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Dictionnaire des cardinaux

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ffl TRODUCTION. 12

m6mes. Nous nous bornerons ici h signaler les ouvrages généraux que nous avons eus k noire portée.

1* Numerus et Tituli cardinaliumt archiepiseoporum tt episeoporum christianorum : taxœ et valor beneficiorum Galliœ eum taxis cancellariœ apostolicœ (apud Galeosum a Prato, 1833);

a'* De r origine des cardinaux du Saint-Siège et par liculiiremefit des Français avec deux traite's curieux des légats a làtere, et une relation exacte de leurs réceptions^ etCt par Guîlh du Peyral, Cologne, 1670.

3* Purpura docta^ p ar Eggs, Munich» S to). in4pl.

k^ Le bel ouvrage sur les cardinaux» composé par Mgr d'AUichy, évéqne du x?ii* siëclOt et comprenant 3 vol. in-folio.

S"" Gallia purpurata, par Frizon, 1 vol. in-foL, et les ouvrages analogues pour les att«* .1res pays • 6** Hierarchia cardinaliciaf par Piaz^a. 1 vol. in*-l'ou

7* Wcior^Wi 9 Y itœpontificum et car difiatinm.

S"" Histoire des cardinaux illustres. Nous signalerons» h propos de cet ouvrage» um fraude assez étonnante. Publié en 16U par Alby» il fut édité de nouveau» par Duverdîer .rn 1653, avec addition de trois notices» et sans aucune indication du premier éditeur* Il y a peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté.

9* Histoire générale des cardinaux, par Aubery» 5 vol. in-i*.

10** Les collections biographiques, de Feller, Micbaud, Didot» etc.

11** Les ouvrages de M. Artaud» de M. Picot*»* du cardinal Pacca. ..11^ Le grand Dicitonnatre de Moréri et celui de Bouillet.

' 1*3* Ei)fin la coÛction de 'r>lmi de /a religtoh, qui nous a. été de la plus grande utilité pour les derniers temps» surtout à cause des tables qui facilitent si singulière- 'roent les recherches. Nous avons emprunté h VAmide la religion xxn certain nombre de notices» et nous regardons comme un devoir de le déclarer ici» quoique nous n'ayons Jamais manqué de nommer cet honorable recueil» è chaque emprunt que. nous lui faisions.

Malgré le grand nombre d^ouvrages qui étaient. è notre disposition, il est quelques cardinaux dont nous n'avons pu indiquer l'année de la mort» parce qu'ils vivaient encore, lors de la composition des grands ouvrages qui nous servaient de guides.

Cependant tous ces secours ne suffisaient pas encore pdur que nous pussions donner è nos lecteurs, une liste complète des cardinaux. Les anciennes collections» même les meilleures» ne vont pas plus loin que le milieu du xviit* siècle; VAmi de la religion^ n'ayant commencé qu'en 18U» ne pouvait combler cette lacune. Dans noire embarras» nous nous sommes adressé à Son Eminence le cardinal Villecourt» par l'entremise d*un de nos compatriotes» M. Stanislas de Tbienlloy» qui faisait le voyage d'Italie. Son "Eminence reçut notre ami avec la plus .grande bonté» et promit de faire tout ee qui dépendrait d'Elle pour nous ppopurer la liste des cardinaux depuis le milieu du xvin* siècle jusqu'à nos jours. Effectivement» M. l'abbé Marette» alors secrétaire de Son "Eminehce» fut chargé par Elle de faire les recherches nécessaires pour rédiger la liste dont nous avions besoin» et c'est aux fatigues et h l'intelligence de ce dévoué confrère que nous devons d'avoir pu mener k bonne fin notre entreprise. Qu'il nous permette de lui en exprimer ici notre reconnaissance» reconnaissance qu'il nous priait généreusement de reporter tout entière sur le cardhiat Villecourt. Certes, nous n'oublierons jamais ce que nous devons à Son Eminence» et nous aimons à proclamer les obligations que nous avons contractées envers Elle; mais celui qu'elle a chargé d*exécuter ses intentions bienveillantes» a bien droit aussi & notre gratitude.

M. l'abbé Marelle» n'ayant pu consulter les archives officielles» a travaillé sur les ahnanachs de Rome depuis 1755; ces almanachs s'appellent Notixie. Dans la liste chrouologiquc, qui est son ouvrage è partir de celte année, il a donné en général pour

'tate de U créalion» celle de la création 4n petta^ quand la publication a été différée.

Il n*a pas loigours été fticile de suirre celle règle pour tes premiers lemps. Ajoulone que la liste de H. Tabbé Marette nous a été utile pour donoer dans le courant du Die* ti^naaire, et dans Tordre alphabétique, quelques rênseignemeots sur ceui des cardimux moderaes qui n*0Dt pas de uotices plus étendues.

I ÎJne circulaire a été envoyée à tous les secrétaires des cardioaux virants, avec prière de nous en^ojer des documents biographiques. II est arrivé beaucoup de réponses qui nous ont servi i rédiger^des notices qu*on lira k leur place. Nous avons pensé que les cardinaux dont les secrétaires n'avaient pas répondu, désiraient qiie leur biographie ne fût pas publiée. Ce désir présumée été satisfait. Cependant ces cardinaux eux-mômes ont une courte notice qui indique le lieu et [la date de leur naissance, la date de leur création, et les fonctions qu*ils eiercent; nous ne pouvions nous dispenser d'ôlre fidèle k notre promesse d'être cômpUt. Il est même quelques-uns de ces cardinaux qui, jouissant d*une grande notoriété dans notre pays, devaient occuper et occupent une plus grande place dans ce Dictionnaire, soit par des citations extraites de leurs ouvrages, soit par quelques paroles d'admiration dotft nous devions leur payer le tribut en les nommant.

Il nous reste à donner quelques avertissements qui faciliteront Tusage de ce Dictionnaire :

1* On n'a pas mis dans le Dictionnaire tous les cardinaux douteux ; mais ils ont été insérés dans la table chronologique.

2* On a suivi la môme règle pour les cardinaux obscurs, créés par les] antipapes.

3* Beaucoup de cardinaux anciens sont désignés dans le Dictionnaire par leur prénom, sous lequel ils étaient principalement connus. Par conséquent, en règle générale, ceux qn'on ne trouvera pas à leur nom, devront être cherchés à leur prénom. Les Papes se trouvant nommés deux fois dans le Dictionnaire, pour les motifs exposés plus haut, c'est après la suite des Papes du même nom que nous avons^placé tous les cardinaux du nom de Jean, de Grégoire, etc j^

(** Nous devons indiquer ici l'obstacle qui nous a coûté le plus de fatigues, souvent inutiles. La différence d'orthographe que présentent quelquefois les noms propres, soit par le redoublement de certaines lettres, soit par la division d*un nom en plusieurs mots, etc., pourra faire croire à l'omission de certains noms que nous avons insérés réellement ; parfois môme ce mal sera sans remède : car il est des noms que les Français écrivent avec deux ou trois lettres de moins, par exemple, que les Italiens, et il peut souvent être impossible de deviner toutes les altérations qu'a subies la forme authentique. Cependant, en combinant ensemble la table chronologique et la table alphabétiuue on finira le olus souvent par trouver ce dont on aura besoin.

5* On observera des contradictions de dates entre le Dictionnaire et la table chronologique. Nous avons dû les laisser, n'ayant aucun moyen de juger entre les renseignements opposés qui nous arrivaient sur les mômes faits.

Nous avions d*abord préparé quelques pages sur les cardinaux, en général ; mais en feuilletant la collection de F Ami de la nligion^ nous y avons trouvé quelques articles où étaient groupées si heureusement toutes les notions relatives aux cardinaux, que nous avons sacrifié notre travail. Nous demandons la permission de transcrire ici quelques-uns de ces articles. Leurs savants auteurs, qui ont voulu populariser tant de renseignements utiles, ne nous reprocheront pas de les aider à atteindre leur but.

H. l'abbé de Valette s'exprime ainsi dans rAmi de la religion (oct. 1850) :

« Le nom de cardinaux vient du mot latin eardo, qui signifie gend^ parce que, dit Eugène IV, de môme que la porte de la maison tourne sur ses gonds, ainsi le Siège Apostolique et la porte de toute l'Eglise reposent sur eux. La même explication de ce titre se trouve dans le corps du droit et dans les décrets du concile de Baie.

« Ce titre n'était pas réservé, dans l'origine, aux dignitaires qui le portent aujourd'hui. On appelait évoques, prôtres et diacres cardinaux, ceux qui avaient une juridiction propre, comme ordinaires: c'est dans ce sens que nous le trouvons employé par les Paoes

/i INTRODUCTION. 1$

Gélasc, saint Grégoire» Nicolas II, etc. Les prêtres et diacres cardinaux romains remplis* saient, près du Souverain Pontife, les fonctions de conseillersi comme od le voit par les lettres de saint Jérôme ad Ru$t., et de saintCyprien au Pape Corneille» où il dit : Florm^ Ciisimo ilUc clero tecum prœsidenti; mais ces fonctions ne leur donnaient aucune supé^ riorilé sur les cardinaux des autres Eglises. Les sept évoques suburbicaires eux-mêmes ne prenaient rang dans les conciles que selon leur ancienneté; ce fut assez tard que ce titre fut réservé aux seuls ecclésiastiques que le Pape appelait autour du trône pontifical pour s'aider de leurs lumières, dans la direction des affaires générales de TEglise. Au temps même de saint Pie Y, en 1569, il était revendiqué par des chanoines, è Ravenne, Compostelle, Milan, Naples, etc., etc.; ce qui obligea ce Pape à porter un décret abrogatoire des privilèges fondés ou imaginaires que ces Eglises mettaient en avant, et è défendre que désormais personne ne prit le titre de cardinal, sans Tavoir reçu du Souverain Pontife.

€t D'après ce que nous venons de dire, il est clair qu*à Rome il ne pouvait y avoir de cardinaux-évêques, puisque le Pape seul y exerce la juridiction ordinaire. Ce n*est probablement que vers le xi* ou nu' siècle qu'on attacha àTéglise de Latran, siège principal de la juridiction pontificale, sept évoques des villes voisines, qui durent venir, à des jours fixés, assister le Pape dans cette basilique, ou célébrer en sa présence; ils furent appelés évéques cardinaux^ h cause de ce service immédiat du Saint-Père et de sa principale église. On peut cependant les reconnaître dans les évéques cardinaux hebdomadaires dont Etienne 111 fait mention dans un concile qu'il tint à Rome en 769. On les trouve encore désignés sous les noms de vicarii poniificis^ eollalerales ^piècopi UrbiSf episcopi romani tpiscopi. Ce sont les évéques de Porto et de SainteRufine, réunis en 1120 par Calixte 11, d'Albano, de Sabine, de Tusculum, de Palestrina, d*Ostie et Vellelri, réunis par Eugène III, vers 1150.

« Les cardinaux-prêlres étaient les recteurs des églises qui possédaient un titre, diiférant en cela des simples paroisses. On sait que, dans les premiers siècles de TEglise, les diacres étaient préposés à la distribution des aumônes. Des établissements pieux avaient élé fondés sous le nom de diaconieSf où ils recevaient les pauvres, les orphelins, les vieillands. Il y en avait un dans chacune des quatorze régions ou quartiers de la ville, et le diacre qui y était spécialement attaché s'appelait diacre cardinal ou régionnaire. Quand ces hospices cessèrent d*être en usage, les oratoires ou chapelles qui y étaient jointes pour les besoins spirituels des fidèles, restèrent comme titres de diacres cardinaux, qui, désignés d'abord parle numéro de leur région, s'étaient ensuite distingués par le nom du patron de leur chapelle.

« A ces quatorze titres dediaconies, on en adjoignit quatre, destinées aux diacres chargés du service de l'église de Latran, quand le Pape y célébrait; ce nombre fut respecté jusqu'à Léon X, qui créa un dix-neuvième titre en faveur du cardinal de Lorraine. Sixte V les ramena au nombre primitif de quatorze.

a Le nombre des cardinauxa considérablement varié suivant les circonstances ou les besoins de l'Eglise. Jusqu'à Honorius II, il était fixé à vingt-huit ; puis il décrut, au point qu'ils étaient réduits à sept, à la création de Nicolas 111, en 1277. Eu 1331 on en trouve vingt ; vingt-trois en 1378; mais ensuite le grand schisme les multiplia, h mesure que les Papes des diverses obédiences sentaient le besoin de se faire de nouveaux partisans. Les conciles de Constance et de Bâie décrétèrent qu'à l'avenir il n'y aurait pas plus de vingtquatre cardinaux; et cette règle fut, à peu d'exceptions près, suivie jusqu'à Léon X, qui, en 1S17, en créa trente-un à la fois, ce qui porta le nombre du Sacré Collège à soixantecinq. Paul lY l'augmenta encore, et enfin Sixte V, dans sa constitution Religiosa^ en fixa le maximum à soixante et dix : savoir :

« Cinquante prêtres, dont voici les titres : Saint-Eusèbe, Saint-Martin du Mont, Saint-Augustîn, Saint-Marcel, Saint-Laurent tnlticina, Sainte-Marie de la Victoire, Saint-Bernard aux Thermes, Sainte-Marie au delà du Tibre, Saint-Laurent miWùpema, Sainl-Calixte, ^iotc-Mariedela Paix, Sainte-Marie des Anges, Saintc-Pudeutienne, Saint-Clément, Sainte-

17 liNTUODUCTlON. «8

Marie du Peuple, Sainl-VitaJ, Sainle-Agnès hors des Murs, Saints Jean cl Paul, Saiul- Alexis, Sainie-Cécile, Salnl-Marc, Sainle-Anaslasie, Sainl-Pierre inUoniorio, Sainle-Marle de la Minerve, Saints Nérée el Achillée, Sainl-Syl?eslre m Capite^ Saiule-Praxède, Sainte-Marie tn Fta, Sainle-Sabine, Sainle^Marie in Ara ca/t , Sainl-Balbine, les Saints douze A{>6lres, Sainte-Croix de Jérusalem, Saints Quirice et Juliette, Saint-Pancrace, Salut- Sixte, Sainl-Chrysogone, Saînle-Prisque, les Quatre Saints Couronnés, la Trinité du Mont, Saint-Jean devant la porte Latine, Saint- Laurent m Z>ama«o,Sainte-Susanue, Saint-Barthélémy en rile, Saint-Elienne le Rond, Salnt-Onuphre, Saint-Thomas infarionif Saint-Pierre aux Liens, Saint-Jérôme des Esclavons, Sainte-Marie m Traniponiina^ Saints Pierre et Marceltin.

« Quatorze diacres avec les titres suivants : Sainte-Marie in Ftala^a, Sainte-Marie ad Jf/criyres^ Saint-Euslache, Sainte-Marie in Aquiro^ Saints Côme et Damien au Forum, Sainte- Marie in Poriico, Saint-Nicolas in Carcerêf Sainte-Agathe Alla Suburra^ Saint-Adrien, Sainte-Marie m Camtdino^ SaintGf;:orge au Voile d*or, Saints Guy el Modeste, Sainte- Mirie m Dominica, Saint-Ange m Pescheria»

« Saint Damase, que nous avons rangé parmi les titres de cardinaux-prêtres, est toujours donné au cardinal vice-chancelier, quel que soit Tordre auquel il appartient.

« Sixte V, dans la constitution Poslquam, veut que quatre, au moins, des cardinaux soient tirés des ordres religieux.

« La règle qui Qxe au mercredi dus Quatre-Temps le consistoire oCl le Pape nomme les cardinaux, est tombée en désuétude, ainsi que Tappel qu'il faisait aux suffrages du Sacré Collège, et mémo quelquefois la formule prescrite dans le Cérémonial : Auctoritale Dti Patrie omnipolentis^ 55. apo$t. Pétri et Paulif et Nostra ff, assumimuê in 5. R. E, cardi» nalem.

c La nomination se fait cependant toujours en consistoire secret (quoique cette solennité même ne soit pas d'absolue nécessité). Là, le Pape proclame les noms de ceux qu*il veut élever au cardinalat, ou déclare qu'il en réserve un ou plusieurs in petto (c'est-è-dire, que leur nomination arrêtée dans son esprit, ne sera roanifesléequeplus tard), eli) interroge, pour la forme, les cardinaux, par ces paroles: Quid vobis videtur? Le décret de nominfition est de suite publié hors du consistoire.

« Si le nouveau cardinal est à Rome, il se rend sans pompe au palais apostolique, pour recevoir la barelte et la moselte des mains du Pape, à qui il est présenté par un des anciens cardinaui, puis il retourne à sa demeure en grand apparat : in fiocchi. Jusqu'à ce qu'il ait reçu les insignes de sa dignité, il doit ne s'occuper d'aucune affaire, éviter même de recevoir la visite des cardinaux, h moins que ce ne soit par un induit spécial du Sainl-Père. f

« Le consistoire public est ordinairement indiqué pour le jeudis le samedi et le mardi suivant. Leurs Eminences y assistent en cape violette, et, après qu'ils ont rendu leurs hommages ordinaires au Pape, les nouveaux élus s'approchent à leur tour, et prennent rang, tête nue, après le dernier cardinal-prètre. Le Saint-Père leur rappelle l'éminence, les obligations de leur nouvelle dignité, et les admet au baiser du pied, de la main et de la bouche. Quand ils ont aussi donné le baiser de paix aux autres cardinaux, ils viennent s'agenouiller, chacun à leur tour devant le Pape, qui leur donne le chapeau rouge, en di« sant : Ad laudem omnipotentis Dei et S. Sedi$ apoêt, omamentum^ accipe gaierum rubrum^ insigne singularis dignitatis cardinalatus per quod designatur^ quod usque ad mortem et sanguinis e/fusionem tnc/uttrf , pro exaltatione S. fidei^ pace et quiète populi Christiania augmenta ei statu S. R. i?., te intrepidum exhibsre debeas' in nomine Patrisy f et Fi» Uiy \ et Spiritus Sancti f Amen. Les nouveaux cardinaux prêtent ensuite le serment de fiJélité.

c Dans un prochain consistoire, le Pape leur forme la bouche par ces paroles : Claudimus tibi oSfUt nequein consistoriiSf neque in congregationibuSf atiisque functionibus cardina- Utils senttntiam tuam dicere valeas. (Nous vous fermons la bouche pour vous 6ter le pouvoir de donner votre avis dans les cousisloires, les congrégations ou les autres fonctions

•• OnUODUCTION.

des cardinaux.) Ils sortent alors, et, soit dans le m£nie consistoire, soit dans un autre le

Pape, de l'avis même du Sacré Collège, leur ouvre la bouche : AperimusUbi o$ut in con»

êisiorust congregaiionibuif etc., etc.

c Enfin, agenouillés devant Sa Sainteté, ils reçoivent Tanneau et le litre presDjtëral, ov

Va diaconie qui leur est assignée: Ad honorem Dti omnipoieniiSf dit le Saint-Père.

SS. aposî. Pétri ei Paulin ei S. N. (le patron du titre), commtV/iiiitis tibi teclesiam S. N.

€um elm-o ei populo ei eapellii auû, seeundum formant qua eommitti consuevii eardinalim

6uf, qui eamdem EeeUsiam habuerunt. (A la gloire de Dieu tout-puissant, des saints apd-

très Pierre et Paul, et de saint N., nous vous confions Téglise de S. N., avec son clergé

son peuple et ses chapelles, dans la même forme qu'elle a été confiée aux cardinaux qui

l'ont possédée.) « Si ies cardinaux ne sont pas k Rome, la lettre d*avis de la secrélaireried'Etat est envoyée

è chacun par un ga.rde-noble du Saint-Père, qui. présente en même temps la calotte

rouge.

« Le nouveau cardinal reçoit h part, du secrétaire de la congrégation des cérémonies une

courte instruction qui lui apprend quels sont les habits dont il peut faire usage» et l'avertit de donner part de sa promotion aux souverains. « Ensuite on lui transmet la barelte, par le camérier secret etd*honneurdeSaSainteté.Cel

envoyé prend le titre d'ablégat.

• Si Tablégat est è Rome il fait visite h tout le Sacré Collège, et reçoit ses instructions

de la seerétairerie de la congrégation des cérémonies ; s'il n'est pas à Rome les instructions

lai sont envoyées. *

« Le cardinal-secrétaire des brefs fait expédier le bref appelé AftMteo, qui se lit publiquement è la présentation de la barette au nouveau cardinal. La seerétairerie des brefs md principes est chargé de celui qu'on adresse au souverain dans les états duquel se trouve ie nouveau dignitaire. L'ablégat ne doit le présenter que selon les règles de la ceur i laquelle il est envoyé.

« Si te cardinal est dans la résidence du souverain, l'ablégat prie ce dernier, au nom da Saint-Père, de vouloir bien honorer la cérémonie en donnant lui-même la barelte; dans le cas coniraire, l'ablégat, après avoir présenté le bref au souverain et fait les visites eenvenables, continue son voyage pour exécuter sa commission. H doit, dans te voisinage de ta ville, ou se trouve le cardinal, trouver une voiture que celui-ci a envoyée à sa rencontre et qui le conduit au logement qu'on lui a préparé.

« Après la première visite, il règle avec lui le jour et le lieu de la cérémonie; la veifle, il est présent au serment qui se prèle dans la forme rapportée ci-dessus. La cérémonie commence par une Messe solennelle , après laquelle un cardinal, s'il y en a un dans la même ville, ou un évêque, ou enfin l'ablégat lui-même, remet au nouveau cardinal le bref Afisniva, el après qu'on en a fait lecture il lui présente, dans un bassin, la barette que le cardinal se place lui-même sur la tête.

m L'Eroinence doit aller chercher le chapeau h Rome, où il est reçu- avec de grands honneurs par le cardinal-secrétaire d'Etat au nom du Sacré Collège. Le Pape daigne quelquefeis dispenser les cardinaux de ce voyage et leur envoie le chaoeau par quelque personne de dislinction.

« Eugène IV dans la bulle, In emtnmtt, déclare que la nomination faite dans le consistoire secret, n'a d'effet qu'après que l'élu a reçu les insignes du cardinalat , et que jusque-là il ne peut ni s'appeler cardinal ni voter pour l'élection du Souverain Pontife. Aujourd'hui, cependant, on regarde comme cardinaux, et jouissaut de tous leurs droits, ceux qui sont proclamés par le Pape; parce que, dit le cardinal de Luca, la tradition des insignes, ta formalité de fermer et d'ouvrir la bouche, etc., sont de pures cérémonies qui ne touchent point k la substance du cardinalat. Dn décret de Pie Y a confirmé la pratique actuelle, qui a trouvé son application dans les élections des Papes Léon XI, Innocent X et Clément X.

« Le concile de Trente demande, dans les sujet:» promus au cardinalat, les niêmes qua-

tl INTRODUCTION. U

Ktés qa*il exige pour les évèques. 11 désire encore que le Souyerain Pontife les choisisse» aalanl que possH>(e9 parmi les hommes les dus capables de toutes les parties du nioode catholique.

« Une naissance illégitime, même réhabilitée par un mariage subséquent est, diaprés la constitution Poêtquam de Sixte V, un obstacle. Le même Pape établit encore que le sujet i élire doit être au moins dans les ordres mineurs et avoir porté Tbabit et la tonsure cléricale depuis un an ; n'avoir ni fils ni petit-fils au moment de son élection, n*avoir dans le Sacré Collège ni frère, ni cousin, ni collatéraux ascendants ou descendants dans le ^^econd degré de consanguinités

« L*âge exigé n*est pas déterminé pour les cardinaux, évoques ou prêtres ; mais d*après te décret du concile de Trente que nous citions toute Theure, les canonistes le fixent è trente ans. Quant aux cardinaux-diacres, Sixte V veut qu'ils aient vingt-deux ans accomplis, et qu'ils soient obligés de recevoir l'ordre du diaconat au bout d'un an après leur élection sous peine d'être privés de voix active et passive, tant dans les actes consistoriaux et autres que dans l'élection du Souverain Pontife.

c Jusqu'à l'époque d*Alexandre V (l<^Oft) les cardinaux gardaient [usqu'à la mort le titre qui leur avait été conféré. Ce Pape, à cause des besoins de rEglise, leur permit de passer de Tun è Tautre. Eugène IV autorisa cet usage, qui fui enfin sanctionné et soumis à de^ règles précises, par Sixte V. Quand un titre devient vacant par la mort du titulaire, il peut être pris par Toption d^un des survivants. Si c'est un «Jtes évêciiés suburbicaires (sauf celui d'Oslie qui est réservé au cardinal doyen) le plus ancien des cardinaux^évêques y a droit. Le plus ancien des prêtres peut opter pour le dernier évêché quand il devienli vacant, et garder quelquefois par iqdult sou titre presbytéral. Le plus ancien des diacres a la même prérogative pour un litre presbytéral, qu'il occupe per saltum; il y prend rang d*aprè5 son ancienneté dans le cardinalat, et a la préséance sur les cardinaux-prêtres nommés k leurs titres pendant qu'il était parmi les cardinaux-diacres. Clément Ylli ajoute à cette disposition que les cardinaux doivent avoir, avant de jouir de cette faculté, passé dix ans dans leur ordre. Le privilège de Toption n'est accordé qu'aux cardinaux résidant à Rome on à peu de distance.

« Le décaoat du Sacré Collège af^partient au ptus ancien descardinaux-évêques, présent è Rome au moment de la vacance, ou absent par commission spéciale du Saint-Père. Le cardinal doyen reçoit le premier les visites des ambassadeurs et les hommages des cardinaux nouvellement créés. Il a te privilège de consacrer le Souverain Pontife et de porter en conséquence le pallium.

« La dignité du cardinal est la première dans l'Eglise après celte du Souverain Pontife.

« Eugène IV^dans sa constitution : Non mediocrt, les place au-dessus des évêques, archevêques et patriarches.

ft Cette décision, reproduite et confirmée par plusieurs Papes, repose sur la participation qu'oni les cardinaux aux affaire&de l'Eglise universelle, dont ils partagent les soins avec le Souverain Pontife. Leur prééminence n'a pas cependant toujours été reconnue; car, au temps de Boniface VUl, des évêques refusaient le cardinalat (^fita puiabaninon lierre ducendert amajori dignilau ad minorem). On ne réfléchissait pas assez è cette distinction, si juste cependant, entre l'ordre et la dignité d^s fonctions. C^est une règle admise dans ledroil, que la seconde l'emporte sur L'autre. Ainsi, un archidiacre qui n'aurait pas la prêtrise» jouirait, en vue de sa juridiction, d*un droit de préséance sur l'archiprêtre; et le vicaire général^ qui pourrait n*êlre qu'un simple clerc, a. le pas sur tout le clergé du diocèse.

« C'est h cause de cette prééminence du cardinalat qu'un évêque, quand il est promu» prend et porte, comme dislinction principale, son titre presbytéral: Nrt.,.cardi[ial-prêtre» (lu titre de 8. N., évêque de N.

« Saint Bernard reconnaissait leur haute position quand il leur écrivait : NulH dubium quin ad vos specialUer spécial de regnq Dei surgenles succidere spinas , sedart querelas.

s niTRODUCTION. tV

Agite prô foco quem tmetis^ pro dignilate qua polletis^ pro potestate quam aecepittit. Kl au Pape Eagène lil : Yeniamut ad collateraUi et coadjutores tuos. Ex seduli tibi^ hi intimi Munt ; an non eligendi de toto orbe^ orbem judicaiuri.

n La spleDdeur du cardinalat, au resle, avait été portée si haut par ics coastitutions des Papes et la déférence des princes temporels, qu*il s*en fit des applications abusives.

« Léon X, au concile de Latran» dut porter un décret contre ceux des cardinaux qui humilieraient les évèques et ies prêtres en les employant h des ministères indignes de leur earjictëro.

€ Sous Urbain VIII, le titre d*Eminentissime et Révérendissimefut attribué aux seuls cardinaux, avec des peines très-sévères contre ceux qui oseraient Tusnrper. Les princes eoclésiastiques, électeursde Tempire, et le grand maKre de Jérusalem, partagèrent seulsavec eux cette appellation bonoriOque, que les cardinaux doivent se donner entre eux. Il leur est défendu de porter aucun autre tilre.que celui de cardinal, et de surmonter leur écusson de couronnes héraldiques : Solo pileo^ de preiioso Christi sanguine rubente insignitif dit le décret d'innocent IX. On a souvent, depuis, dérogé h cette dernière ordonnance, qui s'observe encore régulièrement à Rome. Sous peine de déposition après les citations canoniques, les cardinaux sont obligés à résider dans leurs titres, et ne peuvent s*éloigner de Rome sans y être autorisés par la nature de leurs fonctions, comme les évoques» ou par une permission du Pape. Les cardinaux prêtres et diacres (quand même ils n'auraient reçu que les ordres correspondants à leurs titres) exercent dans les églises de leurs titres ou de leurs diaconies une juridiction quasi-épiscopale. Ils y ont le droit de visite» y ofliciept et bénissent pontificalement, en confèrent les bénéflees (quand ils résident h Rome ; autrement la collation retourne au Pape), donnent la tonsure et les ordres mineurs aux officiers de leur église.

« Quant aux nombreux privilèges qui leur sont attribués par ai vers auteurs, nous les passons sous silence, parce que quelques-uns sont tombés en désuétude, que d'autres sont controversés, et qu'enfin la pratique est loin d'être uniforme.

« Tous les cardinaux doivent être pourvus de bénéfices formant un revenu de ^,000 scudî (21,600), et ceux qui n'arrivent pas à cette somme reçoivent 100 scudi par mois. C'est ce qu'on appelle vulgarrement piailo di cardinale (pitance de cardinal).

« Ils touchent encore quelques émoluments qui correspondent aux distributions manuelles en usage dans nos anciens chapitres, et qu'ils reçoivent pour leur assistance aux consistoires, aux congrégations et aux chapelles papales ; c'est ce qu'on appelle le rotolo: l'administration en appartient au camerlingue du Sacré Collège, qu'il ne faut pas confondre avec le camerlingue de la S. E. R. Celui dont il s'agit ici est le cardinal chargé d'administrer les revenus du Sacré Collège. Chacun des membres présents à Rome doit à son tour remplir ces fonctions, dont la durée est ûxée-à un an. Il a sous sa direction un solliciteur (ou avoué), un collecteur (de rentes) et un computiste (ou teneur de livres).

« A l'occasion de l'avènement de Pie IX, VAmi de la religion avait publié déjà un grand nombre d*articles qui se rattachent intimement è notre sujet; nous allons en citer quelques-uns. Voici d'abord ce que nous lisons dans le n* du 8 juin 1856 :

« Dès que le Pape régnant a cessé de vivre, le cardinal camerlingue, suivi des clercs de la chambre apostolique, est introduit près du lit du Pontife défunt. 11 fait la reconnaissance de ses restes mortels, et reçoit des mains du maître de la chambre l'anneau du pêcheur. Trois jours après, cet anneau et le cachet des bulles appelé le sceau de plomb, ssnt brisés par le premier maître de cérémonies en présence de tous les cardinaux. Le cardinal camerlingue tient ensuite une congrégation avec les mêmes clercs» et dans cetto réunion il nomme à tous les offices de la chambre.

* yingt-quatre heures après la mort du Pape, son corps est emoaumé. Dans la soirée du troisième jour on le transporte dans Téglise de Saint-Pierre avec la même pompe qui entourait le Souverain Pontife dans les cérémonies solennelles: il y a de plus un détachement d'artillerie qui fait partie du cortège. Le corps ainsi embaumé demeure exposé jgondant trois jours dans la chapelle du Saint-Sacrement, la tête tournée du sMé de l'autel

INTRODl-CTION.

et les pieds toochaot la grille qui ferme la chapelle. Le peuple Tie&t rendre un dernier hommage de respect et de regrets aux restes mortels du Pape en bràsant ses pieds h tra* Ters les barreaux de la grille.

« Un grand et riche catafalque est élevé pendant ce temps au milieu de la principale nef de la basilique vaticane. Le portrait du Pape défunt et les faits mémorables de son règne peints en grisailles ornent les différents côtés du mausolée funèbre. Les funf^railles commencent dans la soirée du troisième jour par la cérémonie de rensevelissement qui se fait arec Tassisfance du cardinal camerlingue, des cardinaux nommés par le défunt et des clercs de la chambre. Le corps renfermé dans une (riplecaisse, demeure ainsi déposé près de la chapelle du chœur jusqu'au moment de la sépulture.

« Les funérailles durent neuf jours. Les cardinaux, les prélats, les magistrats de Rome, les ofliciers de la maison pontiGcale, tous ceux enfin qui assistent habituellement aux chapelles papales sont présents à la cérémonie funèbre.

Ayant la Messe des funérailles, le Sacré Collège se réunit dans la sacristie de Saint- Pierre pour faire la distribution des charges et des emplois publics, tant pour le gouvernement de Rome et des affaires de TEtot, que pour Tintérieur du conclave. Daus cette assemblée, les cardinaux donnent tous les ordres et prennent toutes les mesures que commandent les circonstances et le maintien de la tranquillité publique.

« Le dixième jour'après la mort du Pape, le doyen du Sacré Collège chante la Messe solennelle du Saint-Esprit dans la même chapelle du chœur où a été célébrée la Messe des funérailles. Après l'évangile un prédicateur désigné d'avance par un bref pontiQcal, monte en chaire et adresse aux cardinaux une grave et solennelle allocution pour les exhorter è donner promptement un saint et zélé pasteur à TEglise de Jésus-Christ. A Tissue de la Hesse, les cardinaux se réunissent de nouveau dans la sacristie pour prescrire, s'il j a lieu, quelques dernières mesures. De là ils se rendent processionnellement au lieu du conclave. Us se renferment dans la chapelle du palais avec les seuls maîtres de cérémonies, et le secrétaire du Sacré Collège: il est donné lecture des constitutions apostoliques et des lois du conclave relatives à Téleclion du Pape. Tous les cardinaux eo jurent la fidèle observance. »

Dans les numéros des 11 et 13 juin 1846, l'Ami de la religion donne sur le conclave les notions qui suivent :

« Durant les trois premiers siècles de TEglise, depuis le premier successeur de saint Pierre jusqu'au Pape saint Sylvestre, on peut dire que les catacombes de Rome, asile des Chrétiens persécutés, furent aussi le lieu habituel ou furent nommés les souverains pontifes, qui semblaient moins appelés à l'honneur de gouverner l'Eglise naissante, qu'à la gloire d'être plus particulièrement désignés à la haine des persécuteurs et aux glaives de leurs] bourreaux. Les trente premiers Papes furent autant de saints martyrs, que d'autres martyrs prêtres et fidèles choisissaient pour leurs chefs dans ces sombres demeures ou la distinction la plus glorieuse de ces vénérables pontifes était un humble siège de pjerre dans les saintes assemblées, et une tombe particulière après leur mort dans ces lugubres souterrains.

« Lorsque sous le sceptre protecteur de Constantin, le culte public des Chrétiens put déployer ses pompes sacrées sous les voûtes des basiliques, l'Eglise nomma son chef suprême en toute liberté, et l'élection continua à être ainsi faite librement par le clergé de Rome avec le consentement du peuple. Les troubles que ces factions diverses portèrent trop souvent dans ces saintes assemblées et surtout les prétentions des rois et des empereurs rendirent successivement indispensables plusieurs changements dans ce modefd'électioii.

« En 1159, le troisième concile de Latran conféra, par un décret aux ^.ardinaux le privilège exclusif de concourir à la nomination du Pape. Ce môme décret exigea la réunion des deux tiers des suffrages pour la validité de l'élection. Aucun lieu spécial n'était déterminé pour l'assemblée des cardinaux ; ils se réunissaient ordinairement dans une des églises de Rome, le plus souvent à Saint-Jean de Latran ou dans la basilique de Saint- Pierre. A cette époque encore les cardinaux ne s'assemblaient que pour le moment du scrutin, et chaque jour après avoir voté, ils rentraient dans leurs demeures. L'obligation

f7 IMTRODOCTK»!. »

ri'^oureuse des^enfermer en conclare ne fut imposée qu*en i^n^ au conciTe de Lyon, par une constitution du Pupe Grégoire X» dont ta propre éleclion avait fait plus vivement senti> les graves inconvénients d'une trop longue vacance du Saint-Siège. On sait, en effet,' qu'après la mort de Clément IV, les cardinaux réunis à Viterbe restèrent près de trois : ans sans pouvoir tomber d'accord sur [e choix de son successeur» et que toutes les remonvtrances de saint Bonaventure pour les presser de donner enfin un chef à l'Eglise auraient peut-être été raines, si le gouverneur militaire de la ville n'avait pris le parti un peu violent de les tenir d'abord enfermés et ensuite comme dernier expédient de faire enlever le toit du lieu ou ces dix-huit cardinaux étaient assemblés.

« Le même Pape Grégoire X prescrivit d'une manière générale que h conciave aurait lieu dans le palais delà ville où le Pape défunt faisait sa résidence avec la cour pontificale. Ce n'est donc pas toujours k Rome que le Sacré Collège a dû nécessairement se réunir. Avant» comme depuis la loi de Grégoire X, plusieurs élections de Papes ont été faites ailleurs que dans la capitale du monde calholique. Ainsi, pour n'en citer que quelques exemples: Urbain II fut élu h Terracine en 1088, CalixtoU è Cluny en 1119. Grégoire VIII à Ferrare en 1187, Clément III è Pise dans la même année. Le successeur de Grégoire X lui-même. Innocent V fut élu à Arezzo, et enfin les Papes Jean XXllI, Benoît XII, Clément VI, Innocent VI, Urbain V et Grégoire XI furent successivement nommés è Avignon. Le Pape Clément VII fut le premier qui ordonna la réunion du conclave à Bome, alors même qu*il serait mort pendant son voyage en France. Pio IV se rendant au concile de Trente et Clément VIII allant prendre possession du duché de Ferrare désignèrent également la ville de Bome pour le lieu du conc'ave, s'ils venaient è mourir avant de rentrer dans ses murs.

« Rome est donc maintenant le lieu ordinaire o(i doivent s'assembler les cardinaux pour élire le Pape, à moins que de graves circonstances, la sécurité des cardinaux et la liberté des suffrages, comme il est arrivé à Pie VI dans son exil et sa captivité, ne rendent né-^ cessaire la désignation d'une autre ville.

« C*est aussi au palais du Vatican qu'ont eu lieu tous tes conclaves depuis Booiface VIII en 1303, jusqu'h Pie VI, è l'exception de deux seulement qui furent tenas au couvent des Dominicains, dans l'église Sainte-Marie de la Minerve, pour la nomination des Papes Eugène IV et de son successeur Nicolas V. A la mort de Pie VII, les cardinaux résolurent» à l'unanimité dans leur première congrégation de tenir le conclave au palais du Quiriual, où depuis celte époque, le Sacré Collège s^est assemblé pour l'élection de Pie VIII et de Grégoire XVI. C'est encore là que va se tenir le prochain conclave.

« Toute Taile du palais qui est entre le jardin et la rue de Paria pia est disposée pour l'habitation des cardinaux, de leurs conclavistes et des différents oCGciers ou employés du conclave. La rue e^t fermée aux deux extrémités depuis les quatre fontaines jusqu'à la place du Quirinal. Selon l'ancien usage, alors que le conclave se tenait au Vatican, les cardinaux s'y rendaient processionnellement, immédiatement après la Hesse solennelle du Saint-Esprit, chantée dans la chapelle jdu chœur de la basilique de Saint-Pierre. Mais depuis que le lieu du conclave a été transféré au Quirinal, les cardinaux se réunissent vers le soir au couvent des prêtres de la mission. Ils arrivent avec deux voitures» accompagnés de leurs conclavistes et revêtus du rochet et du camail. Réunis d*abord dans une salle commune où ils déposent le camaiL pour prendre le cappa^ ils entrent dans l'église et adorent en silence le saint Sacrement. Les chantres de la chapelle papale entonnent le Vent Creator, et après la première strophe , tout le Sacré Collège se met en marche précédé de la croix, ot traverse la place du Quirinal entre une double haie de soldats, au milieu d'une foule immense, et au bruit des fanfares militaires. Lorsque l'auguste procèsaion est arrivée au palais du Quirinal, dans la chapelle Pauline, le cardinal doyen récite les oraisons d'usage, puis il adresse nne courte allocution à ses vénérables collègues, et les exhorte à élire promptement le souverain pasteur de TEglise universelle. Il est donné lecture de toutes las constitutions apostoliques relatives au conclave. Les cardinaux jurent de les observer fidèlement. Le majordome, le maréchal du conclave , le trésorier général, I^ patriarches, les archevêques et évêqucs assistants au trône, les prcnotaires apostoliques,

n INTRODUCTION. m

les auditeurs deRotCt les clercs delà chambre, eu un o)Ol,(ous les prélats qui sont préposés k la i$Brde des tours pendant le conclave, jurent aussi d'observer les mêmes lois en ce qui les concerne. Les conservateurs de Rome, le commandant de la garde du Capilole^ le gouTemeur du cbflleau Saint-Ange et le général en «.hef des troupes pontificales prêtent serment de fidélité. A la sortie de la chapelle Pauline, les cardinaux se rendent 5 la cellule qui leur a été désignée par le sort; ils sont précédés chacun par sii ou quatre valets de pied portant des torches allumées. Dans cette dernière soirée le corps diplomatique, la noblesse de Rome, la prélature, les personnages étrangers de haute distinction, vont rendre visite à chaque cardinal, qui les reçoit debout dans sa cellule. Tous les domestiques, tenant leurs torches à la main sont rangés devant la porte pendant tout le temps que durent ces réceptions. Vers une heure et demie de nuit, un maître de cérémonies donne, au bruit d*une sonnette, le premier signal de la retraite pour tous ceux qui sont étrangers au conclave; une demi-heure après il renouvelle cet avertissement, et enfin è trois heures de nuit, e'est-è-dire à onze heures du soir, il parcourt une dernière fois les corridors do palais, agitant sa sonnette et faisant êniendre ces paroles latines : Extra emnet . Tous les étrangers se retirent et le cardinal camerlingue accompagné du grandmarécfaai et des trois premiers cardinaux de chacun des trois ordres , procède à la clôture intérieure du conclave, tandis que Hgr le majordome remplit la même formalité pour les portes extérieures. De ce moment les avenues du conclave sont si sévèrement gardées, que rien ne peut y être introduit qu'au moyen de tours pareils h ceux que l'on a pu observer dans les couvents et dont la surveillance est confiée à des prélats qui se relèvent successivement dans cette fonction.

« Le lendemain malin, premier jour de conclave, avertis par le mattre des cérémonies qui parcourt trois fois les corridors avec sa sonnette, de demi- heure en demi4ieure, en criant au troisième tour : In capellam Domini^ les cardinaux, accompagnés de leurs deux eonclavistes, se rendent vers neuf heures è la chapelle Pauline pour y entendre la Messe que célèbre ce jour-là seulement le doyen du Sacré Collège. C'est è cett«; Messe qu*a lieu une des cérémonies les plus touchantes et la plus digne de la mission divine que ces augustes représentants de l'Eglise sont appelés à romplir. Ils s'avancent deux è deux au pied de l'autel, déposent leur croix, prennent une étole blanche, et à genoux devant le ' Ténérable célébrant ils reçoivent de ses mains la sainte communion.

« L'élection commence sous la grave et sainte impression de ce grand acte de foi et de ehj^rité divines. Elle peut se faire de trois manières : 1* par inspiration ou par acclamation; 8*par le compromis ; 3* par le scrutin et l'accession.

« L'élection par inspiration a lieu lorsqne, divinement éclairés par une lumière soudaine du Saint-Esprit, les cardinaux nomment le Pape à l'unanimité et par acclamation. Les «temples n'en sont pas aussi rares que le dit un journal ce matin. Nous pourrions en citer douze ou quatorze, dont le plus mémorable est celui de saint Grégoire Vil que les voix unanimes du peuple et du clergé proclamèrent Pape, pendant qu'il célébrait è Saint-Jean de Latran la Messe des funérailles d'Alexandre II.

« L'élection par le compromis se fait lorsque les cardinaux ne pouvant s'entendre pour la réunion des deux tiers des suffrages s'en remettent d*un commun accord h la haute sagesse de l'un ou de plusieurs d'entre eux pour le choix du Pape. Clément IV en i2fô. Clément V et Jean XXII, son successeur, furent élus de cette manière.

« Le mode d*élection le plus ordinaire est celui du scrutin et de l'accession qui en est le complément. Quand le scrutin n'a donné à aucun des cardinaux le nombre voulu de suffrages, on procède è un second vote dans la même séance, et par ce second bulletin on déclare joindre son suffrage à ceux que tel ou tel cardinal a obtenus dans le simple scrutin. C'est ce deuxième vote qui s'appelle accession.

« Le scrutin et l'accession ont lieu deuxfois par jour, une fois à neuf heures du malin»

.après la Messe, la seconde dans l'après-midi, de cinq heures et demie à sept heures. On se

réunit dans la chapelle Pauline, qui a été disposée d'une manière toute particulière pour

; Ms réunions. Un vaste rideau de soie violette sépare la partie inférieure de celle où siège

51 INTRODUCTION. 3i

le Sacré Collège. Le lableau de Taulel représente la descente du Saint-Esprll sur les apôtres; sur les marches du même autel du côté de révangilo est préparé le fauteuil où ira s'asseoir le Pape élu pour recevoir le premier hommage des cardinaux. Chaque cardinal a son trône particulier, surmonté d'un baldaquin disposé de manière à pouvoir être abaissé dès que le nom du nouveau pape est sorti du scrutin. Devant le trône est une table recouverte en soie de la même couleur que le baldaquin , c'est-è-dire verte si le cardinal est d'ancienne création, et violette s'il a été nommé par le Pape défunt; sur la table sont rangés avec un soin minutieux les bulletins avec leur forme consacrée, les cachets, la cire et enfln tous les objets nécessaires pour écrire. Les cardinaux sont placés comme <lans les chapelles papales, par rang d'ancienneté , selon l'ordre auquel ils appartiennent ; jeurs sièges forment un carré ouvert autour de l'autel. Six autres sièges avec un nombre égal de tables sont disposés âu centre pour les cardinaux qui ne sont pas encore arrivés^ ou pour ceux qui craindraient, en écrivant leur vote k leur place, d'être vus de leurs voisins. Il va sans dire que les cardinaux seuls sont présents dans la chapelle Pauline, aa moment du scrutin. Mgr Sucrû/a, préfet de la chapelle papale, célèbre chaque matin la Messe devant le Sacré Collège, il entonne le Yeni Creator^ et quand il a récité les dernières oraisons, tous les prélats conclavistes ou maîtres de cérémonies se retirent, et l'uùdes cardinaux va lui-même fermer à clef la porte de la chapelle. Quand le scrutin, qui dure environ deux heures est terminé , le cardinal doyen donne le signal ; tous les cardinaui se lèvent , et le premier qui arrive à la porte tire le cordon d'une sonneKe qui correspond à la salle ducale, où attendent les conclavistes et les serviteurs. Nous avons dit que les deux tiers des voix des cardinaux présents sont nécessaires pour la validité de Félection : tant que ce résultat n'a pas été obtenu, on annule le scrutin; et les bulletins, mêlés avec de la paille humide , sont brûlés dans l'fltre d'une petite cheminée qui est derrière l'autel. La fumée qui sort par un tuyau, au-dessus du grand balcon extérieur, est pour la foule des curieux qui se pressent deux fois par jour sur la place du Quirinal, vers midi et sept heures, un avis certain que le Pape n'a pas encore été nommé.

« Dans l'intervallts des deux scrutins , les cardinaux vaquent & telles occupations qui leur conviennent, peuvent se promener dans les cours du palais, se faire mutuellement des visites, et recevoir aux portes du conclave les personnages qui viennent les visiter da dehors. Mais è trois heures de nuit, à la suite du triple signal qui est donné par le maître de cérémonies, tous les cardinaux doivent se renfermer dans leur cellule. C'est dans leurs entretiens particuliers que les membres du Sacré Collège discutent entre eux les titres des cardinaux qui ont le plus de chances d*être élevés sur le trône pontifical. Ces négocisr lions secrètes, ces allées et venues, cette lutte des opinions contraires, ces concessions réciproques, ces fluctuations quelquefois très-prolongées, ces voix perdues ou gagnées» forment la partie dramatique et purement humaine de cette imposante assemblée. C'est le cas de répéter cette beile parole de Fénelon : L'homme marche et Dieu le mine. Le Saint- Esprit ne cesse d'assister son Eglise; et nous avons la ferme confiance qu'il daignera déjouer toutes les intrigues, s'il en existe, ou les faire concourir au choix du plus digne pasteur.

« H est d'usage que les souverains catholiques nomment un ambassadeur extraordinaire auprès du Sacré Collège pendant la vacance du Siège apostolique. Cet envoyé diplomatique se rend alors avec une grande pompe h l'audience du conclave pour remettre les lettres de son souverain. Il fait d'abord provenir les cardinaux et adresse des invitations au corps diplomatique , à la noblesse , k la prélature romaine , aux personnages étrangers qui se trouvent k Rome , et cette nombreuse suite l'accompagne dans cette visite solennelle. Le cortège est d'une rare magnificence : il se compose de plusieurs voitures de l'ambassadeur, resplendissantes de dorures, et entourées de laquais en grande livrée, dont quelques-uns tiennent la bride des chevaux. Un corps de cavalerie ouvre la marche. Les cardinaux qui veulent donner k Tambassadeur une marque particulière d'honneur, envoient k son cortège un de leurs carrosses avec leur livrée de gala. L'ambassadeur est reçu par le ma- ^'■ ^"dome et par le marécbal du conclave. Il est introduit avec sa nombreuse et brillante

8uiteju5qu*k Tenlrée de la chapelle où les cardioaux sûdi réunis, et dont il demeure séparé par une grille. Il fait uue géouflexion » remet ses lettres de créance dont le secrétaire du cooclaye brise le cachet, et il prononce uu discours auquel le cardinal chef de Tordre des ér^oes est chargé de répondre. Après ces discours ofliciels, le cardinal doyen et les autres Diembres du Sacré Collège qui désirent s'entretenir avec l'ambassadeur s'approchent successirement de la grille. Le cortège retourne dans le môme ordre au palais de l'ambassadeur, où ont Heu dans la soirée de brillantes fêtes.

c Les discours prononcés dans cette audience solennelle par les ambassadeurs sont en latin ; l'ambassadeur de France est le seul qui prononce le sien en frangais.

c Pendant la vacance du Siège apostolique, Taulorité souveraine réside tout entière dans le Sacré Collège, qui l'exerce par une commission. formée de trois de ses membres, pris dans chacun des trois ordres des évéques, des prêtres et des diacres. Cette haute commission se renouvelle tous les trois jours, et se compose successivement do la même manière, d*un cardinal de chaque ordre, par rang d'ancienneté. Les fonctions de secrétaire d*Etat cessent immédiatement à la mort du Pape.

« Nous continuerons i donner de nouveaux détails sur tout ce qui se pratique à Rome pendant le conclaye, jusqu'au jour de Téloction d'un nouveau Pape.

« 13 juin. — Nous avons fait connaître les principales dispositions que les constitutions apostoliques, selon les temps et les besoins nouveaux, ont successivement ordonnées pour la tenue des conclaves. L'élection du suprême chef de l'Eglise est un événement si grave et de si haute importance; la mission des cardinaux appelés h faire ce choix, est si sainte; la liberté des suffrages doit être si complète et tellement à l'abri de toute influence humaine, qu'aucun esprit sérieux ne s'étonne ni du grand nombre, ni de la minutie apparente des règlements par lesquels la sagesse prévoyante des Papes et des conciles a cru devoir déterminer jusque dans ses moindres formes tout ce qui se rapportée l'acte le plus sublime, le plus auguste, le plus sacré, puisqu'il a pour objet, non pas seulement de conférer une couronne temporelle , mais de porter sur le trône pontiGcal le vicaire de Jésus-Cbrîst même, le souverain pasteur de l'Eglise universelle. En pareille matière rieu n'est petit ; tout a, au contraire, une importance relative qui donne un intérêt religieux aux nouveaux détails dans lesquels nous allons entrer.

€ Nos lecteurs ont maintenant des notions exactes sur l'intérieur du conclave, sur la manière dont se font deux lois par jour le scrutin ordinaire et le vote par accession. Le genre de vie que l'on y mène est uniforme et grave comme la vie du cloître: les habitudes et les pratiques du premier jour sont les mêmes jusqu'à la fln du conclave. Dix tour' sont établis aux diverses entrées de la partie du palais du Quirinal qu'habitent les cardinaux. 11 y en a trois qui servent exclusivement de parloirs aux membres du Sacré Collège: un quatrième est aussi réservé d'une manière exclusive au prélat secrétaire du conclave, dont les fonctions sont en ce moment les mêmes que celles du secrétaire d'Etat pendant le règne du Pape. Les six autres tours sont destinés au service général du conclave et aux communications de toutes les personnes attachées aux cardioaux. La garde de ces tours est confiée, comme nous l'avons dit, aux patriarches, aux archevêques^ aux évêques assistants au trône, aux auditeurs de Rote et aux autres collèges de la prélature. L'accès en est ouvert deux fois par jour, !e malin vers huit heures jusqu'à midi et demi environ, et le soir de cinq heures et demie à sept heures et demie. Les trois tours réservés aux cardinaux , et que pour celle raison on appelle tours d' honneur ^ruoie no6i7f, ne sont fermés qu'une demi-heure plus tard. Celui du secrétaire du conclave peut s'ouvrir à tQute heure : les hautes fonctions de ce prélat, les rapports continuels qu'il est obligé d'avoir soit avec les cours étrangères , soit avec les fonctionnaires de l'Etal, exigent qu'il ait à tout moment celte entière liberté de communication. Les tours sont fermés en dedans et en dehors : à l'extérieur, ce sont les prélats gardiens qui les ouvrent : un maître de cérémonies en fail en même temps l'ouverture à l'intérieur. Rien n'entre dans le conclave, rien n'en sort qui ne soit soumis à cette inspection sévère -: les corbeil* les qui renferment les repas des cardinaux sont minutieusement visitées ; les lettres qui

arrirent sont OQfertes ; celles qoi partent du conclave sont lues et cachetées ensuite par les prélals chargés de la surreillance des tours. Si cependant un cardinal avait quelque communication secrète à écrire» il lui serait permis de faire partir sa dépêche par le tour du secrétaire du conclave. La sévérité des règlements prescrit aussi de parlera haute voix dans tous les entretiens qui ont lieu entre les personnes du conclave et celles qui viennent les visiter du dehors. Pour être admis h s'approcher des tours, il faut être muni,oud'une des médailles rrappéesàroccasiondu conclave, ou d*unebaguette peinte en vert ou violet que les cardinaux seuls peuvent donner. Chaque cardinal a toujours à la porte exté« Heure du conclave un domestique (irêt à recevoir et à porter ses ordres. #

« Les portes du conclave, malgré cette rigoureuse clôture, s^ouvrent cepenaant pour re^c.voir les cardinaux qui arrivent à Rome, lorsque le Sacré Collège est déjà réuni. Dès qu'un cardinal est arrivé, il s'empresse de notiOer au Sacré Collège son désir d'entrer au coq« clave pour concourir par son vola à l'élection du Pape. Le Sacré Collège lui fixe le jour et l'heure où il sera regu. Ce jour-là dans la matinée, le cardinal va en carrosse escorté d'uiie seconde voiture de suite, faire sa prière au tombeau des saints apôtres dans la basilique de Saint-Pierre ; et vers le soir» il se rend avec le même cortège au palais du Quirinal. Là le maréchal du conclave s'avance à sa rencontre avec toute sa maison, Tintroduit dans ses salons et lui offre des rafraîchissements. Quand les cardinaux ont terminé lescrutiudu soif, ils vont se ranger dans la salle ducale» derrière la grille qui forme la clôture, pour attendre leur collègue. Le doyen du Sacré Collège s'avance seul vers une petite porte de cette grille dont-il a toujours la clef et tire le cordon d'une sonnette qui correspond dans l'appartement du maréchal du conclave. A ce signal , le nouveau venu se présente devant la grille dont la triple clôture lui est successivement ouverte par le premier maître des cérémonies, par le cardinal camerlingue et par le grand maréchal qui demeure en dehors. Il est reçu d'abord par les trois cardinaux chefs d'ordre, par le cardinal doyen et par le cardinal camerlingue et ensuite individuellement par tous les membres du Sacré Collège qui lui donnent debout l'accolade fraternelle. Après ces premiers compliments et cet échangé d'affectueuses politesses, les trois cardinaux chefs d'ordre le conduisent à la chapelle commune, où il adore le saint Sacrement et prèle le serment d'usage. De là, accompagné des mêmes cardinaux et précédé de quatre domestiques portant des torches, il passe dans la cellule qui lui a été réservée. Tous les cardinaux viennent l'un après l'autre le visiter, et dans la même soirée il va rendre à chacun sa visite. Dès le lendemain il prend part comme ses vénérables collègues au scrutin d'élection.

« Il nous reste à raconter ce qui se (>asse dans le conciave, lorsque le résultat du scrutin a enfin donné à l'un des cardinaux le nombre voulu des suffrages. Avertis immédiatement par un coup de sonnette, les deux maîtres de cérémonies, Mgr Sacrisla et le secrétaire du Sacré Collège entrent dans la chapelle du scrutin. Ils se joignent au cardinal doyen, au tMirdinal camerlingue, et aux trois cardinaux chefs d'ordre, et tous ensemble vont se ranger autour de la table du cardinal qui vient d'être élu Pape. « Acceptez* vous, » demande à haute voix le doyen du Sacré Collège, « acceptez-vous l'élection canoniquement faite de votre personne au souverain pontificat?» Si la réponse est affirmative, l'élection est dès lors pleinement consommée : tous les baldaquins placés, comme nous l'avons dit, au-dessus du trône de chaque cardinal, sont aussitôt abaissés, à l'exception de celui de l'élu.

« Le cardinal doyen l'interroge une seconde fois pour savoir quel nom il se propose de prendre eu montant sur le Siège apostolique. Ce fut le Pape Sergius IV en 1009, qui introduisit Tusage de prendre un autre nom que celui du baptême. Baronius et la plupart des savants prétendent que Sergius s'appelant Pierre refusa par humilité et par respect pour le premier chef de TEglise, de garder sur le trône pontifical le nom sacré que Jésus- Christ lui-même avait donné au saint apôtre en le nommant son représentant sur la terre. Quand le nouveau Pape a fait connaître le nom qu'il veut porter désormais, le premier maKre de cérémonies, faisant fonction de notaire du Saint-Siège dresse l'acte authentique de l'élection en présence de tous les cardinaux, de Mgr Sacrista, du secrétaire du Sacré

Gallége el de Taolre maître ue cérémonies qui, tous les trois, signent eet acte avec le no* taire apostolique.

cSur riniitatioD des deux premiers cardinaux de l*ordre des diacres et accompagnés par •uXfle DOUYeauPape se rend h la sacristie conliguë à la chapelle, et s'y revêt des habits qui soDl la marque distinctiye de la dignité pontiticale, la soutane blanche, la ceinture de même couleur avec des glands d*or, le rochet bordé d*une étroite dentelle, la mosetle rouge, la calotte bianche, les pantoufles de satin blanc avec une croix brodée en or, et enfiii l*étole rouge que le premier cardinal diacre lui met au cou. Ainsi habillé, le nouveau pontife rentre dans la chapelle Pauline et va s'asseoir dans le fauteuil préparé depuis Tou- ▼ertaredu conclave sur le devant de l'autel, et là, ayant à droite et h gauche de son trône les deux cardinaux diacres debout, il reçoit le premier hommage du Sacré Collège. Tous les cardinaux se prosternent devant lui l'un après l'autre dans l'ordre de leur dignité, lui baisent le pied d'abord, ensuite la main, puis ils se relèvent» et le pontife leur donne le douDle baiser de paix. C'est dans le moment où il etnbrasse ainsi les cardinaux que le nouveau Pape leur annonce quelquefois les charges éminentes qu'il leur destine. Ainsi le Pape PieVIU, en embrassant les cardinaux Pacca et de Grégorio confirma le premier dans Il dignité depro-dalaire, et dit au second : « Je vous nomme grand pénitencier. »

« Après la cérémonie de ce premier hommage rendu au nouveau Pape, les deux diacres assistants, précédés d'un maître de cérémonies portant la croix pontificale, se rendent sur le grand balcon du palais pour annoncer à la multitude qui couvre la place l'élection du Souverain Pontife. Cette heureuse et grande nouvelle attendue avec une si vive et si légitime impatience, est proclamée à haute voix par le second cardinal-diacre, dans les termes suivants : «Je vous annonce une grande nouvelle. Nous avons pour Souverain Pontife l'éminentissime cardinal de la sainte Eglise romaine NN. du titre NN. qui a pris le nom de NN.» Il serait impossible de rendre l'etfet produit par ces simples et solennelles paroles. L'artillerie du chflteau Saint-Ange annonce par cent et un coups de canon h la Ville éter- DeHe que Dieu vient de lui donner un nouveau pasteur, un nouveau souverain, un nouveau père. Les trois cents soixante clochers de Rome mêlent leur carillon de fête an bruit du canon. Les tambours et les fanfares militaires retentissent sur tous les points du Qont Quirinal, et les acclamations enthousiastes de la foule semblent dominer et monter plus sonores vers le ciel que tous ces bruits de la musique, de l'artillerie et des cloches. Cependant toutes les portes du conclave sont ouvertes : que d'espérances et peut-être aussi que d'ambitions subalternes s'y précipitent ! C'est le moment où les rêves dorés de tous ceux qui ont plus particulièrement connu le nouveau souverain avant son élection secolorent d'un plus vif éclat et semblent prendre à leurs yeux les formes d'une réalité pal« pable. Hais il en est de la plupart de ces rêves et de ces espérances comme de tous les désirs de l'ambition. On compte mille déceptions pour un espoir qui se réalise. Le majordome et le maréchal du conclave, les conclavistes des cardinaux et les divers employés du conclave sont les premiers admis dans la chapelle Pauline 5 baiser le pied du Pape* Viennent ensuite les prélats qui étaient préposés h la garde des tours, les parents et les amis du Pape élu, des seigneurs romains, des membres du corps diplomatique, et quelquefois des princes et des souverains qui se trouvent à Rome dans cette solennelle circonstance. Le nouveau Pape peut prendre immédiatement possession des appartements du palais, dont le cardina! camerlingue lui présente les clefs. Mais le plus souvent il passe le reste du jour dans la modeste cellule qu'il occupait pendant le conclave.

« Le jour même de son élection et quelquefois le lendemain, comme firent lesdeux derniers Papes Pie VU! et Grégoire XVI, le Souverain Pontife ayant auprès de lui dans sa voiture deux cardinaux qu'il a daigné choisir se rend du palais du Quirinal à la chapelle Sixtine du Vatican. Tous les membres du Sacré Collège s'y rendent de leur côté en équipage de gala. Après avoir prié quelques moments en silence, le Pape revêtu de la chape blanche, et la tête couverte d'une mitre en lame d'or, va s'asseoir devant l'autel, et Ik il reçoit le second hommage des cardinaux avec le même cérémonial que la première fois. De la chapelle Sixtine il est transporté processionnellement sur son trône dans la basilique^

deSaînt-Pierre comme aui grandes solennités; le cortège traverse la salle ducale descend Tescalier royal et s'avance par la grande nef de la basilique jusqu'à Taule! de la confession. Les chantres delà chapelle pontificale entonnent au moment où la procession se met en mar. che» l'antienne Ecce sacerdoi magnuSf et le chœur des chanoines de Saint-Pierre quia reçu le Pape sous le grand portique du Vati&in* chante le verset : Tu es Petrus^ etc.

« Arrivé devant Tautel, le Souverain Pontife descend de son trône, adore et prie une seconde fois en silence, s'assied sur un coussin et reçoit de la même manière le troisième hommage du Sacré Collège. 11 entonne ensuite le Te Deum d'actions de grâces, après lequel il donne solennellement sa première bénédiction apostolique aux fidèles qui se pressent dans Saint-Pierre. Rentré dans ses appartements du palais du Quirinal ou du Vatican selon la saison, le nouveau Pape consacre ses premiers moments à la nomination des hauts fonctionnaires de l'Etat et des dignitaires de l'Eglise romaine, à l'expédition des dépèches par lesquelles il notifie son élévation sur le trftne pontifical aux souverains et aux membres du Sacré Collège qui ont été empêchés de se rendre au conclave.

« Nous décrirons plus tard les cérémonies du couronnement et nous dirons aussi quelques mots des congrégations qui se tiennent pendant le conclave pour l'expédition des affaires et le gouvernement des Etals pontificaui. x

Le même journal donnait, dans son n* du 20 juin 181^6, les renseignements qui suivent sur les congrégations oue tiennent les cardinaux pendant la vacance du Saint- Siège :

« La mort du Pape fait passer immédiatement Tautorité souveraine entre les mains du Sacré Collège pour toute la durée de la vacance du Siège apostolique. Les constitutions de quelques Papes ont cependant posé des limites à cette suprême autorité. Sans examiner ici la question de droit, comme sans citer tous les faits particuliers qui prouvent que dans plus d'une grave circonstance, les cardinaux ont agi dans la plénitude de leur puissance, nous nous bornerons à rapporter de quelle manière s'exerce habituellement l« pouvoir dans le Sacré Collège quand le Siège pontifical est vacant.

« C'est par des congrégations de cardinaux que tout se fait alors. Les congrégations, qui se tiennent pendant la vacance du Siège apostolique sont de quatre sortes :

« Les premières sont celles qui ont \\eu immédiatement après la mort du Pape, et qui se tiennent chaque soir jusou'à la réunion du conclave, dans la demeure du cardinal doyen.

0 Les secondes sont les congrégations générales qui s'assemblent dans la salle dépara^ $nenti au Vatican, ou dans la sacristie de la basilique de Saint-Pierre.

«, Les troisièmes sont celles que tiennent ensemble, dans !e conclave les cardinaux chefs

d'ordre.

« Les quatrièmes enfin sont les congrégations générales auxquelles, pendant le temps du conclave, tous les cardinaux sont appelés pour quelque affaire eitraordinaire et de |)lus haute importance.

« Nous parlerons successivement do ces différentes espèces de congrégations. Chaque soir depuis le jour de la mort du Pope jusqu'à l'ouverture du conclave, le premier cardinal de l'ordre des prêtres, et le premier de l'ordre des diacres se réunissent chez le doyen du Sacré Collège, qui est en môme temps le premier de l'ordre des évêques. Ils forment cette haute commission administrative dont nous avons parlé dernièrement, et qui ser^^nouvelle tous les trois jours, toujours composée d*un des cardinaux de chaque ordre par rang d'ancienneté. Ce renouvellement de tous les trois jours ne se fait cependant que lorsque le conclave est assemblé ; jusque-lh les trois premiers cardinaux de chacun des trois ordres ne sont point remplacés.

« A la mort du Pape Grégoire XVI, les membres de cette commission ont été les cardinaux Micara, Fraozoni, etRiario Sforza. Dans leurs congrégations, ils traitent des affaires courantes de TEtat et de celles que peut faire naître la vacance du Saint-Siège. Tous les ordres, toutes les décisions, tous les actes enfin qui émanent de cette commission sont signés par les trois cardinaux qui en sont membres, par le cardinal camerlingue et par le

seerélaire du Sacré Collège qui remplit, romme nous l'avons dil ailleurs les tonctions de si^erélaire d'Ëlnl pendant toute Ja vacance du Saint-Siège.

« Les congrégations générales qui se tiennent avant le conclave sont au nombre do dix. La première s*assemble dans la salle deparamenti^BH palais du Vatican; les neuf autres se réunissent dans la sacristie de Saint-Pierre. Un avis des maîtres de cérémonies fait connaître è chaque cardinal, le jour, le lieu, Tobjet de ces assemblés et le genre de costume dans lequel on doit s*y ronilre. Dans la première congrégation générale, le secrétdire du Sacré Collège fait,è haute voix, la lecture des constitutions pontiGcales concernant les règles du conclave, l'élection du Pape, les affaires de vacance du Saint-Siège. Ces constiiuiions apostoliques sont : celle de Grégoire X, Vbi periculum ; celle de Jules 11 Cum tam cfirîna, du 9i janvier 1505 ; celle de Pie IV, ineligendo du 9 octobre 156t; ceilt^ de Grégoire XV, jEtemi Patris.du 15 novembre 1621, et Romanum du 12 marsl622; celle dUrbain VIH. Ad Romani, du 28 janvier 1628; et enfin celle de Clément XII, Aposlolalus officium^ du 5 octobre 1731 . »

« Les cardinaui font serment d'êlre fidèles è tontes ces lois. On brise Tanneatt du pécheur. et If steoii du plomb de la chancellerie apostolii|ue. Les suppliques de la Daterie et de In sec'rétairerie des brefs sont déposées <ians deux bottes cachetées et confiées è la garde de deux clercs de la chambre. Le gouverneur de Rome est confirmé dans ses fonctions. Deux, orateurs sont désignés, l'un pour prononcer l'oraison funèbre du Pape défunt, l'autre pour faire le discours sur l'élcclion du nouveau Pape. Enfin, deux membres du Sacré Collégn sont nommés pour prescrire et surveiller les travaux à faire dans le palais où doit se réunir le conclave. Cette ftremière congrégation générale vient d'avoir lieu, et nous en •voris rendu compte dans notre numéro du mardi 16 juin.

c La seconde congrégation généralo,et toutes celles qui suivent jusqu*à l'entrée du Sacré Collège au Conclave, se tiennent, comme nous l'avons dit dans la sacristie de l'église de Saint-Pierre. A cette seconde assemblée, il est donné lecture des réponses faites par les souverains aux lettres de notification delà mort du Pape. Les principaux fonctionnaires de l'Etat sont confirmés ou révoqués, car il arrive quelquefois que la congrégation générale, loin de ratifier les choix de la commission des trois cardinaux chefs d'ordre, les rejette pour en proposer d'autres. Les deux cardinaux qui, dans la première congrégation générale, ont été chargés des préparatifs du conclave, rendent compte de leurs travaux, et font connaître en détail a leurs vénérables collègues toutes les dispositions qu'ils ont prises. Les magistrats consulaires de Rome sont reçus en audience dans cette seconde congrégation : le premier des conservateurs fait un discours de condoléance sur la mort du Pape, et promet, au nom de ses collègues, la même obéissance, le même dévouement au Sacré Collège. Le cardinal doyen est chargé de répondre à ce discours.

«La troisième congrégation générale a pour objet seulement de choisir le confesseur du conclave. C'est ordinairement un prêtre appartenante quelque ordre monastique. Celui qui vient d'être nommé par le conclave actuel, est un religieux Passionisle, le général de l'ordre.

« La quatrième et la cinquième congrégation générale sont consacrées à la nomination de deux médecins, d'un chirurgien, d'un apothicaire et de ses deux aides, de deux perruquiers avec un pareil nombre ne garçons.

« Dans la sixième congrégation générale, la distribution dosceiiulesque chaque cardinal doit habiter |)endant le conclave se fait par la voie du sort. Les maîtres des cérémonies non participants produisent les brefs apostoliques du Pape défunt qui leur a conféré le privilège d'être admis au conclave. Le Sacré Collège en nomme six: deux participanlSt trois non participants et le premier des surnuméraires.

« Le Sacré Collège examine dans sa septième assemblée générnie les demandes des cardinaux qui, pour quelque raison particulière désirent avoir un froisièmo conclavislr. Chaque cardinal donne ensuite le nom, l'âge et le lieu de naissance du serviteur qu'il pro- |«osede faire employer dans le conclave. La liste générale est remise aux cardinaux délégués pour l'organisation de ce service, qui se compose aujourd'hui d'autant d'employés au'il y a de cardinaux au conclave. Ce nombre n'était anciennement eue de di»-seot et de

DlCTIOniN DES C4ROKI4IIX ^

trcnle-cinq sous Clément XIU. Les règlomenls eiigoni que le candidat proposé par chaque cardinal ne soit pas choisi parmi les gens de sa maison : il faut qu'il soit du nombre des serviteurs d*un autre cardinal.

« Deux cardinaux sont nommés dans la«huitième congrégation générale pour prononcer sur l'admission définitive des ecclésiastiques qui ont été proposés comme conclavisles

« Dans la neuvième trois autres cardinaux sont désignés au scrutin secret pour présider à la clôture du ^conclave, au maintien de rordre« i Texoctitude, à la propreté du service.

«Enfin dans la dixième congrégation générale» les cardinaux qui neseraieni pas dans les ordres sacrés sont obligés de produire un bref du dernier Pape qui leur accorde la voix active et passive dans Télection de son successeur. La bulle In eligendo du Pape Pie IV interdit formellement aux cardinaux qui ne sont pas in sacris le droit de voter. Sixte Y confirma cette bulle, et Grégoire XV renouvela la disposition relative au bref de dispense* Ces brefs sont accordés pour un temps déterminé et peuvent être prorogés. Mais si le délai fixé expiré pendant la tenue du conclave, le cardinal qui votait» en vertu d'une telle permission, est obligé, ou de se faire ordonner, ou de renoncer à prendre part au scrutin.

« Cette dernière congrégation désigne enfin les ouvriers menuisiers, magons, serruriers, vitriers, plombiers qui doivent être employés au service du conclave.

«L'ordre que nous venons de retracer est celui que suit ordinairement le Sacré Collège dans ces dix congrégations générales. Cet ordre cependant n'est pas tellement obligatoire» qu*il no puisse quelquefois être modifié. Les réceptions des ambassadeurs interrompent aussi quelquefois le cours ordinaire de ces travaux du Sacré Collège. Quand le représentant d'un souverain étranger a Tintenlion de se présenter h l'audience des cardinaux réunis en congrégation, il en fait la demande oOicielle, et le Sacré Collège fixe le jour de celle réception. C'est ainsi que dans sa Iroisiëme congrégation générale le Sacré Collège actuel a reçu son excellence le comte de Lutzow, ambassadeur extraordinaire d'Autriche* Le cérémonial qui est suivi pour ces audiences du Sacré Collège, est le même que celui qui était observé dans les audiences données par le Pape. Le Sacré Collège représente en elTet l'autorité du Souverain Pontife : les mêmes hommages lui sont rendus; les ambassadeurs admis h son audience dans les congrégations générales, font la génullexion en entrant comme il la faisaient devant le Pape.

Deux mots sur les congrégations des cardinaux chefs d'ordre pendant le conclave :

« Tous les pouvoirs que le Sacré Collège a exercés par lui-même dans les coogrégalions générales dont nous venons de parler, il les délègue, !e jour même ou il se réunit en -conclave, è la commission composée des trois cardinaux chefs d*ordre, du cardinal camerlingue et du prélat secrétaire du conclave. Cette commission se rassemble tous les soirs, dans une dos salles du conclave, à la dernière heure du jour vers huit heures dans cette maison. Les affaires de l'Eglise et de l'Etat, la correspondance diplomatique, les rapports avec les fonctionnaires publics occupent ces congrégations journalières. Les quatre cardinaux sont assis sur la même ligne, le secrétaire du conclave est placé sur un tabouret h l'une des extrémités de la table du' conseil. Toutes les décisions sont revêtues de la signature de quatre cardinaux; le secrétaire est chargé de leur exécution. Nous avons déjà dit que cette commission se renouvelle tous les trois jours. Le second cardinal de chacun des trois ordres remplace le premier, et ainsi de suite par rang d'ancienneté, de sorte que, pour peu que le conclave se prolonge, tous les cardinaux font tour h tour partie de ces congrégations. Les cardinaux de Tordre des évêques et de l'ordre des diacres étant beaucoup moins nombreux que ceux de l'ordre des prêlres, le renouvellement tridueljes appelle è siéger plus souvent dans cette haute commission.

« S*il survient pendant le conclave quelque affaire Irop grave pour que les cardinaux ^hefs d'ordre veuillent en prendre seuls la responsabilité, ils en soumettent l'examen et la décision au Sacré Collège tout entier. C'est dans ces cas extraordinaires que se tiennent les congrégations de quatrième sorte. Les cardinaux sont prévenus par le secrétaire du conclave, et ils se rendent à l'heure accouluméè dons la salle ou les cardinaux chefs d*or« dre ont Thabilude de s'assembler.

K ivmoMxmoN. a

« Telle est rorganisàlion du goaTememenl pontifical pendant la racance du Saint-Si^gt,. Noos aTons cru qoe ces notions pooTaient être utiles pour suivre avec intelligence Us faits dont le journal officiel de Rome nous portera successivement le récita et que nous nous empresserons de reproduire. »

Noos terminerons nos emprunts è Pilait de la Religion par les notions qui suivent sur la prélalare romaine (16 juin i8V6) :

« On De sait en général que d*une manière si imparraite ce <)u*est la prëlature romaine dont on parle beaucoup è Toocasion de la mort du P^pe» qu*il nous paraît à propos il*cii donner très-brièvement une notion ciacte.

« La prélatore romaine confère k ses membres le privilège de parvenir h quelques-unes des hautes dignités et des premières chairs do gouvernement pontifical. Quoi qu'elle soit de sa nature une institution ecclésiastique, elle admet indistinctement dans son sein le< laïques et les prêtres. Elle impose aux laïques la loi du célibat; mais cette obligation qui n*est fondée sur aucun vœu, sur aucun engagement de conscience, cesse par lo seul fait de Pabandon de la prélature k laquelle on est toujours libre de renoncer.

a On peut entrer dans la prélature de deux manières : ou par la nomination directe du Pape, ou par une décision du tribunal de la iignalure^ qui reconnaît dans Je candidat les conditionsde naissance, de savoir et de fortune exigées p^r les règlements, La prélature obtenue par faveur personnelle s^appelle prélature de grâce^ Tautre est appelée prélature de justice.

«Les dignités et les charges publiques exclusivement réservées aux prélats sont asseï nombreuses dans Rome :1e trésorier général, le gouverneur de Rome, lo majordome préfet des palais apostoliques, l'auditeur général et les clercs de la chambre, les membres de la rote, du tribunal delà signature, de la consulte et del huon governo ap|iarli«Minenl è la prélature. Dans les provinces, les seules places de délégats apostoliques sont occupées

par des prélats.

« Après cette catégorie de prélats que Ton nomme prélats domestiques ou di mantelleHa^ viennent les mantelloni, appelés aussi pn^lats palatins. Co sont les camérîers secrets do Tordre ecclésiastique divisés en quatre classes :1* Les camérîers secrets participants^ ainsi appelés parce que leur service de tous les jours auprès du Pape e^t rétribué : ils no sont qoe quatre et ils sont ordinairement choisis dans los premières familles de Homo ou des Etats voisins. Le jeune Riario Sforza était l'un de ces camérîers secrets parlicipaiits lorsqu'il fut nommé archevêque de Naples et presque en même temps revêtu de la pourpre.

« 2" Les camérîers secrets surnuméraires^ nommés directement par le Pape : le nombre n'en est pas limité. « Les Souverains Ponlires, » dit le savant auteur du Dictionnaire his' lorico-ecclésiastique^ « ont, de temps immémorial, donné ce litre h dos ecclésiastiques dis- « tingués, soit pour récompenser leur mérite, soit pour ajouter à la splendeur do'la maison « pontiQcale ou è Téclat des cérémonies religieuses, soit enfin pour houorer la personne « des ablégats chargés de porter la baretle aux cardinaux étrangers. »

9 3r Les camériers secrets d'honneur^ inférieurs seulement aux autres dans l'ordre dca préséances, remplissent les mêmes fonctions dans l'intérieur du palais pour les audiences du Pape et dans lescérémouies publiques, h* Lescamériers extra urbem, dont lo lilre, sana fonctions, est purement honoriQ ]ue.

« Les camériers secrets de Sa Sainteté, comme tous les dignitaires oe a maison pontificale, perdent provisoirement leurs fonctions à la mort du Pape, par la raison toute simple que la nature de leur service les attachait à la personne même du Souverain Pontife. Mais il est d'usage que le nouveau Pape, le jour même de son élection, confirme dans leur <;mploi tous ceux qui faisaient partie de la maison de son prédécesseur.

« Puisqu'on a parlé du titre de monsignore que portent les camériers secrets du Papo, qu*on nous permette de faire observer que ce titre qui leur est commun avec tous les prélats, avec les évêques, les archevêques et les patriarches mêmes n'est jamais donné en Italie è d'autres dignitaires ecclésiastiques. 11 n'est pas moins inexact de dire que les tcciésiastiques fut ont un titre nobiliaire le reçoivent plus ordinairement que celui de monsi" gmore. Les Odescalchi, les Allieri, les Patrîzzi, les Borromée, tous les camériers secrets •{•partenaot aux premières faniifles de Rome» une fois attachées en cette qualité au serfica

du Pape, se sont loo)ours crus suffisaioment lionorés do ce titre et nous pouTOns aflirraer qu'ils n*en ont jamais pris d'autres. Quant è suvoir quelle est en France la valeur de mon- $ignor italien, nous laisserons volontiers aux doctes esprits, qu'une si grave question a paru préoccuper, le soin de la résoudre. Ceux qui traduisent chierici di caméra par élivei de la chambre^ sans se douter que ces prétendus élèves sont des prélats du premier rang, peuvent bien prétendre et sont de force à prouver que le mot italien de momignor ne veut pas dire monseigneur en français. »

On lira avec plaisir le passage suivant, tiré des Controverfes de Bellarmin (traduction de M. Dunruel) :

« Nous avons peu do choses à remarquer sur les cardinaux ; nous ferons néanmoins trois réflexions, la première sur l'ancienneté et la signiGcation de ce nom. Je pense que le mot cardinal fut d'abord donné h un lieu , et que du lieu il a passé à des personnes. On appelait, en effet, titres cardinaux, certaines églises principales où Ton administrait le baptême; on donnait h ces églises le nom de cardinales, pour les distinguer d'autres églises moins célèbres. De là vient , que le prêtre préposé à cette église, s'appelait prêtrecardinal. C'est ainsi que les diaconies cardinales n'étaient autre chose que certains emplacements principaux distingués dans une ville, selon le nombre des pa^s, et de ceux qui les habitaient. Les diacres étaient appelés diacres cardinaux, de l'église cardinal» qu'ils avaient sous leur juridiction; r'est ainsi qu'on dit des évêques cardinaux, et de là les six évêques cardinauXf qui se réunissaient pour l'élection des Papes ; ils étaient Préférablement à tous les autres évêques du monde les conseillers de ces mêmes Pontifes.

« La deuxième , sur la charge et son ancienneté. Les cardinaux ont trois fonctions h remplir. La première leur est commune avec les évêques, les prêtres et les autres diacres car tous les cardinaux exercent ou la charge d'évôque, ou de prêtre, ou de diacre. La deuxième est celle d'élire le Souverain Pontife. La troisième d'assister continuellement le pontife , et de l'aider de leurs conseils et de leurs travaux dans le gouvernement do l'Eglise. Il faut observer que ces trois fonctions des cardinaux sont très-anciennes, et qu'elles datent , quant à l'exercice , du temps des apôtres ; mais que l'exorcice privilégié des deux dernières fondions est beaucoup plus récent, car, pendant plusieurs années, et même pendant plusieurs siècles après les apôtres , le nombre des prêtres et des diacres étajit moins considérable , tous étaient également appelés h l'élection de l'évêque el h êes conseils, et il n'y avait nul besoin alors de distinguer ceux qui n'étaient pas cardinaux de ceux qui l'étaient , comme dans les églises on ne distinguait pas les chanoines des non-chanoines; c'est pourquoi saint Cyprien écrivant au clergé romain, ne s'adresse point aux seuls cardinaux, mais à tous les prêtres et à tous les diacres de l'Eglise romaine, comme aussi, lors qu'on lui répondait, c'était au nom de tous les prêtres et de tous les diacres.

«Le nombre du clergé s'étant ensuite accru, tous étaient, il est vrai, appelés à l'élection, mais non aux conseils: l'entrée à ces derniers était dévolue seulement è quelques ecclésiastiques principaux, qui, & Rome, et ailleurs , s'appelaient cardinaux. Le concile de saint Grégoire en fait foi, car il n'y eut que trente-quatre prêtres appelés h ce concile , et c'étaient des titulaires ou cardinaux. Il n'y a pas de doute qu'il n'y eut alors à Rome plus de trente-quatre prêtres, car, si au temps de saint Corneille , vers l'an 250, au fort des persécutions, sous le rè^^ne de l'idolâtrie, il y en avait quarante-six, comme le dit la lettre de ce Pape rapportée par Eusèbe; il y en avait certainement davantage du temps de saint Grégoire, vers l'an 600, lorsqu'il n'y avait plus un seul païen dans cette ville. Enfin, pendant les cinq derniers siècles, tout le clergé ne fut plus admis ni à l'élection, ni au con^ .«(eil, mais les cardinaux seulement. »

11 y a bien d'autres notions sur le cardinalat en général qui auraient d& trouver leur place ici, si nous nous étions proposés de donner dans celle introduction un traité complet sur la matière. Mais telle ne pouvait être notre pensée , car ce volume est destiné uniquement à compléter Tencyclopédie |)ar la biographie complète des cardinaux , et non pas b répéter les notions générales qu'elle contiunt déjà sur le cardinalat , notamment dans les dictionnaires de droit canon et des cérémonies. Ou consultera, avec fruit • sur le

même sujet t un pclil écril inlitulé : Election et couronnement du Souverain Pontife ou notes sur Vorganisation du Sacré Collège et les principales dignités de VEglise romaine. Pari*, 1 vul. io-lS, 18i6, Jacques^ LecoflTre. Nous en extrayons leslii^nes suivantes sur l'exclusion :

« Il est rare que Télection ait lieu, comme au conclave de 1846, au bout de quelques jours. Au moment oik ils se réunissent, les cardinaui ne savent presque jamais où doit se trouver le Pape : ils le cherchent; et lorsque Dieu daigne le leur montrer tout d'abord, ce D'est que par une grâce particulière... Le Sacré Collège est assisté, il n'est point violenté du Saint-Esprit. L'élection du Souverain Pontife est un acte libre, et, comme tocs les actes libres, elle peut et doit être déterminée selon les règles de la prudence et de la raison... Il ne peut paraître étrange, on doit trouver tout simple que, quelquefoisf romme h toutes les réunions d'hommes, le temps, la réflexion, les lentes et mûres délibérations soient nécessaires aux cardinaux pour se mettre d'accord. Les uns, afiligés et, pour ainsi dire, blessés de ce qui se mêle d'humain aux choses de la religion, •fésirant ardemment ne voir jamais que le c6té lumineux de la nuée divine qui guide Israël, voudraient è Rome une politique inflexible comme le dogme; ils demandent un Pape qui ne craigne pas de lutter, è la face du monde, contre les puissants et les rois* un Pape qui rappelle les grands jours de l'Eglise, qui rétablisse la puissance spirituelle iJans tous ses droits et toute son autorité. Les autres, plus préoccupés des dangers do l'Eglise et des difficultés que les temps ont fait naître, considérant d'ailleurs qu'il est lianssoD essence de supporter beaucoup, que sa grande vertu est la patience, que l'on doit au bien de la paix de grands sacritices , et qu'enfm TEpouse du Christ est souvent ici-bas condamnée, comme son maître, nui douleurs de la Passion, souhaitent surtout une politique patiente, modérée, conciliatrice; ils demandent un Pape sage, prudent, circonspect, incapable de se laisser entraîner h aucune extrémité, et qui, tout en sauvegardant les droits et les intérêts de TEgtise, ne la jette jamais dans aucun péril. — Tels sont les deui principaux partis qui se forment d'ordinaire au conclave, pour peu qu'il 19 prolonge ; le premier est celui des Zelanti^ le second, celui des Politiques; du moins les qoalifie-t'On ainsi ; mais, pour être juste, on doit singulièrement adoucir le sens outré que la première, lesens quasi-injurieux que la seconde de ces apjtellalions prennent presque toujours dans les bouches françaises. — Les partis une fois formés, il est naturel , il est sage , il est nécessaire qu'ils discutent ensemble, qu*ils délibèrent, qu'ils cherchent mutueliemen: h se convaincre, h faire prévaloir leur sentiment; que des deux côtés les membres les plus modérés se rapprochent et fassent effort pour se gagner les uns les autres, pour aboutir è une transaction, quand de trop nombreux scrutins ont eu lieu sans résultat, quand aucun des deux partis n'a l'espoir fondé de triompher pleinement. On discute donc au conclave comme dans toute autre assemblée; on y travaille h la réunion des suffrages sur une seule têle, c'est là le but de toute élection ; seulement, les discussions^ les moyens employés diffèrent profondément des discussions, «les moyens employés dans les assemblées profanes, en ce que, sauf d'imperceptibles ou très-rares exceptions, la charité y domine toujours la dispute, et le respect «le la vérité et »le la justice, le désir de servir la plus sainte causo. — Le parti de la niajorité se nomme Vlnclusive; le parti de Topposition, VExclusite. Ce sont toujours les cardinaux italiens qui forment comme le noyau du premier, et, d'ordinaire, les cardinaux dévoués aux diverses puissances sont le plus solide appui du second. Vinclusive comprend les cardinaux parmi lesquels la majorité entend choisir le Pape; elle circonscrit et resserre, pour ainsi parler, les limites dans lesquelles l'élection doit se faire, elle détermine le milieu, oj^, suivant elle, l'élu doit se trouver. Elle n'exclut nommément personne; seulement elle propose la personne qui lui seuîble réunir miejx que toute autre les conditions voulues. L'i^jrr/Miîte, éiï contraire, n'ayant que peu oxx point d'espérance d'emporter Téleciion, se borne à f^|)Ousscr, h exclure/h faire échouer les candidats ainsi proposés, jusqu'à ce que le parti contraire lui en offre un qu'elle veuille agréer ou jusqu'à ce que quelques-uns de ses partisans, se lassant pas à {>as, l'abandonne pour donner enfui à VInclusive la

majorilé voulue. Il arrive rarement qu'un retour en sens contraire ait lieu, et que* te Pape sorte des rangs de VExclutive.

«Comme dans toute réunion d*boromcs sages et qui veut sérieusement le but auquel elle tend» les partis ont leurs chefs et leurs guides, et se laissent diriger par eux; on ne peut atteindre Je but qu'en agissant de concert; on no peut agir de concert qu'en se soumettant h une certaine discipline. Tous les efforts de VExcluiive tendent h conserver au moins le tiers des voix; il ne lui en faut pas davantage pour empêcher l'élection» puisque VInclusive ne peut triompher qu'à la condition de réunir les deux tiers des voix, plus une. Les deux tiers suflisent pour que l'élection soit valide, mais VInclusive compte dans son sein le cardinal qu'elle propose» et celui-ci ne peut se donner sa propre voix, sous peine de nullité; c'est donc une voix perdue.

« Quelquefois, s'apercevant que sa cause se perd, que des défections ont eu lieu, que d'autres se préparent, qu'enûn une victoire prochaine du parti contraire est probable, VExelusive a recours h un moyen extrême, elle dénonce VExclusion.

« La France, l'Espagne, le Portugal et l'Autriche se sont attribué, on ne sait trop n' pourquoi, ni comment, ni sur quel fondement, et à quel titre, le droit d'Ej?c/ii«ton; c'està-dire que chacune de ces puissances se réserve, et en mainte occasion a fait valoir ce privilège exorbitant, d'exclure un candidat qui ne lui serait pas agréable, et dont elle aurait lieu de redouter l'élection. Ce droit ne s'exerce que conire un seul candidat pour chacune des cours, et il ne peut en être question contre un Pape déjà canoniquement élu. ]| faut que l'exclusion soit dénoncée avant l'élection consommée, et une fois appliquée* b un candidat par Tune des quatre puissances, cette puissance est obligée d'accepter tous les autres, à moins que l'un d'eux ne soit exclu à son tour par l'une des autres cours privilégiées. L'exclusion ne peut être déclarée ni avant, ni après le conclave, ni hors du conclave, ni par une personne étrangère au Sacré Collège.

«Ce droit prétendu n'est qu'un v^*rilable abus; jamais l'Eglise ne l'a reconnu; Obi ne trouve rien qui l'autorise, ni dans les décrets des conciles, ni dans les constitutions dis Souverains Pontifes; il n'a aucune valeur canonique, et une élection, faite d'ailleurs validement, en dépit de l'exclusion dénoncée, serait bonne et valable, et regardée comme telle par les vrais catholiques. Aussi Rome a-t-elle toujours protesté contre la prétention des puissances; seulement, tout en réservant le droit, pour éviter de plus grands maux, et atin de prévenir toutes les conséquences d'une rupture violente avec des souverains trop portés à abuser de leur pouvoir, elle a cru devoir subir le fait. Après tout, le Sacré Collège est juge dans'cette occasion ; son but est de donner à l'Eglise un Pape qui fasse le bien; c'est au Sacré Collège à apprécier les temps et les circonstances ; et s'il croit qu'en nommant un Pape en dépit des préventions et des répugnances hautement articulées d'un puissant Etat, il rend à ce Pape le bien impossible, personne ne peut le biflmcr d'abandonner cette candidature pour en adopter une qui n'offre pas les mêmes dangers. Seulement on ne doit pas oublier que*cette sagesse, cette condescendance du Sacré Collège ne constitue pas un droit en faveur des souverains, aux désirs desquels il n'a égard que par considération des maux qu'ils pourraient faire à l'Eglise. L'avenir n'est nullement engagé, et si jamais les circonstances étaient telles que les princes de TEglise romaine, après les avoir pesées devant Dieu, crussent devant une exclusion dénoncée devoir passer outre, les rois ne trouveraient, dans la tradition, rien qui excusât leurs tentatives de schisme; ils n'auraient pas même la ressource d'alléguer, comme un précédent favorable à leurs prétentions, les excluiiom données en d'autres temps; car la question n'a jamais été posée : personne iuî nie, en effet, que le Sacré Collège n'ait le droit de tenir comp'e de leurs prières et même de leurs menaces, mais alors il s'agirait de savoir s'il n'a pas aussi le droit de rejeter les uns, de mépriser les autres.

« En d'autres temps, vous nous avez écoutés, diraient peut-être les gouvernements; vous vous êtes abstenus d'élire les hommes que nous repoussions.

« Sans doute, pourrait répondre le Sacré Collège, et nous serions encore parfaitement libres do tenir la même conduilej si nous le trouvions convenable : mais nous sommes

libres ëgaleroenl de faire le cor.lrairc ; noos n'avons jamais reconnu le droil que vous ▼ous arrogiez; les lois de I Eglise ne tous en confèrent aucun do semblable: tous ne TOUS appuye2 sur aucun litre; il n'y a ni traité ni concordai qui tous le concède. C'est pour éTiter un plus grand înal, pour le plus grand bien de TE^Hisc, qu'à certaines époques nous sTons cru devoir condescendre à tos exigences; c'est pour éviter un plus grand mal, c'est pour le plus grand bien de l'Eglise, qu'aujourd'hui nous refusons de les subir. Nous sTons toujours été et nous sommes toujours seuls juges, et juges sottTerains de la question : jamais l'Eglise ne tous la liTra ; elle a supporté, elle n'a pas consacré votre intervention; elle ne vous a cédé ni vendu aucun droit sur Téleclion de ses Pontifes. Aujourd'hui, comme autrefois, tous n'avez à faire valoir que votre puissance; c'est è Nous de dire si le moment est venu pour l'Eglise de lui résister. Retirez-vous : nous prononcerons comme il semblera bon à rEsprit-Saint et à Nous.

«Ce n'est pas le premier jour que d'ordinaire l'exclusion eslsigniGée; en procédant avec tant de hflte, les gouvernements qui la donneraient s'exposeraient à épuiser en pure l>erte ce qu'ils appellent leur droil. Pour en user, les puissances ont besoin d'avoir dans le conclave même, des ambassadeurs intérieurs, c'est-à-dire des cardinaux de la couronne, accrédités auprès du Socré Collège, munis de leurs instructions, chargés de veillera leurs intérôt<t, et, en particulier, de déclarer l'exclusion au moment opportun.... Ces détails indiquent comment s'exerce l'intervention des puissances; comment les partis se forment an sein du Sacré Collège; comment les chefs des diverses fractions 1rs di<« rigeni, et comment, en général, l'élection est conduite. C'est le côté humain et tout extérieur du conclave, le seul que puissent Toir les philosophes et les politiques du monde. Mais, sous ces apparences, qui no Tétonnent point, parce qu'il sait que l'Epouse de l'Homme Dieu est elle-même à la fois humaine et diTine, et soumise ici-bas, comme .0 fut le Seigneur, aux conditions de l'humanité, le Chrétien TOit le Saint-Esprit assistant son Ef^lise, inspirant les bons, se serTant des méchants, donnant aux uns ta prudence et le conseil, faisant tomber les autres dans leurs propres pièges, disposant toute chose avec force etdouceur, pour donner toujours à l'Eglise le Pontife le plus propre à remplir» au moment où il est appelé, les .desseins de Dieu.

«DeTani cette inTerTcntion spéciale et toute particulière de Dieu, que sont et que peu^ vent les inlerTcntionsdes rois de la terre? Quelquefois l'Espril-Saint ne laisse pas même> à celles-ci le temps de se produire; quand his .peuples en ont besoin, il mauifeste sa présence par des signes éclatants, afin que les faibles ne soient pas tentés de méconnaître son œuTre. C'est ainsi que, contre toutes les préTisions Humaines, et pendant quo. la diplomatie en était encore à préparer i^es intrigues, les cardinaux se sont trouTés. réunis dans une même pensée le 16 juin 1846, et, après 2i heures de concIsTe, ont proclamé Sa Sainteté Pie IX, le Saint Siège n'ayant été Tacant que seize jours. » Une correspondance romaine delà Bilandade Milan clora dignement celte introduction. « Les dernières promotions au cardinalat me donnent occasion de tous faire connaître comment le Sacré Colfége est aujourd'hui composé, eu égard aux diTerses nations et aux* intérêts politiques. En y comprenant les six nouvelles promotions, je tous dirai qu'au-t jourd'hui les cardinaux de l'Elal pontifical sont au nombre de trente, dont neuf sont de Rome, y compris le cardinal Patrizzi, qui n'appartient h Sienne que par sa naissance ; les Tîngtet un autres sont des provinces ; l'empire français en compte neuf, y compris les car-i dinaux Viale-Prela et Savelli, l'un et l'autre nés en Corse. Le royaume des Deux-Siciles en a également neuf; l'empire d'Autriche en compte six, y compris le cardinal Asquini, Dé dans la province do Frioul. La Sardaigne en a quatre, le Grand duché de Toscane deux, l'Allemagne deux, l'Espagne un, la Belgique un, TAnglelerre un, et le Portugal un. Il y en a donc en tout soixante-six : quarante-cinq Italiens et Tingt et un étrangers à Tltalie. Sur ce nombre, quotorze sont de la création de Pie IX.

c Ces renseignements statistiques font Toir ici la réalisation graduelle d'une noble pen« sèe qui domine le monde catholique. Le cardinalat, depuis le développement qu'a pris la souveraine autorité des pontifes, n'est olus une institution propre à TEglise de Romot

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considérée comme diocèse particulier, ainsi qu'il Tétait dans Fes premiers siècles du Cbrislianisine. li n*est plus une institulion italienne, comme il le fut pour diverses raisons au moyen âge» alors que, limité au nombre de douze, quinze , ou au plus de vingtquatre membres, ceux qui en faisaient partie étaient h peu près tous Italiens, ou, s*ils étaient étrangers, ils quittaient leur pays pour former habituellement la cour de Rome. Kncore bien moins n'est-il pas une institution dépendante de tel ou tel Etat» comme il arriva pendant le séjour des Papes h Avignon, où presque tous les cardinaux étaient Français. Avec les relations ofllcielles qui sont établies entre le Saint-Siège et les divers Ktats de la chrétienté, avec l'influence heureuse que répand en tous lieux l'action du Pontife romain, avec ces liens si étroits qui unissent à la chaire de Pierre tout le corps épiscopal et les divers degrés de la hiérarchie, en y entretenant latrie par d'incessantes communications de conseils et de lumières, le cardinalat est ce qu'il doit être, une institution catholique, c'est-à-dire universelle comme l'Eglise à laquelle il est identifié; et certes, sj le Pontife romain a la direction suprême dans tout le domaine de la chrétienté, si les cardinaux sont ses conseillers et ses aides dans le gouvernement général de l'Eglise, on comprend combien il est naturel de voir agréger au Sacré Collège des hommes de toutes les langues et de toutes les nations, dès qu'ils ont, dans un degré supérieur, la science du dogme et de la discipline, la sainteté de la vie, la pratique des affaires, et enfin les qualités convenables ou même nécessaires à un prince de l'Eglise. Si, d'autre part, il est juste que quelques-uns des cardinaux étrangers résident è Rome, auprès du Saint-Père, faisant servir h la direction des affaires la connaissance spéciale qu'ils ont de leur pays, il est bon et convenable aussi que d'autres, en plus grand nombre, occupent des évèchés et des sièges métropolitains dans tes contrées où ils sont nés, soit pour honorer la nation à laquelle ils appartiennent; soit parce que la dignité dont ils sont revêtus, donnant plus de force et d'autorité h Tinfluence sacerdotale, ils peuvent agir avec plus de succès pour l'accroissement et le soutien de la religion ; soit enfin par ce que l'harmonie des symboles et des signes extérieurs fait d'autant mieux ressortir l'unité admirable de l'Eglise au milieu de la diversité des langues et des nations.

« J'ai entendu plus d'une fois, en Allemagne surtout, des hommes pieux et instruits se plaindre de ce que le Sacré Collège était presque entièrement composé d'Italiens; ces Diaintes n'ont plus aujourd'hui do fondement. Aujourd'hui tout pays, tout Etat catholique en Europe, a l'honneur de contribuer pour sa part h la composition du Sacré Collège; et si un jour certaines considérations qui s'y opposent encore ne subsistent plus, si les Etats qui ont surgi des débris de la domination espagnole et portugaise, venaient à se constituer enfin d'une manière stable, les Catholiques américains fourniraient aussi quelque élément à cet auguste corps.»

Dans le cours de [nos recherches, il nous est tombé sous la main un pamphlet italien intitulé : // Cardinatismo di ianla chiesa , sans nom d'auteur, ni d'imprimeur, ni de localité. La date est 1668. Dans ce méchant livre, on fait aux cardinaux une foule de ridicules reproches, souvent renouvelés dans notre siècle; par exemple, reproches de faste, de cu|ûdité, etc. , comme si les princes de l'Eglise ne devaient pas soutenir leur rang, et comme si le troitement qu'ils reçoivent n'était pas réellement insufllisant pour couvrir les dépenses que ce rang nécessite. < Il ne serait pas difiicile, » dit le cardinal Pacca dans ses Mémoires (t. Il, p. ^, trad.Qupyras), «de citer un certain nombre de cardinaux d'une charité si généreuse qu'ils ne laissèrent pas même pas de quoi payer les frais de leurs funérailles. L'histoiro raconte, avec les plus grands éloges, deux ou trois exemples semblables dans les grand' hommes de la Grèce et de Rome ; mais personne n^n cité le vertueux désintéressement de plusieurs cardinaux. Et pourtant ce que dit Brutus (dans la tragédie de ce nom) [des pre-* mi(Ts sénateurs de l'ancienne Rome, qui

Ont vieilli doiis la pourpre el dans la pauvreté,

pourrait très-justemcnî s'appliquer à ces princes de l'iiglise. »

AATRI (Geofroid), fur fait cardinal par Urbain IV en 1261. Il mourut en 1287.

D*ABfiEVlLLE. — Nous trouverons sous ce nom, un cardinal-archevêque de Besan« çon, au XIII* siècle; mais les détails nous manquent sur sa vie.

ABRANTESfVERiSSIMOALBIfCASTRO D'),d6

rilhislre famille des ducs d'Abranlès, était archevêque deBraga et de Lisbonne, et grand inquisiteur de Portugal. — Créé cardinal en 1686 par Innocent XI, il mourut en 1692, âgé de 82 ans.

ACCIAIOLI (Ahgblo), archevêque de Florence* fut créé cardinal par Urbain VI, en 1384.-11 rendit un grand service h ce Pontife, en déjouant habilement les def^seinsdu rardinal de Prato, qui voulait dcUacher les Florentins de l'obéissance d'Urbain, pour les soumeltre è Clément Vil. C*est alors qu*Acciaîoli écrivit, en faveur du premier» un ouvrage, où il s'attachait moinâ à combattre l'élection de Clément, qu'a rechercher les moyens de mettre fin à un schisme si funeste à l'Eglise. Après la mort d'Urbain VI, les cardinaux du conclave furent partagés ; de quatorze qu'ils étaient, il y eut eu six pour Acciaïoli, et six pourOrsini. Us demeurèrent fermes dans leurs choix de part et d'autre, et ce n'est qu'au second scrutin qu'ils se réunirent sur Boniface IX. Celui-ci s'empressa de donner de grands emplois à Acciaïoli. 11 l'envoya légat au royaume de Naples, où il devait commander des troupes en faveur de Ladislas contre Louis 11. Il fut même nommé régent du jeune prince, qui n'était âgéque de seize ans, et qu il couronna à Gaëte en 1390. Ladislas ayant ensuite résolu de reconquérir le royaume de Hongrie, le cardinal Acciaïoli eut ordre de l'accompagner, et fut nommé légat en Hongrie, £sclavonie, Dalmatie et Croatie. Ce voyage ne répondit pas aux espérances qu'on avait conçues. Le léçat revint è Rome, où il parvint* à réconcilier la famille des Orsini avec Bobiface. Ce Pontife lui avait donné févêclié d'Osiie, et l'avait fait vice-chancelier de l'Eglise; Le cardinal Acciaïoli se trouva encore à l'élection d'Innocent Vil, sous le pontlGcal duquel il réforma le monastère de Saint- Paul de Rome. Il mourut à Pise en 1407. Son corps fut porté à Florence* et inhumé

dans la Chartreuse qu'avait fondée Nicolas Acciaïoli. (Voy. Onophre; — Ciaconius.

acciaïoli (Nicolas), de la famille du précédt^nt, naquit à Florence le 10 juillet 1630. — Il ne dut qu'à sa verUi et à ses talents les emplois dont il fut investi. D'abord auditeur de la chambre apostolique , ))uis légat à Ferrare, il fut élevé au cardinalat par Clément IX le 29 novembre 1669. 11 mourut doyen des cardinaux, le 23 février 1719, âffé de 89 ans, et la 50* année de son cardinalat. Il est inhumé à Borne dans l'église de Saint-Jean des Florentins. Dans deux canclaves il eut un certain nombre de voix pour le pontificat.

ACCIAJDOLI (Philippe), Florentin , né en 1700, évoque d*Anrône, fut fait cardinal par Clément Xlll en 1759. — Il mourut en

ACCIPACIO (Nicolas), né h Sorrento, ville de a Terre de Labour, au royaume de Naples, avait été reçu docleur en droit canonique et civil avant d'être promu à l'évêcbé de Tropea, d'où il passa à l'archevêché do Sorrento, nuis à celui de Capoue. Eugène IV lui donna le chapeau de cardinal en H39, après ravoir employé en plusieurs négociations importantes, dont il s'était acquitlé avec honneur. 11 suivit d'abord le parti d'Atijou contre celui d'Aragon , pendant Us troubles du royaume de Naples; mais, depuis, il so rangea du côté du roi Alphonse» qui était demeuré victorieux. Il mourut en 1447. (Foy. Cuconius ;— Ughelly.

ACCOLTI (Pikure), né vers 1455, d'une ancienne famille de Toscane, s'attacha à l'étude du droit, qu'il professa avec distinction. — Il fut nommé vicaire de Rome par le Pape Jules II, qui le créa cardinal en 151L Il rut auditeur de Rote pendant 25 ans, posséda successivement les évêchés d'Ancone, d'Arras, de Crémone, et en 1524, l'archevêché de Ravenne. 11 a écrit Quelques ouvrages historiques. Il mourut k Rome le 11 décembre 1532.

ACCOLTI (Benoît), né i Florence le 29 octobre 1497, était neveu du précédent. — Il était si profondément versé dans le droit et dans la langue latine qu'il fut appelé le Cicéron de son temps. La faveur de son oncle et son propre mérite relevèrent à la cour de

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