‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avee l'indication des moyens de les reconnaìtre (volume 2)Chapitre 95 sur 192 · CINABRE · texte numérisé non relu

CINABRE

à cassure brillante et cristalline, se réduisant par la trituration en une poudre d'un rouge vif, connue sous le nom de u£rmillon. Le cinabre est insipide, inaltérable à l'air, volatil en vase clos, décomposable par la chaleur au contact de F air.

Usages. — Le cinabre est très-employé en peinture.

Falsifications. — Le cinabre, surtout à l'état de vermillon, est sophistiqué avec du minium, de Y oxyde rouge de fer ou colcoùxr, de la brique pilée, du sang-dragon, du réalgar ou sulfure rouge d'arsenic, du silicate d'alumine.

Le cinabre mêlé de minium a un aspect terne; traité par l'acide nitrique, il se colore en brun par la formation de l'oxyde puce.

D'ailleurs, presque toutes les substances avec lesquelles on fraude le cinabre , pourront se reconnaître par l'action de la chaleur ; le réalgar seul est volatil. De plus, s'il contient une matière organique, telle que le sang-dragon, l'action de la chaleur produit un charbon boursouflé. Le résidu fixe sera traité par l'acide nitrique; la partie insoluble sera de la brique pilée, ou du silicate d'alumine (1) si elle est blanche.

La partie soluble sera traitée par l'ammoniaque, qui y déterminera un précipité jaunâtre d'oxyde de fer mêlé d'oxyde blanc de plomb, s'il y avait du minium dans le cinabre. Dans ce dernier cas, on aura, en outre, un précipité blanc avec le sulfate de soude, noirâtre avec l'hydrogène sulfuré.

Le cinabre sera préalablement traité par l'alcool, qui ne dissoudra que le sang-dragon, si cette résine a servi à le frauder.

La présence du réalgar sera décelée soit par l'apparition d'une fumée blanche et l'odeur alliacée qu'exhalera une petite quantité de cinabre, projetée sur une plaque de fer rouge, soit en faisant bouillir le vermillon avec de la potasse caustique; le liquide, décanté et saturé par l'acide chlorhydrique, donnera un précipité jaune de sulfure d'arsenic sous l'influence d'un courant d'hydrogène sulfuré.

(1) M. Magonty, de Bordeaux, a trouvé jusqu'à 20 °/0 de silicate d'alumine dans un échantillon de cinabre.

La cire est une substance solide, compacte, d'un jaune plus ou moins foncé, fournie par l'abeille (apis mellifica), insecte delà famille des Mellifères, ordre des Hyménoptères. C'est la matière qui compose les rayons dans lesquels l'abeille dépose ses œufs et le miel qui doit servir à sa nourriture pendant l'hiver.La cire est insoluble dans Veau, soluble dans les huiles fixes, dans 20 p. d'alcool et d'éther bouillants, dans l'essence de térébenthine. Sa saveur est presque nulle; son odeur aromatique, analogue à celle du miel; elle est sèche, non grasse au toucher, tenace et cependant cassante; sa cassure est nette, à surface un peu grenue. La cire fond à 62°; elle est inflammable et brûle sans résidu ; sa densité, est 0,972.

Dans le commerce, il y a deux sortes de cire : la cire jaune ou cire brute, et la cire blanche ou cire vierge. On la trouve sous forme de pains orbiculaires et de prismes allongés rectangulaires.

Usages. — La cire sert à faire des bougies de luxe, des cierges ; elle sert au moulage des figures, des pièces anatomiques ; elle entre dans la composition de l'encaustique ; elle sert à la préparation des crayons lithographiques, du mastic de bouteilles. La cire jaune sert au frottage des appartements. En pharmacie, la cire blanche est employée à préparer les cérats, certaines pommades et onguents.

Falsifications. — La cire est falsifiée avec les résines, le galipot, \& poix de Bourgogne, les substances terreuses, le soufre en fleurs, Y amidon et les substances amylacées, le suif, IV cide stéarique, Y ocre jaune, les os calcinés, la sciure de bois, Yeau.

La présence des résines, du galipot dans la cire jaune, se reconnaît d'abord à la viscosité, à l'odeur et à la couleur; puis en traitant à froid la cire par l'alcool, ce véhicule dissoudra la résine, la cire y étant peu ou point soluble. La liqueur alcoolique évaporée donnera pour résidu les résines, que Ton reconnaîtra à l'odeur qu'elles exhaleront lorsqu'on les projettera sur des charbons. En traitant à chaud la cire par

l'essence de térébenthine, ainsi que l'a indiqué H. Delpeck, l'amidon et les substances amylacées ou terreuses resteront comme résidu; la cire seule sera dissoute. On pourra encore faire bouillir la cire avec de l'eau, et essayer par la teinture d'iode, le liquide froid et clair; s'il contient de la fécule, il aura d'abord la consistance de l'empois et prendra la coloration bleue caractéristique. Ou bien, on traitera à chaud la cire par 2 p. d'acide sulfurique étendu de 100p. d'eau, l'amidon sera transformé en dextrine et restera en dissolution; en laissant refroidir et décantant, on recueillera la cire qui se sera figée à la surface du liquide, et après l'avoir lavée et séchée, on pourra apprécier le poids de la fécule parla différence de poids de la cire avant et après cette opération. Ce moyen de découvrir la fraude peut aussi servir à purifier la cire, de la fécule qu'elle contient.

HH. Bonnard et Thieullen ont ainsi trouvé dans le corn* merce, des pains de cire contenant 60 % de fécule ; H. Sentin a trouvé de la cire jaune qui en contenait 50 °/o, et M, Lau- < rent> de Marseille, 40 o/0.

La falsification de la cire par la fécule a été signalée en premier lieu par M. Delpech, pharmacien à Bourg-la-Reine, près Paris* Cette cire falsifiée est moins onctueuse et moins tenace; elle se divise par le choc en petits fragments grumeleux ; sa couleur est jaune terne ; elle ne se dissout pas entièrement dans l'essence de térébenthine et laisse un . dépôt blanc facile à reconnaître au moyen de la teinture d'iode (1).

La falsification de la cire par le suif peut d'abord se reconnaître à sa saveur et à son odeur désagréables. Elle est moins cassante, plus onctueuse au toucher ; projetée sur des char- Ci) Dans un travail récent, un élève en pharmacie, M. Martin, de Brou (Eure-et-Loir), a fait connaître, 1» que de la cire vendue par un paysan à un pharmacien contenait 68 de farine et 31 de cire ; 9° que l'on peut mêler une grande quantité de farine à la cire jaune sans que la couleur soit sensiblement altérée ; 3° que la cire qui renferme 10% de farine prend une couleur bleuâtre par son séjour dans l'eau iodée; 4« que le mélange dans lequel il entre ?3 •/„ de farine, au lieu de surnager, tombe au fond de l'eau lorsqu'on le met en contact avec ce liquide.

CUtis.

bons ardents, elle répand une fumée plus épaisse que ne le fait la cire pure. Cette cire falsifiée donne, à la distillation, un liquide contenant de l'acide sébacique,qui forme avec l'acétate de plomb un précipité blanc de sébate de plomb. Ce moyen a été proposé par MM. J. Boudet et Boissenot. Depuis, M. Le~ page, de Gisors, a conseillé de mettre en communication le récipient de l'appareil distUiatoire avec un petit flacon contenant de l'eau distillée pour condensa* Yacroléine (4), reoonnaissable à l'action de sa vapeur sur les yeux et les organes de la respiration.

Pour reconnaître le suif dans la cire, M. Lepage a fait des expériences sur les variations du point de fusion de la cire allongée de oe corps gras. Il a dressé le tableau suivant, à l'inspection duquel on voit qu'il est possible de déceler, à l'aide du point de fusion, 1/8 de suif dans la cire.

Fusion.

Cire jaune 64°c

Cire jaune renfermant son poids de suif 59 à 60°c

Fusion.

Cire blanche 69 à70<*

Cire blanche renfermant son poids de suif 64<*

67oc

M. V. Legrip a également fait des expériences dans le but de reconnaître les mélanges de cire et de suif, par le point de fusion; les résultats qu'il a obtenus ne s'accordent pas tout à fait avec ceux de M. Lepage.

M. Legrip, pensant que le point de fusion ne peut indiquer la fraude que d'une manière imparfaite , a pris la densité comme moyen de distinction. Il a obtenu le même nombre 0,962 pour la densité de la cire jaune et de la cire blanche, et

(1) Corps liquide observé d'abord par Brandes, puis étudié par Berzélius et M. Redtenbacher . Il se forme dans la distillation des graisses, des huiles et autres combinaisons où se trouve la glycérine.

0,884 pour celle du suif. Puis il a préparée + 15<* (1), 2 liqueurs cérométriques : Tune, dont le poids d'un volume soit égal au poids d'un volume semblable de oire exempte de suif, et marquant 29° à l'alcoomètre de H. Gay-Lussac ; l'autre, dont un volume soit égal en poids à un volume de suif exempt de cire, et marquant 46° à l'alcoomètre. Tout mélange de ces deux liqueurs, en proportion quelconque, représentera un mélange correspondant de cire et de suif; ainsi un mélange, à parties égales, des deux liqueurs représentera un mélange de 50 p. de cire et de 50 p. de suif.

On peut encore prendre un échantillon moyen de laxire h examiner, et on le plonge à + *8*S dans une liqueur oérométrique préparée avec des proportions d'eau et d'alcool, telles que l'échantiMon reste suspendu au milieu du liquide sans pouvoir ni gagner la surface, ni atteindre le fond.

L'échantillon de cire enlevé, on le remplace par l'alcoomètre, et le degré marqué par ce dernier étant toujours entre 29 et 46, indique la richesse en cire ou le degré cérométriqoe de l'échantillon soumis à l'essai, et par suite la quantité de suif qui y aura été introduite.

Ainsi, d'après les expériences de M. Legrip, la liqueur ce* rométrique marquant à l'alcoomètre 29° représentera :

cire 100, suif

35,5 cire 75, smf 25.

37,5 cire 50, suif 50.

41,7 cire 25, suif 75.

46 cire 0, suif 100.

tl est clair qu'on pourra construire un céromètre ayant une échelle centésimale; le point inférieur, cire 100, répandrait à 29° de l'alcoomètre, et le point supérieur, cire 0, & 46.

M. E. Geith a indiqué le moyen suivant pour déceler la falsification de la cire par le suif : on met dans une cornue 4 gr. de cire avec 60 gr. d'alcool à 0,80; on fiait bouillir et cm verse le tout dans un autre vase, contenant 50 gr. d'alcool à 0,80 froid; on lave la cornue avec 30 gr. d'alcool bouillant.

(l)Cette température est très-importante à maintenir; faute de ce soin, l'opération ne réussit pas.

Lorsque le mélange est refroidi, on filtre et on ajoute 60 gr. d'alcool à 0,80 sur le résidu. La cire est ensuite mise dans une capsule avec 4 gr. de carbonate de soude et 24 gr. d'eau distillée, et bouillie jusqu'à ce que le fond de la capsule commence à se couvrir de carbonate de soude. On ajoute encore 30 gr. d'alcool à 0,80 à la masse chaude, en remuant le tout avec un pilon, jusqu'à ce que la matière insoluble forme une poudre fine. On ajoute alors quelques grammes d'alcool à 0,50 après refroidissement ; on filtre et on lave le dépôt sur le filtre avec de l'alcool à 0,50, aussi longtemps que la liqueur filtrée est troublée par une solution acide d'acétate de plomb ; puis on l'introduit dans une fiole à médecine et on la secoue fortement. Si la cire est pure , une légère écume se forme à la surface, mais disparaît au bout de quelques minutes; si elle est fraudée seulement de 2 ou 3 % de suif ou d'acide stéarique , il se produit une écume très-abondante qui exige une demi-heure à une heure pour disparaître. En ajoutant au liquide contenu dans la fiole un excès d'acide acétique , le liquide deviendra à peine opalin, si la cire est pure; si celle-ci contient do suif ou de l'acide stéarique, il s'y produira un précipité floconneux plus ou moins abondant, qui montera graduellement à la surface du liquide.

La falsification de la cire par l'acide stéarique , signalée par M. Lacassin, peut se reconnaître, d'après M. C. Begnard, au moyen de l'eau de chaux ou de l'ammoniaque ; mais le premier réactif est préférable au second.

On chauffe l'eau de chaux avec la cire à examiner, préalablement coupée en lanières aussi minces que possible. Si la cire est pure, l'eau de chaux reste transparente ; dans le cas contraire, elle perd bientôt sa transparence et sa propriété de ramener au bleu le papier de tournesol rougi ; il se forme un louche très-sensible, et un dépôt de matière blanche qui est du stéarate de chaux insoluble. Avec une eau de chaux de force connue, on pourra reconnaître la proportion d'acide stéarique contenue dans la cire, sachant combien il faut d'eau de chaux pour saturer une quantité déterminée d'acide stéarique.

Si Ton broie dans un mortier la cire avec de l'ammoniaque,

le liquide se trouble si la cire contient de l'*cide stéarique, et il se forme du stéarate d'ammoniaque ; mais le louche ne paraît pas si on agit sur des liqueurs étendues.

Le mélange de cire et de poudre d'os calcinés pourra se reconnaître à l'aide de l'essence de térébenthine, qui ne dissoudra que la cire et laissera pour résidu insoluble la poudre d'os ; celle-ci fera effervescence avec les acides et fournira une liqueur qui donnera avec l'ammoniaque un précipité blanc de phosphate de chaux; avec l'oxalate d'ammoniaque, qn précipité blanc d'oxalate de chaux.

Quant à l'eau que quelques marchands incorporent à la cire, par l'agitation après fusion, afin d'en augmenter le poids, on la reconnaîtra par la perte de poids qu'aura éprouvée la cire après sa dessiccation au bain-marie. On a trouvé ainsi de la cire qui contenait environ 6 °/o d'eau. Par la cassure des morceaux de cire , et l'examen attentif de l'intérieur, on pourra s'assurer s'ils contiennent des terres ou pierres introduites pour donner du poids.

Quelquefois aussi on trouve des pains de cire fourrés, c'est- î à-dire composés à l'extérieur de bonne cire et contenant intérieurement et au milieu du pain, de la cire de qualité infé- . rieure.

La cire mêlée à la fleur de soufre, projetée sur une pelle • rouge, exhale une odeur marquée d'acide sulfureux.

On a trouvé de la cire brute qui contenait 17 % d*ocre jaune. Cette falsification se reconnaîtra parla liquéfaction dans l'eau ; le précipité qui se formera sera d'une couleur jaune ci~ trine ; dissous dans l'acide chlorhydrique , il donnera par l'addition de quelques gouttes de cyanure jaune, un précipité de bleu de Prusse.

Le citrate de potasse est un sel déliquescent, soluble dans l'eau, formant le principal ingrédient d'un médicament connu sous le nom de mixture saline.

M. W. Nodgson a trouvé dans le commerce, du citrate de

214 CCVÉTTB.

potasse qui n'était qu'an mélange de bicarbonate de pdtasse, d'acide tartrique et de sucre . Cette fraude grossière se reconnaîtrait facilement, en dissolvant dans l'eau le prétendu citrate ; il se manifesterait aussi une vive effervescence* due au dégagement d'acide carbonique ; de plus, le liquide serait douceâtre au lieu d'être acide ; le sel (tartrate de potasse) projeté sur des charbons incandescents répandrait l'odeur de caramel, caractéristique des tartrates.

OIVJCTTJC.

Ce qu'on vend dans le commerce sous le nom de civette est une matière semi-fluide, onctueuse, jaunâtre, et qui brunit en i vieillissant; elle a une odeur forte et désagréable en masse, suave et agréable lorsqu'elle est divisée. Cette matière se retire, au moyen de cuillers, d'une poche profonde située audesçous de l'anus de la civette (viverra zibethaetviverracivetta) ou chat musqué, mammifère de Tordre des Carnassiers, tribu des carnivores digitigrades, qui habite l'Asie et les parties les plus chaudes de l'Afrique. Elle est sécrétée par des glandes ! situées autour de la poche, qui est divisée en deux sacs.

D'après les recherches de M. Boutron-Charlard , la civette contient de l'ammoniaque libre; de Yhuilevolatile; de la résine ; de la graisse; une matière extracti forme brune et solùble dans f«m;iune matière animale insoluble dans feau et l'alcool, soluble dans la potasse; du carbonate et du sulfate de potasse; du phosphate de chaux ; un peu d'oxyde de fer.

Usages. — La civette est stimulante et antispasmodique; . elle est particulièrement employée en parfumerie.

Falsifications. — La civette est falsifiée dans le commerce par son mélange avec des corps gras (miel, saindoux , beurre ronce, etc.), du sang desséché, de la terre, du sable.

La civette de bonne qualité ne contient pas de grumeaux : durs, elle n'a point de parties opaques, elle est transparente, . parfaitement homogène, de couleur brune ou jaune clair ; elle 1 a la consistance du miel et s'étend facilement sur le papier en ■ répandant une odeur très-forte.

C'est particulièrement à l'aide d'un examen comparatif

avec la bonne civette, que l'on pourra juger de la qualité de j celle que Ton aura à examiner.

cochsjthu.

La cochenille est un insecte du genre coccus, famille des gallinsectes, ordre des hémiptères.

On connaît deux sortes de cochenille : la cochenille sylvestre ou satwage, et la cochenille fine, ou mestèque, ou cultivée. La cochenille sylvestre est très-petite, légère, recouverte d'un duvet ou bourre d'apparence cotonneuse; on la trouve à Saint-Domingue, dans les autres Antilles' et dans d'autres contrées de l'Amérique; elle n'est pas estimée dans le commerce à cause du peu de teinture qu'elle fournit.

La cochenille mestèque est, pour ainsi dire, la seule que Ton trouve dans le commerce; elle est appelée mestèque, du nom d'une ville du Mexique, dans la province de Honduras. Ge sont principalement les Mexicains de Guaxaca, d'Oxaca, de Guatimala, de Thfôcala, d'Honduras, qui s'occupent de cette branche de commerce. On cultive ta cochenille avec succès aux îles Canaries. M. Simonnet est-parvenu à l'acclimater en Algérie. La plante que la cochenille semble affectionner et au suc de laquelle elle doit, dit-on, sa couleur, est le nopalli ou nopal (cactus coccinilifer).

Dans le commerce, la cochenille se présente sous; forme de grains plus ou moins volumineux, rugueux, ridés à la surface; les rides sont plus, ou moins remplies d'une substance blanche. Suivant le mode employé pour faire mourir l'insecte, on suivant la variété de culture, on distingue trois sortes de co- j chenille :

La cochenille rouge ou rougeâtre, la moins estimée, obtenue / en trempant les insectes dans l'eau bouillante et en les faisant / sécher au soleil.

La cochenille grise ou jaspée ou argentée, obtenue en exposant quelque temps les insectes à la chaleur d'un four. C'est l'espèce la plus estimée ; elle est couverte d'une poussière blanche adhérente à toute sa surface et ayant un reflet argenté. La cochenille grise se partage en deux variétés bien distinctes : la première est grosse, pesante, régulière ; on voit

encore assez distinctement les onze anneaux qui la composent. L'insecte a conservé à peu près sa forme convexe d'un côté et concave de l'autre. La seconde variété est généralement plus pesante; elle est irrégulière, tout à fait informe; on y distingue à peine quelques traces des anneaux si bien caractérisés dans la première variété.

La cochenille noire est appelée cascarellia au Mexique ; on la desséche sur des plaques chaudes; sa couleur est le brun noirâtre luisant. Tantôt elle est pesante, concave d'un côté, convexe de l'autre; d'autres fois elle est toute fait irrégulière, petite, plissée en tous sens. Elle tient le milieu entre la cochenille grise et la cochenille rouge ; suivant H. Guibourt, elle est supérieure à la cochenille grise.

Selon MM. Pelletier et Caventou, la cochenille contient les substances suivantes :

Carminé, coccine, stéarine f oléine, acide coccinique, phosphates de chaux et de potasse , chlorure de potassium , carbonate de chaux , sel organique à base de potasse.

Usages. — La cochenille est d'un grand emploi en teinture ; on s'en sert aussi dans diverses préparations pharmaceutiques.

Falsifications. — La cochenille, vu son prix élevé, est sujette à quelques falsifications ; ainsi on la fraude avec le talc, la céruse, la limaille de plomb ou de soudure des plombiers. On a moulé aussi des cochenilles au moyen d'une pâle faite avec de&grabeaux de cochenille pulvérisée plongés dans une teinture concentrée de bois de campêche, ou mêlés d'autres substances étrangères, telles que la poudre de campêche, Yorseille, unies à l'aide d'un mucilage. On a été jusqu'à mouler en grains de la terre colorée par de la cochenille. On mélange aussi la cochenille avec des substances colorantes rouges, des morceaux de résine laque.

La cochenille talquée est de la cochenille rougefttre passée dans de la poudre de talc ou, plus rarement , de céruse pour en faire de la cochenille grise. Les cochenilles sont d'abord gonflées par leur exposition à la vapeur d'eau ; puis agitées avec la poudre, qui adhère à la surface, lui donne un reflet blanchâtre, et augmente en même temps son poids. Si la co-

chenille est trop blanche, on la noircit avec la plombagine. Si on frotte cette fausse cochenille grise entre les mains et audessus d'une feuille de papier, on pourra recueillir la poudre de talc ou de céruse. Dans ce dernier cas, la poudre noircira par l'hydrogène sulfuré.

On peut aussi mettre une certaine quantité de cochenille dans de l'eau. La bonne cochenille se gonfle et prend une forme ovoïde aplatie en dessous, et on peut facilement distinguer les onze anneaux qui se trouvent sur le corps de l'insecte. Chez la fausse cochenille, les rides s'effacent, le talc ou la céruse tombent au fond du liquide ; si elle a été faite avec des grabeaux, le mucilage se sépare et la substance devient pulvérulente ; on n'a plus qu'un magma.

La falsification au moyen du plomb ou de la soudure des plombiers a été signalée par MM. Boutigny, Magonty et H. Lepage. Pour la reconnaître, on triture quelques décigrammes de cochenille dans un mortier de porcelaine, on délaye la poudre dans un peu d'eau, on décante et on verse une nouvelle quantité d'eau afin de bien enlever toute la poudre de cochenille, et on trouve au fond du mortier, des paillettes d'un brillant métallique. On les chauffe avec un peu d'acide nitrique. Si elles ne sont composées que de plomb, elles se dissolvent entièrement; dans le cas contraire, elles laissent un résidu blanc, insoluble, que l'on sépare parlafiltration; la liqueur filtrée précipitera en jaune par le chromate de potasse, Tiodure de potassium ; en blanc, par le sulfate de soude ; en noir, par l'acide sulfhydrique. Le précipité blanc, séché et chauffé au chalumeau à un feu de réduction vif et soutenu, laissera un petit bouton métallique facilement soluble dans l'acide chlorhydrique ; la dissolution présentera tous les caractères des protosels d'étain, c'est-à-dire donnera un précipité brunchocolat par l'hydrogène sulfuré , le précipité pourpre de Cassius avec le chlorure d'or.

M. Montkiers a observé une nouvelle falsification de la cochenille, qui consiste à la mélanger dans la proportion de 10 à 20 % avec une cochenille artificielle que M. Monthiers a analysée et qu'il pense avoir été fabriquée avec une laque, au moyen de bois de teinture et A" alun précipité par le carbonate

de soude ; à cette laque on a ajouté des résidus de cochenille, de la terre, du sable, du verre pilé. Ces deux dernières substances ont été sans doute ajoutées à la masse pour lui donner un certain brillant. Le tout a été séché, divisé et passé à un crible suffisamment fin pour extraire d'abord la poudre, puis à un crible plus gros, de manière à donner à la substance la grosseur de la cochenille ordinaire.

Cette cochenille&lsifiée avait une couleur d'un rouge violet, une teinture lisse, un peu luisante, une saveur sensible; broyée dans un mortier de cristal, elle rayait les parois à la manière du grès et donnait une poudre cramoisi violet. Elle a laissé à la caleination 43 % de résidu très-alcalin, faisant effervescence avec les acides et renfermant 20 % de matières solubles dans l'acide chlorhydrique. La solution aqueuse de cette cochenille a laissé un résidu alcalin, tandis que celui que laisse la bonne cochenille, est neutre. Traitée par l'acide chlorhydrique bouillant, elle a donné une solution très-colorée qui, par une évaporation lente, a donné des cristaux de chlorure de sodium, mêlés de matières colorantes, que Ton a lavés à F alcool, et a présenté tous les caractères de ce sel.

Pour reconnaître la qualité d'une cochenille, on prend quelques grains que Fon écrase sur une feuille de papier blanc avec un couteau de bois ou d'ivoire, et on examine la poudre de cochenille ou pastel. Le pastel de la cochenille noire doit être d'un violet foncé; celui de la cochenille grise, d'un violet un peu moins foncé; celui de la cochenille rouge, d'un rouge violet. Un bon pastel de cochenille doit avoir un Vreflet violet riche et velouté.

La cochenille doit être choisie grosse, bien saine, ayant l'aspect de grains orbiculaires anguleux, de 2 millim. environ de diamètre, convexes d'un côté, concaves de l'autre, avec des rides transversales J)ien marquées.

Les auteurs étant fort peu d'accord sur la préférence à donner à telle ou telle variété de cochenille, le meilleur moyen pour apprécier sa qualité,est de recourir aux essais comparatifs ; plusieurs procédés ont été proposés. Celui de Rùbiqwt consiste à décolorer par une solution de chlore, des volumes de décoction de cochenilles différentes dont Fune sert de

type. La qualité de la cochenille est en raison directe de la quantité de chlore employée pour la décolorer .Par le procédé de M. Anthon, on juge d'une cochenille par la proportion de carminé qu'elle contient. Au moyen del'hydrate d'alumine, on précipite la carminé d'une décoction de cochenille, de manière à la décolorer complètement.

M. Letellier emploie le colorimètre de Houton-Labillardière. Il prend Or., 5 de la cochenille à essayer et 0,5 d'une cochenille prise comme type. Ces 2 échantillons sont traités pendant une heure par 1 kil. d'eau distillée, additionnée de 10 gouttes d'une solution d'alun. On remplit ensuite chacun des ■ 2 tubes du colorimètre, jusqu'au 100# degré, l'un de la solution type, l'autre de la solution d'essai, et on compare les teintes. A la plus foncée, on ajoute de l'eau jusqu'à ce que les teintes soient identiques, puis on lit sur le tube dans lequel on a ajouté de l'eau, le nombre de parties de liquide qu'il contient. Ce nombre comparé au volume 100 de la liqueur contenue dans l'autre tube, indique le rapport entre le pouvoir colorant et la qualité relative des 2 cochenilles. Si, par exemple; il faut ajouter à la solution type 50 p. d'eau pour l'amener à la même nuance que l'autre, la qualité relative des 2 cochenilles, proportionnelle à leur pouvoir colorant, sera dans le rapport de 150 à 100.

M. Pédroni fils a proposé un carminomètre qui se compose d'une burette graduée et de 2 liqueurs d'épreuve. L'une d'elles est formée en recevant dans 4/2 litre d'eau contenant 5 à 10 gr. de carbonate de soude, le chlore fourni par lgr.,473 de peroxyde de manganèse et 10 c. cubes d'acide chlorhydrique pur; la liqueur est ensuite étendue de manière à former un litre. La seconde liqueur d'épreuve s'obtient en dissolvant Sl^BGô d'alun dans 700 gr. d'eau ; on ajoute ensuite assez d'ammoniaque pour former un litre. On a divisé en 100 degrés la longueur de solution aqueuse de carminé (i gr. dans un lhre d'eau), de 1/2 décilitre de capacité, décolorée par la liqueur chlorée ou la liqueur aluminique.

Pour essayer une cochenille, on épuise par l'eau distillée bouillante Igr. de l'échantillon pulvérisé, et on complète le volume de manière à avoir un litre. 1/2 décilitre est décoloré

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