‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1010 sur 1429 · THÉOPHILE, LE DIABLE · texte numérisé non relu

THÉOPHILE, LE DIABLE

le diable. Approchez, à grands pas, à grands pas. Prenez garde d'avoir l'air d'un vilain qui va à l'offrande. Que vous vent el que vous demande votre évéque? Il est bien fier...

THÉOPHILE, approchant du diable, très-effrayé. C'est vrai, seigneur. Il a élé chancelier pourtant, et il songe à m'envoyer mendier mon pain. Aussi je viens vous prier, je vous demande voire ai. le dans cel(e extrémité.

le diable. M'en requérez-vous ?

THÉOrlIlLE. Oui.

le diable. Kh bien joignez les mains, el devenez ainsi mon bouline: je vous secourrai plus qu'il ne faillira.

Théophile. Certes je vous fais hommage, mais pour recouvrer ce que j'ai perdu, beau sire, el pour toujours désormais.

le diable. Et je le repète nos conventions : Je le ferai si grand seigneur qu'on ne te vil jamais plus grand; mais, pour qu'il en soi( ainsi, apprends qu'il me faut de lui des lettres pendanz, bien nettes et faciles à entendre : car maintes gens m'ont allrappé, dont je n'avais pas pris des écrits; aussi me les fautil bien rédiges.

tuloiiile. Les voici tout prèls.

(Théophile tend uu diable un papier que celui-ci prend.)

le DIABLE. Théophile, mon bel et doux ami, puisque lu l'es mis en mes mains, j'ai à le dicter ta conduite à venir: Jamais, lu n'aimeras homme pauvre; si un pauvre en délresse le prie, tourne la tôle, poursuis Ion chemin. Si quelqu'un s'humilie devant toi, réponds-lui avec orgueil cl mauvaise foi. Le pauvre ilemande-l-il à la porte, prends garde qu'on lui fasse aumône. La douceur, l'humilité, la pitié, la chanté, l'amitié, la pratique du jeûne et la pénitence, nie niellent l'ennui au ventre. L'action de l'aumône

Dictions, des Mystères..

et les prières à Dieu me tracassent et me tourmentent. L'amour de Dieu et une vie chaste sont co m

des serpents et des guivres qui me rongent le cœur et les entrailles. Les visites à l'hôpital, les regards jetés sur les malades, nie laissent l'âme si défaillante, si moribonde, que je n'en veux point subir l'horreur. Quiconque l'ait le bien me tourmente. Allez-vous-en : vous serez sénéchal, laissez le bien, faiies le mal, et dans celle vie ne pensez jamais à la justice qui n'est que folie et qui est mon ennemie.

Théophile. Je ferai mon devoir; vous avez droit a l'obéissance, pourvu que vous me rendiez le bonheur.

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