‹ Dictionnaire de thérapeutique médicale et chirurgicaleChapitre 278 sur 731 · DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE

La monomanie est la forme la plus fréquente de la folie et se moulre sans fièvre avec nu délire partiel d’amour, de jalousie, de lubricité, d’ambitiou, de maladies imaginaires, d’amour divin ou de terreurs diaboliques, d’homicide ou de suicide, d’incendie, de prodigalité, de vol, etc. , mais dans ce cas l’intelligence peut rester entière sur tous les autres points.

Les différentes monomanies durent de quelques jours à quelques semaines, mais ordinairement elles se prolongent plusieurs années et sont incurables.

C’est dans la monomanie que paraissent surtout les hallucinations ou les illusions sensorielles, qui sont le point de départ du délire et qui entraînent les malades à des déterminations fâcheuses caractéristiques de la folie. Toutefois on peut avoir des hallucinations sans être menacé de perdre la raison.

Se croire poursuivi par des ennemis acharnés, dont on entend les pas ou la voix, penser que chacun se moque de vous, imaginer qu’on est trompé par sa femme ou traqué par la police, amasser des millions imaginaires,^ jouer au roi ou à la mère, en prenant sérieusement comme sceptre ou comme enfant un morceau de bois ou de chiffon, entendre les insultes d’un innocent qu’on tue, être persuadé qu’on est méconnu ou qu’on souffre et vouloir se détruire, se croire poursuivi par le démon dont on sent les coups, telles sont les hallucinations qui engendrent les différentes formes de la monomanie mélancolique, jalouse, ambitieuse, homicide, suicide, religieuse, etc. V. Hallucinations.

Thérapeutique. — La monomanie est souvent incurable. Cependant il y a des malades qui guérissent après plusieurs récidives. Tant que la monomanie d'un individu ne porte aucune atteinte au bien-être d’autrui, ne compromet pas leur sécurité ou leur vie, il ne faut pas user de rigueur ni recourir à la séquestration.' Il y a même des monomanies de collectionneurs, d’avares, de jaloux, de mystiques, de prodigues, de lubriques ou d’hallucinés qu’il faut bien se garder d’envisager trop légèrement comme de la folie, sous peine de déconsidérer lascience médicale en la mettant au service des passions politiques, des haines personnelles, des vengeances particulières ou de l’avidité des familles.

Dans la monomanie, la mesure de l’intervention dn médecin se commande par le danger que le monomane fait courir à ceux qui l’entourent. Là où il n'y a pas de danger pour la famille, il n’y a pas lieu de proposer des mesures trop sévères d’isolement, et c est à la conscience de chaque médecin d’apprécier ce qu’il convient de faire.

autres, cela est moins nécessaire ; cependant, si la monomanie est très-gênante et très-compromettante pour la famille, et s’il y a un traitement à suivre, il faut isoler les malades dans une maison spéciale dirigée par un médecin. En dehors de ces cas particuliers, le séjour à la campagne, dans une maison solitaire, sous la surveillance de serviteurs dévoués et les voyages peuvent suffire.

Aucun remède nè guérit la monomanie; il n’y a que le temps et une bonne hygiène qui puissent quelque chose contre cette maladie.

Il y a cependant un traitement moral (Leuret) auquel on peut recourir. — Il consiste, lorsqu’on a le malade dans une maison de santé, loin de toute préoccupation extérieure, à causer avec lui sur ce dont il parle avec lucidité, et à le punir s’il tombe dans le sujet de sa monomanie. — Le médecin qui récompense ses malades par le plaisir de la société ou des repas en commun, par la promenade, le concert ou toute autre distraction de bon goût, tant qu’ils restent dans les voies de la raison, et qui les punit des arrêts ou de la douche, lorsqu’ils déraisonnent, arrive quelquefois à redonner aux esprits fatigués et délirants l’habitude du sens commun qu’ils avaient perdue, et par l’effet du plaisir ou de la crainte, il obtient de véritables guérisons. V. plus loin le résumé de la Thérapeutique de la folie.

Folie alcoolîqsie OU Beiiriam fremens.

La folie alcoolique ou delirium tremens est une manie aiguë qui se développe sous l’influence des excès de boisson, et dans laquelle le malade fou furieux, très-violent, affecté de délire général, offre un tremblement des mains et des pieds plus ou moins caractérisé.

i a folie alcoolique débute d’emblée par le fait de l’intempérance ou sous l’influence d’une maladie aiguë, telle que la pneumonie, la variole, etc.

La folie alcoolique, encore peu ancienne, guérit aisément par le repos, la sobriété, mais après plusieurs attaques elle est incurable.

Thérapeutique. — Contenir les fureurs de la folie alcoolique, au moyen de la camisole, — garder les malades au repos, à une diçte modérée, à l’eau rougie; donnez une potion ammoniacale, ou bien 5 a 15 centigrammes d’opium par jour, en trois ou quatre fois, tel est le traitement de cette forme de l’aliénation.

Page 1