I. DÉFUilTIOH ET HISTOBIQUE
La rèunioD d'homiiics de troupe vivant en commun au moyeu des prestatious qui leur sont allouées individuellement, constitue un ordinaire. {Rèrjl. 23 oct, 18S7.)
Avant le règne de Louis XUl, sauf le régiment de.s gardes et quelques autres corps qui composaient lu maison du roi, il n'y avait pas on France, à proprement parler, d'armée permanente.
" On engageait des soldats pour livrer quelques « batailles comme un particulier prend des ouvriers • pour bâtir une maison. »
Dès qu'une guerre éclate (et la guerre est à ces époques presque coutinuelle, parfois sur plusieurs points en même temps) des milliers d'hommes
sont groupés en quelques semaines par les chefs de bandes auxquels le Gouvernement s'adresse. Et cependant l'État ne paie généralement qu'un écu de prime d'engagement par homme. Presque jamais, durant le cours des guerres, il ne sert la solde (|u'il a promise. Dans ces temps de trouble, les hommes de guerre ne vivent que de vol et de pillage. On itourrait presque dire que ce sont la les moyens normaux de stibsistance des troupes et qu'elles en tirent presque toutes les ressources de ce que l'on nomme aujourd'hui « l'ordinaire ».
Un édit de François I" en lô23 donne une idée des brigandages que les soldats exerçaient : « Gens « vagabonds, disait le roi, oiseux, perdus, abandon- « nés à tous vices, larrons, meurtriers, violeurs de « femmes et de filles, blasphémateurs et renieurs « de Dieu,... qui sont coulumiers de perdre et gà- « ter tout ce qu'ils trouvent, battre, mutiler, chas- « ser et mettre le bonhomme hors sa maison, faire « à nos pauvres sujets plus d'oppressé, de violence « et de cruauté, que nuls ennemis, fussent-ils « Turcs, ne voudraient faire ni penser. »
Sous Louis XIII, le cardinal de Richelieu tenta de mettre un terme à ces atrocités ; il comprit que, pour se montrer rigoureux avec les troupes, il fallait avant tout assurer régulièrement leurs vivres.
Il usa successivement de divers moyens.
Il passa des marchés avec des munilionnaires qui devaient fournir aux hommes des ap[)rovisionuemeats en nature. Ce système donna lieu à « de grandissimes voleries ».
On y renonça vite, et on paya aux hommes une solde plus forte avec laquelle ils durent se procurer eux-mêmes leur nourriture. Les soldais reçurent l'argent, mais ne pillèrent guère moins tout d'abord.
On les fit alors entretenir par les villes et les provinces oii ils étaient cantonnés et l'on remboursa les États provinciaux et les municipalités des trais de leur entretien, au moyen d'impositions spéciales : « les quartiers d'hiver, les étapes et subsistances » qui furent établies sur tout le territoire français eu 1G;j(j. Le produit en était recouvré en même temps que les tailles. Il fut de 26,600,000 livres pour l'année 1G3'J.
A l'exception de quekiues rares régiments, les troupes n'avaient point de quartiers. Elles logeaient en tout temps chez l'habitant en vertu du « droit d'ustensile » qu'avaient réglementé les ordonnances
ORDINAIRE
ORDINAIRE
du 24 juillet 1628 et du 16 décembre 1637 : « Le « soldat, y disposait-on, a droit au lit, linge de « table, pots, écuelles, verres, place au feu et 'à la « chandelle de l'hôte. •
Cependant, le service des subsistances laissait toujours fort à désirer.
Après bien des tâtonnements, le cardinal de Richelieu avait de nouveau remis aux soldats le soin de se nourrir avec leur solde.
Pour leur offrir de plus grandes facilités, on crut poavoir tarifer les vivres qui leur étaient nécessaires à un prix bien inférieur au prix véritable. On décida qu'ils ne paieraient qu'un sol la livre de viande qui valait 2 sols, de même pour le pain, etc. On ne tarda pas à s'apercevoir des effets désastreux de cette mesure inique, et les troupes achetèrent comme avant leurs denrées au cours du dernier marché.
Les fantassins avaient alors pour subvenir à tous leurs besoins une solde qui varia de 5 à 6 sous. Sous Louis XIV, les ordonnances de .1670, 1679, 1699 et 1705 fixèrent leur solde à 5 sous. Plus tard elle fut portée à 6 sous 4 deniers. Quant aux cavaliers, sous Louis XIV, ils avaient droit à 6 sous 6 deniers.
En raison de la pénurie du Trésor, la solde était payée presque toujours en retard et jamais intégralement. Pour pouvoir vivre, les soldats honnêtes exerçaient presque tous quelque état.
Pourtant , si l'on en croyait les ordonnances , la ration des soldats sous l'ancien régime était bien supérieure à celle des soldats de notre époque.
Les ordonnances de 1629, de 1636, de 1727 et de 1737 n'allouaient-elles pas à chaque soldat d'infanterie 1 livre de viande, 1 pinte de vin et 2 livres de pain, et aux cavaliers, jusqu'à 2 livres de viande, une pinte et demie de vin, et 2 livres et demie de pain ?
■ Cela était fort beau sur le papier, mais en pratique tout doune à croire que rarement les soldats ont eu plus dune demi-livre de viande.
Il ne leur était absolument rien laissé pour leurs menues dépenses ; tout l'argent de la solde était entièrement versé à l'ordinaire ; les dernières ordonnances royales de 1766 et de 1776 le prescrivent encore formellement.
A dater de la Révolution et du premier Empire, le pain de munition sera fourni par l'État aux soldats sans que ceux-ci en remboursent le prix ; le soldat aura son sou de poche ; une réglementation plus complète et surtout plus rigoureusement observée sera établie.
Depuis le commencement du siècle, on n'a cessé de remanier et de perfectionner ce rouage si important de l'organisation de l'armée.
Aujourd'hui, les détails les plus minutieux ^ont prévus, un contrôle sévère est assuré, en même temps qu'un champ plus large se trouve ouvert à l'initiative de nos ofTiciers.
n. BÉGIMi; DES OBDINAIB£S.
Bien que le terme d'ordinaire s'applique tout .spécialement à la cuisine des caporaux et des soldats, nous croyons devoir donner dans cette étude quelques indications sommaires sur le mode d'organisation des repas de leurs chefs. Ainsi se trouvera mieux mis en lumière ce fait dominant, à savoir que c'est grâce a la vie en commun que tous dans l'armée, ofTicicrs, sous-ofUciers et soldats,
peuvent, avec des ressources très modérées, être nourris dans des conditions satisfaisantes.