Satisfactiones laboriosœ Les satisfactions laborieuses
justilicatorum non valent ex- de ceux qui ont été justifiés ne
piare de condigno pœnam tem- peuvent pas expier de condi-
poralem restantem post culpam gno la peine temporelle qui
condonatam. Baiana, p. 123. reste après la rémission delà coulpe.
Toutes ces propositions se rapportent à une idée que Baius développe dans le chapitre vin du traité De indulgentiis. Il se demande en quel sens on peut dire que les indulgences sont accordées par les mérites des saints, ceux-ci n'étant pas rédempteurs. Il ne faut point entendre par là, répond-il, qu'aucun saint puisse être auprès de Dieu propitiation pour nos péchés, qu'il puisse mériter en justice, justo judicio, que nos péchés nous soient réunis; car Jésus-Christ est l'unique rédempteur et sa passion seule est un juste prix pour nos péchés. Mais Dieu attache la rémission des péchés et des peines temporelles aux mérites des saints et aux œuvres satisfuctoires des justes, comme Jésus-Christ attachait les guérisons corporelles à la foi des malades. Viennent alors les propositions 59* et GO, dont les deux autres ne sont qu'une expression différente. Pour mieux comprendre la pensée di l'auteur, il est hon de connaître ce qu'il dit, dans sa grande apologie, pour défendre la proposition 10e: « Pour pouvoir parler proprement de récompense, il faut un mérite de condigno absolument indépendant; » ce qui ne saurait se dire des mérites des saints ou des œuvres expiatoires des justes, d'après la doctrine même du concile de Trente, sess. XIV, c. VIII. Den/.inger, Enchiridion, n. 783.
Il est étonnant d'entendre Baius invoquer l'autorité du concile de Trente, non pour en appuyer l'enseignement, mais pour le méconnaître et le dénaturer. Sans doute, c'est par Jésus-Christ et en Jésus-Christ que tout homme mérite et satisfait, et pour cela même nous ne
sommes jamais, même partiellement, nos rédempteurs; mais il n'en est pas moins vrai que les bonnes ouvres, appuyées sur les mérites et les satisfactions de l'unique rédempteur, ont elles-mêmes une valeur intrinsèque dans l'ordre du mérite et de la satislaction. Et quand ces bonnes œuvres se trouvent jointes aux conditions voulues, rien ne s'oppose à ce qu'elles soient une juste compensation pour la peine temporelle due au péché pardonné, et par conséquent à ce qu'elles aient une valeur méritoire ou satisfactoire de condigno. En exigeant que la valeur même des actes soit indépendante de tout autre principe, Baius a confondu avec la simple satisfaction de condigno ce qu'on appelle satisfaction en toute rigueur de justice; ou bien encore, il a confondu le mérite et la satisfaction qu'on a par sa propre vertu avec le mérite et la satisfaction qu'on a par participation à la vertu d'un autre, Jésus-Christ dans le cas présent. Du reste, par suite de ses idées erronées sur le fondement du mérite dans l'état présent comme dans l'état de justice originelle, le docteur lovaniste ne pouvait pas concevoir cette valeur intrinsèque que les bonnes œuvres des justes doivent à la grâce de Jésus-Christ, les pénétrant en quelque sorte et les informant dans l'ordre du mérite et de la satisfaction. La doctrine catholique lui devenait, sur tous ces points, inintelligible. Corps de doctrine, c. Xiv, Baiana, p. 180 sq.; Bellarmin, De pœnitentia, 1. IV, c. vu sq.; Vasquez, Comment, in Sum. tlieol., IIIa, q. xciv, a. 1, dub. 3.
72. Omnes omnino justorum affiietiones sunt ultiones peccatorum ipsorum : unde et Job et martyres, quœ passi sunt, propter peccata sua passi sunt.
Annot., 16, in Censur. Sorbon. ; Baiana, p. 120.