, sive in reatu aeternae damnationis, potest habere veram charitatem ; et charitas etiam perfecta potest consistere cum reatu aeternae damnationis. Annot.,10, in Censur. Sorbon.
71. Per contritionem etiam cum charitate perfecta et cum voto suscipiendi sacramentum conjunctam, non remittitur crimen, extra casum necessitatis nut martyrii, sine actuali susceptionesacramcnti.Ar?rioî.,ll, in Censur. Sorbon. ; Baiana, p. 117 sq.
Un commentaire historique éclairera la question traitée dans cette série de propositions. Baius raconte dans son apologie que des cordeliers flamands mettaient en pratique une opinion connue des moralistes; quand ils n'avaient pas à leur disposition un confesseur de leur ordre pour lui déclarer leurs péchés, apparemment leurs péchés réservés, ils ne se croyaient pas obligés de se confesser avant de célébrer le saint sacrifice; à cette occasion, ils avaient soutenu dans plusieurs écrits que la ferme résolution de se confesser jointe à la contrition parfaite suffisait pour obtenir la rémission de ses péchés, quand par ailleurs on était excusé de se confesser immédiatement. Baius s'éleva non seulement contre cette pratique, mais encore contre le principe dont on se servait pour l'appuyer. D'où la doctrine contenue dans les propositions 70e et 71e, elle n'est qu'une répétition de deux articles soumis à la censure de la Sorbonne. Baiana, p. 20 sq. Le docteur lovaniste soutenait que, hors le cas de nécessité stricte ou du martyre, la rémission des péchés ne s'accordait pas, régulièrement parlant, sans la réception effective du sacrement du baptême ou de pénitence; par conséquent, ni la charité ni la contrition parfaite n'avaient pour privilège d'obtenir la justification ou la rémission immédiate des péchés mortels. La Sorbonne avait jugé la doctrine de Baius hérétique, mais il n'avait pas accepté ce verdict et s'était détendu dans ses observations sur la censure.
Plus tard, dans son traité De charitate, il avait, au chapitre vil, énoncé cette thèse : que l'acte de charité peut précéder la rémission des péchés. Parmi les dixneuf arguments qu'il apporte, quelques-uns s'appliquent, il est vrai, à la charité imparfaite ou initiale, mais la plupart vont plus loin et plusieurs se rapportent manifestement à la charité parfaite, entendue dans le sens habituel de ce mot. Baius maintenait donc réellement, quoique d'une façon moins explicite, son ancienne opinion. C'était, une fois de plus, ne tenir aucun compte du concile de Trente; car celui-ci avait déclaré formellement, sess. XIV, c. iv, que la contrition parfaite, et parfaite par la charité, charitate perfectam, réconcilie l'homme avec Dieu avant la réception effective, mais non pas sans le vœu du sacrement; et dans la session précédente, c. vu, il avait supposé que dans un cas de nécessité, en l'absence d'un confesseur autorisé, un prêtre pouvait se préparer par un acte de contrition parfaite à la célébration des saints mystères, sauf obligation de se confesser ensuite le plus tôt possible. Denzinger, Encliiridion, n. 778, 761. Par là s'explique la condamnation des propositions 31e, 32e, 33e, 70e et 71e, erronées en ce qu'elles refusent à la charité et à la contrition parfaite le privilège d'être toujours unies, de fait et infailliblement, à l'amitié divine et à la grâce sanctifiante. Prov., vin, 17; Joa., xiv, 21; I Pet., iv, 8, etc. Corps de doctrine, c. xi, Baiana, p. 176; S. Thomas, Sum. theol., III* Supplem., q. v, a. 3; Bellarmin, Ret'ulatio Baii, fol. 166 sq.; De pœnitentia, 1. II, c. xiii-xiv.