‹ Dictionnaire des antiquités chrétiennes [microform]Chapitre 4 sur 281 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

La direction des esprits sérieux se porte, depuis quelques années, avec une ardeur de bon augure Ters les origines chrétiennes. G*est le symptôme de nouveaux triomphes pour la Térité, qui est ancienne comme son divin Auteur.

Mais jusqu'ici le mouvement n'a guère franchi le cercle des intelligences d'élite, les hommes d*étude y ont seuls participé. Peut-être même est-il permis de dire que la France ne s'y est pas encore assez résolument associée. Il en était ainsi du moins il y a une vingtaine d'années ; nous en trouvons l'aveu dans une lettre inédite (19 mai 1841) de M. Champollion Figeac au savant et regrettable abbé Greppo, qui, à peu près seul à celte époque, suivait cette carrière, et dont celui qui trace ces lignes s'honore grandement d'être le disciple.

« Les matières que vous traitez, écrit l'illustre ègyptologue, sont presque exclues des travaux actuels de l'érudition en France, ou du moins négligées, oubliées. Et cependant, elles se rattachent aux origines de la civilisation moderne, si intimement liées avec celles de l'Église chrétienne. N'abandonnez pas ces précieux sujets, afin que les antiquités chrétiennes ne soient pas entièrement délaissées en France. On vous aura une double obligation, et pour les sujets eux-mêmes, et pour la manière savante et religieuse avec laquelle vous les traitez, i

À quoi faut-il attribuer l'infériorité qui nous est ici reprochée par un juge si compétent? Cest surtout, sans doute, à la nature des monuments et des souvenirs qui abondent sur notre sol. Les merveilles du moyen âge qui brillent partout à nos regards, devaient naturelJenient, par le double attrait de l'art et de la poésie, s'emparer des esprits studieux et déterminer leur préférence. Et certes, cette mine de richesses accumulées, durant tant de siècles, par la foi et l'activité de nos pères, a été exploitée chez nous avec un zèle et un succès qui suffisent à notre gloire.

Mais toujours est-il que, dans l'histoire de la civilisation chrétienne, nous nous sommes attachés à une période intermédiaire.

Quant à l'antiquité proprement dite, dont, en général, les éléments sont plus éloignés de nous, nous n'avons pas beaucoup progressé depuis l'époque où H. Champollion Figeac écrivait la lettre que l'on vient de lire. Nous vivons toujours plus ou moins sur les grands travaux des Italiens, travaux qui, au surplus, s'adressent à un public restreint, et sont inabordables au vulgaire.

Notre patrie peut néanmoins présenter avec un juste orgueil plus d'un nom digne de rivaliser avec ceux des plus illustres étrangers. Nous ne rappellerons ici que ceux qui se trouvent le plus souvent cités dans ce Dictionnaire : l'abbé Greppo, dont la mémoire nous est si particulièrement chère, et notre éminent épigraphiste chrétien, M. Edmond Le Blant, qui, par ses doctes études sur les inscriptions antiques de la Gaule, s'est fait une si brillante position dans le monde savant.

D'une autre part, cependant, il est notoire que le feu sacré commence à se communiquer,

X PRÉFACE

dans une certaine mesure, à la masse des intelligences cultivées. Le mouvement religieux qui, aujourd'hui comme aux beaux siècles de foi, attire en foule prêtres et fidèles au tombeau des saints apôtres pour y déposer les vœux de leur piété, et autour de la chaire de Pierre pour lui faire un rempart de cœurs dévoués, contribue puissamment, tout en ravivant le sentiment catholique, à réveiller le goût ou tout au moins la curiosité des choses relatives à notre vénérable antiquité.

A Rome, on se met facilement en rapport avec les archéologues ; on trouve les divers membres de la Commission des catacombes, et notamment le plus connu de tous, le chevalier De* Rossi, toujours disposés à faire, avec une bonne grâce qui ne se lasse jamais, les honneurs des trésors confiés à leurs soins ; et chaque pèlerin rentre dans ses foyers avec son petit bagage archéologique : il y puise la matière de longues et intéressantes conversations, sur les hypogées sacrés des martyrs et des premiers chrétiens; sur les basiliques si pleines de souvenirs et de monuments; sur les musées si riches en tombeaux sculptés, en peintures reproduites de Tantique, en épitaphes de chrétiens de tous les ordres ; enfin sur ces brillantes solennités qui remplissent pour longtemps le cœur d'émotions ; sur ces imposantes cérémonies qui à Rome, plus qu'en aucun lieu du monde, sont imprégnées de toute sorte de parfums apostoliques.

Évidemment, il y a là un acheminement, un germe d'initiation qui ne demande qu'à être développé.

Aussi voit-on depuis quelque temps se manifester, de tous les points de l'opinion, la pensée qu'un interprète qui se placerait entre les savants et ceux qui aspirent à le devenir, ou qui simplement veulent acquérir quelques connaissances en antiquité chrétienne, donnerait satisfaction à un besoin du moment, prendrait une position encore inoccupée, et pourrait rendre à la religion d'utiles services, en contribuant à populariser des études qui ont pour but d'en explorer les sources.

Belle et noble tâche assurément!

Mais par suite de quelles circonstances est-elle tombée aux mains de l'auteur du présent ouvrage?

C'est ce qu'il ne saurait se dispenser de dire.

Une simple collaboration lui avait été d*abord demandée, pour la partie chrétienne d'un Dictionnaire des antiquités , dont la rédaction devait être confiée à une sorJélé d'hommes spéciaux, sous la direction du savant docteur Daremberg, bibliothécaire à la Mazarine et aujourd'hui professeur au Collège de France. Mais, resté dix ans à l'étude, ce travail avait pris des développements imprévus : si bien qu'il ne pouvait plus guère se caser à la place qui lui avait été assignée dans l'œuvre collective sans en déranger un peu l'harmonie. Alors, par un sentiment aussi amical que délicat, H. Daremberg jugea convenable de se désister d'un droit de contrôle qui, à ses yeux, n'était plus justifié; et l'éditeur M. Hachette, dont on a à déplorer la perte récente, entrant dans ses vues, consentit à détacher les antiquités chrétiennes du Dictionnaire général, pour en faire un dictionnaire à part.

C'est ainsi que, par la force des choses, l'auteur s'est trouvé isolé de ses collaborateurs, sur le voisinage desquels il avait cependant compté pour dissimuler son insuffisance, et privé du soutien qu'il était en droit d'attendre d'une direction éclairée. C'est donc avec toutes les légitimes timidités d'une position qu'il n'avait ni choisie, ni voulue, qu'il est réduit à se présenter au public.

11 devait du moins offrir à ses lecteurs toutes les garanties qui dépendaient de lui, et il l'a fait en s'entourant des conseils des hommes les plus compétents dans la science qui fait l'objet de ce livre. 11 ne saurait dire assez haut, notamment, tout ce qu'il a puisé de ressources, soit dans les écrits et la correspondance de M. De' Rossi, soit dans ses entretiens intimes pendant deux séjours à Rome, dont le dernier, provoqué par l'intelligente initiative de H. Hachette, n'eut d'autre but que l'amélioration de ce Dictionnaire.

PRÉFACE. XI

Malheareusement, le dernier ouvrage de Tillustre antiquaire romain, complété par la collaboration de son digne frère, H. Michel De* Rossi, est arrivé trop tard pour que Ton ait pu en profiter ici. La Rwna soUerranea cristiana est un travail définitif sur beaucoup de points, et un pas immense dans la science générale des catacombes. En présence d'un tel roouuroent, rarticle que l'on a consacré à cet important sujet paraîtra bien imparfait sans doute ; il suffira néanmoins pour donner aux lecteurs une connaissance générale sur les catacombes, qui réservent encore à l'avenir bien des révélations ; car, depuis l'impression de sa Aome souterraine, M. De* Rossi a dû constater lui-même dans son Bulletin (octobre 1864) la découverte de deux nouveaux cimetières qui n*étaient connus qu'historiquement : celui de Saint-Gastulus sur la voie Labicane, et celui de Saint-Nicomède sur la voie Nomentane.

Des précautions analogues ont été prises quant à l'orthodoxie; et c'est ici surtout que TaUcnlion la plus scrupuleuse était indispensable ; car, parmi les quatre cent cinquante gestions, à peu près, qui sont abordées dans ce Dictionnaire, il en est bien peu qui ne cdioieni Je dogme par quelque point. Or l'erreur est l'apanage de notre pauvre humanité, errare humanum est. Si donc, en dépit des efforts que l'on a faits pour le rendre irréprochable, il s*y était glissé quelques expressions peu exactes au point de vue de la foi, Tauteur les désavoue sans réserve, et soumet humblement son livre au jugement de l'Église (Voy. la préface de la 2* édition, n. III). Les honorables attestations que d'illustres prélats de notre Église de France ont bien voulu lui donner, lui inspirent à cet égard une sécurité qui, à coup sûr, sera partagée par les lecteurs.

La forme de dictionnaire qu'on lui a donnée pourrait provoquer une observation qui n'est pas sans quelque valeur, au moins spécieuse : c'est qu'elle semble présenter un certain décousu et accuser l'absence de cette homogénéité si nécessaire à toutes les productions de Fesprit. Hais, outre que l'auteur n'a pas eu le choix, cette forme a l'avantage de rendre la lecture plus facile et moins fatigante, sans exclure l'idée d'un plan régulier, et aussi complet que possible, dans un cadre restreint qui n'admet que les sommités de la science. La table analytique qui se trouve à la fin du volume; et encore l'article Archéologie, mettront le lecteur en mesure d'en réunir lui-même les fils épars et laisseront à sa sagacité la satisfaction d'en recomposer le tissu.

Il s'assurera alors que le Dictionnaire embrasse véritablement, dans les limites du possible, tout l'ensemble de l'état social de nos pères, institutions et monuments. On s'est efforcé de faire marcher de front l'étude de ces deux éléments, qui se prêtent une mutuelle lumière. Les questions relatives aux usages et à la discipline s'éclairent par les peintures, les sculptures, les inscriptions; et réciproquement, les monuments figurés se dépouillent de leur mystère en présence des révélations que fournissent les écrits des Pères et des autres écrivains ecclésiastiques, ainsi que les dispositions des conciles, etc. Peut-être sera-t-on d'avis que procéder ainsi, c'est introduire la démonstration catholique dans une voie nouvelle et féconde : et telle est précisément la mission de l'archéologie, cette dernière venue entre les lieux thëologiques.

Personne sans doute ne s'attend à ne rencontrer ici que des révélations. Le but d'un ouvrage de cette nature est bien moins d'exposer des choses nouvelles que de faire aimer la science, en la mettant à la portée du grand nombre, par Texposilion simple, précise, exacte de notions confinées jusque-là dans le sanctuaire jaloux de la haute érudition. Cependant il tâchera de se tenir à une égale distance de ces répertoires techniques énonçant sèchement sur toute chose des espèces d'aphorismes qui s'imposent au lecteur, sans lui fournir la possibilité d'en vérifier la valeur, ni de faire un pas de plus dans la science, et de ces compositions hérissées, indigestes, que la plus intrépide ambition de savoir ose seule aborder, et qui mettent à un si haut prix le plaisir de s'instruire.

Cet ouvrage a donc été conçu de façon à pouvoir fournir : 1*^ aux savants un instrument mnémonique qui les reportera sans peine à des monuments et à des textes qui leur son

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