‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 1063 sur 1429 · SCÈNE XLV · texte numérisé non relu

SCÈNE XLV

le roi, béthis.

le roi. Demoiselle, soyez la bienvenue. J'ai quelque chose à vous demander. Levez la main; jurez sur les reliques que vous me direz la vérité, el je vous donne ma parole qu'il ne vous arrivera rien de mauvais. Même je vous liens quitte de tout méfait, si vous me dites la pure vérité. Mais, si vous mentez, sachez, 'à n'en pas douter, que je vous ferai traiter très-ignominieusement.

la demoiselle. Cher sire, dnssé-je en perdre la vie , ccries, je ne vous mentirai point; je (lirai la vérité autant que je la saurai.

le roi. Eh bien, diies-moi comment se comporta ma mère quand ma femme Osanne enfania, car je ne puis raisonnablement croira qu'il n'ait pas été alors commis une trahison. Qui y étail !

la demoiselle. Ab! chersire, il n'y avait à l'enfantement que madame votre mère et moi ;'niai3, sire, usez de pitié à mon égard : jevois bien que, si je vous dis el découvre la vérité, suivant voire bon plaisir, je suis une femme morte.

le roi. Parle hardiment; el je te jure, par ma foi, que lu n'auras de moi aucun mal. Je te le jure.

la dsmoiselle. Sire, je me mets à votre merci. Au moment où la reine en travail enfantait, elle éprouva des souffrances si cruelles, il n'y a pas à en douter, (pie je ne sais comment elle put les endurer, si ce n'est pir la permission de Dieu; ce n'était pas étonnant, car-, chose sans pareille ! elle s'était délivrée de Irois fils. Elle nous donna beaucoup de peine; elle resta pendant forl longtemps étendue el sans connaissance, privée de mouvement, cl sans prononcer un seul mol, comme si elle fùl morle. Alors, votre mère me commanda de prendre les enfanîs, de les porter sur-le-champ, sans attendre davantage, dans la forêt, de les y étrangler tous trois, el puis de les couvrir de terre. Or, cher sire, craignant de m'altirer son ressentiment, je pris sans retard les trois fils, je les emportai au bois, et je ne cessai point de marcher jusqu'à ce que je vins à la boussaie. Là je m'arrêtai el.je voulus les mettre à mort; mais au moment que je les regardai, ils commencèrent à me sourire. Alors je nie dis à moimême : « En vérité, il faudrait élre insensée pour faire du mal à ces innocents qui sourient et font si bonne mine. Reviendrai-je sur mes pas avec eux? Ni n, je les laisserai ici après les avoir.couverls de fougère. • C'est ce que je fis, et je les laissai; mais je ne sais ce qu'ils sont devenus depuis. Je vous dis seulement que la reine, ma chère maîtresse, dont Dieu ait l'âme! a souffert à tort une mort cruelle par suite de la haine de voire mère; croyez-le, cher sire.

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