LE CHARBONNIER, SA FEMME
le charbonnier. Ma feiniiic, je vous trouve bien à propos. Eli ! regardez, daine, ce que je vous apporte ; je vous les donne Ions trois.
la charbonnière. Vous avez doue fait fortune, Renier, pour m "apporter ici trois enfants. El, pour l'amour de Dieu, d'où viennent-ils?
le charbonnier. Le voulez-vous savoir?
la charbonnière. Oui, je vous en prie.
le charbonnier. Je vous le dirai sur l'heure. Comme je passais par le bois pour m'en venir vers le taillis, j'entendis les voix de ces enfants; et, pour cire bref, j'y allai, car ils criaient très-fort. Je les trouvai là où ils étaient, tous trois couverts de fougère, couchés à l'envers l'un à côté de l'autre el arrangés sur l'herbe verlc. Alors, craignant qu'ils ne fussent mangés des bêles sauvages ou qu'ils ne mourussent de misère, je n'ai vraiment pas balancé à les apporter.
la charbonnière. Dieu soit loué! Renier. Eli bien! puisqu'il en est ainsi, nous en ferons nos enfants et nous les nourrirons ; quant à moi, je le veux bien , car nous n'en avons pas : ce sera une bonne œuvre, pour l'amour de Dieu.
le charbonnier. Vous dites vrai. Mais je crain» qu'ils ne soient pas chrétiens : je suis donc d'avis que sur-le-champ vous et moi nous les portions à l'église pour qu'on les baptise. Je vous le demande el vous en prie, n'y manquons pas.
la charbonnière. Je ne refuse pas, sire Renier : c'est bon conseil. Prenez-en un, j'en prendrai deux; allons-nous-en; en roule!
le charbonnier. Allons! tout est pour le mieux; passez devant.