INTRODUCTION. XXI
bourg les bâtiments de l'Académie des beaux-arts, l'hôtel du duc d'Oldenbourg et les deux petits palais de l'Ermitage. Enfin Boffrandj Peyre , Patte, Antoine, de Wailly, Damesme , Dufourny, etc , travaillaient également en Allemagne, en Espagne, en Italie, pour les rois et autres princes souverains de l'Europe.
Je pourrais citer encore les travaux de Ledoux, de Louis, de Renié, de Grandjean de Montigny , de Thomas de Thomon , de Montferrand, etc. ; mais il faut abréger et surtout clore cette sèche nomenclature, déjà trop longue.
La plus ancienne trace connue d'honoraires payés à un architecte ne remonte pas au delà du XIIIe siècle et concerne Eudes de Montreuil. Dans l'extrait d'un compte cité par Leber [Collect. des meill. dissert.), on trouve cette mention : « lequel masson (Eudes) dans l'ordonnance de l'ostel du roy et de la reine (le château de Vincennes) auralIIP de gages hors et ens,etCs pour robe et forge et restor de II chevaux et mangera à court ». Pour un grand artiste qui fut l'architecte des rois saint Louis, Philippe le Hardi et Philippe le Bel, quatre sous par jour, c'est, au premier aperçu, une bien mince rétribution; mais si l'on tient compte du pouvoir élevé de l'argent à cette époque, on reconnaît bientôt qu'il s'agit là d'un traitement fort honorable. En effet, ces quatre sous représentent environ trente francs de notre monnaie, laquelle somme était payée à Eudes « hors et ens », c'est-à-dire présent ou absent, à titre de salaire quotidien. Indépendamment de cela, l'artiste recevait cent sous pour sa robe, c'est-à-dire sept cent cinquante francs à titre d'indemnité annuelle, il mangeait au palais et avait deux chevaux nourris et entretenus de fers aux frais du roi. On peut donc estimer, au pouvoir actuel de l'argent, à quinze ou seize mille francs, au bas mot, le traitement annuel du célèbre architecte1.
i. Afin d'éviter, dans cette question des honoraires, la comparaison des monnaies anciennes et nouvelles, qui reviendrait trop souvent et nuirait à la marche et peut-être à la clarté du discours, je donnerai le prix de ces honoraires au pouvoir actuel de l'argent. Le lecteur pourra toujours, s'il
\\ii INTRODUCTION.
I :i salaire quotidien jointa une indemnitéannuelle, tel fut généra leme n t, du rant plusieurs siècles, le mode de rémunération adopté pour les architectes. L'artiste était payé tant par jour pour son travail effectif et il lui était alloué, en outre, à titre d'honoraires, pour la direction des travaux et la surveillance des ouvriers, une pension annuelle ou mensuelle. Dans la seconde moitié du Kl Ve siècle (de 1 365 à 1 382), a Troyes, le prix de la journée d'un architecte était de i5 francs environ, et en 1 383 , à Dijon, de 25 francs, tandis que, pendant la même période, ce prix n'était à Limoges et à Blois que de 9 à 10 francs. Le taux de la pension annuelle varie aussi beaucoup entre les diverses contrées. En 1 354 , Thiébaut de Ligny, architecte du comte de Blois, recevait seulement 2,1 52 fr. 80 c.,et Pierre Marchand, employé au même titre en i366} 2,58o fr. Jean de Bayeux, architecte du chapitre de la cathédrale de Rouen, était mieux rétribué: il lui était alloué en 1 388 , outre sa pension de 3, 200 fr. environ, 1 5 fr. 36 c. par journée de travail et 400 francs pour sa robe, pro
\cut comparer, recourir aux tableaux qui suivent et complètent ce chapitre. Ces tableaux ont été établis d'après les principes posés par Leber dans son « Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge », et surtout à l'aide du travail admirable de M. Natalis de Wailly : « Mémoire sur les variations de la livre tournois, etc. » Mes calculs sont exacts, je le crois, mais cette exactitude n'est que relative. On peut, à force de science et de pénétration, comme l'a si bien fait M. de Wailly, établir quelle était la valeur intrinsèque des espèces monnayées à telle ou telle époque, mais il est très-difficile de déterminer le rapport de cette valeur monétaire, intrinsèque ou nominale, à chaque objet de la consommation. En supposant même qu'on puisse accorder ces deux termes du problème, il faudrait encore, — ce qui est impossible, — connaître pour chaque époque et pour chaque contrée l'étendue des besoins de la vie dans les diverses classes de la société; rechercher, par exemple, si deux individus placés dans les mêmes conditions sociales, et vivant l'un au XIVe siècle et l'autre au XIXe, pourraient avec le même revenu, eu égard au pouvoir de l'argent à chacune de ces époques, se procurer la même somme de bien-être et de jouissances. Or une telle recherche, on le comprend, serait vaine quant aux résultats qu'on pourrait en espérer. Il faut donc se contenter des calculs approximatifs faits par les érudits que je viens de citer; ils suffisent d'ailleurs à un livre comme celui-ci.