CAIUS
CAJETAN
Ce Dialogue est le résumé d'une discussion fictive ou réelle soutenue à Rome par Caius, champion del'orlhodoxie, contre Proclus chef d'une secte montaniste. Il ne devait pas être sans valeur, puisque saint Jérôme l'appelle dispulationem insignem. De vir. M. ,59, P. h., I. xxm, col. 669. Ct. Théodoret, Ihrret. fab., m, 2, P. G., t. lxxxiii, col. 404; Photius, Biblioth., 48, P. G., t. cm, col. 89. Il est perdu. Deux extraits seulement en ont été conservés par Eusèbe, H. E., il, 25; m, 28, P. G., t. xx, col. 209, 273. Le premier contient une réponse à Proclus qui, pour vanter la prophétie chère aux montanistes, en appelait au tombeau d'Hiérapolis, où reposaient saint Philippe et ses filles, les prophétesses. « Et moi aussi, disait Caius, je puis te montrer les trophées des apôtres. Soit que tu ailles au Vatican, soit que tu prennes la voie d'Ostie, tu rencontreras le trophée de ceux (Pierre et Paul) qui ont fondé celte Église (de Rome). » Eusèbe, H. E., n, 25, P. G., t. xx, col. 209. Le second est le passage où Caius accuse Cérinthe d'avoir composé une Apocalypse sous le nom d'un grand apôtre et d'y avoir inséré des choses inacceptables, notamment un grossier millénarisme. H. E., m, 28, P. G., t. xx, col. 273. Théodoret a cru, mais sans preuve, que ce passage était extrait d'un livre spécial de Caius contre Cérinthe. Hœret. fab., n, 3, P. G., t. lxxxiii, col. 389. Caius attribuait, en effet, à l'hérétique Cérinthe l'Apocalypse de saint Jean. Voir t. i, col. 900, 1464-1465. Il a été combattu par saint Ilippol\te. Ebed-Jesu, en effet, a signalé parmi les ouvrages d'Ilippolyte, à côté d'un livre sur L'Evangile et l'Apocalypse de saint Jean, des Capitula adversus Caium. Voir Assémani, Bibliotheca orientalis, Rome, 1719, t. m, p. 15. Gwynn a retrouvé cinq fragments de ces Capitula, dans un commentaire syriaque de Denys Ear-Salibi, llippolytus and his Heads, against Caius, dans 11ermathema, 1888, t. vi, p. 397-418; Theologisch. Literaturzeilung, 1888, t. xm, p. 642; Harnack, Die Gwynn' schenn Caius und Hippolytus Fragmente, dans Texte und Vnters., Leipzig, 1890, t. vi, fasc. 3, p. 121-133. Ces fragments sont relatifs à des passages de l'Apocalypse.
On a même essayé de frustrer Caius de la paternité du IIpôç IIpôxXov pour l'attribuer à saint Hippolyte. Lightfoot a émis l'hypothèse que le Caius du Dialogue pourrait bien être ou le prénom d'Hippolyte, ce qui rappellerait le Dialogue avec Tryphon de saint Justin, ou un simple prête-nom pour désigner le champion de l'orthodoxie comme l'a fait Ariston de Pella, dans sa Dispute de Jason et de Papiscus ; mais ce n'est qu'une hypothèse insuffisamment étayée. Lightfoot, Journal of philology, 1868, part. I, p. 98 sq. ; The apostolic Fathers, Londres, 1885, part. I, t. il, p. 381 ; part. II, t. i, p. 627; Salmon, art. Caius, dans le Dictionary of Christian biography de Smith, Londres, 1877-1886.
Fragments de Caius dans Routh, Beliquise sacrée, 2' édit., Oxford, 1846-1849, t. II, p. 123-158, P. G., t. x, Col. 17-24; Tillemont, Mémoires, Paris, 1701-1709, t. m, p. 174-177; Geillier, Histoire des auteurs ecclésiastiques, Paris, 1801, t. n, p. 201, note 1; Caspari, Qucllen zur Geschichte des Taufsymbols, Christiania, 1875, t. ni, p. 347-377 ; De Smedt, Dissertutiones, Paris, 1870, p. 108-172, et appendice E, p. 40-42; Harnack, Geschichte der altchristlichen Litteratur, Leipzig, 1893, t. i, p. 003,025; Smith et Wace, Dictionary of Christian biography ; U. Chevalier, Répertoire, Bio-bibliographie, col. 374; Zahn, Geschichte des Neutestamentlichen Kanons, 1892, t. u, p. 985- 989; Batiffol, La littérature grecque, 1897, p. 145-140; Bardenhewer, Patrologie, 1901, p. 110-111, 183, 187; Hurter, Nomenclutor,l.l,p. 91 ;Ladeuze, Caius de Borne, le seul Aloge connu (extrait des Mélanges God. Kurth), 1908.
G. Bareille.
1. CAJÉTAN Constantin, bénédictin, né à Syracuse en 1560, mort à Rome le 17 septembre 1650. Il fit profession sous la règle de saint Benoit le 29 octobre 1586 à Saint-Nicolas des Arènes de Catane et s'appliqua à l'étude des antiquités ecclésiastiques. Clément V11I l'appela à
Rome et Paul V le nomma bibliothécaire de la Vaticane et abbé de Saint-Bazonte au diocèse de Pistoie. Cajôtan pensa établir auprès du sanctuaire de Saint-Benoît in Piscinulla un collège pour les jeunes religieux bénédictins; ce projet ne réussit pas et ce collège ne larda pas à être uni à celui de la Propagande, fondé par Grégoire XV. Baronius reconnaît avoir beaucoup profité de la vaste érudition de dom Constantin Cajétan ; pourquoi faut-il que ce dernier, trop zélé pour la gloire de l'ordre de saint Benoit, ait voulu faire admettre parmi ses membres d'illustres personnages, qui ne vécurent jamais sous la règle du patriarche des moines d'Occident? Voici ses principaux ouvrages: S. Pétri Datniani monachi ord. S. Benedicti, S. R. E. cardinalis episcopi Ostiensis et doctoris sanclissimi ac disertissimi Opéra, 4in-fol., Rome, 1606-1640; 4 in-fol., Paris, 1642; Migne a reproduit cette édition, P. L.,t. cxliv, cxlv; D. Amalarii Forlunati ordinis S. Benedicti cardinalis et archiepiscopi Trevirensis vita, in-4°, Rome, 1612; Animadversiones in vitam S. Anselmi episcopi Lucensis, écrit publié dans les Vetera monumenla contra schismalicos du jésuite Jacques Gretser; Sanctorum trium episcoporum religionis benedictinse luminum Isidori Hispalensis, Ildephonsi Toletani, et Gregorii S. R. E. cardinalis episcopi Hostiensis vitse et actiones scholiis illustratse. Accesserunt opuscula qusedam ejusdem Isidori nondum édita, in-4°, Rome, 1616; Ven. viri Joannis Gersen ord. S. Benedicti de imilatione Christi libri quatuor recensiti... Accessit defensio pro hoc ipso librorum auctore. Necnon eorumdem librorum methodus practica, et brevis epitome ex eodemmet opère depromptse, in quibus vitse perfectse forma describitur, in-12, Rome, 1616. Les assertions de dom Cajétan ne persuadèrent pas et le P. Rosweyde revendiqua l'Imitation pour Thomas à Kempis; Cajétan répliqua par Concertatio priori editione auctior, oui accessit Apologetica responsio pro hoc ipso librorum auctore Johan ne Gersen adversus Heribertum Rosweydum, in-8°, Rome, 1618. En 1644, il publiait sur le même sujet : Gersen reslitutus, sive Apologetica responsio pro magno Dei servo Jo. Gersen abbate ltalo benedictino, germano authore librorum IV de imitations Christi adversus Vindicias Kempenses Heriberti Rosweidi, in-8°, Rome, 1644; Pro Joanne Diacono S. R. E. cardinali de S. Gregorii M. ejusque discipulorum monachatu benedictino libri duo, in-4°, Salzbourg, 1620; De erectione collegii Gregoriani in Urbe epistola encyclica, in-4°, Rome, 1622; S. Columbanum abbalem Bobiensem et Lucensem cum suis sociis fuisse ordinis S. Benedicti assertio, in-8°, Vienne, 1627; Vita et passio S. Erasmi Antiochise episcopi et martyris Cajetee urbis patroni scripta a Johanne Cajetano Casinensi monacho, quiet Gelasiuspapa 11, édita vero et scholiis illustrala a D. Constantino Cajetano ejus gentili, in-4°, Rome, 1638; Gelasii 11 papse sacri Casini monachi ex Cajetanis urbis Cajetee ducibus,Campauiae principibus, vita a Pandulpho Pisano ejus familiari conscripta, nunc primum édita et commentariis illu- , strata a D. Constantino Cajetano ipsius gentili, in-4°, Rome, 1638; De religiosa S. Ignalii sive S. Enneconis fundatoris societatis Jesu per benedictinos institutione, deque libella exercitiorum ejusdem ab exercitario Cisneri desumpto, in-4°, Venise, 1641 ; le P. Jean Rho, jésuite, répondit à dom Cajétan par un ouvrage qu'il intitula Achates ad D. Constanlinum Cajetanum; mais un décret de la S. C. de l'Index du 18 décembre 1646 mit fin à ce débat au moins pour un temps. Ont encore été publiés après la mort de leur auteur les écrits suivants : Lettera sopra il crocifisso esistente nella basilica di San-Paulo di Roma, parmi les lettres de l'abbé Giustiniani, in-12, Ro.-ie, 1675, t. m; De singulari primatu S. Pétri principis apostulorum et De Romano y. Pétri domicilio ac pontificatu concertatio, dans la
CAJETAN
liililiolheca maxima pontificia, in-fol., Rome, 1698, t. vu.
Armcllini, Bibiioth. benedictin-ocasinensis, in fol., Assise, 1731, t. i, p. 123; Ziegelbauer, Historia rei literarise ord.S. Benedicti, i in-fol., Augsbourg, 1754, t. i, p. 254, 255,260, 017; t. il, p. 148, 494; t. m, p. 379; t. IV, p. 193, 245, 247, etc.; [D. François,] Bibiioth. générale des écrivains de l'ordre de S. Benoit, in-4°, Bouillon, 1777, t. I, p. 165; Ant. Mongitore, Bibiioth. Sicula, in-fol., Palerrae, 1708, t. i, p. 143.
B. Heurtebi/.e.
2. CAJÉTAN (Thomas de Vio, dit). — I. Vie. II. Œuvres. III. Doctrines.
I. Vie. — 1° Jeunesse et professorats. — Thomas de Vio naquit à Gaète, le 20 février 1468, de François de Vio et d'Isabelle de Sieri, une noble famille de cette ville. Il reçut au baptême le nom de Jacques. Le sérieux, la piété et la précocité de l'esprit distinguèrent son enfance. A Fàge de seize ans, au grand regret de ses parents, il prit l'habit des frères prêcheurs dans le couvent de sa ville natale, dépendant de la congrégation de Lombardie. Son noviciat achevé, ses supérieurs l'appliquèrent aux études, successivement à Naples, à Bologne et à Padoue, où il arriva au printemps de 1491. J.-B. Flavius, 0 ratio de vita R. D. Thomas de Vio, dans Bzovius, Annales ecclesiastici, t. xix, col. 900; Quétif-Echard, Scriptores ord. prœd., t. il, p. 14; A. Cossio, Il cardinale Gaetano e la riforma, Cividale, 1902, p. 16.
Après avoir débuté comme étudiant à Padoue, il fut chargé d'interpréter le Livre des Sentences. Il remplissait cet office quand il fut fait bachelier le 19 mars 1493, avec dispense de temps pour sa lecture, et fut ainsi incorporé à l'université. G. Contarini, Notizie storiche circa li pubblici prof'essori nello studio di Padova scclli iall' ordine di San Donunico, Venise, 1769, p. 147. Les commentaires de Cajétan sur le Livre des Sentences, fruit de ce premier enseignement, sont restés inédits. Paris, Bibl. nat., lat. 3076. Pendant l'année scolaire 1493-1494, il remplit les fonctions de maître desétudiants conformément aux décisions du chapitre général de 1491. Monumenta ord. prœdic. hislorica, t. vm, p. 404. Ce fut cette même année 1494 qu'il obtint la chaire de métaphysique à l'université. Contarini, op. cit., p. 139, 142; G. Mazzatinti, L'obituario del convento di S. Agostino di Padova, Venise, 1894 (extrait de Miscellanea délia R. Deputazione venela di sloria patria, 2e série, t. n), p. 34. La tenue du chapitre général de l'ordre à Ferrare, pendant les fêtes de la Pentecôte de 1494, fournit au jeune professeur de Padoue l'occasion d'un brillant succès. La dispute publique, à laquelle prit part Pic de la Mirandole, lui valut un véritable triomphe; et le duc de Ferrare, Hercule, présent à ce tournoi, demanda et obtint, séance tenante, du maître général de l'ordre, Joachim Torriani, le titre de maître en théologie. Prœfalio Ven. Palris Fratris Barlholommus de Spina, Pisani, en tête de l'édition du commer.aire de Cajétan sur la II" II*, Venise, 1518; Flaviu , op. cit., p. 901 ; Quétif-Echard, op. cit., p. 15.
L'université de Padoue, au temps o, s'y trouva Thomas de Vio, devenait de plus en plus un centre célèbre d'humanisme et de philosophisme. .1. Paquier, Jérôme Aléandre, Paris, 1900, p. 22; Renan, Averroès et l'averroïsme, Paris, 1867, p. 352; L. Mabilleau, Etude historique sur la p/tilosopliie de la Renaissance en Italie, Paris, 1881, p. 106. Ce séjour marqua profondément son action sur l'esprit de Cajétan. Ses polémiques avec Antoine Trombetta, <>. .M. (Hurler, Nonienclator litcrarius, t. jv, col. 925), titulaire de la chaire de métaphysique de Scot depuis 1468 (Quétif-Echard, op. rit., p. li), et la présence d'averroïsles célèbres, tels que Vernias, Pomponazzi el Niphus, orientèrent son attention el ses efforts vers les objections (lu scotisme et les problèmes philosophiques soulevés par raverroïMne padouan. Le traité De ente cl essentiel, compose'' à ce moment,
vise à la fois le scotisme de Trombetta et quelques thèses des averroïstes contemporains.
Bien que la présence de Cajétan soit signalée par Barthélémy Spina dans les couvents de Vérone, Bergame, Brescia, Mantoue et Milan, entre son séjour à Padoue et sa nomination à Pavie, il ne quitta vraisemblablement sa chaire de l'université de Padoue, que pour monter dans celle de théologie de l'université de Pavie, où il fut appelé par le duc de Milan, Ludovic Sforza,au début de l'année scolaire 1497. Barthélémy Spina, op. cit.; Cossio, op. cit., p. 51. Selon l'acte de nomination, Cajétan devait interpréler le texte des œuvres de saint Thomas. Memorie e documenti per la sloria dell' unii'ersilà di Pavia, Pavie, 1878, part. I, p. 190. Après deux années scolaires d'enseignement, il abandonna sa chaire, et il s'établit, dès la fin de 1199, au couvent de Sainte-Marie-des-Grâces, à Milan, appelé, sans doute par le duc Louis Sforza. Il passa l'année 1500 dans cette ville.
2° Cajétan aux hautes charges de l'ordre : procureur général (1500-1508); vicaire général (1507-1508); maître général (1508-1518). — Le procureur général de l'ordre, François Mei, étant mort le 28 novembre 1500, le cardinal Olivier Carrafa, protecteur de l'ordre, s'employa à lui faire donner le P. Thomas de Vio comme successeur. Cet oliice obligeant Cajétan à résider à Rome, il fut nommé professeur de philosophie et de théologie à l'université romaine fia Sapienza), et prononça, à ce titre, cinq discours devant Alexandre VI et Jules II, de l'avent de 1501 à l'avent de 1504. Quétif-Echard, op. cit., p. 14; Flavius, op. cit., p. 901; Cossio, op. cit., p. 63. A la mort de Jean Clérée (10 août 1507), général de l'ordre, dont le gouvernement n'avait duré que deux mois, Jules II, par ses lettres du 20 août, appela Thomas de Vio à prendre en main l'administration des frères prêcheurs, avec le titre de vicaire général, en attendant le prochain chapitre général. Bullarium ord. prœd., t. iv, p. 2i8.
Le chapitre de l'ordre, tenu à Rome l'année suivante, désigna unanimement Thomas de Vio comme maître général, le 10 juin, veille de la Pentecôte. Quétif-Echard, op. cit., p. 15; Monum. ord prœd. hist., t. ix, p. 86. Malgré son élévation au cardinalat, le 1er juillet 1517, Cajétan continua à administrer l'ordre jusqu'à l'élection de son successeur, par le chapitre de Rome, lequel nomma, le 22 mai 1518, Garcia de Loaysa, précédemment procureur de l'ordre. Bull. ord. prœd., t. iv, p. 345; Monum. ord. prœd. hist., t. IX, p. 157.
Élu général de son ordre à quarante ans, en un temps où l'Eglise et les sociétés religieuses avec elle traversaient une crise historique des plus graves, Cajétan fut à la hauteur des circonstances et de ses fonctions. Avec un rare coup d'œil et une égale énergie il s'efforça de promouvoir la discipline religieuse et l'étude des sciences sacrées, moyens indispensables pour le but assigné par L'Église à l'ordre des frères prêcheurs. Les lettres encycliques adressées à l'ordre, à l'occasion des trois chapitres généraux qu'il présida, et les actes de ces chapilres eux-mêmes (Rome, 1508; Gênes, 1513; Naples, 1515) témoignent assez quel fut son programme et avec quelle fermeté il chercha à L'appliquer. Monum. ord. prsed. hist., t. ix, p. 81-155. Homme de grande doctrine, il rappela à son ordre l'obligation spéciale où il était, plus que tous les autres, de se vouer à l'étude des sciences sacrées. C'est ainsi qu'il écrivait à l'ordre, du chapitre général de Gènes, en 1513 : Gaudeant alii suis prœrogativis, nos nisi sacra doctrina, commendet, de ordine nostro actum est. Monum. uni. prœd. hist.,loc. cit., p.9i. On possède le registre de l'administration de Thomas de Vio pour les années 1507-1513. Rome, archives générales des frères prêcheurs. Le second volume, qui devait contenir les années [514-1518, est malheureusement perdu.
Un certain nombre de faits dans l'administration gé-
CAJÉTAN
néralice de Cajetan se rattachent à l'histoire du temps et l'on doit les signaler pour mémoire. C'est ainsi qu'il eut à intervenir dans les affaires de la congrégation de Saint-Marc de Florence à la suite du mouvement créé par l'action de Jérôme Savonarole, A. Gherardi, Nuovi documenli e studi inlorno a Girolamo Savonarola, Florence, 1887, p. 33G; dans le meurtre judiciaire des dominicains de Berne, G. Rettig, Bie Ùrkunden des Jetzcrprozesses (Archiv des historischen Vcreins des Kantons Bern, Berne, 1886, t. xi); N. Paulus, Ein Justizmord an vier Bominikanern begangen. Aktenmâssige Bevision des Berner Jetzerprozesses vom Jahre 1509, Francfort, 1897; R. Steck, Der Berner Jetzerprozess (1507-1509) in neuer Beleuchtung, Berne, 1902; dans la querelle des humanistes avec les théologiens de Cologne, N. Paulus, Bie deutschen Bominikaner im Kampfegegen Luther (1518-1563), Frihourg-en-Brisgau, 1903, p. 89. Ce fut Cajétan qui fournit au roi d'Espagne Ferdinand, par l'intermédiaire de Jules II, les premiers missionnaires espagnols qui partirent pour l'Amérique et en commencèrent l'évangélisation. V. M. Fontana, Monumenta dominicana, Rome, 1675, p. 410; A. Touron, Histoire générale de l'Amérique, Paris, 1769, t. i. p. 213; A. Rose, Les dominicains en Amérique, Paris, 1878. Enfin, pendant le concile de Lalran (1512-1517), les prélats témoignant de leur mauvais vouloir à l'égard des ordres mendiants, ceux-ci remirent au maître général des frères prêcheurs leurs intérêts et le soin de leur défense, ce dont Thomas de Vio s'acquitta avec succès, mais non sans difficulté. Martène, Amplissima collectio, t. m, col. 1264-1267.
Le généralat de Cajétan fut pour l'ordre dominicain un des plus féconds, et son successeur, Garcia de Loaysa, pouvait dire en prenant possession de sa charge : Predecessor quantus extiterit et nostis et novi. 1s enim collapsum ordincm sapienlia, virtute et prudentia instauravit, ut prœclara ejus gesta omittam, qui: commune Ecclesisecommodum attulerunt,elntulto amplius expectantur allatura, cum dignis ejusdem meritis ad senatum illum supremum eveclus est. Prxfuit is ut diligentissimus pater, lotis incumbens viribus subditorum saluli atque titititali ordinis, ob quod et satis et opus fore mihi non dubilo ejus semper inhserere vestigiis, et csepta sectari ; atque utinam mihi desuper concedatur ut dignus inveniar tanti patris ac ducis operum emulator, ut ordinem ab eo ereclum servare, ab eo tutatum manutenere, ac décore ditatum sub ejusdem alis servare valeam. Monum. ord. prœd. Itisl., t. ix, p. 157.
3° Le conciliabule de Pise-Milan (1511-1512) et le concile de Lalran (1512-1517). — La politique de Jules II à l'égard de Venise lui ayant aliéné la France et l'empire, Louis XII et Maximilien se prévalurent du serment fait par Jules II, le jour de son élection, de convoquer un concile dans l'espace de deux ans, pour le sommer, à la fin de 1501, de tenir sa parole. Cette tentative d'intimidation n'ayant pas abouti, cinq cardinaux rompirent avec le pape et convoquèrent (16 mai 1511), de concert avec le roi de France et l'empereur, un concile qui de-~ vait s'ouvrir à Pise le 1er septembre. Il n'y tint que trois sessions du 4 au 12 novembre. Paquier, Jérôme Aléandre, p. 59.
En présence de ce mouvement schismatique, Jules II consulta le maître général des frères prêcheurs pour savoir quelles mesures il devait prendre. Cajétan lui conseilla de lutter contre le synode de Pise, et de convoquer lui-même un concile. Flavius, op. cit., p. 901. Dans cette entreprise, acceptée par Jules II, Thomas de Vio prêta au pape le plus utile appui. Dès le 6 septembre 1511, il adressait à tout l'ordre une circulaire par laquelle il défendait, sous les peines les plus graves à tous ses religieux de prêter leur concours aux entreprises schismatiques de Pise. Begistre de Cajétan,
fol. 55. Il envoyait d'ailleurs au couvent dominicain de Sainte-Catherine, le plus influent de Pise, plusieurs religieux de valeur, qui organisèrent la résistance contre le conciliabule. Ils furent assez heureux pour entraîner les autres réguliers et le clergé séculier lui-même. Le concile dut quitter Pise et se transporter à Milan. V. Marchese, Scritti vari, Florence, 1860, t. i, p. 356.
Cajétan, de son côté, attaqua vigoureusement les prétentions de l'assemblée de Pise par son traité Auctoritas papœ. et concilii sive Ecclesise comparata, Rome, 19 novembre 1511. Le coup porta. Le 10 janvier 1512 les prélats, rassemblés à Milan, déférèrent l'écrit de Cajétan à l'université de Paris pour en obtenir la condamnation ; et le 19 février, le roi de France appuyait leur demande. On désigna une commission pour procéder à cet examen, mais les délégués ne purent se mettre d'accord. Un jeune docteur, Jacques Almain, entreprit la réfutation de Cajétan avec son Libellus de auctoritate Ecclesise, Paris, 1512. Cajétan y répondit aussitôt par son Apologia tractatus de comparata auctoritate papee et concilii, Rome, 29 novembre 1512. Paquier, op. cit., p. 59. La faculté de théologie de Paris ne procéda pas, contrairement à ce que l'on dit d'ordinaire, à la condamnation de l'ouvrage de Cajétan. Elle prit connaissance, le 11 juin 1516, des lettres du roi de France, qui lui enjoignaient de ne pas s'occuper davantage de l'ouvrage de Thomas de Vio. Elle déclara respectueusement surseoir à l'affaire. L. Delisle, Notice sur un registre des procès-verbaux de la faculté de théologie de Paris pendant les années 1505-1533, Paris, 1899 (Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. xxxvi), p. 39.
Jules II convoqua un concile à Latran pour le 19 avril 1512. Ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, le maître général des frères prêcheurs eut à y défendre contre les prélats les intérêts des ordres religieux qui l'avaient commissionné à cet effet. Dans la solennité de la seconde session, le 16 mai 1512, Cajétan prononça un discours devant le concile. Après avoir répudié les entreprises schismatiques de Pise, il arrêta ses regards sur le concile de Latran, et fit entendre de graves vérités aux Pères. Elles témoignent chez l'orateur d'une connaissance claire des besoins de l'Église de son temps, de beaucoup d'indépendance, et d'un sentiment très vif des dangers que courait alors la société ecclésiastique. « Et maintenant, disait-il, je ne puis en aucune façon me- rallier à ceux des Pères qui, ayant entendu le seul nom de concile, estiment aussitôt qu'ils ont fait une œuvre sainte et utile... Nous sommes en un temps où l'on attend et où il est nécessaire de faire beaucoup : par-dessus tout, réformer l'Église, restaurer les mœurs déchues, étouffer les commencements de schisme, convertir les infidèles, ramener les hérétiques, fortifier les bonnes lois et les sanctions qui intéressent toute la chrétienté... Il faut, mes Pères, pourvoir à ces choses avec application; il faut les établir rapidement et avec un soin extrême : aujourd'hui je ne puis dissimuler ces exigences, ni sous aucun prétexte les passer sous silence. » Opuscula, t. m, tr. I, orat. vi.
Cajétan intervint encore dans les affaires du concile à l'occasion du décret de condamnation de l'averroïsme et de la question de la conception immaculée de la B. Vierge Marie. Nous signalons pour mémoire la délégation que Thomas de Vio avait reçue du duc Georges de Saxe (9 lévrier 1513) de le représenter au concile. Brieger's Zeilschrift fur Kirchengescliichte, t. m, p. 603, 606; W. Buddee, Nikolaus von Schônberg, Greisswald, 1891, p. 3.
4° Cajétan cardinal (1517) et légat pontifical en Allemagne (1518-1519). — Cajétan ne put achever de gouverner l'ordre des frères prêcheurs jusqu'au chapitre de la Pentecôte de 1518. Le cardinal Alexandre Farnèse envoyé le 3 mars comme légat en Allemagne, étant
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tombé malade en chemin, Thomas de Vio, cardinal de Saint-Sixte, dut le remplacer. Le 29 avril 1518, Léon X l'autorisa à se substituer un vicaire pour administrer l'ordre jusqu'au chapitre général. Bull. ord. praed., t. iv, p. 3G0. Le 26 avril, Cajétan avait reçu du pape sa nomination comme légat, et il quitta Rome, avec les cérémonies accoutumées, le 5 mai suivant. A. de Altamura, Bibliotheca dominicana, Rome, 1677, p. 259; A. Pieper, Zur Entstehungsgeschickte der stândigen Nuntiaturen, Fribourg-en-Rrisgau, 1894, p. 60; M. Armellini, Il diario di Leone X <li l'aride île Grassi, Rome, 1884, p. 67, Cajétan avait pour mission de faire accepter à l'empereur Maximilien et aux électeurs de l'empire le projet <le croisade contre les Turcs patronné par Léon X. Il devait en même temps apporter le chapeau cardinalice à Albert de Brandebourg, électeur et archevêque de Mayence, ainsi que l'épée et le casque bénits par le pape, à l'empereur. Le légat se rendit à Augsbourg, où était réunie la diète de l'empire, et remit, le 1er août, leurs insignes au cardinal et à l'empereur. Il s'appliqua à l'aire prévaloir les vues du saint-siège et à défendre l'Église romaine contre les violences d'Ulric de Hutten. Mais l'agitaiion religieuse qui travaillait déjà l'Allemagne et la mort de l'empereur, 12 janvier 1519, devaient rendre inefficace le projet de croisade contre Soliman. Raynaldi, Annal, eccles., an. 1518; Bzovius, Annal, eccles., an. 1518; Cossio. op. cit., p. 269.
Les troubles religieux provoqués en Saxe par Luther, dés la fin de 1517, avaient pris un développement rapide ; et Cajétan allait se trouver le premier face à face avec le novateur, au nom de l'Église romaine.
L'archevêque de Mayence, inculpé par les attaques de Luther contre les instructions officielles qu'il avait publiées pour la prédication des indulgences, avait porté' l'affaire à Rome. Le saint-siège avait constitué pour l'examen des doctrines du moine augustin une commission qui fut défavorable. L'évêque d'Ascoli, Jérôme Ghinuci, auditeur général de la chambre apostolique, avait lancé, le 7 août 1518, un monitum citant Luther à Comparaître en cour de Rome, dans un délai de 60 jours, sous l'inculpation d'hérésie. L'électeur de Saxe, Frédéric, fauteur secret des entreprises de Luther, s'était employé pour que l'affaire suivit son cours en Allemagne. Par ses lettres du 23 août adressées à l'électeur, Léon X déclarait que les doctrines de Luther étaient hérétiques, et il sommait Frédéric de remettre Luther au légat. Le pape écrivait le même jour à Cajétan, le chargeant de traiter cette affaire, de s'assurer de la personne de l'accusé pour qu'il put comparaître devant le saint-siège, en usant, s'il le fallait, des censures ecclésiastiques contre le clergé, et de l'interdit contre l'autorité civile.
Cajétan, qui semble s'être rendu un compte très exact de la situation religieuse en Allemagne, renonça à laire usage de la rigueur et de ses pouvoirs judiciaires. Il consentit que l'on délivrât un sauf-conduit à Luther et prit le parti de traiter le novateur par voie paternelle. Luther était arrivé à Augsbourg, le 7 octobre, où la diète de l'empire venait d'être close. Dès le 10 du mois, il comparaissait devant le légat, Contrairement aux prétentions de Luther, Cajétan lui déclara qu'il n'avait pas mission de disputer, mais de recevoir sa rétractation et de !'• réconcilier avec l'Église. Luther, malgré ses déclarations publiques contraires, était résolu à ne pas se soumettre à l'autorité ecclésiastique, et ne cherchait que des faux-fuyants pour gagner du temps. Le cardinal, par condescendance, se laissa aller à discuter quelques points avec lui, mais en maintenant qu'il attendait sa soumission. Il ne put rien obtenir de Luther. Les amis de ce derniers 'employèrent auprès du légat pour qu'il lui permit de remettre un mémoire justificatif. Le cardinal y consentit encore, et le mémoire lui fut présenté le 14 octobre. Cajétan, qui ne se luisait pas d'illusion sur
l'état d'esprit de Luther, lui montra l'inanité de sa prétendue justification. Luther ne voulut rien entendre. Il écrivait d'ailleurs le même jour à un de ses amis qu'il ne révoquerait pas une syllabe et qu'il préparait son appel. Le soir du même jour, le légat lit appeler Jean Staupitz, le supérieur de Luther, pour lui demander d'intervenir auprès de son subordonné. Le résultat de cette intervention fut une lettre écrite, le 17 octobre, par Luther au légat, et dans laquelle il témoigne tout son respect pour le cardinal, reconnaît qu'il a dépassé la mesure dans ses critiques contre le pape, mais déclare qu'il ne peut rien retirer; il prie en outre le légat de porter cette cause à Léon X pour que l'Église, qu'il désire entendre et suivre, détermine les doutes doctrinaux. Mais dès la veille il avait fait rédiger un appel notarié de tout ce qui avait été fait contre lui. Le 18 octobre, Luther écrivait une fois encore au légat pour lui annoncer qu'il quittait Augsbourg et qu'il en appelait du pape mal informé au pape mieux informé. Le 25 octobre, voyant que tout espoir d'aboutir avait disparu, le légat écrivit à l'électeur de Saxe, pour lui faire un bref récit de ce qui s'était passé, et lui déclarer qu'il dégageait sa responsabilité.
Quelques auteurs, mal renseignés ou imbus de préjugés, ont cru pouvoir accuser Cajétan d'avoir manqué de souplesse dans cette affaire. Si un grief pouvait être articulé contre le légat, ce serait d'avoir porté à l'égard de Luther une extrême condescendance, car il resta bien en deçà des instructions pontificales. Mais la vérité est que Cajétan se rendait parfaitement compte que la seule chance de succès en traitant avec Luther était l'indulgence et la bonté. Malheureusement, le plan de Luther était dès lors arrêté dans son esprit, et son obstination et ses subterfuges devaient tenir en échec la bonne volonté du légat. N. Paulus, Johann Tetzel der Ablassprediger, Mayence, 1899, p. 30 sq. ; W. de Wette, Dr. Martin Luthers Briefe, Berlin, 1825, t. I, p. 142 sq.;C. Burkhardt, Dr. Martin Luther Briefwechsel, Leipzig, 1866, p. 11; Lutheri opéra lalina, Iéna, 1556, t. I, fol. 187 sq. ; Bzo vius et Raynaldi, Ann. ceci., an. 1518; G. G. Evers, Martin Luther, Mayence, 1883, t. I, p. 365 sq.; t. II, p. 3 sq. ; Hergenrœther, Uist. de l'Église, Paris, 1880, t. v, p. 202; Cossio, op. cit., p. 291 sq.
Une affaire de première importance sollicita encore l'attention et les soins de Cajétan pendant sa légation : l'élection de l'empereur. Au milieu des compétitions passionnées que soulevait la succession de Maximilien, Cajétan eut à faire prévaloir près des électeurs les vues de Léon X. L'indécision du pape d'abord, puis sa ferme adhésion à la candidature du jeune Charles-Quint trouvèrent un fidèle interprète dans son légal près de la diète de Francfort, et peut-être les conseils de Cajétan, en lace des affaires intérieures de l'Allemagne, furent-ils prépondérants dans les résolutions finales du pape. Le légat eut à subir la mauvaise humeur et les colères des partis qui l'estimaient contraire à leurs ambitions. Le
28 juin 1519, Charles était élu empereur à l'unanimité. Le nouveau souverain, conscient des services que Cajétan avait rendus à sa cause, lui adressait de Barcelone, le
29 juillet, une lettre de très vifs remerciements. [Ruscelli,] Letlere di principi, Venise, 1581, t. i, p. 60 sq.; Flavius, op. cit., p. 905; Bzovius et Raynaldi, Ann. eccles., an. 1519; Bull. ord. pnvd., t. IV, p. 381; G. de Leva, Storia documentata di Carlo V, Venise, 1864, 1. 1, p. 391- 'i25; t. il, c. i, passim; Cossio, op. cit., p. 373 sq.
5° Cajétan, évêque de Gaète (13 avril 1519). Retour d'Allemagne et séjour à Rome. — Cajétan revint d'Allemagne à la lin de l'été' de 151!) et fui reçu solennellement à Rome par Léon X au consistoire du 5 septembre. Le pape l'accueillit avec une extrême bonté et lui donna pour sa résidence le palais de Sainte-Marie in Via Lohi. Cajétan avait accepté en commende l'archevêché de l'alerme, le 8 février 1518, et il le résigna entre les mains
CAJETAN
de Léon X, le 19 décembre 1519. Pendant qu'il était encore en Allemagne, le pape l'avait nommé, le 13 avril 1519, au petit évêcbé de Gaète, sa ville natale. Cajétan, mécontent de l'esprit qui régnait à la curie où il avait vainement, depuis assez longtemps, cherché à persuader la nécessité de réformes ecclésiastiques importantes, demanda, sans l'obtenir, semble-t-il, de pouvoir être exonéré d'assister aux consistoires, sauf pour les cas d'affaires importantes. Son attitude sévère et quelque peu protestatrice lui aliéna l'esprit du monde d'humanistes qui gravitait autour de Léon X. Le pape avait toutefois une confiance illimitée dans ses conseils. C'est ainsi que le cardinal prit une part très active à l'examen des affaires luthériennes et dut se rendre au consistoire du 23 mai 1520, tout malade qu'il était, parce qu'on devait y traiter ces matières et en particulier la condamnation solennelle de l'hérésiarque. C'est de ce consistoire que sortit la célèbre bulle Eocurge Domine du 14 juin suivant. A. de Altamura, Bibliotheca dominicana, p. 259; Pallavicini, Ilist. du concile de Trente, 1. 1, c. xxi; Gams, Séries episcopor uni, Batisbonne, 1873, p. 881,952; Pieper, Zur Entslehungsgesch., p. 61 ; Flavius, op. cit., p. 905; Quétif-Echard, op. cit., p. 173; Cossio, op. cit., p. 391; P. Kalkoff, Zu huiliers rômischen Prozess (Brieger's Zeilschrift fur Kirchengeschichte, t. xxv [1904], p. 90-147).
(i° Cajétan électeur d'Adrien VI (9 janvier 1522) et légat en Hongrie (1523-1524). — La mort de Léon X, 4 décembre 1521, ouvrit une succession des plus difficiles. Les cardinaux divisés semblaient ne pouvoir s'entendre pendant le conclave. Le cardinal Cajétan, poursuivant ses vues de réformes ecclésiastiques, fit prévaloir la candidature du cardinal Adrien d'Utrecht qu'il avait connu pendant sa légation en Allemagne. 11 servit aussi d'appui au nouveau pape dans ses tentatives de réformes, et supporta avec lui les critiques que les gens de la curie firent tomber sur ces propagateurs de l'esprit chrétien.
Le projet de croisade contre les Turcs ayant échoué par suite de l'agitation luthérienne, Soliman avait poursuivi sa marche de conquête et les frontières orientales de la chrétienté se trouvaient en extrême danger. Pour parer à cette situation, Adrien VI envoya, le 1er juin 1*523, le cardinal de Saint-Sixte comme légat en Hongrie, Bohême, Pologne, Allemagne et autres lieux frontières. Il était porteur d'une première somme importante, destinée à être employée contre les Turcs. Malheureusement, l'état intérieur de la Hongrie et surtout le peu de confiance que son jeune roi Louis inspirait au légat comme à ses sujets ne permirent pas d'obvier aux dangers qui menaçaient le royaume de saint Etienne. Le légat fit distribuer l'argent dont il disposait pour aider les villes de Dalmatie et de Croatie proches de l'ennemi. Il prit une part active aux négociations de Wiener-Neustadt, au mois d'octobre 1523, où la Pologne, la Hongrie et l'Autriche projetèrent une expédition pour le printemps de l'année suivante. La mort d'Adrien VI, 14 septembre 1523, surprit Cajétan en pleine légation. Clément VII le rappela à Borne. Flavius, .. op. cit., p. 906; Bull. ord. prxd., t. iv, p. 413; H. von Hôfler, PapstAdrian VI, Vienne, 1880, p. 90,237, 417; Cossio, op. cit., p. 404, 419.
7° Dernières années de Cajétan (1524-1534). — Bentré à Borne, Thomas de Vio se livra plus que jamais à une vie d'étude qu'il n'avait d'ailleurs jamais abandonnée. Ne pouvant servir l'Église en faisant prévaloir ses conseils, il lui fournit le concours d'une activité littéraire intense. La politique malheureuse de Clément VII vint lui rappeler, une fois encore, qu'il semblait voué à être le proche témoin des désastres de l'Église et, malgré ses avertissements, à ne pouvoir les empêcher. Au mois de mai 1527, Rome fut mise à sac par les troupes du connétable de Bourbon. Le cardinal de Saint-Sixte fut
fait prisonnier, couvert, comme plusieurs de ses collègues, des plus basses humiliations par une soldatesque forcenée, et condamné à payer pour sa rançon 5000 pièces d'or. Cajétan, qui était pauvre, dut recourir à l'emprunt pour satisfaire aux exigences des vainqueurs, et recevoir même des vêtements en aumône. Pour acquitter ses dettes autant que pour détourner ses regards des événements publics, il se relira dans son évêcbé de Gaète. [1 y resta jusqu'à l'automne de 1529, et revint alors à Borne, où les malheurs de l'Église commençaient à tourner les esprits vers des projets plus sérieux de réforme.
Dans la grave affaire du divorce du roi d'Angleterre, Clément VII commit au cardinal de Saint-Sixte l'examen des mémoires écrits sur cette question. Cajétan, dans sa consultation datée de Borne, 13 mars 1530, conclut contre les prétentions d'Henri VIII. Il adressa, quelques années plus tard, le 27 février 1534, un mémoire au roi d'Angleterre, à l'occasion de son mariage avec la veuve de son frère.
Les projets d'un futur concile firent porter les yeux de plusieurs vers Cajétan. Le cardinal Sadolet s'inlorrnait près de lui de ce qu'il fallait penser de cette affaire. Quand en 1534 Clément VII tomba malade, le nom du cardinal Cajétan fut mis en avant comme pouvant être celui du pape des réformes. Mais le cardinal de Saint- Si.vte se sentait gravement atteint et se préparait, avec une admirable résignation, à la mort. Elle survint le 10 octobre 1534. Il fut enseveli, en simple habit religieux et sans aucune pompe, selon ses désirs, sous le porche de l'église de la Minerve. Poursuivant jusque dans la mort ses idées réformatrices, il n'avait pas voulu contribuer à un abus qui encombrait, disait-il, de dépouilles mortelles des temples que l'on devrait réserver à la seule sainteté de Dieu. Flavius, op. cit., p. 906; J. Sadoleli Epislolx proprio nomine scriptse, Borne, 1760, part. I, p. 30i, 319; C. Milanesi, Il sacco di Ronia del mdxxvii, Florence, 1867, passim ; C. Bavioli, Le guerre dei sette anni sotto Clémente VI, Borne, 1883, p. 79 ; A. Ciaconius, Vit se et res gestx pontif. roman, et S. R. E. cardinalium, t. m, p. 392; Bullar. ord. prxd., t. iv, p. 466; Quétif-Echard, Script, ord. prxd., t. il, p. 15; Cossio, op. cit., p. 425-472.
II. Œuvres. — L'activité littéraire de Cajétan a été très considérable, et l'on aurait peine à comprendre qu'un homme, qui occupa si longtemps de hautes charges administratives, et dut prendre part aux plus graves affaires de son temps, ait pu la fournir, si l'on ne savait que Cajétan ne cessait d'étudier et d'écrire, même au milieu des occupations les plus absorbantes. Comme presque tous ses écrits portent la date à laquelle ils ont été achevés, il est aisé de voir comment leur composition coïncide quelquefois avec les moments où il aurait dû être le plus absorbé par les affaires extérieures ou le moins libre d'esprit. C'est ainsi que dix de ses opuscules portent les dates de divers jours du mois d'octobre 1518, c'est-à-dire du temps où il eut à traiter avec Luther à Augsbourg; que la Summula peccatorum et les Jentacula furent écrits pendant sa légation de Hongrie; qu'il continuait ses commentaires sur l'Écriture au milieu des horreurs du sac de Borne, en 1527.
Les écrits de Cajétan peuvent se diviser en œuvres philosophiques, théologiques et exégétiques. Dans leur ensemble elles ont été composées dans cet ordre, et nous l'adopterons dans le catalogue qui va suivre. Comme presque toutes les compositions de Cajétan sont datées, nous donnerons entre parenthèses, après le titre, ce renseignement fourni par l'auteur lui-même. Quétif- Echard ont dressé le catalogue de 82 opuscules théologiques selon leur ordre chronologique, p. 19-26; et Cossio, p. 497-501, a réuni, en une suite semblable, 114 titres d'ouvrages. Nous rapprocherons de préférence, ici, les écrits de Cajétan d'après leur affinité naturelle.
CAJETAN
Il n'existe malheureusement pas d'édition complète des œuvres de Cajétan. Cependant certaines parties ont été réunies ensemble, telles les œuvres exégétiques publiées à Lyon, 1039, en 5 in-fol. On a aussi cherché' à rassembler ses divers traités, grands ou petits, en diverses collections auxquelles on a donné le nom d'opuscules; mais aucune édition n'est complète, et le groupement du contenu n'est opéré ni selon l'ordre chronologique ni selon la nature des sujets. Dans rénumération que nous en ferons plus loin, nous les rapprocherons selon l'ordre des matières, et nous renverrons, à la suite de Quétif-Echard, aux deux éditions d'Anvers, 1612, et de Lyon, 1541, parce qu'elles se complètent. La première, que nous indiquerons par A, est divisée en trois livres; et la seconde, que nous désignerons par L, est divisée en quatre livres. Pour plus de commodité nous donnerons ici tout d'abord les principales éditions d'opuscules.
/. opuscules. — Opuscula aurea de diversis ac curiosissimis materiis tam practicis quam speculativis, in-4°, Paris, 1511. Cette collection contient une trentaine d'opuscules. — Quxstiones quodlibelales cum aliquot asserlionibus contra lutheranos, et aliis difficullatum theologarum enodationibus in communem studiosorum usum non mediocri labore nusquam antea in talem ordinem digestis, in-8°, Paris, 1530. Contient plusieurs opuscules qui ne sont pas dans les deux grandes collections. — De commitnione, confessione, salisfactione, invocatione sanctorum adversus lutheranos tractatus, Rome, 1531. — Opuscula adversus lutheranos, videlicet, de fide et operibus, de communione, de confessione, de salisfaclione, de invocatione sanctorum, responsiones ad septemdecim quœsila, in-8", Lyon, 1536. — Opuscula, quœsliunes et quodlibeta, in-fol., Lyon, 1541. — Opuscula omnia tribus tomis distincta, in-fol., Lyon, 1558, 1567, 1581, 1588; Venise, 1588, 1612; Anvers, 1612. Collection de 59 opuscules.
//. œuvres philosophiques. — 1° Commentaria super tractation de ente et essentiel Thomœ de Aquino ; super libros posterioruni Aiistotelis et prsedicamenta ; tractatus de analogia nominum ; quœslio de subjecto philosophiœ ; tractatus de cambiis, in-fol., Venise, 1506.
— 2° In prœdicabilia Porphyrii, prsedicamenta et libros posterioruni anahjticorum Aristotelis casligatissima commentaria, in-8°, Venise, 1587, 1599. — 3° Super libros Aristotelis de anima (Rome, 1512), quœsliones de sensu agente et de sensibilibus ; de substantia orbis Jo. de Gandavo cum quœstionibus ejusdem, in-fol., Venise, 1514 (deux éditions ditférentes, Panzer, t. VIII, p. 418, 422), in-fol., Paris, 1539. — 4° Metap/iysica contracta a Thoma Maria Giovio, in-4", Lologne, 1688. — 5° De nominum analogia (Pavie, 1er septembre 1498), A, m, 5. — 6° De subjecto naluralis philosophise, an sit ens mobile (s. d.), A, m, 4. — 7" Super duo de conceptu enlis qusesita (Home, 27 février 1519), L, il, 16; A, ni, 6. — 8° De Dei infinitale (Pavie, 10 septembre 1499), A, m, 2. — Quétif-Echard signalent, p. 17, comme manuscrits existant de leur temps dans la Bibliothèque royale à Paris : 9° Commentarii in octo libros physicorum (cod. 4824); 10° Commentarii in libros Aristotelis quatuor de cœlo et mundo (cod. 5124). — Léandre Alberti connaissait : 11° les Commentarii super metaphysicam (Quétif- Echard, op. cit.), probablement l'ouvrage abrégé par T. M. Giovio, indiqué ci-dessus.
///. œuviies THÉOLOGIQUES. — 1° Commentarii in Jara partem Summse tfœologicse S. Thomœ de Aquino (Home, 2 mai 1507), in-fol., Venise, 1508; Paris, 1514.
— 2° In /"" 11" (Rome, 29 décembre 1511), in-fol., Venise, 1514. — 3° In 11™ 11* (Rome, 2G février 1517), in-fol., Venise, 1518; in-4°, Paris, 1519; Venise, 1522, 1537, etc.- lu HI*m partem (Rome, I9décembrel520)..., 1523; in-fol., Lologne, 1528; Venise, 1533; Lyon, 1558.
Pour suppléer à la partie qui manque à la Somme de saint Thomas, Cajétan a ajout.'1 les questions suivantes qui ne se trouvent pas dans toutes les éditions citées : 1. De allritione et contritione ; 2. De confessione ; 3. De satisjactione ; 4. De ministro sacramenti pœnilentiœ ; 5. De indulgent iarum thesauro ; 6. De causa indulgentiarum ; 7. De suscipientibus indulgentias ; 8. De modo tradendi seu recipiendi sacros ordines ; 0. De contractu matrimonii; 10. De usu matrimuuii ; 11. De delectatione morosa. — 5° Commentaria in Summam théologies S. Thomœ. Les éditions intégrales du commentaire ont paru tantôt seules, tantùt avec le texte de la Somme de saint Thomas : 4 in-fol., Lyon, 1540, 1541, 1552; Rome, 1570, dans l'édition complète des œuvres de saint Thomas, dite édition de saint Pie V; 4 in-iol., Lyon, 1575; Stelsii, 1577; Lyon, 1581; Rome, 1588; 5 in-4°, Venise, 1588; 7 in-8% Rergame, 1590; Venise, 1596, avec les commentaires de Javelli et de Capponi ; Anvers, 1612; Padoue, 1698; 10 in-fol., Rome, 1773; Lyre (1892), sur la Iro partie de la Somme, édit. de H. Prosper; Rome, 1888, dans l'édition léonine des œuvres de saint Thomas, t. iv sq. — 6° Summula de peccatis (en Pannonie, 15 juin 1524), in-8», Rome, 1525; Venise, 1525; Paris, 1526, 1530; Lyon, 1529, 1539, 1550, 1565, 1581; Venise, 1584; Douai, 1613, studio Gaugerici Hispani, 1627. — 7° An in rébus naturalibus detur potentia neutra, et an potentia receptiva actuum supernaturalium sit naluralis, A, m, 3. — 8° De ftde et operibus adversus lutheranos, in-4°, Rome, 1532, A, m, 10. — 9° Vtrum homo homini superiori tenealur obedire in his in quibus oportet se exponere periculo morlis (Rome, 27 novembre 1522), A, m, 8. — 10° De preecepto eleemosynse mentem S. Thomse quam quidam in sua Summa sequius inlcrpretabantur, declarans (1196), A, il, 5; L, m, 4. — 11° Vtrum liceat maleficium solvere opéra male/ici ad hoc parati utendo (Milan, 26 mars 1500), L, m, 10, q. iv ; A, II, 12. — 12° Utrum volum non nubendi œquivaleat voto castilalis (Milan, 18 décembre 1500), A, II, 11. — 13° Vtrum per votum quo quis promittit offerre aliquid cuidam imagini B. V. sit acquisitumjus illi Ecclesiœ (Mantoue, 13 mars 1500), L, m, 10, q. m. — 14° Vtrum emissurum professionis votum possit absolute renunciare propinqui hœreditatem quam probabilité)' dubitat maie adepto aère infectant (Milan, 29 septembre 1500), L, m, 10, q. II. — 15° An ingressus religionem cum proposito deliberato perseverandi, ad religionem tenealur (Rome, 11 novembre 1512), L, il, 4, R. 3. — 16° An Judseis in nullo culpabilibus possit negari ingressus religionis (Sienne, 21 septembre 1514), L, il, 4, R. 6. — 17° An religiosus foetus episcopus teneatur debito legali ad observantias rcgulares (Rome, 13 février 1518), L, il, 3, q. xxn. — 18° Vtrum Peints consignons centum /lorenos apud Paulum mercatorem ut ei pro parle lucri, capitali salvo, assigne! per annum quinque jloretios residuo lucri Paulo mercatori servato, licite contrahat (Rome, 1er avril 1515), L, II, 4, H. 11.— 19" De usura, quœstiones sex (Milan, 2-24 avril 1500), A, il, 8; L, m, 7. — 20" De cambiis (Milan, 9 décembre 1499), A, il, 7; L, ni, 6. — 21° De monte pietatis (Pavie, 13 juillet 1598), in-4°, Rome, 1515 (existe une édition antérieure d'une dizaine d'années), A, II, 6; L, ni, 5. — 22° Circa empiionem rerum raptarum in bcllo injusto (Rome, 27 novembre 1519), L, il, 4, R. 17. — 23° Quœsliones de sacramentis (ce sont celles indiquées plus haut qui forment le complément des commentaires à la 1 1 Ia de la Somme théologique), A, i, 4; L, il, 1. — 24° De obligatione prxcepti (Rome, 14 février 1518), A, i, 25; L, il, 3-, q. xxi. — 25° De voto et unilate vel pluri/icatione nurnerali peccati actus exterioris propter disconlinuatioucm actus interioris voluntatis (Florence, 27 août 1508), L, n, 35. —26° Anjuslus timendo pœnam peccet (Augsbourg, 24 octobre 1518), A, i, 2i . —
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