SCÈNE XVIII
LES mêmes, le fils i>e caton.
caton. Sire, vous ayant ici, si loin déjà de voire pays, voici ce (Ion t je veux vous requérir : prenez, je vous prie, la moitié de tout mon avoir, lanl en argent qu'en bijoux , en rentes, en étoffes , en du vain ; je vous les offre de bon cœur , et guérissez lot mon lils du mal dont il souffre depuis longtemps.
valentin. Caton, écoule-moi, s'il te plaît : je ne nie soucie point vraiment des biens temporels (pie lu m'offres, et que lu as dans- les huches et dans les bahuts. Ce sonl des biens passagers qui ae durent pas plus que la fleur des champs. Di n qus lu aies le nom de sage, je ne sais encore si c'est d'un bon cœur et sincèrement que lu veux le salut de ion lils. Je n'ai à le demander qu'une chose a-s.°î f.icile el brève, el non pénible à faire; je m'entends.
caton. Sire, demandez sur-le-champ ; je vous en prie.
valentin. Je vous requiers, toi et ton fils tout d'abord, el pareillement tous les liens, de croire sans balancer au saint Fils de Dieu qui nous a faits et créés, et qui esl appelé Jésus Chris»; a celui dont il est écrit qu'il naquit d'une vierge sans tache homme el Dieu en toute nature, qui pour s racheter souffrit sur la croix une cruelle passion (je dis cruelle, car il y mourut), el qui laissa mettre son corps au sépulcre, où il habita irois jours ci d'où il ressuscita , personne n'en doule.
caton. Sire, quel est ce Jésus-Christ au sujet du quel vous mi! pressez de celle manière? Muulrezmoi , je vous prie, comment ce q'ie vous me dîtes est vrai, et pourquoi je dois croire qu'il en esl ainsi.
valentin. La raison , Caton , la voici : sans doule lu la connais en ta qualité de clerc, loi qui es si savant : ne lis-iu pas dans la prophétie qù'lsaïe a
VAL
écrite pour lous : Ecci Virgo , el ccelern? < Voici qu'il sera une vierge qui, sans cesser île l'èlre, enfantera le Fils de Dieu le très-haut, lequel sera nommé Jésus; car il sauvera son peuple du péché, i
caton. Sire, j'ai bien vu clairement dans le livre d'isaie ce que vous me prêchez; mais comment sra-l-il possible qu'une vierge puisse concevoir et enfanter, tout en restant vierge? C'est un point qui fait naître des doutes trop forts.
valentin. Non pas, et je le dirai comment : tu dos savoir qu'il est là-haut, dans le ciel, un Dieu eu trois personnes, qui n'est qu'une divinité, un : es^Cllcc, une majesté unique; et cependant nous savons qu'il y a trois personnes en ce Dieu par qui le momie fui créé. .Mais revenons à i.o'.ro lait. Le péché du premier homme nous accabla dune telle dette que l'homme ne fini acquitter selon la loi, pour apa st Dieu le Père. II en advint que Dieu le Fds se lit homme, uniquement pour nous. Tout se consomma en l'Esprii-Saiiit qui prit une partie du. sang le plus pur dans le corps de celle vierge nié e, donc la divinité se couvrit de notre humanité, en sorte que Dieu fut homme et l'homme Dieu. Des muais, lu peux cniendre mieux ce que lu as lu dans haïe, el lu n'ignores plus quel est celui qui acquitta la dette Cl répara le crime du premier lioinin.1. A ni ce Fils, lu dois en èire persuadé, a l'ait le monde et tout ce qu'il contient; et quand nos corps mourront, ils seront ressuscites par lui; el ;ilors nous serons tous invinciblement emportés au Iribunal suprême pour le jugement au dernier jour. caton. Sire, vous dites de voire plus grosse voix, afin que je l'inemle mieux, que ce Jésus est Dieu, à ce qu'il me semble.
valentin. C'est vrai , il est ensemble Dieu et homme; il est époux, lils et père. De qui? de sa fille et à sa mère, la Vierge dont il naquit. Comme fils, tant qu'il fut vivant, il lui obéissait ici-bas; comme père, il la nourrissait; comme époux, il la revêtit de foi, quand elle consentit à croire ce qui ne pouvait arriver naturellement. Ainsi le Croate ir se daigna faire créature, pour n us amener davantage à l'aimer.
caton. Sire, que sur-le-champ ce Jésus-Christ à v.tie requête cl prière, donne par sa puissance saule complète à mon fils; el en vérité, soyez-en certain, tous deux nous nous ferons chrétiens aussitôt qu'il sera gttéii. Oui, je croirai qu'il est mon Sauveur, qu'il voulut naître d'une vierge et subir sa passion surla croix pour notre rédemption, et qu'au troisième jour il ressuscita, qu'après il monta aux tainis deux, cl qu'il jugera les vivants el les morts. Je consens à croire tout, si mon fils recouvre la saule.
valentin. Ah! si e Dieu plein de bonté, je vous r-jnds grâce d'un cœur humble de ce que vous prenez ces gens-ci dans les filets de voire miséricorde ; car je vois que leur cœur incline à croire en vous, à vous aimer et à vous servir pour mériter à la lin
votre gloire
! Veuillez, Seigneur, la leur accorder.
— Vite, Calon ! allez sans hésiter vous mettre là à genoux, et vous tous aussi, beaux seigneurs, et priez Jésus que par sa grâce il nous donne de la joie au sujet de cet enfant; quant à moi, je demeure: ai ici avec lui, et je prierai Dieu dévotement aussi.
cvton Sire, je vais accomplir voire commandement.
deuxième écolier. Nous ferons de même de grand cœur. Seigneurs, melions-nous à genoux ici el consacrons nos pensées à Jésus le lils du Roi des deux, pour qu'il accorde la santé au fils de notre maître.
valentin. Doux Jésus, qui, dans toute voire conduite, eûtes toujours coutume d'user d'amour et de charité,' de même que vous avez guéri le paralytique par un miracle puissant, authentique, de voira
DICTIONNAIRE DES MYSTERES. VAL 9b8
volonté seule, et que vous avez arrêié le flux de sang de la veuve, selon ce que dit saint Marc, par votre grâce, avant que je m'en aille d'ici, guérisse» cel enfant et faites cesser en tous points le mal aiw quel il est en proie. — Reau fils, lcuds-;inoi un peu les mains : je veux les tenir.
le fils de caton. Ah! je suis si faillie el si souffrant que je ne le puis, si vous ne m'aidez. Je voudrais mourir, croyez-le bien.
valentin. Je vais donc les tirer doucement dehors. Allons! que Dieu les signe el les bénisse, el que la douce Vierge Marie y nielle sa grâce!
LE fils de caton. Père, voici un homme honnête, juste, saint et serviteur du vrai Dieu. Venez voir, mes bonnes gens, combien nous devons le chérir : il ne m'a fait, sans rien de plus, que loucher de sa main droite, et voici que je suis, grâce à lui, sain comme une pomme.
caton. Disciple du vrai Dieu, saint homme, coin-: ment ponrrai-je vous récompenser de ce qu'il vous a plu guérir mon fils, que je vois ici debout? Je ne sais; car si j'avais dix fois autant de richesses que je puis en rassembler, en vous les donnant, je ne serais pas encore convenablement acquitté du service que vous m'avez rendu ; il n'y a pas à en don 1er.
valentin. Caton, écoule-moi maintenant, s'il le p'aît : si j'ai lait du bien à ion lils, ce n'est pas par moi-même, mais en vertu de la puissance de Jésus- Christ. Aie en lui ferme croyance : il n'en sera que mieux pour loi.
caton. Je ne sais ce qu'un autre fera; mais lanj que je vivrai, je servirai Jésus comme mon Dieu, et je renie tous les autres pour lui ; car je liens et crois que c'est celui qui a conjoint sa divinité sans lâche à l'humaine nature, qui a souffert mort et passion pour la rédemption de l'homme, et qui nous viendra juger à la lin el purger de tous maux par le feu el les quatre éléments aussi. Je liens cela pour vrai, et le crois el croirai ainsi.
le fils de caton. Père, je suis et serai de votre opinion, certes, n'en douiez pas : il m'a montré par des miracles évidents qu'il est le vrai Dieu.
premier écolier. Nous ions aussi, et c'est pour le mieux, nous renonçons à la loi païenne pour tenir, désormais la loi des Chrétiens.
valentin. 11 vous faut encore à tout jamais le ferme propos dans le cœur de persévérer, malgré les dons, les caresses, les menaces, les coups, les supplices. Rien ne doit effacer de voire cœur La croyance que Jésus le Fils de Dieu le Père, est Dieu cl né d'une mère vierge, qu'il n'eut jamais de commencemenl el qu'il n'aura pas de fin en diviniié.
LE TROISIÈME ÉCOLIER. NoUS IIOUS accordons IOI1S
ensemble à croire celte vérité; car il me semble qu'il n'y a rien de plus vrai sous le ciel.
valentin. Que chacun se souvienne donc de le servir el de l'aimer sans réserve, de manière à ce qu'il puisse mériter sa gloire qui n'a pas de terme.
le fils de caton. Pour le servir, je renie lous les aunes dieux; car je vois clairement que ce sont tous de fausses idoles sans aucune puissance.
caton. Seigneurs, dans mes écoles je n'ai donné des leçons que de logique, de lences, de dialectique et d'autres sciences mondaines, auxquelles je me suis fort appliqué ; sachez que j'y renonce. Désormais je ne vous apprendrai rien, sinon ta théologie et cette nouvelle loi; car je sais et vois clairement que tonie autre science esl vaine, landis que celle-n mène à la connaissance du premier principe, c'cslà-dire de Dieu ; elle enseigne comment Dieu esl tout bon sans qualité, comment sans quantité il a la grandeur, et comment sans èire mu il meut tontes choses comme il veut, à sa guise.
VAL SCrJNE XIX.
VAL
i'eMPEIIEUR, CHEVALIERS, SERGENTS l> ARMES.
l'empereur. Seigneurs, j'ai grand désir de voir mon lils, ci je suis ton contrarié rlc ne pas le posséder souvent. Depuis que Calon l'emmena, il n'est pas revenu auprès de moi. Que vent dire celai
un CHEVALIER. Sire, il n'en a peut-être pas la permission.
l'empereur. Vous deux, allez lion irain; prenez l'autorisation de sou maître, et amenez-le-moi ici en personne : je veux le voir.
deuxième sergent. Sire, nous ferons voire volonté incontinent.
premier sergent. Allons le chercher prompieinenl, ne lardons plus.